Royal affair

ECRANS | De Nicolaj Arcel (Danemark, 2h16) avec Mads Mikkelsen, Alicia Vikander…

Christophe Chabert | Jeudi 15 novembre 2012

Pour ceux qui se demandent ce que le mot "académisme" veut dire, on conseille la vision de Royal affair, véritable modèle du genre. Soit un sujet historique — la passion entre la Reine Caroline Matilde et le médecin du roi Christian VII, imprégné de philosophie des Lumières et qui va peu à peu, politiquement et sentimentalement, remplacer un souverain plus préoccupé par le jeu et les prostituées à gros seins que par le pouvoir — que Nicolaj Arcel prend soin de ne jamais bousculer par des idées de mise en scène.

Il se contente de l'illustrer avec une reconstitution parfaite, une direction artistique top chic, de la musique bien pompière. Propret, Royal affair se contente d'exposer scolairement l'affair(e), sans jamais prendre le risque de l'ambiguïté ou de la zone d'ombre, faisant à la fois le musée et l'audio-guide, le roman et le dossier pédagogique qui l'accompagne. On serait bien en peine d'y trouver un quelconque point de vue, une once de trouble ou de regard contemporain.

Christophe Chabert

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À voir cul sec : "Drunk" de Thomas Vinterberg

Comédie | Thomas Vinterberg s’empare d’une théorie tordue pour s’attaquer à un nouveau “pilier culturel“ scandinave : la surconsommation d’alcool. Une fausse comédie et une vraie étude de mœurs à voir cul sec.

Vincent Raymond | Jeudi 8 octobre 2020

À voir cul sec :

Ils sont quatre potes, au bas mot quadragénaires et profs dans le même lycée. Quatre à ressentir une lassitude personnelle et/ou professionnelle. Quatre à se lancer, « au nom de la science » dans une étude secrète : tester la validité de la théorie d’un chercheur norvégien postulant qu’un humain doit atteindre une alcoolémie de 0, 5 g/l pour être dans son état normal : désinhibé et créatif. Commence alors une longue descente — et pas qu’aux enfers… Drunk se décapsule sur une séquence qu’on croirait documentaire, montrant ce qui ressemble à une soirée d’intégration entre étudiants (en réalité, il s’agit d’élèves de terminale), en train de se livrer à une sorte de compétition sportive. Sauf qu’ici, l’enjeu pour les participants n’est point tant de courir vite, mais pour chacun d’engloutir le contenu d’une caisse de bière, de le vomir, avant d’aller semer sa “bonne humeur“ éthylique dans les rues de la ville et ses transports en commun. Ce ne sont pas tant les débordements (somme toute minimes et potaches) causés par ces lycéens bien peignés qui choquent ; pl

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Men & Chicken : décalé et incorrect

ECRANS | de Anders Thomas Jensen (Dan, 1h44) avec Mads Mikkelsen, David Dencik, Nicolas Bro…

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Men & Chicken : décalé et incorrect

Pas étonnant que le nouveau Anders Thomas Jensen ait remporté les faveurs du public lors du festival Hallucinations collectives : Men & Chicken était carrossé pour une audience raffolant d’un cinéma de genre décalé, dynamique et incorrect. Un sorte d’hybride dont le Danois s’est fait le champion depuis Les Bouchers verts (2003), avec des réalisations baignées d’un humour noir mettant volontiers à mal ses personnages, comme ceux qui les interprètent. C’est encore le cas ici pour son comédien fétiche Mads Mikkelsen, qui subit niveau maquillage ce que Serrault acceptait jadis de Mocky : un enlaidissement gratiné lui donnant visage presque aussi inhumain que ses malheureux partenaires, joyeuses fratrie de freaks passant leur temps à se flanquer des peignées à coup d’oiseaux empaillés (quand ils ne fabriquent pas du fromage). D’aucuns trouveraient morbide ou malsaine cette inclination pour la tératologie, qui rapproche Jensen du Guillermo del Toro réalisateur du Labyrinthe de Pan et surtout de L’Échine du diable (2001). Tous deux usent de la monstruosité physique comme d’une extériorisation métaphorique des t

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The Danish Girl

ECRANS | De Tom Hooper (GB, 2h) Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

The Danish Girl

Cela va finir par se voir : certains réalisateurs et comédiens n’aspirent qu’à garnir leur cheminée de trophées. Peu leur importe le film, du moment qu’il satisfait à quelques critères d’éligibilité : biopic avec sujet concernant, pathos et performance d’interprète bien apparente. Sa sinistre parenthèse Les Misérables refermée, Tom Hooper renoue donc avec le portrait académique en jetant son dévolu sur Einar Wegener, peintre danois(e) entré(e) dans l’Histoire pour avoir fait l’objet d’une opération de réattribution sexuelle. Mais Hooper, léger comme un bison scandinave, tangue entre clichés niais et ellipses hypocrites — ah, la ridicule propension à occulter les aspects biographiques trop abrupts ! Il ne suffit pas de costumer un acteur aux traits androgynes pour créer un personnage authentique, ni de lui demander d’exécuter des poses délicates et des grimaces pleines de dents comme Jessica Chastain pour figurer le trouble ou l’émoi. L’inspiration et l’originalité du Discours d’un roi semblent, décidément, taries… VR

