Ils reviennent, et on est très contents…

ECRANS | C’est désormais un fait établi : au milieu de l’avalanche prométhéenne des sorties estivales, les classiques font de la résistance, en salles comme en plein air, avec toujours de belles redécouvertes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 12 juillet 2013

Photo : "La Fille de Ryan" de David Lean


Demy par-ci, Demy par-là. L'incroyable canonisation cinéphile actuelle autour de Jacques Demy devrait finir d'achever les allergiques à son œuvre en-chantée. À ceux-ci qui à l'annonce de son nom sont déjà en train de développer une réaction cutanée, on ne peut que conseiller la vision de La Baie des Anges (à partir du 21 août au Comœdia). C'est son deuxième film, il l'a tourné dans une ville, Nice, qui cinématographiquement ressemble d'ordinaire à un champ de navets, et on n'y pousse à aucun moment la chansonnette. C'est un chef-d'œuvre, qui rappelle que Demy n'était pas affilié à la rive gauche de la Nouvelle Vague pour rien, autrement dit qu'il avait la passion des formes et des genres, que ce soit dans l'écrin sophistiqué de ces films musicaux ou, comme ici, dans un mélodrame à la mise en scène aussi flamboyante que du Douglas Sirk.

Pendant longtemps, le nom de David Lean était associé à "grand spectacle académique en costumes". Les rétrospectives récentes qui lui ont été consacrées ont permis de faire voler en éclats ce préjugé pour montrer à quel point Lean est avant tout un narrateur virtuose dont les récits ont une ambition romanesque sans égale. Un film manquait toutefois à l'appel de ces hommages : La Fille de Ryan. Énorme échec à sa sortie, longtemps invisible de ce fait mais aussi parce qu'il avait été tourné en 70 mm, donc impossible à projeter dans son format initial, ce film génial et fait pour le grand écran va enfin en retrouver le chemin le 14 août (au Comœdia toujours).

Jour (et nuits) de fête

Autre cinéaste à avoir fait l'effet d'un revival soutenu ces dernières années — thanks Jérôme Deschamps — Jacques Tati. Son premier film, Jour de fête, tribulations burlesques d'un facteur zinzin qui décide d'appliquer des méthodes américaines pour délivrer le courrier dans une bourgade bien française, avait ressurgi sur les écrans il y a quinze ans dans une version en couleurs conforme au procédé utilisé par Tati. Mystérieusement, c'est pourtant la version en noir et blanc qui a été restaurée et qui sera présentée au Comœdia à partir du 24 juillet.

Allons maintenant prendre l'air du côté de la Place Ambroise Courtois où l'Institut Lumière organise chaque mardi son Été en cinémascope à la tombée de la nuit. On conseillera tout particulièrement deux séances : le 20 août avec Parfum de femme de Dino Risi, ou quand la comédie italienne entre dans son crépuscule et finit par être plus amère que drôle ; et le 27 août, Le Clan des irréductibles, rareté où Paul Newman est à la fois devant et derrière la caméra de ce western politique contemporain. Et un bon Paul Newman, ça ne se refuse jamais !

 

Christophe Chabert

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Bergman, Tati et une tortue rouge sur Netflix en mai

Plan Canapé | Puisque les cinémas vont rouvrir le 19 mai et que vous allez enfin pouvoir revoir des films sur grand écran, célébrez proprement votre rupture avec vos plateformes de VOD. Et justement, avec trois œuvres l’un des maîtres de la question, Ingmar Bergman, qui arrivent sur Netflix en mai.

Vincent Raymond | Vendredi 30 avril 2021

Bergman, Tati et une tortue rouge sur Netflix en mai

« En mai, fait ce qu’il te plaît ». Oui, bon, presque… En attendant d’aller se faire une toile au ciné, révisons quelques indispensables classiques d'Ingmar Bergman : Netflix ajoute dès le 1er mai à son catalogue des Danaïdes Le Septième Sceau (1957), Scènes de la vie conjugales (1974) et Sonate d’automne (1978), soit trois regards sur la vie (donc la mort), le couple et la famille. Le premier est un conte métaphorique, le second une série de saynètes sur la vie à deux — et l’adaptation d’une série télévisée qui, à l’époque de sa première diffusion, a eu plus de succès en Suède que GoT, La Casa de Papel et Les Simpson réunis — ; quant au troisième, il constitue un face à face perturbant entre une mère et sa fille autour d’un partenaire commun souriant sardoniquement de ses 88 dents : un piano. Leur force à tous trois : être puissamment

