L'Impasse tragique

Christophe Chabert | Jeudi 31 octobre 2013

Une semaine après Scarface, le Cinéma Lumière propose de redécouvrir son pendant tourné dix ans plus tard, L'Impasse, toujours avec De Palma derrière la caméra et Pacino devant. Plutôt que d'offrir une suite à leur film culte, les deux choisissent d'en faire l'inverse exact : Scarface était furieusement de son temps ? L'Impasse sera intemporel… Tony Montana était un idiot intégral, obsédé par la réussite et prêt à buter tout ce qui entraverait son ascension ? Carlo Brigante ne pensera qu'à se ranger, affichant tout du long une sagesse mélancolique face à un monde du crime qu'il méprise.

De Palma s'offre une rime visuelle entre les deux : une affiche publicitaire vantant un «Paradis» caricatural à base de lever de soleil, de plage et de palmiers. Dès la première scène de L'Impasse, où l'on voit Brigante agoniser sur une civière, on sait que ce paradis-là ne sera jamais atteint, et cette introduction en forme de requiem donnera sa tonalité tragique à une œuvre grave et amère. Ce qui ne change pas d'un film à l'autre, c'est la splendeur de la mise en scène de De Palma, que l'on n'a jamais vu aussi délesté de son maniérisme, aussi proche des émotions véhiculées par son sujet.

Quant à Pacino, il est bouleversant de sobriété ; ce n'est pas la première fois dans sa carrière — le magnifique Bobby Deerfield lui permettait déjà de jouer sur ce minimalisme habité — mais c'est particulièrement frappant ici, tant le cinéma de mafia a toujours permis aux acteurs de livrer des prestations extraverties. Mais L'Impasse n'est pas un film de gangsters comme les autres ; comme Casino de Scorsese, il s'inscrit dans une veine crépusculaire du genre, moins immédiate mais beaucoup plus profonde.

Christophe Chabert

L'Impasse
De Brian De Palma (1993, ÉU, 2h20) avec Al Pacino, Sean Penn…
Au Cinéma Lumière, du 9 au 12 novembre

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Brian de Palma à Quais du Polar

Quais du Polar | [Moment vieux con] Aux jeunes publics qui pensent que Freddie Mercury et Queen ont tout inventé avec Bohemian Rhapsody, on recommande chaudement d’aller (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Brian de Palma à Quais du Polar

[Moment vieux con] Aux jeunes publics qui pensent que Freddie Mercury et Queen ont tout inventé avec Bohemian Rhapsody, on recommande chaudement d’aller faire un tour à l’Institut Lumière pour découvrir en grand Phantom of the Paradise (1974) pour tant de raisons que cette page n’y suffirait pas. Essayons tout de même. Il s’agit d’abord d’une relecture-réactualisation du classique Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux — déjà porté à l’écran avec Lon Chaney —, mâtinée de références au Faust de Gœthe comme à l’indispensable figure matricielle du cinéma de Brian De Palma, Alfred Hitchcock. S’il reçoit un très mérité Grand Prix au festival d’Avoriaz en 1975, c’est en tant que comédie musicale rock innovante qu’il marque autant les yeux et les oreilles, s’inscrivant automatiquement comme un marqueur de son temps et un classique du 7e art. Paul Williams, qui compose en sus le méphistophélique Swan, signe une bande-originale magistrale, enchaînement de tubes pop-rock, du dia

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Brian is not in the kitchen

Reprises | Si Brian De Palma ne sera pas présent (ce soir-là…) en chair et en os à l’Institut Lumière, deux de ses films y seront projetés lors d’une double séance, histoire (...)

