Grigris

ECRANS | De Mahamat-Saleh Haroun (Tchad-Fr, 1h41) avec Souleymane Démé, Anaïs Monory…

Christophe Chabert | Mercredi 3 juillet 2013

Grigris danse dans les clubs de Ndjamena ; son handicap, une jambe mal soignée devenue presque morte, lui permet d'impressionnantes chorégraphies, et l'autorise même à rêver d'un avenir comme danseur professionnel. Grigris aurait pu s'en tenir là, et être un docu-fiction sur son acteur Souleymane Démé, dont le corps prodigieux et le regard habité sont de vraies sources de fascination. Mais Mahamat-Saleh Haroun a choisi de multiplier les enjeux dramatiques autour de lui : une histoire d'amour platonique entre Grigris et une prostituée, un trafic d'essence qui tourne mal, la maladie du père…

Le film affiche alors ses faiblesses criantes : une naïveté dans la narration, la direction d'acteurs et la mise en scène qui s'intensifie au fur et à mesure que le récit se rapproche des codes du genre. Il y a, dans le cinéma de Mahamat-Saleh Haroun, un décalage fatal entre les intentions, souvent justes, et leur réalisation à l'écran, où tout sonne faux, forcé et didactique, le cinéaste prenant souvent trois scènes pour dire exactement la même chose ou se contentant de faire passer les idées dans un dialogue lourdement explicatif. Si l'on n'y trouvait pas un certain sens du cadre, Grigris s'apparenterait à de la télévision gonflée pour le grand écran, et pas forcément à la meilleure…

Christophe Chabert


Grigris

De Mahamat Saleh Haroun (Fr-Tchad, 1h41) avec Souleymane Démé, Anaïs Monory...

De Mahamat Saleh Haroun (Fr-Tchad, 1h41) avec Souleymane Démé, Anaïs Monory...

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Alors que sa jambe paralysée devrait l'exclure de tout, Grigris, 25 ans, se rêve en danseur. Un défi. Mais son rêve se brise lorsque son oncle tombe gravement malade. Pour le sauver, il décide de travailler pour des trafiquants d'essence…


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Au mauvais accueil : "Une saison en France"

À côté | de Mahamat-Saleh Haroun (Fr, 1h40) avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Bibi Tanga…

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Au mauvais accueil :

Les bons sentiments, la mauvaise littérature, toussa… Le précepte jadis énoncé par Jeanson se transpose toujours aussi aisément au cinéma. C’est triste pour les idées qu’ils défendent ; et cela le serait bien davantage si l’on ne reconnaissait pas le bancal des œuvres supportant ces justes causes. Décalque (involontaire ?) de celle de Moi, Daniel Blake, l’affiche d’Une saison en France place d’emblée le film dans une ambiance inconsciemment loachienne. Les similitudes s’arrêtent ici, tant les partis-pris s’opposent : à l’urgence documentarisante, Haroun préfère une esthétique posée, parfois surcomposée qui encombre de théâtralité vieillotte le récit de son héros. Centrafricain exilé en France, celui-ci attend la décision qui fera de lui, de son frère et de ses enfants des réfugiés légaux. Malgré l’aide de la femme qui l’aime, son attente son espoir ne cesse de s’effilocher et s

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Cannes - Jour 7. Le Queer lui va si bien...

ECRANS | "Behind the candelabra" de Steven Soderbergh. "As I lay dying" de James Franco. "Grigris" de Mahamat-Saleh Haroun. "Les Salauds" de Claire Denis.

Christophe Chabert | Jeudi 23 mai 2013

Cannes - Jour 7. Le Queer lui va si bien...

Judicieusement placé en plein milieu de la compétition, le dernier film (le dernier ?) de Steven Soderbergh, Behind the candelabra, nous a redonné de l’énergie pour terminer le festival. C’est un film champagne mais c’est aussi, comme Gatsby et La Grande Bellezza, un film qui inclut dans son programme sa propre gueule de bois. Pourquoi Soderbergh tenait-il tant à ce biopic du pianiste excentrique et homo Liberace, sorte de Clayderman de Las Vegas, certes talentueux mais surtout très doué pour faire la retape de sa propre image, showman avéré mais dont la vie privée a été soigneusement falsifiée pour ne pas effrayer son fan club de mamies pudibondes. C’est par cet angle (mort)-là que Soderbergh choisit de raconter Liberace : son jeune amant Scott, tombé sous le charme de ce sexagénaire qui refuse de vieillir et qui va le transformer en portrait de Dorian Gray vivant ; pendant qu’il

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Un homme qui crie

ECRANS | De Mahamat-Saleh Haroun (Tchad-Fr-Belg, 1h32) avec Youssouf Djaoro, Diouc Koma…

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

Un homme qui crie

Prix du jury au dernier festival de Cannes, Un homme qui crie part d’un postulat ambitieux : raconter le Tchad d’aujourd’hui, de la guerre civile aux conséquences de la mondialisation économique, à travers les rapports entre un père et son fils travaillant dans un même hôtel. Le père, employé modèle, est pourtant viré par le nouveau directeur (chinois !) et son fils, qui glandait jusqu’ici au bord de la piscine, doit prendre sa place. La guerre éclate, et le père ne va rien faire pour éviter à son enfant d’être mobilisé, pensant ainsi récupérer son boulot. La violence sociale dont fait preuve Saleh Haroun rappelle celle des frères Dardenne, même si sa mise en scène en est l’exact contraire : de longs plans très composés et essentiellement silencieux. Quand le film se fait bavard, il n’est pas loin d’être réactionnaire (voir le dialogue entre le père et son ami, sur le mode du «tout fout le camp»). Et quand, dans sa longue deuxième partie, le cinéaste entreprend un road movie où le paternel coupable tente de sauver son fiston, il s’enfonce dans la naïveté morale et le conformisme cinématographique. Pas vraiment de dangers sur le parcours, l’arrivée maladr

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