Amour & turbulences

ECRANS | D'Alexandre Castagnetti (Fr, 1h36) avec Ludivine Sagnier, Nicolas Bedos, Clémentine Célarié

Jerôme Dittmar | Mercredi 27 mars 2013

La comédie française étant ce qu'elle est, massivement lourde et vulgaire, il lui fallait un truc pour tromper sa beaufitude. Depuis le succès de L'Arnacœur, la comédie romantique est ainsi devenue son nouvel horizon, supposé apporter supplément d'âme et élégance à un cinéma qui fait peine à voir. Nouveau film éjectable du genre, Amour & turbulences commence pile là où se matérialise le rêve frustré de la comédie frenchy : à New York, entre les deux appartements chics des personnages, couple séparé avec fracas et se retrouvant dans un avion pour Paris, où ils refont le film de leur histoire. Malgré un pitch respectable et une mise en scène chiadée s'acharnant à faire la pub de sa virtuosité, ce petit kaléidoscope du déboire amoureux ne débouche sur rien, sinon son envie d'imiter joliment un patron auquel il ne pige pas l'essentiel. Alourdi par des dialogues balourds, des personnages insipides et un casting sans charme (Bedos sauve à peine sa peau), l'apprenti Lubitsch Alexandre Castagnetti se crash dès le décollage.

Jérôme Dittmar


Amour & Turbulences

De Alexandre Castagnetti (Fr, 1h36) avec Ludivine Sagnier, Nicolas Bedos...

De Alexandre Castagnetti (Fr, 1h36) avec Ludivine Sagnier, Nicolas Bedos...

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Alors qu'un avion la ramène de New York à Paris où elle s'apprête à se marier, la belle Julie se retrouve assise à côté d'Antoine, un séduisant débauché qu'elle a aimé 3 ans plus tôt. Elle va tout faire pour l‘éviter alors qu'il compte sur ces 7h de vol pour la reconquérir!


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Monica Bellucci et Carole Bouquet : « on fait ce métier pour réaliser une partie des fantasmes de l’humanité »

Les Fantasmes | Duo vénéneux et de charme dans le film à sketches Les Fantasmes des frères Foenkinos, Carole Bouquet et Monica Bellucci incarnent un couple s’épanouissant en mêlant Eros et Thanatos. Une occasion d’évoquer avec elles et Stéphane Fœnkinos la question du fantasme…

Vincent Raymond | Lundi 16 août 2021

Monica Bellucci et Carole Bouquet : « on fait ce métier pour réaliser une partie des fantasmes de l’humanité »

Au générique, il est précisé que Les Fantasmes est une adaptation ; comment êtes-vous tombés sur l’original ? Stéphane Foenkinos : Ce sont les producteur Éric et Nicolas Altmayer qui sont venus avec ce projet. Mon frère David et moi, on était en train de travailler tranquillement sur un autre film et ils nous ont parlé d’un film australien sur le même principe — des gens qui se croisaient avec des fantasmes. Mon frère David m’a dit : « regarde ! ». C’était très drôle, très cru, mais je ne me voyais pas du tout faire un truc pareil. David l’a regardé et m’a dit : « t’es fou, c’est ça qu’on doit faire, mais on doit aller plus loin. » Et ça a été le défi : en fait, on en a conservé 10 ou 15%, mais on a étendu. La partie de Carole Bouquet et Monica Bellucci vient de notre âme très tourmentée (rires). Elles nous ont demandé : « mais comment vous avez sorti ça de votre tête ?! » Carole Bouquet : Mais c’est qu’il n’y avait pas que ça ! Ils nous ont raconté plein d’autres fantasmes ! Une liste impressionnante… Il y a vraiment de tout, ils sont vra

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"Les Fantasmes" des frères Foenkinos : six couples en quête d’ardeur

Comédie | Faut-il mettre du piment ou du sel sur sa vie de couple ? Et comment faire son conjoint ne partage pas les mêmes goûts ? Les frères Foenkinos s’attaquent à la drôle de cuisine des fantasmes amoureux dans un film à sketches où les uns mitonnent, les autres mythonnent…

