«Rendre la réalité poétique et la poésie réaliste»

ECRANS | Entretien avec Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 27 février 2013

Photo : © Thierry Valletoux - Les Films A4


Comment passez-vous d'un film à l'autre ? Est-ce que par exemple ici, l'envie était de travailler avec de jeunes acteurs ?
Agnès Jaoui : Oui et non.
Jean-Pierre Bacri : Non et oui. On a voulu écrire pour de jeunes acteurs au début.
Agnès Jaoui : Oui, on vieillit ! On commence toujours par établir ce que l'on veut faire, c'est déjà une grande partie du travail. Et ça fait très longtemps qu'on a envie de trouver des formes différentes, puisque le fond, les thèmes sont sensiblement les mêmes. Il y a des archétypes qui se retrouvent…
JPB : On a une aire d'exploration et on privilégiera telle ou telle région de cette aire.
AJ : En général, on n'arrive pas à trouver cette forme différente. Cette fois, on y est mieux arrivé.
JPB : On jubile à l'idée de trouver une forme ludique, comme on aime en voir en tant que spectateur. Je cite toujours Un jour sans fin, mais ça peut être autre chose. On avait imaginé une structure à la Rashomon, ou partir de la fin comme chez Pinter. On n'a pas grand chose à dire au début, donc il faut bien saliver. On engage des choses, puis le thème revient et nous absorbe. On lâche, avec regret car on a envie d'y arriver un jour, cette forme singulière et ludique, que l'on a un peu plus trouvée ici.

Ce genre de formes, vous les aviez expérimentées chez Resnais, en adaptant Ayckbourn dans Smoking / No smoking et en écrivant On connaît la chanson
AJ : Mais grâce à lui. C'est lui qui nous avait amené ces formes. Dans Cuisine et dépendances on avait trouvé une forme, en laissant tout dans le hors champ. Pour Le Goût des autres, on voulait écrire un film policier, et au bout de deux mois, on est revenu…
JPB :… à nos moutons. Mais il reste le garde du corps, la dealeuse de shit, le chauffeur…

Comment avez-vous construit stylistiquement le film et notamment les aquarelles qui ouvrent les séquences ?
AJ : Ça a fait partie des choses agréables du film : chercher sa forme. L'idée était de s'amuser avec les références de contes, les livres que l'on ouvre avec des chapitres illustrés. On a essayé des choses, j'ai fait des dessins, le chef déco m'a dit de mettre deux arbres à chaque fois, le chef op' a apporté un livre sur les effets entre le petit et le grand. Après, c'était l'idée de jouer avec les codes de couleur, de s'amuser avec le plus de références possibles, de rendre la réalité poétique et la poésie réaliste.

Pour vos trois premiers films, vous revendiquiez une mise en scène invisible à la Woody Allen. C'est donc un changement...
AJ : C'est vrai. Le fait d'être dans le conte, de commencer par un rêve, m'a libéré et m'a donné envie de prendre la caméra comme un stylo. De la prendre pour commencer.

Je l'ai particulièrement ressenti dans une scène qui ne relève pas de la stylisation, mais qui m'a paru inédite chez vous, ce sont les plans presque documentaires dans les rues, la nuit, quand les personnages cherchent Laura…
AJ : Jean-Pierre m'avait donné l'idée de Gil Scott-Heron, la musique que l'on entend pendant la scène, et cela m'a aidé pour envisager cette méthode. Il y avait un clip d'ailleurs qui ressemblait un peu à ce que je voulais raconter : la ville, la nuit, avec tout ce qu'il y a de dangereux. Je l'ai montré au chef op et au monteur pour leur expliquer ce que je voulais. Et on est parti en voiture la nuit pour tourner à la volée.

