L'Homme aux poings de fer

ECRANS | De RZA (ÉU, 1h35) avec Russell Crowe, RZA, Rick Yune

Jerôme Dittmar | Mercredi 19 décembre 2012

A deux semaines d'intervalle, L'Homme aux poings de fer joue les amuse-gueules pour Django unchained. Sponsorisé par Tarantino, écrit par son complice Eli Roth, le premier film de RZA a forcément des airs de grindhouse movie en allant puiser son inspiration dans le cinéma d'arts martiaux hongkongais.

Traumatisé par le genre depuis les débuts du Wu-Tang, le MC s'offre donc son film de fan. Au programme du maniérisme pur jus, une intrigue prétexte au combat, de l'humour qui tache et un défilé de nénettes canons, tout le casting de cette production sino-américaine flairant l'exotisme bon marché.

Si on n'a rien contre cet esprit sympathiquement bâtard et assumé, cinématographiquement, c'est pas Tsui Hark ou Chang Cheh. Même s'il a compris les bases (comme définir les personnages par leur arme), RZA montre vite ses limites derrière une caméra, et délègue les meilleures scènes à Corey Yuen, chorégraphe et co-auteur de hits comme Dragons Forever ou Yes Madam!. C'est déjà ça de pris.

Jérôme Dittmar

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Fermez la parenthèse : "Fugue"

Drame | De Agnieszka Smoczynska (Pol-Tch-Sué, 1h40) avec Gabriela Muskala, Lukasz Simlat, Malgorzata Buczkowska…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Fermez la parenthèse :

Sortie de nulle part, Alicja a échoué sur un quai de métro, amnésique. Deux ans plus tard, elle est identifiée par sa famille et se découvre un époux (qui a refait sa vie), un fils, des parents, une existence rangée, loin de sa nouvelle apparence plus “déstructurée“. Pourra-t-elle s’y réintégrer ? La réelle question posée par Fugue n’est pas tant la possibilité de restaurer sa mémoire et sa vie passée, mais plutôt le droit à “l’évaporation“ telle qu’évoquée jadis par Imamura — fût-elle comme ici accidentelle. L’amnésie ayant transformé Alicja en une personne différente (et lui ayant conféré une nouvelle identité) elle se trouve confrontée à un traumatisme supplémentaire : se soumettre à un désir de conformité social qui lui est totalement étranger. Comment en effet éprouver sur commande un amour viscéral pour de parfaits étrangers ? Elle et sa famille ont fait leur deuil ; il leur est pourtant imposé de reprendre le cours de leur vie commune, comme si de rien n’était. Déroutant, voire perturbant si l’on s’en tient aux critères habituels du récit raccomm

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Hélène Cattet & Bruno Forzani : « on fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

Hallucinations Collectives | Invités d’honneur d’un festival qui ne leur a jamais fait défaut — à raison : ils sont sans doute avec Mandico les plus fervents pratiquants d’un “autre“ cinéma — le duo Hélène Cattet & Bruno Forzani a composé une Carte Blanche à son image. Bref échange en guise de mise en bouche.

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Hélène Cattet & Bruno Forzani : « on fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

Le fait d’œuvrer dans un collectif — à partir de deux, vous constituez déjà un collectif, non ? — exacerbe-t-il vos penchants respectifs pour les formes et formats “hallucinatoires“ ? Hélène Cattet & Bruno Forzani : D’une certaine manière, oui, car dans la dynamique d'écriture en duo, on essaie tout temps de déstabiliser l'autre et de le faire halluciner avec des séquences auxquelles il ne s'attend pas. Irréductible à un genre, votre cinéma revendique au contraire l’hybridation et le mélange, voire cette “impureté“ que Epstein attribuerait au diable. Le territoire que vous dessinez film après film appartient-il à un Enfer perdu ? À un enfer qu'on essaie de trouver, plutôt. Il n'est pas vraiment perdu car il n'existe pas, il faut à chaque fois le créer de toutes pièces. L’hermétisme/conformisme français vis-à-vis du genre ne surmarginalise-t-il pas votre travail ? Est-ce vivable d’un point de vue artistique et économique ? C'est difficilement vivable, mais on fait ce qu'on aime, donc ça n'a pas de prix, o