Continuer à lire

Tati Chloé Serre à la BF15

Art Contemporain | La jeune performeuse et sculptrice Chloé Serre ouvre à la BF15 plusieurs chantiers (chorégraphie, exposition) afin de cerner, par le geste et par l'espace, ce qui constitue l'os même de nos relations aux autres.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 24 septembre 2018

Tati Chloé Serre à la BF15

« Ouvrez quelques cadavres : vous verrez aussitôt disparaître l'obscurité que la seule observation n'avait pu dissiper ». C'est avec cette phrase, presque avec ce geste, que Xavier Bichat ouvrait en 1801 l'ère de la médecine moderne. En 2018, chorégraphes et artistes ouvrent, eux, des corps vivants afin de parfaire l'observation de notre société contemporaine, la "clinique" de notre monde et de ses malaises et travers... Avec rage et violence chez la chorégraphe Maguy Marin (voir notre chronique de sa création Ligne de crête sur notre site), avec plus de douceur et dans un esprit beaucoup plus burlesque chez la jeune plasticienne et performeuse Chloé Serre. Nourrie des écrits du sociologue Erving Goffman (La mise en scène de la vie quotidienne)

Continuer à lire

Les Parapluies de Cherbourg aux Nuits de Fourvière

SCENES | Invitée de l'émission La Bande Originale sur France Inter aujourd'hui, Natalie Dessay a fait une petite bourde, en annonçant la reprise l'été prochain à (...)

Benjamin Mialot | Mardi 25 novembre 2014

Les Parapluies de Cherbourg aux Nuits de Fourvière

Invitée de l'émission La Bande Originale sur France Inter aujourd'hui, Natalie Dessay a fait une petite bourde, en annonçant la reprise l'été prochain à Fourvière, après sa création au Chatelet, de la comédie musicale Les Parapluies de Cherbourg. Oui, comme le film de Jacques Demy. Même que c'est Michel Legrand en personne qui dirigera la partie musicale. Pas de dates définitives pour l'instant, mais quelques infos ici : http://chatelet-theatre.com/fr/event/parapluies-de-cherbourg

Continuer à lire

Le monde moderne selon Monsieur Hulot

ECRANS | Véritable institution cinéphile, Jacques Tati n’en finit plus de revenir sur les écrans, longue panthéonisation d’un auteur qui, à l’exception de Trafic, fort (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 décembre 2013

Le monde moderne selon Monsieur Hulot

Véritable institution cinéphile, Jacques Tati n’en finit plus de revenir sur les écrans, longue panthéonisation d’un auteur qui, à l’exception de Trafic, fort mal reçu par la critique et le public, connaissait déjà de son vivant une reconnaissance quasi-unanime. Après Jour de fête, étrangement rendu à sa version originale en noir et blanc cet été, c’est Mon oncle qui a droit à une restauration soigneusement supervisée par la fille du réalisateur et par le couple Deschamps/Makeïeff, qui ont racheté les droits du catalogue Tati. Mon oncle (1958) est de fait une des œuvres majeures du cinéaste. Il y reprend son rôle de Monsieur Hulot, dont on avait suivi les Vacances cinq ans auparavant, et y développe ce qui deviendra son thème de prédilection : la déshumanisation induite par le progrès et la modernité. Tati y oppose le couple Harpel, avec sa maison design et son jardin aux motifs géométriques, à Hulot, le Parisien bohème des faubourgs. Au milieu, il y a le jeune Gérard, qui préfère la compagnie de son oncle Hulot à celle de ses parents, ce que le paternel prend plutôt mal. Si le film est une charge sans ambiguïté contre

Continuer à lire

Les chansons d’amour

ECRANS | Difficile de passer à côté de la "Jacques Demy-mania" qui semble s’être emparée de la France depuis deux mois — et l’ouverture d’une grande exposition à la (...)