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Brian is not in the kitchen

Si Brian De Palma ne sera pas présent (ce soir-là…) en chair et en os à l’Institut Lumière, deux de ses films y seront projetés lors d’une double séance, histoire de rappeler à quel point son cinéma est précieux. Deux joyaux qui, comme toujours, marquent leur temps en ressuscitant une période passée. Pour commencer, Les Incorruptibles (1987), évocation de la Prohibition et de la pègre de Chicago — mais aussi réminiscence de la série télévisée des années soixante — réunissant Sean Connery (Oscar pour l’occasion), De Niro et Kevin Costner. Dans la foulée, à 21h30, L'Impasse (1993), flashback hallucinant dans le milieu criminel des 70’s pour le duo Al Pacino / Sean Penn dans une œuvre à la postérité moins envahissante que Scarface mais sans doute plus aboutie. Les Incorruptibles + L'Impasse À l’Institut Lumière ​le vendredi 15 février à 19h

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Roberto Saviano et Brian de Palma invités à Quais du Polar

Polar | Double annonce choc pour Quais du Polar, qui annonce la venue de deux stars au pedigree long comme un épisode de Derrick : Roberto Saviano et Brian de (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 6 février 2019

Roberto Saviano et Brian de Palma invités à Quais du Polar

Double annonce choc pour Quais du Polar, qui annonce la venue de deux stars au pedigree long comme un épisode de Derrick : Roberto Saviano et Brian de Palma. Le premier est un journaliste Italien rendu immensément célèbre par la parution en 2006 (en France, 2007) de Gomorra, mettant crûment à jour l'ampleur de la main-mise de la camorra, la mafia napolitaine, sur la ville et au-delà. Une enquête minutieuse qui lui vaudra d'être publié dans 42 pays, mais aussi des menaces de mort de la part de la camorra. Roberto Saviano vit toujours, depuis, sous protection policière. Mais ne s'est pas calmé : il est aujourd'hui l'un des plus farouches opposants à l'extrémiste Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur. Saviano a depuis publié d'autres ouvrages, dont le tout aussi intéressant Extra pure : Voyage dans l'économie de la cocaïne en 2014. La rencontre "Une heure avec…" Roberto Saviano est programmée le samedi 30 mars à 11h, au Théâtre des Célestins. Brian de Palma également convié Brian de Palma, cinéaste, vient lui présenter son premier roman écrit

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The Humbling

ECRANS | Tiré d’un livre de Philip Roth, le calvaire d’un acteur vieillissant entre dépression et passion amoureuse pour une lesbienne insaisissable. L’adaptation de Barry Levinson est ratée mais le portrait qu’Al Pacino fait de lui-même est, à l’image du comédien, fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

The Humbling

Visiblement, transposer l’univers de Philip Roth à l’écran relève de la mission impossible. Arnaud Desplechin s’est cassé les dents pour adapter Tromperie et les films tirés de La Tâche et La Bête qui meurt (La Couleur du mensonge et Lovers) ne valent pas tripette. Si The Humbling n’est pas un mauvais film, Barry Levinson se heurte aux mêmes écueils que ses prédécesseurs : l’ironie de Roth est avant tout une politesse du désespoir, surtout dans ses dernières œuvres hantées par le spectre de la maladie et de la mort. Or, The Humbling ne sait jamais quel ton adopté face à cette matière romanesque : d’une scène à l’autre, on passe du gag un peu lourd à l’amertume tragique, ce que la mise en scène, hachée menu par un montage frénétique, souligne cruellement. Levinson est pourtant fidèle au roman, qui raconte la chute de Simon Axler, vieille gloire du théâtre soudain atteinte de dépression carabinée. Chute littérale : alors qu’il vient d’entrer sur scène, il se jette dans la fosse sous les yeux des spectateurs médusés. Après un passage par un hôpital psychiatrique, il revient dans sa maison et décide d

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De Palma, l’Obsession hitchcockienne

ECRANS | La redécouverte en pièces détachées de l’œuvre de Brian De Palma continue et on a bon espoir qu’un jour tous ces morceaux se rassemblent en une belle (...)