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Joel Edgerton, au “non“ du père : "Boy Erased"

Drame | De Joel Edgerton (É-U, 1h55) avec Lucas Hedges, Nicole Kidman, Russell Crowe…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Joel Edgerton, au “non“ du père :

Victime d’un viol à l’université, Jared se trouve contraint de dévoiler son homosexualité à sa famille. Pasteur de leur petite communauté, son père l’oblige à suivre un stage visant à le “guérir“ de son orientation sous la houlette de Victor Sykes, un illuminé religieux pervers et nocif… On se souvient que Desiree Akhavan avait l’an passé dans Come As You Are abordé ce même sujet des pseudo thérapies de conversion, colonies sectaires où les familles à la limite de l’intégrisme placent leur enfant gay dans l’espoir que des gourous vomissant des versets de la Bible (tout en usant de tortures psychologiques et/ou physiques) les transforment en bons petits hétéronormés. Résultat ? Un taux de suicide hors norme. Le comédien-cinéaste Joel Edgerton reprend cette trame — et cette dénonciation — en lui donnant fatalement plus de lumière : d’une part parce qu’il adapte un fait divers (ne manquez pas à ce titre le carton de fin, d’un rare tragi-comique) ; de l’autre en conférant à des camarades oscarisés les seconds rôles. Russell Crowe

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Mandico, Jeunet & Caro, Gaspar Noé : l’art et la matière

Cinéma | À l’heure où la virtualité s’impose à chaque maillon de la chaîne cinématographique, demeure une frange de cinéastes faisant résonner leur 6e sens avec le 7e art. Pour elles et eux, filmer est un acte définitivement charnel. Ça nous a plu ; on en veut en corps !

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Mandico, Jeunet & Caro, Gaspar Noé : l’art et la matière

De même que les saumons nagent à contre-courant pour frayer, certains cinéastes se révèlent remarquablement féconds en évoluant à rebours de leurs congénères. En manifestant, par exemple, un attachement viscéral à la pellicule moins pour des raisons de conservatisme rétro-snobinard que des motivations profondément artistiques — ce qui ne les empêche pas de recourir à des effets numériques. Ou en s’obstinant à spectrographier l’âme humaine à l’aune de leurs obsessions plastiques. Le premier groupe réunit à Hollywood une aristocratie d’auteurs bankable — Tarantino, Nolan, Spielberg, Scorsese, Aronofsky, Anderson (Wes & Paul Thomas), Abrams, Coen (Joel & Ethan) etc. — et rassemble en France un aréopage de cin-éaste-philes sans doute nostalgiques d’une certaine sérendipité expérimentale : Jean-Pierre Jeunet & Marc Caro, F.J. Ossang pour les “ancêtres“, Hélène Cattet et Bruno Forzani, Bertrand Mandico, Antonin Peretjatko dans la nouvelle génération… Bien souvent des courts-métragistes acharnés malaxant influences comme les bandes son et images sans tabou, jonglant d’un format à l’autre entre deux longs.

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Le polar et la manière : "Laissez bronzer les cadavres"

Polar | Adaptation visuellement pétaradante du premier roman de Manchette & Bastid, ce pur manifeste cinématographique fascine par son inextinguible obstination à travailler la forme. Une expérience de polar à la fois vintage et contemporaine.

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Le polar et la manière :

Après un braquage sanglant de 250kg d’or en barres, Rhino et sa bande se sont mis au vert dans la vaste ruine d’une artiste peu regardante. Mais des invités-surprises se joignent à la troupe : deux femmes, un enfant, ainsi qu’une paire de motards de la police. Ça, c’est plus gênant… La bonne grosse mandale qui claque sur l’oreille et assourdit jusqu’à faire voir des étoiles : voilà, en substance, l’effet de souffle produit par Laissez bronzer les cadavres. Haletant dès son ouverture immersive, le troisième long-métrage du duo Cattet & Forzani évoque par son foisonnement d’idées formelles et sa remise en question incessante le rejeton issu d'une union entre Pierrot le Fou, Ne nous fâchons pas et Persona. Jouer au Éros Peuplé de visages et de figures arrachés à tous les univers (un ex-boxeur ici, là le meneur de Trust, ailleurs une star du porno des années 1970 et partout des totems du cinéma d’auteur comme Elina Löwensohn ou Marc Barbé

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"La Bataille géante de boules de neige" : Neige bien descendue ?

