Lumière 2013, jour 2. Civilisations.

ECRANS | Sleeping beauty de James B. Harris. High school confidential de Jack Arnold. Pain et Chocolat de Franco Brusatti. Cutter’s way d’Ivan Passer.

Christophe Chabert | Jeudi 17 octobre 2013

Dans tout bon festival de cinéma qui se respecte, il faut des grands films, mais aussi au moins un navet, un truc vraiment foireux qui va venir légitimer la valeur de tous les autres. C'est d'autant plus vrai dans un festival consacré au patrimoine cinématographique, où le double tri pratiqué par le passage du temps mais aussi par la réception et la réputation des œuvres laisse à penser qu'aucun mouton noir n'a pu se glisser entre les mailles du filet.

C'est pourtant le cas avec Sleeping beauty de l'estimable James B. Harris, dont on attendait beaucoup pour un tas de raisons. En introduction de son film, Harris, 85 ans, a raconté sur le ton de la blague que lors des projections à l'époque (1973), on avait dû installer des signaux pour indiquer la sortie aux spectateurs mécontents. Désolé, James, mais le temps n'a rien changé à l'affaire et au bout d'une heure d'ennui abyssal, on a fait de même, traversant la salle de l'Institut Lumière pour aller se payer un salutaire café.

Sleeping beauty est cramé dès sa scène pré-générique, où un couple déambule sur une terrasse dans une lumière hamiltonienne, se parlant avec des dialogues aussi pénétrants que ceux d'un mauvais soap opéra. On repère direct le manque de charisme de son acteur principal, Zalman King, dont le principal fait de gloire est d'avoir ensuite mené une petite carrière en allant plomber celle de Mickey Rourke, l'exposant façon sexy beast dans des bandes érotiques chics et cheaps genre L'Orchidée sauvage. Doté d'une seule expression et d'un magnétisme de garçon coiffeur, King erre dans un récit d'une épouvantable mollesse, où il acquiert dans une foire une belle endormie, la réveille, et la laisse disserter entre les murs de sa grande demeure habitée par d'autres femmes qui furent ses anciennes maîtresses. Il ne se passe donc à peu près rien, sinon de longs bavardages prétentieux, et quelques jeux de rôles filmés sans aucun relief, dans une esthétique de téléfilm pour la TNT.

Il y aurait bien un élément qui aurait pu nous accrocher à cette daube certifiée, ce sont les étranges échos entre le film et Lost highway. Le héros joue du saxo comme Fred Madison / Bill Pullman, Richard Pryor vient faire un caméo comme dans le film de Lynch, et le propos, si tant est qu'il y en ait vraiment un, tend à montrer que les échecs amoureux à répétition puisent leur source non pas dans l'inconstance du sexe opposé, mais bien dans la névrose latente de celui qui fait défiler des partenaires dans son lit en tentant de les plier à ses désirs. C'est comme si Lynch avait trouvé dans le navet de Harris des motifs et une matière passionnante mais laissée en friche et qui ne demandait qu'à s'épanouir sous l'action d'un véritable cinéaste.

En tout cas, Sleeping beauty vaut cas d'école : les films oubliés et maudits méritent parfois de le rester, et l'échec critique et public de certaines œuvres n'est pas toujours lié à une cécité circonstancielle, mais parfois à une authentique clairvoyance.

Pas toujours dit-on, et Quentin Tarantino l'a démontré en exhumant le très étonnant High school confidential de Jack Arnold, qu'il a présenté hier avec un panache assez dément — ce type est une rock star, avec ce que cela compte d'inconvénients, comme le phénomène de groupies qui s'est développé autour de lui et qui nous fatigue plus que tous les marathons de projections. C'est un reefer movie, ces bandes dont la finalité était l'édification de la jeunesse, cherchant à la mettre en garde contre l'usage des drogues, douces ou dures. Comme la plupart des reefer movies, High school confidential est absolument ambivalent, le film étant visiblement fait par une équipe à moitié défoncée, montrant des jeunes gens très rock'n'roll en aspirant une partie de leur énergie dans sa forme même.

Il s'agit donc d'une série B d'exploitation, mais particulièrement vive et chiadée, très bien racontée et peuplée de trouvailles formidables. La première, largement soulignée par Tarantino, tient à ses dialogues fantastiques, une verve faite de slang d'époque — une scène de classe délirante au début donne même une petite leçon sur l'origine de cet argot — et de réparties cinglantes, qui tient beaucoup à la mauvaise éducation de son protagoniste, ne se privant jamais pour ridiculiser ses interlocuteurs et allumer toutes les filles qu'il croise. La seconde consiste en d'incroyables décrochages narratifs, comme ce monologue déjanté où la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb est racontée façon bad boy, ou encore ce fabuleux moment de spoken word importé de la culture beat, du slam avant l'heure qu'Arnold filme avec un sacré culot dans son intégralité.