Christophe Chabert | Mercredi 15 mai 2013

Les chansons d’amour

Difficile de passer à côté de la "Jacques Demy-mania" qui semble s’être emparée de la France depuis deux mois — et l’ouverture d’une grande exposition à la Cinémathèque Française. L’Institut Lumière embraye donc avec une rétrospective à base de copies amoureusement restaurées sous le regard vigilant de sa veuve Agnès Varda. L’œuvre de Demy suscite toutefois des sentiments mitigés chez nous. Ses meilleurs films à nos yeux ne sont pas forcément les plus représentatifs — entendez, ceux qui ont fait sa réputation de cinéaste en-chanté. On pense notamment au sublime La Baie des anges : noir et blanc et cinémascope, noirceur du propos et violence des sentiments, mais surtout pas la moindre chanson dans ce mélodrame habité par une Jeanne Moreau magnifiée. Le cinéma de Demy se nourrit, comme celui de ses voisins rive droite de la Nouvelle Vague, d’une passion pour les genres américains, avec en premier lieu les musicals. Il en donnera une lecture très personnelle avec Les Parapluies de Cherbourg — dont tous les dialogues sont chantés — puis Les Demoiselle

Continuer à lire

L’allumette et le soleil

ECRANS | C’est une œuvre monumentale, ces films dont on dit, avec une nostalgie un peu rance "qu’on n’en fait plus" et dont même les continuateurs déclarés ont perdu (...)

Christophe Chabert | Jeudi 30 août 2012

L’allumette et le soleil

C’est une œuvre monumentale, ces films dont on dit, avec une nostalgie un peu rance "qu’on n’en fait plus" et dont même les continuateurs déclarés ont perdu la formule (Jean-Jacques Annaud et son Or noir en ont fait les frais l’an dernier). Pourtant, quelque chose dans Lawrence d’Arabie résiste à l’embaumement et au musée. Son image la plus célèbre montre le lieutenant anglais Lawrence (qui a réellement existé, figure militaire de la Première Guerre mondiale devenue figure littéraire sous le nom de T. E. Lawrence) contemplant une allumette en gros plan ; au moment où elle s’éteint, une ellipse aussi fulgurante que celle de l’os et du vaisseau dans 2001 raccorde en fondu enchaîné avec le soleil levant sur un désert. Infiniment petit, infiniment grand, intime et spectacle : c’est le génie de David Lean, qui n’est pas seulement un immense cinéaste classique, mais aussi un fabuleux raconteur d’histoires en images. Il y a dans Lawrence d’Arabie un des plans les plus exceptionnels du cinéma : lors de la charge contre l’occupant turc, Lean réunit plusieurs centaines de figurants pour filmer l’assaut contre cette ville côtière imprenable car entourée

Continuer à lire

Lean de mire

ECRANS | La saison commence en fanfare pour le cinéma de patrimoine avec une rétrospective David Lean sur l’imposant écran de l’Institut Lumière, mais aussi avec le lancement d’une nouvelle ciné-collection dont le programme revendique cette année son éclectisme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 août 2012

Lean de mire

Alors qu’on l’attendait plutôt du côté du festival Lumière, où elle aurait pu faire une superbe séance de clôture à la Halle Tony Garnier, c’est bien dans le cadre de la programmation "normale" de l’Institut Lumière que l’on découvrira la copie restaurée en HD de Lawrence d’Arabie, chef-d’œuvre absolu de David Lean. C’est un événement, tant le film mérite son titre d’archétype d’un cinéma total et monumental (par sa durée, par l’ampleur de sa mise en scène, par la complexité de ses enjeux) dont Hollywood s’échine à retrouver la formule. La bonne surprise, c’est que cette ressortie s’inscrit dans une rétrospective consacrée à Lean, où l’on pourra voir les autres grandes œuvres du réalisateur (Docteur Jivago, Le Pont de la Rivière Kwaï et La Route des Indes), ses adaptations de Dickens (Oliver Twist et Les Grandes Espérances) mais aussi des raretés (L’Esprit s’amuse et Heureux mortels, tous deux présentés le 5 septembre).

