«J'aime peindre avec un large pinceau»

ECRANS | Il n’a que 34 ans, une silhouette d’éternel adolescent américain et un entretien avec lui se transforme vite en conversation familière avec un passionné de littérature et de cinéma. Jeff Nichols ressemble à ses films : direct, simple et pourtant éminemment profond. Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Je crois que vous avez écrit Mud avant Take shelter, c'est ça ?
Jeff Nichols : Plutôt pendant… Mais j'avais conçu l'histoire de Mud bien avant Take shelter, quand j'étais encore à l'université, il y a dix ans de cela. J'avais posé les grandes lignes du récit, dessiné les personnages. C'est seulement à l'été 2008 que je m'y suis vraiment consacré et que j'ai écrit coup sur coup Take shelter et Mud.

Pourquoi l'avoir tourné après, alors ?
Pour plusieurs raisons. L'une est pratique : Take shelter coûtait moins cher que Mud. Après mon premier film, Shotgun stories, j'avais eu d'excellentes critiques, mais il n'avait pas rapporté d'argent, en particulier aux États-Unis, donc personne ne frappait à ma porte pour me demander de tourner un autre film. Je savais que Mud coûterait plus que Take shelter, car il fallait que j'aille sur la rivière, que je mette un bateau dans un arbre, que je filme ces deux garçons sur leur barque, sur leurs vélos, en mouvement et en extérieurs. Concrètement, tout cela coûte de l'argent. Take Shelter était un film confiné, et même s'il y avait des effets spéciaux, une fois le contrat signé avec une boîte spécialisée dans les effets numériques, je savais que le reste serait très peu coûteux.

Plus encore, quand j'ai conçu Mud, je voulais Matthew McConaughey et Sam Shepard au casting ; je ne les connaissais pas et je savais que je ne pourrais jamais entrer en contact avec eux après Shotgun stories, ils ne m'auraient pas écouté. Je voulais que ce film soit plus grand et qu'il "bouge" différemment de mes autres films — par exemple, je voulais utiliser la steadycam pour la plupart des mouvements de caméra. Plus grand ne veut pas dire meilleur, cela voulait juste dire que la production serait plus grosse.

Mud est-il aussi un film susceptible de toucher un public plus large ?
Cela reste un film lent, qui prend son temps, très littéraire, avec deux jeunes garçons dans les rôles principaux… Ce ne sont pas des éléments très commerciaux, aux États-Unis et dans le reste du monde ! Mais je savais que son ton serait sans doute plus accessible. Take shelter et Shotgun stories sont des films difficiles, qui demandent au public de s'investir dans cette douleur et ces émotions. Mud est censé être un film plus facile à regarder. Je ne sais pas s'il est plus commercial, mais l'expérience est plus simple. C'est un film sur la jeunesse, donc il est supposé se déployer dans un espace plus léger.

C'est aussi un film sur l'amour : entre un fils et son père, entre les hommes et les femmes…
Absolument. Dans tous les films que j'écris, j'essaie de trouver un moment ou une émotion principale qui va prendre le spectateur par les tripes. Dans Shotgun stories, c'était la mort de l'un des frères ; dans Take shelter, c'était l'effondrement du personnage principal ; dans Mud, c'est un jeune garçon qui a le cœur brisé pour la première fois. Je crois que c'est une expérience vraiment douloureuse.

J'ai essayé de capturer ce sentiment et de le transmettre au public, donc j'ai commencé à construire un monde où ce garçon a désespérément besoin d'un exemple d'amour qui fonctionne ; ses parents ne lui fournissent pas cet exemple, au contraire. Il a des idées sur les filles et l'amour, et il cherche un modèle positif. Malheureusement, le seul type qui lui fournit ce modèle est un fugitif caché sur une île dont la parole n'est pas forcément vraie.

