Renoir

ECRANS | De Gilles Bourdos (Fr, 1h51) avec Michel Bouquet, Vincent Rottiers, Christa Theret…

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

Quel est l'angle de ce Renoir signé Gilles Bourdos ? Ni biopic du père Auguste, saisi au crépuscule de sa vie, ni regard sur la jeunesse du fils Jean, soldat au front et pas encore cinéaste, le film s'intéresse surtout à ce qui va temporairement les unir : la belle Andrée Heuschling, modèle d'Auguste puis amante de Jean, avant de devenir son actrice sous le pseudonyme de Catherine Hessling.

Le film ne va pas jusque-là et c'est comme un aveu de la part de Bourdos : le cinéma ne l'intéresse pas, ni comme sujet, ni comme matière. Tout au plus aime-t-il faire des images où il retrouve la lumière des tableaux de Renoir ; par contre, diriger les acteurs ou trouver un point de vue pour sa mise en scène est le cadet de ses soucis.

Les scènes se déroulent dans la neurasthénie la plus complète, Christa Theret est ramenée à une pure présence charnelle, et même Michel Bouquet en fait trop (il faut le voir bredouiller des «Mon Jeannot !» dans sa fausse barbe pour mesurer le désastre). Un gâchis monumental.

Christophe Chabert

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Feu le pompier : "Sauver ou périr"

Le Film de la Semaine | Le parcours d’un pompier parisien, de l’adrénaline de l’action à la douleur du renoncement après l’accident. Une histoire de phénix, né à nouveau par le feu qui faillit le consumer, marquant (déjà) la reconstruction d’un cinéaste parti de guingois pour son premier long.

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Feu le pompier :

Jeune sapeur-pompier dévoué et heureux en ménage, Franck aspire à diriger des opérations sur des incendies. Hélas, sa première intervention se solde par un grave accident le laissant plusieurs mois à l’hôpital, en lambeaux et défiguré. Un lent combat pour réapprendre à vivre commence… Consacrer un film à un soldat du feu juste après avoir jeté son dévolu sur la brigade du Quai des Orfèvres ayant traqué Guy Georges (dans le très inégal L’Affaire SK1, 2014) risque de laisser penser que Frédéric Tellier donne dans le fétichisme de l’uniforme ou des agents du service public ! Pour autant, ses deux long-métrages n’ont pas grand chose en commun, si ce n’est de s’inspirer d’une histoire vraie et de bénéficier de l’appoint d’un bon co-scénariste, David Oelhoffen (auteur du réussi Frères ennemis). Tellier débute ici sans prendre de gants par une contextualisation brute et édifiante du “métier de sauver“, dans

Continuer à lire

En bonnes voix

Festival | Centrée sur dix lieux de la belle Calade autour de Villefranche, le Festival Nouvelles voix en Beaujolais s'offre une fois encore, du 12 au 18 novembre, (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 6 novembre 2018

En bonnes voix

Centrée sur dix lieux de la belle Calade autour de Villefranche, le Festival Nouvelles voix en Beaujolais s'offre une fois encore, du 12 au 18 novembre, une belle moisson de talents en devenir et parfois même un peu installés dont certains affichent déjà complets comme les coqueluches (belges) du moment Angèle et Tamino. Mais que les gourmets se rassurent ils pourront satisfaire leur curiosité de bien des manières et sur bien des esthétiques : du hip-hop de la véloce Tracy de Sá à la ténébreuse chanson électro de Terrenoire, de l'électro pop androgyne de Malik Djoudi à la country francophone de l'excellentissime Baptiste W. H

Continuer à lire

Les décapants Thérapie Taxi au festival Changez d'Air

Festival | Il en fallait de la suite dans les idées pour pérenniser un festival chanson pop à Saint-Genis-les Ollières hors-saison (des festivals s'entend). Ça fait (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 22 mai 2018

Les décapants Thérapie Taxi au festival Changez d'Air

Il en fallait de la suite dans les idées pour pérenniser un festival chanson pop à Saint-Genis-les Ollières hors-saison (des festivals s'entend). Ça fait pourtant 18 éditions, âge de la majorité, que ça dure et perdure. La faute, si l'on peut dire, à une programmation qui sait taper là où il faut, entre branchitude et satisfaction populaire (deux notions à prendre dans toutes leur relativité). Ainsi donc de cette édition 2018 de Changez d'Air qui verra se côtoyer, du 23 au 26 mai, aux côtés d'une Clarika ou une Giedré, une belle plante en devenir comme Pomme, un duo fouineur toujours impressionnant (Pethrol), l'énigmatique duo stéphanois Terrenoire, vu aux Inouïs de Bourges cette année ou le rappeur néo-puriste Davodka. Et surtout, surtout, les gentiment décapant Thérapie Taxi, délicieuse et vénéneuse sensation électro-french-pop que l'on conseille aux traumatisés d'Uber et ses conséquences sur notre civ

