Des rencontres en pleine tempête

ECRANS | En pleine polémique sur le cinéma français, le festival Drôle d’endroit pour des rencontres, consacré justement au cinéma hexagonal, va prendre une tonalité particulière cette année. Surtout qu’il a choisi d’inviter des francs-tireurs, sinon de grosses gâchettes… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 janvier 2013

L'exil fiscal de Depardieu, la charge de Vincent Maraval contre les acteurs trop payés, les ripostes vantant la santé artistique de la production, la contre-riposte estimant qu'en France, on produit trop de films et qu'en plus, on les produit mal… Période trouble pour le cinéma français. Aux Alizés de Bron, on ne pouvait pas se douter que Drôle d'endroit pour des rencontres tomberait au milieu de ces controverses en série. Du coup, voilà que ce festival consacré au cinéma français se retrouve à jouer les vitrines d'un état des lieux complexifié par la question de la distribution des films. Un exemple : Aujourd'hui, le troisième film d'Alain Gomis, n'a pas trouvé de salle pour l'accueillir à Lyon. Du coup, le festival lui offre sa première projection le samedi 26 janvier en présence du réalisateur. Aujourd'hui fait partie de ces films tournés en dehors des clous, au budget serré mais avec une totale liberté créative. Exactement comme La Fille de nulle part (présenté le 24 janvier), le dernier Jean-Claude Brisseau, autoproduit en vidéo dans l'appartement du cinéaste avec lui-même dans le rôle principal. Que des auteurs (qu'on aime ou pas, car Brisseau n'est pas vraiment notre tasse de thé) en soient réduits à faire de l'arte povera pendant que des yes men tournent à la chaîne des comédies ineptes et coûteuses qui risquent d'être écrabouillées en salles par l'excellence américaine de ce début d'année : voilà un des sujets qui devraient faire débat durant ces Rencontres.

Mocky sonne le glas

On pourrait aussi discuter des aides régionales, notamment de Rhône-Alpes Cinéma. Le médiocre Goodbye Morocco voisine dans la programmation avec le très bon Alyah mais tous deux posent la question : pourquoi aider des films qui ne se passent absolument pas dans la Région (le premier à Tanger, le second entre Paris et Tel Aviv) ? Pourquoi, à l'instar de ce qui se fait dans le court-métrage (le programme Rhône-Alpes tout court en témoigne de belle manière), ne pas inciter les réalisateurs à développer des projets qui prennent vraiment en compte la réalité et les décors d'une région si variée ? Pour trancher les débats, il faut un arbitre. Même si Jean-Pierre Mocky le met à mort dans un de ses classiques (qui ouvrira la carte blanche qui lui est consacrée), c'est bien ce rôle qu'il a endossé depuis des années. Ses autoproductions stakhanovistes ne sortent plus que dans sa salle parisienne et en vidéo mais Mocky, pas si éloigné d'un Alain Cavalier, a créé son propre modèle économique. Un modèle pour une partie de la production française ? À voir…

Drôle d'endroit pour des rencontres
Aux Alizés, du 23 au 27 janvier.

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Une parité hors pair

Drôle d’endroit pour des rencontres | Pourquoi attendre un compte rond pour célébrer les Rencontres du cinéma français de Bron ? Figure d’exception notable dans le paysage métropolitain, voire hexagonal, le festival des Alizés a souvent pris de l’avance sur les autres. Pas seulement grâce à ses avant-premières…

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

Une parité hors pair

Chaque année depuis 1991, le festival brondillant consacré au cinéma français Drôle d’endroit pour des rencontres projette aux Alizés des films majoritairement inédits et accueille nombre de professionnels et professionnelles, en se souciant davantage de critères qualitatifs des œuvres et de la disponibilité des cinéastes que de leur genre. Toutefois, la proportion des réalisatrices, productrices, comédiennes, scénaristes et autres artistes ou techniciennes y paraît toujours plus importante qu’ailleurs — étant mis à part le Festival de Films de Femmes de Créteil, dont l’intitulé a, révérence parler, un je-ne-sais-quoi d’ostracisant ou de réducteur aujourd’hui. Si après octobre 2017 et le scandale Weinstein, l’ensemble de l’industrie et les tutelles ont multiplié les déclarations d’intentions (comme l’annonce d’un bonus de 15% dans les subventions pour les films dont les équipes sont exemplaires en matière de parité) ou les résolutions (la création du

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Drôle d’endroit pour des rencontres à Bron

Festival | C’est un fait acquis depuis bientôt trente ans : en janvier, le rendez-vous du cinéma français est brondillant. Aux Alizées, les équipes défilent, à la rencontre (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Drôle d’endroit pour des rencontres à Bron

