Pour une femme

ECRANS | De Diane Kurys (Fr, 1h50) avec Benoît Magimel, Mélanie Thierry, Nicolas Duvauchelle…

Christophe Chabert | Mardi 25 juin 2013

Ouvertement — et lourdement — autobiographique, Pour une femme est pour Diane Kurys l'occasion de creuser un peu plus ses racines familiales, déjà abordées dans Coup de foudre et Diabolo Menthe — ses deux premiers et meilleurs films. Force est de constater qu'entre-temps — trente ans — son cinéma s'est englué dans un académisme télévisuel à base de reconstitution proprette et partant jamais crédible, de dialogues sur-écrits placés tels quels dans la bouche des acteurs, et de clichés à l'eau de rose ou plutôt au parfum éventé qui donne son titre au film.

L'ennui gagne très vite face à ce ménage à trois sur fond de communisme après-guerre, d'envoyés de Moscou chargés de traquer et liquider les dignitaires nazis préparant leur exil, et de réussite sociale dans le prêt-à-porter. Les allers-retours entre le présent, où une Sylvie Testud tapote le scénario dans des chambres d'hôtel lyonnaises sur son Mac antique et rend visite à un Magimel outrageusement grimé, et le passé, mélodrame sans fougue et sans chair où deux frères convoitent la même femme, participent de la paresse dramaturgique ambiante. C'est du cinéma de prime time, mais son anémie manifeste signe aussi l'essoufflement dramatique du genre.

Christophe Chabert


Pour une femme

De Diane Kurys (Fr, 1h50) avec Benoît Magimel, Mélanie Thierry...

De Diane Kurys (Fr, 1h50) avec Benoît Magimel, Mélanie Thierry...

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A la mort de sa mère, Anne fait une découverte qui la bouleverse : une photo ancienne va semer le doute sur ses origines et lui faire découvrir l'existence d'un oncle mystérieux que ses parents ont accueilli après la guerre.


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Amour en eaux douces : "Une sirène à Paris"

Fantastique | Alors que son père va vendre la péniche familiale Flowerburger, historique siège d’un groupe d’embellisseurs de vie — les surprisiers — Gaspard, un musicien au cœur brisé, découvre Lula, jeune sirène échouée sur les rives de Seine. Pour la sauver, il l’emmène chez lui…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Amour en eaux douces :

S’il n’y avait les rêveurs pour le porter et lui donner de l’oxygène, le monde s’écroulerait, asphyxié. Mathias Malzieu en fait partie, qui déploie son imaginaire de chansons en livres et de livres en films, explorant des univers connexes à ceux de ses devanciers Tim Burton ou Jean-Pierre Jeunet. Comme dans La Mécanique du cœur ou Métamorphose en bord de ciel, le meneur de Dionysos ose ici un conte façon alchimie entre merveilleux et mélancolie avec des héros cabossés depuis l’enfance et des créatures surnaturelles. Avec ses décors baroques, sa musique faite maison, ses interprètes attachants (le couple Duvauchelle/Lima s’avère osmotique), Une sirène à Paris cherche à ranimer un certain esprit magique, que l’on peut apprécier comme une forme de nostalgie d’un paradis cinématographique perdu. Malgré tout, ce mixte d’ambition et de naïveté revendiquée manque, c’est triste à dire, de moyens à l’écran. Peut-être aurait-il fallu être étourdi par un surcroît de couleurs et de frénésie à la Baz Luhrmann pour que la féérie du projet soit plus

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Benoît Magimel : « Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon »

Nous finirons ensemble | Personnage pivot des "Petits mouchoirs", Vincent est à nouveau interprété par Benoît Magimel. Conversation avec un comédien sur la manière d’appréhender un rôle et son métier à l’occasion des Rencontres du Sud d’Avignon…

Vincent Raymond | Lundi 6 mai 2019

Benoît Magimel : « Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon »

Figuriez-vous parmi les comédiens les plus heureux de retrouver leur personnage ? Benoit Magimel : Le plus heureux, je ne sais pas, mais lorsque Guillaume me l’a proposé j’ai tout de suite dit oui. C’est une chance si rare de pouvoir retrouver un personnage au cinéma dix ans plus tard, de vieillir avec lui ; forcément, c’est une expérience assez unique. Retrouver Vincent, sa voix, était une évidence. J’étais ravi. Sa situation, son statut et ses rapports avec les personnages, cela l’était-il également ? Oui, bien sûr. À partir de 40 ans, j’ai l’impression que plus les années passent, plus on accepte de vivre un peu plus pour soi, un peu moins pour les autres. La façade, le masque tombent, on s’accepte un peu plus, on se connaît mieux. Ce personnage est très hésitant, ses sentiments assez contradictoires : l’attirance qu’il avait pour Max dans le premier était de l’ordre d’une amitié forte : il considérait qu’il était plus heureux avec lui qu’avec sa femme ; ce n’est pas par hasard qu’il rencontre Alex — ce qui n’empêche pas qu'il éprouve toujours des sentiments pour

