Wenders aux anges

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Pour le spectateur né après 1990, il est difficile d'imaginer ce que représentait Wim Wenders au moment de la sortie des Ailes du désir — en 1987. Il faut dire que depuis, à part ses deux documentaires (Buena Vista Social Club et Pina), le cinéaste s'est lentement égaré, jusqu'à la honte suprême : son dernier film de fiction, The Palermo shooting, n'est sorti à peu près nulle part, malgré une présentation en compétition à Cannes.

Il y a 25 ans donc, Wenders était un super-auteur, personnel et accessible, avec une vision du monde et un sens du spectacle. Paris, Texas, chef-d'œuvre en exil, préparait le terrain de ces Ailes du désir qui, selon son titre original, revenait filmer Le Ciel au-dessus de Berlin. Un ciel en noir et blanc qui surplombe une ville encore coupée en deux, où des anges écoutent les pensées des habitants et tentent de les réconforter. L'un d'entre eux (Bruno Ganz) va tomber amoureux d'une trapéziste qu'il va vouloir rejoindre parmi les mortels, dans un monde en couleurs où la première expérience est celle du sang qui coule sur un front meurtri.

La grâce semble planer (c'est le cas de le dire) en permanence sur ce film, jusque dans ses audaces les plus folles (Peter Falk, dans son propre rôle d'acteur qui joue un épisode de Colombo, et qui confesse avoir lui-même été un ange, avant). Quant à l'exergue, signée Peter Handke, elle a aussi un goût d'éternité: «Als das kind, kind war… Lorsque l'enfant était enfant…»

Christophe Chabert

Les Ailes du désir
Jeudi 13 septembre à 20h au Comœdia, précédé du vernissage de l'exposition «Berlin des anges» de Serge Mouraret

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Numérotez vos bâtis ! : "The House that Jack built"

Le Film de la Semaine | Lars von Trier s'insinue dans la tête d’un serial killer aux ambitions (ou prétentions ?) esthétiques démesurées pour en retirer une symphonie en cinq mouvements criminels. Une variation sur la mégalomanie et le perfectionnisme artistiques forcément un brin provoc’ mais adroitement exécutée.

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Numérotez vos bâtis ! :

Jack aurait tellement voulu être architecte… Un destin contraire l’a fait ingénieur et affligé de TOC lui empoisonnant la vie, surtout lorsqu’il vient de commettre un meurtre. Car, si l’on y réfléchit bien, le principal tracas de Jack, c’est de devoir obéir à ses pulsions de serial killer… Peu importe si son esthétique ou ses dogmes évoluent au fil de sa prolifique filmographie — et lui confère au passage l’apparence d’un splendide magma —, Lars von Trier parvient à assurer à celle-ci une indiscutable cohérence par son goût maladif du défi stylistique et de la provocation morale, que celle-ci transparaisse dans la diégèse ou dans le discours d’accompagnement. Construire, dit-il Épouser comme ici le point de vue d’un détraqué jouissant dans l’esthétisation de la mise à mort de ses victime

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Le massif de l’écrin : "Fortuna"

Drame | de Germinal Roaux (Sui-Bel, 1h46) avec Kidist Siyum Beza, Bruno Ganz, Patrick d’Assumçao…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Le massif de l’écrin :

Hébergée dans un monastère suisse à la frontière italienne, Fortuna, une jeune Éthiopienne de 14 ans se découvre enceinte d’un autre réfugié vivant au même endroit mais beaucoup plus âgé qu’elle. Si elle veut garder l’enfant, il n’en va pas de même pour le père qui se fait la belle… De la déconnexion entre la forme et le fond… Autant Germinal Roaux, photographe de métier, nous en met plein la vue par la somptuosité de son cadre (1:33, noir et blanc ultra contrasté, plans archi composés, clairs-obscurs magnifiant le décor neigeux, les visages et les rudes bâtisses…) et nous interpelle par la pertinence de son récit, en prise directe avec la plus brûlante des actualités (la situation des réfugiés, rejetés par tous les États, trouvant à peine asile chez des religieux) ; autant on est déconcerté par sa pseudo morale finale montrant un “bon père“ encourager une gamine seule, désorientée, abusée et abandonnée par l’adulte qui l’a mise enceinte, à ne pas avorter en brandissant son libre arbitre — ou un “merveilleux“ instinct de vie. Peu importe en définitive à ce brave

