Il était temps

ECRANS | Richard Curtis, le maître de la comédie romantique anglaise, réussit un parfait film en trompe-l’œil ; derrière l’humour, la romance et le concept du voyage dans le temps, "Il était temps" est une méditation touchante sur la transmission entre les pères et les fils. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Pendant la première heure d'Il était temps, tout paraît un peu trop clair au spectateur : Tim, post-ado roux et maladroit avec les filles, arrivé de son Sussex tempétueux vers la très branchée City londonienne, se voit offrir un don extraordinaire, celui de voyager dans le temps. Il peut ainsi rectifier ses erreurs en recommençant autant qu'il le veut les moments décisifs de son existence.

Richard Curtis, à qui l'on doit Love actually et les scénarios de Notting Hill et Cheval de guerre, fait ainsi se rencontrer le genre dans lequel il excelle, la comédie romantique, et une veine plus conceptuelle, rappelant celle d'Un jour sans fin. Que l'affaire soit très bien écrite, avec des seconds rôles pittoresques et un excellent couple d'acteurs principaux — le peu connu Domnhall Gleeson et la fameuse Rachel MacAdams — relève de l'évidence, et on se demande si l'ami Curtis ne déroule pas un peu trop tranquillement un savoir-faire désormais rodé.

Tempus fugit

Cette habileté a pourtant quelque chose de paradoxal. Ainsi, l'histoire d'amour se concrétise avec une étonnante facilité, sans drame ni heurt. Le couple s'installe et la possibilité d'une infidélité est à son tour évacuée fissa d'un récit au cours tranquille, comme une chronique amusée des jours heureux. Même le concept du voyage dans le temps paraît sous-utilisé par le script, vite digéré et seulement amendé par quelques règles additionnelles.

C'est en fait là que tout se joue : le don de Tim lui a été transmis par son père à ses 21 ans, comme ce fut le cas pour tous les enfants mâles de la famille. Ce qui importe n'est pas tant ce qu'il en fait que l'acte de transmission lui-même, établissant un lien secret et évolutif entre le père et le fils. Or, ce lien est fragile et le temps, malgré tout, passe : le fils devient père, et c'est pour lui l'occasion de faire un bilan de son expérience, avant de la transmettre à son tour.

Il était temps s'engage alors dans un mélodrame bouleversant, qui interroge la construction même de son héros, entre héritage et liberté. C'est toute la beauté du film que de dire des choses très profondes et douloureuses sur la paternité en les enfouissant derrière la grâce légère propre au cinéma de Richard Curtis.

Il était temps
De Richard Curtis (Ang, 2h03) avec Domnhall Gleeson, Rachel MacAdams, Bill Nighy…


Il était temps

De Richard Curtis (ÉU, 2h03) avec Domhnall Gleeson, Rachel McAdams...

De Richard Curtis (ÉU, 2h03) avec Domhnall Gleeson, Rachel McAdams...

voir la fiche du film


À 21 ans révolus, Tim Lake découvre qu'il a le pouvoir de voyager dans le temps... Au lendemain d'un réveillon de jour de l'an encore décevant, le père de Tim révèle à son fils que tous les hommes de la famille ont, depuis toujours, la faculté de voyager dans le temps. Tim ne peut pas changer le cours de l'histoire mais il peut changer ce qui se passe et s'est passé dans sa vie. Il décide d'améliorer son existence... en se trouvant une petite amie. Malheureusement les choses ne s'avèrent pas si simples qu'il pensait. Quittant la côte des Cornouailles pour s'installer à Londres et devenir avocat, Tim rencontre finalement Mary, une jeune femme charmante mais de nature angoissée. Ils tombent amoureux, mais un couac temporel empêche leur histoire de suivre son cours. Tim fait alors se répéter leur rencontre, encore et encore, jusqu'à ce que finalement, à force de tricher avec le temps, il parvienne à conquérir son cœur. Tim utilise alors son pouvoir pour réussir la parfaite demande en mariage, pour s'épargner les pires discours de ses témoins potentiels, pour sauver son meilleur ami d'un désastre professionnel et pour que sa femme arrive à temps à l'hôpital pour donner naissance à leur fille, en dépit des terribles embouteillages sur Abbey Road. Mais, à mesure que sa vie peu ordinaire progresse, Tim se rend compte que son don ne peut pas le préserver des peines ni des hauts et des bas qui affectent toute famille, quelle qu'elle soit. Il y a des limites à ce qu'il est possible d'accomplir en voyageant dans le temps, sans parler des risques