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Fanny Ardant, mère qui roule n’amasse pas mousse : "Ma mère est folle"

Comédie | de Diane Kurys (Fr, 1h35) avec Fanny Ardant, Vianney, Patrick Chesnais…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Fanny Ardant, mère qui roule n’amasse pas mousse :

Dilettante professionnelle, Nina, la soixantaine bohème, n’a jamais pu se conformer à quelque loi que ce soit. Productrice fauchée, elle a imaginé se refaire en convoyant de la beuh d’Amsterdam à Paris. Ça tombe bien : elle pourra au passage faire coucou à son fils, qui s’y est exilé, loin d’elle. Pour camper cette mythomane invétérée dépourvue d’instinct maternel (en tout cas, vis-à-vis de son propre fils), Fanny Ardant a dû prendre un malin plaisir. Il est sûr qu’elle rehausse de son étrangeté coutumière cette histoire somme toute über classique à l’esthétique de téléfilm. Car s’il n’y avait ce personnage viscéralement pernicieux, on s’ennuierait ferme devant le catalogue d’effets attendus. Un chanteur débutant à l’écran ? Check Vianney ! Un clin d’œil à un bouquin du fiston par ailleurs coscénariste ? OK le plan sur une traduction de Sacha Sperling ! Arielle Dombasle en inconséquente et richissime bourgeoise ? Euh, comme d’habitude. Par charité, on évitera d’aborder l’intégration d’un petit réfugié traîné comme une mascotte, ni de parler de Patrick Chesnais jouant les beaufs mafieux ayant découve

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Chienne de guerre ! : "Le Collier rouge"

Pacifiste | de Jean Becker (Fr, 1h23) avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle, Sophie Verbeeck…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Chienne de guerre ! :

1919. L’officier Lantier doit instruire le dossier de Morlac, un héros de guerre accusé d’un mystérieux crime contre la Nation. Pendant qu’un chien aboie sans cesse hors de la caserne où le prévenu est retenu, Lantier cherche à comprendre et, pourquoi pas, à obtenir son élargissement… De Jean Becker, on espère encore la sécheresse et la sensualité d’un Été meurtrier ; hélas, depuis Les Enfants du marais, il semble préférer les crépuscules du passé ou d’un présent vitrifié. Parfois, cela donne des moments de grâce (le tendre La Tête en friche) ; parfois de fausses bonnes idées. Tel ce film-dossier montant tout une mayonnaise autour d’un acte que des yeux contemporains jugeront insignifiant de banalité. Car jamais il ne leur est permis d’épouser le regard de l’époque, ni de s’installer dans la mentalité d’alors. L’emboîtement des récits, la romance et la politique se marchent sur les pieds au point de se faire trébucher ; quant aux personnages, il n’ont pas le temps d’être incarnés dans leurs profondeurs

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Rien sur Robert : "La Douleur"

Drame | de Emmanuel Finkiel (Fr, 2h06) avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Rien sur Robert :

L’ironie sordide de l’actualité fait que ce film sort sur les écrans peu après la disparition de Paul Otchakovsky-Laurens, l’éditeur ayant publié le livre dont il est l’adaptation. Un livre qui aurait pu demeurer dans une confidence obstinée : Marguerite Duras prétendait avoir oublié jusqu’à l’existence de la rédaction de cette partie de son journal intime — la mémoire sait être sélective pour s’épargner certaines souffrances. Son mari Robert Antelme ayant été arrêté puis déporté, Marguerite jette sur des cahiers le cri muet de son attente quotidienne ; cette douleur sourde avivée par l’incertitude et la peur pour l’autre, pour le réseau, pour soi. Dans la moiteur d’une Occupation expirante, un flic collabo profite de l’absence de nouvelles (bonnes ou mauvaises) pour engager avec elle un jeu pervers de séduction… Mais qui instrumentalise qui ? Mémoire effacé

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Sortie de piste pour Pixar : "Cars 3" de Brian Fee