Continuer à lire

Les sélectionnés du Printemps de Bourges dévoilés

MUSIQUES | Ils ont été auditionnés en ces bonnes villes de Grenoble et Lyon parmi huit candidats et aux termes de ces deux soirées réparties en groupe de quatre, ils ont (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 6 mars 2018

Les sélectionnés du Printemps de Bourges dévoilés

Ils ont été auditionnés en ces bonnes villes de Grenoble et Lyon parmi huit candidats et aux termes de ces deux soirées réparties en groupe de quatre, ils ont été sélectionnés. Voilà donc les lauréats Rhône-Alpes des Inouïs du Printemps de Bourges : la rappeuse lyonnaise au flow insensé Tracy de Sa, la chanson écorché vive du duo stéphanois Terrenoire et le rock technoïde des Drômois de Parquet représenteront donc la région au festival. Sachant que sur les huit candidat il pouvait n'en rester qu'un, deux ou trois. Ou même aucun. C'est donc carton plein pour les jeunes pousses Rhône-Alpes cette année.

Continuer à lire

Christa Théret : « J’ai besoin de sentir le centre de la terre »

Entretien | Déjà une petite quinzaine d’années de carrière pour la comédienne découverte dans Le Couperet de Costa-Gavras et révélée par LOL. Dans Gaspard va au mariage, elle ne voit pas l’ours : elle revêt sa peau.

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Christa Théret : « J’ai besoin de sentir le centre de la terre »

Est-ce le ton comique ou mélancolique du scénario de Gaspard va au mariage qui vous a le plus touchée à la première lecture ? Christa Théret : Sa mélancolie — je suis très mélancolique. Il y a des envolées, de la légèreté, plein de métaphores. Et l’on ressent aussi du spleen. Même si on n’est pas dans Baudelaire ! (rires) Trouvez-vous cette famille “normale” ? Aucune famille ne l’est. Mais celle-ci est en train de se libérer : les choses ne sont pas tues et il n’y a pas d’hypocrisie. Souvent, dans les repas de famille, on dit que chacun doit avoir une place, être bien sous tout rapport… Ici, la folie peut se libérer et il y a une honnêteté dans les rapports. Vous endossez une peau d’ours durant quasiment tout le film. En quoi un costume de cette nature vous a-t-il aidé à composer votre personnage de Camille ? Ça aide toujours, un costume. Avec une peau d’ours, on se sent un peu exclue, et en même temps il y a un côté très familier : c’est un peu comme un cocon, une cabane dont elle n’aurait jamais vo

Continuer à lire

"Toril" : De l’herbe ou des légumes ?

Et aussi | Pour sauver son maraîcher de père de la banqueroute, un petit planteur de cannabis se sert du hangar familial pour écouler, durant un temps qu’il imagine (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

Pour sauver son maraîcher de père de la banqueroute, un petit planteur de cannabis se sert du hangar familial pour écouler, durant un temps qu’il imagine bref, d’énormes quantités de stupéfiants pour le compte du parrain local. Or ce dernier, convaincu par la couverture, ne voit pas l’intérêt de s’en priver ; il menace de jeter dans son toril ceux qui contrecarreraient ses plans. En cette rentrée, les gros bovins semblent se complaire dans la fréquentation des marginaux. Mais si dans Rodéo (sorti le 7 septembre), ils permettaient à des vachers de subsister, ils servent ici de supplétifs à un caïd — à front de taureau, forcément — appréciant leur brutalité meurtrière. En fait, c’est leur puissance allégorique, peckinpahesque pourrait-on dire, qui fascine Laurent Teyssier ; leur potentiel de destruction massive annonçant un finale façon puzzle. Même si Vincent Rottiers lègue toute sa fièvre à ce fils pris dans l’engrenage, Toril reste un peu court sur pattes. Il y a bien une tent