C’est un fait acquis depuis bientôt trente ans : en janvier, le rendez-vous du cinéma français est brondillant. Aux Alizées, les équipes défilent, à la rencontre d’un public toujours curieux (et nombreux) afin de présenter leurs nouveautés — et souvent des premiers-nés. Ce sera le cas avec le très bon film de prétoire — mais pas que — Intime conviction de Antoine Raimbault, inspiré de l’affaire Viguier, où Olivier Gourmet campe un très convaincant Éric Dupond-Moretti, de Les Drapeaux de papier signé par le tout jeune Nathan Ambrosioni avec Noémie Merlant (également présente), Christophe Lemasne pour Moi, Maman, ma mère et moi ou Romain Laguna pour Les Météorites. Quelques habituées feront le déplacement, comme Julie Bertuccelli, ici dans la veine fiction pour La Dernière Folie de Claire Darling (inaugurant le festival) ou Fabienne Godet avec Nos vies formidables — qui était venue en 2006 pour son premier long avec Sauf le respect que je vous dois. Vedette des festi

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Un bon vent aux Alizés

Festival | Janvier est un mois durant lequel on se souhaite une bonne année et où l’on espère effectuer de belles rencontres. Pour voir son vœu exaucé, inutile (...)

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Un bon vent aux Alizés

Janvier est un mois durant lequel on se souhaite une bonne année et où l’on espère effectuer de belles rencontres. Pour voir son vœu exaucé, inutile d’attendre les beaux jours : le festival des Alizés à Bron tient chaque année cette promesse de mettre en relation le public de ses salles avec les auteurs et talents émergents qui ont fait la saison écoulée ou qui feront celle à venir. En plus d’un quart de siècle d’existence, longue est la liste de ces cinéastes, producteurs, scénaristes et comédiens à avoir inscrit leur nom à l’affiche de Drôle d’Endroit pour des Rencontres. Une liste qui s’enrichit cette année de visiteurs combatifs. Dès l’ouverture jeudi 25, c’est le militant Gilles Perret qui chauffera la salle à rouge avec L’Insoumis, portrait (flatteur) de Jean-Luc Mélenchon suivi durant la dernière présidentielle. Suivra le lendemain l’inauguration avec le (mal nommé, pour le coup) La Fête est finie, premier long-métrage de Marie Garel-Weiss en sa présence ainsi que de ses comédiennes Zita Hanrot et Clémence Boisnard. Égalemen

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10 Hallus Cinés

ECRANS | Dix bougies soufflées et 1000 univers à dévorer ! Point de ralliement pour tous les cinéphiles déviants, Hallucinations collectives rouvre les portes de sa (...)

Julien Homère | Mardi 4 avril 2017

10 Hallus Cinés

Dix bougies soufflées et 1000 univers à dévorer ! Point de ralliement pour tous les cinéphiles déviants, Hallucinations collectives rouvre les portes de sa “Chambre des Merveilles” regorgeant de nouveautés aussi folles que drôles, tantôt connues, tantôt oubliées. Digne d’une chasse aux œufs punk, la soirée d’anniversaire régalera ses invités d’une ribambelle de court-métrages, clips et bandes-annonces inédits, en passant par la projection d’un film secret en avant-première mondiale. En plus d’accueillir Fabrice Du Welz, pont à lui seul de la Belgique aux États-Unis avec son Message from the King en avant-première, attardons-nous un instant sur deux films qui résument le sens de cette manifestation, antinomiques sur la forme mais oniriques dans le cœur : Soy Cuba de Mikhaïl Kalatozov et Litan de Jean-Pierre Mocky. Redécouvert dans les années 1990, le pre

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Hallucinations Collectives se dévoile

Festival | Oyez ! Oyez ! Hallucinations collectives dévoile sa 10ème programmation avec des infos juteuses… pour ne pas dire saignantes ! Sévissant du 11 au 17 avril, le festival accueillera des invités de choix et des avant-premières à la pointe de l’actualité pour le plus grand plaisir de tous les cinéphiles déviants.