C'est un film très masculin, donc c'est le point de vue des hommes sur l'amour. En tant qu'hommes, nous ne pensons pas qu'au sexe, même si nous y pensons beaucoup [rires], nous pensons aussi à l'amour, au romantisme…

Dans votre premier film, vous vous référiez à la tragédie grecque ; Take Shelter évoquait l'apocalypse ; dans Mud, on trouve beaucoup de références bibliques éparses… Avez-vous besoin de ces mythologies pour construire vos films ?
Je crois que cela vient du défi que je me lance de construire des films ayant une certaine portée. J'ai toujours aimé les films qui ont cette ambition-là, comme Lawrence d'Arabie. C'est un grand film et pas seulement à cause des paysages, surtout grâce aux idées qu'il véhicule. Les films de Malick sont aussi de grands films construits sur de grandes idées. Au final, je ramène ces idées à des émotions très personnelles et à des rapports très personnels avec les personnages.

Mais j'aime peindre avec un large pinceau. Et cela me conduit vers la mythologie où l'on trouve de grands thèmes comme la tragédie, la vengeance, l'apocalypse ou l'amour. Ce sont de vastes paysages émotionnels. Je ne dis pas que cela aboutit à des films épiques, mais c'est mon objectif. Je ne veux pas raconter des histoires simples, même si en définitive mon approche des choses a l'air très directe, car je me concentre sur les personnages. Mais les idées sont grandes.

Est-ce pour cela que les dialogues de Mud sont si "simples", dans un sens biblique justement ?
Le personnage de Mud est pourtant celui qui parle le plus de tous ceux que j'ai écrits ! Il n'est pas religieux mais il a construit une religion pour lui-même, un système de croyances personnelles basé sur des mythes et des superstitions. Il y croit comme les chrétiens croient en Jésus, il n'y a pas d'ironie chez lui. C'est en fait l'extension de quelque chose que j'ai commencé à développer dans Shotgun stories : ces hommes ont des principes, ils ont peut-être tort, leurs principes ont peut-être des conséquences négatives, mais ils sont nobles.

Le personnage de Michael Shannon doit aller à cet enterrement, et il doit cracher sur ce cercueil, c'est selon lui quelque chose de juste. Bien sûr, le spectateur sait que ce n'est pas le cas, que c'est une erreur. C'est pareil pour Mud : il croit qu'il devait tuer cet homme, et il n'a pas de regret. J'aime cette idée chez mes personnages, ils ont une spiritualité qui leur est propre. Je suis un peu comme eux et beaucoup de personnes le sont sans doute.

Vous parlez de Michael Shannon. C'était important de lui donner un rôle, même bref, dans Mud ?
Bien sûr. Ce personnage était écrit pour lui comme Mud était écrit pour Matthew McConaughey. À un moment, il tournait dans Man of steel, un très gros film, et nous avons failli ne pas pouvoir l'avoir. Par miracle, il a pu se libérer deux jours et nous avons tourné toutes ses scènes durant ce court laps de temps. Est-ce que le film aurait pu se faire sans Michael Shannon ? Bien sûr. Est-ce qu'il est meilleur avec lui ? Définitivement. La première fois que j'ai vu Michael Shannon sur un écran, en l'occurrence un écran de télévision, j'ai dit : «je veux ce mec dans tous les films que je vais tourner !». J'en suis à trois sur trois, et j'essaie d'aller à quatre sur quatre.

Cette fois, vous lui avez écrit un personnage de comédie, un registre dans lequel on ne le voit pas souvent…
C'est une des personnes les plus drôles que je connaisse, car les gens intelligents sont toujours drôles ! Les gens avec des côtés très sombres, ce qui est son cas, sont souvent des gens très drôles. Il a un esprit comparable à celui de Mark Twain. L'esprit, même si je ne suis pas un expert, est pour moi la forme la plus élevée de l'intelligence. Michael Shannon est extrêmement drôle, mais c'est un humour que l'on ne voit pas venir, à tel point qu'il me faut parfois cinq minutes pour le comprendre ! Je savais depuis le début qu'il serait génial dans ce rôle. Un jour, nous ferons une comédie ensemble, et ce sera la comédie la plus étrange jamais réalisée !