Dernier point remarquable : la mise en scène est étonnamment précise, jouant à plein sur l'élégance de son scope noir et blanc, notamment dans une bagarre finale parfaitement réglée et chorégraphiée, ce qui n'est qu'à moitié étonnant de la part d'Arnold, responsable du superbe et révolutionnaire L'Homme qui rétrécit. On ne s'attarde donc jamais sur les facilités du récit, avec son twist que l'on voit venir à des kilomètres, ni sur les velléités propagandistes qui ressurgissent comme un cheveu sur la soupe et se dissolvent immédiatement dans le ridicule — rires lors de la réplique «Les drogues douces conduisent aux drogues dures». Le film s'amuse d'ailleurs à le torpiller avec pas mal de mauvais esprit : le flic qui lutte contre les ravages du cannabis dans le lycée s'appelle… Burroughs !

Il faut un navet et il faut des grands films dans un festival de cinéma. En voilà un premier, et malgré la réputation qui l'entourait, rien ne nous préparait à un tel choc. Pain et chocolat (1974) est bien cette déflagration cinématographique qui nous a laissé médusé et fasciné sur notre fauteuil. Pourtant, tout commence comme une simple et bonne comédie à l'italienne : un Italien est embauché dans un restaurant en Suisse alémanique, espérant que sa période d'essai va se transformer en contrat de travail, ce qui lui permettra de s'installer définitivement avec sa famille dans ce pays prospère, loin de la misère napolitaine d'où il s'est extirpé. Le premier acte joue la carte du décalage culturel et du malentendu avec une série de gags où Nino Manfredi, grandiose, offre une performance qui rappelle celle de Peter Sellers dans La Party.

Le sujet, sérieux et peu traité par le cinéma italien, de l'immigration, est donc passé au tamis de la comédie de situations et de caractères même si, à la faveur d'une première rencontre avec une immigrée grecque incarnée, surprise, par une magnifique Anna Karina, on sent que le réalisateur Franco Brusati a des envies plus vastes que la simple observation amusée des mœurs de ses contemporains. La suite va le prouver, et le scénario, tout en méandres et décrochages inattendus, va ballotter le héros entre plusieurs eaux. D'abord celle d'un autre Italien, flamboyant exilé fiscal qui lui offre un job d'homme à tout faire avant de révéler sa nature dépressive et suicidaire. Enfin, et c'est le point d'orgue résolument dingue d'un film dont la montée en puissance impressionne, c'est un poulailler à la montagne où une poignée de travailleurs italiens clandestins sont rendus à un quasi-état de nature. Cela donne une scène hallucinante, cauchemar éveillé où le rire se fait monstrueux, et où Brusati semble d'un coup convoquer tous les maîtres italiens à l'intérieur de son film : Fellini, Pasolini, Pietro Germi et Elio Petri.

Surtout, il ne s'agit plus tellement de confronter deux cultures, mais de montrer un insoutenable fossé de civilisation, d'autant plus cruel qu'il s'exerce entre deux pays frontaliers. Brusati, dans un surprenant accès de critique sociale et politique, suggère que l'Italie est condamnée à être un pays «arriéré», regardant la richesse des nations alentour avec un mélange d'incompréhension et de jalousie. Ces êtres hirsutes et hurlants qui contemplent, voûtés et la bouche ouverte sur leurs mâchoires édentées, des corps parfaits, nus et athlétiques se baignant dans un lac immaculé, est une vision proprement sidérante et furieusement contemporaine à l'heure de la troïka germano-européenne se targuant d'éduquer économiquement les pays les moins «évolués» du continent.

Quant au héros, il finira écartelé entre plusieurs identités contradictoires, physiquement métamorphosé et paumé dans un no man's land qui est, métaphoriquement, le désert intérieur de l'immigré incapable de choisir entre l'oubli de sa culture et le besoin de rester fidèle à ses racines. Un constat qui n'a rien perdu de son acuité aujourd'hui.

Un mot pour finir sur l'étonnant Cutter's way (1981) d'Ivan Passer. Passer, artisan de la Nouvelle Vague tchèque exilé aux États-Unis, participe ici à la dynamique du Nouvel Hollywood avec ce film noir en trompe-l'œil, proche sur certains aspects du traitement qu'Altman faisait subir au genre dans Le Privé. On y voit deux anciens combattants du Vietnam, l'un fringuant et en pleine forme, Bone — Jeff Bridges, parfait — et l'autre éclopé, avec un bras, une jambe et un œil en moins, alcoolique et bagarreur, Cutter — l'inconnu John Heard, dans un grand exercice de lâcher prise fabriquant un des plus fascinants anti-héros du cinéma américain — embarqués dans une sombre histoire de pom pom girl assassinée.

