On ira tous au Paradis

Christophe Chabert | Lundi 3 décembre 2012

Durant tout le mois de décembre à l'Institut Lumière et dans le cadre de la Ciné-collection du GRAC, Les Enfants du Paradis vont refaire l'événement. Une reprise massive à la hauteur du film mais aussi du long et patient travail de restauration numérique qui lui a été consacré — sans parler de la grande exposition qui a lieu en ce moment à la Cinémathèque française.

Les Enfants du Paradis, c'est d'abord un emblème, celui du réalisme poétique né de l'association entre son réalisateur Marcel Carné et son scénariste et dialoguiste Jacques Prévert. Pourtant, il est à l'opposé des autres réussites du tandem. Ici, pas de sujet social comme dans Le Crime de Monsieur Lange ou Le Jour se lève ; c'est en 1830, dans le Paris de l'après-Révolution française, et plus précisément sur le «boulevard du crime», l'endroit où l'on croisait tous les saltimbanques, que Carné et Prévert racontent comment un mime (Jean-Louis Barrault) et un acteur novice (Pierre Brasseur) tombent amoureux de la même femme, Garance (étincelante Arletty).

L'ambition du film repose à la fois sur son goût du romanesque et sur son ampleur (un travail exceptionnel de Trauner sur la reconstitution du décor). Sa légende tient aussi au miracle de sa fabrication, en pleine deuxième guerre mondiale, dans les mythiques studios de la Victorine à Nice. Elle réside enfin dans l'idée, simple et magnifique, que le cinéma est cet art qui peut englober tous les autres et leur rendre leur essence populaire : le «Paradis» du film, ce sont les places les moins chères du théâtre, celles qu'achetait le peuple pour vivre intensément le spectacle. Paradis perdu ? Non, paradis retrouvé !

Christophe Chabert

Les Enfants du Paradis
À l'Institut Lumière, du 5 au 22 décembre
Dans les salles du GRAC (www.grac.asso.fr) jusqu'au 7 janvier

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Les Enfants du Paradis à l’Institut Lumière

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Exaltant le théâtre de la rampe aux tréfonds des coulisses et des têtes d’affiches aux plus obscures accessoiristes, scindé comme une pièce en deux époques séparées par un entracte, s’ouvrant (et se refermant) sur un rideau de scène, Les Enfants du Paradis (1945) s’avère, paradoxalement, l’une des plus grandioses déclarations d’amour jamais effectuées au 7e Art — en même temps que son plus somptueux cadeau d’anniversaire pour un demi-siècle d’existence. Écrit et tourné dans l’atmosphère oppressante de l’Occupation, qui contraignit notamment Alexandre Trauner et Joseph Kosma à travailler dans la clandestinité et l’ensemble de la production à jongler avec des restrictions permanentes, ce film célèbre dans le moindre de ses plans, le plus infime de ses dialogues, la victoire de la poésie. Et la conjonction d’une étourdissante liste d’artistes et techniciens hissant leurs talents au plus haut degré d’excellence. Le découvrir en copie restaurée (sur grand écran !) ajoute à

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Arletty représente, avec Gabin, la personnification du "réalisme poétique" tels que Carné et Prévert l’ont inventé dans les années 30. C’est d’ailleurs ce couple à l’écran qui en marque à la fois l’apogée — Hôtel du nord et sa célèbre réplique «Atmosphère… Atmosphère… Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?» — et son déclin — L’Air de Paris, qui pour le coup sent surtout le renfermé du cinéma de studio. Ce sont ces deux films qui encadrent la "semaine avec Arletty" que propose l’Institut Lumière du 11 au 15 mars, avec en son cœur l’incontournable Le Jour se lève et le nettement plus rare — car passé au feu de la réputation infamante de son réalisateur Claude Autant-Lara — Fric-Frac, où Arletty partage l’affiche avec Fernandel et Michel Simon. Le sceau de l’infamie, c’est aussi ce qu’Arletty a connu au sortir de la guerre : pendant le tournage des Enfants du paradis, la comédienne, qui par ailleurs assumait clairement sa