Continuer à lire

Anglais courant

ECRANS | À l’image de l’excellente programmation du Zola, Ciné O’Clock, sa semaine consacrée au cinéma britannique, fait une fois de plus bonne figure dans le paysage des festivals. Et en plus, on s’y amuse ! Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Dimanche 29 janvier 2012

Anglais courant

Le cinéma anglais se portant bien, glanant oscars et golden globes à chaque hiver, le Ciné O’clock du Zola à Villeurbanne, idéalement placé début février, n’a qu’à cueillir ses plus beaux fruits pour les présenter à ses spectateurs. Transition facile ; avec Oranges and sunshine, présenté pour l’ouverture, comme l’année précédente avec Neds de Peter Mullan, c’est le canal historique Loach du cinéma britannique qui sera sollicité. Et pour cause : son réalisateur, Jim Loach, n’est autre que le propre fils du grand Ken, et le sujet de son film, la déportation par le Royaume-Uni de 30 000 enfants défavorisés vers l’Australie, aurait tout à fait pu convenir à son paternel. L’héroïne qui révèle le scandale, c’est l’enthousiasmante Emily Watson, et cette avant-première sera sans doute un des temps forts de la semaine. Comme s’il fallait rétablir l’équilibre gauche-droite, Ciné O’clock se terminera par la projo de La Dame de fer de Phillyda Lloyd, bio filmée de Margaret Thatcher incarnée par l’incontournable Meryl Streep — et boum, une nomination aux oscars ! Bio fort contestable selon nos services, puisque la réalisatrice du pitoyable Mamma Mia ne remet jamais

Continuer à lire

La mécanique du cœur

ECRANS | De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerite, le film envoûtant et méconnu de Paul Newman, ressorti quelques jours avant le décès de l'acteur-réalisateur, est à l'affiche de la ciné-collection en avril… Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 7 avril 2009

La mécanique du cœur

Lors de sa disparition à l'automne, il a beaucoup été question dans les hommages des yeux bleus et de l'humanisme de Paul Newman. De sa filmographie sélective ont été extraites ses interprétations made in Actor's studio dans La Chatte sur un toit brûlant, Butch Cassidy et le Kid, la Tour infernale, L'Arnaque et La Couleur de l'argent. Son passage à la mise en scène se fait dans cette même démarche de l'amour de l'acteur. En 1968, il réalise Rachel Rachel avec, dans le rôle titre, son épouse Joanne Woodward. Elle sera de la partie dans les cinq films de son mari — sauf dans le western Le Clan des irréductibles, qu'il renie. C'est d'ailleurs pour elle qu'il achète les droits du texte du prix Pulitzer Paul Zindel en 1972 ; il souhaite lui trouver «un rôle impossible à jouer». Raté : elle obtient l'année suivante le prix d'interprétation féminine à Cannes. Il s'agit toutefois bien d'un rôle casse-gueule. Beatrice, veuve, élève à 40 ans ses deux adolescentes comme elle peut dans l'Amérique profonde des années 70, sale et anonyme. Plus que perdre pied financièrement dans sa vie étriquée faite de bouts de ficelles, elle se noie dans sa solitude, aime trop et mal ses enfants, pas assez les

Continuer à lire

Intégrale Jacques Demy

ECRANS | Ciné Tamaris

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2008

Intégrale Jacques Demy

DVD / Il aura fallu des années pour qu’Agnès Varda et ses deux enfants (Matthieu Demy et Rosaline Varda) parviennent à éditer l’œuvre de Jacques Demy dans son intégralité. Droits éparpillés (notamment pour les films américains), copies à restaurer, courts-métrages à exhumer : le parcours du combattant en valait la chandelle, car ce coffret de 12 DVD est un objet incontournable pour les collectionneurs, même ceux qui ne partagent pas forcément le culte Demy. Car on peut trouver son cinéma inégal, notamment ses films «en-chantés». Par exemple Une chambre en ville, où ce parti-pris flirte avec le grotesque (la charge des CRS sur les manifestants, ça passe ou ça casse !), et l’hallucinant Parking, dont le mauvais goût 80’s plombe à chaque image cette transposition moderne du mythe d’Orphée (avec Francis Huster dans le rôle principal, en plus !). Mais l’œuvre de Demy ne peut être réduite à ses tragi-comédies musicales, y compris les plus célèbres (Les Demoiselles de Rochefort, Peau d’âne et Les Parapluies de Cherbourg). On ne chante qu’une fois dans Lola, premier long et coup de maître témoignant d’une grande maîtrise formelle mais aussi d’une vraie sensibilité ; et on ne chante pas du

Continuer à lire