Animation | de Brian Fee (É-U, 1h49) animation avec les voix (v.f.) de Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Nicolas Duvauchelle…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Sortie de piste pour Pixar :

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue sa génération aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez — une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse — en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa

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"La Fille de Brest" : potion amère

ECRANS | de Emmanuelle Bercot (Fr, 2h08) avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel…

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Une pneumologue brestoise découvre une corrélation entre prise d’un médicament, le Mediator, et atteinte cardiaque. Elle se battra quasi-seule face au lobby pharmaceutique et à ses confrères parisiens pour que les autorités reconnaissent la nocivité du produit… Bien moins inspirée que pour son viscéral La Tête haute (2015), Emmanuelle Bercot signe une adaptation longue, pesante et scolaire du combat acharnée du Dr Frachon. À sa décharge, un tel exercice n’a certes rien d’une sinécure. Et pour qu’une histoire “reposant-sur-des-faits-réels” récente farcie de procédures judiciaires et de jargon technique se transmute en épopée attractive, il faut au moins l’écriture divergente d’un Aaron Sorkin (The Social Network, Steve Jobs) ! Si Sid

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"La Danseuse" : au nom de la Loïe

ECRANS | de Stéphanie Di Giusto (E-U, 1h48) avec Soko, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry…

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Rétablir dans sa vérité Loïe Fuller, l’une des fondatrices de la danse contemporaine injustement éclipsée par la postérité d’épigones plus charismatiques — ou plus rouées, à l’image d’Isadora Duncan —, tel était le propos de Stéphanie Di Giusto. Une démarche louable et sincère… pour un résultat un peu bancal. Certes, la cinéaste mène à bien sa mission réhabilitation : Fuller ressort du film auréolée d’un statut de première artiste multimédia du XXe siècle ; d’instinctive de génie ayant su mêler spectacle vivant, sons et lumières avec un perfectionnisme confinant à la folie — le fait que la polyvalente (et gentiment… azimutée) Soko l’incarne contribue à dessiner la silhouette d’une créatrice éprise autant d’absolu que du désir de bouger les lignes. Mais la réalisation manque d’une audace à la hauteur du personnag

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A perfect day (un jour comme un autre)

ECRANS | de Fernando León de Aranoa (Esp, 1h46) avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Mélanie Thierry…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

A perfect day (un jour comme un autre)

Une situation de guerre absurde, une équipe d’intervention des Nations Unies, des humanitaires parlant dans toutes les langues et ne se comprenant pas… Toutes les conditions sont réunies pour mettre sur pied un europudding des familles, dans l’esprit du No Man’s Land de Danis Tanović ; une de ces comédies concernées à visée universaliste qui parfois montent comme un soufflé à la faveur d’un festival, et retombent dans les limbes une fois l’astuce (ou la supercherie) dévoilée. Pas de chance pour Fernando León de Aranoa, ça n’a pas pris. Un court-métrage bien senti aurait été plus efficace pour montrer la bêtise au front de taureau des administrations internationales. VR

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Le Combat ordinaire

ECRANS | De Laurent Tuel (Fr, 1h40) avec Nicolas Duvauchelle, Maud Wyler…

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

Le Combat ordinaire

Extraire la bande dessinée de sa gangue d’imaginaire pour la ramener sur le territoire de la chronique réaliste : c’est dans le fond le principe de ce qu’on appelle le "roman graphique". Manu Larcenet avec Le Combat ordinaire, récit des conflits qui émaillent la vie d’un trentenaire sujet aux crises d’angoisse et à la disparition annoncée de son père, en a livré un exemple convaincant. Le problème, c’est que cette matière-là, originale dans le cadre de la BD, est totalement éculée en ce qui concerne le cinéma (français), et cette adaptation signée Laurent Tuel en fait la cruelle démonstration. Car rien de plus attendu que ces scènes de la vie quotidienne faites d’atermoiements — dois-je m’installer avec ma copine ? Avoir un enfant ? Renoncer à ma vie parisienne pour me ressourcer à la campagne ? — et de plaisirs minuscules, d’angoisses et de regrets… Surtout quand Tuel les filme avec une caméra à l’épaule lourde et envahissante — aucune grâce dans les déplacements et tremblements du caméraman — et qu’il confie à Nicolas Duvauchelle, dont le jeu inarticulé et l’inexpressivité deviennent franchement pénibles, le soin de les incarner. Face à lui, Maud Wyler n’a a

