Les deux vies de James B. Harris

Christophe Chabert | Vendredi 11 octobre 2013

«Laisse-moi te citer quelques noms : Jack Hanson, Chick Nadell, James B. Harris, Ted Jaffe, Russ Pearce… (…) Tous victimes de cambriolages, tous des hommes mariés trop gênés pour avouer qu'ils ont ramené des radasses à la casa et qu'à cause de ça, ils se sont fait dévaliser…». C'est un passage de Tijuana mon amour, nouvelle de James Ellroy autour d'un collecteur de ragots pour un  journal à scandales nommé L'Indiscret. Pourquoi Ellroy balance-t-il, au milieu de quelques oubliés d'Hollywood, le nom de James B. Harris ? Est-ce parce qu'il n'a pas digéré les libertés prises par le cinéaste avec son Blood on the Moon, qu'il adapta sous le titre de Cop avec James Woods dans le rôle du flic torturé (mais moins que dans le bouquin, c'est vrai) Lloyd Hopkins ?

Si Ellroy prétend que James B. Harris a eu une double vie (privée), on sait en revanche qu'en matière de cinéma, il a eu deux vies : la première en tant que producteur pour Stanley Kubrick sur Ultime Razzia, Les Sentiers de la gloire et Lolita, qui marque le début des années Warner pour le cinéaste et sa suite ininterrompue de chefs-d'œuvre. Kubrick préférera ensuite confier la production à son beau-frère Jan Harlan ; quant à Harris, il tente sa chance derrière la caméra avec The Bedford incident en 1965, film de guerre (froide) avec Richard Widmark.

Il ne tournera ensuite que quatre films, étalés sur une trentaine d'années, tous importants à l'exception du dernier, simple véhicule pour le monoexpressif Wesley Snipes. Le plus mystérieux reste celui que Lumière va exhumer en copie restaurée : Sleeping Beauty, où Harris s'offre une variation autour de La Belle au bois dormant, pour un film onirique à la narration éclatée et aux audaces formelles mal reçues à l'époque. Harris, âgé de 85 ans, sera présent durant tout le festival pour l'hommage — mérité — qui lui sera rendu.

Christophe Chabert

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Qui veut devenir juré ?

Festival | Comme chaque année, les Rencontres du cinéma francophone (dont la 25e édition se tiendra du 9 au 15 novembre au cinéma Les 400 Coups de Villefranche-sur-Saône) (...)

Vincent Raymond | Vendredi 25 septembre 2020

Qui veut devenir juré ?

Comme chaque année, les Rencontres du cinéma francophone (dont la 25e édition se tiendra du 9 au 15 novembre au cinéma Les 400 Coups de Villefranche-sur-Saône) fait appel aux bonnes volontés pour constituer son jury de huit cinéphiles ayant la lourde (mais agréable) charge de déterminer le palmarès du festival, sous la présidence du critique Alex Masson (photo). Pour faire acte de candidature, il faut être majeur, disponible durant la totalité de la période — c’est le minimum pour assister aux projections — et rédiger avant le 15 octobre une lettre faisant état de votre motivation à l’attention de l’association organisatrice L’Autre Cinéma soit par courrier (Candidature jury 2020 - Espace Barmondière - 69400 Villefranche-sur-Saône) soit par mail à contact@autrecinema.fr.

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Musiques actuelles : légende d'automne

Covid-19 | Sans aucune visibilité quant à leur conditions d'ouverture pour la rentrée, les diffuseurs de musiques actuelles, pour la plupart désœuvrés, oscillent entre optimisme mesuré, méthode coué et pessimisme radical, y compris à long terme. Un tableau guère réjouissant.

Stéphane Duchêne | Vendredi 10 juillet 2020

Musiques actuelles : légende d'automne

Pour savoir ce que les amateurs de musiques dites actuelles auront à se mettre sous la dent en cette ère pré-"post-Covid", on pourrait se contenter de jeter un œil aux agendas des différentes salles, où l'on trouve ça et là quelques dates (Épicerie Moderne, Transbordeur), parfois beaucoup (Radiant). Problème, ces agendas, en grande partie constitués de reports du printemps, sont pour Cyrille Bonin qui gère le Transbordeur : « un cache-misère ». Un trompe-l'œil même. Car si les discours et les réalités varient en fonction des modèles économiques et d'accueil, une réalité semble inéluctable, qu'énonce Benjamin Petit, coordinateur du Marché Gare : « rouvrir les salles dans les conditions de mesures sanitaires actuelles, c'est inenvisageable. Point. » Alors chacun bricole un peu. Le Ninkasi a maintenu son festival — en plein air du 5 au 13 septembre — et promet quelques concerts de groupes

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24e Rencontres du cinéma francophone : tous en Calade !

24e Rencontres du cinéma francophone | Davantage que les souvenirs ou les regrets, l’automne est une saison où les festivals et les bons films se ramassent à la pelle, n’en déplaise à Prévert, (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

24e Rencontres du cinéma francophone : tous en Calade !

Davantage que les souvenirs ou les regrets, l’automne est une saison où les festivals et les bons films se ramassent à la pelle, n’en déplaise à Prévert, pourtant scénariste de premier ordre. Voilà ce qu’inspire l’affiche de la 24e édition des Rencontres du Cinéma Francophone. Enfin, pas l’affiche en elle-même avec ses bris de miroir, plutôt sa programmation regorgeant de promesses mais aussi de certitudes. Citons notamment l’avant-première du nouveau Guédiguian, Gloria Mundi déjà remarqué (et primé) à Venise, que Robinson Stévenin accompagnera, ou bien celle de Notre Dame de Valérie Donzelli, dont on ne se lasse pas de louer la (bienheureuse et inattendue) réussite, que la comédienne-réalisatrice présentera via une vidéo. On se montrera en revanche plus mitigé devant Chanson douce, adaptation du Goncourt 2016 défendu par sa réalisatrice Lucie Borleteau. Si elles proposent une Carte blanche au Festival du Court-Métrage de Clermont-Ferrand, ces Rencontres lorgnent beaucoup du côté de la Mostra : outre le pré-cité

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Coppola : le Parrain, dernière époque

Festival Lumière | Le Padre padrone de la famille Coppola arrive cette semaine pour recevoir son dû lyonnais. Plus que la jolie plaque en bois gravée à son nom, c’est l’ovation associée qui devrait lui arracher l’un de ses trop rares sourires. En l’attendant, refaisons connaissance avec lui…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Coppola : le Parrain, dernière époque

Dans la carrière de Coppola, ce ne sont pas les arbres qui cachent la forêt, mais des séquoias. Bien singulier est en effet le tracas d’un cinéaste dont la filmographie est semée d’une collection d’œuvres si puissantes qu’une seule aurait suffi à l’inscrire au Panthéon du 7e art. Signer la trilogie du Parrain, voire les deux premiers, voire la première époque uniquement, l’aurait déjà consacré entre Lean et Leone ; Conversation Secrète en aurait fait un frère de Jerry Schatzberg, John Schlesinger, Arthur Penn, Alan J. Pakula ou Mike Nichols. Quant à Apocalypse Now, il l’autorisait à parler d’égal à égal avec Kubrick. Mais en-dehors de ces films-monstres, si splendidement dissemblables les uns des autres, Francis Ford Coppola a tourné de nombreux autres longs métrages d’importance, privés parfois de notoriété, de succès et/ou de postérité. Si certains furent imposés par des nécessités financières impérieuses, cela ne les empêchaient pas d’être impérieusement composés : comme si la contrainte de commande aiguisait la créativité du cinéaste et l’incitait à mettre dava

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Encore plus d’étoiles devant les yeux

Festival Lumière | Francis Ford Coppola, Bong John Ho, Ken Loach, Daniel Auteuil et Marina Vlady ne seront pas seuls à visiter les salles obscures lyonnaises en octobre prochain : Frances McDormand, Donald Sutherland, Marco Bellocchio, Gael Garcia Bernal ou Vincent Delerm seront aussi du voyage…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Encore plus d’étoiles devant les yeux

Paradoxe n°1 : à Lyon, on le sait, plus les salles sont obscures, plus l’on a de chances d’y trouver des étoiles — surtout à l’automne. Paradoxe n°2 : il fallait se rendre au Cinéma du Panthéon à Paris pour découvrir les nouveautés de la programmation du 11e Grand Lyon Film Festival dévoilées par son directeur, Thierry Frémaux. Valaient-elles le détour ? Sans nul doute pour certaines. D’abord, toutes les annonces de juin ont été confirmées et complétées — la précision n’est pas superflue, si l’on se remémore la triste déconvenue du Projet Godard l’an passé. Auteur d’une « œuvre d’un chaos insensé » selon Thierry Frémaux, Coppola sera bien présent parmi les Ghosn… pardon, les gones. Et son Prix Lumière sera l’occasion de re-projections d’une part non négligeable de sa filmographie : des raretés de ses débuts comme Dementia 13 ou La Vallée du Bonheur, Les Gens

