La traversée du "Désert"

Christophe Chabert | Vendredi 14 juin 2013

Photo : © Les Acacias


Le retour sur les écrans, dans une copie restaurée à pleurer de beauté, du Désert des tartares, film maudit qui marque à la fois le point d'orgue et le point final de la carrière de Valerio Zurlini, tient du miracle autant que du mirage. En 1976, le cinéaste tourne, avec un casting impressionnant (Trintignant, Gassman, Noiret, von Sydow, Terzieff et, dans le premier rôle, un Jacques Perrin éblouissant) cette adaptation hallucinée du roman de Dino Buzzati aux confins de l'Iran, dans une citadelle en ruine au milieu du désert.

Mais le film ne cherche pas l'épique, au contraire : affecté à Bastiano, sur une "frontière morte", un jeune lieutenant y découvre un microcosme militaire figé dans ses cérémoniaux, attendant une guerre qui ne vient pas, se construisant ses légendes et ses chimères pour donner un sens à sa présence et ne pas sombrer dans la folie. L'espace-temps du film tire constamment vers l'abstraction : à quelle époque sommes-nous ? Dans quel pays ? De quelle armée s'agit-il ? La citadelle devient ainsi un théâtre inquiétant d'où personne ne cherche vraiment à partir ; et quand le héros réussit enfin à s'en échapper, un sombre imbroglio bureaucratique l'y renvoie.

Tout se passe comme si Le Désert des tartares opérait une sidérante jonction entre le cinéma de l'errance d'Antonioni et les interrogations métaphysiques d'un Kubrick. Zurlini, aidé par la splendide photo de Luciano Tovoli et la musique, presque abstraite elle aussi, d'Ennio Morricone, réalise ici son film-monde, dont l'ambition est rien moins que saisir l'absurdité d'une existence où l'être cherche à remplir du vide et se heurte à sa propre finitude.

Le Désert des tartares
De Valerio Zurlini (Fr-It-All, 2h22) avec Jacques Perrin, Vittorio Gassman, Max von Sydow…
Au Comoedia et en présence de Jacques Perrin jeudi 20 juin à 19h



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Jacques Perrin-Fayolle, le constructeur

Architecture | II fut l’architecte du campus de la Doua, de l’hôpital cardio, de la bibliothèque de la Part-Dieu et pourtant Jacques Perrin-Fayolle (1920-1990) est aussi méconnu du grand public que ses œuvres sont fréquentées. Le professeur d’histoire de l’architecture Philippe Dufieux livre un solide et fort intéressant inventaire de son travail, racontant ainsi comment Lyon s’est transformée dans les années 60 et 70. L’auteur sera présent à la librairie Descours le jeudi 21 janvier.

Nadja Pobel | Mercredi 20 janvier 2021

Jacques Perrin-Fayolle, le constructeur

On ne va pas se mentir, en lisant ce livre, on s’est d’abord rendu compte que les bâtiments qui entachaient cette belle Presqu’île étaient dues à… Jacques Perrin-Fayolle, tel l’hôtel Sofitel sur le quai Gailleton (à la place de l’ancien hôpital militaire Desgenettes) ou les immeubles qui donnent sur la Saône, côté 2e arrondissement, sur le quai Saint-Antoine vers la place d’Albon et la rue Mercière. Il n’aura là, d’une certaine manière, que remplit ces espaces que le maire et roi du béton Louis Pradel avaient libéré, peu enclin à rénover l’existant déclinant, devenu insalubre au fil du temps. Mais bien sûr, ceci est presque une anecdote dans cet ouvrage de près de 300 pages extrêmement fouillé et imagé (photos d’hier et d’aujourd’hui, plans, dessins et même aquarelles), car ce que dresse Philippe Dufieux, c'est le portrait d’un homme de son temps, participant activement aux politiques étatiques de construction massives de campus et d’hôpitaux publics, plus qu’aux logements (le quartier villeurbannais du Tonkin est de son fait, l’immeuble Les Eaux-vives dans le 6e à la lisière du

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Point trop final : "Happy End" de Michael Haneke

Drame | de Michael Haneke (Fr-Aut-All, 1h48) avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

Point trop final :

Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure familiale calaisienne avec un patriarche réclamant l’euthanasie, une sœur entrepreneuse en plein tracas professionnels… Toujours aussi jovial, Michael Haneke convoque ici des figures et motifs bien connus pour une mise en pièce classique d’une caste déclinante, résonnant vaguement avec l’actualité grâce à l’irruption un tantinet artificielle de malheureux migrants. Dans le rôle du patriarche appelant la mort, Trintignant joue une extension de son personnage de Amour — il y fait explicitement allusion ; quant à Huppert, elle fronce le museau, écarquille les sourcils et incarne un bloc de béton congelé — quelle surprise ! Happy End ressemble hélas à du Haneke en kit : si tous les éléments habituels dérangeants sont là, manque un liant — comme la durée obstinée des plans, par exemple. Privé des longues séquences de tension fais