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

De Palma, l’Obsession hitchcockienne

La redécouverte en pièces détachées de l’œuvre de Brian De Palma continue et on a bon espoir qu’un jour tous ces morceaux se rassemblent en une belle rétrospective — et, c’est de saison, peut-être un Prix Lumière ? En attendant, c’est donc Obsession qui fait son retour sur les écrans grâce à la Ciné Collection du GRAC. En 1976, De Palma sort du triomphe de Phantom of the Paradise et pousse un cran plus loin sa relecture du cinéma d’Hitchcock en s’attaquant frontalement à Vertigo, dont il transpose le motif — une femme meurt, son double apparaît — dans l’Italie pleine des vestiges de son glorieux passé artistique. Alors que la première partie — le kidnapping, le crime — pourrait laisser croire que le cinéaste va privilégier une approche par le genre, Obsession prend ensuite des atours beaucoup plus mystérieux et impose un De Palma romantique, nouant un dialogue très fécond entre le classicisme et la modernité. La tension du film repose sur ce drôle de jeu où il

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De Palma et les fantômes de Faust et d’Hitchcock

ECRANS | Avec "Phantom of the paradise", cette semaine au Comœdia, Brian De Palma réinventait en plein Nouvel Hollywood la comédie musicale rock, passée au prisme des films d’horreur, du queer et de son maître Hitchcock. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

De Palma et les fantômes de Faust et d’Hitchcock

Alors que le piteux Passion sonnait comme un chant du cygne pour Brian De Palma, son œuvre passée n’en finit plus de ressurgir sur les écrans : après Blow out, Pulsions, Scarface et même Les Incorruptibles, c’est Phantom of the paradise qui a droit à une copie restaurée numériquement. Celui qui fut longtemps le moins fréquentable des réalisateurs nés du Nouvel Hollywood a conquis une étiquette de "classique" plutôt amusante quand on juge l’impureté des œuvres qu’il tournait à l’époque, empruntant à Hitchcock et Antonioni, mais aussi aux séries B horrifiques et au giallo italien ou, comme ici, à la comédie musicale. Dans Phantom of the Paradise, De Palma entonne déjà un chant du «cygne», du nom du producteur maléfique Swan, croisement entre Phil Spector et Elton John, incarnation à la fois du côté obscur du music business et d’une culture queer alors naissante — on nous glisse que

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La Vie rêvée de Walter Mitty

ECRANS | Ben Stiller passe à la vitesse supérieure en tant que réalisateur avec ce modèle de comédie romantique d’une classe visuelle permanente, où il s’agit de faire d’un héros du quotidien le vestige d’une époque en train de disparaître. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

La Vie rêvée de Walter Mitty

Que se serait-il passé si Walter Mitty, plutôt que d’envoyer un poke sur un site de rencontres à sa collègue de bureau, l’avait simplement abordée dans la vraie vie ? Rien d’exceptionnel sans doute, et c’est sur ce gouffre initial que se bâtit toute l’ampleur romanesque mais aussi toute la philosophie de La Vie rêvée de Walter Mitty, cinquième film de Ben Stiller derrière une caméra, le plus abouti, le plus étonnant aussi. Mitty, que Stiller incarne avec un sens exceptionnel du tempo qu’il soit comique ou dramatique, est un monsieur tout le monde tel que Capra aimait les peindre. De Capra à Capa, il n’y a qu’un pas que le film franchit en le faisant travailler au service photo de Life, institution de la presse américaine sur le point de déménager en ligne, décision prise par une bande d’idiots cravatés et barbus — c’est tendance — entraînant le licenciement d’une partie des salariés. Mitty doit gérer l’ultime couverture du journal, réalisée par un photographe légendaire et solitaire, lui aussi aux prises avec la grande mutation du XXIe siècle : il refuse le numérique et n’aime que l’argentique. Sauf qu’il n’a pas fait parvenir le cli

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Scarface, Cubain de vulgarité

ECRANS | En 1983, les utopies politiques des années 70 sont déjà loin ; la rutilance reaganienne et le mauvais goût triomphant s’installent durablement en Amérique. (...)

