L'Europe au rayon froid

Christophe Chabert | Vendredi 5 avril 2013

Photo : "Hijacking" de Tobias Lindholm


Coincé entre la déferlante des festivals de cinoche de mars et le grand suspens cannois, le panorama du cinéma européen de Meyzieu s'offre une treizième édition qui s'annonce prometteuse. Trois films français encadrent la manifestation : le thriller Désordres d'Étienne Faure (avec Sonia Rolland !), la comédie Pop rédemption de Martin Le Gall, sur un groupe de rock satanique composé, entre autres, de Julien Doré et Grégory Gadebois — avec un featuring de l'ami Alexandre Astier - et Cheba Louisa, premier film de Françoise Charpiat avec Isabelle Carré et Rachida Brakni. À cela s'ajoutent le retour (décevant) de Margarethe Von Trotta avec une bio filmée d'Hannah Harendt et un nouveau film pour séniors, genre très en vogue actuellement, Song for Marion de Paul Andrew Williams.

Mais c'est de l'Europe du nord que viennent les deux événements du festival. D'abord, le grand retour sur ses terres islandaises de l'inclassable Balthasar Kormakur avec Survivre. Tiré d'une histoire vraie, le film raconte comment un modeste pêcheur islandais a survécu au naufrage de son chalutier, regagnant à la nage dans des eaux glacées la terre ferme de son île volcanique. À la fois docu-fiction sur les mœurs des pêcheurs, récit d'un exploit extraordinaire et réflexion sur une science qui réduit l'humain à un rat de laboratoire, Survivre montre le brio de son réalisateur, même si l'ensemble manque parfois un peu d'unité.

Enfin, il faudra guetter la projection d'Hijacking, thriller danois mettant en scène le détournement d'un cargo par des pirates somaliens, dont la particularité est d'avoir été réalisé par Tobias Lindholm, co-scénariste des derniers films de Thomas Vinterberg.

Panorama du cinéma européen
Au Ciné-Meyzieu, jusqu'au 13 avril

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Hijacking

ECRANS | Récit d’une piraterie racontée du point de vue des otages et du patron de l’entreprise qui affrète le bateau, le deuxième film de Tobias Lindholm, coscénariste de Thomas Vinterberg, crée le suspens grâce à un dispositif de mise en scène puissant et implacable. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 4 juillet 2013

Hijacking

On peut tout à fait imaginer ce que l’argument d’Hijacking aurait pu devenir s’il avait été laissé entre des mains, sinon mauvaises, du moins uniquement soucieuses d’efficacité : un thriller en haute mer façon Steven Seagal, où un cuistot téméraire réussirait à sauver son équipage d’une prise d’otages orchestrée par des pirates somaliens. Or, Tobias Lindholm, coscénariste des derniers Vinterberg mais aussi de la série Borgen, a choisi le réalisme dans le traitement des événements et, c’est sa plus grande force, un dispositif de mise en scène duquel il ne déroge pas et qui donne une dimension purement cinématographique au récit. Les deux premières séquences en posent le principe : d’abord, la vie sur ce bateau danois, avant l’assaut ; puis une négociation dans les locaux de l’entreprise qui l’affrète entre le patron, son second et des Japonais, autour d’un marché de plus de dix millions de dollars. Au terme de cette scène, l’assaut a eu lieu, hors champ, et une autre négociation démarre, qui durera beaucoup plus longtemps — l’humain ayant à la fois moins de valeur économique et plus de valeur symb

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Cheba Louisa

ECRANS | De Françoise Charpiat (Fr, 1h35) avec Rachida Brakni, Isabelle Carré, Biyouna…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Cheba Louisa

Avec ses coups de théâtre à toutes les séquences, son image de téléfilm France 3, sa direction artistique atroce et ses mots d’auteur qui pèsent une tonne (un pour la route : «la cas soc’, elle te dit cassos»), Cheba Louisa a tout de l’accident pur et simple. Visiblement écrit avec un exemplaire de Robert MacKee dans une main et "La Banlieue pour les nuls" dans l’autre — dur de tenir le crayon, du coup — il se permet de sacrifier une actrice comme Isabelle Carré, enlaidie au-delà du raisonnable afin de la faire passer pour une caissière de supermarché. Rien à sauver là-dedans, mais de quoi se distraire au moins cinq minutes en regardant Steve Tran. Steve qui ? Depuis qu’il a tenu un des trois rôles principaux de Beur sur la ville, Steve Tran est devenu le bon pote asiatique de service dans les banlieues-films, histoire de respecter une forme de représentativité raciale. On a pu le voir ailleurs — dans

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Survivre

ECRANS | À la fois documentaire sur les pêcheurs islandais, récit véridique d’un homme luttant pour sa survie et critique d’une science qui réduit l’humain au statut de rat de laboratoire, "Survivre" marque le retour réussi de l’insaisissable Baltasar Kormákur sur ses terres natales. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 avril 2013