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Les Premiers, les Derniers

ECRANS | De et avec Bouli Lanners (Fr/Bel, 1h33) avec Albert Dupontel, Suzanne Clément, Michael Lonsdale, Max von Sydow…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Premiers, les Derniers

Si la relecture du western est tendance, pour Bouli Lanners, ce n’est pas non plus une nouveauté : il lorgnait déjà sur les grands espaces et le road movie dans ses œuvres précédentes — voir Les Géants (2011). Situé dans un no man’s land contemporain — un Loiret aussi sinistre que la banlieue de Charleroi un novembre de chômage technique — Les Premiers, les Derniers fait se croiser et se toiser dans un format ultra large des chasseurs de prime usés, de vieux Indiens frayant avec la terre, une squaw en détresse ainsi que l’inévitable horde de bandits aux mines patibulaires. Cousin belge de Kervern et Delépine qui aurait fréquenté le petit séminaire, Lanners diffuse en sus dans cette re-composition décalée un étonnant souffle de spiritualité continu, faisant de ses personnages des messagers et de leur trajectoire une sorte de parabole, interprétation du fameux verset de l’Évangile selon Matthieu : « Heureux les pauvres en esprit… ». Ajoutons que Jésus se balade de-ci de-là, que les comédiens Michael Lonsdale et Max von Sydow chantent des cantiques : le propos mystiqu

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Les Saisons

ECRANS | De Jacques Perrin & Jacques Cluzaud (Fr, 1h37) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Saisons

À l’instar des studios Pixar, le Jacques Perrin documentariste aura exploré tous les milieux (l’eau, l’air, la terre), produit et réalisé des œuvres plébiscitées par les scolaires et signé les livres s’y rapportant. Seule différence notable, il n’a pas (encore) de parc d’attractions à sa gloire, ni de jouets à l’effigie des personnages de ses films ! Animé par une sincère volonté de sensibiliser les spectateurs à la beauté fragile du monde, aux menaces pesant sur sa faune et par conséquent sur le futur de l’Homme, l’artiste s’est engagé depuis vingt ans pour la nature comme il le fit autrefois contre les totalitarismes. Moins planant (forcément) que Le Peuple migrateur (2001), moins naïf que le glougloutant Ωcéans (2009), Les Saisons est de ces films contemplatifs parcourant les campagnes que l’on regarde de préférence un dimanche de fainéantise claquemuré chez soi. L’œil mi-clos, dans un état modifié de conscience provoqué par la voix veloutée de Jacques Perrin, avec des chaussettes Meg Ryan aux pieds et une tasse de thé fumante à proximité. Chaque documentaire de Cluzaud & Perrin se posan

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Notre cher cinéma italien…

ECRANS | Depuis sa réouverture, Écully cinéma multiplie les initiatives réjouissantes, notamment autour d’une thématique audacieuse mariant musique et cinéma. Cette (...)

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Notre cher cinéma italien…

Depuis sa réouverture, Écully cinéma multiplie les initiatives réjouissantes, notamment autour d’une thématique audacieuse mariant musique et cinéma. Cette semaine, elle met le cinéma italien à l’honneur à travers une programmation réunissant classiques transalpins et avant-premières, ainsi qu’une série d’animations, de concerts et d’expositions. Niveau films, donc, on pourra y voir le dernier Daniele Luchetti (Ton absence) et Ali a les yeux bleus de Claudio Giovannesi, précédé d’une excellente réputation et qui sortira sur les écrans à la fin du mois. On est perplexe en revanche sur Stop the pounding heart de Roberto Minervini, docu-fiction autour d’une famille américaine d’adorateurs de la Bible, où les belles images du cinéaste et sa neutralité bienveillante finissent par créer une désagréable empathie pour ces mabouls de la pureté armés jusqu’aux dents — si, comme nous, vous vous interrogez sur le point de vue de Minervini, il en discutera via Skype à l’issue de la projection. Le plus beau morceau de cette programmation tient cependant aux classiques dénichés par ce festival tout nouveau tout beau : du film trip de Valerio Zurlini

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Au lit avec Eric Rohmer

ECRANS | Un coffret DVD regroupant l’intégrale de son œuvre, une biographie, la réédition de ses nouvelles inédites et la ressortie en salles d’une partie de ses (...)