Vouliez-vous que Mud soit un film intemporel ? Les enfants ne se parlent pas avec des téléphones portables, mais avec des talkies-walkies, par exemple…
Oui, mais j'aime que les choses soient le plus honnêtes et crédibles possibles. Près de cette rivière, il n'y a pas de signal pour un téléphone portable, pas d'Internet non plus. Il y a des antennes satellite pour la télévision sur les péniches, mais on se sent vraiment coupé du monde quand on est là-bas. C'est une des raisons.

Mais aussi… [Silence] Take shelter était un film très immédiat, il parlait de ce que je ressentais à ce moment-là, tout de suite. Ce qui est terrible, c'est de voir que cette angoisse face au monde se perpétue, et que les gouvernements continuent de s'effondrer. Mais avec Mud, je me retourne vers mon passé, je regarde le jeune garçon que j'étais, donc je voulais qu'il soit plus hors du temps. Je ne dis pas que l'amour n'est pas immédiat et que ces émotions ne sont pas durables ; c'est l'humeur du film qui est hors du temps. Cela faisait sens que ce film soit comme bloqué dans une époque, tout comme cette zone géographique est bloquée dans le temps. Ce n'est pas si conscient que ça, cela fait juste sens.

Vous parliez de Mark Twain, qui est une des inspirations majeures de Mud, mais y a-t-il des films qui vous ont influencé ? Je pense à La Nuit du chasseur, ou même à True Grit, du moins la version des frères Coen…
Dans le cas de True Grit, c'est surtout le livre de Charles Porter qui a été une influence. Il vient de l'Arkansas comme moi, et ils ne sont pas très nombreux à avoir réussi en venant de cet état, donc forcément, on y prête attention ! J'ai vu le film avec John Wayne pendant ma lune de miel, après avoir fini le script de Mud. Et c'est ensuite que j'ai lu le livre. Je suis très heureux de l'avoir fait car il y avait un point commun : l'idée d'enrouler une corde autour de soi quand on dort pour éloigner les serpents. J'ai pensé qu'on allait dire que j'avais volé l'idée. J'avais entendu un homme raconter cela au lycée, et je l'avais gardé en tête pour l'utiliser dans un film. En fait, Charles Porter l'avait fait presque trente ans avant moi !

Mon regard sur les hommes de la classe ouvrière dans les trois films que j'ai faits provient d'un écrivain contemporain du sud, Larry Brown, mais je ne peux pas nier l'influence de Flannery O'Connor et William Faulkner. Faulkner est important car il traite de la mémoire et de la descendance. Mud est mon film sur l'idée de générations, mais je n'ai pas encore fait mon "film Faulkner". Je ne le ferai peut-être jamais… Mud est mon "film Twain" : c'est un de mes auteurs préférés, il a su saisir ce qu'était l'enfance, ce que l'on ressent quand on est un enfant.

En matière de films, j'aime ce que j'appelle "les grands films classiques américains", comme les premiers John Ford, L'Homme tranquille, par exemple, plus léger mais aussi plus lyrique. Mais j'ai fini par aimer tous les films avec Paul Newman : Luke la main froide, Le Plus sauvage d'entre tous, Butch Cassidy et le Kid… Ou encore Guet-apens de Peckinpah avec Steve MacQueen. J'avais d'ailleurs dit que Mud devait se terminer par une fusillade à la Peckinpah ; que cela convienne ou pas au film, je m'en fichais, je voulais une fusillade.

Dans le cas des frères Coen, je n'ai pas tellement analysé True Grit, mais j'ai beaucoup regardé No country for old men. Pour Mud, je voulais des scènes de nuit qui soient vraiment des scènes de nuit. Dans No country for old men, les Coen utilisent des éclairages nocturnes avec de vrais lampadaires au sodium qui ont cette teinte orangée, et j'ai voulu imiter ça. Pour ce film, les Coen ont atteint une forme de perfection, et je respecte cela.