Les deux générations qui se rencontrent dans le film provoquent une juxtaposition des choses : les jeunes sont dans le conte, les adultes dans la réalité. Au-delà des rapports parents-enfants, c'est comme un prolongement de la même histoire sur deux plans différents…
JPB : C'est exactement ce qu'on a voulu faire…
AJ : … mais on ne pensait pas à ce point. Je me souviens avoir dit à ma mère, qui s'est séparée de mon père après 25 ans de mariage, comme tous les couples autour d'elle, que c'était parce qu'à l'époque ils se mariaient tout de suite. J'avais la certitude qu'à force d'expériences, je finirai par trouver l'amour éternel. Quand on est jeune, on croit aux contes de fées. Ce n'est ni bien, ni mal ; c'est ! En même temps, si je pouvais dire aux jeunes filles que ce n'est pas grave si ce n'est pas aussi parfait, qu'il ne faut pas attendre le prince charmant…
JPB : Ce que tu dis souvent : n'attendez pas d'être révélée par un homme.

Le personnage de la mère qui a recours à la chirurgie esthétique fait le lien : c'est un personnage de conte de fée, mais qui doit affronter la réalité de l'autre monde…
JPB : On avait envie de parler de ce que représente pour les femmes cet arrachement à la jeunesse.
AJ : On se demandait ce qui perdure dans notre inconscient collectif de ces contes de fée souvent écrits il y a plusieurs siècles. La peur de vieillir est toujours incroyablement pertinente.

Dans le film, vous avez choisi d'élargir cette question du conte de fée à toutes les formes de croyances et de superstitions…
JPB : C'est venu très tôt, c'est une des fondations très profondes du scénario, ce regard sur la foi et les croyances. On voulait appeler ça Il était une foi, d'ailleurs. On voulait élargir le thème : dans tous les cas, c'est comment se rassurer, comment être bien…

Avec quand même une vision négative de tout ça, ce sont des blocages…
JPB : Pour certains, notre point de vue se voit peut-être d'avantage…
AJ : Non. Notre point de vue se résume aussi quand mon personnage dit : «Je crois à tout ce qui fait du bien». On est plutôt athée et on est plutôt rationaliste, mais…
JPB : Même moi, j'ai fait du chemin là-dessus. J'ai toujours été très goguenard là-dessus, sur les superstitions et les gens qui s'y prêtent. Je mets l'astrologie là-dedans, mais certains seront plus réactionnaires et mettront la psychanalyse. Tout d'un coup, tu réfléchis et tu te dis que tout n'est pas aussi simple et aussi stupide. Et les gens ont besoin de quelque chose qui leur fasse du bien.

C'est comme un besoin temporaire dans le film, une étape à dépasser…
AJ : Ça dépend pour qui. Pour ma fille, oui.
JPB : On voulait montrer cette façon dont les enfants plongent dans quelque chose, puis dans une autre la minute après avec la même fougue.

Comment avez-vous assemblé le casting ? Connaissiez-vous les acteurs ? Avez-vous fait des essais ?
AJ : Je fais toujours des essais. C'est trop important.
JPB : Sauf quand il y a une actrice avec qui on a vraiment envie de travailler, comme Dominique Valladier.
AJ : Mais les jeunes, je leur ai fait faire des essais. Nina Meurisse, Jean-Pierre me l'avait fait remarquer dans un film qui s'appelait Complices et elle est merveilleuse. Laura a été plus difficile à trouver.
JPB : C'était là où il y avait le plus de filles !
AJ : J'ai vu toutes les princesses du cinéma français ! J'avais vu Agathe Bonitzer dans un autre film, Arthur Dupont aussi.
JPB : Pour Arthur, ça a été facile.

Et Benjamin Biolay ?
AJ : J'ai tourné avec lui dans un film qui s'appelle L'Art de la fugue et je m'étais rendu compte que c'était un acteur.

C'est la première fois que vous travaillez avec le chef opérateur Lubomir Bakchev. Comment l'avez-vous rencontré et pourquoi l'avoir choisi ? Est-ce parce que vous tourniez pour la première fois en numérique ?
AJ : Les chefs opérateurs, c'est compliqué pour moi. Les grands chefs opérateurs sont pris longtemps à l'avance, et les deux avec lesquels je voulais travailler n'étaient pas libres. En fait, c'est plus la personnalité de Lubomir qui m'a plu, et le fait qu'il avait fait la plupart des films de Kechiche, donc qu'il était capable d'aller très vite. Et qu'il était rompu au numérique. Sur ce film-là, je savais qu'on était dans un budget serré que je ne pouvais pas dépasser d'une seconde, et Lubomir était très rassurant.
JPB : Il est très attachant.
AJ : On sent qu'il a quelque chose de solide et de très démerde. Tous les chefs opérateurs ont à un moment envie de faire joujou avec telle optique, telle lumière. Là, ce n'était pas possible, mais ça ne l'a pas dérangé. Il me disait toujours : «Essayons». J'avais plein d'idées qui ne marchaient pas du tout, et il essayait quand même, alors que j'ai compris après qu'il savait que ça ne marcherait pas. C'était une vraie collaboration.