Continuer à lire

"Nocturama" : une nuit close vue par Bertrand Bonello

Le Film de la Semaine | Après deux films en costumes (L’Apollonide et Saint Laurent), Nocturama signe le retour de Bertrand Bonello au plus-que-présent de l’allégorique pour l’évocation d’une opération terroriste menée par un groupuscule de jeunes en plein Paris. Brillant, brûlant et glaçant.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Voici des temps absurdes où l’on en vient à redouter les attentats autant pour leur inqualifiable barbarie que pour leurs conséquences sur la diffusion des œuvres cinématographiques susceptibles de les évoquer. Où, en somme, des auteurs proposant une lecture analytique souvent clairvoyante des métaphénomènes sociétaux, voient la carrière de leur film avortée parce que leur fiction s’accorde avec l’actualité, ou lui fait un cuisant écho. Made in France de Nicolas Boukhrief et Bastille Day de Peter Watkins ont déjà payé un lourd tribut en étant retirés de l’affiche ; quant à l’extraordinaire Les Cow-boys de Thomas Bidegain, il a senti le vent du boulet. Espérons que Nocturama,

Continuer à lire

L’Origine de la violence : prodigieusement intéressant

Le Film de la Semaine | Absent des écrans depuis presque une décennie, Élie Chouraqui revient avec un film inégal dans la forme mais prodigieusement intéressant sur le fond. Pas vraiment étonnant car il pose, justement, des questions de fond.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

L’Origine de la violence : prodigieusement intéressant

Comme beaucoup de cinéastes, d’artistes ou tout simplement d’êtres, Élie Chouraqui est double. Parfois, il s’engage dans une veine sentimentale, dans le film-chorale “superficiel et léger” façon Marmottes ; parfois il montre sa face la plus tourmentée dans des œuvres graves, profondes — indiscutablement les plus réussies. Man on Fire (1989) ou Harrison’s Flowers (2000) constituent ainsi des repères précieux dans sa filmographie ; L’Origine de la violence pourrait les rejoindre — et ce en dépit d’une facture parfois un peu bancale, qu’un budget étriqué peut justifier. Bien qu’il s’agisse ici d’une adaptation d’un roman de Fabrice Humbert, l’œuvre en résultant s’avère éminemment personnelle ; une sorte de synthèse où il opère une réconciliation entre ses thèmes de prédilection : la famille, la mémoire et la guerre — pas n’importe laquelle, la Seconde Guerre mondiale. Partant questionner les silences intimes, les non-dits et les interdits, il traite du rapport au temps et à l’oubli, au pardon nécessaire et à la mémoire obligatoire. Jamais il n’excuse, son propos est net, mais il fait la démarche d’expliquer pour comprendre des personna

Continuer à lire

Tout en haut du monde

ECRANS | Le renouveau de l’animation viendrait-il de la diversité européenne ? Même si l'on trouve mille qualités à Vice-Versa, à Dragons voire à L’Âge de glace, l’honnêteté (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Tout en haut du monde

Le renouveau de l’animation viendrait-il de la diversité européenne ? Même si l'on trouve mille qualités à Vice-Versa, à Dragons voire à L’Âge de glace, l’honnêteté oblige à admettre que ces films souffrent d’un regrettable conformisme esthétique — quand ils ne succombent pas à certains gimmicks narratifs. Comme si la créativité de leurs auteurs ne pouvait s’exprimer qu’à l’intérieur d’un champ clos produisant des fruits ronds, colorés et sucrés, à la saveur prévisible. De notre côté de l’Atlantique, les cinéastes ont une autre approche : ils ne cherchent pas à rivaliser dans la restitution de la réalité — cette course à l’échalote technique servant d’argument aux films ayant les scénarios les plus pauvres —, ils investissent l’écriture en traitant de sujets plus segmentants, moins glamour ; et réfléchissent à la dimension plastique de leurs œuvres. Découvrir Tout en haut du monde, c’est avoir le regard ébloui par une bourrasque de pureté et de clarté. Rémi Chayé propose un traitement visuel allant à l’essentiel, très flat design, qui change les perspectives

Continuer à lire

La Fille du patron

ECRANS | De et avec Olivier Loustau (Fr, 1h38) avec Christa Théret, Florence Thomassin…