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La Tête haute

ECRANS | Portrait d’un adolescent en rupture totale avec la société que des âmes attentionnées tentent de remettre dans le droit chemin, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot est une œuvre coup de poing sous tension constante, qui multiplie les points de vue et marie avec grâce réalisme et romanesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

La Tête haute

Malony est sans doute né sous une mauvaise étoile. Cela veut dire qu’en fait il y en a un, de doute, et Emmanuelle Bercot, c’est tout à son honneur, ne cherchera jamais à le dissiper. Il n’a que six ans et le voilà déjà dans le bureau d’une juge pour enfants — lumineuse et passionnée Catherine Deneuve — qui sermonne une mère irresponsable — Sara Forestier, dont la performance archi crédible ne tient pas qu’à ses fausses dents pourries — prête à se débarrasser de cet enfant au visage angélique mais dont elle dit qu’il n’est qu’un petit diable. C’est la première séquence de La Tête haute, et elle donne le "la" du métrage tout entier : on devine que cette famille est socialement maudite, bouffée par la précarité, la violence et l’instabilité. Mais Bercot ne nous donnera jamais ce contrechamp potentiellement rassurant : jusqu’à quel point Malony est seul responsable de son sort, pris entre haine de soi et rancune envers les autres, attendant qu’on le prenne en charge tout en rejetant les mains qu’on lui tend ? Cette scène d’ouverture est aussi emblématique de la mise en scène adoptée par Bercot : la parole y est puissante, tendue, explosive. Elle repose

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Maintenant ou jamais

ECRANS | De Serge Frydman (Fr, 1h35) avec Leïla Bekhti, Nicolas Duvauchelle, Arthur Dupont…

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Maintenant ou jamais

Charles et Juliette rêvent de s’installer avec leurs enfants dans une maison à la campagne, loin des appartements parisiens étriqués. Alors que le chantier démarre, Charles est licencié par la banque qui l’employait ; et, un soir, Juliette se fait voler son sac par un inconnu. Plutôt que de le dénoncer à la police, elle finit par proposer à ce petit voleur sans envergure un deal : organiser le braquage de la banque sus-citée. Maintenant ou jamais commence donc comme Une vie meilleure (déjà avec Leïla Bekhti) et se poursuit à la façon de Sur mes lèvres, avec une femme qui révèle une nature héroïque au contact du crime. L’addition mécanique de deux bons films n’accouche pas forcément d’une merveille, et Serge Frydman a bien du mal à camoufler les invraisemblances de son scénario. Le coup de force initial — le basculement de Juliette et son plan parfaitement orchestré qui surgit tel le lapin du chapeau —pèse lourd sur les péripéties à venir — dont une obscure visite à des malfrats belges trafiquants sur les champs de course ; quant aux at

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Cloclo

ECRANS | De Florent Emilio Siri (Fr, 2h28) avec Jérémie Renier, Benoît Magimel, Sabrina Seyvecou...

Jerôme Dittmar | Vendredi 9 mars 2012

Cloclo

Pouvait-on imaginer pire idée qu'une biographie filmée de Claude François ? Non. Sauf qu'en regardant le film de Florent Emilio Siri, revenu de son Platoon (L'Ennemi intime), on se surprend à reconsidérer la question. Non que le film soit une réussite, au contraire, il fait un peu pitié. Avec son patron de biopic plus balisé que le plus stéréotypé des biopics hollywoodiens, Cloclo ne fait pas dans la dentelle. Difficile de faire plus scolaire et sérieux tant le film s'acharne à ressortir la grande trajectoire psychologique et familiale, avec le trauma paternel qui explique tout et les signes balourds du destin à n'en plus finir. L'omniprésence abusive et respectueuse du scénario n'est pas davantage aidée par le maniérisme hollywoodien un peu vain de la mise en scène. Siri est comme Cloclo (fasciné et frustré devant Sinatra qui lui doit My Way), il rêve d'Amérique, mais ne sera jamais à la hauteur. Le film a toutefois le mérite de ne pas idolâtrer son personnage et l'égratigner en insistant, lourdement, sur son perfectionnisme maladif qui le mènera vers la tombe ; le portrait en creux d'un Cloclo en chef d'entreprise p

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Des vents contraires

ECRANS | de Jalil Lespert (Fr, 1h31) avec Benoît Magimel, Isabelle Carré, Ramzy Bedia…