Christophe Chabert | Vendredi 25 octobre 2013

Scarface, Cubain de vulgarité

En 1983, les utopies politiques des années 70 sont déjà loin ; la rutilance reaganienne et le mauvais goût triomphant s’installent durablement en Amérique. Brian De Palma, rescapé d’un Nouvel Hollywood dont il fût une figure atypique, bricolant des hommages maniéristes à son maître Hitchcock, se pique pourtant d’en offrir la critique la plus cinglante, faisant de la résistance bien planqué derrière les apparats de l’époque. Il s’empare donc d’un scénario signé de cette vieille baderne d’Oliver Stone, une transposition du Scarface de Hawks à Miami au moment où Fidel Castro vide ses geôles et répand sur le sol américain des criminels découvrant conjointement la Floride et la corruption généralisée du système. Pour De Palma, tout devient prétexte à un étalage de vulgarité qui tient autant à la mode du moment qu’à un regard sarcastique sur un libéralisme sans frontière morale transformé en religion. Tony Montana (Al Pacino, génialement clownesque) est le héros ultime de ce carnaval d’arrogance blindée, un pauvre type que tout le monde traite de «plouc», qui s’avachit dans une montagne de coke avant d

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L’envie de Brian

ECRANS | Alors que son piteux Passion s’éteint lentement sur les écrans, Jean Douchet se charge de rallumer la flamme Brian De Palma avec son stage annuel à (...)

Christophe Chabert | Jeudi 7 mars 2013

L’envie de Brian

Alors que son piteux Passion s’éteint lentement sur les écrans, Jean Douchet se charge de rallumer la flamme Brian De Palma avec son stage annuel à l’Institut Lumière. Une sélection de quatre films plutôt bien vue, puisqu’elle ne s’axe pas seulement sur le De Palma maniériste relisant avec son style emphatique les classiques hitchcockiens (il y en a deux, toutefois superbes : Blow out et Pulsions), mais aussi au cinéaste capable de transcender une commande et en faire un matériau éminemment personnel. En cela, son Mission Impossible est un sommet. Chargé de lancer une franchise de blockbusters initiée par l’acteur et producteur Tom Cruise, De Palma signe un film d’espionnage ludique et théorique, capable de glisser une réflexion très forte sur l’après-guerre froide, de tisser d’incroyables scènes de suspense pur et de multiplier les mises en scène à l’intérieur de la mise en scène, les trompe-l’œil virtuoses et les images manquantes ou menteuses. Encore plus étonnant, Outrages

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Passion

ECRANS | Vaine tentative de Brian De Palma pour réactiver les fondamentaux de son cinéma, ce remake de "Crime d’amour" se traîne entre esthétique de feuilleton télé teuton et autoparodie sans queue ni tête. Catastrophe ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Passion

Il faut d’abord se pincer pour croire que Brian De Palma est bien derrière la caméra de ce Passion. Les premières scènes, en effet, laissent plutôt penser que Claude Chabrol avait laissé en guise de testament ce remake du dernier film d’Alain Corneau. On retrouve la même désinvolture filmique, la même direction artistique ingrate, la même platitude visuelle que dans ses opus tardifs. En tout cas, pas trace du grand style De Palma ; juste des dialogues tiédasses, des intérieurs design cheap, des bureaux blancs sur blancs et deux actrices (Rachel MacAdams et Noomi Rapace) qui récitent sans conviction une partition il est vrai très faible. Même la musique du revenant Pino Donaggio ressemble plus aux compositions derrickiennes de Mathieu Chabrol qu’à celles d’un Bernard Hermann. Viral bol L’intrigue (mal) posée, où une ambitieuse chef d’agence de pub à Berlin (MacAdams) trahit sans vergogne son assistante (Rapace) pour obtenir une promotion new-yorkaise, tandis que ladite assistante, guère plus scrupuleuse, entame une liaison avec l’amant de sa patronne, De Palma y ajoute un sous-texte théorique qui relève du cache-misère cynique. Ici, to

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Gangster squad

ECRANS | De Ruben Fleischer (ÉU, 1h52) avec Josh Brolin, Ryan Gossling, Sean Penn…

