Fonzy

ECRANS | D’Isabelle Doval (Fr, 1h43) avec José Garcia, Lucien Jean-Baptiste, Audrey Fleurot…

Christophe Chabert | Mercredi 23 octobre 2013

Remake du film québécois Starbuck, Fonzy en reprend l'exact déroulé narratif, quasiment scènes par scènes, parfois au plan près, ne modifiant que de tout petits détails — le héros n'est plus livreur dans une boucherie mais dans une poissonnerie, par exemple. Parfois, il fait pire, notamment à cause d'un étalonnage désastreux qui intensifie tous les défauts du numérique, ou par la prestation franchement nulle de certains comédiens — le fils gothique, en particulier, est assez cauchemardesque.

Pourtant, Isabelle Doval a réussi l'essentiel : corriger ce que Starbuck avait de profondément dégueu, à savoir son manque de respect envers son sujet, les enfants nés d'une I.A.D. (Insémination Artificielle avec Donneur). Simple prétexte dans le film québécois conduisant à un déluge de pathos Benetton style, il est pris au sérieux dans Fonzy avec une honnêteté surprenante, montrant toutes les apories actuelles de la loi française sur la question et le refus de prendre en compte le point de vue de ces enfants devenus des adultes responsables. Du coup, on a l'impression que Doval est à l'étroit dans le remake qui lui a été commandé, et qu'une œuvre originale sur le sujet aurait sans doute eût plus de force.

Christophe Chabert


Fonzy

D'Isabelle Doval (Fr, 1h43) avec José Garcia, Lucien Jean-Baptiste…

D'Isabelle Doval (Fr, 1h43) avec José Garcia, Lucien Jean-Baptiste…

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Fonzy, le pseudonyme sous lequel Diego Costa a fourni il y a 20 ans du sperme à maintes reprises dans le cadre d'un protocole de recherche. Aujourd'hui, à 42 ans, il est livreur dans la poissonnerie familiale et mène une vie d'adolescent irresponsable et gaffeur.


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Les femmes… et leurs amants marris : "À cause des filles…?"

Comédie | À la fois désuète et très contemporaine, cette imbrication de sketches parlant de l’éternel jeu de chat et chien que se jouent femmes et hommes signe le retour de Pascal Thomas dans son genre de prédilection : la comédie de mœurs chorale. Sous le satin, le papier de verre…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Les femmes… et leurs amants marris :

Sortant de l’église où elle vient de convoler, une mariée voit avec stupeur son époux s’enfuir avec une autre femme. Lors de la noce qui s’ensuit, invités et témoins de ce coup de théâtre rivalisent d’anecdotes illustrant l’insondable versatilité de la vie conjugale… Les plus vénérables se souviendront de La Vie à deux (1958) un florilège d’histoires de couples glanées dans les œuvres de Guitry, dessinant une mosaïque du tandem conjugal à l’époque du vieux maître. Pascal Thomas nous offre une réactualisation de ce portrait de plus en plus abstrait, de sa touche alerte et fantaisiste. Défauts inclus : on ne le reprendra plus sur ses post-synchro hasardeuses qui, avec le temps, confinent à la marque de fabrique autant que ses distributions d’habitués (Christian Morin, Bernad Ménez, Victoria Lafaury) ou ses aphorismes. Celles qui nous ont bien eus Parmi cette collection de sketches, certains semblent adaptés de ces histoires insolites (et pourtant authentiques) jadis racontées par Pierre Bellemare — telle celle du cha

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Les affaires de famille de Jean-Paul Rouve : "Lola et ses frères"

Comédie Dramatique | de et avec Jean-Paul Rouve (Fr, 1h45) avec également Ludivine Sagnier, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Les affaires de famille de Jean-Paul Rouve :

Depuis la mort de leurs parents, Lola joue un peu le rôle de grande sœur pour ses deux frères aînés que rien ne rapproche : Benoît est aisé et aime tout contrôler ; Pierre, en difficulté, très soupe-au-lait. Ils en oublieraient presque que leur benjamine a, elle aussi, une vie à elle… Voici l’histoire de famille que l’on aurait aimé voir réalisée par Michel Blanc il y a quelques semaines, et que son excellent interprète du pathétique Voyez comme on danse signe avec la sensibilité qu’on lui connaît. Oh certes, il ne retrouve pas la grâce de Quand je serai petit (2012) mais s’obstine (à raison) dans cette trajectoire qui lui fera accomplir un jour une indiscutable réussite ; ce film sur les relations entre frères et sœurs, parents et enfants autour duquel beaucoup tournent sans aller nulle part, mais que lui pressent. Dans les familles cinématographiques de Rouve — et donc dans celle de Lola — il n’y a pas que des cadres sup’ urbains, ni de coucheries entre notaires blancs, ni de magot en héritage : c’est la recherche du