Jerôme Dittmar | Jeudi 8 décembre 2011

Des vents contraires

Cinéma français et roman hexagonal font rarement bon ménage. Adapté du livre éponyme d'Olivier Adam, déjà coupable de Je vais bien ne t'en fais pas, Des vents contraires emprunte la même voie d'un terrorisme émotionnel en quête de vérité sur la vie. Suivant la reconstruction d'un père et ses deux enfants immigrés à Saint Malo après la disparition inexpliquée de la mère, le film trouve dans ce macguffin un pur prétexte de scénario pour filmer moins l'absence de l'autre au monde, que ce qui autorise à compenser le manque en soi. Cinéma de l'égoïsme et de l'état d'âme brulé au fer rouge par son ignoble petite intrigue rondement menée, Des vents contraires ne parle que de culpabilité et de fautes à excuser ; jamais d'un authentique amour en suspens. Du côté des pères qui en bavent, Lespert filme la vie comme une épreuve et avec le réalisme d'une thérapie de plateau télé. L'auteur est plus fin lorsqu'il observe les enfants, mais il a hélas pris le pire bouquin : gris, déprimant, vain.Jérôme Dittmar

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Les Yeux de sa mère

ECRANS | De Thierry Klifa (Fr, 1h45) avec Catherine Deneuve, Nicolas Duvauchelle, Géraldine Pailhas…

Dorotée Aznar | Vendredi 18 mars 2011

Les Yeux de sa mère

Que Thierry Klifa, ex critique à Studio, aime le cinéma, on n'en doute pas. Mais sait-il faire des films ? Rien n'est moins sûr. Suivant un écrivain infiltré dans la vie d'une journaliste star et sa fille danseuse étoile ayant abandonné son fils à la naissance, Les Yeux de sa mère hésite entre mélo et thriller, sans trouver sa voie, ni même médiane. Il se cherche, courant derrière des personnages fiévreux, abimés, marqués par des histoires de famille que Klifa effleure, trop confiant dans un casting peu crédible. Film sans contours ni point névralgique, Les Yeux de sa mère erre en quête d'un sujet qui ne vient jamais. Le passé si omniprésent y sonne creux ; le voyeurisme médiatique est une fausse piste ; le rapport central à la mère se révèle une mauvaise copie d'Almodovar, cité sans arrêt mais jamais avoué : Klifa nie, préférant convoquer James Gray, qu'on cherche encore. Co-écrit par le prétentieux Christopher Thompson, Les Yeux de sa mère est aussi vain qu'ennuyeux. JD

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Mon pote

ECRANS | De Marc Esposito (Fr, 1h45) avec Edouard Baer, Benoît Magimel…

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

Mon pote

Il le dit lui-même en conférence de presse : Marc Esposito est un gentil. D’ailleurs, quand il évoque la base autobiographique de son nouveau film, voyant un directeur de publication engager un taulard repentant dans une rédaction pour le sortir du mitard, il précise même qu’à l’époque, à Studio Magazine, il ne pouvait bosser qu’avec des gentils. Vous l’aurez donc compris, le meilleur compliment et en même temps la pire insulte qu’on puisse faire à Mon pote, c’est de dire que c’est un film gentil. Au sens “bien brave“, inoffensif, totalement inconséquent. On ne va même pas pinailler sur l’absence totale de mise en scène (qu’Esposito assume, en toute gentillesse), sur la fin du film et sa maladresse toute pataude, ce serait inutile. Ça reviendrait à tirer non pas sur l’ambulance, mais sur un stand de barbe à papa qui écoule toute sa marchandise gratos. FC

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La Princesse de Montpensier

ECRANS | De Bertrand Tavernier (Fr, 2h19) avec Lambert Wilson, Mélanie Thierry…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

La Princesse de Montpensier

Nicolas Sarkozy a involontairement remis Madame de La Fayette à la mode. Après "La Belle Personne" de Christophe Honoré (d’après "La Princesse de Clèves"), Bertrand Tavernier s’attaque à "La Princesse de Montpensier". Pour le moderniser ? Non, le film est une reconstitution d’époque proprette, très qualité française. Pour en faire ressortir la pertinence ? À la rigueur, on voit bien qu’à travers le personnage de Mademoiselle de Mézières, qui oscille romantiquement entre l’homme promis et l’homme aimé, c’est la question toujours d’actualité de la liberté féminine qui est envisagée. Mais le film est littéralement aspiré par un académisme plombant, que la caméra en mouvement perpétuel dissimule à grand peine. Cela se traduit par une absence de quotidienneté frappante, des scènes d’action pataudes, un texte étouffe-chrétien et surtout la raideur quasi cadavérique des jeunes acteurs recrutés pour l’occasion. Que Tavernier ait choisi de les faire jouer comme dans une dramatique télé de l’ORTF, laissant aux seuls Lambert Wilson et Michel Vuillermoz le droit d’apporter un peu de liberté dans le film, en dit long sur son affinité avec son sujet : une certaine perplexité, sinon un vrai mé

