Gambit, arnaque à l'Anglaise

ECRANS | Prudents, les frères Coen se sont contentés de signer le scénario de cette oubliable comédie, laissant la réalisation au dénommé Michael Hoffman. Résultat : un "Ladykillers" du pauvre, sans folie et sans rythme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 février 2013

Balancé sur les écrans sans grand tapage par son distributeur, Gambit, arnaque à l'anglaise aurait dû logiquement aller mourir de sa belle mort dans quelque multiplexe, vite remplacé par une autre comédie anglo-saxonne. Son réalisateur, Michael Hoffman, n'a pas vraiment marqué les esprits avec ses films précédents — Un beau jour, Le Club des empereurs… et le duo Cameron Diaz/Colin Firth, malgré la sympathie qu'il inspire, paraît plus incongru que réellement sexy. Seulement voilà, le scénario est signé des frères Coen, adaptant une nouvelle qui avait déjà donné lieu à une première version cinématographique — un peu oubliée, déjà. De fait, on voit bien ce qui a pu les attirer là-dedans : le conflit culturel (et linguistique) entre un Anglais expert en art et plus précisément en impressionnisme, et une Texane experte en rodéo, sur quoi se greffera une armée de Japonais qui utilisent les clichés sur leur propre peuple pour duper leurs interlocuteurs. L'histoire en soi n'est pas idiote : l'Anglais et l'Américaine s'unissent pour monter une arnaque auprès d'un riche collectionneur d'art, lui faisant croire que le Monet qu'il cherche désespérément a en fait été retrouvé dans une caravane au fin fond du Texas, légué à sa petite fille par un ancien GI qui l'avait subtilisé dans le QG de Goebbels.

Un plan trop parfait

C'est le plan parfait, tel qu'il nous est exposé d'abord dans le générique animé, puis dans un prologue qui avance à toute vitesse, se terminant par un happy end précoce. Arrive alors la meilleure idée du film : cette exposition n'était qu'un leurre narratif, et la réalité de ce qui va suivre est bien entendu plus compliquée, la belle Texane n'étant pas aussi docile que prévue, prenant des initiatives conduisant à des conséquences désastreuses. Quant à l'Anglais, il est en fait d'une gaucherie maladive et ne sait jamais comment réagir aux événements qui lui échappent. Devrait s'ensuivre une série de catastrophes burlesques ; en fin de compte, les choses avancent assez pépères, peu aidées par une Cameron Diaz beaucoup trop âgée pour jouer les ingénues — et tout de même moins expressive qu'à ses débuts. Gambit n'est jamais honteux, mais laisse un parfum de déjà-vu tenace. Il lui manque d'évidence ce grain de folie qui pourrait l'embarquer plus loin que son statut de gentille fantaisie…

Scénar killers

On mesure alors la prudence des Coen face à ce matériau et on comprend qu'ils aient refilés le bébé à Hoffman. On se souvient que Ladykillers, qui avait une origine similaire (le remake d'un film anglais culte), avait décontenancé leurs admirateurs et permis à leurs contempteurs de s'en donner à cœur joie. Que des auteurs aient envie d'une pause récréative dans leur œuvre, ce n'est pas un crime — et Ladykillers avait au moins le mérite d'une réelle inventivité stylistique ; mais les Coen sont aujourd'hui bien trop haut dans le palmarès des cinéastes mondiaux pour se permettre des faux-pas aussi manifestes. Leur rythme stakhanoviste de ces dernières années semble les avoir conduit à ce constat : s'ils ne peuvent pas s'empêcher d'écrire, ils ne sortiront leur caméra que lorsque le sujet est à la hauteur de leur réputation — on le mesurera sûrement d'ici la fin de l'année avec leur futur Inside Llewin Davis


Gambit, arnaque à l’anglaise

De Michael Hoffman (ÉU, 1h30) avec Colin Firth, Cameron Diaz...

De Michael Hoffman (ÉU, 1h30) avec Colin Firth, Cameron Diaz...

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Pour voler Lionel Shabandar, l'un des hommes les plus riches d'Angleterre, Harry Deane monte une arnaque minutieusement pensée avec l’aide de son complice. Il espère lui vendre un faux Monet.