ECRANS | de Jean-François Pouliot & François Brisson (Can, 1h22) avec les voix (v.f.) de Erza Muqoli, Gabriel Gros, Esteban Durand…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Pendant les congés de Noël, deux armées d’enfants menées respectivement par Luc et Sophie trompent leur ennui en se livrant une guerre impitoyable. Leurs armes ? Des projectiles composés de flocons d’eau gelée, agglomérés en sphères… Le titre improbable de ce film d’animation en dissimule un autre, incompréhensible pour le public hexagonal : La Guerre des tuques 3D — c’est-à-dire, en québécois, la guerre des bonnets. En plus d’être une variante saveur sirop d’érable de notre Guerre des boutons, cette amusette se trouve être le remake d’un immense classique dans la Belle Province. Un peu pataud, doté d’une esthétique rudimentaire, ce film part avec un handicap certain sur notre territoire, d’autant qu’il a été redoublé dans une langue métropolitaine aseptisée. Privé de ses locutions idiomatiques et de ses accents, il perd tout le potentiel sympathie que cet exotisme aurait pu lui conférer, ostie d’crisse !

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The Nice Guys : attachant polar

ECRANS | de Shane Black (E-U, 1h56) avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Kim Basinger…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

The Nice Guys : attachant polar

On ne s’étonnera pas de voir derrière The Nice Guys le producteur Joel Silver, qui a bâti une partie de sa fortune grâce au buddy movie avec 48 heures et les quatre volets de L’Arme fatale — parler de tétralogie en l’occurrence risquerait de froisser Wagner. Il avait déjà accompagné Shane Black, scénariste de L’Arme fatale, pour Kiss Kiss Bang Bang (2005) — un précédent réussi narrant association entre une carpe et un lapin sur fond d’investigation privée — il remet donc le couvert avec un nouveau duo chien et chat. Pourquoi diable changer des recettes qui fonctionnent et qui, justement, en rapportent ? Une fois que l’on a admis que le tonneau sur pattes à la carrure depardieutesque est Russell Crowe, on embarque pour un plaisant voyage carrossé jusqu’au bout du col pelle-à-tarte vintage années 1970. Plutôt que d’enchaîner les refrains connus à tour de platines, la B.O. procède en finesse en distillant des intros funky, groovy et disco. Shane Black met aussi la pédale douce du côté des répliques, abandonnant l’épuisante distribution de vannes surécrites. Du coup, on s’attache davantage à ses person

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Dégradé : un brillant film sur Gaza

ECRANS | de Arab & Tarzan Abu Nasser (Pal/Fr/Qat, 1h23) avec Hiam Abbass, Maisa Abd Elhadi, Manal Awad…

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

Dégradé : un brillant film sur Gaza

À quoi reconnaît-on un “bon” film de guerre ? Certainement pas au volume de ses reconstitutions méthodiques de combats, ni au réalisme hurlant de ses étripages ; plutôt à la manière dont il donne à partager l’atmosphère pesante d’un conflit — cette oppression qui s’exerce par contamination directe sur les civils, et pollue leur existence comme une maladie collective en s’insinuant dans tous les interstices de leur quotidien. Dégradé est un “bon” film de guerre parce qu’il se joue dans le huis clos d’un salon de coiffure, autrement dit un lieu anodin cultivant une image de frivolité, de superficialité, où les clientes incarnent une forme de résistance face à l’absurdité du contexte gazaoui. Parce qu’il nous montre comment chacune tente de surmonter la menace chronique, de s’accommoder des privations, de répondre de manière pragmatique à la logique de mort ambiante. Dégradé ne rend pas extraordinaires des situations qui le sont pourtant toutes (y compris la présence d’un lion domestique dans la rue !), parvient à représenter la proximité menaçante du front de manière ultra-réaliste… tout en s’abstenant de le filmer. Il y a autant d’intelligenc

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Shaun le mouton

ECRANS | Les studios Aardman se sont transcendés avec cette adaptation des aventures de Shaun, dont Mark Burton et Richard Starzac respectent les partis pris initiaux — gags burlesques, rythme trépidant et pas une ligne de dialogue — en y ajoutant un esprit anar réjouissant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Shaun le mouton