L'intrigue est conduite avec une évidente nonchalance, avançant à grands coups de force scénaristiques avant de s'immobiliser pendant de longs instants pour s'intéresser à la psychologie de ses personnages, notamment celui de Mo, femme de Cutter devant subir sa déchéance et sa paranoïa, sombrant à son tour dans l'alcool et la dépression. C'est bien cela qui passionne Passer : comment des êtres se sentant inutiles et rejetés par la société se cherchent une raison nouvelle d'exister, tentent de regagner une dignité et un élan vital quitte à s'inventer des chimères. Cutter et Bone vont s'attaquer à un magnat du pétrole qu'ils soupçonnent d'être à l'origine du meurtre, et Cutter's way, derrière sa façade de detective story bizarre, peut se voir comme une relecture très audacieuse du Don Quichotte de Cervantes — l'Espagne n'est d'ailleurs jamais loin, puisque le film se déroule à Santa Barbara.

Passer est presque trop radical dans sa façon de ne jamais se fixer de centre à son film, dérivant comme ses personnages de l'action vers l'inaction. Mais c'est aussi ce flottement permanent et cette façon de capter les hésitations et les changements d'humeur de ses protagonistes qui donne à Cutter's way son étonnante liberté de ton. On en reparlera lors de la reprise en France du film, déjà annoncée pour le début de 2014.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Lumière 2013, jour 6 : C’est la fin

ECRANS | Monika d’Ingmar Bergman. Harold et Maude de Hal Ashby. Scarface de Brian De Palma.

Christophe Chabert | Lundi 21 octobre 2013

Lumière 2013, jour 6 : C’est la fin

À rebours de tout ce que l’on a fait pendant cinq jours, cette dernière journée du festival Lumière 2013 nous a permis de laisser tomber les raretés hasardeuses de la programmation qui furent notre pain quotidien cette semaine pour aller se laver les yeux devant quelques valeurs sûres, et finir ainsi en beauté une édition dont on tirera un rapide bilan en fin de billet. Ce dimanche de cinéphilie débridée occasionna même quelques regrets. En découvrant la splendide copie restaurée par StudioCanal de Monika, on s’est dit que l’on aurait bien vu plus de Bergman au cours du festival. Heureusement, on apprit le soir même que l’Institut Lumière comptait reprendre, début 2014, une partie de son œuvre — on y sera, cette fois. Le film, on l’avait un peu oublié, ou plutôt on l’avait enfoui sous un tas de références et citations : le regard caméra d’Harriet Anderson tant loué par Jean-Luc Godard dans les colonnes des Cahiers du cinéma — en fait, il y a deux regards caméra à la fin du film, et tous deux sont absolument bouleversants ; la photo de l’actrice que le jeune Jean-Pierre Léaud arra

Continuer à lire

Lumière 2013, jour 5. Adieux

ECRANS | Le Vent se lève, il faut tenter de vivre d’Hayao Miyazaki. The Outfit de John Flynn.

Christophe Chabert | Dimanche 20 octobre 2013

Lumière 2013, jour 5. Adieux

Fatigue + rhume = programme allégé, comme on disait hier. Deux films seulement pour ce cinquième et avant-dernier jour, mais un très gros morceau au programme, le dernier Miyazaki, présenté en avant-première pour le 25e anniversaire des studios Ghibli qui, en fait, n’en ont que 23, comme l’a expliqué en ouverture le directeur de Disney France… Le festival aura tenté de faire venir le maître sans succès, se contentant de la première française du film. Avant d’y revenir, parlons un peu de John Flynn, à qui le festival consacrait un double programme avec The Outfit et Rolling thunder. On avait découvert le second lors de Lumière 2010, et on avait été impressionné par sa sécheresse, ses explosions de violence, et son propos audacieux sur l’impossible réinsertion des anciens du Vietnam, dans la lignée de Taxi Driver. Ce qui n’est pas un hasard puisque les deux films ont un scénariste commun, l’inégal Paul Schrader, ici sur le territoire qui lui réussit le mieux : celui de l’exploration des failles de l’Amérique, adoptant le regard du candide qui, peu à peu, d

Continuer à lire

Lumière 2013, jour 4. Les lendemains qui déchantent

ECRANS | Chronique Morave de Vojtech Jasny. Cœurs d’occasion de Hal Ashby. Mise à sac d’Alain Cavalier.

Christophe Chabert | Samedi 19 octobre 2013

Lumière 2013, jour 4. Les lendemains qui déchantent

Ce cinquième festival Lumière s’avère définitivement un excellent cru, qui aura juste été gâché par les miasmes automnaux. On en a fait les frais mais, si l’on en croit les quintes de toux et autres éternuements entendus tout au long des projections, ils n’auront pas épargné grand monde. Du coup, on allège un peu le programme des derniers jours, histoire d’aller au bout en un seul morceau — et surtout, d’être frais pour un des très gros morceaux de l’édition, l’avant-première française du dernier Miyazaki. La quatrième journée du festival avait débuté avec une des «raretés» siglées comme telle dans le programme : Chronique morave du Tchèque Vojtech Jasny. Jasny est surtout connu pour un autre film, Un soir un chat, emblématique d’une nouvelle vague tchèque qui est aussi une source inépuisable de redécouvertes passionnantes. Chronique morave est effectivement une œuvre très ambitieuse, qui accompagne une dizaine de personnages dans un petit village entre 1945 et 1958, c’est-à-dire au moment de la collectivisation forcée des terres. Tou

Continuer à lire

Lumière 2013, jour 3. Guerres.