Au bout du conte

De Agnès Jaoui (Fr, 1h52) avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri... Il était une fois une jeune fille qui croyait au grand amour, aux signes, et au destin ; une femme qui rêvait d’être comédienne et désespérait d’y arriver un jour ; un jeune homme qui croyait en son talent de compositeur mais ne croyait pas beaucoup en lui.
Pathé Vaise 43 rue des Docks Lyon 9e
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Comme un avion

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Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est «lumineuse», ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par

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L’Art de la fugue

ECRANS | De Brice Cauvin (Fr, 1h40) avec Laurent Lafitte, Agnès Jaoui, Benjamin Biolay, Nicolas Bedos…

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

L’Art de la fugue

Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se demande s’il doit s’engager plus avant avec son boyfriend psychologue ; Gérard est en instance de divorce avec sa femme ; et Louis entame une relation adultère alors qu’il est sur le point de se marier. Le tout sous la férule de parents envahissants et capricieux — savoureux duo Guy Marchand / Marie-Christine Barrault. On sent que Brice Cauvin aimerait se glisser dans les traces d’une Agnès Jaoui — ici actrice et conseillère au scénario — à travers cette comédie douce-amère à fort relents socio-psychologiques. Il en est toutefois assez loin, notamment dans des dialogues qui sentent beaucoup trop la télévision — les personnages passent par exemple leur temps à s’appeler par leurs prénoms, alors qu’ils sont à dix centimètres et qu’ils entretiennent tous des liens familiaux ou professionnels… C’est un peu pareil pour la mise en scène, plus effacée que transparente, tétanisée à l’idée de faire une fausse note. Malgré tout cela, le film se laisse voir, il arrive même à être parfois touchan

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Au bout du conte

ECRANS | Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri font entrer une fantaisie nouvelle dans leur cinéma, en laissant à une génération de jeunes comédiens pris à l’âge des contes de fées le soin de se heurter à leur réalité d’adultes rattrapés par l’amertume et les renoncements. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

Au bout du conte

Il était une fois une petite révolution dans le cinéma de Bacri et Jaoui, qui ronronnait gentiment dans sa formule avec Parlez-moi de la pluie. Voilà que ces maîtres du dialogue et du scénario, ces deux acteurs virtuoses, se décident à oser la fantaisie filmique là où jusqu’ici leur caméra se devait d’être transparente. Cure de jouvence effectuée à une double source : celle des contes de fée, dont Au bout du conte transpose dans un contexte contemporain les figures les plus identifiées — le chaperon rouge et son grand méchant loup, la reine cruelle obsédée par sa beauté et par une Blanche-Neige trop jeune, la pantoufle de Cendrillon et son prince charmant ; et ceux qui y croient, des jeunes gens qui sont aussi, réalisme oblige, de jeunes comédiens, tous très bons, même Agathe Bonitzer. Cela change beaucoup à l’écran, mais rien sur le regard que posent Bacri et Jaoui sur le monde ; au contraire, en opposant à ce sang neuf la bile noire et amère coulant dans les veines d’une poignée d’adultes revenus de tout — l’amour, la paternité, le progrès,

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«Chercher Jean-Pierre»

ECRANS | Rencontre autour de la rencontre de Jean-Pierre Bacri et Pascal Bonitzer pour Cherchez Hortense : deux mondes de cinéma a priori étanches, mais unis au cours de l’interview par une vraie complicité. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 septembre 2012

«Chercher Jean-Pierre»

