Headshot

Christophe Chabert | Vendredi 26 octobre 2012

Dans l'ombre de Weerasetakuhl, Pen-Ek Ratanaruang est l'autre cinéaste thaï important, même si on attend toujours le grand film qui lui permettra de passer dans la série A des auteurs internationaux. Ce n'est hélas pas ce Headshot qui lui permettra de faire le grand saut, même si sa première heure, virtuose et vraiment surprenante, le laisse penser.

Ratanaruang y invente un tourbillon scénaristique et visuel autour de son personnage principal, tueur à gages blessé à la tête et qui en ressort miraculeusement indemne avec comme seul handicap de voir le monde à l'envers. Un flashback permet de constater que sa vie était depuis longtemps sens dessus dessous : sept ans avant, il était un flic incorruptible dont l'intégrité l'a conduit jusqu'en prison, accusé d'un meurtre qu'il n'avait pas commis. 

Désabusé et nihiliste, il décide de passer de l'autre côté de la loi, accomplissant des missions pour le compte d'un obscur commanditaire surnommé Démon, à la fois philosophe du chaos et médecin peu conventionnel. Cinéaste jusqu'ici doué pour créer des atmosphères, Ratanaruang s'aventure donc vers les codes du cinéma de genre avec une certaine réussite, Headshot arrivant à être à la fois hypnotique et très cru. 

Mais quand les fils du récit se rejoignent et que celui-ci adopte une certaine linéarité, le film s'avère curieusement plus confus, Ratanaruang se piégeant tout seul avec les nombreux gimmicks qu'il avait jusqu'ici réussis à manier avec dextérité. Les nombreux renversements de situation, trahisons et coups de théâtre donnent la sensation qu'Headshot tourne en roue libre, jusqu'à une conclusion un peu paresseuse dans son envie de rester énigmatique.

Christophe Chabert

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Ploy

ECRANS | de Pen-ek Ratanaruang (Thaïlande, 1h47) avec Lalita Panyopas, Pornwut Sarasin…

Christophe Chabert | Mercredi 9 avril 2008

Ploy

Un couple revient à Bangkok pour un enterrement. Ils vivent aux Etats-Unis, mais ils sont nés en Thaïlande. Il est restaurateur, elle est une ancienne «star» de cinéma. Le mari descend acheter des cigarettes au bar, et y croise une jeune punkette nommée Ploy, qu’il ramène dans leur chambre. Pendant ce temps, l’épouse a trouvé sur un papier un nom et un numéro de téléphone, éveillant ses soupçons sur une possible infidélité de son mari… On détaille l’intrigue, mais ce n’est pas l’important dans l’étrange nouveau film de Pen-ek Ratanaruang, remarqué grâce à Vagues invisibles et surtout le très beau Last life in the universe. Car Ploy avance comme un rêve, figure d’ailleurs largement exploitée dans le corps même du film — à plusieurs reprises, les personnages se réveillent en sursaut, comme si la séquence que l’on venait de voir n’avait pas existé. Le cinéaste cherche ainsi à faire vaciller la réalité sur l’écran, en plongeant chaque scène dans une atmosphère cotonneuse et alanguie. Le rêve peut devenir érotique, comme lors de cette scène d’amour entre une femme de ménage et un barman ; il peut aussi virer au cauchemar lors d’une descente chez un brocanteur inquiétant. M

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