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Il papa è mobile : "Le Pape François - Un homme de parole"

Béni oui-oui | de Wim Wenders (It-Sui-Fr-All, 1h36) avec Jorge Mario Bergoglio…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Il papa è mobile :

Séduit par la profession de foi de Jorge Mario Bergoglio lors de son élection en tant que pape François, Wim Wenders le suit et recueille son message… Étrangement en résonance et en discordance avec l’actualité, ce film livre un portrait chaleureux d’un prélat humaniste, donnant quitus des premières années de son pontificat : les actes accomplis sont conformes aux paroles énoncées et la démarche de réforme (si l’on ose dire) de l’Église semble engagée. Le parallèle entre Bergoglio et François d’Assise apparaît limpide, les propos du pape sans ambiguïté… même si l’on décèle quelques trucs rhétoriques de jésuite bien pratiques pour éviter de donner une réponse personnelle, claire et tranchée à une question complexe : les « qui suis-je pour juger ? » volent en escadrille. Bref, le portrait est d’une blancheur aveuglante. Wenders aurait-il omis que tout procès en canonisation voit s’opposer un défenseur de la cause du “prévenu“ à l’avocat du diable ? Car si François, avec sa bonne tête entre Jason Robards et Jonathan Pryce, semble remplir to

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Les Ailes du désir

Reprise | Selon Baudelaire, « la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu'il n'existe pas ». Le Malin possède, entre mille vices, un (...)

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Les Ailes du désir

Selon Baudelaire, « la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu'il n'existe pas ». Le Malin possède, entre mille vices, un autre redoutable talent : celui de jouer de sa perverse séduction pour parvenir à ses fins, et triompher des plus purs esprits, fussent-ils angéliques. Voyez le palmarès 40e festival de Cannes en 1987 : la Palme d’Or a échu au méphistophélique Maurice Pialat et à son infernale adaptation de Bernanos, Sous le soleil de Satan, condamnant, non à la Géhenne mais au seul Prix de la mise en scène le bienveillant Wim Wenders pour son chef-d’œuvre séraphique Les Ailes du désir. Où les protagonistes sont des anges, confidents secrets des humains, privés d’amours terrestres et arpentant pour l’éternité des jours le sol et le ciel d’un Berlin alors divisé par le Mur. Au-delà de l’histoire sentimentale conduisant Damiel, l’un de ces veilleurs immortels à fendre l’armure pour les beaux yeux d’une trapéziste ; au-delà de la vision prophétique de la capitale allemande, embrassée dans sa totalité d

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Initiales WW : petite audio-rétrospective de Wenders (Playlist)

PLAY-LIST | Faire une rétrospective Wenders, c’est voyager dans le juke-box d’un vieux fan du rock à tu et à toi avec ses idoles des années 1960 à 2000. Playlist again, Wim !

Vincent Raymond | Lundi 9 avril 2018

Initiales WW : petite audio-rétrospective de Wenders (Playlist)

Sa naissance le 14 août 1945 dans une Allemagne défaite, quelques jours après les bombardements sur le Japon aussi ravageurs que décisifs, fait de Wim Wenders un authentique baby boomer. Sa jeunesse dans un pays scindé en deux entités se tournant le dos l’incite à lorgner toujours davantage l’Ouest. Plutôt que de se contenter d’une éducation européenne, Wim le polyglotte va succomber à la tentation américaine, grâce au cinéma mais aussi la musique. En particulier rock. De toute la génération de cinéastes allemands émergeant à la fin des années 1960 (Fassbinder, Herzog, Schlöndorff, Kluge…), Wenders est celui qui manifeste le plus fort tropisme pour la culture anglo-saxonne dans toutes ses composantes, qu’elles soient érudites — il adaptera Hawthorne en 1975 — ou populaires. Très marqué par la beat culture, il signe dès ses débuts des road movies ; des films où ses personnages (en général des anti-héros) pour “s’accomplir” et s’affranchir d’un carcan sociétal ou familial, doivent effectuer un parcours initiatique. Un voyage spontané ou inopiné, avec pour compagne de nomadisme l’omniprésence