C'est une adaptation de Cormac MacCarthy, or on pense beaucoup à cet auteur en voyant Mud, et notamment à La Route
Absolument. C'est intéressant que vous parliez de La Route, où il y a cette figure du père. Mais j'aime aussi De si jolis chevaux. J'aime même le film qu'on en a tiré, et je dois être le seul dans ce cas ! D'ailleurs, c'est dommage que Billy Bob Thornton ne tourne pas plus de films en tant que réalisateur…


Mud

De Jeff Nichols (ÉU, 2h10) avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan...

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Ellis et Neckbone, 14 ans, découvrent lors d’une de leurs escapades quotidiennes, un homme réfugié sur une île au milieu du Mississipi. C’est Mud : un serpent tatoué sur le bras, un flingue et une chemise porte-bonheur


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Christophe Chabert | Mardi 21 août 2012

Big Mac

«Tout ce que je connais, c’est le Texas !». C’est ainsi que les frères Coen ouvraient leur premier film, Blood simple. Cette maxime, Matthew McConaughey pourrait la faire sienne. Le Texas, il y est né, et sa première apparition marquante sur les écrans français le montrait en shérif d’un patelin texan dans le Lone star de John Sayles. Quinze ans plus tard, après bien des détours, c’est le Texas qui l’appelle à nouveau et lui permet d’endosser ce qui est sans conteste un de ses plus grands rôles à ce jour : le flic pourri qui arrondit ses fins de mois en jouant les tueurs à gage dans Killer Joe (en salles le 5 septembre), dernier film choc de William Friedkin. Mais que ce soit dans l’excellent Magic Mike de Steven Soderbergh en patron d’un club de strip-tease à Tampa, dans la tambouille érotico-policière The Paperboy (le 19 octobre) de Lee Daniels en journaliste gay revenant dans sa Floride natale pour enquêter sur un condamné à mort, ou encore dans le génial Mud

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Cannes jours 10 et 11 : In the Mud for love

ECRANS | Mud de Jeff Nichols. L’Ivresse de l’argent de Im sang-Soo. Thérèse Desqueyroux de Claude Miller.

Christophe Chabert | Dimanche 27 mai 2012

Cannes jours 10 et 11 : In the Mud for love

Si c’était un scénario, ce serait un coup de théâtre ; si c’était un match de foot, on parlerait de but dans les arrêts de jeu ; mais nous sommes au festival de Cannes, et la présentation de Mud de Jeff Nichols le dernier jour de la compétition, à 8h30, a vraiment tout bouleversé. Ce film-là, c’est celui qu’on n’attendait plus, celui qui vient remplir un vide criant jusque-là : la grande œuvre américaine, romanesque et ample, n’ouvrant aucun horizon nouveau dans le cinéma mais prolongeant ce qui est peut-être sa ligne la plus essentielle, passant par Moonfleet, La Nuit du chasseur, Cyclone à la Jamaïque ou plus récemment True Grit… C’est une petite surprise de la part de Jeff Nichols. S’il n’en est qu’à son troisième film, on avait déjà quelques idées arrêtées sur son œuvre : Shotgun stories et Take shelter laissaient deviner un cinéaste ambitieux, cherchant à

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Nuits sonores – Dimanche 20 - Report

MUSIQUES | Sept lieux, six sessions de 9h de live, trois concerts spéciaux. Il fallait bien ça pour fêter les dix ans de Nuits sonores, fleuron européen de la musique électronique (et plus si affinités). Compte-rendu du jour 5.