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Bozon maudit : "Madame Hyde"

Pas fantastique | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Bozon maudit :

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip-Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman de Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine d’ailleurs à comprendre le “pourquoi” de ce film. Son “comment” demeure également mystérieux, avec ses séquences coupées trop tôt, son pseudo humour décalé sinistre

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"Il a déjà tes yeux" : Lorsque l’enfant paraît (trop clair)

ECRANS | de et avec Lucien Jean-Baptiste (Fr, 1h35) avec également Aïssa Maïga, Zabou Breitman, Vincent Elbaz…

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Paul et Sali s’aiment, viennent d’ouvrir leur magasin, d’acheter leur maison et rêvent de parachever leur bonheur en étant parents. La Nature étant contrariante, ils recourent aux services sociaux leur proposant d’adopter Benjamin, un blondinet, alors qu’eux sont noirs. C’est la joie pour Paul et Sali ; pas pour leur entourage… Lucien Jean-Baptiste a trouvé là un excellent sujet, sans doute le meilleur depuis 30° Couleur : un thème de conte philosophique adapté en comédie de situation. N’étaient quelques invraisemblances grossières — un couple de commerçants débutants et, en théorie, sans fortune disposant d’un emploi du temps aussi souple qu’une gymnaste olympique, voilà qui défie le bon sens — le regard se révèle extrêmement pertinent sur les présupposés sociétaux : la norme n’est, bien souvent, qu’une question d’habitude (voir l’hilarante séquence dans la salle d’attente de la pédiatre), et la plupart des évolutions sont freinées par la peur de l’inconnu. Croquant avec gourmandise tous les travers, le comédien-cinéaste joue adroitement avec les particularismes culturels africains (convivialité d’immeuble,

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"Norm" : Qui a vu l’ours ?

ECRANS | de Trevor Wall et Xia Xiao Ping (E-U, 1h30) avec les voix (v.f.) de Omar Sy, Med Hondo, Lucien Jean-Baptiste…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Norm, un gentil ours polaire doué de la parole, gagne New York escorté par des lemmings indestructibles pour faire sa fête à Mr. Greene, un fourbe promoteur aux allures de baba-cool mais voulant envahir l’Arctique. Devinez qui gagnera à la fin ? Un dessin animé dénonçant l’avidité des grosses entreprises et la personnalité janusienne de leurs dirigeants, avec un sous-texte écologiste : pourquoi pas, ça ne peut pas faire plus de mal à la cause qu’un documentaire de Mélanie Laurent. Malheureusement, ce discours un peu divergent se plaque sur une forme oscillant entre le banal et le bancal — à l’instar des lemmings crétins à tout faire, épigones de Minions en moins jaunes et plus velus. Sans être déplaisant à voir, Norm ne captive pas. On a ainsi tout le loisir de tenter de reconnaître les voix des doubleurs, d’observer les arrière-pl

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"C’est quoi cette famille ?!" : Philippe Katerine sauve les meubles

ECRANS | Un film de Gabriel Julien-Laferrière (Fr, 1h26) avec Julie Gayet, Thierry Neuvic, Lucien Jean-Baptiste…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Un titre à la Nicole de Buron, un sujet à la Patrick Braoudé, un décor des plus banals (le 9e arrondissement de Paris, 8 000€/m2 à la vente) dans lequel des enfants bien peignés, lassés de transbahuter leurs affaires d’une famille recomposée à l’autre, décident d’investir en colocation “sauvage” le vaste et cossu 7 pièces de la rue Turgot, inoccupé depuis qu’une aïeule a eu l’infortune de décéder. Amis touchant l’APL, familles monoparentales ; parents d’enfants déscolarisés, vous allez rire : malgré les apparences, il ne s’agit pas de science-fiction, mais d’une comédie ! Reste à savoir pour qui. Philippe Katerine sauve les meubles très indirectement, en nous révélant malgré lui ses secrets d’inspiration : le voir côtoyer ici Julie Gayet, après l’avoir découvert endossant le costume du président de la République dans Gaz de France, livre les clefs de composition de sa ballade champêtre À L’Élysée, figurant su

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"L'Idéal" : Frédéric Beigbeder s'adapte lui-même

ECRANS | de Frédéric Beigbeder (Fr., 1h30) avec Gaspard Proust, Audrey Fleurot, Anamaria Vartolomei…