La jeunesse, c’est l’âge de l’enthousiasme, des grands projets, de la vie libre et insouciante. Et puis le train-train quotidien s’installe, la routine du travail, des jours qui se ressemblent et des amis que l’on ne regarde plus. En cinq minutes déjà formidables, Shaun le mouton raconte ainsi comment un fermier passe de la joie d’élever son cheptel de moutons à l’application machinale d’un planning abrutissant pour lui, mais aussi pour ses animaux, proches de la dépression. À la faveur d’une publicité entrevue sur le flanc d’un bus, les moutons se prennent à rêver d’évasion, échafaudant un plan pour échapper à la surveillance de leur berger et de son chien Bitzer, lui aussi en plein relâchement. Commence alors une aventure débridée et impossible à décrire tant elle fourmille de trouvailles visuelles. On n’est pas des moutons ! Car Shaun le mouton, adaptation d’une série animée autour d’un personnage apparu dans Rasé de près, une des aventures de Wallace et Gromit, est avant tout un défi de mise en scène : raconter une histoire sans avoir recours aux dialogues, remplacés par des borborygmes et une gamme presque symphoniq

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Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

ECRANS | « Under electric clouds » d’Alexei Guerman Jr. « Every thing will be fine » de Wim Wenders. « Selma » d’Ava Du Vernay. « Body » de Malgorzata Szumowska. « Angelica » de Mitchell Lichtenchtein.

Christophe Chabert | Mercredi 11 février 2015

Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

Après une semaine de Berlinale et 25 films, on commence un peu à fatiguer. D’autant plus que les films ne font pas trop de cadeaux. À commencer par Under electric clouds d’Alexei Guerman Jr, présenté en compétition, épreuve assez rude à 9 heures du matin, sachant qu’en plus la durée annoncée (2h10) était largement sous-estimée d’une bonne dizaine de minutes supplémentaires. Là n’est pas forcément la question car eût-il été plus court ou encore plus long, le film n’en aurait pas été plus facile à avaler, tellement il nécessite qu’on s’accroche en permanence à ce qui se passe à l’écran pour espérer — mais ce n’est pas une certitude — parvenir à en percer le sens. Présenté comme une fable se déroulant en 2017 — date symbolique du centenaire de la révolution soviétique — où une poignée de personnages se croisent autour d’une tour dont la construction a été arrêtée et dont l’architecte se serait suicidé de désespoir, Under electric clouds décline ensuite en chapitres les vies de ces hommes et de ces femmes qui, d’une manière ou d’une autre, sont liés à l’édifice. Le prologue pose en voix-off ce principe narratif et explique la situation ; on

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Noé

ECRANS | Sauf le respect qu’on doit à Darren Aronofsky, ses débuts dans le blockbuster à gros budget relèvent du naufrage intégral, et cette libre relecture du mythe biblique est aussi lourdingue que formatée, kitsch et ennuyeuse… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 13 avril 2014

Noé

Qui était Noé selon Darren Aronofsky ? Un fanatique écolo, illuminé par l’annonce d’un désastre et la damnation d’une humanité corrompue, entouré par des anges envoyés par Dieu et incarnés en géants de pierre aux yeux phosphorescents. Ce résumé lapidaire de la première heure — interminable — de Noé résume dans le fond le formatage auquel est soumis ce blockbuster : un peu d’air du temps, un peu de messianisme divin — quand va-t-on nous foutre la paix avec ces stupides histoires de religion et quand passera-t-on au XXIe siècle dans cet occident que l’on dit éclairé et que l’on trouve de plus en plus obscurantiste ? — et un peu d’héroïc fantasy. Comme liant, un sérieux papal dans des dialogues qui calquent grossièrement ceux de n’importe quel serial historique actuel — Game of thrones, pour ne pas le citer. Face à ce gros foutoir en forme de kouglof indigeste et laborieux, on attend, comme dans l’expression consacrée, le déluge, car tout Aronofsky qu’il soit, c’est bien ce qu’on demande à un cinéaste qui engloutit plus de cent millions de dollars dans un film sur l’arche de Noé : filmer ce putain de déluge, même si celui-ci n’est que l’addition d’effets n

