Du plomb dans la tête

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Quelques semaines après son ex-rival et nouveau pote expendable Schwarzenegger, c'est au tour de Stallone de se lancer dans la course au meilleur senior du cinéma d'action. Différence notable : là où Schwarzy recrutait un Sud-coréen hype derrière la caméra de son moyen Dernier rempart, Stallone, cohérent avec son envie de faire revivre la série B mal embouchée des années 80, a fait appel au vétéran Walter Hill pour cette adaptation d'un roman graphique français. Saine initiative : Du plomb dans la tête s'impose assez vite comme un concentré nostalgique du genre, sec, violent, plein d'humour noir mais jamais parodique, bien raconté et habilement mis en scène. Stallone y campe un tueur à l'ancienne qui n'est pas prêt à se coucher devant la loi, la morale et l'époque, même quand celles-ci sont incarnées par un flic incorruptible au milieu d'une police gangrenée par l'argent sale et les magouilles en tout genre. C'est l'alliance temporaire entre le vieux grincheux, brutal, taiseux, allergique à la technologie et le jeune loup idéaliste, naïf, scotché à son smartphone qui donne au film son échine de buddy movie et qui permet à Stallone de sortir (un peu) de son monolithisme habituel. Ce drôle d'objet anachronique est bien plus attachant que le cinéma pop corn actuel, blockbusters diabétiques aux corps en trop bonne santé. Walter Hill leur rappelle que l'important, dans tous les sens du terme, c'est bien d'avoir du plomb dans la tête.

Christophe Chabert


Du Plomb dans la tête

De Walter Hill (ÉU, 1h31) avec Sylvester Stallone, Sung Kang...

De Walter Hill (ÉU, 1h31) avec Sylvester Stallone, Sung Kang...

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Tueur à gages à La Nouvelle-Orléans, James Bonomo, dit « Jimmy Bobo », a pour règle de ne jamais tuer un innocent. Après l’exécution d’un contrat, il laisse derrière lui un témoin, vivant. Pour le punir de ce travail bâclé, son partenaire Louis est abattu par un mystérieux assassin.


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Lumière bénit Hill : rétrospective Walter Hill au festival Lumière

Festival Lumière | S’intéressant à tous les cinémas de patrimoine, le festival Lumière défriche un terrain quasiment vierge et a le bon goût de sortir du purgatoire des auteurs avant qu’il ne soit trop tard. Après le regretté Michael Cimino et Ted Kotcheff, c’est au tour d’un autre boss des années 1980 de se voir honoré à Lyon : Walter Hill.

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Lumière bénit Hill : rétrospective Walter Hill au festival Lumière

Né en 1942, Walter Hill appartient à cette génération aussi dorée que cannibale ayant favorisé l’émergence d’un Nouvel Hollywood durant les seventies. S’il ne figure pas aujourd’hui au premier rang des “notables” universellement révérés et oscarisés, sa réputation comme son influence ne cessent de croître, en particulier du côté des amateurs de cinéma de genre et parmi ses jeunes confrères. Auteur complet et respecté, Hill a connu ses principaux succès en tant que scénariste : c’est lui qui écrivit Guet-apens (1972) pour Peckinpah ou Alien (1979) pour Ridley Scott — plutôt contrariant pour quelqu’un se destinant à la profession de cinéaste. Or, à Los Angeles, le talent d’un metteur en scène se mesurant au nombre de dollars que ses films rapportent au box-office, Hill souffrait pour ses producteurs d’un manque de constance dans la réussite… À toute vitesse Son passage à la réalisation se fait pourtant sous de bons auspices avec Le Bagarreur (1975) : de l’action pure, un

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Expendables 2

ECRANS | Retour de «l’unité spéciale» emmenée par Stallone, avec quelques nouvelles recrues prestigieuses, pour un deuxième volet mieux branlé que le précédent, assumant sans complexe son côté série B d’action vintage. Curieusement plaisant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 août 2012

Expendables 2

«On devrait tous être au musée». C’est une des dernières répliques d’Expendables 2, et cela résume parfaitement l’esprit de cette improbable franchise : les papys du cinéma d’action font de la résistance, un dernier tour de piste de prestige qui est aussi, pour certains, l’occasion de sortir de la malédiction du direct to DVD qui les frappe. Pour ce deuxième épisode, Stallone, fort du succès du premier, a d’ailleurs réussi la totale (ou presque, Steven Seagal manque à l’appel !) en incorporant au casting Jean-Claude Van Damme et Chuck Norris et en laissant plus d’espace à Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger, au-delà des simples apparitions clin d’œil du premier. La recette est peu ou prou la même : une équipe de mercenaires, une mission, de la castagne et des vannes en guise de dialogues. Plus une pincée de distanciation mélancolique sur l’air de «On est trop vieux pour ces conneries», lucidité bienvenue même si elle n’empêche pas les vétérans d’exhiber gros bras et dextérité dans le carnage lorsque l’occasion se présente — fréquemment. À l’est, que des anciens On pouvait craindre qu’en laissant sa place derrière la caméra

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John Rambo

ECRANS | Critique / «Vivre pour rien, mourir pour quelque chose...» Quand John Rambo prononce cette phrase, il tient en joue avec son arc un mercenaire hésitant à (...)

| Mercredi 13 février 2008

John Rambo

Critique / «Vivre pour rien, mourir pour quelque chose...» Quand John Rambo prononce cette phrase, il tient en joue avec son arc un mercenaire hésitant à porter secours aux humanitaires chrétiens retenus en otage par des tortionnaires birmans. Rambo ajoute : «You call it» (Fais ton choix)... Ce moment-clé de John Rambo rappelle instantanément un autre personnage vu récemment sur les écrans : celui de Javier Bardem dans No country for old men. Chez les Coen comme pour Stallone, il s'agit de montrer le chaos du monde, sa violence, son absurdité et l'incapacité de l'homme à y changer quoi que ce soit. Et, dans les deux cas, les mythologies déployées sont tellement fortes qu'elles peuvent s'épanouir dans une forme d'épure cinématographique. Les plans de rizière sanglantes de John Rambo valent le désert-tombeau de No country for old men, et le dénouement (magnifique !) est tout aussi suspendu, incertain, mélancolique. La différence, car il y en a une, entre ces deux films impressionnants, c'est que Stallone a une revanche à prendre en tant que cinéaste, en tant qu'acteur et en tant qu'homme. Le cinéaste s'avère particulièrement doué : le film est un modèle de cinéma d'action à l'anci

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