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

En 2007, Beigbeder confiait à Jan Kounen le soin de tourner l’adaptation de son roman 99 francs. Moins d’une décennie plus tard, et après avoir franchi le pas en transposant L’Amour dure trois ans, l’écrivain se charge lui-même de la réalisation de la suite Au secours, pardon, qu’il remodèle pour la peine. Retranchant les éléments équivoques (le surplus de sexe avec mineures, d’inceste potentiel, de paradis artificiels), ajoutant des personnages féminins et féministes (type Femen) comme pour donner des gages à notre époque, il ne manque pas non plus une occasion d’afficher à l’écran la marque du magazine qu’il dirige, Lui. Cynisme hypocrite ou ironie, dans u

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Je fais le mort

ECRANS | De Jean-Paul Salomé (Fr-Belg, 1h42) avec François Damiens, Géraldine Nakache, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Je fais le mort

Le premier mérite de Je fais le mort est l’originalité de son point de départ : un acteur dans la dèche, souffrant d’une réputation détestable sur les plateaux, accepte d’aller «faire le mort» pour la reconstitution judiciaire d’un triple homicide du côté de Megève. Une fois sur place, entre drague maladroite de la juge d’instruction et volonté de «réalisme» sur la scène du crime, il provoque une série de catastrophes mais révèle aussi les approximations de l’enquête. Au milieu d’un genre sinistré, celui de la comédie hexagonale ici matinée de polar, Je fais le mort tire son épingle du jeu. Pas tellement par sa mise en scène, même si son artisanat télévisuel lui confère une modestie bienvenue ; surtout par le portrait de ce comédien égocentrique et vaniteux qui conduit à quelques réflexions bien vues sur un monde du cinéma où même le plus pitoyable des losers se prend pour un génie de «l’acting» — on sent que Salomé a vu Extras, la formidable série de Ricky Gervais. C’est bien sûr une partition parfaite pour un François Damiens en grande forme, trop heureux de pouvoir être à la fois l’acteur de cinéma subtil q

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Turf

ECRANS | De Fabien Onteniente (Fr, 1h42) avec Édouard Baer, Alain Chabat, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Turf

Dire du mal de Turf revient à tirer sur une ambulance. Quoique, comme la plupart des comédies commerciales françaises, il affiche une insolente santé, trop bien nourri aux euros sonnants et trébuchants. Cela ne masque pas le recyclage poussif et transparent qui lui sert de pitch : Un éléphant ça trompe énormément dans le milieu du tiercé. Soit quatre potes dont un avec une mère juive (Marthe Villalonga, pour être original), l’autre qui trompe sa femme jusqu’à ce qu’elle en ait marre et le foute dehors, un troisième plus effacé mais solide dans les affaires comme en amitié, et un quatrième qui expose le tout en voix off et se met à l’équitation pour séduire une jeune et jolie demoiselle. Au milieu, Onteniente projette ses vannes pourries, sa mythologie beauf (on a du fric, on fait la fête sur la côte) et son absence totale de direction artistique, pour un résultat sinistre qui a l’air de durer trois plombes. C’est nul donc, et seul un Depardieu d’une sincérité totale s’échappe du marasme. Qui d’autre que lui pourrait faire sonner juste une réplique comme : «Tiens, voilà tes deux places pour Lady Gaga !» ? Christophe Chabert 

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Mais qui a retué Pamela Rose ?

ECRANS | De et avec Kad Merad et Olivier Baroux (Fr, 1h30) avec Audrey Fleurot, Omar Sy…

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2012

Mais qui a retué Pamela Rose ?

Un air de fête du slip flotte au-dessus de cette suite de Pamela Rose, réalisée cette fois par Kad et Olivier eux-mêmes. En effet, le film a été gavé jusqu’à la gueule de tous les types d’humour existants, produisant beaucoup de déchets en pensant sans doute toucher tous les segments de public. Les deux zouaves se sont sans doute bien amusés, allant jusqu’à s’autociter période Kamoulox, se vieillir avec fausses bedaines et grotesques moustaches texanes, ou se distribuer en faux commentateurs de catch. À leurs côtés, une moitié du casting d’Intouchables tente de garder une certaine dignité au milieu de cette pantalonnade assez sinistre qui pense que le cinéma, c’est seulement plus gros et plus cher que la télévision. On est même éberlué de voir que la meilleure idée du film, celle qui pouvait légitimer cette suite, débarque seulement vingt minutes avant la fin ! Dans son envie de rire de tout n’importe comment, Mais qui a retué Pamela Rose ? prend parfois acte de cette inflation ridicule, et ce sont bien les seuls moments où l’on

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Les Seigneurs

ECRANS | D’Olivier Dahan (Fr, 1h37) avec José Garcia, Jean-Pierre Marielle, Ramzy, JoeyStarr, Gad Elmaleh, Franck Dubosc…