Qui est allé chercher l’autre ? Est-ce un rôle écrit pour Jean-Pierre ? Pascal Bonitzer : C’est moi qui suis allé chercher Jean-Pierre, évidemment… Jean-Pierre Bacri : Ou alors il aurait fallu que je lise par Agnès de Sacy le scénario. Et je lui aurais dit : «S’il te plait, dis-lui de penser à moi !». Mais non… Cela aurait pu être une volonté de travailler avec Pascal Bonitzer… JPB : Certes ! Mais mon orgueil stupide ne m’a jamais permis d’écrire à un metteur en scène. Enfin, ce n’est pas de l’orgueil, plutôt une théorie : un acteur qui n’est pas désiré est très malheureux. De même, quand je ne suis pas désiré par une femme, je ne peux pas la convaincre d’être gentille avec moi. C’est ce qui fait que je n’ai jamais pu écrire une lettre à un metteur en scène pour lui dire que j’aimais beaucoup son travail et que j’aimerais travailler un jour avec lui. Parce que s’il me prend, j’aurai toujours dans la tête cette espèce de ver vorace qui dira : «Évidemment, tu lui as demandé». Donc c’est bien vous, Pascal, qui êtes à l’origine de

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Cherchez Hortense

ECRANS | De Pascal Bonitzer (Fr, 1h40) avec Jean-Pierre Bacri, Kristin Scott-Thomas, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Cherchez Hortense

Depuis Encore, son premier film, le cinéma de Pascal Bonitzer semblait enfermé dans sa propre formule, mélange de parisianisme intello et de lacanisme froid. Cherchez Hortense, d’une certaine manière, n’échappe pas à cette règle : Bonitzer truffe le film de rimes internes aussi ludiques que vaines (un exemple : la femme de Bacri s’appelle Iva, son fils s’appelle Noé) et son intrigue, aussi sophistiquée soit-elle, se réduit in fine à un classique marivaudage avec amant et maîtresse doublé d’un Œdipe tardif. Si le tout est assez mécanique, chaque partie est beaucoup plus libre et enlevée que d'habitude, avec notamment trois séquences extraordinaires qui confrontent Bacri et Claude Rich, entre pure comédie et inquiétude glacée. Bonitzer arrive certes un peu en retard sur la question des sans-papiers, mais il confère une certaine force à son sujet en filmant les ors de la République et ses serviteurs implacables, tellement engoncés dans leur fonction régalienne qu’ils n’ont plus aucun contact avec les réalités humaines qu’ils traitent. Mais le film vaut surtout pour la prestation, une nouvelle fois fabuleuse, de Jean-Pierre Bacri. On a souvent dit

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Du vent dans mes mollets

ECRANS | De Carine Tardieu (Fr, 1h29) avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

Du vent dans mes mollets

Depuis ses courts-métrages, Carine Tardieu s’applique à regarder le monde avec les yeux des enfants, en général confrontés à des drames qui bouleversent leur naïveté. Avec Du vent dans mes mollets, l’affaire vire au procédé, et on ne voit plus que les gimmicks et les formules à l’écran. Le ripolinage général, la brocante vintage 80 qui sert de direction artistique ou le jeu sur les différents régimes d’image, tout cela distrait sans cesse de l’histoire racontée, il est vrai pas palpitante en soi. Non seulement le film est surproduit, mais il est aussi surécrit, de la voix-off singe savant de sa jeune héroïne au jeu lassant sur les dialogues en franglais entre les parents Jaoui et Podalydès, ou encore une galerie de seconds rôles stéréotypés à souhait. Même quand le film aborde des rivages plus troubles, notamment sexuels, il s’avère d’un grand puritanisme, sur la forme comme sur le fond. Et en devient, du coup, assez irritant. Christophe Chabert

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Avant l’aube

ECRANS | De Raphaël Jacoulot (Fr, 1h44) avec Jean-Pierre Bacri, Vincent Rottiers…