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De profondis sous-marin russe : "Kursk"

Drame | de Thomas Vinterberg (Bel-Lux, 1h57) avec Matthias Schoenaerts, Léa Seydoux, Colin Firth…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

De profondis sous-marin russe :

Août 2000. Victime d’une avarie grave, le sous-marin nucléaire russe Kursk gît par le fond en mer de Barents avec quelques survivants en sursis. Les tentatives de sauvetage par la flotte nationale ayant échoué, la Royal Navy propose son aide. Mais Moscou, vexé, fait la sourde oreille… On avait quitté Thomas Vinterberg évoquant ses souvenirs d’enfance dans La Communauté, récit fourmillant de personnages centré sur une maison agrégeant une famille très élargie. Le réalisateur de Submarino — faut-il qu’il soit prédestiné ? — persiste d’une certaine manière dans le huis clos avec cette tragédie héroïque en usant à bon escient des “armes“ que le langage cinématographique lui octroie. Sobrement efficace (l’excès en la matière eût été obscène), cette superproduction internationale travaille avec une enviable finesse les formats d’image pour modifier le rapport hauteur/largeur et ainsi renforcer l’impression d’enfermement, comme elle dilate le tem

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Matthew Vaughn : « Faisons les films que personne ne peut faire »

Kingsman - Le Cercle d'Or | Le réalisateur de Kingsman remet le couvert, plaçant une baronne de la drogue sur la route de son armada d’élégants. Du sur-mesure pour ses interprètes, et du cousu-main par l’auteur qui détaille ici son patron. Propos recueillis lors de sa conférence de presse parisienne.

Vincent Raymond | Mercredi 11 octobre 2017

Matthew Vaughn : « Faisons les films que personne ne peut faire »

C’est la première fois que vous tournez la suite d’un de vos films. En quoi Kingsman est-il si différent de Kick Ass ou X-Men ? Matthew Vaughn​ : Je n’a pas pu refuser de le réaliser ni lui résister : j’avais adoré tourner le premier ; il n’était pas question pour moi que quelqu’un prenne mes propres jouets et joue avec ! Le Cercle d’Or est davantage une expansion qu’une suite à Kingsman… MV : En effet. Il était très important pour moi de continuer l’histoire amorcée, plutôt que de faire une suite pour une suite ou pour, disons, l’argent. Kingsman est surtout l’histoire d’Eggsy, qui d’un très jeune garçon, évolue jusqu’au 3e opus. C’est son parcours, son voyage personnel que nous suivons, où qu’il nous emmène. En aucun cas je n’ai voulu me répéter : ça aurait été aussi ennuyeux pour vous que pour moi. Quand avez-vous pris la décision de réintégrer le personnage de Colin Firth ? Était-ce prévu dès son exécution à la fin du précédent épisode ? MV :

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La suite à l’anglaise : "Kingsman - Le Cercle d’or" de Matthew Vaughn

Espionnage | de Matthew Vaughn (G-B-EU, 2h21) avec Taron Egerton, Colin Firth, Mark Strong, Julianne Moore…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

La suite à l’anglaise :

Promu Agent Galahad et fiancé à une princesse scandinave, le jeune Eggsy a tout l’avenir devant lui. Las ! La trafiquante de drogue psychopathe Poppy Adams éradique Kingsman. Pour se venger, Eggsy va pouvoir compter sur Merlin et les cousins d’Amérique de l’Agence Statesman… Stupéfiante combinaison entre un spoof et un action movie (à la violence hallucinante, mais monstrueusement bien chorégraphiée), Kingsman (2015) aurait difficilement pu demeurer à l’état de singleton — d’autant qu’il s’était révélé des plus rentables. Certes, ce nouvel opus ne bénéficie plus de l’effet de surprise du précédent, mais il renoue avec les fondamentaux de ce qu’il faudra donc considérer comme la matrice de la franchise, plaçant dès l’ouverture sa séquence de bravoure : une poursuite dans les rues de Londres dont la réalisation n’a rien à envier aux MI où cavale Tom “Peter Pan” Cruise. Si Kingsman est ouvertement plus décalé que James Bond, longeant volontiers les rives du fantastique ou de la parodie sarcastique, il se montre a

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Les Jardins du Roi

ECRANS | De et avec Alan Rickman (Ang-Fr-ÉU, 1h57) avec Kate Winslet, Matthias Schoenaerts…

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Les Jardins du Roi

Immense acteur, aussi mythique pour avoir joué les terroristes dans Piège de cristal que les patrons romantiques dans Love Actually, Alan Rickman s’essaie ici à la mise en scène, et démontre que l’on ne s’improvise pas si facilement réalisateur. À travers la romance Louis XIV entre Le Nôtre et Madame de Barra, dont les idées audacieuses séduisent ce partisan du jardin à la Française, Rickman se contente d’aligner les clichés dans un académisme de tous les instants. Les personnages sont tellement brossés à gros traits, leurs conflits tellement insistants — le fantôme de l’enfant qui revient toutes les dix minutes à l’écran, franchement… — que l’on sait au bout d’une demi-heure où et comment tout cela va se terminer. Condamner à subir ce navet insignifiant, on a tout loisir de se poser quelques questions : pourquoi Matthias Schoenaerts et ses cheveux longs (perruque ?) s’enfonce-t-il à ce point dans l’inexpressivité ? Et surtout, pourquoi Rickman a-t-il choisi de diriger ses comédiens en leur faisant dire leurs répliques comme des escargots sous Lexomil, lenteur insupportable qui rallonge le film d’au moins vingt bonnes minutes ? Est-ce l’imag

