Goodbye Morocco

ECRANS | De Nadir Moknèche (Fr-Maroc, 1h40) avec Lubna Azabal, Rasha Bukvic…

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Photo : © Les Films du losange


L'idée de départ est belle : emmener le cinéma du Maghreb vers les rivages, qu'il fréquente peu, du cinéma de genre et plus précisément du film noir. Il y a donc un cadavre qu'il faut faire disparaître et un adultère. Même l'idée, attendue, de l'exil est rapportée à l'horizon d'un destin auquel on ne peut échapper. Classique mais plutôt bien filmé, Goodbye Morocco échoue pourtant dans son objectif, la faute à un scénario extrêmement mal construit, où les allers-retours temporels et la multiplication des enjeux (l'homosexualité du personnage de Grégory Gadebois, la grève des ouvriers sur le chantier, la découverte d'un ex voto par des conservateurs de musée) ne créent que de la confusion dans le récit. Le film est écrasé par cette écriture beaucoup trop visible, notamment quand il faut dénouer des intrigues — on rit quand un flic libère un des personnages simplement parce qu'il «est propriétaire d'un cinéma». Comme si Moknèche avait confondu gravité et complexité, se perdant lui-même dans son puzzle.

Christophe Chabert


Goodbye Morocco

De Nadir Moknèche (Fr-Maroc, 1h42) avec Lubna Azabal, Rasha Bukvic...

De Nadir Moknèche (Fr-Maroc, 1h42) avec Lubna Azabal, Rasha Bukvic...

voir la fiche du film


Dounia, divorcée, un enfant, vit avec un architecte serbe à Tanger. Une liaison scandaleuse aux yeux de la famille marocaine. Le couple dirige un chantier immobilier où le terrassement met à jour des tombes chrétiennes du IVème siècle, ornées de fresques.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Les délices de Casa : "Adam"

Drame | Samia erre dans la Médina, en quête d’un travail. Mais sa situation de jeune femme enceinte seule lui ferme toute les portes. Jusqu’à ce qu’elle arrive chez Abla, veuve revêche qui l’héberge à contrecœur sur l’insistance de sa fille de 8 ans. Les talents de pâtissière de Samia feront le reste…

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Les délices de Casa :

Le chemin du cœur passe par l’estomac, dit la sagesse populaire, qui n’a certes jamais dû ouvrir un manuel d’anatomie. Tout aussi absurde semble l’assertion selon laquelle la gourmandise serait transmissible par le regard… Et pourtant ! Combien nombreux sont les films qui, exaltant les plaisirs du palais, suscitent d’irrépressibles réflexes de salivation pavloviens chez leurs spectateurs ! Adam appartient à cette succulente catégorie d’œuvres où l’art culinaire sert de méta-langage entre les individus, de truchement social et sentimental ainsi que de vecteur nostalgique. Comme dans Le Festin de Babette, La Saveur des ramen ou Les Délices de Tokyo, le miracle qui se produit en bouche redonne vie à des cœurs secs ; la sensualité de la dégustation et la complicité de la préparation des mets (ici, des rz

Continuer à lire

Soap qui peut ! : "Tel Aviv on Fire"

Le Film de la Semaine | Un apprenti scénariste palestinien peu imaginatif se fait dicter les rebondissements de la série politico-sentimentale sur laquelle il trime par un gradé israélien. Sameh Zoabi répond à l’absurdité ambiante par une comédie qui ne l’est pas moins… À hurler de réalisme et de rire.

Vincent Raymond | Mercredi 3 avril 2019

Soap qui peut ! :

Trentenaire velléitaire, Salam vient de trouver un job sur la série de propagande Tel Aviv on fire que produit son oncle. Comme il réside à Jérusalem et que le tournage s’effectue à Ramallah, il doit chaque jour passer par un checkpoint dirigé par Assi, un officier israélien qui devient conseiller occulte de la série, avant de tenter d’en infléchir la direction… Quand les larmes sont inopérantes et la colère inaudible, alors il reste l’humour. La dérision s’avère sans doute l’arme la plus efficace lorsqu’il s’agit d’aborder une situation politique verrouillée depuis des lustres, voire des siècles. À condition, évidemment de la manier avec intelligence et sans esprit partisan ; c’est-à-dire en pointant les comportements irréfléchis de chacun afin de renvoyer tous les protagonistes dos à dos plutôt que face à face, en les faisant rire ensemble de leurs travers mutuels et non les uns contre les autres — comme dans Les Aventures de Rabbi Jacob. Sameh Zoabi montre que la bêtise ne peut se prévaloir d’aucun passeport : elle adopte seulement des modulations différentes en fonction des car