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Magnifica Presenza

ECRANS | De Ferzan Özpetek (It, 1h46) avec Elio Germano, Paola Minaccioni…

Christophe Chabert | Dimanche 14 juillet 2013

Magnifica Presenza

Film après film, Ferzan Özpetek fait varier son petit univers fait de culture gay et de relents de comédie italienne, dans un style sage et propret qui ne prête ni à l’enthousiasme, ni à la raillerie. Bien écrit, bien filmé, bien interprété, Magnifica Presenza ne déroge pas à la règle, et introduit dans une mécanique bien huilée deux ingrédients qui relèvent la sauce : une pincée de fantastique, via cette histoire de maison hantée par une troupe de comédiens qui vont d’abord effrayer l’apprenti acteur (Elio Germano, ex-prix d’interprétation cannois) sentimentalement paumé qui s’y installe, avant qu’il ne se résigne à les libérer de leurs tourments éternels. C’est le deuxième intérêt du film : faire ressurgir le souvenir des résistants massacrés sous le fascisme, sans pour autant tomber dans le pamphlet. Magnifica Presenza joue ainsi une curieuse partition entre tragédie passée et comédie de mœurs contemporaine — avec des seconds rôles stéréotypés comme souvent chez Öztepek, qui se rêve en Almodovar transalpin, mais en est encore loin. Christop

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Faut pas dire du mal de Johnny

CONNAITRE | Qui, de Michael Phelps ou de Ian Thorpe, serait le plus à même de succéder à Johnny Weissmuller dans le rôle de Tarzan ? En voilà une bonne question. On ne sait si (...)

Benjamin Mialot | Dimanche 2 juin 2013

Faut pas dire du mal de Johnny

Qui, de Michael Phelps ou de Ian Thorpe, serait le plus à même de succéder à Johnny Weissmuller dans le rôle de Tarzan ? En voilà une bonne question. On ne sait si Jean-Christophe Deveney, Jérôme Jouvray et Anne-Claire Jouvray, respectivement scénariste, dessinateur et coloriste de Johnny Jungle, répondront à cette question lors de la soirée organisée par le Comoedia jeudi 6 juin (dans le cadre du "off" du festival Lyon BD) autour de cette icône plus ou moins oubliée de la culture populaire. Ce dont on a la certitude en revanche, c'est que cette biographie fantasmée – Johnny y est dépeint comme un enfant sauvage progressivement broyé par l'entertainment – et rocambolesque du quintuple champion olympique de natation devenu acteur de cinéma est l'une des bandes dessinées les plus distrayantes de l'année en cours. Et que sa mise en perspective le temps d'une projection, d'une discussion, d'une gribouille en direct et d'une séance de dédicace avec Tarzan, l'homme-singe, classique octogénaire de W. S. Van Dyke et premier volet de la série de douze adaptations des écrits de Edgar Rice Burrough

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Les Misérables

ECRANS | À force d’adaptations, le roman de Victor Hugo devait en arriver là : la version filmée de la version anglaise de la comédie musicale. Elle confirme les limites de Tom Hooper derrière une caméra et accumule les faiblesses manifestes et les fautes de goût impardonnables. Pourtant… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Les Misérables

Les Misérables n’est pas un bon film. On pourrait même passer la critique entière à en lister les défauts. À commencer par le travail de Tom Hooper lui-même, dont le trop admiré Discours d’un roi montrait déjà les limites : par exemple, Hooper s’avère absolument incapable de donner une forme aux passages non chantés. Alternant grand angle et longues focales, ils sont cousus n’importe comment par un montage aberrant réduisant l’action à une bouillie d’images incohérentes. On peut aussi s’interroger sur la valeur musicale de la partition de Schönberg et Boublil : ces "tubes" pensés pour des chanteurs à voix ont pris du plomb dans l’aile et seul l’investissement des comédiens permet de leur donner un nouveau souffle. Au milieu de ce casting all stars, on trouve une incroyable faute de goût : Russell Crowe dans le rôle de Javert. L’acteur sort sa grosse voix dans les passages parlés, mais part dans les aigus dès qu’il se met à chanter, sapant toute la crédibilité du personnage. Le récit est ce qui résiste le mieux à ce duplicata musi