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Une rentrée en C majeurs

Institut Lumière | Cassavetes, Coppola, Carpenter, Clint… Étrange convergence d’initiales, mais surtout de prestigieuses signatures à l’affiche de l’Institut Lumière en ce mois de septembre, où l’on joue avec vertiges du rétroviseur et de la lorgnette.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Une rentrée en C majeurs

Navigant entre passé, futur — l’avant-première des Misérables le 25 — et anticipation d’un retour vers le futur (la reprise de films de Francis Ford pour annoncer sa venue lors du Prix Lumière), la programmation ressemble en effet à un délicieux travelling compensé. À force de sauts temporels, on en finirait presque à se prendre pour l’héroïne de Peggy Sue s’est mariée, l’un des films sélectionnés avec le rétro Outsiders et le palmé Conversation secrète en guise d’apéritif ! Du Festival Lumière, il en sera question aussi avec Mystic River de Clint Eastwood projeté en hommage aux 10 ans de la remise du Prix à son premier récipiendaire (jeudi 5). Tout aussi mélomane (mais dans un autre registre) que Clint et aussi féru de westerns que lui, John Carpenter sera également à l’honneur pour un format adapté à ses atmosphères : une nuit comptant quatre titres. The Thing, Fog, Les Aventures de Jack Burton et, pour finir, son prophétique chef-d’œuvre

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BO d'un Prix Lumière : Coppola en morceaux

ECRANS | Il a pour toujours associé à l’écran l’odeur du napalm au petit matin aux envolées de Wagner, incité au silence par quelques notes de Nino Rota ou donné de furieuses envies de danser la tarentelle dans un mariage. Si Francis Ford Coppola possède ce lien si particulier avec la musique, il le doit sans nul doute à son père Carmine, lui-même compositeur et chef-d’orchestre. Mais également crédité notamment aux génériques des Parrain ou d’ Apocalypse Now.

La rédaction | Mardi 11 juin 2019

BO d'un Prix Lumière : Coppola en morceaux

La playlist est également disponible sur spotify. Par Vincent Raymond & Stéphane Duchêne

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Festival Lumière 2019 : de plus en plus Ford !

Lumière 2019 | Coppola en tête d’affiche, le retour de Ken Loach, des zombies et Bong Joon-ho. La première fournée d’annonce du Festival Lumière 2019 a été faite. Préparez vos coups de cœur !

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Festival Lumière 2019 : de plus en plus Ford !

« Un démiurge », « un mammouth ». C’est par ces mots que le directeur de l’Institut Lumière a salué le récipiendaire du Prix Lumière 2019. Onzième à recevoir la distinction (mais lauréat de « l’édition des dix ans », pour reprendre les termes du directeur du festival), Francis Ford Coppola et sa légitimité ne sauraient être contestés. Riche d’une carrière s’étendant sur six décennies, jalonnée d’œuvres fondatrices, marquantes ou à (re)découvrir, le jeune octogénaire figure parmi les créateurs du Nouvel Hollywood et demeure un inlassable expérimentateur. Entré au Panthéon cinématographique bardé de lauriers il y a quarante ans — il avait alors déjà décroché deux Palmes d’Or, deux Oscars du Meilleur film —, le cinéaste n’a depuis cessé de remettre le fruit de ses succès dans de nouvelles aventures cinématographiques, composant une œuvre où, régulièrement, la jeunesse américaine voit ses ambitions fracassées par les guerres ou les crises. S’il faut s’attendre (avec impatience) à la traditionnelle rétrospective et à la masterclass du cinéaste, on peut espérer que celui-ci vien

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Francis Ford Coppola, 11e Prix Lumière

Festival Lumière | Le Prix Lumière 2019 sera décerné à Francis Ford Coppola au cours de la 11e édition du Festival Lumière qui se tiendra du 12 au 20 octobre à Lyon.

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Francis Ford Coppola, 11e Prix Lumière

Il est le premier cinéaste à avoir remporté l’Oscar pour un film et sa suite (Le Parrain et Le Parrain 2e partie), à avoir décroché deux Palmes d’Or “de l’ère moderne“ (Conversation secrète et Apocalypse Now)… Producteur, scénariste, monteur, viticulteur, à la fois figure tutélaire du Nouvel Hollywood et patriarche d’une impressionnante dynastie de cinéma, Francis Ford Coppola succède donc à son camarade Martin Scorsese (2015, également passé chez Roger Corman) et à Jane Fonda (2018) — deux autres grandes figures du Nouvel Hollywood. Âgé de 80 ans, Coppola qui n’a plus sorti de long-métrage depuis 2012 et son fascinant Twixt, n’a pour autant pas pris sa retraite et développe de nouveaux projets. Il profitera peut-être de sa venue à Lyon entre les 12 et 20 octobre prochains pour en révéler la teneur. Le Prix Lumière, qui constitue une reconnaissance pour la contribution du récipiendaire au cinéma mond

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Séances à l'air libre

L’Été en Cinémascope | Il est toujours hasardeux de tenter de trouver un point commun entre les films retenus pour l’Été en Cinémascope. Convenons au moins que l’ensemble respecte certains critères…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Séances à l'air libre

Pas étonnant que vous ayez une impression de déjà-vu : les films projetés depuis des temps immémoriaux sur la place Ambroise-Courtois au dos du monument dédié aux inventeurs du Cinématographe, ont tous vu le jour dans les salles obscures avant de rendre vos nuits estivales plus belles. Mais pour se retrouver au programme, ils doivent constituer un ensemble harmonieux réunissant à la fois des œuvres du patrimoine, des films à très grand spectacle hyper récents, du cinéma d’auteur, des classiques ; un savant mélange du 7e art international compacté en huit films. Cette année, c’est le très beau road movie familial de Matt Ross avec Viggo Mortensen, Captain Fantastic (2016) qui ouvre — grand — les festivités mardi 25 juin : où il est question de liens du cœur plus forts que la mort. Le cœur, toujours lui, bat fort dans Moi, Daniel Blake de Ken Loach : cette seconde Palme d’Or (2016) du Britannique conte les déboires des plus pauvres des pauvres confrontés à la bureaucratie au front de taureau. En hommage

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Les sales mines du passé : "La Cacophonie du Donbass"

Documentaire | De Igor Minaiev (Uk, avec avert. 1h02)

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Les sales mines du passé :

À l’époque soviétique, la région minière du Donbass fut choisie pour donner naissance au mythe stakhanoviste et devenir la vitrine d’un productivisme effréné… jusqu’à ce que le territoire ne retrouve son pavillon ukrainien. Et la guerre civile. Voyage dans trois quarts de siècle d’images… Contrepoint à la fois tristement ironique et violent à La Symphonie du Donbass (1930), film de propagande de Dziga Vertov, ce montage d’images d’archives révèle comment cette région charnière fut choisie pour valoriser l’idéal prolétarien et servir du mensonge d’État à toutes les sauces. À une époque où l’intoxication par l’image n’est plus réservée aux régimes totalitaires, mais largement véhiculée par les réseaux sociaux et se fait quotidienne, un tel documentaire serait de nature à dessiller les esprits trop malléables… si tant est qu’ils prennent l’initiative de le voir ! Grâce à ses précieux documents audio-visuels portés par un commentaire laconique, Igor Minaiev remet en mémoire d’indispensables bases historiques comme il montre également de quel

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SMAC : les musiques actuelles voient triple

ACTUS | En décembre dernier, trois salles de l'agglomération lyonnaise, L'Épicerie Moderne, le Périscope et le Marché Gare ont obtenu de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) le statut de SMAC (Scène de Musiques Actuelles), une première dans le Rhône – et une bonne nouvelle – qui s'inscrit dans la suite logique de la S2M, projet collectif de préfiguration lancé il y a quatre ans.

Stéphane Duchêne | Mardi 29 janvier 2019

SMAC : les musiques actuelles voient triple

«C'est un peu notre cadeau de Noël », s'enthousiasme François Jolivet, directeur de l'Épicerie Moderne de Feyzin, au sujet d'une décision qui a été annoncée à la veille du 25 décembre. Celle de la labellisation SMAC de trois salles de l'agglomération par la DRAC : l'Épicerie Moderne donc, mais aussi à Lyon le Marché Gare et le Périscope. Cela fait donc trois SMAC d'un coup dans un département, le Rhône, qui n'en comptait jusque-là aucune. La fin d'une anomalie en quelque sorte que Benjamin Petit, administrateur et programmateur du Marché Gare, tempère néanmoins : « le modèle originel du dispositif était surtout dédié à des territoires bénéficiant de très peu d'offre culturelle. On ne s'est intéressé aux grandes villes que dans un second temps, ce modèle ne pouvant alors pas correspondre à un territoire comme Lyon ». « La particularité d'un département comme le Rhône, c'est la diversité des acteurs et il n'y a pas trop de trois SMAC pour tenter de répondre par leur singularité et leur complémentarité aux attentes et au besoin du secteur. On n'oublie d'ailleurs pas

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19e Festival du Film Court Francophone

Court-Métrage | En 1984, Marco Ferreri titrait l’un de ses longs-métrages Le Futur est femme. Trente-cinq ans plus tard, le festival vaudais du court francophone exauce (...)