ECRANS | Nos plus belles années de Sydney Pollack. Hitler : dead or alive de Nick Grinde. The War zone de Tim Roth.

Christophe Chabert | Vendredi 18 octobre 2013

Lumière 2013, jour 3. Guerres.

Comme on l’a dit au jour 1 de ce festival, c’est au premier rang que l’on a choisi de faire la majorité des séances Lumière 2013. Ce qui évite d’ailleurs de jouer des coudes pour récupérer une place miraculeusement laissée vacante et pas trop proche de l’écran, dans des salles qui ne désemplissent pas. L’expérience, hélas ! n’a pas joué en la faveur de Nos plus belles années, pour l’instant une des rares déceptions de la programmation. Le film de Pollack a pourtant une aura mythique, et son réalisateur, sous l’impulsion passionnée de Pierre Berthomieu, est en train de gagner une incontestable légitimité posthume, par-delà l’étiquette qui lui a souvent été accolée de cinéastes pour grandes fresque académiques. Nos plus belles années n’en est pas une, même si il flirte outrageusement avec un néo-classicisme anachronique pour l’époque — le Nouvel Hollywood des années 70. Le titre (français) et le film lui-même font référence à une œuvre de William Wyler, Les Plus belles années de notre vie, filiation qui ne tient pas du clin d’œil, mais surtout d’un désir esthétique et rom

Continuer à lire

Lumière 2013, jour 1. Le Malheur

ECRANS | Manille de Lino Broka. Le Bonheur de Marcel L’Herbier. La Dernière Corvée de Hal Ashby.

Christophe Chabert | Mercredi 16 octobre 2013

Lumière 2013, jour 1. Le Malheur

Posons d’abord comme principe de ce blog qu’ici, on ne parlera que de cinéma et de rien d’autre. L’ambiance ? On s’en fout. L’hystérie autour de Tarantino ? De l’hystérie, donc rien qui vaille le coup de s’y arrêter. La météo ? Dégueulasse, et on a tout dit. De toute façon, la seule chose qui compte dans un festival de cinéma, ce sont les films, les films, les films, et encore les films. On pourrait passer la totalité du truc emmitouflé dans une parka à ne parler à personne dans une discipline de moine bouddhiste, ça nous irait très bien. On se colle le nez à l’écran — premier rang, rien d’autre — et on se prend ou pas le film dans la gueule. Test définitif. La preuve, aujourd’hui, rien ne nous a vraiment scotché, sinon des instants de mise en scène, des idées de cinéma, des talents épars. Exemple avec Manille de Lino Brocka, film très attendu car longtemps invisible, comme la totalité de l’œuvre de ce cinéaste philippin un peu oublié. L’exhumation de Manille est le fruit conjoint des efforts de Pierre Rissient, ami de Brocka qui en possédait les négatifs, de la World Cinema Foundation qu

Continuer à lire

Nuits Lumière à la Plateforme

ECRANS | Pour les festivaliers point encore éreintés par une journée de films ou pour les simples spectateurs cherchant à approcher dans un cadre convivial les invités (...)

Christophe Chabert | Lundi 14 octobre 2013

Nuits Lumière à la Plateforme

Pour les festivaliers point encore éreintés par une journée de films ou pour les simples spectateurs cherchant à approcher dans un cadre convivial les invités de Lumière 2013, les Nuits Lumière de la Plateforme ouvrent leurs portes ce soir à partir de 22h et jusqu'à dimanche à La Plateforme. Avec cette année un vrai programme et des thématiques tous les soirs. Lundi, ce sera l'Opening Party avec Robert Lapassade ; Mardi, une grande soirée blind test ; Mercredi, une soirée Flashback avec Maria Rockmore ; Jeudi, la Nuit Electronic Spirit avec Thylacine et Gisèle ; Vendredi, une Nuit spéciale Tarantino par le bien nommé Mr White ; Samedi, une soirée Bang Bang par Le Tourne Disque ; et enfin, dimanche, la Closing party conduite par Tatie Charby.

Continuer à lire

Les deux vies de James B. Harris

ECRANS | «Laisse-moi te citer quelques noms : Jack Hanson, Chick Nadell, James B. Harris, Ted Jaffe, Russ Pearce… (…) Tous victimes de cambriolages, tous des (...)