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Nintendo fait sa promo

ARTS | Pour promouvoir sa nouvelle console 3DS permettant de prendre des images en trois dimensions (visibles ensuite sur écran sans lunettes spéciales), (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 11 avril 2012

Nintendo fait sa promo

Pour promouvoir sa nouvelle console 3DS permettant de prendre des images en trois dimensions (visibles ensuite sur écran sans lunettes spéciales), Nintendo a mis le paquet et s’est offert les services de rien moins que la célèbre agence photo Magnum ! Trois de ses photographes ont eu carte blanche pour prendre chacun une trentaine d’images qu’ils exposent ici et là en France. À Lyon, c’est au Bleu du Ciel, jusqu’au samedi 21 avril, qu’on pourra voir leurs travaux balbutiants… Le célèbre Martin Parr montre ses portraits acides et ses témoignages truculents sur la vie quotidienne de ses concitoyens anglais. Et deux grands reporters s’essayent à la 3D, Thomas Dworzak présentant des images de Géorgie ou d’une parade militaire au Pérou par exemple. Rien de très passionnant, mais cette nouvelle technologie pourrait peu à peu faire son chemin et ouvrir, qui sait, quelques voies de communication et d’échanges entre deux milieux éloignés : celui de la presse et de l’information, celui plus juvénile et insouciant du jeu vidéo. Quant aux grincheux qui critiquent l’omniprésence incontrôlée de l’image à tous les niveaux de notre existence (té

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Tous au Larzac

ECRANS | De Christian Rouaud (Fr, 2h) documentaire

Dorotée Aznar | Dimanche 20 novembre 2011

Tous au Larzac

Un homme court sur un plateau escarpé, filmé depuis un plan aérien parfait, magnifiant à la fois le personnage et le décor dans lequel il s’inscrit ; l’ouverture de Tous au Larzac fait plus penser au Seigneur des anneaux qu’à un documentaire engagé sur un combat vieux de trente ans mais dont les répercussions se font sentir encore aujourd’hui (lire en page 20). Christian Rouaud, qui avait déjà fait parler de lui en réalisant Les Lips, est comme Depardon un documentariste qui ne voit pas le genre comme du sous-cinéma. Dans Tous au Larzac, le soin apporté à la mise en scène, que ce soit dans les interviews ou dans le traitement des archives, n’a donc rien à envier à la meilleure des fictions. Mais le sujet s’y prête, mélange étrange entre un western contemporain bien de chez nous et un suspense politique où chaque coup porté par un camp se traduit par une réponse ferme de l’autre. On peut trouver le film un peu long (comme la lutte, qui dura dix ans), on peut regretter que Rouaud n’aille pas chercher des témoins du côté de l’armée ou des gouvernements de l’époque (ont-ils seulement un visage ?) ; mais sa constance à ne jamais baisser les bras en tant que

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Gardarem lo Larzac

ACTUS | Dans "Tous au Larzac", Christian Rouaud revient sur une lutte politique fondatrice de notre histoire contemporaine : celle menée entre 1970 et 1981 par les paysans du Larzac contre la tentative de spoliation de leurs terres par l’armée. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 18 novembre 2011

Gardarem lo Larzac

Ça commence par ce que Christian Rouaud appelle «un coup de massue sur la tête». Michel Debré, ministre de la défense, fait en octobre 1970 une annonce fracassante : un projet d’extension du camp militaire situé sur le plateau du Larzac. Ce qui équivaut à exproprier certains paysans qui y vivent et y travaillent. L’absence de concertation, typique des mœurs politiques concernant l’armée, est aussi un manque de discernement. Car si à cette époque le Larzac est essentiellement constitué de fermes isolées où, comme dans toutes les campagnes, les paysans se jalousent entre eux, quelques figures atypiques s’y sont installés : c’est le cas de Pierre et Christiane Burguière, de Michel Courtin, mais surtout de Guy Tarlier et de son épouse Marizette, qui rejoignent le Larzac en 1965. Ce sont eux qui ont l’idée, face à l’impossibilité de négocier avec l’État, de lancer un appel national pour sensibiliser l’opinion à la défense du Larzac. «La conjoncture est favorable car on est dans l’après-68» explique Christian Rouaud. «Et arrivent là tous les militants de l’époque quelle que soit leur obédience. Les paysans sont extrêmement émus de voir tous ces gens qui viennent