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

19e Festival du Film Court Francophone

En 1984, Marco Ferreri titrait l’un de ses longs-métrages Le Futur est femme. Trente-cinq ans plus tard, le festival vaudais du court francophone exauce sa prophétie en revendiquant une 19e édition plus féminine — c’est-à-dire tendant à réaliser cet idéal de parité auquel chaque manifestation devrait aspirer. À la comédienne Sabrina Seyvecou échoit donc l’honneur d’ouvrir ce millésime avec une carte blanche. Celle que l’on avait découverte devant la caméra de Brisseau n’a plus quitté les écrans depuis Choses secrètes (2002), et participe encore régulièrement à des films brefs. Outre ses quatre programmes de compétition (soit 25 œuvres visibles en bloc durant le premier week-end) départagées par les six jurys, la semaine égraine un chapelet de rendez-vous thématiques ; autant de moments clairement labellisés drainant fidèles et curieux. Telle la soirée Francophonie — l’ADN du festival — pensée comme une rencontre avec des films et des intervenants pour dialoguer ; telle la soirée Regards animés consacrée, comme son nom l’indique à l’anim

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Copper Roots, le cocktail passe à table

Restaurant | Que boire avec le foie gras ? Un Sauternes ? Trop classique. Un Champagne ? Trop chic. Un Médoc ? Trop lourdingue. Pourquoi pas un cocktail ? Chez le tout beau, tout cuivré Copper Roots, c'est possible.

Adrien Simon | Mardi 8 janvier 2019

Copper Roots, le cocktail passe à table

Les fêtes passées, avouez : vous avez lutté pour choisir les nectars adéquats pour la pintade ou le tofu, le saumon ou le faux-gras. Rassurez-vous, « accorder le boire au manger est un art subtil », né en France « entre le XVIIIe et le XIXe siècle » d’abord à la Cour, comme le rappelait un colloque de 2017 consacré au sujet. Dans le monde de la haute-gastronomie, la précision de l’accord entre mets et vins a certainement atteint son paroxysme avec Alain Sanderens, à la fin des années 1980. Le chef du Lucas Carton allait jusqu’à adapter ses plats aux bouteilles les accompagnant, les modifiant en fonction des millésimes. Surtout, il propose le premier, avec chacune de ses assiettes un verre de vin adéquat. Plus besoin de chercher la bouteille qui accompagnera aussi bien la langoustine que le chevreuil. Le succès du menu dégustation et de son accord vineux n’a depuis cessé de croître, jusqu’à aujourd’hui... Le journal Le Monde raconte les derniers instants de Senderens, le 25 juin 2017. Invité chez une amie, il remettait en ca

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Les Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais sont de retour

Festival | À Villefranche, on n’attend pas la mi-novembre pour faire le plein de nouveautés — cinématographiques, s’entend. Voilà vingt années bien tassées que les 400 (...)

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Les Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais sont de retour

À Villefranche, on n’attend pas la mi-novembre pour faire le plein de nouveautés — cinématographiques, s’entend. Voilà vingt années bien tassées que les 400 Coups trinquent à la santé des productions francophones en conviant les auteurs de premiers films ainsi que celles et ceux désireux de faire partager leurs plus récentes réalisations en avant-premières. Un assemblage efficace, complété par une compétition arbitrée par un jury de spectateurs (toutefois présidé par un semi-pro, puisqu’il s’agit du critique Frédéric Mercier) et qui revendique sur ses 18 longs-métrages au programme une stricte parité pour les cinéastes. Qui dit mieux ? Parmi les œuvres à départager, on recommande Sofia de Meryem Benm’Barek et l’on attend avec beaucoup d’intérêt Amanda de Mikhaël Hers — qui nous avait enchanté avec son bon Ce sentiment de l’été. Moins convaincant se révèle La Dernière folie de Claire Darling de Julie Bertuccelli, décidément plus à son aise dans le format documentaire. Également en lice, Lune

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Le Graphique de Boscop de retour au Lumière Terreaux

Culte | Il fit les belles nuits du CNP Terreaux et s’imprima dans sa cave voûtée, où chaque samedi à minuit pendant 34 ans (!!!) on pouvait assister dans un (...)

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Le Graphique de Boscop de retour au Lumière Terreaux

Il fit les belles nuits du CNP Terreaux et s’imprima dans sa cave voûtée, où chaque samedi à minuit pendant 34 ans (!!!) on pouvait assister dans un religieux bordel à sa projection. Pourtant, Le Graphique de Boscop (1976) de Sotha et Dumoulin, film culte sur une famille déglinguée de Saint-Rupert (village de gens pas fiers) avait disparu depuis 2010 de sa programmation. À la faveur d’une ressortie, ce monument interprété par la troupe du Café de la Gare (à commencer par le truculent Romain Bouteille) est enfin de retour, hélas pas à son heure fétiche et visiblement que pour une séance. Mais de même que le soleil se lève (et puis il se couche), si la foule est au rendez-vous et réclame l’inscription au patrimoine immatériel de la séance du Graphique le samedi à minuit, peut-être qu’il entamera une 35e année. Ça c’est sûr, ça c’est sûr, ça c’est sûr ! Le Graphique de Boscop Au Lumière Terreaux ​le samedi 3 novembre à 22h20

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De Priscilla à Travolta

L’Été en Cinémascope | Peu importe que l’on soit par terre, sur un coussin, une chaise pliable ou un gradin, avec l’Été en CinémaScope, on a peut-être le bas du dos endolori, mais les yeux sont au 7e ciel…

Vincent Raymond | Mardi 19 juin 2018

De Priscilla à Travolta

« Tenue légère adaptée pour le désert ». Voilà le dress code que l’Été en CinémaScope devrait imposer au public lors de la première séance de sa nouvelle saison… Encore faut-il pouvoir compter sur une météo estivale clémente, ce qui relève hélas de l’utopie. Les courageux et courageuses peuvent oser les escarpins compensés et les bustiers moulants : ils et elles feront sensation mardi 26 juin pour la projection en plein air de Priscilla, folle du désert (1994), road movie musical dans le bush — en anglais, ça veut notamment dire buisson — australien et son Outback — son arrière-pays, si vous voulez. On changera radicalement d’ambiance la semaine suivante (c’est la vertu de ce rendez-vous : zapper d’un style, d’une ambiance, d’un genre à l’autre) en partageant le gigot de la colère servi par Claude Sautet à Vincent, François, Paul et les autres (1972). Une œuvre visionnaire sur l’évolution urbaine et de la classe moyenne pré-soixante-huitarde. Parenthèse asiatique le 10 juillet avec le polar mélancoliq

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Au Périscope, le kif des apprentis hip-hopers

Atelier Graffiti | Non content d'être un fourmillant lieu de défrichage musical, le Périscope - lieu de culture dans le 2e arrondissement – s'occupe admirablement bien des pré-ados.

Antoine Allègre | Mardi 3 avril 2018

Au Périscope, le kif des apprentis hip-hopers

Le service médiation des publics a encore fait du chouette boulot pour cette salve de jours loin de l'école en concoctant un cycle progressif de trois jours d'ateliers participatifs ayant comme colonne vertébrale les arts urbains. Progressif ? Le premier jour entre 14h30 et 16h30 (lundi 16 avril), les kids à partir de douze ans s'initieront à la pratique du dessin préparatif sous le patronage de deux artistes reconnus dans la scène graff du cru : Krea et Marco. Si le plus-si-enfant-que-ça a encore du mal avec l'art pictural, il pourra en parallèle se former au breakdance en compagnie d'Atom, membre émérite du Differents Crew. Les choses commencent à devenir gentiment sérieuses le lendemain – mardi 17 avril. En effet, exit les crayons de couleurs, bonjour les craies et la devanture métallique attenant à l'entrée du Périscope, toujours avec Krea et Marco. L'atelier en extérieur ne pouvant compter que six à sept enfants en simultané, les autres pourront attendre leur tour en réalisant des light-graph avec Vincent Delesvaux, photographe de métier et bidouilleur de l'extrême. Le mercredi 18 avril,

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22e Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais

ECRANS | On ne se rend jamais en vain dans les salles caladoises des 400 Coups. Surtout lorsque se profilent les Rencontres : presque vingt longs-métrages y sont (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

22e Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais

On ne se rend jamais en vain dans les salles caladoises des 400 Coups. Surtout lorsque se profilent les Rencontres : presque vingt longs-métrages y sont programmés cette année, dont huit soumis à l’appréciation du jury des spectateurs. Mais la compétition relève presque de l’anecdote, l’enjeu demeurant la possibilité offerte au public d’échanger avec les comédiens, cinéastes, scénaristes ou producteurs accompagnant les œuvres lors des séances, généralement en avant-premières et souvent uniques. Le très rare Gérard Meylan, interprète fétiche (et quasi exclusif) de Robert Guédiguian a ainsi ouvert le bal avec La Villa — proposé à nouveau au Singuliers de Belleville samedi 11 —, et Antony Cordier présenté sa nouvelle réalisation Gaspard va au mariage. La suite ne manque pas d’intérêt, avec l’arrivée d’Emmanuel Gras pour son fascinant documentaire Makala (Grand Prix de la Semaine de la Critique) et Xavier Legrand pour Jusqu’à la garde, un premier long-métrage intense primé à

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Levons le voile... : "Téhéran Tabou" de Ali Soozandeh

ECRANS | Chronique rotoscopique de la vie de trois femmes et d’un musicien tentant de survivre dans une société iranienne aussi anxiogène qu’hypocrite, cette photographie sur fond sombre est émaillée, de par la forme choisie, d’instants de grâce visuelle. Implacable et saisissant.

