Au galop

ECRANS | De et avec Louis-Do de Lencquesaing (Fr, 1h33) avec Valentina Cervi, Marthe Keller…

Jerôme Dittmar | Jeudi 11 octobre 2012

On n'a rien contre les films de dandy parisien, du moment qu'ils sont à la hauteur du dandysme. Beaucoup moins proche d'Eustache que d'Assayas, sans avoir la prétention d'être l'un ou l'autre, le premier long de l'acteur Louis-Do de Lencquesaing rappelle cet adage. Histoire d'un romancier parisien et des trois femmes de sa vie (sa mère, sa fille et sa maîtresse), Au galop n'est pas du genre à savoir tenir sa monture. Platement filmés, ces petits désordres amoureux et existentiels ressemblent à une compilation "tendance du cinéma français" avec au programme : adultère, mort, naissance, liberté, amour, famille et droits de succession. Beaucoup pour un seul homme. L'air de déjà vu n'aurait rien de fâcheux si De Lencquesaing nourrissait ses intrigues autrement que d'un lointain regard sur les choses. Et si son personnage n'était pas qu'un grand vide (plus ou moins voulu, peu importe) qui finalement ne révèle rien. Le manque de matière est ici un peu alarmant.

Jérôme Dittmar

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Ministère à mère : "La Sainte Famille"

Comédie Dramatique | Sa femme s’éloigne, son frère se sépare, son aristocrate de mère le fait tourner en bourrique, sa grand-mère n’est plus très vaillante, sa cousine lui fait de l’œil ; il a du mal avec ses filles… Malgré cet environnement intime bancal, le novice en politique Jean est nommé ministre de la Famille…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Ministère à mère :

La particule de son patronyme laisse supposer que l’auteur-interprète principal a pioché dans un décor, disons, familier : celui d’une lignée enracinée dans l’aristocratie ou la grande bourgeoisie, habituée aux parquets point de Hongrie des beaux quartiers parisiens, prenant ses quartiers de campagne dans quelque gentilhommière d’Île-de-France ; où l’usage veut que les enfants voussoient leurs parents. Un contexte où sa silhouette mi-guindée, mi-ébahie, évolue visiblement en pays de connaissance. Si on ne peut dire qu’on n’a jamais vu de films avec des familles de bourges en crise — c’est même le fonds de commerce d’un certain cinéma français —, ce qui tranche ici, c’est « la pudeur des sentiments », pour reprendre Gainsbourg : les situations se résolvent davantage dans l’écoute et l’étreinte que dans l’hystérie collective, tout mucus sorti. Et la fin, d’une infinie tendresse, s’avère un modèle de douceur. Mais La Sainte Famille sonne aussi le glas de ce “monde ancien“, conscient de sa désuétude, qui anticipe sa dissolution en même temps que la disparition de ses aînées : le pa

Continuer à lire

Blues de la blouse : "L'Ordre des médecins"

Urgences | De David Roux (Fr-Bel, 1h33) avec Jérémie Renier, Marthe Keller, Zita Hanrot…

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Blues de la blouse :

Médecin hospitalier avalé par les urgences quotidiennes d’un métier vocation-passion, Simon fait admettre sa mère pour une rechute cancéreuse. Face à la gravité du mal, à l’inertie de certains collègues et à la résignation de sa mère, il se met en congé pour s’occuper d'elle… Ce premier long-métrage de David Roux mérite de se frayer son chemin singulier dans la jungle des films (et désormais de la série) “médicaux“ initiés par Thomas Lilti. Car en dépit de ce que le titre peut laisser supposer, il s’agit ici surtout des ordre et désordre d’un médecin en particulier ; de sa vie réduite par la force des choses à la pratique hospitalière — par contiguïté, on devine que l’addiction de Simon est largement partagée, même si tous ne vivent pas leur métier comme un apostolat. D’une certaine manière, il est la pathologie de son existence tout en étant son remède — la dose fait le poison, pour reprendre Paracelse. Le grand mérite de ce film est d’opérer (si l’on ose) un virage à 180° à l’intérieur de l’institution, permettant au soignant de la contempler en position distan