Christophe Chabert | Mercredi 19 septembre 2012

Les Seigneurs

Typique du cinéma industriel qui se développe en ce moment dans l’Hexagone, Les Seigneurs est avant tout un film de producteur, en l’occurrence l’ancien comédien Isaac Sharry. Olivier Dahan, certes réalisateur de La Môme mais qu’il avait tourné juste après une commande déjà bien foireuse pour Luc Besson (Les Rivières pourpres 2), ne vient donc qu’apporter sa griffe à un récit archi-calibré (en gros, un entraîneur à la dérive est engagé pour s’occuper d’une équipe de dernière zone sur l’île de Molène, Bretagne, et convainc tous ses anciens camarades de renfiler les gants pour défendre l’usine menacée de fermeture). Le problème, c’est que Dahan est plus une erreur de casting qu’un atout : il ne sait manifestement pas mettre en scène de la comédie, sinon en surdécoupant le jeu de ses comédiens ou en les cadrant large quand ils font leur numéro, et en jouant sur des effets qui rappellent rien moins que Les Fous du stade avec Les Charlots. Quant au foot, n’en parlons même pas — de toute façon, seul Carlos Reygadas a su le filmer dans

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Starbuck

ECRANS | De Ken Scott (Canada, 1h49) avec Patrick Huard, Julie Le Breton…

Christophe Chabert | Lundi 25 juin 2012

Starbuck

Pour avaler ce Starbuck, feel good movie en provenance d’une Province, le Québec, où de toute façon les Bisounours sont rois, il faut passer outre un énorme problème lié à son sujet. En effet, on y voit un ado attardé et irresponsable qui a dans sa jeunesse, pour mettre de l’argent de côté, donné son sperme anonymement et donné naissance à 533 enfants. Le scandale éclate quand cette progéniture pléthorique décide de porter l’affaire devant la justice pour connaître son identité. Jusqu’ici, rien d’incongru, sinon le fait que Ken Scott privilégie l’image au point de vue, la réalisation à la mise en scène. Mais scénaristiquement, il a besoin d’en passer par une énorme malhonnêteté en posant l’équation enfants nés d’une I.A.D. (Insémination Artificielle avec Donneur) = enfants malheureux et orphelins. C’est à la fois faux et très bête, mais c’est surtout une pure manipulation. La galerie de seconds rôles, tous paumés, drogués, suicidaires, sur lesquels «Starbuck» va veiller tel Mimie Mathy dans Joséphine Ange gardien, ne sont que des clichés servant une mécanique qui a pour seule fin le pathos, dégoulinant de partout, jusque dans un climax assez o

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30° couleur

ECRANS | De Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue (Fr, 1h31) avec Lucien Jean-Baptiste, Édouard Montoute…

Christophe Chabert | Mardi 6 mars 2012

30° couleur

Ne vous fiez pas à une bande-annonce pourrie qui essaie de faire croire à une nouvelle comédie ethnique de la part de l’auteur de La Première étoile ; 30° couleur vaut mieux que ça. À la manière d’Intouchables (avec qui il partage les mêmes producteurs, Quad), le deuxième film de Lucien Jean-Baptiste (écrit et réalisé avec Philippe Larue) cherche plutôt l’émotion. Historien médiatique, Patrick doit retourner dans sa Martinique natale où sa mère est en train de mourir. Au lieu de jouer la carte du pittoresque et la collusion entre les clichés, le film s’intéresse aux clivages internes des personnages : le plus étrange est celui d’Édouard Montoute, mâle martiniquais typique qui passe une partie du film déguisé en drag queen, ne jurant que par la fête mais toujours rattrapé par un spleen inexpliqué. Si le scénario s’avère maladroit dès qu’il s’agit de négocier des virages dramatiques — en France, certains devraient sérieusement freiner sur les séminaires du gourou américain Robert MacK

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Chez Gino

ECRANS | De et avec Samuel Benchetrit (Fr, 1h40) avec José Garcia, Anna Mouglalis…

Christophe Chabert | Mercredi 23 mars 2011

Chez Gino

Samuel Benchetrit voulait rendre hommage à la comédie italienne à travers l’histoire rocambolesque de ce pizzaiolo de Bruxelles qui s’improvise mafieux dans un faux documentaire pour récupérer l’héritage de son oncle italien. À l’arrivée, l’amateurisme du film dans le film déborde sur la mise en scène de Benchetrit : image dégueu, son plat et à peine mixé, effets nanardeux (le massacre du chat en peluche). C’est en soi une insulte au travail soigné et précis de Germi, Risi, Scola, etc. Mais "Chez Gino" n’est, en plus, jamais drôle, plombé par des acteurs à l’ouest (Mouglalis, qui glousse et grimace, provoque l’embarras) et un manque constant de rigueur et de rythme. Rappelons-le encore et encore : faire une comédie, ce n’est pas filmer n’importe comment des gens qui font n’importe quoi. Christophe Chabert