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

Levons le voile... :

Vertus publiques et vices privés dans l’Iran d’aujourd’hui, où l’on suit quatre personnages d’un même quartier : un musicien voulant “réparer” la virginité d’une jeune femme avec qui il a couché en boîte, l’épouse d’un drogué contrainte à la prostitution et une femme au foyer aisée… À moins d’être aussi hypocrite que le soi-disant gardien de la morale apparaissant dans le film — un religieux usant de son pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles d’une femme en attente d’un divorce, d’un logement et d’une école pour son fils — personne ne s’étonnera de voir à quel point certains Iraniens peuvent se montrer accommodants vis-à-vis de la religion, tant qu’elle sert leurs privilèges ; peu importe si c'est au détriment des Iraniennes. Si l’État promeut la rectitude, l’élévation spirituelle, dans les faits, il encourage le dévoiement des règles, la corruption et récompense les bas instincts. Accents aigus Brutal, le reflet que Ali Soozandeh tend à la société iranienne n’a rien d’aimable ; il pourra même paraître déformé, du fait d

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Lettre de Cannes #4

Festival de Cannes 2017 | Ou comment on fête un anniversaire, et comment Nicole Kidman est devenue notre copine de festival

Christophe Chabert | Jeudi 25 mai 2017

Lettre de Cannes #4

Cher PB, hier soir, le festival de Cannes fêtait son soixante-dixième anniversaire, dans une cérémonie qui faisait des ponts entre passé, présent et je ne sais pas quoi, avec des palmés passés – dont David Lynch, prêt à présenter les premiers épisodes de la nouvelle saison de Twin Peaks que tu as déjà dû voir, petit coquinou, en streaming sur je ne sais quelle plateforme de mauvaise vie –, des palmés futurs – Sorrentino et Park Chan-wook, cette année préposés à la remise de palme au sein du jury – et des presque palmés – Pedro Almodovar, dans le rôle du cinéaste cocu mais bon joueur au milieu des ex-vainqueurs. On notait quelques absences de poids : Terrence Malick, qui pourtant n’a plus peur de montrer sa trogne en public ; les frères Dardenne, pourtant grands potes de Therry Frémaux ; Steven Soderbergh, sans doute un peu vexé que son dernier Logan Lucky est atterri piteusement au Marché du film cette année ; les frères Coen, Nuri Bilge Ceylan ou encore Lars Von Trier, dont on ne sait trop s’il est encore persona non grata au festival, ou simplement retenu par le montage de son dernier film, ou si son camping car est au garage pour réparation – va lire le d

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Patrick Chamoiseau invité d'honneur du Printemps des poètes

Poésie | Décentrons notre regard d'une Europe et d'États-Unis agonisants dans leurs démocraties en bout de course, et attardons-nous sur le Printemps des poètes pour ainsi lorgner vers l'Afrique, vers un printemps annoncé comme magnifique.

Nadja Pobel | Mardi 7 mars 2017

Patrick Chamoiseau invité d'honneur du Printemps des poètes

Il y a bien sûr le père Léopold Sédar Senghor, mis en exergue de ce Printemps des poètes couplé cette année à la Semaine de la Langue Française et de la Francophonie, réunissant ainsi sous l'appelation Magnifique printemps ! deux événements qui traditionnellement s’enchaînent pour dire au fond la même chose : les mots doivent être portés à la connaissance de tous et les écrivains venir à la rencontre de leur public. Scander dans un même mouvement que les poètes et l'Afrique sont vivants vaut bien de longs discours sur la politique culturelle dont nos futurs élus se fendent (ou pas). Alors, l'Espace Pandora, aux manettes, continue durant cette quinzaine à faire ce travail de terrain fondamental et militant qu'elle fait toute l'année : inscrire le poète dans la ville comme avec l'Algéroise Samira Negrouche qui clôturera la manifestation le 22 mars avec le Kanak Denis Pourawa. Plein sud Le parrain et l'invité d'honneur Lyonel Trouillot et Patrick Chamoiseau s'uniront en ouverture, le 11 mars pour une

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BD Webtrip : “Chers correspondants…“

BD Webtrip | Sous l’égide des Entretiens Jacques-Cartier — qui favorisent les brassages d’idées entre le Canada et la France — deux festivals majeurs de bande dessinée (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

BD Webtrip : “Chers correspondants…“

Sous l’égide des Entretiens Jacques-Cartier — qui favorisent les brassages d’idées entre le Canada et la France — deux festivals majeurs de bande dessinée ont noué depuis cinq ans de fructueuses relations : le festival de la BD francophone de Québec et le LyonBD festival. Ce jumelage fraternel a donné naissance à des résidence d’artistes, des invitations mutuelles, ainsi qu’à d’intenses sessions de réflexions sur les métiers de l’illustration et les particularismes vécus de chaque côté de l’Atlantique. Mais également à des projets éditoriaux dont le dernier en date, Correspondances, sort de presse. Il compile six mois d’échanges entre quatre auteurs de la Belle Province et quatre ressortissants de l’Hexagone ; six mois de découvertes réciproques, de comparaisons et d’interrogations amusées. L’anodin flirte avec l’intime de la création, la description sociétale voisine avec la sociologie fine d’une profession, et la variété des styles proposés garantit une lecture captivante. La genèse de cet album sera dévoilée durant la première partie d’une journée d’étude à l’École Bellecour (10h30 à 12h), l’après

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Cuvée prestige aux 400 Coups

ECRANS | Conséquence d’une fructueuse récolte dans les marchés internationaux du film, la 21e édition des Rencontres du cinéma francophone s’avère des plus gouleyantes. (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Cuvée prestige aux 400 Coups

Conséquence d’une fructueuse récolte dans les marchés internationaux du film, la 21e édition des Rencontres du cinéma francophone s’avère des plus gouleyantes. L’association organisatrice L’Autre cinéma nous pardonnera cette sempiternelle facilité : après tout, ces pousse-au-crime tendent le flacon pour se faire écluser en calant chaque année leur festival caladois mi-novembre. Toute honte bue, revenons à notre propos : la programmation, riche de films escortés par ceux qui les ont fabriqués. Quelques visages connus comme l’ami Serge Avédikian et son Celui qu’on attendait, Sacha Wolff pour Mercenaire, Ma vie de courgette présenté par Grégory Beaussart, le chef de fabrication des marionnettes ou encore Marielle Gautier et Hugo P. Thomas, accompagnant Willy 1er. Au rayon des avant-premières, la liste se révèle aussi savoureuse : après le dérangeant Grave, vous aurez le privilège de découvrir (entre autres) le documentaire Swagger d’Olivier Babinet introduit par icelui,

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Le Périscope ou la grande famille du jazz

Un lieu pour les vacances | Au Périscope, durant les vacances, les kids aussi ont leur place : zoom sur l'un de ces lieux de culture ayant infusé sa programmation d'effluves family friendly.

