Le Monde de Charlie

ECRANS | De Stephen Chbosky (ÉU, 1h42) avec Emma Watson, Ezra Miller, Logan Lerman

Jerôme Dittmar | Mercredi 19 décembre 2012

Avec ses airs de Breakfast Club ressuscité par le sentimentalisme existentiel d'un Cameron Crowe, Le Monde de Charlie est un peu ce teen movie fragile et précieux qu'on n'attendait plus. Un film servant les clichés du genre à la louche (début des années 90, un lycéen timide de banlieue découvre la vie au contact d'une nouvelle bande de potes marginaux), mais avec une folle envie de cristalliser ces moments miraculeux qui ont fait de l'adolescence une légende américaine.

Ces moments où sur une pop song de Bowie, l'infini vous tend les bras en même temps que le regard d'une fille ou d'un ami. Aussi fin qu'appuyé, truffé de références has been, le film menace toujours de s'effondrer, jusque dans un final explicatif d'une balourdise absolue, et pourtant c'est beau. Peut-être parce que plus qu'une énième histoire de fin d'innocence à l'orée des rêves adultes, Stephen Chbosky (adaptant son best seller) tourne un film tendre et bienveillant sur une époque appelée à devenir un moment symbolique.

Jérôme Dittmar

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Tenir tête à la méchanceté : "Wonder"

ECRANS | de Stephen Chbosky (E-U, 1h51) avec Jacob Tremblay, Owen Wilson, Izabela Vidovic…

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

Tenir tête à la méchanceté :

Auggie, dix ans, redoute un peu plus la rentrée des classes que ses camarades. Affligé d’une sévère déformation du crâne et du visage, il n’a en effet jamais été scolarisé. Le brillant garçonnet fera pourtant face aux moqueries et humiliations, avec l’aide des siens et de ses nouveaux amis… On en voit à longueur d’année, de ces portraits plus ou moins ornés de l’estampille ”inspiré d’une histoire vraie”; de ces leçons de vie plus onctueuses et édifiantes les unes que les autres finissant toutes par la plus merveilleuse des concordes et l’harmonie humaniste. Sans échapper totalement à ce schéma (ah, l’insupportable musique standardisée, jouée au piano par trois doigts arthritiques, et qui souligne au lieu de susciter !), Wonder consent à de nombreux efforts pour ne pas être un tire-larmes bonne conscience de plus. Car si Auggie est le héros, il n’est pas la seule “voix” d’un film raconté également par son entourage (ses copains, sa grande sœur, l’ancienne meilleure copine de celle-ci…) Ce choix de narration “diffractée” ne change rien à la place de l’enf

Continuer à lire

"La Belle et la Bête" : il était (encore) une fois…

ECRANS | La jeune et pure Belle accepte de prendre la place de son père, capturé par la Bête — un prince charmant transformé en monstre par une sorcière. L’amour que (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 mars 2017

La jeune et pure Belle accepte de prendre la place de son père, capturé par la Bête — un prince charmant transformé en monstre par une sorcière. L’amour que Belle va lui porter pourrait lever le charme ; hélas, Gaston, un bellâtre bélître et jaloux va tout faire pour les séparer… C’est au tour de La Belle et la Bête (1991) de bénéficier de la vaste entreprise de transposition du répertoire animé en prises de vues réelles. Appartenant au second “âge d’or” de la firme Disney, il se trouve donc archi-cousu de chansons (bien plus encore que Cendrillon ou Le Livre de la Jungle), voire conçu comme une comédie musicale. Une romance appelant du merveilleux, du chamarré et de la fantaisie, là où la trame supporterait volontiers un supplément de mélancolie, de gothique, de fantastique. Ici, les crocs de la Bête disparaissent bien vite lorsque Belle commence à l’amadouer ; et les personnages/objets parlants secondaires, adjuvants destinés à adoucir le cadre terrifiant, prennent une telle place qu’ils envahissent l’écran — d’autant qu’ils sont tous campés en V.O. par des comédiens plus connus q