Continuer à lire

Lorsque l’enfant paraît : "Sofia"

Drame | de Meryem Benm’Barek (Fr-Qat, 1h20) avec Maha Alemi, Lubna Azabal, Faouzi Bensaïdi…

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Lorsque l’enfant paraît :

Casablanca, de nos jours. Sa famille s’apprêtant à conclure une belle transaction, Sofia se trouve mal. Conduite à l’hôpital par sa cousine, la jeune femme accouche, totalement sidérée. Mère non mariée, la voilà donc hors-la-loi ; Sofia dispose d’une journée pour présenter le père. Qui est-il ? N’eût-il abordé que la délicate question du déni de grossesse chez les adolescentes, ce premier long-métrage sans apprêt, cru et réaliste aurait déjà mérité la vision. Mais il s’insère dans le contexte particulier de la société marocaine — un carcan où les relations sexuelles sont strictement circonscrites au mariage. Des règles férocement archaïques, modulables en fonction du niveau de revenus des contrevenants (et du montant des bakchichs qu’ils sont capables de verser aux forces de l’ordre). Ici, l’entourage de Sofia orchestre des magouilles d’arrière-boutique non pour préserver la jeune mère de la prison, mais pour sauvegarder l’honneur familial : un scandale risquant de compromettre la juteuse affaire en tractation. Cette vénalité assortie d’une marchandisation sans vergogne des femme

Continuer à lire

Des rencontres en pleine tempête

ECRANS | En pleine polémique sur le cinéma français, le festival Drôle d’endroit pour des rencontres, consacré justement au cinéma hexagonal, va prendre une tonalité particulière cette année. Surtout qu’il a choisi d’inviter des francs-tireurs, sinon de grosses gâchettes… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 janvier 2013

Des rencontres en pleine tempête

L’exil fiscal de Depardieu, la charge de Vincent Maraval contre les acteurs trop payés, les ripostes vantant la santé artistique de la production, la contre-riposte estimant qu’en France, on produit trop de films et qu’en plus, on les produit mal… Période trouble pour le cinéma français. Aux Alizés de Bron, on ne pouvait pas se douter que Drôle d’endroit pour des rencontres tomberait au milieu de ces controverses en série. Du coup, voilà que ce festival consacré au cinéma français se retrouve à jouer les vitrines d’un état des lieux complexifié par la question de la distribution des films. Un exemple : Aujourd’hui, le troisième film d’Alain Gomis, n’a pas trouvé de salle pour l’accueillir à Lyon. Du coup, le festival lui offre sa première projection le samedi 26 janvier en présence du réalisateur. Aujourd’hui fait partie de ces films tournés en dehors des clous, au budget serré mais avec une totale liberté créative. Exactement comme La Fille de nulle part (présenté le 24 janvier), le dernier Jean-Claude Brisseau, autoproduit en vidéo dans l’appartement du cinéaste avec lui-même dans le rôle principal. Que des auteurs (qu’on aime ou pas, car Brisseau n’

Continuer à lire

Incendies

ECRANS | De Denis Villeneuve (Canada, 2h10) avec Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette...

Dorotée Aznar | Jeudi 6 janvier 2011

Incendies

Le travelling est-il encore affaire de morale ? Oui, et quand le Québécois Denis Villeneuve tourne Incendies d’après la pièce du Libanais Wajdi Mouawad, cette question le hante. Sauf que Villeneuve n’est pas un bon lecteur de Rivette. Dans cette longue odyssée retraçant les destins entrecroisés d’une femme et de ses enfants, l’une au passé, comme héroïne traversant et subissant les tourments de la guerre du Liban, les autres au présent, sur les pas de leur mère et d’un frère caché, le cinéaste cumule les fautes d’intention. Fidèle à son matériau originel, Incendies se veut une tragédie. Mais à force de chichi (cartons pompeusement stylisés, musique hors sujet) et d’une mise en scène réussissant à rendre la distance impudique, le film vire à l’épreuve. Pour son personnage principal, accablé du premier au dernier plan, et nous, forcés d’assister à cet acharnement sadique et obscène qui, recourant à un suspens ignoble, se drape évidemment du plus grand sérieux. Un calvaire pour tout le monde. JD

Continuer à lire