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Kingsman : services secrets

ECRANS | De Matthew Vaughn (Ang, 2h09) avec Colin Firth, Taron Egerton, Samuel L. Jackson…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Kingsman : services secrets

Drôle de film raté que ce Kingsman, antipathique à force de chercher la connivence et le deuxième degré avec le spectateur. L’idée est de créer une sorte de James Bond 2.0 qui connaîtrait par cœur les codes de son modèle et se plairait à les pasticher en multipliant clins d’œil et références décalées. Une sorte de Scream de l’espionnage que Matthew Vaughn, tentant de reprendre la formule déjà contestable de son Kick-Ass, plonge dans une esthétique de comic book où la violence, pourtant extrême — corps coupés en deux, têtes qui explosent — serait dans le même temps totalement déréalisée. Même le propos politique, plutôt judicieux sur le papier — comment un nerd félé, incarné par un Samuel L. Jackson s’amusant manifestement à jouer avec son cheveu sur la langue, utilise le consumérisme ambiant pour pratiquer une ségrégation radicale entre les élites et le peuple, promis à l’autodestruction — ne va finalement pas plus loin qu’une grosse baston dans une église et des décapitations en série transformées en feux d’artifices multicolores. Des idées to

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Une promesse

ECRANS | De Patrice Leconte (Fr-Ang, 1h38) avec Rebecca Hall, Alan Rickman, Richard Madden…

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Une promesse

En Allemagne en 1912, un jeune homme nommé Friedrich intègre une grande usine de sidérurgie dont le directeur, malade, lui confie un rôle de secrétaire particulier. Il va tomber amoureux de la très belle — et beaucoup plus jeune — femme de son patron et mentor, mais c’est une relation platonique et chaste qui s’instaure, longuement interrompue par le départ de Friedrich au Brésil, puis par le début de la guerre. Adapté de Stefan Zweig, Une promesse souffre d’abord de sa fidélité un peu compassée à la nouvelle originale (Le Voyage dans le passé), le film déposant partout une petite poussière culturelle et chic liée sans doute au caractère propret de sa reconstitution. Le mélodrame y est constamment corseté par une espèce de rigidité mortifère qui évacue humour, trouble et érotisme. Surtout, là où le cinéaste avait pris l’habitude de styliser à outrance ses films sérieux, Une promesse manque désespérément de personnalité visuelle, à la lisière d’un téléfilm Arte. De plus,

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Cartel

ECRANS | La rencontre entre Cormac McCarthy et le vétéran Ridley Scott produit une hydre à deux têtes pas loin du ratage total, n’était l’absolue sincérité d’un projet qui tourne le dos, pour le meilleur et pour le pire, à toutes les conventions hollywoodiennes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 novembre 2013

Cartel

Il y a sans doute eu maldonne quelque part. Comment un grand studio hollywoodien a-t-il pu laisser Cormac McCarthy, romancier certes adulé mais absolument novice en matière d’écriture cinématographique, signer de sa seule plume ce Cartel, le faire produire par la Fox et réaliser par un Ridley Scott réduit ces dernières années à cloner sans panache ses plus grands succès (Robin des Bois, sous-Gladiator, Prometheus, sous-Alien…) ? Le film est en tout point fidèle à la lettre et à l’esprit de ses œuvres littéraires : omniprésence de la corruption morale, déliquescence d’un monde livré à la sauvagerie et s’enfonçant dans une régression inéluctable vers le chaos, voilà pour l’esprit ; pour la lettre, c’est là que le bât blesse, tant McCarthy se contrefout éperdument des règles élémentaires de la dramaturgie cinématographique. Pas d’expositions des personnages, de longues conversations plutôt virtuoses dans leur façon d’exprimer les choses sans vraiment les nommer, mais qui versen