Continuer à lire

"L’Économie du couple " : un douloureux huis clos

ECRANS | Un film de Joachim Lafosse (Bel/Fr, 1h40) avec Bérénice Bejo, Cédric Kahn, Marthe Keller…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

Déjà qu’il est peu plaisant d’être le témoin privilégié d’une dispute de couple ; alors imaginez une compilation de soupe à la grimace, d’arguties fielleuses, de museaux bouffés servie par un duo jamais à court de reproches mutuels, achoppant sur sa séparation à cause d’une appréciation différente de la valeur du domicile conjugal. Des considérations tristement mesquines, à hauteur de porte-monnaie, montrant combien (sic) la passion est volatil, et ce qu’il peut rester d’un mariage lorsque la communauté amoureuse se trouve réduite… aux acquêts. Douloureux, éprouvant à voir — pour ne pas dire à subir —, ce quasi huis clos est moins insupportable lorsque des amis, invités dans cet enfer domestique, sont pris à témoins par les deux belligérants. Le temps d’une seule séquence, qu’on soupçonne d’être le prétexte du film — un court-métrage aurait suffi. Pour achever la punition, on se mange ici après Camping 3 un nouveau titre de Maître Gims in extenso. Pas très charitable pour le spectateur…

Continuer à lire

Fedora, star au crépuscule

ECRANS | Fedora revient sur les écrans, après une longue absence. Cette phrase marche pour le film de Billy Wilder, quasi-invisible depuis sa sortie en 1978, mais (...)

Christophe Chabert | Lundi 2 septembre 2013

Fedora, star au crépuscule

Fedora revient sur les écrans, après une longue absence. Cette phrase marche pour le film de Billy Wilder, quasi-invisible depuis sa sortie en 1978, mais aussi pour l’histoire qu’il raconte : celle d’une star mythique, recluse sur une île à Corfou entourée d’une vieille infirme, d’une gouvernante, d’un garde du corps et d’un médecin alcoolique, qu’un producteur «indépendant» cherche à convaincre de faire son come back dans une nouvelle adaptation d’Anna Karenine. Tout fait retour dans Fedora, y compris Billy Willder lui-même, qui offre une variation évidente autour d’un de ses plus grands succès, Sunset Boulevard. Le cinéma a changé en un quart de siècle, et la gloire du muet terrassée par le parlant s’est transformée en diva énigmatique, Dorian Gray féminine pour laquelle la chirurgie esthétique remplace le tableau diabolique. En revanche, William Holden est toujours là, mais lui accuse le poids des années, tout comme Hollywood, balayé par «les jeunes cinéastes barbus» et leurs «caméras légères». La puissa

Continuer à lire

Le Père de mes enfants

ECRANS | Pour son deuxième long-métrage, Mia Hansen-Löve rend hommage à la figure tragiquement disparue du producteur Humbert Balsan, en s’intéressant à ce et ceux qui restent après le deuil. Un film simple et bouleversant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 9 décembre 2009

Le Père de mes enfants

L’histoire du "Père de mes enfants" rejoint, d’une certaine manière, celle de sa fabrication. Mia Hansen-Löve, ancienne critique aux "Cahiers du Cinéma" et protégée d’Olivier Assayas, décide de passer à la réalisation avec "Tout est pardonné". Peu après la fin du tournage, son producteur Humbert Balsan, figure majeure du cinéma d’auteur mondial, se suicide dans son bureau. Pour son deuxième long, Hansen-Löve retrace par la fiction les derniers jours de Balsan, se laissant un maximum de liberté avec la réalité pour accoucher d’un film vraiment émouvant, où le vide laissé par la disparition d’un homme passionné doit être comblé à tous les niveaux : professionnel, intime, familial… La mort au travail Le "Père de mes enfants" commence comme une petite chronique très française : le producteur Grégoire Canvel (Louis-Do de Lencquesaing, formidable de naturel) rejoint sa petite famille dans sa maison de campagne, se fait arrêter par la police parce qu’il roule trop vite, joue un peu avec ses enfants. Ambiance de félicité domestique que soulignent les rythmes bondissants du "Egyptian reggae" de Jonathan Richman… Mais les choses vont vi

Continuer à lire