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Le Jour se lève à nouveau

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«Le Jour se lève ressort bientôt, et Gabin dedans est immense. Si un jour je pouvais m’approcher de ça, faire un petit Jour se lève, ce serait fantastique…» Voilà ce que nous a déclaré Jean-Charles Hue, réalisateur de Mange tes morts. On parlait avec lui de "mythologie populaire du cinéma français" et il est évident que ce chef-d’œuvre de Marcel Carné en est un des exemples les plus purs. Il faudrait, pour (re)découvrir Le Jour se lève, oublier tout ce que l’on pense en savoir : le réalisme poétique, le pessimisme qui fait contrepoint à la légèreté de Drôle de drame, le charisme du couple Gabin-Arletty… Carné et son complice Jacques Prévert osent reconstruire en flashbacks l’histoire d’un assassin, cloîtré dans un appartement, attendant le petit jour et la venue de la police. Magie du cinéma qui voit se transformer le criminel en ouvrier amoureux, puis en amant dupé et trahi

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SCENES | Cinquante personnes sur scène pour raconter les mois de mai, juin et juillet 68 vus sous le prisme du théâtre. C’est la grande épopée à laquelle nous convie Christian Schiaretti sur un des lieux même où s’est déroulée l’action de ces mois agités et fondateurs, le TNP. Reportage dans les coulisses de cette fresque comme on n’en fait plus. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Dimanche 21 octobre 2012

Epopée collective

«Si on manque de spectateurs, on pourra assurer de remplir une demi-salle avec vous !» dit en plaisantant le metteur en scène Christian Schiaretti à ses nombreux comédiens et figurants qui occupent les premiers rangs du théâtre en cette après-midi de répétitions, à J-9 de la première représentation. Et d’annoncer ensuite que la comédienne Isabelle Sadoyan (fondatrice du théâtre de la Comédie devenu le Théâtre de la Cité de Villeurbanne, ayant fait ses premiers pas avec Roger Planchon au théâtre des Marronniers et jouant encore sur la scène du TNP notamment cette magnifique Conversations avec ma mère dans la salle qui porte le nom de son défunt conjoint, Jean Bouise) se verra remettre les insignes de chevalier de la légion d’honneur des mains d’Aurélie Filippetti le 8 novembre. Il en va ainsi du théâtre au TNP : jamais le passé ne s’efface. Il donne sans cesse un sens à ce qui s’y trame. Mai, juin, juillet est un spectacle de transmission, résultat d’une commande passée par Christian Schiaretti à l’écrivain-philosophe Denis Guénoun. Le texte va bien au-delà d’u

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GUIDE URBAIN | Pour digérer les brillantes prophéties d'Emmanuel Todd, direction cette semaine Les Enfants du Paradis. À mi-chemin entre la Villa Gillet et l'Institution des Chartreux, une adresse qui revisite la bonne vieille cuisine des familles dans un cadre chaleureux. Stéphanie Lopez

Stéphanie Lopez | Jeudi 17 novembre 2011

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On connaissait Les Enfants Gâtés (place Sathonay) pour les glaces, mais la saison n'étant plus trop au sorbet citron vert, montons d'un cran sur la colline pour atteindre le royaume des chérubins de la bonne chair. Sachant que les cuisses de canard confites nous ferons une belle jambe une fois devenus poussière, on est d'accord : autant trouver son paradis sur terre. Alors pourquoi pas ici, entre une tablée design et un décor qui revisite le gibier, en alignant des têtes de cerf au kitsch métallisé. Car à l'instar d'Emmanuel Todd, Les Enfants du Paradis composent eux aussi au regard d'un certain modèle familial, mais côté cuisine. Prenez par exemple un plat rustique comme la gratinée à l'oignon : Hélène la patronne sait lui redonner de l'avenir en remixant la tradition (mini ramequins, maxi mesclun, et une consistance en bouche carrément plus proche du gratin que de la soupe à  la louche). Lieu du paradis Alors certes, à  l'origine des systèmes familiaux, il y a parfois aussi un bébé qui pleure dans la salle de restaurant, incommodant tous les clients. Dans ce cas, Hélène n'hésite pas à  gentiment demander à la maman si elle n'irait pas le prom

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