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

Avant l’aube

Belle surprise que ce "Avant l’aube". Raphaël Jacoulot avait signé un premier film passé inaperçu (et depuis introuvable), "Barrage" ; espérons que celui-ci lui offrira la reconnaissance qu’il mérite. L’action se déroule dans un hôtel isolé des Pyrénées tenu par Jacques Couvreur, un bourgeois hautain (Bacri, fantastique, utilise habilement sa sympathie bougonne pour rendre ambivalent son personnage). Pour camoufler un accident mortel et préserver la réputation d’un fils que pourtant il n’estime guère, il prend sous son aile le seul témoin, Frédéric, un ancien délinquant en réinsertion (Vincent Rottiers, acteur instinctif et physique, toujours aussi passionnant). Jacoulot installe avec patience les rouages de la double mécanique qui se referme sur Frédéric : celle du polar, huilée par de nombreuses zones d’ombre (crime crapuleux ou acte de lâcheté ordinaire ?) ; et celle, plus dure encore, de l’illusion d’une ascension sociale favorisée par un transfert de paternité. Sans tapage mais avec une réelle maîtrise du temps et de l’espace — quoique ouverte à inattendue, comme dans cette séquence à Andorre, territoire cinématographique vierge et fascinant que le cinéaste peint en Hong-Ko

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Adieu Gary

ECRANS | De Nassim Amaouche (Fr, 1h15) avec Jean-Pierre Bacri, Dominique Reymond… (sortie le 22 juillet)

Christophe Chabert | Vendredi 10 juillet 2009

Adieu Gary

Grand prix de la Semaine de la critique au dernier festival de Cannes, Adieu Gary est effectivement une jolie découverte, malgré ses petits défauts (de jeunesse ?). Après des années d’absence, Samir revient dans son «pays», une cité ouvrière ardéchoise figée après la fermeture de l’usine, et y retrouve son père et ses amis, tous plombés par la résignation. Le décor étonnant du film est pour beaucoup dans sa séduisante étrangeté : dans cette ville fantôme, les personnages sont effectivement en train de devenir des spectres de leur humanité passée. La manière dont Amaouche aborde les questions sociales contemporaines (le deal de drogue, le chômage endémique, l’immigration), sans s’y appesantir mais avec d’étonnantes ellipses de mise en scène, témoignent d’un réel talent de cinéaste. Dommage dès lors que son travail en vignettes subisse un réel passage au vide en son milieu (le film, pourtant très court, est encore un peu long). Il faut donc attendre les dernières séquences, très touchantes, pour que les personnages sortent de leur apathie et se remettent à espérer, ensemble. Christophe Chabert

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Parlez-moi de la pluie

ECRANS | Le troisième film d’Agnès Jaoui reprend, avec un peu trop d’évidence, les thèmes développés dans les deux précédents, mais y fait entrer une nouvelle figure : Jamel Debbouze, impressionnante raison d’être de cette comédie douce-amère. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 4 septembre 2008

Parlez-moi de la pluie

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«Sur la pointe des pieds»

MUSIQUES | Entretien / Agnès Jaoui, marraine du festival, est passée avec talent du cinéma à la musique latine. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mercredi 14 mars 2007

«Sur la pointe des pieds»

Peut-on trouver des racines à votre démarche musicale dans les films que vous avez tournés ? Je pense au flamenco qu'on entend dans Cuisine et dépendances... Agnès Jaoui : Eh non ! Je n'avais jamais compris pourquoi Philippe Muyl, le réalisateur, avait mis du flamenco à ce moment-là. À l'époque, pour moi, ça sonnait plutôt comme des castagnettes. Après, je me suis dit : «quand je pense qu'il a enregistré avec ces mecs-là !». Ça fait partie des hasards étranges, donc... La chanson dans Le Rôle de sa vie et votre rôle de professeur de chant dans Comme une image, ça n'était pas un hasard ? Là, non. Dans le premier cas, François Favrat m'avait entendu chanter et savait mon amour pour Cuba ; quant au professeur de chant, je fais du chant classique depuis des années. Vous avez choisi de commencer de manière assez modeste, une tournée en 2004 dans des festivals mais pas en tête d'affiche... Je suis arrivée sur la pointe des pieds. C'était une chose de prendre beaucoup de plaisir à faire ça avec des copains, une autre de savoir si ça pouvait être partagé, en faisant abstraction du fait que j'étais comédienne. Les gens venaient sans savoir ce qu'ils allaient entendre, et il y a eu quel

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