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Les Petits Mouchoirs

ECRANS | De Guillaume Canet (France, 2h34) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Benoît Magimel

Dorotée Aznar | Jeudi 14 octobre 2010

Les Petits Mouchoirs

Quels meilleurs qualificatifs que gentil et inoffensif pour définir Guillaume Canet ? Naïf ? Fade ? Nul ? On est méchant ? C’est vrai, mais il le faut. Car s’il manquait une preuve à ses admirateurs après le surestimé et invraisemblablement récompensé Ne le dis à personne, Les Petits Mouchoirs devrait mettre tout le monde d’accord. Inspiré par un florilège bâtard de références où se croisent pêle-mêle Jean-Marie Poiret, Yves Robert, Claude Sautet, Lawrence Kasdan et Cassavetes (sic), Canet s’offre un film de potes, avec ses potes (Cluzet, Lellouche, Dujardin etc.), pour la bagatelle de 25 millions d’euros. Un peu cher pour un projet dont l’ambition se résume, grosso modo, à filmer les tracas existentiels et sentimentaux de petits-bourgeois en vacances. Rien ne fonctionne dans ce grand film personnel sur la vie et l'amour selon Saint-Guillaume : le scénario s’acharne à combler du vide et tresser laborieusement des enjeux ; la mise en scène est molle et insignifiante ; le casting en pilotage automatique ; les personnages aussi passionnants à regarder qu’un poster de l’UMP – la palme à Marion Cotillard en anthropologue bisexuelle fumeuse de joints. L’envi

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Sans laisser de traces

ECRANS | De Grégoire Vigneron (Fr, 1h35) avec Benoît Magimel, François-Xavier Demaison…

Christophe Chabert | Jeudi 4 mars 2010

Sans laisser de traces

Le tandem Vigneron / Tirard responsable du "Petit Nicolas" nous vend un thriller qui se voudrait immoral, mais qui est surtout très bête. Résumons : un futur PDG, presque self-made-man (il a quand même épousé la fille du patron), a des remords. Le produit qui a fait sa gloire au sein de l’entreprise repose sur un brevet spolié à un petit inventeur. Pensant aller le dédommager pour régler ses problèmes de conscience, il finit par le buter avec l’aide d’un ancien pote loser. Le reste est à l’avenant de ce début branlant : mou comme de la chique, reposant sur un casting improbable (Magimel, comme absent à lui-même, et Demaison, qui est loin de savoir tout jouer…), des dialogues affreux et surtout, un parfait connard en guise de protagoniste, qui blâme le monde entier de la médiocrité de ses actes sans jamais se remettre en question. Son apologie de la «chance» ressemble en fait à un plaidoyer pour un monde décomplexé face à l’argent, au crime, à la goujaterie, etc. CC

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Le Dernier pour la route

ECRANS | De Philippe Godeau (Fr, 1h47) avec François Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz…

Christophe Chabert | Mardi 15 septembre 2009

Le Dernier pour la route

Qu’allait donc faire Philippe Godeau, producteur français important, notamment de Pialat (Le Garçu) et Despentes (Baise-moi), une fois passé derrière la caméra ? Avec cette adaptation du récit autobiographique d’Hervé Chabalier racontant son passage en centre de désintoxication pour lutter contre son alcoolisme, Godeau s’efface devant son sujet, mais surtout devant ses acteurs. La mise en scène, à quelques affèteries en flashbacks près, cherche la discrétion et la note juste, une élégance invisible et efficace qui ne confond jamais objectivité et froideur, vérité humaine et psychologisme. Le Dernier pour la route est donc un film d’acteurs au sens le plus noble du terme : Cluzet, impressionnant, magnifique, bouleversant, mais aussi une Mélanie Thierry transfigurée, formidable en nymphette autodestructrice, incapable de saisir la main qu’on lui tend pour la sauver de la noyade. Les meilleures scènes du film prennent le temps de capter ce fil fragile où un destin peut basculer sur un geste, un regard, une parole mal dite, mal comprise ou mal interprétée. Un beau film, tout simplement. CC

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