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Indian Palace : Suite royale

ECRANS | De John Madden (Ang-Éu, 2h03) avec Dev Patel, Judi Dench, Maggie Smith, Richard Gere…

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Indian Palace : Suite royale

Retour au Marigold Hotel avec ses sympathiques pensionnaires british du troisième âge et son truculent personnel autochtone, décidés à passer un braquet commercial en investissant dans un nouveau palace plus moderne et plus luxueux. Mais c’est plutôt business as usual dans cette suite sous tranxène, qui prend prétexte de la préparation d’un mariage indien pour multiplier les micro-intrigues toutes plus inintéressantes les unes que les autres sans jamais remettre en cause son caractère néo-colonial. Exemple ultime de ce qu’est aujourd’hui le cinéma pour seniors — qu’ont-ils fait pour qu’on leur réserve de telles purges ? Indian Palace en reprend la grande idée : la vieillesse n’est ni un naufrage, ni un crépuscule, mais une deuxième jeunesse. Perspective rassurante qui permet du coup de laisser de côté toutes les questions qui fâchent : la perte d’autonomie physique, le corps plus à la hauteur d’un désir toujours vif et surtout la mort, que le film balaie d’une pichenette scénaristique assez honteuse. Les danses bollywoodiennes, les pitreries d’un Dev Patel en passe de rafler le trophée de pire acteur de l’année après sa performance

Continuer à lire

Un homme très recherché

ECRANS | D’Anton Corbijn (ÉU-Ang-All, 2h02) avec Philip Seymour Hoffman, Rachel MacAdams, Willem Daffoe, Nina Hoss…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

Un homme très recherché

À Hambourg, dix ans après le 11 septembre, dont la ville fut une des bases terroristes, l’agent secret Günther Bachmann part sur les traces d’un immigré tchétchène dont on ne sait s’il est une victime des exactions russes dans son pays ou un potentiel danger pour la sécurité nationale. Pour Bachmann, à l’inverse de ses supérieurs et des Américains, c’est surtout un formidable appât pour faire tomber un créancier du terrorisme islamique… Le scénario d’Un homme très recherché n’est pas, à l’inverse de la précédente adaptation de John Le Carré La Taupe, aussi complexe qu’il en a l’air. Du moins Anton Corbijn ne cherche pas à le rendre plus abscons qu’il n’est, adoptant une narration stricte et dépourvue de chausse-trappes ou de faux semblants. Pendant sa première heure, le film installe une atmosphère froide et séduisante, des personnages forts et se plaît à faire de Hambourg un acteur à part entière du récit — ce que le cinéaste réussissait déjà à faire avec la Toscane dans son précédent

Continuer à lire

Pride

ECRANS | Des militants gays londoniens viennent en aide à des mineurs gallois en grève au nom d’une lutte commune contre le thatchérisme : un plaisant feel good movie social confectionné avec un savoir-faire tout british par Matthew Warchus. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

Pride

La recette est connue, mais force est de constater que les Anglais la réussissent à tous les coups : un sujet social, une galerie de personnages parfaitement dessinés, une pincée d’humour, la caution "d’après une histoire vraie"… De The Full Monty à Good Morning England, c’est un art du feel good movie bien rodé qui s’appuie à la fois sur son sens du storytelling, de l’identification du spectateur et sur un sujet qui parvient toujours à trouver une issue fédératrice. Pride ne fait pas exception à la règle, même s’il prend appui sur un double clivage : d’un côté, les homosexuels qui défilent pendant la Gay Pride et de l’autre, la police thatchérienne qui les regarde avec mépris et suspicion. Nous sommes à l’été 1984, mais les flics ont d’autres chats à fouetter, ou plutôt d’autres militants à réprimer : les mineurs en grève contre les lois libérales de la Dame de fer. Pour faire fonctionner la convergence des luttes, une petite fraction de gays et de lesbiennes décident de collecter des fonds au sein de la communauté pour venir en aide aux grévistes… Cependant, leur syndicat s’avère plutôt embarrassé par ce soutien "contre natur

