Rio répond à nouveau

Christophe Chabert | Mercredi 5 juin 2013

Eldorado commercial à la formule perdue, le cinéma français populaire de qualité des années 60 et 70 se déguste aujourd'hui avec un zeste de nostalgie et un fond de mauvaise foi. Il faut revoir L'Homme de Rio (1964) de Philippe De Broca pour comprendre que ce cinéma-là n'a jamais été l'égal de son cousin américain, même si il lui a fourni d'élégants brouillons — il y a du Indiana Jones dans L'Homme de Rio, notamment dans sa dernière demi-heure pleine de péripéties à base de grottes piégées et de jungle sauvage.

De même, il faut remarquer qu'il tire profit des leçons de la Nouvelle Vague et de la fraîcheur filmique qu'elle a insufflée dans le cinéma français. À commencer par Belmondo, qui chambre avec le même charme canaille que chez Godard policiers et notables ; mais la mise en scène elle-même se soucie assez peu de cette "réalisation" qui glaçait les films commerciaux d'avant et pétrifie les films pour multiplexes de maintenant. De Broca n'a pas peur des faux raccords et des jump cuts, il privilégie le bloc qu'est la séquence plutôt que la fluidité dans l'enchaînement des plans.

Cela donne par exemple un passage saisissant où Belmondo ne fait rien d'autre que traverser les décors vides de Rio dans des plans très larges, accompagné par un bruitage hyperréaliste qui anticipe le concept de sound desgin contemporain. Pareil pour le vol au musée dans la séquence d'ouverture, ou ce jeu entre la mort d'un des personnages remplacée par l'effondrement du jeu de quilles à son effigie. Moments étonnants de suspension dans un film qui tient pourtant à sa santé comique et ses rebondissements, orchestrés au scénario par un maître en la matière, Jean-Paul Rappeneau, épaulé pour l'occasion — curiosité — par Ariane Mnouchkine, qui troqua ensuite le soleil brésilien pour celui de son Théâtre.

Christophe Chabert

L'Homme de Rio
De Philippe De Broca (1964, Fr-It, 1h52) avec Jean-Paul Belmondo, Françoise Dorléac…
Au Cinéma Lumière, du 12 au 16 juin


L'Homme de Rio

De Philippe de Broca (1964, It-Fr, 2h) avec Jean-Paul Belmondo, Françoise Dorléac...

De Philippe de Broca (1964, It-Fr, 2h) avec Jean-Paul Belmondo, Françoise Dorléac...

salles et horaires du film

L'Homme de Rio n'est pas à  l'affiche à  LYON le mercredi 15 septembre
L'Homme de Rio n'est pas à  l'affiche à  LYON le jeudi 16 septembre
L'Homme de Rio n'est pas à  l'affiche à  LYON le vendredi 17 septembre
L'Homme de Rio n'est pas à  l'affiche à  LYON le samedi 18 septembre
L'Homme de Rio n'est pas à  l'affiche à  LYON le dimanche 19 septembre
L'Homme de Rio n'est pas à  l'affiche à  LYON le lundi 20 septembre
L'Homme de Rio n'est pas à  l'affiche à  LYON le mardi 21 septembre

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Entretien | Difficile de condenser en deux heures toute la seconde moitié du XXe siècle français en miroir avec les sentiments d’un couple d’écrivains : c’est pourtant ce qu’ont tenté Nicolas Bedos et son actrice/coscénariste Doria Tillier. Réponses et références seventies des intéressés.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Est-ce que l’époque du film était déjà plantée dés l’écriture ? Doria Tillier : On s’est très vite arrêtés sur les années 1970. On les aime visuellement, humoristiquement et intellectuellement, avec l’état d’esprit dans lequel les personnages sont au début : la liberté, Beauvoir, Sartre, le quartier latin… Je trouvais cool que le film finisse aujourd’hui et pas en 2000 ou 2025. Cet univers correspondait naturellement aux personnages, et on ne s’est pas posé vraiment la question. Votre premier désir de cinéma découle-t-il de cette période historique ? Nicolas Bedos : Plus du côté des années 1990. Comme beaucoup de gens de ma génération, on s’était pris Tarantino, Kassovitz et Wong Kar-wai. Il y avait beaucoup de cinéastes dans des genres très différents à cette époque. C’était le début des grands formalistes américains comme Paul Thomas Anderson ou David Fincher