Antoine Allègre | Mardi 18 octobre 2016

Le Périscope ou la grande famille du jazz

Cela fait neuf ans que le Périscope instille dans nos oreilles nécessiteuses des vapeurs de jazz plus ou moins improvisé, de hip-hop mutant, d'électro vrillée et autres chouettes bizarreries. Un haut lieu des ondes expérimentales intercalé entre gare de Perrache, cours Charlemagne et faculté catholique qui, à chaque salve, accueille entre 100 (assises) et 200 (debouts) âmes. En somme, des esthétiques censées passer au dessus du seuil de tolérance d'un public non averti, juvénile ou, encore pire, les deux. Pourtant, en parallèle à ce fourmillement sonique, s'est développée une offre jeune public qui réapparaît comme par enchantement (pour les parents) à chaque session de vacances scolaires. « Nous nous efforçons de toujours leur préparer des événements qui soient en résonance avec la programmation adulte » lance Pierre Dugelay, directeur du Périscope et responsable de la programmation. Et ceci « quelle que soit la proposition artistique : de la séance d'écoute sur vinyles, de la lecture de contes, des sets DJ où toute la famille peut danser à 15 heures l'après-midi, du théâtre, des balances commentées par notre régisseur général » ajou

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L’Été en CinémaScope

Institut Lumière | Précurseur de la manifestation pluriculturelle Tout l’monde dehors, le rendez-vous estival de l’Institut Lumière joue chaque année à fond la carte de la (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

L’Été en CinémaScope

Précurseur de la manifestation pluriculturelle Tout l’monde dehors, le rendez-vous estival de l’Institut Lumière joue chaque année à fond la carte de la gourmandise cinéphilique en brassant les styles et les époques. Il convoque d’une semaine sur l’autre un réjouissant coq-à-l’âne d’ambiances : d’une saignante critique sociale sur fond de football dans une quelconque ville de province digne d’être une sous-préfecture chabrolienne (Coup de tête, photo) l'on passe à un film à sketches d’Ophuls d’après Maupassant (Le Plaisir), puis l’on roule en Lancia dans l’insouciance de l’Italie ensoleillée (Le Fanfaron), avant de retrouver la vivacité baroque et transformiste d’Almodóvar (Talons aiguilles), l’ambiance lourde d’un thriller post-franquiste (La Isla Minima) et le destin brisé d’une icône autodétruite par ses addictions et son trop plein de souffrance comme de talent (

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Aux Célestins, la folie douce de Marilu Marini

SCENES | Elle est déjà là. Assise comme elle le fut pour Jorge Lavelli en 1984, Femme assise juste, pièce mythique signée Copi, à l'instar de cette Journée d'une rêveuse. 31 (...)

Nadja Pobel | Mardi 24 novembre 2015

Aux Célestins, la folie douce de Marilu Marini

Elle est déjà là. Assise comme elle le fut pour Jorge Lavelli en 1984, Femme assise juste, pièce mythique signée Copi, à l'instar de cette Journée d'une rêveuse. 31 ans plus tard, Marilu Marini est toujours là. Elle ronfle exagérément. Puis irradie immédiatement. Parce qu’elle n’a peur de rien et possède le talent immense de savoir jouer tout, passant de la joie à l’étonnement ou la colère en quelques secondes. Elle est d’une hystérie parfaite. Et c’est peu dire que Copi a écrit pour faire naître l’extravagance sur un plateau. Elle qui partage avec lui la nationalité argentine, avait été sollicité par le festival italien de Spoleto pour lui rendre hommage. Elle a alors fait appel à Pierre Maillet, comédien notamment de Marcial di Fonzo Bo et Élise Vignier – qui ont d'ailleurs décidé, avec leur compagnie des Lucioles, de monter tout Copi. Peu jouée, cette Journée d’une rêveuse est mêlée à l’inédit Rio de la Plata, texte très personnel où l'auteur retrace sa vie en France, son boulot de dessinateur au Nouvel Obs et surtout l’Amérique du Sud, en particulier le régime peroniste que son père a combattu, et l’homosexual

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Mode d'Emploi 2015 : dans la chaleur de l'actualité

CONNAITRE | Échos et résonances… Parmi les (nombreux) débats proposés par Mode d’Emploi, il en est deux qui répondent singulièrement à des actualités brûlantes. Le premier (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 novembre 2015

Mode d'Emploi 2015 : dans la chaleur de l'actualité

Échos et résonances… Parmi les (nombreux) débats proposés par Mode d’Emploi, il en est deux qui répondent singulièrement à des actualités brûlantes. Le premier était prévisible : La ville de demain sera-t-elle verte ? Architecture, villes et réchauffement climatique s’imposait, à quelques jours de l’ouverture à Paris de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques — la fameuse COP 21. L’occasion d’accorder un espace de réflexion à une problématique tant citoyenne qu’environnementale, qui confine à la nécessité vitale : repenser l’urbanisme. Non seulement pour anticiper les bouleversements à venir, mais aussi tenter de corriger certaines des aberrations passées — on connaît désormais, pour les avoir éprouvées, les limites du tout-béton, tout-voiture, conçu dans l’ivresse des Trente glorieuses. La question de l’habitat n’est plus le fait d’une poignée de spécialistes ; loin de s’en dessaisir, les citoyens s’en emparent ! La conscience de l’éco-responsabilité, la mise en service de bâtiments passifs ou à énergie positive (type Whoopa au Carré de Soie), les projets d’éco-construction monumentaux en bois (Baobab et ses 35 étages à La Défense) ou

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Les Rencontres nouvelles sont arrivées

ECRANS | Repaire (et repère) pour les cinéphiles caladois, le cinéma Les 400 coups n’a pas la tache bien facile : comme son camarade musical Nouvelles Voix (au Théâtre (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 novembre 2015

Les Rencontres nouvelles sont arrivées

Repaire (et repère) pour les cinéphiles caladois, le cinéma Les 400 coups n’a pas la tache bien facile : comme son camarade musical Nouvelles Voix (au Théâtre de Villefranche), il s’acharne à prouver que le mois de novembre en Beaujolais ne se résume pas à des agapes vineuses. Son arme secrète ne l’est plus depuis deux décennies : un festival, baptisé du nom convivial de "Rencontres", dédié au cinéma francophone, où le public est invité à échanger dans une ambiance détendue avec des réalisateurs. La liste est longue des invités ayant accompagné cette manifestation portée par l’association L’Autre Cinéma — un ouvrage rétrospectif publié par les éditions du Poutan permet de se replonger dans son histoire. Elle s’enrichit encore cette année. Citons l’habitué et régional de l’étape Raymond Depardon, à l’honneur avec sa compagne et collaboratrice Claudine Nougaret autour d’un programme de courts métrages, mais aussi de Journal de France (2012). Mais encore Michel Leclerc, pour La Vie très privée de Mr Sim en avant-première — film qu’il a tourné avec Jean-Pierre Bacri dans les environs — ou Fatima Elayoubi pour éch

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Rentrée cinéma : du côté des festivals

ECRANS | Si le festival Lumière ouvre le bal des festivals de l’automne, une cohorte de rendez-vous se pressera dans son sillage, célébrant toutes les (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Rentrée cinéma : du côté des festivals

Si le festival Lumière ouvre le bal des festivals de l’automne, une cohorte de rendez-vous se pressera dans son sillage, célébrant toutes les formes de cinéma. Ça va aller vite, autant être prévenu. Lumière s’achèvera en effet avec l’ouverture des vacances de la Toussaint… et donc le lancement du festival Les Toiles des Mômes dans les salles du GRAC (du 17 octobre au 1er novembre). Dédié au jeune public, complété par des animations, ce rendez-vous autrefois baptisé Toiles des Gones prend du galon en dépassant les frontières de la Métropole. Aux mêmes dates, Ciné Filou sillonnera les Monts du Lyonnais. Le cinéma Les 400 Coups de Villefranche accueillera ensuite la 20e édition de ses Rencontres du Cinéma Francophone (du 9 au 15 novembre) avec son lot d’avant-premières présentées par leurs auteurs, précédant le doyen des festivals de l’agglomération, l’incontournable 36e Festival du film Court de Villeurbanne au Zola (13 au 22 novembre). Plus discret, mais pas moins intéressant, Sol'enFilms programmera (dans les salles du GRAC à nou

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Lumière met le nez dehors…

ECRANS | Ça ne chôme pas du côté de l’Institut Lumière ; à peine le Prix Lumière annoncé sous les vivats des spectateurs, c’était déjà le début de l’Été en cinémascope, cycle de (...)

Christophe Chabert | Mercredi 1 juillet 2015

Lumière met le nez dehors…

Ça ne chôme pas du côté de l’Institut Lumière ; à peine le Prix Lumière annoncé sous les vivats des spectateurs, c’était déjà le début de l’Été en cinémascope, cycle de projections estivales en plein air place Ambroise Courtois. Signalons par ailleurs que l’Institut termine sa saison indoor avec une série de films italiens très rares dont le magistral Les Jours contés d’Elio Petri, fable cruelle sur la vie gâchée par le travail découverte au festival Lumière en 2011. Mais revenons à nos moutons extérieurs et à la programmation, comme d’habitude joliment hétéroclite, de L’Été en Cinémascope. On y trouve pêle-mêle du classique populaire (Le Corniaud de Gérard Oury et son «forcément, elle va marcher beaucoup moins bien» bourvilesque), de la comédie musicale (Beau Fixe sur New York du tandem Kelly-Donen, moins connu mais pas moins génial que Chantons sous la plui

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Chappie

ECRANS | Déroute intégrale pour Neill Blomkamp avec ce blockbuster bas du front, au scénario incohérent et à la direction artistique indigente, où il semble parodier son style cyberpunk avec l’inconséquence d’une production Luc Besson. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 6 mars 2015

Chappie

S’il fallait une preuve que la politique des auteurs a des limites, Chappie jouerait à merveille ce rôle : on y voit un cinéaste, le Sud-africain Neill Blomkamp, dont on a pu apprécier la cohérence de ses deux premiers films — District 9 et Elysium — commuer sa rage punk en une grotesque parodie sur un scénario écrit à la va-vite, incapable d’élaborer le moindre discours et même pas foutu d’assurer le minimum syndical en matière de blockbuster futuriste. Pourtant, tout est là : l’alliance entre l’humain et la machine — ici, un robot policier doté d’une intelligence artificielle et récupéré par des gangsters très méchants pour lui faire commettre un braquage permettant d’honorer leurs dettes — un futur proche qui ressemble à une extrapolation de nos ghettos sociaux contemporains, un goût de la destruction et des ruines urbaines… Cet effet de signature n’est qu’un trompe-l’œil : Blomkamp ne retrouve jamais la substance politique, même manichéenne et schématique, de ses œ

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Faites un geste, renflouez un sous-marin

MUSIQUES | En musique peut-être plus encore qu'ailleurs, l'innovation n'est généralement pas rentable. Sept ans après son ouverture et malgré son dynamisme (résidences, (...)