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Gangster squad

Le ratage de ce Gangster squad est plutôt surprenant : un casting en or, une relecture du film de gangsters par un cinéaste habile à revigorer les codes des genres (son Zombieland était grandiose à ce niveau)… Assez vite, il faut se rendre à l’évidence : le script n’est qu’un laborieux décalque de celui des Incorruptibles, sans les dialogues admirables de David Mamet, mais avec beaucoup de grandes phrases toutes plus ridicules les unes que les autres. Du coup, les acteurs sortent les rames. Sean Penn a beau en faire des caisses dans le rôle de Mickey Cohen, on ne voit que son maquillage qui lui donne des allures de freak grotesque. Très mauvais aussi, Josh Brolin, mâchoire serrée et front plissé tout du long. On aimerait sauver le duo archi-glamour Emma Stone-Ryan Gossling du naufrage, mais leur couple ressemble plutôt à des icônes lisses sorties d’un poster d’époque. Quant à la mise en scène, desservie par une photo numérique d’une absolue laideur, elle tente de noyer le poisson en en rajoutant dans la violence (et même le

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In Godfather we trust

ECRANS | Une main qui tire les ficelles d’une marionnette invisible. Une trompette étouffée qui interprète une mélodie aux accents italiens. Une phrase devenue (...)

Christophe Chabert | Lundi 17 septembre 2012

In Godfather we trust

Une main qui tire les ficelles d’une marionnette invisible. Une trompette étouffée qui interprète une mélodie aux accents italiens. Une phrase devenue gimmick : «Une proposition que vous ne pouvez pas refuser». Et puis une foule d’images toutes plus mythiques les unes que les autres : une tête de cheval coupée dans un lit, un homme criblé de balles lors d’un traquenard à un péage… C’est évidemment du Parrain, de son affiche, de sa musique et, plus globalement, de l’aura culte qui l’entoure et qui continue à fasciner toutes les générations de spectateurs que l’on parle. C’est un fait : découvrir Le Parrain, c’est faire l’expérience d’un immense classique du cinéma qui, pourtant, a sonné comme une révolution. Révolution dans le traitement des codes du film de gangsters : nous voilà au cœur de la mafia italo-américaine, de ses rites, de ses rivalités, de ses trahisons, sans le contrechamp moral de la loi qui la mettrait hors-jeu. Au cœur d’une famille dont on suit sur trois générations la grandeur et la chute : l’arrivée d’un gamin sicilien aux États-Unis au milieu de milliers d’immigrés puis son installation au sommet du crime organisé (

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Le port de la drague

ECRANS | Manifestations quotidiennes pendant le tournage, protestations véhémentes des associations gays, ajout d’un carton introductif tentant maladroitement de (...)

Christophe Chabert | Jeudi 1 mars 2012

Le port de la drague

Manifestations quotidiennes pendant le tournage, protestations véhémentes des associations gays, ajout d’un carton introductif tentant maladroitement de dédouaner le film de toute homophobie… C’est peu dire qu’à l’époque (1981), Cruising de William Friedkin n’avait pas été goûtée par la communauté homosexuelle américaine. Trente ans plus tard, non seulement sa présence dans un festival de cinéma gay ne surprendra personne, mais le film paraît avec le recul un témoignage crucial et unique dans le cinéma mainstream d’un monde qu’Hollywood se refusait encore à représenter dans ses fictions. En l’occurrence, celui des pédés cuirs de San Francisco, où le culte de la virilité va de pair avec le port de la moustache. L’intrigue principale montre un flic hétéro (Al Pacino, si mal à l’aise avec le rôle qu’il n’a plus jamais voulu entendre parler du film) traquer un serial killer qui choisit ses victimes dans les clubs gays, en allant à son tour draguer dans les boîtes pour identifier le criminel. Mais Friedkin ne s’intéresse jamais vraiment au thriller, d’une nonchalance totale. Cinéaste de la circulation du mal, il fouille les névroses de ses personnages, source d’une