Vincent Raymond | Lundi 16 août 2021

Six histoires où les relations amoureuses répondent à des impératifs différents de la “norme“ car l’un des partenaires (ou les deux) vit sa passion en assouvissant un jeu de rôle sexuel. Six sketches autour de fantasmes, de ce qu’ils provoquent au sein d’un ménage, mais aussi à l’extérieur… Rêve ou pulsion, le fantasme tient à la fois de l’idéal, de l’interdit ou de la transgression possible dont on ne sait jamais s’il faut, si l’on doit, la conserver comme une ligne d’horizon infranchissable ou bien l’assouvir. Parfait Janus, sa capiteuse ambiguïté le rattache autant à la séduction érotique mutuelle qu’à des formes de perversions inquiétantes qu’on n’aimerait pas croiser le soir dans une rue déserte. Bref, il est doté d’un spectre large et affriolant lui permettant d’être attaqué par la face nord du drame et de la perversion sinistre comme celle, plus légère, de la comédie ludique. Si telle est l’option retenue par les frères Foenkinos, ceux-ci ne se privent cependant jamais de recourir à l’humour noir-grinçant. L’on croise

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“OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire“ de Nicolas Bedos : agent blanchissant

Comédie | OSS 117 continue ses “exploits“ en Afrique, où il échappe aux crocs des cocos comme des crocos et se trouve lesté d’un jeune partenaire… Un troisième volume en-dessous des deux précédents (Nicolas Bedos ne réalise pas tout à fait qu’il a pris la succession de Michel Hazanavicius), porté toutefois par son scénario et ses comédiens. Parfait pour clore un cycle et le festival de Cannes… devant un président de jury doté d’un solide sens de l’humour.

Vincent Raymond | Lundi 19 juillet 2021

“OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire“ de Nicolas Bedos : agent blanchissant

1981. De retour d’Afghanistan, Hubert Bonisseur de La Bath alias OSS 117 est affecté à de nouvelles fonctions administratives. Mais la disparition du jeune agent OSS 1001 en Afrique convainc sa hiérarchie de renvoyer en mission sur le terrain son “meilleur élément“… Doué en théorie de raison, l’Humain se distingue par son incomparable capacité à user au quotidien de déraison. Placez-le face à une boîte de biscuits au chocolat (et à l’orange) : même s’il sait que la vider d’un coup : a/ lui coupera l’appétit b/ l’écœurera c/ le privera d’en manger plusieurs jours durant, que croyez-vous qu’il fera ? La réponse d/ : il la bâfrera jusqu’au couvercle ! Au cinéma, c’est un peu pareil : lorsqu’une franchise de qualité fonctionne, se pose invariablement la question de la laisser à son apogée en cultivant la frustration du public… ou de courir le risque de lui offrir une suite, quitte à déchoir et décevoir. Mais comme le public a la mémoire courte et les poches profondes — vous souvenez-vous d’Indiana Jones et le Royaume du crâne du cristal (2008), le plus rentable au box office et cependa

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Aux racines de la folie : "La Forêt de mon père" de Vero Cratzborn

Drame | Élagueur, Jimmy vient de se faire licencier parce qu’il agissait bizarrement. À la maison, son comportement lunatique devient difficile à supporter pour sa femme et ses trois enfants. Jusqu’à une crise qui lui vaut d’être interné. Mais Gina, son aînée de 15 ans, ne parvient pas à l’accepter…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Aux racines de la folie :

Sensée être vécue à travers les yeux de la grande ado — comme en atteste le possessif au singulier du titre — l’histoire se diffracte un peu pour être vue également à travers les yeux de ses cadets et de sa mère. On perd en pure subjectivité, mais on gagne quelques contrepoints utiles pour composer, avec du recul, un tableau familial plus précis et assembler les pièces du tableau clinique de la maladie psychique de Jimmy. Bien sûr, l’élément végétal est abondant, fondateur, aussi enveloppant qu’inquiétant dans La Forêt de mon père, puisque c’est le territoire dans lequel cet “homme des bois“ évolue, au premier degré. Cette forêt est également mentale, un dédale à l’intérieur duquel il s’égare sans trouver de sortie, où il tente même d’aspirer les siens. Il faut mettre au crédit de Vero Cratzborn sa volonté de traiter d’un trouble psychique et de l'internement sur un strict plan dramatique, sans verser dans le thriller — parti-pris suffisamment rare pour être souligné. En revanche, la romance cousue de fil blanc avec le voisin à moto bien serviable épuise par sa banalité. D

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Tout est affaire de décors : "La Belle époque"

Romance | La soixantaine dépressive, méprisé par sa femme, Victor se voit proposer par un ami de son fils de vivre une expérience immersive dans des décors reconstituant l’époque de son choix. Victor choisit de replonger dans sa jeunesse, pile la semaine où il rencontra sa future épouse…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Tout est affaire de décors :

Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque — et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il — accréditent la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace parce qu’il tape à côté en gâchant une jolie idée. L’argument central, la “guérison amoureuse“ de Victor, se trouve en effet pollué par une sous-intrigue sentimentale déplaçant le centre de gravité vers l’égotique organisateur des reconstitutions — en clair, le metteur en

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Les affaires de famille de Jean-Paul Rouve : "Lola et ses frères"

Comédie Dramatique | de et avec Jean-Paul Rouve (Fr, 1h45) avec également Ludivine Sagnier, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Les affaires de famille de Jean-Paul Rouve :

Depuis la mort de leurs parents, Lola joue un peu le rôle de grande sœur pour ses deux frères aînés que rien ne rapproche : Benoît est aisé et aime tout contrôler ; Pierre, en difficulté, très soupe-au-lait. Ils en oublieraient presque que leur benjamine a, elle aussi, une vie à elle… Voici l’histoire de famille que l’on aurait aimé voir réalisée par Michel Blanc il y a quelques semaines, et que son excellent interprète du pathétique Voyez comme on danse signe avec la sensibilité qu’on lui connaît. Oh certes, il ne retrouve pas la grâce de Quand je serai petit (2012) mais s’obstine (à raison) dans cette trajectoire qui lui fera accomplir un jour une indiscutable réussite ; ce film sur les relations entre frères et sœurs, parents et enfants autour duquel beaucoup tournent sans aller nulle part, mais que lui pressent. Dans les familles cinématographiques de Rouve — et donc dans celle de Lola — il n’y a pas que des cadres sup’ urbains, ni de coucheries entre notaires blancs, ni de magot en héritage : c’est la recherche du

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Résilience maladroite : "En mille morceaux"

Théâtre filmé | de Véronique Meriadec (Fr, 1h22) avec Clémentine Célarié, Serge Riaboukine…

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Résilience maladroite :

Éric a assassiné un enfant en 1977. Après ses 25 ans de prison, la mère de la petite victime lui donne rendez-vous dans le bric-à-brac d’un inquiétant hangar, où elle le presse de questions sur les circonstances et les motivations de son geste. Veut-elle se faire justice après la justice ? De la difficulté de transmuter un tête-à-tête en film, de mettre en images et en scène ce qui repose avant tout sur des mots… Si le sujet est grave, la forme l’est aussi : à la base, En mille morceaux est censé promouvoir la “justice restaurative“, un procédé visant à faire se rencontrer les victimes de crimes et leurs auteurs dans le but de permettre aux uns d’accorder leur pardon, aux autres de les faire prendre conscience de leurs actes afin de réduire la tentation de récidive. Louable démarche. Seulement ici, pour faire thriller, la mère surculpabilise jusqu’à la terreur psychologique son bourreau sans expliquer le pourquoi de leur rencontre ; on ne peut pas être plus contre-productif. Du côté de l’assassin, ce n’est guère mieux : ses confessions nous amènent à comprendre qu’il a lui-même été martyri

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"La Colle" de Alexandre Castagnetti : un Breakfast Club sans fin

ECRANS | de Alexandre Castagnetti (Fr, 1h31) avec Arthur Mazet, Karidja Touré, Thomas VDB…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Si le regretté Harold Ramis revenait d’entre les morts, il croirait à une caméra cachée. Voire irait fissa réclamer des droits d’auteur à la multitude de disciples ou d’épigones accommodant à son imitation (et à toutes les sauces) le concept de boucle temporelle d’Un jour sans fin (1993). Après Edge of Tomorrow et avant Happy Birthdead, voici donc ici la tentative française. Pour brouiller les pistes, Alexandre “La Chanson du Dimanche” Castagnetti pousse le vice en hybridant le bazar avec l’intrigue du Breakfast Club (1985) de John Hugues. Résultat : son héros se retrouve en heure de colle sous la garde d’un pion ringard avec un échantillon d’élèves mal assortis, et ne peut fuir de sa boucle que s’il conclue avec la belle Leila dont il est l’amoureux transi — laquelle forcément ignore un crapaud de son espèce. Après environ 72 heures de gags potaches répétitifs, c’est bon, les deux roucoulent pendant que tous les punis deviennent de chouettes copains, peace ; Sonia Rolland essaie les prothèses mammaires de Halle Berry dan

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"M. & Mme Adelman" : un ego trip visant à côté

ECRANS | M. & Mme Adelman a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de (...)