Survivre

Survivre s’inspire d’un fait réel survenu en 1984 en Islande : un chalutier a sombré aux larges des côtes d’une île volcanique, et le seul survivant a réussi l’exploit de rejoindre la terre ferme en nageant dans les eaux glacées des heures durant. Cet homme, Gulli, n’a pourtant rien d’un héros : simple prolo traînant avec ses acolytes dans les pubs de l’île, il est un individu introverti et solitaire qui charrie un trauma d’enfance, l’évacuation de sa famille lors d’une éruption du volcan. Il n’y a a priori rien à expliquer : qu’est-ce qui fait que Gulli survit alors que tous ses camarades meurent d’hydrocution ? Les flashbacks imaginés par Kormákur pourraient fournir une élucidation psychologique à ce "miracle" : la volonté de ne pas partir sans avoir dit au revoir à ceux que l’on aime et ne laisser aucun regret existentiel derrière soi. Certes. Mais ce choix de densifier le passé du protagoniste est tout autant un gimmick narratif — pas toujours heureux, d’ailleurs — qu’une véritable piste pour comprendre sa résistance physique et morale. La volont

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Le traité cinématographique européen

ECRANS | Coincé entre les Reflets du cinéma ibérique au Zola, Hors Cadre à Vénisseux et Hallucinations collectives, le Panorama du cinéma européen de Ciné-Meyzieu fait plus (...)

Christophe Chabert | Vendredi 23 mars 2012

Le traité cinématographique européen

Coincé entre les Reflets du cinéma ibérique au Zola, Hors Cadre à Vénisseux et Hallucinations collectives, le Panorama du cinéma européen de Ciné-Meyzieu fait plus que jamais figure d’OVNI dans le paysage des festivals lyonnais. Cette année d’autant plus qu’il a lieu au moment où la salle connaît de sérieuses turbulences (la convention triennale signée avec le gérant Jean-Jacques Mary a été dénoncée par la Ville de Lyon pour non-paiement de loyers, et celui-ci a dû rendre les clés du cinéma…). Le programme lui-même est une drôle de mixture, qui commence avec une authentique daube (Plan de table, sinistre comédie à concept avec Franck Dubosc), se poursuit avec de vrais bons films, dont le terrible Tyrannosaur, première réalisation de l’acteur Paddy Considine, avec un Peter Mullan en bloc de haine et de ressentiment en quête de rédemption dans une Angleterre abandonnée de tout et de tous. On citera

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L’Europe constituée

ECRANS | Comme chaque année, le Panorama du cinéma européen de Meyzieu propose de découvrir les prochaines sorties marquantes de certains pays de l’Union. Où brille cette année un nouvel entrant, la Roumanie. CC

Dorotée Aznar | Vendredi 2 avril 2010

L’Europe constituée

N’allons pas chercher midi à quatorze heures : le Panorama du cinéma européen de Meyzieu est le genre de festival-vitrine nécessaire pour donner un coup de projo sur les cinématographies d’un continent qui se cherche une unité, notamment culturelle, et qui fait plus figure de projet que de véritable réalité. Ce Panorama porte du coup bien son nom : il balaye au gré des films prochainement à l’affiche ces prochaines semaines et sans souci d’exhaustivité les films venus d’Europe. Commençons par l’avant-première la plus réjouissante du lot : celle de Policier, adjectif, le nouveau film de Corneliu Porumboiu. Qui ça ? Issu de la nouvelle vague de cinéastes roumains qui a connu la consécration avec la Palme d’or de Cristian Mungiu pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, Porumboiu s’était fait connaître grâce à l’excellent 12h08 à l’Est de Bucarest, comédie sardonique et éminemment politique sur l’après-Ceaucescu, qui se situait quelque part entre Les Nuls et Aki Kaurismaki. Son nouveau film raconte le blues d’un policier ordinaire, avec le même ton cynique et désabusé que son œuvre précédente. Police, adjectif a fait partie des films remarqués par le jur

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Europe 09

ECRANS | Devenu un classique des festivals de périphérie, le Panorama du cinéma européen de Meyzieu cherche et trouve chaque année une bonne rasade de films venus d’ici et d’ailleurs, en y ajoutant des rétros pertinentes — cette année : le cinéma tchèque. CC

Christophe Chabert | Jeudi 19 mars 2009

Europe 09

Petit à petit, le Panorama du cinéma européen de Meyzieu fait son nid. L’intitulé n’est pas glamour, mais les cinéphiles y trouvent leur compte, le festival se débrouillant pour aller pêcher un nombre croissant d’avant-premières de films belges, italiens, espagnols, allemands ou… français. La France est bien dans l’Europe, et même si la présentation par leurs auteurs du nouveau film d’Agnès Obadia (Romaine par moins 30°) et du premier d’Hannelore Cayre (Commis d’office) participent des tournées promo des films hexagonaux à sortir au mois d’avril, ces choix sont plus rassurants que ceux de l’an passé (où avait été présenté le génialement nul Sans état d’âme). Elle est vivante, Sœur sourire…L’essentiel est donc ailleurs, notamment avec le grand retour de Pupi Avati, cinéaste italien à la carrière curieuse : d’abord réalisateur de giallos (polars transalpins sanglants typiques de l’exploitation des années 70), devenu auteur pour festivals dans les années 90, puis grand oublié de la distribution à partir des années 2000, il retrouvera le chemin des salles françaises avec ce qui s’annonce comme son meilleur film depuis des lustres : Le Père de Giovanna. Autre événement, la p

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