Benjamin Mialot | Lundi 21 mai 2012

Nuits sonores – Dimanche 20 - Report

L'envie n'y était plus. Dans le même état d'inadéquation au monde et de fatigue émotionnelle qu'un explorateur de retour d'un continent jusqu'alors inconnu, on ne se voyait pas embarquer pour une nouvelle destination. Il y avait encore tant à découvrir de la première. Surtout, on ne voyait pas comment New Order, malgré toute la symbolique entourant sa venue, allait pouvoir soutenir la comparaison avec le parangon d'hédonisme que fut la nuit précédente. C'est le concert de Mudhoney qui a commencé à nous ouvrir les yeux. Un vrai beau concert de rock'n'roll, économe en artifices et généreux en décibels, donné dans le club du Transbordeur devant un petit comité d'enthousiastes du Seattle sound. Tout ce qu'on attendait, en somme, des guignolos with an attitude que ce sont révélés être les cautions électriques des NSDays. De New Order, «simple» légataire de Joy Division devenu dès sa troisième année d'existence (soit en 1983) l'une des formations les plus influentes de la planète, on n'attendait en revanche pas grand-chose. En tout cas ri

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Concerts (très) spéciaux

MUSIQUES | RE : ECM, samedi 19 mai au Théâtre des Célestins Prenez une référence de la minimale et un pionnier de l'ambient, à savoir Ricardo Villalobos et Max (...)

Benjamin Mialot | Mardi 8 mai 2012

Concerts (très) spéciaux

RE : ECM, samedi 19 mai au Théâtre des Célestins Prenez une référence de la minimale et un pionnier de l'ambient, à savoir Ricardo Villalobos et Max Loderbauer. Confiez-leur le catalogue du visionnaire label de jazz ECM. Vous obtenez ce qui promet d'être l'un des moments les plus stimulants du festival. Mudhoney, dimanche 20 mai au Transbordeur Mudhoney, c'est d'abord une belle bande de losers, qui fuit toute sa carrière le microcosme grunge pour être finalement considérée comme son modèle. C'est surtout, près d'un quart de siècle après sa première répèt', un fuckin' grand groupe de rock'n'roll. New Order, dimanche 20 mai à la Sucrière «On n'a pas l'habitude d'inviter des têtes d'affiche de cette ampleur. On fait une exception, car New Order est pour nous un groupe matriciel, qui non content d'avoir fait la musique indé anglaise vers la dance, fait la synthèse entre les différents points de vue de l'équipe».

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Nouvel ordre sonore

MUSIQUES | Nouveaux programmes, nouveaux rythmes, nouveaux lieux, du 16 au 20 mai, c'est ainsi que se résumera cette année la 10e édition de Nuits sonores qui vient de dévoiler ses première pépites en attendant l'annonce à venir de la programmation complète. Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Jeudi 26 janvier 2012

Nouvel ordre sonore

Ne faisons pas durer le suspense plus longtemps. Oh et puis si. Attention... Suspense. Ayé. C'est l'une des premières grandes nouvelles de cette 10e édition de Nuits Sonores, forcément porteuse de symbole – l'édition comme la nouvelle – l'événement du festival cette année : la venue exceptionnelle, le 20 mai, de... New Order ! Quel meilleur candidat que le groupe de Manchester, nés sur les cendres de Joy Division – ou plutôt de son chanteur Ian Curtis, savant mélange né des premiers balbutiements de l'électro et de l'âge d'or de l'indie rock anglais pour résumer 10 ans d'exploration électro et indie du petit festival lyonnais devenu grand ? Quand on songe en plus que le groupe inaugura le Transbordeur il y a plus de 20 ans, on boucle une sacrée boucle. Vagabondage L'autre des premières grandes nouvelles de la décennie anniversaire de Nuits Sonores c'est le «déménagement» du festival. Après plusieurs éditions au Marché Gare, désormais en voie de destruction, Nuits Sonores reprend ses vieilles habitudes vagabondes, du moins en partie. Toujours installé à l'Hôtel de ville (Village sonore et Labo), à la Galerie des Terreaux (accuei

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Take shelter

ECRANS | Un Américain ordinaire est saisi par une angoisse dévorante, persuadé qu’une tornade va s’abattre sur sa maison ; à la fois littéral et métaphorique, ce deuxième film remarquable confirme que Jeff Nichols est déjà un grand cinéaste. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 21 décembre 2011