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Au lit avec Eric Rohmer

Un coffret DVD regroupant l’intégrale de son œuvre, une biographie, la réédition de ses nouvelles inédites et la ressortie en salles d’une partie de ses films restaurés : 2014, c’est l’année Éric Rohmer, à laquelle participe la Ciné-collection du GRAC en proposant en février dans les salles participantes Ma nuit chez Maud. Que l’on soit inconditionnel ou sceptique face à Rohmer, ce film-là est de toute évidence un des sommets de son œuvre, en tout cas le meilleur des Six contes moraux qui posèrent les bases de son cinéma. Un ingénieur trentenaire s’installe à Clermond-Ferrand ; le dimanche, ce catholique convaincu va à la messe mais il ne fait pas que réciter le Notre Père, il mate aussi la jolie blonde debout quelques bancs devant lui, avant de la suivre avec son automobile dans les rues de la ville. Une nuit peu après Noël, un de ses anciens amis de lycée, devenu professeur de philosophie à la fac, l’entraîne chez Maud, mère divorcée qui se définit comme «athée» et «petite-bourgeoise». Avec elle s’engage une joute verbale où la foi, le pari pascalien et la philosophie des sentiments tissent un étonnant jeu de la séduction.

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Classique chic

ECRANS | Le cinéma de patrimoine, par-delà le festival Lumière, va-t-il devenir le prochain enjeu de l’exploitation lyonnaise ? En attendant d’aller voir de plus près ce qui se passe en la matière, revue des classiques à l’affiche dans les mois à venir et focus sur l’intégrale Desplechin proposée au Cinéma Lumière en septembre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 23 août 2013

Classique chic

Le succès du festival Lumière aurait-il aiguisé les appétits ? Toujours est-il qu’il semble désormais certain que l’exploitation lyonnaise, saturée de multiplexes et peinant à trouver une solution à ce qu’il faut bien appeler le "blocage Moravioff", qui laisse les CNP dans une situation de précarité extrême, empêchant ainsi une exploitation décente pour l’ensemble du cinéma d’art et essai, regarde de près ce qui se passe sur le terrain du cinéma de patrimoine. UGC Ciné Cité Confluence et le Comoedia ont développé tout l’été une politique de programmation de classiques — parfois incongrus du côté de chez UGC, comme Trois femmes de Robert Altman — et Plein soleil a eu droit à une exposition sur les écrans comme on n’en avait pas vu depuis longtemps pour un film tourné il y a près de soixante ans ! L’Institut Lumière et Thierry Frémaux n’ont jamais caché leur envie de donner un petit frère à leur cinéma Lumière de la rue du Premier film, d’autres circuits s

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Amour

ECRANS | Avec «Amour», Michael Haneke filme le crépuscule d’un couple face à la maladie et l’approche de la mort. Mais son titre n’est pas trompeur : sans perdre ni sa lucidité, ni sa mise en scène au cordeau, Haneke a réalisé son film le plus simple, émouvant et humain, grâce notamment à ses deux acteurs, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Texte : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 octobre 2012

Amour

Au milieu du Ruban blanc, on voyait un des enfants de cette communauté rigide et protestante offrir à son pasteur de père un oiseau pour remplacer celui qui venait de mourir. C’était un acte d’amour, un instant sentimental dans une œuvre où, justement, le mal qui rongeait les personnages était alimenté par la répression de leurs émotions. C’est d’ailleurs ce qui se passait à l’écran : le père retenait des larmes que la caméra de Michael Haneke, à la bonne distance, ne manquait pas de laisser deviner. Le cinéaste est trop lucide et pessimiste sur la nature humaine pour faire croire au spectateur que ces larmes-là auraient changé la face du monde ; mais il n’y a aujourd’hui plus de doute à la vision d’Amour : cette pointe de pathos, aussi discrète soit-elle, a changé la face de son cinéma. L’inéluctable, ces ténèbres qui viennent engloutir les vies humaines, sont ici atténués par quelque chose de plus grand et de plus fort qui va même, lors de la sidérante scène finale du film, résister à la mort : l’amour donc, regardé comme une réalité empirique, un

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Monstrueusement ordinaires

ECRANS | Belle fin de saison pour la Ciné-collection du GRAC avec la reprise des "Monstres", une œuvre phare de la comédie à l’italienne signée Risi, Scola, Age et Scarpelli, où deux acteurs effectivement monstrueux refont le portrait façon puzzle de la bassesse humaine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 3 juin 2011

Monstrueusement ordinaires

Eldorado nostalgique du cinéma populaire européen, la comédie à l’italienne possède plusieurs visages. Les Monstres est celui qui affiche sa plus grande santé, car y sont réunis dans une effervescence créative tous les acteurs majeurs du courant : Dino Risi derrière la caméra, Ettore Scola pour inventer les histoires, le duo Age et Scarpelli pour mettre en forme les scénarios et les dialogues, et deux acteurs au sommet de leur art, se métamorphosant de sketchs en sketchs pour incarner tous les rôles ou presque : Ugo Tognazzi et Vittorio Gassman. Au départ, on peut voir dans cette enfilade de saynètes parfois très courtes (et allant même jusqu’à une antique caméra cachée !) une solution de facilité, une manière simple et efficace de débiter du gag, créant un genre qui fera école et qui essaimera jusqu’à aujourd’hui dans les «formats courts» télévisuels. Mais c’est aussi une insoumission fondamentale, dans la forme comme dans le fond, à toute règle admise et, par la structure du film comme dans la mise en scène de chaque segment, une recherche obsessionnelle du rythme. Les Monstres ne débande jamais pendant ses cent dix minutes, alternant histoire en un seul plan