Continuer à lire

Noé

ECRANS | Sauf le respect qu’on doit à Darren Aronofsky, ses débuts dans le blockbuster à gros budget relèvent du naufrage intégral, et cette libre relecture du mythe biblique est aussi lourdingue que formatée, kitsch et ennuyeuse… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 13 avril 2014

Noé

Qui était Noé selon Darren Aronofsky ? Un fanatique écolo, illuminé par l’annonce d’un désastre et la damnation d’une humanité corrompue, entouré par des anges envoyés par Dieu et incarnés en géants de pierre aux yeux phosphorescents. Ce résumé lapidaire de la première heure — interminable — de Noé résume dans le fond le formatage auquel est soumis ce blockbuster : un peu d’air du temps, un peu de messianisme divin — quand va-t-on nous foutre la paix avec ces stupides histoires de religion et quand passera-t-on au XXIe siècle dans cet occident que l’on dit éclairé et que l’on trouve de plus en plus obscurantiste ? — et un peu d’héroïc fantasy. Comme liant, un sérieux papal dans des dialogues qui calquent grossièrement ceux de n’importe quel serial historique actuel — Game of thrones, pour ne pas le citer. Face à ce gros foutoir en forme de kouglof indigeste et laborieux, on attend, comme dans l’expression consacrée, le déluge, car tout Aronofsky qu’il soit, c’est bien ce qu’on demande à un cinéaste qui engloutit plus de cent millions de dollars dans un film sur l’arche de Noé : filmer ce putain de déluge, même si celui-ci n’est que l’addition d’effets n

Continuer à lire

The Bling ring

ECRANS | De Sofia Coppola (ÉU, 1h30) avec Israel Broussard, Emma Watson…

Christophe Chabert | Mardi 4 juin 2013

The Bling ring

L’accueil tiède (et à nos yeux injuste) réservé à Somewhere malgré son Lion d’or à Venise a sans doute poussé Sofia Coppola à faire profil bas avec The Bling ring, qui n’affiche aucun des atours modernistes de son film précédent. Au contraire, la cinéaste illustre le fait-divers dont elle s’inspire — quatre filles et un garçon californiens dévalisent les villas des stars qu’ils adulent — avec un minium d’effets de style. Son thème de prédilection, à savoir la fascination pour l’oisiveté et la célébrité mêlées, subi lui aussi une torsion déflationniste flagrante. Plutôt que d’épouser le regard de ses personnages, elle adopte une posture distante sinon surplombante, comme si elle tenait la chronique froide de ce qui est avant tout la répétition d’un même cérémonial. L’overdose de marques et le name dropping constant n’est plus une matière de cinéma comme auparavant, mais une observation sociologique qui tend vers un réquisitoire dont les motifs sont plutôt éculés : Internet, la presse people

Continuer à lire

Another happy day

ECRANS | De Sam Levinson (ÉU, 1h55) avec Ellen Barkin, Ellen Burstyn, Ezra Miller…

Dorotée Aznar | Mercredi 25 janvier 2012

Another happy day

Le mariage et la famille sont des institutions américaines ; suffit-il de les transformer en jeu de massacre pour être impertinent et politiquement incorrect ? C’est visiblement ce que pense Sam Levinson avec cette comédie chorale complètement cynique qui ressemble à du Altman revisité par ses détracteurs. Les stéréotypes sont légions : l’ado camé, la belle-mère arrogante, le grand-père sénile, la mère dépressive, les tantes hystériques, la sœur suicidaire, etc. Ce petit manège s’ébroue dans un scénario laborieux, et l’ensemble trouve son apogée dans l’horripilant cabotinage d’Ellen Barkin (coproductrice, ceci expliquant cela), à côté duquel les acteurs à la fin des Petits mouchoirs paraissent sobres et retenus. D’ailleurs, depuis la sortie du navet de Canet, ce cinéma américain «indépendant» a pris un sacré coup de vieux : aujourd’hui, en France, on fait aussi mauvais, mais avec plus de pognon.Christophe Chabert

Continuer à lire