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Remember

ECRANS | de Atom Egoyan (Can, 1h35) avec Christopher Plummer, Martin Landau, Bruno Ganz…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Remember

Dénué de quiétude, le cinéma d’Atom Egoyan porte en lui les remous d’un drame originel, d’une fracture violente dont chaque film observe les conséquences — ou plutôt, les séquelles. Nul besoin d’être grand clerc pour déceler dans cette obsession comme dans ses nombreux films marqués par les voyages ou les pèlerinages, des références au cataclysme que fut le génocide des Arméniens. Egoyan a fait de la mémoire des disparus l’un des piliers majeurs de sa carrière, et des survivants leurs dépositaires luttant pour qu’elle ne soit pas oblitérée. Sans doute le plus connu, De beaux lendemains (1997) en constitue un exemple loin d’être isolé : Exotica (1994) ou plus récemment Captives (2014) racontaient en adoptant la forme du thriller comment ceux qui restent dissolvent leur vie présente dans la réactivation obstinée de leurs souvenirs. Remember croise à nouveau les genres en mêlant thématique historique (de la grande Histoire, puisqu’il s’agit de la traque d’un ancien nazi) avec structure de polar. Le fait que le personnage principal souffre de troubles de la mém

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Heidi

ECRANS | De Alain Gsponer (Sui, 1h50) avec Anuk Steffen, Bruno Ganz, Quirin Agrippi…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Heidi

Déjà cuisiné à toutes les sauces visuelles, le roman montagnard de Johanna Spyri fait l’objet d’une nouvelle adaptation au bon lait de l’alpage. Classique et plutôt respectueuse du texte original, elle vise clairement à devenir la nouvelle référence en la matière, remplaçant les versions Technicolor poussiéreuses et/ou non-helvétiques. Passé la surprise de découvrir Bruno Ganz en grand-père bougon, on est vite attendri par les cavalcades pastorales de la gamine, l’absence de mièvrerie et la reconstitution soignée. L’œil se régale donc ; l’oreille moins. On envierait presque les Suisses-Allemands, qui apprécieront ce conte dans leur… euh… mélodieux idiome, et non dans son doublage français grotesque, lequel a de quoi nous rendre chèvre. VR

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"Jusqu'au bout du monde", le "2001" de Wim Wenders

ECRANS | Longuement mûri pendant plus d’une décennie, Jusqu’au bout du monde aurait dû être le 2001 de Wenders, son grand projet de science-fiction. Une fable (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 décembre 2015

Longuement mûri pendant plus d’une décennie, Jusqu’au bout du monde aurait dû être le 2001 de Wenders, son grand projet de science-fiction. Une fable aussi futuriste que visionnaire sur l’omniprésence dévorante des images, et le besoin vital (le désir ?) d’en consommer, y compris lorsque l’organisme n’en a plus la capacité physiologique : ne raconte-t-il pas, entre autres histoires, comment un savant cherche à rendre la vue à sa femme aveugle ? Las, la fatalité en a décidé autrement… Le public, souverain arbitre, s’est détourné de ce film initialement sorti dans une version de 2h59 à l’automne 1991… pile une semaine après le monstre Terminator 2 : le Jugement dernier. Si les deux productions traitaient de la révolution numérique, l’une était revêtue des atours du divertissement hollywoodien, et l’autre apparaissait comme signée par un auteur réputé austère et intello. L’échec de ce film européen ambitieux porté par Solveig Dommartin, William Hurt, Sam Neill, Rüdiger Vogler, Jeanne Moreau, Max von Sydow et même Eddy Mitchell stoppa un Wenders au faîte de sa gloire, et dégrada les finances de son producteur Anatole Dauman (Argos Films).