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

La Fille du patron

Premier long métrage de fiction d’un fidèle de Kechiche formé de surcroît au documentaire, La Fille du patron ne surprendra donc pas par son réalisme social, à la tonalité presque anglaise : un courant affectif et solidaire lie entre eux les protagonistes, mais aussi les attache à leur usine, qui est comme un prolongement organique de leur être. Ce qui étonnera en revanche, c’est la détermination sans faille du personnage Vital campé par le réalisateur : chacun de ses choix (dans la sphère professionnelle ou privée) est irrévocable — remords et regrets lui étant étrangers. Un caractère entier et droit, couplé à un profil plutôt taciturne, conférant à ce héros prolo le mixte de mystère et de charisme expliquant la fascination qu’il exerce sur la fameuse “fille du patron”, au-delà des clichés relatifs aux différences d’âges, de milieux sociaux, etc. S’écartant des insupportables standards réclamant du happy end, La Fille du patron s’achève tout en nuances, confirmant si besoin était l’ineptie du manichéisme simpliste…

Continuer à lire

Dheepan

ECRANS | Jacques Audiard a décroché une Palme d’or avec un très bon film qui n’en avait pourtant pas le profil, même si cette histoire de guerrier tamoul cherchant à construire une famille en France et se retrouvant face à ses vieux démons est plus complexe que son pitch ne le laisse croire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

Dheepan

Prenons une métaphore footballistique : si Un prophète était dans la carrière de Jacques Audiard un tir cadré et De Rouille et d’os un centre décisif, Dheepan fait figure de passe en retrait… Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne conduira pas à un but, et c’est bien ce qui est arrivé à Cannes, puisqu’il est reparti avec une Palme d’or qui a surpris tout le monde. Mais c’est peut-être le propre des grands films que d’apparaître sous un jour fragile tout en laissant la sensation d’assister à quelque chose de fort qui nous accompagnera longtemps après. Dheepan s’ouvre sur la préparation d’un bûcher où l’on va brûler des cadavres. Nous sommes au Sri Lanka et la guerre civile se termine, soldant la défaite des Tigres tamouls. Parmi eux, Dheepan observe les dépouilles de ses compagnons avec résignation ; la guerre est derrière lui, mais que lui réserve l’avenir ? C’est une femme, Yalini, qui lui offre une porte de sortie : elle traverse le camp de réfugiés à la reche

Continuer à lire

Bodybuilder

ECRANS | De et avec Roschdy Zem (Fr, 1h44) avec Vincent Rottiers, Yolin François Gauvin, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Bodybuilder

Faire un film réaliste et honnête sur le milieu du bodybuilding français est un défi inattendu de la part de Roschdy Zem, dont c’est le troisième long en tant que réalisateur après deux tentatives — Mauvaise foi et Omar m’a tuer — assez catastrophiques, chacune à leur manière. La vision de ces corps monstrueux et l’appréhension de l’esprit quasi philosophique qui préside à leur transformation produit d’ailleurs parfois un certain vertige. Mais c’est surtout grâce à la présence incroyable de Yolin François Gauvin, sommet de virilité tranquille dont le visage et la voix impassibles semblent déconnectés de son impressionnante masse musculaire, que le film trouve une vraie raison d’être. Il rejoint ainsi la belle lignée des Ventura ou Michel Constantin, anciens boxeurs devenus acteurs charismatiques du cinéma populaire français. Mais Zem n’est pas Melville ou Giovanni, et plutôt que de lui offrir une solide intrigue de polar, il le plonge dans une très banale histoire de transmission père / fils compliquée, dans laquelle Vincent Rottiers fait assez

Continuer à lire

Le blanc et le Renoir

ECRANS | Jean Renoir avait gagné dans le cinéma français le surnom de «patron»… Pourtant, quand sort en 1939 La Règle du jeu, devenu au fil du temps le classique des (...)

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Le blanc et le Renoir

Jean Renoir avait gagné dans le cinéma français le surnom de «patron»… Pourtant, quand sort en 1939 La Règle du jeu, devenu au fil du temps le classique des classiques hexagonaux, la réception est loin d’être unanime face à une œuvre qui choisit de s’inscrire dans une descendance ouvertement théâtrale — influence de Marivaux et de Musset sur la structure de l’intrigue, jeu des comédiens poussés vers la Comedia dell’arte — et dont le sous-texte politique n’est pas aisé à déchiffrer, notamment ses références à l’actualité brûlante — la guerre est proche, le populisme gagne du terrain, le nazisme s’étend à coups d’annexions sauvages. À l’écran, on voit un ballet amoureux où des aristocrates, des bourgeois et des domestiques se retrouvent pour une partie de chasse en Sologne ; dans chaque caste, il y a des maris, des femmes, des amants et des maîtresses, mais les choses sont soigneusement compartimentées par la topographie des lieux comme par la mise en scène. Seul Renoir lui-même dans le rôle d’Octave, le raté à la peau d’ours, caressera l’espoir — illusoire — d’échapper à sa condition. La Règle du jeu se tient ainsi entre tradition — vale