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Jack et Julie

ECRANS | De Dennis Dugan (ÉU, 1h40) avec Adam Sandler, Katie Holmes, Al Pacino…

Dorotée Aznar | Mercredi 18 janvier 2012

Jack et Julie

Jack (Adam Sandler), publicitaire florissant, doit supporter l’arrivée impromptue de sa volcanique sœur jumelle Julie (Adam Sandler – gags !) dans son paisible foyer. Surtout quand il réalise qu’elle est son unique chance de convaincre Al Pacino, énamouré de la donzelle (gags !), de tourner un spot pour une grosse chaîne de Donuts (… gag ?). Objet d’une parodie féroce mais dûment méritée dans la dernière saison de South Park, cette livraison annuelle d’Adam Sandler confirme son statut de comique en préretraite, pivot d’objets pantouflards, commis avec ses potes et une poignée de guests improbables dans des lieux de tournage idylliques, propices au farniente tant humoristique qu’artistique. Le film, d’une mollesse à se pendre, aligne les blagues éculées qui au mieux ne sont pas drôles, au pire affreusement gênantes, avant de se confondre dans une overdose de bons sentiments. Et entraîne dans sa chute son invité principal, monsieur Pacino, qui en une seule scène (la pub en question) flingue plus sa carrière que Robert De Niro dans ses vingt derniers films. Une sorte d’exploit.François Cau

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This must be the place

ECRANS | Sean Penn en rocker glam vieillissant et déprimé qui part à la recherche du tortionnaire nazi de son père mort : c’est l’improbable, déroutant et en fin de compte attachant nouveau film du réalisateur d’Il Divo. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

This must be the place

Imaginez un Robert Smith dépressif dans une maison art-déco de Dublin, traînant au supermarché avec sa pote gothique, faisant de la pelote basque dans sa piscine vide… Voici Cheyenne, anti-héros du nouveau film de Paolo Sorrentino, sous les traits d’un Sean Penn grimé en chanteur de Tokio Hotel viré vieux travelo. Réaction logique du spectateur : prendre ce type pour un crétin et regarder ce petit monde tourner en rond dans les cadres chiadés du réalisateur comme une mauvaise contrefaçon du cinéma des frères Coen — la présence de Frances MacDromand dans le rôle de la femme de Cheyenne pousse d’autant plus à la comparaison. Après une demi-heure de ce manège agaçant, Sorrentino commence à renverser tous ses clichés. This must be the place s’avère alors graduellement attachant, en dépit d’une partie dramatique où Cheyenne part aux Etats-Unis à la recherche du nazi qui a torturé son père, road movie qui frôle plus d’une fois la sortie de route. Le rocker philosophe Le film réussit toutefois son pari pour deux raisons : d’abord, nous faire épouser le regard de Cheyenne sur le monde, cette ironie qui en fait un sage au mili

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Fair Game

ECRANS | De Doug Liman (ÉU, 1h46) avec Sean Penn, Naomi Watts…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

Fair Game

Espionne pour la CIA, Valerie Plame a eu le malheur d’être mariée à un diplomate américain, Joe Wilson, qui révéla dans la presse le bidonnage des preuves sur les armes de destruction massive en Irak. Pour allumer un contre-feu, l’Agence lève l’alias de Valerie, ce qui provoque son licenciement et son discrédit. Beau sujet au demeurant : comment au nom d’une raison d’État défaillante, une vie peut être ruinée jusque dans son intimité (c’était aussi celui de "L’Échange" de Clint Eastwood). "Fair game", pourtant, ne tire de cet argument qu’une pénible fiction de gauche hollywoodienne, avec tous les tics du genre : un excès de dramatisation, des grands sentiments en lieu et place d’une véritable réflexion, une mise en scène qui confond efficacité et précipitation. L’ordinaire du cinéma anti-Bush, un peu à la bourre pour le coup, et qu’un film comme "Green zone" avait largement ringardisé. Reste le couple Watts-Penn. OK, ils en font des tonnes ; mais ils donnent de la consistance humaine à ce film schématique, simpliste et dans le fond, anodin.CC

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Harvey Milk

ECRANS | Un Sean Penn irrésistiblement solaire illumine ce biopic en définitive assez convenu, paisible renoncement consensuel d’un Gus Van Sant en petite forme. François Cau