Take shelter

Au départ, ce n’est qu’un rêve : une tornade impressionnante se forme dans le ciel et bouche l’horizon ; mais ce n’est pas de la pluie qui se met à tomber, plutôt une espèce d’huile de moteur. Quand Curtis (Michael Shannon, qui renouvelle son emploi d’individu borderline en intériorisant au maximum ses émotions) se réveille, l’angoisse est toujours là. Durant la première partie de Take shelter, ce modeste ouvrier, père attentionné d’une petite fille sourde, marié à une femme exemplaire (la splendide Jessica Chastain, encore plus convaincante ici que dans The Tree of life), va faire d’autres cauchemars : son chien se jette sur lui et le mord, des silhouettes menaçantes brisent le pare-brise de sa voiture, les meubles de son salon se soulèvent et restent en suspension… Cette inquiétude se déverse peu à peu dans son quotidien, l’amenant vers une psychose dont l’issue devient l’abri anti-tornade qu’il a découvert dans son jardin. Tempête sous un crâne La force de Take shelter

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Shotgun stories

ECRANS | Jeff Nichols (Potemkine éditions/Agnès B.)

Dorotée Aznar | Mercredi 7 décembre 2011

Shotgun stories

La sortie prochaine de l’excellent Take shelter a permis à l’éditeur Potemkine de se souvenir que le premier film de Jeff Nichols, Shotgun stories, n’avait jamais été édité en DVD. Il est vrai que sa sortie salles, malgré une presse louangeuse, était restée confidentielle. Il faut donc se précipiter pour le découvrir, car Nichols y montrait déjà un talent de cinéaste peu commun. Shotgun stories raconte comment, dans un Arkansas désolé, trois frères vont enclencher une spirale meurtrière de vengeance envers les enfants que leur père a eus d’un autre mariage. Le film commence avec la mort du paternel, et se poursuit dans un mélange inédit entre tragédie grecque, cinéma contemplatif et reliquat de western. La manière dont Nichols perd ses personnages dans le décor pour mieux les magnifier ensuite, sa capacité à faire surgir la violence sans aucune concession au spectaculaire hollywoodien, annonce son utilisation brillante des effets spéciaux dans Take shelter. Pas de doute, voilà un cinéaste qui a de la suite dans les idées, auscultant les racines mythologiques de l’Amérique et ses névroses contemporaines avec un style à la fois classique et furi

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Cannes jour 7 : Du nouveau

ECRANS | Le Havre d'Aki Kaurismaki. Take shelter de Jeff Nichols. Snowtown de Justin Kurzel.

Dorotée Aznar | Mercredi 18 mai 2011

Cannes jour 7 : Du nouveau

La vision au saut du lit de Le Havre, le nouveau Kaurismaki qui concourt sous bannière finlandaise alors qu'il a été tourné en France et en français, nous a ramené une année en arrière, quand la compétition cannoise alignait des œuvres faibles de cinéastes mineurs, peu soucieux de soigner la forme et paresseux dans leur propos. Le Havre a une odeur de fin de règne pour Kaurismaki. Son comique neurasthénique, sa direction artistique ringarde, ses acteurs monocordes, son absence de rythme, tout devient plus flagrant une fois transposé dans un contexte français et une langue qu'il ne maîtrise visiblement pas. Les comédiens, dont on ne doute pas du talent (André Wilms ou Jean-Pierre Darroussin, quand même), sont ici livrés à eux-mêmes, se débattant avec un texte impossible à base de « as-tu », « veux-tu » et « peux-tu ». Le film cherche à se raccrocher aux branches en brodant une fable très contemporaine autour d'un jeune noir sans-papier qui veut traverser la Manche pour se rendre en Angleterre. Mais Kaurismaki commet un contresens total en filmant son histoire dans une France purement folklorique faite de bistrots, d'é

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