Continuer à lire

La Marche

ECRANS | De Nabil Ben Yadir (Fr, 2h) avec Tewfik Jallab, Olivier Gourmet, Charlotte Le Bon, Vincent Rottiers…

Christophe Chabert | Mercredi 20 novembre 2013

La Marche

La marche contre le racisme et pour l’égalité, partie des Minguettes de Vénissieux il y a trente ans, méritait mieux que ce navet dont les maladresses se retournent contre son message même. La caractérisation des marcheurs est au-delà du stéréotype, et leur évolution est conduite avec d’énormes sabots, quand cela ne relève pas de l’aberration totale. Ainsi du personnage de Philippe Nahon, franchouillard grognon et raciste qui finit en défenseur fervent d’une France métissée ; mais les autres sont à l’avenant, telle cette pseudo Fadela Amara qui découvre, après une bonne dizaine de séquences à éructer en féministe courroucée, que le dialogue apaisé, c’est bien, en fait. Tout est exagéré, outré, noyé dans un humour de multiplexe et, pire du pire, écrit avec un manuel de scénario à l’américaine sur les genoux. Le film a donc besoin sans cesse de désigner des ennemis pour créer du conflit dramatique et en général ce sont les péquenauds français, forcément cons, intolérants, fermés, méchants qui en prennent pour leur grade ­— mais même SOS Racisme se fait tacler dans les cartons de fin ! La nuance n’est donc pas le fort de La Marche, mais la mise en scène non plus, s

Continuer à lire

L’Homme qui rit

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr, 1h33) avec Gérard Depardieu, Marc-André Grondin, Christa Theret…

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

L’Homme qui rit

Il y a quelque chose d’involontairement comique à voir sortir, deux semaines après Le Hobbit, cet Homme qui rit signé Jean-Pierre Améris. Là où Jackson étire chaque ligne de Tolkien jusqu’à la nausée, Améris compresse façon César le roman de Victor Hugo ; là où Le Hobbit surjoue l’épique, L’Homme qui rit ramène tout le grandiose hugolien à une platitude de téléfilm tourné dans les pays de l’Est. De la tempête initiale au grand discours de Gwynplaine devant le Parlement, la mise en scène est d’une pauvreté désarmante, incapable de donner du souffle aux images sinon en les inondant d’une musique pompière ou en creusant les fonds verts de décors numériques laids à pleurer. C’est simple, on se croirait dans un plagiat de Tim Burton filmé par Josée Dayan ! Si Depardieu reste digne au milieu du naufrage, Marc-André Grondin ne sait visiblement pas dans quel film il est embarqué, et Christa Theret, qu’on aime beaucoup pourtant, joue les aveugles comme au temps du muet, les yeux écarquillés et les bras tendus en avant. Gr

Continuer à lire

Lumière est un long film fleuve tranquille

ECRANS | Plus éclatée que lors des éditions précédentes, la programmation de Lumière 2012 ménagera films monstres, raretés, classiques restaurés, muets en musique et invités de marque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Lumière est un long film fleuve tranquille

Elle aura tardé à arriver, mais la voici, presque définitive — manquent encore le film d’ouverture et le film choisi pour la remise du Prix Lumière à Ken Loach : la programmation du festival Lumière 2012. Autant dire tout de suite que par rapport à ce qui avait été annoncé en juin, beaucoup de choses ont changé ou se sont affinées : ainsi, la rétro Ken Loach se concentrera sur la deuxième partie de sa carrière, de Raining stones à Route Irish, avec en guise de curiosité le téléfilm Cathy Come Home. En revanche, plus de traces des raretés du cinéma américain des années 70, remplacées par l’intégrale de la saga Baby Cart, fameux sérial cinématographique hongkongais avec son samouraï promenant un bébé dans une poussette. Six films qui auront droit à une journée de projection au Cinéma opéra, ce qui marque d’ailleurs une des tendances du festival cette année : les marathons cinématographiques. Que ce soient les quinze heures de The Story of film (documentaire monstre sur l’histoire du cinéma), les 4h15 d’Il était une fois en Amérique dans sa versio

Continuer à lire

Voie rapide

ECRANS | Rencontre improbable entre Fast and furious et le cinéma des frères Dardenne, ce premier film raconte la culpabilité d’Alex, un amateur de tuning (Libéreau) (...)