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Every Thing Will Be Fine

ECRANS | À partir d’un matériau ouvertement intimiste et psychologique, Wim Wenders réaffirme la puissance de la mise en scène en le tournant en 3D, donnant à cette chronique d’un écrivain tourmenté des allures de prototype audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Every Thing Will Be Fine

On le croyait engoncé dans sa stature d’icône has been, contrebalançant la médiocrité de ses films de fiction par des documentaires consacrés à des "stars" culturelles (Pina Bausch, Sebastiao Salgado)… Mais Wim Wenders a encore la gnaque, et c’est ce que prouve Every Thing Will Be Fine. Le réalisateur de Paris, Texas est allé dégotter le scénario d’un Norvégien, Bjorn Olaf Johannessen, l’a transposé dans une autre contrée enneigée mais anglophone, le Canada, l’a revêtu d’un casting international et sexy (James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Rachel MacAdams) et, surtout, l’a réalisé en 3D. Mais pas pour lancer des objets à la figure du spectateur ; il aurait de toute façon eût du mal puisque l’histoire est du genre intimiste de chez intimiste. On y suit sur une douzaine d’années les vicissitudes d’un écrivain (Franco) en panne et en bisbille avec sa com

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Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

ECRANS | « Under electric clouds » d’Alexei Guerman Jr. « Every thing will be fine » de Wim Wenders. « Selma » d’Ava Du Vernay. « Body » de Malgorzata Szumowska. « Angelica » de Mitchell Lichtenchtein.

Christophe Chabert | Mercredi 11 février 2015

Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

Après une semaine de Berlinale et 25 films, on commence un peu à fatiguer. D’autant plus que les films ne font pas trop de cadeaux. À commencer par Under electric clouds d’Alexei Guerman Jr, présenté en compétition, épreuve assez rude à 9 heures du matin, sachant qu’en plus la durée annoncée (2h10) était largement sous-estimée d’une bonne dizaine de minutes supplémentaires. Là n’est pas forcément la question car eût-il été plus court ou encore plus long, le film n’en aurait pas été plus facile à avaler, tellement il nécessite qu’on s’accroche en permanence à ce qui se passe à l’écran pour espérer — mais ce n’est pas une certitude — parvenir à en percer le sens. Présenté comme une fable se déroulant en 2017 — date symbolique du centenaire de la révolution soviétique — où une poignée de personnages se croisent autour d’une tour dont la construction a été arrêtée et dont l’architecte se serait suicidé de désespoir, Under electric clouds décline ensuite en chapitres les vies de ces hommes et de ces femmes qui, d’une manière ou d’une autre, sont liés à l’édifice. Le prologue pose en voix-off ce principe narratif et explique la situation ; on

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Le Sel de la terre

ECRANS | Avec ce portrait de la vie et de l’œuvre du photographe brésilien Sebastião Salgado, Wim Wenders signe un documentaire-musée soigné, passionnant dans son propos mais plutôt rigide dans sa forme, pétrifiée par les conventions du bon goût culturel. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Le Sel de la terre

Alors que sa carrière de cinéaste de fiction périclitait à vitesse grand V, Wim Wenders a toujours su maintenir la flamme de son œuvre grâce à ses documentaires : Buena Vista Social Club, Pina et aujourd’hui ce Sel de la terre consacré au photographe Sebastião Salgado prouvent que Wenders a encore une réelle envie de cinéma, ou plutôt une envie de réel au cinéma. N’hésitant pas à se mettre en scène face à celui dont il tire le portrait, racontant son choc esthétique lorsqu’il a vu pour la première fois un cliché de Salgado, il mène donc un entretien au long cours où le photographe, en gros plan, en noir et blanc et sur un fond invisible, raconte son parcours artistique, indiscernable de son expérience humaine. Car Salgado a parcouru le monde pour y photographier les famines, les guerres, la misère sociale… Le film s’ouvre sur les images saisissantes de milliers de mineurs brésiliens descendant dans un immense puits à ciel ouvert pour en ramener de l’or. Cet environnement dénaturé par la nécessité de survivre économiquement devient sous le regard de Salgado une

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Refroidis

ECRANS | De Hans Peter Molland (Norvège, 1h56) avec Stellan Skarsgard, Bruno Ganz…