Julien Homère | Vendredi 24 mars 2017

Hallucinations Collectives se dévoile

Notons la présence du phénomène Get Out de Jordan Peele, petit thriller terrifiant qui ravage le box-office US au point de rallier William Friedkin lui-même à sa cause. Le culte Fabrice Du Welz viendra présenter son polar énervé Message from the King, avec l’étoile montante Chadwick Boseman. La France aura pour représentant Xavier Gens pour la séance d’Hitcher de Robert Harmon, série B jouissive avec Rutger Hauer. Il n’y a pas qu’au rayon des exclusivités que l’association Zone Bis a marqué le coup pour cette édition anniversaire. En plus d’offrir une soirée commémorative le vendredi et une nuit Hallucinations auditives avec Joe La Noïze & Ta Gueule, le cinéma Comœdia verra s’imprimer sur ses toiles plusieurs classiques oubliés tels qu’Opéra de Dario Argento,

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Goodbye Morocco

ECRANS | De Nadir Moknèche (Fr-Maroc, 1h40) avec Lubna Azabal, Rasha Bukvic…

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Goodbye Morocco

L’idée de départ est belle : emmener le cinéma du Maghreb vers les rivages, qu’il fréquente peu, du cinéma de genre et plus précisément du film noir. Il y a donc un cadavre qu’il faut faire disparaître et un adultère. Même l’idée, attendue, de l’exil est rapportée à l’horizon d’un destin auquel on ne peut échapper. Classique mais plutôt bien filmé, Goodbye Morocco échoue pourtant dans son objectif, la faute à un scénario extrêmement mal construit, où les allers-retours temporels et la multiplication des enjeux (l’homosexualité du personnage de Grégory Gadebois, la grève des ouvriers sur le chantier, la découverte d’un ex voto par des conservateurs de musée) ne créent que de la confusion dans le récit. Le film est écrasé par cette écriture beaucoup trop visible, notamment quand il faut dénouer des intrigues — on rit quand un flic libère un des personnages simplement parce qu’il «est propriétaire d’un cinéma». Comme si Moknèche avait confondu gravité et complexité, se perdant lui-même dans son puzzle. Christophe Chabert

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La Fille de nulle part

ECRANS | De et avec Jean-Claude Brisseau (Fr, 1h31) avec Virginie Legeay…

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

La Fille de nulle part

Visiblement brisé par ses démêlées judiciaires et abandonné par ses producteurs, Jean-Claude Brisseau adopte une posture radicale : un film tourné entièrement chez lui, avec une actrice principale, deux trois acteurs secondaires et lui-même dans le premier rôle masculin. Il en assure par ailleurs les prises de son "sauvages" et les effets sonores fantastiques. Si le Brisseau période "je filme la jouissance des jeunes filles" évoquait un Bénazéraf auteurisant, cette Fille de nulle part fait penser à du Jean Rollin. Mêmes percées ésotériques cheap, même dissertations pénétrées sur le Diable, Dieu, la philosophie… Et même amateurisme dans le jeu, puisque Brisseau est de loin le plus mauvais acteur qu’on ait vu sur un écran. Difficile du coup de ne pas exploser de rire à chacune de ses répliques, tout comme il n’est pas évident de le suivre dans ses délires mystiques. Parfois, quelque chose d’authentique et de touchant traverse l’écran, et on a même un bref instant les cheveux qui se dressent sur la tête… Mais Brisseau est rattrapé par l’inconséquence de son scénario — une scène hilarante le montre haranguant la mort dans son salon !, qui fait de La Fille de nu

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Alyah

ECRANS | Faux polar suivant la dérive existentielle d’un dealer juif qui tente de raccrocher pour s’exiler à Tel Aviv, le premier film d’Elie Wajeman opère un séduisant dosage entre l’urgence du récit et l’atmosphère de la mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Alyah

À 27 ans, Alex Rafaelson est dans l’impasse. Dealer de shit tentant de se ranger des voitures, il n’arrive pas à se décoller d’un frère, Isaac, dont il éponge les dettes et dont il dissimule les embrouilles sentimentales. Un soir de shabat, son cousin Nathan lui propose de devenir son associé pour ouvrir un restaurant à Tel Aviv ; mais pour cela, Alex doit faire son Alyah — la procédure de demande d’exil en Israël — et réunir 15 000 euros. Si Alyah possède les atours du film noir, avec son héros cherchant à échapper à son destin en s’offrant un nouveau départ, quitte à sombrer un peu plus dans la délinquance en passant au trafic de cocaïne, Elie Wajeman s’est fixé un cap plus complexe et ambitieux pour ses débuts dans le long-métrage. Exil existentiel C’est d’abord l’observation d’un milieu, la communauté juive, qu’il traite dans tous ses paradoxes, subissant autant qu’elle profite de sa culture — liens familiaux écrasants, ombre du sionisme transformée en point de fuite existentiel… C’est ensuite le beau dialogue qu’il instaure entre les urgences de son récit, de l’apprentissage de l’hébreu à la nécessité de se procurer la somme nécessaire pour quitte

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