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Un homme, des poètes et des musiciens

SCENES | Théâtre / «Notre père qui êtes aux cieux, 
restez-y». Après avoir présenté des textes d'Aragon, des poèmes d’Apollinaire et "le Journal de Jules Renard", (...)

Dorotée Aznar | Dimanche 3 octobre 2010

Un homme, des poètes et des musiciens

Théâtre / «Notre père qui êtes aux cieux, 
restez-y». Après avoir présenté des textes d'Aragon, des poèmes d’Apollinaire et "le Journal de Jules Renard", Jean-Louis Trintignant propose aux spectateurs de redécouvrir trois poètes majeurs du xxe siècle : Jacques Prévert, Boris Vian et Robert Desnos. De leurs œuvres qui toutes ont joué avec les mots, il a sélectionné des poèmes qui évoquent la guerre, la mort et l’amour. Des jolies filles, des vieux cons, la misère, la mort d’un enfant, la mort dans un camp, mais pas de pathos dans le spectacle de Trintignant. Une voix familière, des poèmes familiers aussi, pour certains, et une émotion qui ne naît pas d’une impression de nostalgie, mais, au contraire, de la grande sérénité de l’acteur dont la voix est souvent éclairée d’un sourire. Pour ce «tour de poésie», Jean-Louis Trintignant est accompagné de deux musiciens exceptionnels. Grégoire Korniluk, violoncelliste soliste, mais aussi l’accordéoniste Daniel Mille. Grâce à lui, on peut entendre le fameux Prélude de la première Suite pour violoncelle de Bach… à l’accordéon. Une version à même de faire aimer cet instrument au plus récalcitrant de tous les spectateurs ! Simplicité de la

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Océans

ECRANS | De Jacques Perrin et Jacques Cluzaud (Fr-Suisse-Esp-Monaco, 1h40) documentaire

Dorotée Aznar | Jeudi 21 janvier 2010

Océans

L’erreur de certains écologistes repose sur leur confusion entre nature et humanisme. Pour preuve Océans de Jacques Perrin, nouvel hyper documentaire emboitant le pas au Peuple migrateur. L’idée : sensibiliser nos chérubins à la biodiversité sous-marine. Le principe : forcer la sidération à chaque plan, autant par le déploiement technique que l’inhérente beauté visuelle du monde. Problème : entre la poésie à deux balles du commentaire, une maladroite tentative de narration et les sempiternelles scènes d’anthropomorphisme, Océans frise le délire new age. Pire, il se révèle à son générique, lorsque défilent ses sponsors regroupant nos poids lourds industriels… Ou comment s’acheter une bonne conscience tout en prenant les mômes en otage. Jérôme Dittmar

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Promenade en Italie

ECRANS | La Ciné-collection met à l’honneur un chef-d’œuvre de la comédie italienne, ‘Le Fanfaron’ de Dino Risi, où un timide étudiant s’encanaille un quinze août avec un truculent Romain, hâbleur et dragueur. Au bout de la ligne droite, une grande mélancolie… CC

Christophe Chabert | Jeudi 29 octobre 2009

Promenade en Italie

Venu à Lyon parler de son premier film ‘La Grande Vie’, Emmanuel Salinger payait son tribut à la comédie italienne, un cinéma qu’il qualifie de «populaire et ambitieux formellement». En France, où la critique a toujours préféré Rossellini et Visconti à Risi et Scola, un tel jugement fait plaisir à entendre. Car ce que les metteurs en scène italiens des années 60 et 70 ont su inventer, c’est justement un cinéma qui ne transige ni sur le plaisir du spectateur, ni sur son intégrité artistique. ‘Le Fanfaron’, tourné en 1962, est un des films les plus emblématiques du mouvement. Dino Risi était encore au début de sa prolifique carrière (il n’avait pas encore entamé sa série de films à sketchs ‘Les Monstres’, mais avait déjà signé quelques œuvres importantes comme ‘Il Veduvo’ et ‘Une vie difficile’) ; ‘Le Fanfaron’ va la mettre sur les rails et influencé profondément le ton de ses films suivants. Tragique farniente Nous sommes à Rome un 15 août, jour férié et chômé, mais surtout jour de désœuvrement et de rues désertes. Bruno (Vittorio Gassman), cliché de l’Italien beau parleur, frimeur et dragueur, débarque par effraction dans la v

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