Christophe Chabert | Jeudi 26 février 2009

Harvey Milk

Ce qui frappe le plus dans Harvey Milk… c’est son absence quasi totale de surprise, surtout venant de la part d’un réalisateur célébré pour ses expérimentations narratives déroutantes. Ici, c’est plutôt du côté du metteur en scène de commandes pépères (comme Will Hunting ou À la rencontre de Forrester) qu’il faudra regarder… On démarre par l’annonce tragique de l’assassinat du personnage principal, premier élu ouvertement homosexuel des Etats-Unis. On poursuit avec un procédé narratif lourdement éculé (Milk, redoutant son destin funeste, enregistre son autobiographie – ce qui s’avère très pratique pour commenter ou faire avancer l’intrigue rapidement !). On fait correspondre la petite histoire (les romances d’Harvey) à la grande (le militantisme pour la cause gay). On schématise un rien les motivations du futur assassin, et on n’oublie pas de conclure avec l’habituelle séquence d’archive du “vrai“ héros de l’histoire, cerise sur le gâteau vouée à faire sortir cette foutue larme de l’œil du spectateur réticent, là, au fond, à droite. Gus Van Sant, à mille lieux de ses précédents films, se borne ainsi à suivre une mécanique dramatique qui a fait ses preu

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AL PACINO

CONNAITRE | Entretiens avec Lawrence Grobel Sonatine éditions

Christophe Chabert | Vendredi 5 décembre 2008

AL PACINO

Les Pacinistes acharnés hurlent de joie avec cette traduction française d’une interview XXL avec leur idole, en fait la compilation des entretiens réalisés sur trente ans par le journaliste indépendant Lawrence Grobel. Grobel a d’abord été le premier à approcher celui qui n’était à l’époque «que» la star du Parrain et rechignait alors à s’exposer dans les médias. La glace brisée, Pacino le rencontrera ensuite à intervalles réguliers, jusqu’à ce qu’une amitié profonde (donc complexe) naisse entre les deux hommes. Si on en apprend beaucoup sur le travail d’acteur d’Al Pacino à la lecture de l’ouvrage, c’est surtout l’homme qui bouleverse au fil des pages. L’orgueil qui le taraude dans les années 70 et qui l’empêche de se construire une vie en dehors de son métier laisse peu à peu la place à une humilité nouvelle, née de blessures intimes et professionnelles. C’est l’apparition de Pacino cinéaste, qui produit ses propres films mais ne les montre pas au public, sinon des années après et seulement en DVD. C’est aussi le Pacino père de famille quinquagénaire qui redécouvre les joies simples de l’existence, malgré le fracas du monde extérieur (le 11 septembre passe par là, à deux pas de c

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La Loi et l’ordre

ECRANS | de Jon Avnet (ÉU, 1h40) avec Al Pacino, Robert De Niro, John Leguizamo…

Christophe Chabert | Mercredi 1 octobre 2008

La Loi et l’ordre

Une nouvelle rencontre entre Pacino et De Niro, quinze ans après Heat, ça faisait rêver. La présence du tâcheron Jon Avnet derrière la caméra avait en revanche de quoi faire frémir. Mais de là à envisager un tel naufrage, il fallait avoir beaucoup d’imagination… La Loi et l’ordre, c’est le genre de scénario moisi au fond d’un tiroir qui n’aurait jamais été exhumé sans cette perspective opportuniste de réunir les deux monstres sacrés. Bavarde, grossièrement manipulatrice et idéologiquement puante, cette histoire de flic ripou mais sympa qui pallie les manques de la justice traditionnelle en allant flinguer du délinquant est mise en scène avec une balourdise infernale par Avnet, même pas capable de valoriser ses deux stars. Sont-ils bons ? Sont-ils mauvais ? Le montage clippé, l’incapacité à faire durer une scène ou à laisser du silence entre les répliques tue toute possibilité de juger leur prestation. Mais le film est si médiocre que, de toute façon, on oubliera vite qu’ils se sont égarés là-dedans.CC

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Serpico

ECRANS | Reprise à l’Institut Lumière d’un classique du cinéma politique des années 70, où le tandem Lumet-Pacino fait trembler les murs de l’institution policière. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 13 mars 2008