Benjamin Mialot | Mardi 16 décembre 2014

Faites un geste, renflouez un sous-marin

En musique peut-être plus encore qu'ailleurs, l'innovation n'est généralement pas rentable. Sept ans après son ouverture et malgré son dynamisme (résidences, festivals, accueils en tous genres...), Le Périscope, haut lieu de l'expérimentation sonore s'il en est, en fait toujours les frais. Au point de mettre à profit son anniversaire pour souligner la fragilité de sa situation économique et vous inviter, l'espace de trois soirées de soutien, à écoper la flotte qui s'infiltre par ses écoutilles sous les harangues de fidèles du lieu. Trois ambiances de travail sont proposées : anxiogène ce mercredi 17 décembre avec, notamment, le post-punk en niveaux de gris de Rank, le hardcore jusqu'au-boutiste de Alabaster et un DJ set fatalement impétueux des Too Girly DJs – rassemblés par un aréopage d'activistes de bruit, en tête les labels Gaffer et Bigoût ; détendue le lendemain, carte blanche au supa funky Grolektif (par ailleurs co-fondateur du Périscope) oblige ; et enfin euh... eh ben jazzy le 19, avec le Lyon Jazz Collectif. A vos écuelles. Benjamin Mialot

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Œuvres à expérimenter

ARTS | «Vous pouvez, si vous le désirez, regarder, écouter, prendre conscience de vos sensations et de ce que ces œuvres évoquent pour vous» lit-on à l'entrée de la (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 septembre 2014

Œuvres à expérimenter

«Vous pouvez, si vous le désirez, regarder, écouter, prendre conscience de vos sensations et de ce que ces œuvres évoquent pour vous» lit-on à l'entrée de la nouvelle exposition de l'Institut d'Art Contemporain. Cette invitation nous semble presque étrange, tant elle est pour nous habituelle et très souvent défendue dans ces colonnes. Reste que, pour beaucoup, l'art contemporain est une sorte de discours à décrypter, imposant un fastidieux travail à la Champollion. Saluons donc cette idée de l'IAC de mettre en avant la relation intime entre le visiteur et quelques-unes des œuvres de ses importantes collections, ici présentées par thématiques, par médiums ou bien par salles monographiques. Parmi ces dernières, on a pris particulièrement plaisir à (re)découvrir les œuvres poétiques de l'Italienne Liliana Moro ou les dessins en spirales dans l’espace de Michel François. La photographie est aussi très présente  avec de belles et étranges images signées Patrick Faigenbaum ou Jacques Damez, des travaux sur l'identité de Cindy Sherman ou sur la perception du corps de John Coplans...

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Palo Alto

ECRANS | Dans la famille Coppola, je demande la petite-fille, Gia, qui s’inscrit dans la lignée de Sofia en regardant l’ennui d’une poignée d’adolescents californiens friqués et à la dérive. Ça pourrait être agaçant, c’est étrangement séduisant et troublant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 juin 2014

Palo Alto

Peut-on imaginer projet plus hype que ce premier film de Gia Coppola, petite-fille de Francis et nièce de Sofia et Roman, adapté des nouvelles autobiographiques écrites par James Franco, ici en professeur d’éducation physique qui prend son métier au pied de la lettre, au lycée comme en dehors ? Palo Alto traîne ce côté branché et chic jusque dans la matière de ses images, nimbées d’une légère brume à la mélancolie très arty — le chef opérateur s’appelle Autumn Duram et ça mériterait d’appeler Jacques Lacan — ne lésinant ni sur les ralentis, ni sur la pop et l’ambient. Gia reconduit ainsi en mode mineur le grand thème de Sofia : le spleen adolescent né d’une rumination existentielle teintée d’ennui. On ne sait pas pourquoi April et Teddy, pourtant attirés l’un vers l’autre, se ratent et préfèrent se perdre dans des aventures sans issue, l’une avec son prof de sport donc, l’autre avec l’alcool et la drogue. Il y a bien chez April une famille manifestement à l’ouest — notamment un beau-père vraiment largué, incarné par un Val Kilmer poursuivant le numéro d’autodérision entamé dans

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Quentin Dupieux, artiste hors-la-loi

ECRANS | Que ce soit au cinéma avec "Wrong cops", sa nouvelle folie, ou dans la musique électronique en tant que Mr Oizo, Quentin Dupieux confirme qu’il est désormais une figure incontournable et en même temps insituable, ne répondant qu’à une seule loi : la sienne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Quentin Dupieux, artiste hors-la-loi

L’adage est connu : tout succès repose sur un malentendu. Dans le cas de Quentin Dupieux, le malentendu tient du hold-up : après avoir bricolé une entêtante boucle électronique intitulée Flat Beat — le «rythme plat» — illustrée avec une marionnette grossière, Flat Eric, il est contacté par Levi’s qui souhaite reprendre ce tube minimaliste et le personnage qui l’accompagne pour vendre ses jeans. La pub deviendra culte et Dupieux, qui se fait alors appeler Mr Oizo, va être emporté sans le vouloir par le courant French Touch. Son premier album, Analog Worms Attack, creuse cette veine de techno bricolée, bizarre et rugueuse qui, quand on l’écoute de près, est tout sauf commerciale. Dupieux ramasse le magot empoché grâce à la pub, aux ventes de disques et à ses prestations de DJ, puis part en Espagne tourner un film autofinancé défiant les règles de la narration : Nonfilm, moyen métrage de 44 minutes qui annonce, de façon visionnaire, la disparition du cinéma traditionnel et de ses outils. Un Steak dans ta face Ça pourrait ressembler au suicide d’un type dont la consécration précoce aurait entraîné une mégalomanie furieuse

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Wrong Cops

ECRANS | Avoir une double vie, de nos jours, n’a rien d’extraordinaire. Et si avant on trompait sa femme, c’est surtout la routine que l’on cherche à tromper (...)

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Wrong Cops

Avoir une double vie, de nos jours, n’a rien d’extraordinaire. Et si avant on trompait sa femme, c’est surtout la routine que l’on cherche à tromper aujourd’hui. Faire de la musique électronique, poser pour des revues porno gays, trafiquer de la drogue cachée dans des rats crevés, creuser son jardin pour y déterrer un trésor : rien de bien méchant, dans le fond, que ces petits secrets-là. Chez Quentin Dupieux, cependant, ces hobbies sont ceux d’une bande de flics ripoux et dégénérés, dont la bêtise satisfaite va entraîner une cascade de quiproquos graduellement absurdes et tragiques. Duke, le plus tordu de tous, après avoir abattu sans le faire exprès son voisin, harcèle un adolescent en l’obligeant à écouter de la musique pendant qu’il se détend en slip sur son canapé ; Sunshine, pour éviter l’infamie familiale d’une révélation sur ses activités pornographiques, doit céder au chantage de sa collègue Holmes ; quant à De Luca, il laisse s’exprimer pleinement son penchant pour le harcèlement sexuel des femmes à forte poitrine… Sous le soleil écrasant de Los Angeles et avec ce style désormais reconnaissable, Quentin Dupieux croise les histoires de cette brigade corrompue ju

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Tendre est la nuit

SCENES | The Tender Land est une œuvre millefeuille qui parvient à apporter de la finesse et de la douceur à un sujet tout à fait abrupt et cruel. Nous sommes dans (...)