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Ex_Machina

ECRANS | Pour son premier film derrière la caméra, l’ex-scénariste de Danny Boyle Alex Garland s’aventure dans la SF autour du thème de l’intelligence artificielle, dont il livre une variation qui peine à trouver sa forme, entre didactisme dialogué et sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 juin 2015

Ex_Machina

Imitation Game a popularisé la figure d’Alan Turing auprès du grand public ; sans le succès du film, il est peu probable que les spectateurs comprennent spontanément à quoi Alex Garland fait référence dans Ex_Machina. On y voit un informaticien remporter, lors d’un prologue expéditif, une sorte de loterie interne à son entreprise pour aller passer un séjour auprès de son patron dans sa somptueuse villa isolée du reste du monde. Assez vite, il se rend compte que loin d’être des vacances, il s’agit encore et toujours de travail — n’y voyez pas là une quelconque critique sociale, nous sommes dans le futur. En l’occurrence, faire passer un test de Turing à une androïde sexy dotée d’une intelligence artificielle, histoire de voir si celle-ci prend conscience de son caractère robotique ou si elle persiste à se considérer comme humaine — auquel cas, le test est réussi. Ex_Machina devient alors un long développement autour de la scène inaugurale de Blade Runner, le réplicant moustachu étant remplacé par une bimbo diaphane au corps inachevé, laissant appa

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Michael Kohlhaas

ECRANS | Film difficile, qui cherche une voie moyenne entre l’académisme costumé et l’épure, cette adaptation de Kleist par Arnaud Des Pallières finit par séduire grâce à la puissance d’incarnation de ses acteurs et à son propos politique furieusement contemporain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Michael Kohlhaas

L’honnêteté critique oblige à avouer que Michael Kohlhaas commence mal. Sa première demi-heure, trop longue, mal racontée, est une laborieuse exposition de ses enjeux. Arnaud Des Pallières semble pétrifié face au texte de Kleist qu’il adapte, et en respecte la lettre jusqu’à oublier la plus élémentaire des concisions cinématographiques. Il faut d’abord faire comprendre le conflit qui oppose le marchand de chevaux Kohlhaas aux autorités, puis son environnement familial, puis l’assassinat de sa femme et, enfin, sa décision de soulever le peuple pour réclamer justice. Le tout est mis en scène dans des plans lents et austères, cadrés au cordeau et soulignés par un boum boum de tambour en guise de musique. On voit bien que le cinéaste cherche à se tenir à égale distance de l’ascétisme façon Straub et de l’académisme européen en costumes, mais sa proposition semble surtout réconcilier les deux autour d’un ennui commun. Alors qu’on s’apprête à subir la suite, Des Pallières sort une séquence magistrale où la petite armée de Kohlhaas décime un château à l’arbalète. Chaque plan dessine une action millimétrée, fluid

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La Chasse

ECRANS | La calomnie d’une enfant provoque un déchaînement de violence sur un innocent assistant d’éducation. Comme un contrepoint de son tube «Festen», Thomas Vinterberg montre que la peur de la pédophilie est aussi inquiétante que la pédophilie elle-même, dans un film à thèse qui en a la qualité (efficace) et le défaut (manipulateur). Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 8 novembre 2012

La Chasse

On sort de La Chasse un peu sonné, pris comme le héros dans un engrenage asphyxiant où chaque tentative pour rétablir la vérité l’enfonce dans le désespoir et renforce l’injustice à son encontre. Thomas Vinterberg a de toute évidence réussi son coup : il laisse peu de place à la réflexion durant ces 110 minutes — jusqu’à la fin "ouverte" narrativement, mais totalement close philosophiquement. Les interrogations viendront après, une fois la distance retrouvée avec un spectacle efficace mais fondamentalement pipé. La Chasse raconte comment Lucas, assistant d’éducation en bisbille avec sa femme pour la garde de son fils, va voir le ciel lui tomber sur la tête après qu’une des petites filles de l’école où il travaille l’ait accusé de «lui avoir montré son zizi». L’enfant a en fait une réaction d’amoureuse déçue face à un homme qu’elle avait identifié comme un possible père de substitution, lui prodiguant l’affection que son vrai paternel ne lui témoignait plus. La calomnie va prendre des proportions terribles : directrice, professe

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