Christophe Chabert | Jeudi 12 juillet 2012

Voie rapide

Rencontre improbable entre Fast and furious et le cinéma des frères Dardenne, ce premier film raconte la culpabilité d’Alex, un amateur de tuning (Libéreau) qui, un soir, tue un jeune garçon sur la voie rapide qui le ramenait à son domicile, et décide de cacher l’accident à sa copine Rachel (Christa Théret, actrice définitivement épatante). Contre toute attente, Christophe Sahr trouve systématiquement la bonne distance entre réalisme social et envie de spectacle pour raconter l’errance morale de son héros. La peinture du milieu est crédible sans sombrer dans la caricature, et le film choisit de retranscrire le tourment qui s’empare d’Alex en faisant de sa passion un reflet de sa psyché. Plus Alex s’enfonce dans le remords, plus sa voiture se déglingue, comme si sa culpabilité atteignait l’ensemble de son environnement. Parfois démonstrative, la mise en scène n’hésite pourtant pas à aller fouiller dans des zones dérangeantes, comme lorsqu’Alex se rapproche, y compris physiquement, de la mère de la victime (Isabelle Candelier, inattendue). Tourné vite et pour un budget ridicule, Voie rapide est un objet fragile, mais évidemment sincère, avec des défauts m

Continuer à lire

Love and Bruises

ECRANS | De Lou Ye (France, 1h45) avec Tahar Rahim, Corinne Yam, Vincent Rottiers…

Jerôme Dittmar | Vendredi 28 octobre 2011

Love and Bruises

Suzhou River avait lancé Lou Ye comme potentiel successeur de Wong Kar Wai. La comparaison n'a pas tenu longtemps. Dix ans après le cinéaste court encore les festivals mais sa côte reste en berne. Love and Bruises n'y changera rien. Exilé à Paris pour adapter le roman d'une étudiante chinoise décrivant sa passion amoureuse avec un Français, Lou Ye suit son éternel programme inspiré par la révolution sexuelle. Composant un film physique, sur des corps enchainés, où sexe et liberté résonnent ensemble, dans le monde et au travers de trajectoires individuelles, le cinéaste se heurte à un mur : sa mise en scène à l'épaule, écrasante, sans idée, courant débraillée derrière la spontanéité de ses acteurs. En quête de réalisme, Lou Ye s'agite dans les pires endroits et mélange tout. Il veut filmer le mystère du désir sans perdre de vue féminisme et matérialisme pour donner du poids à l'affaire. Tout ça finit mal, sur un film moche, lourd, étouffant et mesquin avec ses personnages. Jérôme Dittmar

Continuer à lire

Avant l’aube

ECRANS | De Raphaël Jacoulot (Fr, 1h44) avec Jean-Pierre Bacri, Vincent Rottiers…

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

Avant l’aube

Belle surprise que ce "Avant l’aube". Raphaël Jacoulot avait signé un premier film passé inaperçu (et depuis introuvable), "Barrage" ; espérons que celui-ci lui offrira la reconnaissance qu’il mérite. L’action se déroule dans un hôtel isolé des Pyrénées tenu par Jacques Couvreur, un bourgeois hautain (Bacri, fantastique, utilise habilement sa sympathie bougonne pour rendre ambivalent son personnage). Pour camoufler un accident mortel et préserver la réputation d’un fils que pourtant il n’estime guère, il prend sous son aile le seul témoin, Frédéric, un ancien délinquant en réinsertion (Vincent Rottiers, acteur instinctif et physique, toujours aussi passionnant). Jacoulot installe avec patience les rouages de la double mécanique qui se referme sur Frédéric : celle du polar, huilée par de nombreuses zones d’ombre (crime crapuleux ou acte de lâcheté ordinaire ?) ; et celle, plus dure encore, de l’illusion d’une ascension sociale favorisée par un transfert de paternité. Sans tapage mais avec une réelle maîtrise du temps et de l’espace — quoique ouverte à inattendue, comme dans cette séquence à Andorre, territoire cinématographique vierge et fascinant que le cinéaste peint en Hong-Ko