Serpico

Comme quantité de films américains des années 70, Serpico commence par sa fin, désespérée. Une balle en pleine poire, le flic incarné par Al Pacino est transporté d’urgence à l’hôpital. Flingué par les siens, Frank Serpico paie donc cher son héroïsme et sa lutte contre la corruption au sein de la police new-yorkaise. Car, flash-back, le barbu hirsute pissant le sang à l’arrière d’une voiture était, quelques mois auparavant, un jeune policier idéaliste découvrant, en l’espace de quelques séquences, les mœurs de ses collègues : menus à l’œil au restaurant du coin, interrogatoires musclés et arbitraires, pesanteurs bureaucratiques et hiérarchiques… Laissant son uniforme, Serpico décide de devenir un flic infiltré, opérant dans la rue et en civil, pensant ainsi passer outre la lourdeur du système. Or, ce qu’il découvre, c’est que celui-ci est gangrené à tous les étages, que les trafics ne se font pas dans le dos de la police mais en son sein, du simple grouillot jusqu’au plus gros ponte. Al contre les ripoux Film crucial, Serpico est le premier volet d’un triptyque passionnant consacré par son réalisateur

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Redacted

ECRANS | de Brian de Palma (ÉU, 1h30) avec Izzy Diaz, Daniel Stewart Sherman...

Dorotée Aznar | Mercredi 13 février 2008

Redacted

Après le fiasco de son adaptation du Dahlia noir, le grand Brian de Palma repart à zéro. Il a réalisé en vidéo haute définition ce brûlot anti-guerre en Irak, beaucoup plus passionnant pour son dispositif que pour les idées qu'il véhicule. Car plutôt que d'opter pour une fiction relatant ce fait-divers réel - similaire à celui raconté dans Outrages du même De Palma - où des soldats américains montent une expédition punitive contre une famille irakienne, il préfère élaborer un écheveau complexe de témoignages documentaires : du journal vidéo filmé par un G.I. jusqu'à des images d'attentats retrouvées sur le web, en passant par un reportage lyrique réalisé par un couple de français. Les sources se recoupent et démontent peu à peu la mécanique qui conduit au drame. Mais, à l'exception des photos finales, rien de ce qui apparaît à l'écran n'est vrai ; tout n'est que reconstitution. La mise en scène n'avait donc disparu que pour mieux réapparaître ensuite, plus puissante que jamais. En réponse aux vérités tronquées des infos télé, De Palma préfère tout refilmer sans censure. C'est passionnant, mais seulement théorique. Car De Palma a trop de métier pour créer ce fameux «effe

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Into the wild

ECRANS | Même s'il dilue la force de ses premiers films dans une mise en scène parfois attendue, Sean Penn confirme qu'il est un cinéaste important avec ce road-movie existentiel sur les traces du cinéma américain des 70's. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 janvier 2008

Into the wild

La légère déception ressentie face à Into the wild est facile à expliquer. Depuis qu'il a décidé de passer derrière la caméra, Sean Penn s'est transformé en poète d'une Amérique éternelle qu'il contemple avec un romantisme noir et élégiaque, empruntant parfois les codes du cinéma de genre pour mieux les renverser au profit de la tragédie de ses personnages. Indian runner, Crossing guard et surtout le fabuleux The Pledge plaçait l'homme au milieu d'une nature qui rendait peu à peu dérisoires ses obsessions, ses peurs et ses passions. Into the wild prend les choses dans l'autre sens, ce qui est beaucoup plus attendu : Christopher MacCandless (Emile Hirsch, fantastique, paie de sa personne pour être à la hauteur du personnage) refuse la vie de petit-bourgeois qui lui tend les bras et décide de partir à l'aventure. Entre clochard céleste à la Kerouac et retour à l'état de nature façon Thoreau, il devient Alexander Supertramp, et arpente l'Amérique avec pour destination finale l'Alaska, choisie à cause de son environnement sauvage et hostile. Sean Penn pose donc de nouveau l'opposition nature/culture, mais c'est à nouveau quand il revient

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