Christophe Chabert | Vendredi 11 octobre 2013

Les deux vies de James B. Harris

«Laisse-moi te citer quelques noms : Jack Hanson, Chick Nadell, James B. Harris, Ted Jaffe, Russ Pearce… (…) Tous victimes de cambriolages, tous des hommes mariés trop gênés pour avouer qu’ils ont ramené des radasses à la casa et qu’à cause de ça, ils se sont fait dévaliser…». C’est un passage de Tijuana mon amour, nouvelle de James Ellroy autour d’un collecteur de ragots pour un  journal à scandales nommé L’Indiscret. Pourquoi Ellroy balance-t-il, au milieu de quelques oubliés d’Hollywood, le nom de James B. Harris ? Est-ce parce qu’il n’a pas digéré les libertés prises par le cinéaste avec son Blood on the Moon, qu’il adapta sous le titre de Cop avec James Woods dans le rôle du flic torturé (mais moins que dans le bouquin, c’est vrai) Lloyd Hopkins ? Si Ellroy prétend que James B. Harris a eu une double vie (privée), on sait en revanche qu’en matière de cinéma, il a eu deux vies : la première en tant que producteur pour Stanley Kubrick su

Continuer à lire

Le film de casse selon Cavalier

ECRANS | Découvrir le film le plus rare d’un de nos cinéastes préférés, en sa présence : le festival Lumière ne pouvait nous faire plus plaisir qu’en programmant Mise à sac (...)

Christophe Chabert | Vendredi 11 octobre 2013

Le film de casse selon Cavalier

Découvrir le film le plus rare d’un de nos cinéastes préférés, en sa présence : le festival Lumière ne pouvait nous faire plus plaisir qu’en programmant Mise à sac d’Alain Cavalier. Il faut aussi remercier la Cinémathèque française, qui a choisi le film dans le cadre de l’invitation qui lui a été lancée. Mise à sac appartient à la première période de Cavalier, celle où il laisse parler son goût pour les genres cinématographiques, et ce film de casse à l’échelle d’une ville toute entière lui permet de collaborer à l’écriture avec un autre cinéaste qui débuta dans le polar avant d’inventer un cinéma à son image, Claude Sautet. Surtout, Mise à sac est la transposition d’un roman de Richard Stark, The Score (En coupe réglée, en français) qui appartient à sa série racontant les aventures d’un cambrioleur nommé Parker. Derrière le pseudo de Stark se cache l’immense Donald Westlake, et ce héros-là, rebaptisé Georges et incarné par Michel Constantin chez Cavalier, connaîtra une sacrée postérité cinématographique, puisque Lee Marvin — dans Le Point de non-retour — Mel G

Continuer à lire

Tarantino et les glorieux inconnus du cinéma

ECRANS | Au sein de sa pléthorique programmation, et grâce à l’implication de son Prix Lumière Quentin Tarantino, le festival Lumière fait la part belle aux redécouvertes. Cinéastes, acteurs et même chefs opérateurs, voici quelques-uns de ces soldats méconnus du septième art qui auront droit à leur part de Lumière… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 10 octobre 2013

Tarantino et les glorieux inconnus du cinéma

En se choisissant comme Prix Lumière 2013 Quentin Tarantino, le festival du même nom a ouvert la boîte de Pandore. Non seulement Tarantino sera honoré, fêté, célébré, acclamé, non seulement l’intégralité de son œuvre sera présentée au public — dans des copies 35 mm, exigence non négociable du cinéaste lui-même — mais, en plus, il est allé fouiller le coffre à trésors de son château sur Hollywood Hills pour en ramener quelques films oubliés, réunis dans ce que le festival a nommé «un voyage personnel de Quentin Tarantino à travers le cinéma». La cinéphilie du réalisateur de Pulp fiction est du genre éclectique, mais il a ce goût de la perle rare et de l’œuvre que personne d’autre que lui ne connaît. Ce plaisir-là transparaît dans ses films, qui accumulent les références et les citations, faisant réapparaître à la surface le souvenir d’un petit maître laissé pour compte par les historiens du cinéma ou, plus fort encore, d’un acteur depuis longtemps relégué au second, troisième ou dernier plan, et qu’il remet au centre de l’écran. Qui connaissait vraiment Michael Parks avant que Tar

Continuer à lire

Michael Cimino de retour à Lumière

ECRANS | Après son triomphe l'an dernier pour la présentation de La Porte du Paradis en clôture du festival, Michael Cimino sera de retour pour l'édition 2013 de Lumière (...)

Christophe Chabert | Mardi 8 octobre 2013

Michael Cimino de retour à Lumière

Après son triomphe l'an dernier pour la présentation de La Porte du Paradis en clôture du festival, Michael Cimino sera de retour pour l'édition 2013 de Lumière afin de présenter la copie restaurée de Voyage au bout de l'enfer, mais aussi, comme il l'a indiqué lors d'un message envoyé au festival, "pour être là en personne afin de féliciter Quentin Tarantino pour son Prix Lumière". Pour ceux que cela intéresse, rappelons que Cimino nous avait accordé une interview lors de sa dernière venue à l'Institut Lumière à l'occasion de la rétrospective qui lui était consacrée, que vous pouvez lire ici.