Julien Homère | Mardi 14 mars 2017

M. & Mme Adelman a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de Citizen Kane, le film est un flashback fleuve, retraçant l’histoire d’amour entre Sarah Adelman et son mari décédé. Relecture des années 1970, ce long souvenir narré formule le seul atout de l’œuvre où les performances d’acteurs sont crédibles et le romantisme s’assume à travers une dramaturgie maîtrisée. Mais les défauts sur les scènes au temps présent trahissent cette note d’intention originelle. Au rayon des maladresses grossières, citons Jack Lang dans son propre rôle, lien ridicule malgré lui avec le réel et le twist final déplacé, sapant toute émotion post-générique. Se rêvant grands dés leur premier essai, Bedos et Tillier visent à côté, pris au piège par leurs citations écrasantes. M. & Mme Adelman De Nicolas Bedos (Fr, 2h) avec Nicolas Bedos, Doria Tillier, Pierre Arditi…

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Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Entretien | Difficile de condenser en deux heures toute la seconde moitié du XXe siècle français en miroir avec les sentiments d’un couple d’écrivains : c’est pourtant ce qu’ont tenté Nicolas Bedos et son actrice/coscénariste Doria Tillier. Réponses et références seventies des intéressés.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Est-ce que l’époque du film était déjà plantée dés l’écriture ? Doria Tillier : On s’est très vite arrêtés sur les années 1970. On les aime visuellement, humoristiquement et intellectuellement, avec l’état d’esprit dans lequel les personnages sont au début : la liberté, Beauvoir, Sartre, le quartier latin… Je trouvais cool que le film finisse aujourd’hui et pas en 2000 ou 2025. Cet univers correspondait naturellement aux personnages, et on ne s’est pas posé vraiment la question. Votre premier désir de cinéma découle-t-il de cette période historique ? Nicolas Bedos : Plus du côté des années 1990. Comme beaucoup de gens de ma génération, on s’était pris Tarantino, Kassovitz et Wong Kar-wai. Il y avait beaucoup de cinéastes dans des genres très différents à cette époque. C’était le début des grands formalistes américains comme Paul Thomas Anderson ou David Fincher

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L’Art de la fugue

ECRANS | De Brice Cauvin (Fr, 1h40) avec Laurent Lafitte, Agnès Jaoui, Benjamin Biolay, Nicolas Bedos…

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

L’Art de la fugue

Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se demande s’il doit s’engager plus avant avec son boyfriend psychologue ; Gérard est en instance de divorce avec sa femme ; et Louis entame une relation adultère alors qu’il est sur le point de se marier. Le tout sous la férule de parents envahissants et capricieux — savoureux duo Guy Marchand / Marie-Christine Barrault. On sent que Brice Cauvin aimerait se glisser dans les traces d’une Agnès Jaoui — ici actrice et conseillère au scénario — à travers cette comédie douce-amère à fort relents socio-psychologiques. Il en est toutefois assez loin, notamment dans des dialogues qui sentent beaucoup trop la télévision — les personnages passent par exemple leur temps à s’appeler par leurs prénoms, alors qu’ils sont à dix centimètres et qu’ils entretiennent tous des liens familiaux ou professionnels… C’est un peu pareil pour la mise en scène, plus effacée que transparente, tétanisée à l’idée de faire une fausse note. Malgré tout cela, le film se laisse voir, il arrive même à être parfois touchan

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Tristesse Club

ECRANS | Premier film sous influence Wes Anderson à l’humour doucement acide de Vincent Mariette, où deux frères et une sœur partent enterrer un père/amant devenu un fantôme dans leur vie, pour un road movie immobile stylisé et séduisant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Tristesse Club

Dans Tristesse Club, comme dans tout bon road movie, une voiture tient un rôle décisif : c’est une vieille Porsche et elle appartient à Léon, ancien tennisman tombé dans la lose intégrale, plaqué par sa femme et méprisé par son propre fils de dix ans, à qui il essaie pathétiquement de taxer de l’argent. Cette voiture, c’est un peu la dernière chose qu’il possède dans l’existence, et il s’y accroche comme à une bouée de sauvetage face au naufrage de sa vie. Ladite Porsche va servir à beaucoup de choses au cours du film : par exemple, elle se transformera en abri protecteur contre une meute de chiens errants, ou d’issue de secours pour échapper à la rancœur ambiante. Car Léon a rendez-vous avec son frère Bruno pour enterrer leur père, qu’ils n’ont pas vus depuis des lustres et avec qui ils entretenaient des rapports opposés : houleux pour Léon, résignés pour Bruno. Les choses s’enveniment encore lorsqu’ils font la connaissance d’une demi-sœur dont ils ignoraient l’existence. Elle leur avoue que leur père n’est pas mort ;  il a juste disparu sans laisser de traces. Le deuil d’un fantôme Voilà donc un trio de comédie formidablement constit