Nadja Pobel | Dimanche 26 janvier 2014

Tendre est la nuit

The Tender Land est une œuvre millefeuille qui parvient à apporter de la finesse et de la douceur à un sujet tout à fait abrupt et cruel. Nous sommes dans le Midwest américain, dévasté par la crise économique qui sévit dans les années trente. Un couple de paysans ruiné, les Moss, s'est sacrifié pour payer des études à sa fille mais celle-ci, au moment de faire fructifier son apprentissage, préfère suivre deux vagabonds de passage. Tous les espoirs d'une vie meilleure s'effondrent alors. Bien avant d'être un spectacle que Jean Lacornerie a créé en mars 2010 et qu'il reprend aujourd'hui, cet opéra fut écrit en 1954 par Aaron Copland, qui venait alors de découvrir Louons maintenant les grands hommes, livre pour lequell'écrivain américain James Agee et le photographe Walker Evans avaient intégré trois familles de farmers pour mieux dire leur quotidien. Marqué par deux photos – une femme d'une tristesse insondable et une jeune fille légèrement plus enjouée – Copland, associé à son librettiste Erik Johns, en tira deux actes ici restitués à diverses échelles. Il y a bien sûr les acteurs-chanteurs, mais aussi de petites marionnettes qu'ils manipulent (sous la houlette de la spéc

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Créationnistes

MUSIQUES | Pionniers d’un psychédélisme noir qu’on ramène immédiatement à sa famille – The Jesus & Mary Chain –, The Telescopes ont su, plus de vingt-cinq ans après (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 24 janvier 2014

Créationnistes

Pionniers d’un psychédélisme noir qu’on ramène immédiatement à sa famille – The Jesus & Mary Chain –, The Telescopes ont su, plus de vingt-cinq ans après leurs débuts, raccrocher le wagon de la pop à murs de guitares dans le sillage de groupes qui les ont idolâtrés et qui, sans eux, ne seraient sûrement pas là : des Black Angels au Brian Jonestown Massacre. On peut y voir une certaine injustice. Car c’est à se demander comment les hommes de Stephen Lawrie ont pu passer à côté d'une gloire qui leur tendait les bras.Hormis quelques titres (The Perfect Needle) et un premier album culte, Taste – par culte, entendre : qui n'a pas rapporté un kopeck –, il n'est pas resté grand chose des brûlures de napalm et des volutes de gaz moutarde de ces as du télescopage frontal, avançant à l'aveugle et armés d'un sens aiguisé de la mélodie faisant office de lampe-torche dans le paysage enfumé du shoegazing et du space rock. En éclaireur donc. Car ce sont les autres qui se sont nourris sur la bête ou ont profité du mouvement, de Ride à Spacemen 3, pour ne citer qu'eux. Avec le recul, outre qu'il soit toujours là, le groupe est aussi emblématique du bien nommé label Creation (The Past

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2014 : autant en emporte le Vent…

ECRANS | Après une année 2013 orgiaque, 2014 s’annonce à son tour riche en grands auteurs, du maître Miyazaki à une nouvelle aventure excitante de Wes Anderson en passant par les vampires hipsters croqués par Jarmusch et les flics tarés de Quentin Dupieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

2014 : autant en emporte le Vent…

Le Vent se lève, il faut tenter de vivre… disait le titre intégral du dernier film d’Hayao Miyazaki qui, après 25 ans au service de l’animation japonaise, a décidé de tirer sa révérence avec cette œuvre effectivement testamentaire. Réduite au seul Vent se lève pour sa sortie le 22 janvier, cette fresque narre les années d’apprentissage d’un ingénieur féru d’aviation, passion qui l’aveuglera sur la réalité de la guerre dans laquelle le Japon s’engage, mais aussi sur l’amour que lui porte une jeune fille qu’il a sauvée lors d’un spectaculaire tremblement de terre. En assumant la part la plus adulte de son cinéma et en se livrant en transparence à un troublant autoportrait en créateur obsessionnel, coupé du monde et de la vie, Miyazaki signe un chef-d’œuvre alliant splendeur plastique, force émotionnelle et intelligence du regard. Les Belles et les Bêtes Il sera le premier en cette rentrée à illuminer les écrans, mais 2014 ne sera pas en rade de grands auteurs, au contraire. On ronge bien sûr notre frein en attendant de découvrir la deuxième partie du Nymphomaniac de Lars von Trier (29 janvier), dont le

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Hallucinante nuit hallucinée

ECRANS | Après une première expérience réussie l’an passé, les cinéphages de Zonebis, coupables chaque année d’organiser l’excellent festival Hallucinations collectives, (...)

Christophe Chabert | Mercredi 4 décembre 2013

Hallucinante nuit hallucinée

Après une première expérience réussie l’an passé, les cinéphages de Zonebis, coupables chaque année d’organiser l’excellent festival Hallucinations collectives, s’associent de nouveau au site Nanarland.com pour une deuxième Nuit hallucinée qui porte bien son nom. L’idée est d’y faire se rencontrer des nanars avérés — ces «mauvais films sympathiques» où l’amateurisme, l’opportunisme et le n’importe quoi règnent en maître — et des films bizarres et inédits. La soirée débutera ainsi avec l’avant-première du très attendu nouveau film de Quentin Dupieux, Wrong cops. En fait, un collage de trois sketchs dont le premier, avec Marylin Manson au naturel, avait fait crouler de rire la Croisette en 2012, et qui fait figure d’en-cas rigolo avant le prochain Dupieux, Réalité, déjà en boîte et qu’on espère voir à Cannes en 2014. Autre avant-première, celle d’HK / Forbidden super-hero où l’on voit un puceau timide se métamorphosé en super-héros après avoir enfilé — par mégarde d’abord — une petite culotte féminine sur la tête. C’est, de fait, plus drôle que de se faire piquer par une araignée radioactive, et cela conduit à s’exclamer

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Lumière 2013, jour 6 : C’est la fin

ECRANS | Monika d’Ingmar Bergman. Harold et Maude de Hal Ashby. Scarface de Brian De Palma.

Christophe Chabert | Lundi 21 octobre 2013

Lumière 2013, jour 6 : C’est la fin

À rebours de tout ce que l’on a fait pendant cinq jours, cette dernière journée du festival Lumière 2013 nous a permis de laisser tomber les raretés hasardeuses de la programmation qui furent notre pain quotidien cette semaine pour aller se laver les yeux devant quelques valeurs sûres, et finir ainsi en beauté une édition dont on tirera un rapide bilan en fin de billet. Ce dimanche de cinéphilie débridée occasionna même quelques regrets. En découvrant la splendide copie restaurée par StudioCanal de Monika, on s’est dit que l’on aurait bien vu plus de Bergman au cours du festival. Heureusement, on apprit le soir même que l’Institut Lumière comptait reprendre, début 2014, une partie de son œuvre — on y sera, cette fois. Le film, on l’avait un peu oublié, ou plutôt on l’avait enfoui sous un tas de références et citations : le regard caméra d’Harriet Anderson tant loué par Jean-Luc Godard dans les colonnes des Cahiers du cinéma — en fait, il y a deux regards caméra à la fin du film, et tous deux sont absolument bouleversants ; la photo de l’actrice que le jeune Jean-Pierre Léaud arra

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Lumière 2013, jour 5. Adieux

ECRANS | Le Vent se lève, il faut tenter de vivre d’Hayao Miyazaki. The Outfit de John Flynn.

Christophe Chabert | Dimanche 20 octobre 2013

Lumière 2013, jour 5. Adieux

Fatigue + rhume = programme allégé, comme on disait hier. Deux films seulement pour ce cinquième et avant-dernier jour, mais un très gros morceau au programme, le dernier Miyazaki, présenté en avant-première pour le 25e anniversaire des studios Ghibli qui, en fait, n’en ont que 23, comme l’a expliqué en ouverture le directeur de Disney France… Le festival aura tenté de faire venir le maître sans succès, se contentant de la première française du film. Avant d’y revenir, parlons un peu de John Flynn, à qui le festival consacrait un double programme avec The Outfit et Rolling thunder. On avait découvert le second lors de Lumière 2010, et on avait été impressionné par sa sécheresse, ses explosions de violence, et son propos audacieux sur l’impossible réinsertion des anciens du Vietnam, dans la lignée de Taxi Driver. Ce qui n’est pas un hasard puisque les deux films ont un scénariste commun, l’inégal Paul Schrader, ici sur le territoire qui lui réussit le mieux : celui de l’exploration des failles de l’Amérique, adoptant le regard du candide qui, peu à peu, d

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Lumière 2013, jour 4. Les lendemains qui déchantent

ECRANS | Chronique Morave de Vojtech Jasny. Cœurs d’occasion de Hal Ashby. Mise à sac d’Alain Cavalier.