Continuer à lire

Lumière s’annonce brillant

ECRANS | Ouverture ce lundi du cinquième festival Lumière, avec d’ores et déjà un engouement exceptionnel lié à la venue de Quentin Tarantino. Mais il ne sera pas le seul invité prestigieux de cette édition… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 4 octobre 2013

Lumière s’annonce brillant

Une heure pour les 3000 places du Prix Lumière, deux pour les 4600 places de la Halle et la clôture du festival. C’est le temps qu’il a fallu pour que les deux séances de Lumière 2013 rendant hommage à Quentin Tarantino affichent sold out, record qui n’est pas lié à la rareté des films présentés — Jackie Brown et Pulp fiction — mais bien à la présence du maître Quentin, sorte de cinéaste-cinéphile-DJ dont on murmure qu’il ira se mettre aux platines du Sucre après la remise de son prix ! Car si certains se lamentent de n’avoir pu récupérer un précieux ticket pour voir leur idole en chair et en os, qu’ils soient rassurés : Tarantino sera omniprésent au cours du festival, dirigeant sa version de la Sortie de l'usine Lumière et allant présenter les films qu’il a choisis dans sa «Proposition», mélange de curiosités absolues — Hitler dead or alive, Le Justicier du Minnesota, western post-Django de Corbucci, Le Spécialiste du même Corbucci avec notre Johnny national, Le Déserteur, film soviétique daté 1939 que Tarantino voulait absolument vo

Continuer à lire

Pulp fiction en clôture de Lumière - Actualisée

ECRANS | Sans grande surprise pour ceux qui avaient étudié attentivement le programme, c'est Pulp fiction et son réalisateur Quentin Tarantino qui viendront mettre (...)

Christophe Chabert | Mardi 24 septembre 2013

Pulp fiction en clôture de Lumière - Actualisée

Sans grande surprise pour ceux qui avaient étudié attentivement le programme, c'est Pulp fiction et son réalisateur Quentin Tarantino qui viendront mettre le point final au festival Lumière 2013, le dimanche 20 octobre à 15h à la Halle Tony Garnier. Le film, Palme d'or au festival de Cannes en 1994, a imposé le cinéaste sur le plan international, et n'a pas pris une ride depuis sa sortie. Les places seront en vente à partir de ce mercredi 25 septembre à 13h et, si tout se passe comme pour le Prix Lumière, elles devraient partir comme des petits pains. Et on ne s'y est pas trompé : les 4600 places de la Halle sont parties en deux heures top chrono ! Impressionnant, et sans doute désespérant pour ceux qui espéraient entrapercevoir le maître Tarantino. On leur donne un petit conseil d'ami : allez simplement voir des films à Lumière, il y a de fortes chances que vous l'y croisiez, et sans dotue pas très loin de là où vous serez assis…

Continuer à lire

Jackie Brown pour accompagner le Prix Lumière à Tarantino - Actualisée

ECRANS | C’est finalement Jackie Brown, troisième film de Quentin Tarantino, adapté du regretté Elmore Leonard et qui réunissait la star de la blaxploitation Pam (...)

Christophe Chabert | Mercredi 18 septembre 2013

Jackie Brown pour accompagner le Prix Lumière à Tarantino - Actualisée

C’est finalement Jackie Brown, troisième film de Quentin Tarantino, adapté du regretté Elmore Leonard et qui réunissait la star de la blaxploitation Pam Grier, le fidèle Samuel L. Jackson mais aussi Robert De Niro, Bridget Fonda, Michael Keaton et Robert Forster, qui sera projeté le vendredi 18 octobre à l’Amphithéâtre-Centre de Congrès de Lyon, pour accompagner la remise du Prix Lumière à son réalisateur. La soirée commencera à 19h45 par la remise du Prix et la projection aura lieu à 21h30 après une entracte. La billetterie, ouverte ce jeudi à 13h, a été littéralement prise d'assaut, si bien que toutes les places sont parties en quelques heures ! Le festival annonce toutefois que quelques unes seront sans doute remises en vente le soir-même à l'Amphithéâtre.

Continuer à lire

Ghibli fête sa révolution

ECRANS | C’est la dernière annonce (fracassante) du festival Lumière : comme le lapin sorti du chapeau, un hommage aux studios Ghibli du grand Hayao Miyazaki, qui (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 septembre 2013