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La première étoile

ECRANS | De et avec Lucien Jean-Baptiste (Fr, 1h30) avec Firmine Richard, Anne Consigny…

Christophe Chabert | Vendredi 20 mars 2009

La première étoile

On voit bien la stratégie à l’œuvre : sous couvert de son plébiscite au dernier Festival de L’Alpe d’Huez, d’une réinterprétation lapidaire de son postulat de départ (une famille d’origine antillaise à la montagne) sous l’angle du décalage culturel, qui se voudrait la fusion toute fantasmée entre les films des scélérats de la bande du Splendid et Bienvenue chez les Ch’tis, on tente de nous vendre la première réalisation de Lucien Jean-Baptiste comme le prochain carton annoncé de la comédie à la française. Mais ne nous y trompons pas : tout sympathique qu’il soit, l’acteur-réalisateur a grand mal à insuffler de la vigueur cinématographique à un récit balisé, convenu, truffé de blagues éculées tombant quasi systématiquement à côté de la plaque. On va encore se faire traiter de fossoyeurs du cinéma populaire français, mais on est prêt à assumer face au marasme artistique assez gênant qui se déroule devant nos yeux… François Cau

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Pelly royal !

SCENES | Avec "Le Roi nu", Laurent Pelly propose le spectacle parfait : 2 heures de divertissement et d'intelligence qui ne souffrent aucune faiblesse, portées par un texte et des acteurs éblouissants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 décembre 2005

Pelly royal !

On imagine bien Laurent Pelly pleurant de joie en découvrant le texte d'Evguéni Scwartz, Le Roi nu. Ravi de mettre la main sur une pièce qui semble répondre parfaitement à ses aspiration théâtrales, heureux que celle-ci soit encore quasi vierge de toute adaptation. Et pour cause ! Son auteur a vécu la censure soviétique, son conte de fée truculent étant aussi une redoutable satyre d'un régime totalitaire qui pue autant le nazisme que le stalinisme. Mais c'est d'abord la fantaisie qui l'emporte dans ce spectacle jubilatoire, la gravité étant effleurée avec une élégante désinvolture. Précision et profusion Même si la scénographie récrée un gigantesque environnement bureaucratique, s'il tombe des cintres une lampe à l'éclairage blafard pour un interrogatoire façon gestapo, c'est bien un conte de fée qui se déroule sous nos yeux. Un gardien de porc tombe amoureux d'une princesse simplette, mais celle-ci doit épouser un despote mégalomane et abruti ; pendant que les noces se préparent, le porcher et son camarade fidèle inventent un stratagème pour ridiculiser cette cour stupide, provoquant au passage une révolte démocratique. Un tel résumé passe sous silenc

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Astérix aux jeux Olympiques

ECRANS | De Thomas Langmann et Frédéric Forestier (Fr-All-Esp-It, 1h55) avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Alain Delon, Benoît Poelvoorde...

Christophe Chabert | Mercredi 6 février 2008

Astérix aux jeux Olympiques

L'échec artistique de ce troisième Astérix, patent et douloureux, peut se résumer facilement. Le projet de blockbuster paneuropéen de Thomas Langmann voulait fédérer les talents de chaque pays coproducteur. Des talents, il y en a (Depardieu, Poelvoorde, Delon, Cornillac, Astier, Segura, Garcia...), mais chacun est réduit à jouer sa partition en solo, souvent dans le registre qu'on lui connaît déjà. Ni le scénario, basique, ni la réalisation, occupée à justifier le budget du film, n'assure le liant. Langmann tenait aussi à se démarquer de la vision donnée par Chabat dans le précédent volet, jugé trop «Canal». Pourtant, dès le monologue de Delon, ce que l'on voit à l'écran, c'est un immense acteur en train de jouer en live son guignol. Rupture tranquille, donc, qui au fil du film se déporte de la chaîne cryptée vers TF1, avec la sainte trinité variétoche/comédie populaire/sport en ligne de mire. Sur le modèle des superproductions américaines formatées, Astérix aux jeux Olympiques ne repose que sur des équations marketing hasardeuses où chaque séquence est supposée répondre aux attentes d'une catégorie de spectateurs. C'est l'aveu terrible des 15 dernières minutes où il n'

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