Christophe Chabert | Samedi 19 octobre 2013

Lumière 2013, jour 4. Les lendemains qui déchantent

Ce cinquième festival Lumière s’avère définitivement un excellent cru, qui aura juste été gâché par les miasmes automnaux. On en a fait les frais mais, si l’on en croit les quintes de toux et autres éternuements entendus tout au long des projections, ils n’auront pas épargné grand monde. Du coup, on allège un peu le programme des derniers jours, histoire d’aller au bout en un seul morceau — et surtout, d’être frais pour un des très gros morceaux de l’édition, l’avant-première française du dernier Miyazaki. La quatrième journée du festival avait débuté avec une des «raretés» siglées comme telle dans le programme : Chronique morave du Tchèque Vojtech Jasny. Jasny est surtout connu pour un autre film, Un soir un chat, emblématique d’une nouvelle vague tchèque qui est aussi une source inépuisable de redécouvertes passionnantes. Chronique morave est effectivement une œuvre très ambitieuse, qui accompagne une dizaine de personnages dans un petit village entre 1945 et 1958, c’est-à-dire au moment de la collectivisation forcée des terres. Tou

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Lumière 2013, jour 3. Guerres.

ECRANS | Nos plus belles années de Sydney Pollack. Hitler : dead or alive de Nick Grinde. The War zone de Tim Roth.

Christophe Chabert | Vendredi 18 octobre 2013

Lumière 2013, jour 3. Guerres.

Comme on l’a dit au jour 1 de ce festival, c’est au premier rang que l’on a choisi de faire la majorité des séances Lumière 2013. Ce qui évite d’ailleurs de jouer des coudes pour récupérer une place miraculeusement laissée vacante et pas trop proche de l’écran, dans des salles qui ne désemplissent pas. L’expérience, hélas ! n’a pas joué en la faveur de Nos plus belles années, pour l’instant une des rares déceptions de la programmation. Le film de Pollack a pourtant une aura mythique, et son réalisateur, sous l’impulsion passionnée de Pierre Berthomieu, est en train de gagner une incontestable légitimité posthume, par-delà l’étiquette qui lui a souvent été accolée de cinéastes pour grandes fresque académiques. Nos plus belles années n’en est pas une, même si il flirte outrageusement avec un néo-classicisme anachronique pour l’époque — le Nouvel Hollywood des années 70. Le titre (français) et le film lui-même font référence à une œuvre de William Wyler, Les Plus belles années de notre vie, filiation qui ne tient pas du clin d’œil, mais surtout d’un désir esthétique et rom

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Lumière 2013, jour 2. Civilisations.

ECRANS | Sleeping beauty de James B. Harris. High school confidential de Jack Arnold. Pain et Chocolat de Franco Brusatti. Cutter’s way d’Ivan Passer.

Christophe Chabert | Jeudi 17 octobre 2013

Lumière 2013, jour 2. Civilisations.

Dans tout bon festival de cinéma qui se respecte, il faut des grands films, mais aussi au moins un navet, un truc vraiment foireux qui va venir légitimer la valeur de tous les autres. C’est d’autant plus vrai dans un festival consacré au patrimoine cinématographique, où le double tri pratiqué par le passage du temps mais aussi par la réception et la réputation des œuvres laisse à penser qu’aucun mouton noir n’a pu se glisser entre les mailles du filet. C’est pourtant le cas avec Sleeping beauty de l’estimable James B. Harris, dont on attendait beaucoup pour un tas de raisons. En introduction de son film, Harris, 85 ans, a raconté sur le ton de la blague que lors des projections à l’époque (1973), on avait dû installer des signaux pour indiquer la sortie aux spectateurs mécontents. Désolé, James, mais le temps n’a rien changé à l’affaire et au bout d’une heure d’ennui abyssal, on a fait de même, traversant la salle de l’Institut Lumière pour aller se payer un salutaire café. Sleeping beauty est cramé dès sa scène pré-générique, où un couple déa

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Lumière 2013, jour 1. Le Malheur

ECRANS | Manille de Lino Broka. Le Bonheur de Marcel L’Herbier. La Dernière Corvée de Hal Ashby.

Christophe Chabert | Mercredi 16 octobre 2013

Lumière 2013, jour 1. Le Malheur

Posons d’abord comme principe de ce blog qu’ici, on ne parlera que de cinéma et de rien d’autre. L’ambiance ? On s’en fout. L’hystérie autour de Tarantino ? De l’hystérie, donc rien qui vaille le coup de s’y arrêter. La météo ? Dégueulasse, et on a tout dit. De toute façon, la seule chose qui compte dans un festival de cinéma, ce sont les films, les films, les films, et encore les films. On pourrait passer la totalité du truc emmitouflé dans une parka à ne parler à personne dans une discipline de moine bouddhiste, ça nous irait très bien. On se colle le nez à l’écran — premier rang, rien d’autre — et on se prend ou pas le film dans la gueule. Test définitif. La preuve, aujourd’hui, rien ne nous a vraiment scotché, sinon des instants de mise en scène, des idées de cinéma, des talents épars. Exemple avec Manille de Lino Brocka, film très attendu car longtemps invisible, comme la totalité de l’œuvre de ce cinéaste philippin un peu oublié. L’exhumation de Manille est le fruit conjoint des efforts de Pierre Rissient, ami de Brocka qui en possédait les négatifs, de la World Cinema Foundation qu

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Nuits Lumière à la Plateforme

ECRANS | Pour les festivaliers point encore éreintés par une journée de films ou pour les simples spectateurs cherchant à approcher dans un cadre convivial les invités (...)

Christophe Chabert | Lundi 14 octobre 2013

Nuits Lumière à la Plateforme

Pour les festivaliers point encore éreintés par une journée de films ou pour les simples spectateurs cherchant à approcher dans un cadre convivial les invités de Lumière 2013, les Nuits Lumière de la Plateforme ouvrent leurs portes ce soir à partir de 22h et jusqu'à dimanche à La Plateforme. Avec cette année un vrai programme et des thématiques tous les soirs. Lundi, ce sera l'Opening Party avec Robert Lapassade ; Mardi, une grande soirée blind test ; Mercredi, une soirée Flashback avec Maria Rockmore ; Jeudi, la Nuit Electronic Spirit avec Thylacine et Gisèle ; Vendredi, une Nuit spéciale Tarantino par le bien nommé Mr White ; Samedi, une soirée Bang Bang par Le Tourne Disque ; et enfin, dimanche, la Closing party conduite par Tatie Charby.

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Le film de casse selon Cavalier

ECRANS | Découvrir le film le plus rare d’un de nos cinéastes préférés, en sa présence : le festival Lumière ne pouvait nous faire plus plaisir qu’en programmant Mise à sac (...)

Christophe Chabert | Vendredi 11 octobre 2013

Le film de casse selon Cavalier

Découvrir le film le plus rare d’un de nos cinéastes préférés, en sa présence : le festival Lumière ne pouvait nous faire plus plaisir qu’en programmant Mise à sac d’Alain Cavalier. Il faut aussi remercier la Cinémathèque française, qui a choisi le film dans le cadre de l’invitation qui lui a été lancée. Mise à sac appartient à la première période de Cavalier, celle où il laisse parler son goût pour les genres cinématographiques, et ce film de casse à l’échelle d’une ville toute entière lui permet de collaborer à l’écriture avec un autre cinéaste qui débuta dans le polar avant d’inventer un cinéma à son image, Claude Sautet. Surtout, Mise à sac est la transposition d’un roman de Richard Stark, The Score (En coupe réglée, en français) qui appartient à sa série racontant les aventures d’un cambrioleur nommé Parker. Derrière le pseudo de Stark se cache l’immense Donald Westlake, et ce héros-là, rebaptisé Georges et incarné par Michel Constantin chez Cavalier, connaîtra une sacrée postérité cinématographique, puisque Lee Marvin — dans Le Point de non-retour — Mel G

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Tarantino et les glorieux inconnus du cinéma

ECRANS | Au sein de sa pléthorique programmation, et grâce à l’implication de son Prix Lumière Quentin Tarantino, le festival Lumière fait la part belle aux redécouvertes. Cinéastes, acteurs et même chefs opérateurs, voici quelques-uns de ces soldats méconnus du septième art qui auront droit à leur part de Lumière… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 10 octobre 2013

Tarantino et les glorieux inconnus du cinéma

En se choisissant comme Prix Lumière 2013 Quentin Tarantino, le festival du même nom a ouvert la boîte de Pandore. Non seulement Tarantino sera honoré, fêté, célébré, acclamé, non seulement l’intégralité de son œuvre sera présentée au public — dans des copies 35 mm, exigence non négociable du cinéaste lui-même — mais, en plus, il est allé fouiller le coffre à trésors de son château sur Hollywood Hills pour en ramener quelques films oubliés, réunis dans ce que le festival a nommé «un voyage personnel de Quentin Tarantino à travers le cinéma». La cinéphilie du réalisateur de Pulp fiction est du genre éclectique, mais il a ce goût de la perle rare et de l’œuvre que personne d’autre que lui ne connaît. Ce plaisir-là transparaît dans ses films, qui accumulent les références et les citations, faisant réapparaître à la surface le souvenir d’un petit maître laissé pour compte par les historiens du cinéma ou, plus fort encore, d’un acteur depuis longtemps relégué au second, troisième ou dernier plan, et qu’il remet au centre de l’écran. Qui connaissait vraiment Michael Parks avant que Tar

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