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Les Bien-aimés

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 2h15) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier…

Christophe Chabert | Samedi 9 juillet 2011

Les Bien-aimés

Une mère et sa fille. Dans les années 60, la mère (Ludivine Sagnier) fait la pute pour se payer des chaussures et tombe amoureuse d’un médecin tchèque qu’elle quitte au moment du Printemps de Prague. Au début des années 2000, la fille (Chiara Mastroianni) s’éprend d’un gay malade du sida, tandis que la mère (Catherine Deneuve) retrouve son amant de l’époque (Milos Forman). Plus que jamais, le cinéma de Christophe Honoré joue de la référence (Truffaut et ses romans cinématographiques est le grand parrain du film) mais aussi de l’autoréférence : comme dans Les Chansons d’amour, Alex Beaupain a composé de pénibles intermèdes musicaux, sans doute ce qu’il y a de moins bien dans le film. Pénible aussi, la capacité d’Honoré dialoguiste à mettre dans la bouche de ses acteurs un texte bourré de poncifs sentencieux sur l’amour, la vie, le temps qui passe. Ratée enfin, l’évocation de l’époque : la reconstitution au début donne une sensation désagréable d’entre-deux, ni rigoureuse, ni fantaisiste, et quand le 11 septembre passe par là, on change vite de chaîne. Si Les Bien-aimés s’avère toutefois supérieur aux précédents Honoré, c’est grâce à l’énergie fantasque que lui c

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Pieds nus sur les limaces

ECRANS | De Fabienne Berthaud (Fr, 1h48) avec Ludivine Sagnier, Diane Krüger…

Christophe Chabert | Mardi 23 novembre 2010

Pieds nus sur les limaces

Le plus insupportable dans cette comédie, ce n’est pas la mise en scène, avec sa caméra hasardeuse et ses couleurs criardes ; pas non plus le simplisme d’un scénario où les doux dingues révèlent la vérité des gens «normaux», leur bonté ou leur égoïsme. Non, ce qui ne passe pas ici, c’est bien la performance de Ludivine Sagnier en attardée mentale (mais pas complètement, elle a retenu la leçon de "Tonnerre sous les tropiques" !) ; elle a l’esprit d’une fille de huit ans dans le corps d’une trentenaire. L’actrice disparaît totalement derrière sa composition, son cabotinage ne faisant pourtant jamais apparaître le personnage. Il s’agit de la regarder jouer, de s’incliner devant son courage et son talent. Réduit à l’état de votant impuissant face à ce film horripilant, le spectateur souffre en silence — mais la colère gronde sous son crâne. CC

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Mesrine, l'Ennemi public N°1

ECRANS | Après le blockbuster superficiel L’Instict de mort, Jean-François Richet se décide enfin à traiter son sujet. Mais après une première heure réussie, Mesrine révèle sa vraie nature de film de compromis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

Mesrine, l'Ennemi public N°1

Dès la première scène de L’Ennemi public n°1, on sent que les choses ont changé dans le Mesrine de Jean-François Richet. Certes, il y a à nouveau une scène d’évasion, mais ce n’est plus l’action qui guide la séquence ; c’est le personnage dans toute sa démesure. Ouf ! On se demandait si, sur quatre heures, Richet allait faire de Jacques Mesrine autre chose qu’un prétexte, bad guy de convention visitant le grand musée du cinéma de genre. Donc le voilà enfin et, paradoxalement, Mesrine se présente à nous comme un comédien, génie du masque plus que du mal, agitateur incorrigible qui se rêve en «ennemi public» et ne pense qu’à se hisser en tête du hit parade («Numéro 1 !» s’exclame-t-il avec fierté). Il vient de rédiger ses mémoires et une réplique de son avocate nous apprend que tout cela est peut-être pures foutaises. Mythomane obsédé par la popularité, Mesrine révèle le visage crédible d’un criminel médiatique, bouffon provoquant un pouvoir déstabilisé. Du coup, surprise, L’Ennemi public n°1 est un film assez drôle, grâce notamment à la prestation de Vincent Cassel qui excelle dans ce registre de bateleur flamboyant. Q

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