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La Taupe

ECRANS | De Tomas Alfredson (Ang, 2h) avec Gary Oldman, John Hurt, Colin Firth…

Dorotée Aznar | Vendredi 3 février 2012

La Taupe

La Taupe fait partie de cette catégorie de films pas aimables, ou plutôt, qu’on ne cesse d’avoir envie d’aimer (et pas seulement parce que son cinéaste Tomas Alfredson, avait réalisé le génial Morse) même s’ils ne font rien pour l’être. Le scénario, tiré de John Le Carré, est d’une complexité hallucinante, et la mise en scène, qui perd sans arrêt ses personnages dans des décors étouffants, procure autant de fascination — jamais l’atmosphère du complot paranoïaque de la guerre froide n’avait été aussi magistralement retranscrite à l’écran — que d’ennui. Cette traque à l’agent double par des espions anglais rigides et vieillissants, dont un Gary Oldman impressionnant, ne dit en fin de compte rien de neuf sur la politique de l’époque, et la résolution, décevante, achève de donner le sentiment que la sortie du labyrinthe était en fait la porte d’à côté. Pourtant, il y a une piste passionnante qui sauve in extremis le film de l’exercice de style fétichiste : cet univers masculi

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Le Discours d'un roi

ECRANS | De Tom Hooper (Ang-Austr-ÉU, 1h58) avec Colin Firth, Geoffrey Rush, Helena Bonham Carter…

Christophe Chabert | Mercredi 26 janvier 2011

Le Discours d'un roi

La razzia effectuée par "Le Discours d’un Roi" sur les nominations aux Oscars n’a rien d’étonnant ; le film semble calibré pour séduire l’Académie, répondant au cahier des charges du cinéma historico-culturel. Il y a un sujet, véridique — l’accession au trône du Roi Georges VI, contrainte et forcée, et ses déboires oratoires liés à un bégayement intempestif ; des numéros d’acteurs au cabotinage gênant — on a vu Colin Firth meilleur qu’ici, même s’il en fait moins que Bonham Carter en précieuse ridicule. Et il y a une forme, emphatique et arty, un surfilmage constant fait de décadrages voyants et de courtes focales sur des décors sans profondeur, qui donne parfois l’impression de regarder autant les tapisseries que les acteurs. Le film hurle si fort sa subtilité qu’il en devient lourd, notamment dans des dialogues qui ne ratent jamais l’occasion de récapituler avec des grandes sentences théâtrales le propos et les états d’âme des personnages. Les séquences de rééducation sont censées fournir un contrepoint comique à cette grandiloquence ; mais voir le futur Roi éructé tel un malade de la Tourette des «fuck» et des «shit» est amusant une fois, pas dix. On regrette amèrement la dis

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The Box

ECRANS | On attendait comme le messie le nouveau film du réalisateur maudit de ‘Southland Tales’, Richard Kelly. Une seule certitude à l’arrivée de ce thriller parano et ésotérique : son cinéaste est un grand cinglé ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 octobre 2009

The Box

À l’origine de The Box, une courte nouvelle de Richard Matheson adaptée à l’écran dans un épisode de ‘La Quatrième Dimension’ période années 80. Un homme étrange dépose un carton chez un couple ordinaire ; à l’intérieur, une boîte, avec une sorte de buzzer, et un pacte : si on appuie sur le bouton, quelqu’un meurt, mais le couple gagne 1 000 000 dollars. La vie d’un inconnu contre la promesse du confort matériel : voilà un conflit moral diabolique que The Box règle assez vite, dans un premier quart d’heure réussi quoique très classique pour qui suit de près le cinéma de Richard Kelly. Encore jeune, le cinéaste a déjà à son actif un film culte (Donnie Darko) et un film maudit (l’incroyable et controversé Southland Tales). Le défi de The Box, se dit-on, est aussi celui de son metteur en scène : tuer symboliquement sa personnalité de chien fou dans le cinéma américain et vendre son âme aux studios hollywoodiens. L’enfer, c’est les autres Or, ce qui est passionnant, c’est la manière dont Kelly va faire exploser son matériau de départ en le plongeant dans l’acide de son imaginaire tordu

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Une histoire de famille

ECRANS | de et avec Helen Hunt (ÉU, 1h40) avec Colin Firth, Bette Midler…

Christophe Chabert | Mercredi 24 septembre 2008

Une histoire de famille

Comment dire ? Vu il y a pratiquement un an, ce premier film d’une actrice plutôt aimable (Helen Hunt) ne nous a laissés, à proprement parler, aucun souvenir. Cela étant, il n’est pas sûr que s’il était sorti plus tôt, notre mémoire eût été plus fraîche le concernant. Après un relatif effort, revient à la surface quelques images d’une comédie douce-amère (à moins qu’il ne s’agisse d’un mélodrame) entre un instituteur et une femme quittée. Et aussi Bette Midler, fantôme ressurgi d’une autre époque du cinéma, mais pas tellement changée par le passage des années. Et puis ? Et puis on ne sait plus.CC

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