Continuer à lire

Passion

ECRANS | Vaine tentative de Brian De Palma pour réactiver les fondamentaux de son cinéma, ce remake de "Crime d’amour" se traîne entre esthétique de feuilleton télé teuton et autoparodie sans queue ni tête. Catastrophe ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Passion

Il faut d’abord se pincer pour croire que Brian De Palma est bien derrière la caméra de ce Passion. Les premières scènes, en effet, laissent plutôt penser que Claude Chabrol avait laissé en guise de testament ce remake du dernier film d’Alain Corneau. On retrouve la même désinvolture filmique, la même direction artistique ingrate, la même platitude visuelle que dans ses opus tardifs. En tout cas, pas trace du grand style De Palma ; juste des dialogues tiédasses, des intérieurs design cheap, des bureaux blancs sur blancs et deux actrices (Rachel MacAdams et Noomi Rapace) qui récitent sans conviction une partition il est vrai très faible. Même la musique du revenant Pino Donaggio ressemble plus aux compositions derrickiennes de Mathieu Chabrol qu’à celles d’un Bernard Hermann. Viral bol L’intrigue (mal) posée, où une ambitieuse chef d’agence de pub à Berlin (MacAdams) trahit sans vergogne son assistante (Rapace) pour obtenir une promotion new-yorkaise, tandis que ladite assistante, guère plus scrupuleuse, entame une liaison avec l’amant de sa patronne, De Palma y ajoute un sous-texte théorique qui relève du cache-misère cynique. Ici, to

Continuer à lire

Indian Palace

ECRANS | De John Madden (Ang, 2h04) avec Judi Dench, Tom Wilkinson, Bill Nighy...

Jerôme Dittmar | Jeudi 3 mai 2012

Indian Palace

A priori Indian Palace a tout du "gros machin" aberrant. Comédie existentialio-romantique pour retraités britanniques partant finir leurs jours dans une maison spécialisée en Inde (c'est la crise), le nouveau film de John Madden a des airs de pub pour Orange. Avec son exotisme de la communication, sa volonté outrancière de baliser la mise en scène pour offrir un mondialisme vertueux, cette énième parabole douce amère sur l'altruisme et le temps qui passe (la belle affaire) est d'une prudence qui finit par se retourner contre elle. On sent pourtant toute l'empathie et la sympathie de Madden derrière la caméra, que ce soit pour ses personnages ou le pays. Mais ces rêveries post-coloniales comme seconde chance à l'amour et la vie finissent par rappeler Les Petits Mouchoirs. C'est finalement pas son casting que le film touche. De Judi Dench à Tom Wilkinson et Bill Nighy, tous donnent profondeur et sens

Continuer à lire

Good morning England

ECRANS | De Richard Curtis (Ang, 2h15) avec Philip Seymour Hoffman, Rhys Ifans, Bill Nighy…

Christophe Chabert | Jeudi 30 avril 2009

Good morning England

Le fan hardcore de Love actually ne pouvait qu’attendre ce nouveau film de Richard Curtis. D’autant plus que le sujet (une radio rock pirate émettant depuis un bateau sur la mer du nord au début des années 60) promettait une belle déferlante de causticité sex drugs and rock’n’roll. Le film est pourtant assez décevant. L’exposition des personnages est laborieuse, se traînant sur près d’une heure avant d’embrayer sur des arcs narratifs assez artificiels, donnant l’impression d’un collage de sketchs autonomes (la quête du père, le mariage foireux, le retour du Dj mythique…). Plus problématique, le film est farci de facilités d’écritures, dont la pire est sans doute la blague sur le nom de l’adjoint de Kenneth Branagh, répétée au moins cinquante fois ! Mais la mise en scène, entre tangage constant (le réalisme a encore frappé) et multiplication des clips sur les auditeurs en transe, n’est pas plus inspirée. Il n’y a guère que le casting, dont un Nick Frost très en forme, qui relève le niveau, et permet de laisser s’écouler ces longues 135 minutes. Christophe Chabert

Continuer à lire