Continuer à lire

Jean-Paul Belmondo à Lumière

ECRANS | Deux ans après l'hommage que lui a rendu par Quentin Tarantino en ouverture, Jean-Paul Belmondo fait son retour au festival Lumière. Il accompagnera (...)

Benjamin Mialot | Mardi 6 octobre 2015

Jean-Paul Belmondo à Lumière

Deux ans après l'hommage que lui a rendu par Quentin Tarantino en ouverture, Jean-Paul Belmondo fait son retour au festival Lumière. Il accompagnera son fils Paul mardi 13 octobre à 15h au Pathé Bellecour pour assister à la projection de Belmondo par Belmondo, le documentaire qu'il lui consacre avec le concours de Régis Mardon. Plus d'infos sur le film Billetterie

Continuer à lire

Lumière s’annonce brillant

ECRANS | Ouverture ce lundi du cinquième festival Lumière, avec d’ores et déjà un engouement exceptionnel lié à la venue de Quentin Tarantino. Mais il ne sera pas le seul invité prestigieux de cette édition… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 4 octobre 2013

Lumière s’annonce brillant

Une heure pour les 3000 places du Prix Lumière, deux pour les 4600 places de la Halle et la clôture du festival. C’est le temps qu’il a fallu pour que les deux séances de Lumière 2013 rendant hommage à Quentin Tarantino affichent sold out, record qui n’est pas lié à la rareté des films présentés — Jackie Brown et Pulp fiction — mais bien à la présence du maître Quentin, sorte de cinéaste-cinéphile-DJ dont on murmure qu’il ira se mettre aux platines du Sucre après la remise de son prix ! Car si certains se lamentent de n’avoir pu récupérer un précieux ticket pour voir leur idole en chair et en os, qu’ils soient rassurés : Tarantino sera omniprésent au cours du festival, dirigeant sa version de la Sortie de l'usine Lumière et allant présenter les films qu’il a choisis dans sa «Proposition», mélange de curiosités absolues — Hitler dead or alive, Le Justicier du Minnesota, western post-Django de Corbucci, Le Spécialiste du même Corbucci avec notre Johnny national, Le Déserteur, film soviétique daté 1939 que Tarantino voulait absolument vo

Continuer à lire

Huis clos à ciel ouvert

ECRANS | Alors que les rétrospectives Chaplin et Cassavetes se prolongent durant tout le mois de janvier, et que sa toute neuve galerie de la rue de l’Arbre Sec (...)

Christophe Chabert | Jeudi 3 janvier 2013

Huis clos à ciel ouvert

Alors que les rétrospectives Chaplin et Cassavetes se prolongent durant tout le mois de janvier, et que sa toute neuve galerie de la rue de l’Arbre Sec propose des photos rares et souvent inattendues de Chaplin au travail, l’Institut Lumière fait aussi un focus en deux films sur Roman Polanski. Avant Chinatown la semaine prochaine, c’est le méconnu Cul-de-sac qui ouvre le bal. Troisième long-métrage de Polanski, il se présente — comme son premier Le Couteau dans l’eau — en un huis clos à ciel ouvert, non plus sur un bateau, mais sur une île fantomatique, où habite un couple absolument dépareillé : lui, petit, chauve et pleutre (Donald Pleasance, loin des grands rôles dans le cinéma fantastique qui ont fait sa légende, mais tout aussi génial), elle, grande, belle et fougueuse (Françoise Dorléac, dont on mesure à chaque vision de quel talent éclatant sa mort prématurée nous a privé). Leur routine putride (elle pratique l’adultère, il mâche en silence sa frustration) est troublée par l’irruption d’un autre tandem, deux gangs

Continuer à lire