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Forza Motorsport 4

CONNAITRE | Sur Xbox 360 (Turn 10 / Microsoft)

Benjamin Mialot | Lundi 31 octobre 2011

Forza Motorsport 4

Une Intelligence Artificielle qui roule avec des œillères, une météo aux abonnés absents et c'est tout. Au-delà de ces menus griefs, Forza Motorsport 4 possède plus encore que ses aînés toutes les qualités pour être élu jeu de course de l'année : une modélisation maniaque de plus de 500 bagnoles, des sensations criantes de vérité, un gameplay orienté simulation entièrement personnalisable, un contenu hors-ligne vertigineux (le mode carrière offre à lui seul de quoi torpiller un mariage), des fonctions communautaires bien pensées (on peut notamment créer un club)... N'en jetons plus, allons plutôt consoler les développeurs de Gran Turismo.

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Le Premier qui l’a dit

ECRANS | De Ferzan Ozpetek (Italie, 1h48) avec Riccardo Scamarcio, Nicole Grimaudo…

Christophe Chabert | Jeudi 8 juillet 2010

Le Premier qui l’a dit

Ferzan Ozpetek est un peu le François Ozon italien ; assumant joyeusement de faire un cinéma gay tout en cherchant à l’inscrire dans la tradition nationale (ici, la comédie de mœurs à l’italienne). Pendant une heure, "Le Premier qui l’a dit" réussit assez bien ce programme : un beau garçon revient de Rome dans sa riche famille d’industriels des Pouilles pour faire son coming out. Mais au moment du dîner, son frangin, qui s’apprêtait à reprendre le business de pâtes familiales, lui grille la politesse et claque la porte de l’entreprise. Il doit donc ajouter une autre imposture à ce mensonge en se transformant en patron… Enlevée, bien écrite, rythmée, cette première partie est franchement plaisante. La suite l’est moins, notamment quand Oztepek fait débarquer dans la demeure familiale les quatre potes follasses du héros, le film utilisant d’un coup les stéréotypes et les clichés qu’il avait évités jusqu’ici. Du coup, même la fin, volontariste dans la mélancolie, sent le fabriqué. CC

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Amer

ECRANS | D’Hélène Cattet et Bruno Forzani (Fr-Belg, 1h30) avec Cassandra Forêt, Charlotte Eugène-Guibbaud…

Dorotée Aznar | Lundi 1 mars 2010

Amer

Le projet artistique est courageux, voire plus que louable : livrer une interprétation hautement référentielle du giallo (courant cinématographique venu de l’exploitation italienne qui mélangeait policier et fantastique), le tout sous un angle purement sensoriel. Dénuement des dialogues et des situations, travail monumental sur l’image et le son, leurs textures, leurs sens, "Amer" impressionne durant sa première bobine par la radicalité de ses partis pris. Le deuxième acte, beaucoup moins subtil dans sa structure, fait cependant déchanter, et retourne involontairement le propos du film contre lui-même : l’expérimentation se mute progressivement en prétention, les fulgurances visuelles se noient dans un maelstrom narratif souffrant de son opacité délibérée. Et "Amer", grande aventure psychotrope, d’amorcer son virage en bad trip... Si vous ne craignez pas les descentes douloureuses, foncez. FC

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Harragas

ECRANS | De Merzak Allouache (Fr-Alg, 1h35) avec Lamia Boussekine, Nabil Asli…

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Harragas

La première demi-heure d’"Harragas" n’est pas mal du tout. Une image forte en ouverture, un beau travail de caractérisation des personnages et surtout, une façon tout à fait inédite de filmer Alger, loin des clichés habituels. Le problème, c’est que Merzak Allouache a une autre idée en tête : emmener ses protagonistes dans un huis clos maritime sur une embarcation de fortune, à la recherche de la terre promise pour tout immigré clandestin : l’Europe. Au-delà du défi technique, "Harragas" ne propose alors que de l’attendu : les caractères deviennent des stéréotypes, le film s’enlise dans une tension dramatique très artificielle qui n’arrive jamais à faire oublier son caractère programmatique. Allouache ajoute même, un fine, un petit côté film à thèse assez déplaisant et inutile, comme s’il fallait absolument souligner de quel côté de la Méditerranée parle le cinéaste. On l’avait compris… CC