Christophe Chabert | Mardi 23 septembre 2014

Refroidis

Un paisible conducteur de chasse-neige apprend l’assassinat de son fils et découvre qu’il jouait les passeurs à l’aéroport pour des trafiquants de drogue. Il décide de se venger en remontant la filière… Cet argument classique de vigilante movie, Hans Peter Molland le détourne de brillante manière en le tirant vers une comédie caustique et très noire. Il y a d’abord ce gimmick, plutôt amusant, de la recension des cadavres et de leur appartenance religieuse avec des cartons sur fond noir ; il y a surtout la nature même des truands du film, complètement cinglés, à commencer par le big boss maniaco-dépressif adepte de la vie saine et hygiéniste qui demande à ses hommes de mains de surveiller si son gamin mange bien ses cinq fruits et légumes par jour. Les origines ethniques des diverses bandes — Norvègiens, Danois, Suédois, Serbes… — sont longuement commentées dans des dialogues ponctués de réflexions politiques, notamment celle, hilarante, sur la nécessité d’un état providence dans les pays froids ! La nonchalance du récit et sa manière digressive de suspendre l’action pour brosser sa galerie de portraits rappellent bien entendu le Tarantino première manièr

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Retour à Paris, Texas

ECRANS | Il y a trente ans, au terme d’un festival de Cannes où il avait plu sans interruption, le jury couronnait Paris, Texas de Wim Wenders, dont personne (...)

Christophe Chabert | Mardi 27 mai 2014

Retour à Paris, Texas

Il y a trente ans, au terme d’un festival de Cannes où il avait plu sans interruption, le jury couronnait Paris, Texas de Wim Wenders, dont personne ne discutait le fait qu’il était le meilleur film présenté cette année-là. Wenders y effectuait une synthèse parfaite entre son goût de l’errance hérité du cinéma européen, Antonioni en premier lieu, et sa fascination pour l’Amérique, qu’il avait déjà abordée de biais via L’Ami américain, puis plus frontalement avec la commande Hammett. Sous un soleil de plomb, en plein désert, un homme barbu et fatigué avance à l’horizon, s’arrête, récupère un peu d’eau dans un jerrican, tandis que résonne la guitare bluesy et plaintive de Ry Cooder… Ce vagabond-là semble s’échapper d’un cinéma contemplatif et atterrir dans un territoire de western américain — ce que le titre, renvoyant à une ville appelée Paris et située en plein Texas, souligne aussi. D’où arrive-t-il ? De nulle part, ou plutôt d’une longue absence, et il est bien décidé à retrouver sa place parmi les siens, et notamment auprès de son fils. Sans aucun pathos, Wenders montre comment le père va renouer ce lien distendu — magnifique scène o

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Pina

ECRANS | De Wim Wenders (All-Fr, 1h43) documentaire

Christophe Chabert | Vendredi 1 avril 2011

Pina

Trois enjeux soutiennent l’édifice de ce documentaire-hommage à Pina Bausch signé Wim Wenders : la recréation sur l’écran de ses chorégraphies les plus célèbres ; une évocation par ses danseurs de son travail et de sa personnalité ; et un défi cinématographique lié à l’utilisation de la 3D. Le cinéaste relève tous ces challenges et signe son plus beau film depuis… "Buena Vista Social Club". Comme si son impuissance à être lui-même un artiste (sa dernière fiction n’est même pas sortie en France) lui donnait une gnaque supplémentaire pour magnifier le talent des autres. De fait, le dialogue entre l’œuvre de Bausch et le travail de Wenders est époustouflant à l’écran : non seulement il restitue la beauté singulière, la grâce mais aussi l’humour de ses chorégraphies (dont le fameux "Café Müller" n’est que la partie immergée de l’iceberg), mais en alternant séquences filmées sur scène et recréation in situ, Wenders leur donne une apesanteur supplémentaire. La 3D n’y est pas pour rien : si elle réduit comme souvent les «acteurs» à des figurines découpées, elle crée aussi un jeu sidérant entre l’humain et le décor, entre le premier et l’arrière-plan, entre le corps et les éléments. On

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