Ghibli fête sa révolution

C’est la dernière annonce (fracassante) du festival Lumière : comme le lapin sorti du chapeau, un hommage aux studios Ghibli du grand Hayao Miyazaki, qui fêtent en 2013 leurs 25 ans. Miyazaki a jeté un petit froid au festival de Venise ; alors que son dernier film, Le Vent se lève… il faut tenter de vivre, était en compétition — d’où il est, au passage, reparti bredouille — le maître annonça sa retraite de réalisateur. Certes, tel un compagnon de la chanson, il n’en est pas à sa première tentative — depuis Chihiro au moins, il annonce son envie de raccrocher les pinceaux et la caméra — mais cette fois, ça a l’air sérieux. Quoiqu’il en soit, le patrimoine Ghibli est énorme, et le travail accompli par Miyazaki représente une révolution incontestable dans le domaine du cinéma animé. Abordant des thèmes nouveaux — la menace qui pèse sur l’écologie, la guerre — à travers le prisme de l’enfance ou du merveilleux, poussant l’interpénétration entre le réel et le fantastique jusqu’à les rendre indissociables, il a bâti une mythologie qui n’appartient qu’à lui, imposant un trait là encore extrêmement perso

Continuer à lire

"Blackmail" en ciné-concert au festival Lumière

ECRANS | Comme chaque année, le festival Lumière investira l'Auditorium pour un ciné-concert où l'Orchestre National de Lyon, sous la direction de Lenoard Slatkin, (...)

Christophe Chabert | Jeudi 5 septembre 2013

Comme chaque année, le festival Lumière investira l'Auditorium pour un ciné-concert où l'Orchestre National de Lyon, sous la direction de Lenoard Slatkin, mettra en musique un chef-d'œuvre du muet. Pour l'édition 2013, ce sera donc Blackmail d'Alfred Hitchcock, fraîchement restauré par le British Film Institute grâce à son programme "Rescue the Hitchcock 9" — neuf films muets du cinéaste dont les copies étaient menacées de disparition — dans la partition composée en 2008 par Neil Brand et orchestrée par Timothy Brock. Le ciné-concert se déroulera le mercredi 16 octobre à 20h15, et Lumière programmera durant le festival le remake parlant de Blackmail, tourné quelques années plus tard par Hitchcock lui-même.

Continuer à lire

Lumière 2013, festival déchaîné

ECRANS | On en sait désormais un peu plus sur la programmation du festival Lumière 2013 où, faut-il le rappeler, Quentin Tarantino sera à l’honneur. Bergman, Verneuil, Ashby, des films noirs rarissimes, des projections événements, des raretés restaurées et des invités de choix ; cette édition s’annonce définitivement colossale. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 août 2013

Lumière 2013, festival déchaîné

Déjà alléchante lors de sa présentation avant la trêve estivale, l’édition 2013 du festival Lumière revient en septembre fraîche et bien bronzée avec cette fois une programmation détaillée de l’ensemble de ses sections. Il y a évidemment le Prix Lumière remis à Tarantino, avec l’intégrale de son œuvre plus une carte blanche dont le contenu est encore en cours de finition, l’ami Quentin ayant choisi des films visiblement cotons à dégoter… Il y a ensuite une nuit consacrée aux Monty Python avec là encore la totalité de leur filmographie collective — Sacré Graal, La Vie de Brian, Le Sens de la Vie et leur Première folie, recueil des sketchs du Flying Circus… Très attendue, la rétrospective Bergman s’annonce comme un des gros morceaux du festival : la sélection des films traduit un désir de balayer l’œuvre, avec ses sommets incontournables — Monika, Le Septième Sceau, La Source, Persona, Sonate d’Automne, Les Communiants, Scènes de la vie conjugale, Les Frai

Continuer à lire

Présentation du festival Lumière

ECRANS | Vous le savez, le cinéphile et de plus en plus radical Quentin Tarantino sera à l'honneur de la prochaine édition du festival Lumière, qui se tiendra du 14 au (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 22 août 2013

Présentation du festival Lumière

Vous le savez, le cinéphile et de plus en plus radical Quentin Tarantino sera à l'honneur de la prochaine édition du festival Lumière, qui se tiendra du 14 au 20 octobre. Mais quid du reste du programme ? Pour s'en faire une idée, vous pouvez soit relire l'avant-papier rédigé par nos soins au moment de l'annonce du festival, soit vous procurer à sa sortie notre numéro 722 (daté du 4 septembre), soit assister, sur simple inscription au 04 78 78 18 85, à l'une des huit soirées de présentation qu'animera Maelle Arnaud, programmatrice de l'Institut Lumière. En voici les dates : Mardi 10 septembre à 19h et 20h30Jeudi 12 septembre à 19h et 20h30Samedi 14 septembre à 11h30Jeudi 3 octobre à 19h et 20h30Mardi 8 octobre à 19h

Continuer à lire

Tarantino : glourious basterd

ECRANS | En choisissant Quentin Tarantino pour recevoir le cinquième Prix Lumière, le festival Lumière, qui aura lieu du 14 au 20 octobre prochain, frappe un grand coup, dans une édition placée sous le signe de la "célébration du 35 mm". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 21 juin 2013