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Jeux de pouvoir

ECRANS | De Kevin Macdonald (ÉU, 2h07) avec Russell Crowe, Ben Affleck…

Christophe Chabert | Vendredi 19 juin 2009

Jeux de pouvoir

Au départ, une trépidante mini-série anglaise créée par Paul Abbott pour la BBC, sorte de réponse british à 24 heures chrono. À l’arrivée, un remake américain qui réduit le nombre de personnages, condense l’action mais en reprend grosso modo toutes les ficelles. On y voit un journaliste (Crowe, en mode post-hippie) enquêter sur le meurtre de la maîtresse d’un député influent (Affleck, plus fade que jamais) qui est, par ailleurs, son ami intime. Kevin Macdonald, qui avait un peu abusé son monde avec Le Dernier Roi d’Écosse, montre ici son vrai visage : un yes man sans personnalité qui illustre laborieusement en pompant à droite à gauche (un peu Mann, un peu Pakula) son matériau passionnant. L’exploit de Jeux de pouvoir est que rien n’y est crédible et, surtout, qu’il ne véhicule aucun suspense, sinon en avertissant le spectateur par l’usage d’une musique anxiogène. Un thriller arthritique qui, pour les fans de la série, ne sert strictement à rien. CC

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Mensonges d’état

ECRANS | À travers une complexe histoire d’espionnage au Moyen-Orient, Ridley Scott tente d’analyser le cynisme de la CIA dans sa lutte contre le terrorisme. Mouais… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 novembre 2008

Mensonges d’état

Ridley Scott enchaîne à une vitesse fulgurante les films, passant sans transition d’une épopée médiévale (Kingdom of heaven) à une comédie légère (Une grande année) puis à une fresque sur le gangstérisme (American gangster). À la vision de ce Mensonges d’état, on serait tenté de lui dire de calmer le jeu, tant il donne l’impression de manquer de recul, hésitant entre blockbuster d’espionnage et réflexion politique, perdant sur les deux tableaux de la clarté et de l’efficacité. Le film montre comment un agent de la CIA piste à travers le Moyen-Orient un djihadiste responsable d’une vague d’attentats en Europe. La première partie le montre au cœur d’une action qu’il tente de maîtriser, épié dans ses moindres faits et gestes par un supérieur pratiquant un trouble jeu. C’est la meilleure piste du début : le grand écart entre la confusion que vit Ferris sur le terrain et la froide machinerie des écrans de surveillance, à la précision millimétrée comme un wargame sur Playstation. Duplicité redoublée par l’opposition entre Di Caprio, qui abîme à nouveau sa gueule d’ange à coups d’hématomes, de cicatrices et de plaies,

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3h10 pour Yuma

ECRANS | de James Mangold (ÉU, 2h02) avec Russell Crowe, Christian Bale, Peter Fonda…

Dorotée Aznar | Mardi 25 mars 2008

3h10 pour Yuma

James Mangold est une anguille ; un modeste artisan se glissant dans tous les genres sans jamais chercher à y apposer sa patte. C’est ce côté caméléon qui a fini par rendre son cinéma attachant. Après le thriller horrifique (Identity) et le biopic musical (Walk the line), il s’attaque donc, toujours profil bas, au remake de 3h10 pour Yuma, western signé Delmer Daves qu’il ressuscite avec un casting renversant : Crowe, Bale, Fonda et l’étonnant Ben Foster dans un excellent second rôle de tueur sans merci… Un fermier (Bale), revenu éclopé du front, doit payer une dette à un puissant propriétaire pour conserver son domaine familial ; un bandit de grand chemin (Crowe) se fait connement arrêter lors d’une attaque de banque. L’un devra escorter l’autre pour espérer sauver sa famille de la faillite. Le charme de 3h10 pour Yuma tient curieusement à son caractère bancal. Mangold vise ouvertement l’héritage du western classique, avec ses codes, ses clichés et ses scènes à faire ; mais, conscient de l’empreinte d’Eastwood et de Peckinpah sur le genre, il voudrait aussi y ajouter une dimension mélancolique et crépusculaire en faisant tomber la barrière entre son «héros» et son «méchant», l’un

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