Continuer à lire

La Petite Chambre

ECRANS | De Stéphanie Chuat et Véronique Reymond (Suisse-Lux, 1h27) avec Michel Bouquet, Florence Loiret-Caille…

Christophe Chabert | Jeudi 10 février 2011

La Petite Chambre

La dépendance, les media (sous impulsion présidentielle) en parlent beaucoup, et ce film l’exemplifie joliment, à travers la relation entre un vieil homme bourru et malade et son aide-soignante qui, touchée par son histoire et sa dignité, décide de l’accueillir chez elle. La Petite Chambre, c’est avant tout un très beau duo d’acteurs : Bouquet, impressionnant, et Loiret-Caille, probablement la comédienne française la plus sous-estimée, servent à la perfection les failles et les peurs de leurs personnages. Les deux cinéastes, venues du spectacle vivant et du documentaire, trouvent la juste distance pour les filmer. Dommage cependant d’avoir rajouté au sujet principal un autre drame (un enfant mort-né) qui conduit à de lourdes chevilles scénaristiques, nuisant à la fluidité de l’ensemble. Ce petit film honnête et droit reste toutefois assez recommandable. CC

Continuer à lire

Je suis heureux que ma mère soit vivante

ECRANS | Après le fastidieux 'Un secret', Claude Miller cosigne avec son fils Nathan un film inattendu, sec et noir, qui emmène le fait-divers initial vers des abîmes d’ambiguïté. Et révèle un très grand acteur, Vincent Rottiers. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 septembre 2009

Je suis heureux que ma mère soit vivante

Le début du nouveau film de Claude (et Nathan) Miller provoque une certaine confusion. On y voit un gamin et un adolescent qui sont peut-être le même personnage, deux mères, un père qui a l’air de souffrir d’un mal inconnu… Deux environnements aussi : les vacances ensoleillées à la mer et l’atmosphère étouffante d’un appartement plongé dans le noir. La suite du film remettra les pièces de ce puzzle dans l’ordre, mais cette introduction éclatée aura semé le germe de l’inquiétude dans l’esprit du spectateur : quelque chose cloche dans la vie de Thomas, quelque chose lié à sa petite enfance, quand on l’appelait encore Tommy. Enlevé par l’assistance publique à une mère négligente, placé dans une famille idéale de petits-bourgeois accueillants, sur la voie d’une certaine stabilité sociale, il n’a pourtant jamais fait le deuil de ses origines. Révolté à l’adolescence, il profite de sa majorité pour partir à la recherche de sa «vraie» mère. Et la découvre dans une cité HLM, avec nouveau mec et nouvel enfant, encore jeune, encore désirable, toujours aussi peu responsable. Thomas ne sait pas quelle place prendre auprès de cette mère si peu maternelle, et elle ne sait pas vraiment quoi fa

Continuer à lire

Et après

ECRANS | De Gilles Bourdos (Fr-Can, 1h47) avec Romain Duris, John Malkovich…

Christophe Chabert | Jeudi 8 janvier 2009

Et après

Le caractère singulièrement hypnotique de ce spectaculaire nanar tient essentiellement en un point : Gilles Bourdos filme son adaptation du bouquin de Guillaume Musso (qui est, précisons-le quitte à nous faire plein d’amis, à la littérature ce que le hamburger est à la gastronomie) comme s’il s’agissait du plus grand mélodrame jamais conçu, fonçant tête baissée, de façon presque touchante, dans une emphase lyrique en complet décalage avec l’inconsistance dramatique du matériau de base. Soit Nathan, un avocat New Yorkais ayant vécu dans sa prime jeunesse une “near death experience“, qui voit débouler dans son train-train quotidien un illuminé (John Malkovich, aussi drôle que dans Burn After Reading, sans que ce soit voulu) “qui-voit-les-gens-qui-vont-mourir“. Sur une trame dont le manque d’originalité ferait bisquer un enfant de cinq ans, Gilles Bourdos tente avec une candeur invraisemblable de nous faire passer des vessies littéraires vaseuses pour des lanternes cinématographiques de haute volée. Le résultat, entre naïveté hallucinante, mystique de supermarché et insupportables atermoiements sur la vie, la mort ou l’amour, devrait avoir raison des nerfs les plus sensibles – et c’es

Continuer à lire