Tarantino : glourious basterd

Au terme d’un suspens soigneusement orchestré, c’est sous des hurlements de joie qu’a été annoncé le nom du cinquième Prix Lumière, qui sera remis le 18 octobre prochain (avec, au passage, un petit changement de date, la cérémonie ayant lieu le vendredi et non plus le samedi) : Quentin Tarantino. Le cinéaste avait le profil parfait pour le recevoir, tant il mène une œuvre singulière et, son Django unchained l’a prouvé, sans doute déjà à son apogée ; mais il est aussi un cinéphile fervent, qui travaille à la redécouverte de films et d’auteurs oubliés, devenant au fil du temps, avec Martin Scorsese, un des plus grands défenseurs du patrimoine cinématographique. Ses trois derniers films — Boulevard de la mort, Inglourious Basterds et Django unchained — ont aussi démontré quelle haute idée Tarantino se faisait du cinéma et de son histoire, ceux-ci étant capables de venir panser les plaies de l’Histoire elle-même, inventant une sorte d’uchronie où les minorités persécutées — femmes, juifs ou noirs — prenaient une revanche sur leurs oppresseurs via leurs doubles de celluloïd. Le 35 mm fait de la résistance C’est aussi un d

Continuer à lire

Quentin Tarantino : un Prix Lumière cinéphile et fédérateur

ECRANS | En choisissant Quentin Tarantino pour recevoir le cinquième Prix Lumière, le festival Lumière, qui aura lieu du 14 au 20 octobre prochain, frappe un grand coup, dans une édition placée sous le signe de la «célébration du 35 mm». Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 20 juin 2013

Quentin Tarantino : un Prix Lumière cinéphile et fédérateur

Au terme d’un suspens soigneusement orchestré, c’est sous des hurlements de joie qu’a été annoncé le cinquième Prix Lumière, qui sera remis le 18 octobre prochain (avec, au passage, un petit changement de date, la cérémonie ayant lieu le vendredi et non plus le samedi) à rien moins que Quentin Tarantino. Le cinéaste avait le profil parfait pour le recevoir, tant il mène une œuvre singulière et, son Django unchained l’a prouvé, sans doute déjà à son apogée ; mais il est aussi un cinéphile fervent, qui travaille à la redécouverte de films et d’auteurs oubliés, devenant au film du temps, avec Martin Scorsese, un des plus grands défenseurs du patrimoine cinématographique. Ces trois derniers films — Boulevard de la mort, Inglourious Basterds et Django unchained — ont aussi démontré quelle haute idée Tarantino se faisait du cinéma et de son histoire, ceux-ci étant capables de venir panser les plaies de l’Histoire elle-même, inventant une sorte d’uchronie où les minorités persécutées — femmes, juifs ou noirs — prenaient une revanche sur leurs

Continuer à lire

Quentin Tarantino, Prix Lumière 2013

ECRANS | Ca y est, on connait enfin le nom du prochain récipiendaire du prestigieux Prix Lumière : c'est Quentin Tarantino qui succède à Clint Eastwood, Milos Forman, (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 20 juin 2013

Quentin Tarantino, Prix Lumière 2013

Ca y est, on connait enfin le nom du prochain récipiendaire du prestigieux Prix Lumière : c'est Quentin Tarantino qui succède à Clint Eastwood, Milos Forman, Gérard Depardieu et Ken Loach. Le réalisateur sera évidemment présent au Festival Lumière 2013 (qui se tiendra, pour rappel, du 14 au 20 octobre) pour recevoir sa distinction.

Continuer à lire

Sleeping beauty

ECRANS | Premier film de Julia Leigh, romancière australienne réputée, cette fable contemporaine autour d’une jeune fille qui accepte de dormir nue aux côtés de vieillards solitaires contre rémunération n’a de provocateur que son pitch. Le reste n’est qu’esthétisme et leçon de morale. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 9 novembre 2011

Sleeping beauty

Critique / Au XXIe siècle dominé par la violence des échanges financiers, la précarité et la servitude économique, Julia Leigh nous raconte sa version de La Belle au bois dormant : Lucy, lasse d’essuyer des verres au fond d’un café ou d’avaler des sondes gastriques pour quelques dollars (australiens), trouve un plan beaucoup plus lucratif. Dans une somptueuse demeure, elle devra se déshabiller, avaler un puissant somnifère et laisser des hommes passer la nuit avec elle. La règle, édictée par la mère maquerelle, est claire : «Pas de pénétration». Que se passe-t-il alors ? De lents cérémoniaux traduisant la solitude sentimentale des clients, fascinés par cette beauté juvénile qui désormais leur est interdite dans la "vraie" vie. Attention, froideur ! Sur ce canevas, Sleeping beauty déploie une mise en scène qui confine au pléonasme. Le monde est inhumain, les êtres ne communiquent plus que pour se vendre des services ? Julia Leigh va donc filmer l’ensemble avec des plans fixes au rasoir à la production artistique parfaite, ne bougeant sa caméra que pour souligner les transactions en cours. Cela devrait suffire pour expliciter les intent

Continuer à lire