Des Grecs et une Parmentier

Christophe Chabert | Mercredi 6 novembre 2013

C'est le début cette semaine de l'incontournable Festival du film court de Villeurbanne au Zola, qui s'annonce cette année comme un excellent cru. On dit ça car on a déjà jeté un œil à certains films de sa compétition européenne, et il y a de sacrés morceaux de cinéma là-dedans. On y reviendra en détail la semaine prochaine — le festival continue jusqu'au 24 novembre — mais il ne faudrait pas négliger les belles séances de cette semaine, à commencer par la carte blanche proposée à Julie-Marie Parmentier (vendredi 15 novembre à 21h), marraine et membre du jury de cette 34e édition, qui a fait de grands écarts de programmation, entre un court muet de Chaplin (Charlot boxeur) et un autre, absolument rarissime, de Takeshi Kitano, One fine day. Surtout, elle y a adjoint un court long métrage (64 minutes) de son amie Isild Le Besco, Demi-tarif. À l'époque, ce film hors norme et hors format avait trouvé un défenseur de choix en la personne du regretté Chris Marker, qui avait vu dans cette dérive de trois enfants livrés à eux-mêmes un souffle nouveau pour le cinéma français — confirmé par Le Besco ensuite dans ses deux autres longs, tout aussi singuliers.

Autre soirée à ne pas rater, celle baptisée Courts d'Europe (le 18 novembre à 18h30 et le 20 à 21h), qui se pose un problème de type grec, comme dirait Godard : le court-métrage de nos voisins hellènes est-il aussi enthousiasmant que les longs de ses auteurs désormais internationalement reconnus (Lanthimos, Tsangarai, Iliakis…) ? La démonstration se fera en sept films tournés entre 2001 et 2012 et, connaissant l'exigence du festival, la réponse devrait être positive.

Enfin, innovation de cette édition, La Longue nuit du film court disparaît pour mieux renaître sous le nom de "Shorts on the rocks" (samedi 16 novembre à 21h), et sera désormais composée de clips innovants, parfois très longs (jusqu'à 15 minutes) et signés niveau musique par Björk, Bowie, Justice, Alt-J, Sigur Rós ou M83 et niveau réalisation par Romain Gavras, Édouard Salier ou Floria Sigismondi. À suivre, donc, car le meilleur reste à venir !

Christophe Chabert

Festival du film court de Villeurbanne
Au Zola, du 15 au 24 novembre

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

No et moi

ECRANS | De Zabou Breitman (Fr, 1h45) avec Nina Rodriguez, Julie-Marie Parmentier…

Christophe Chabert | Mercredi 10 novembre 2010

No et moi

Voix rauque, verbe cru, gestes désordonnés, excessive dans la joie comme dans la violence : le double regard que porte Zabou Breitman et son interprète Julie-Marie Parmentier sur Nora, jeune sans-abri recueillie par une famille de gentils bourges, est embarrassant. Côté réalisatrice, cela ressemble à de la bonne conscience déplacée, à la bourre (Marie-Chantal découvre, en 2010, les SDF…) et maladroitement romancée (rendons aussi à Delphine Le Vigan, auteur du bouquin adapté, ce qui lui appartient). Côté actrice, on est face à une pure performance, un rôle à César qui passe par pertes et fracas la crédibilité pour susciter l’extase des spectateurs et des votants. Raconté par la voix-off bien pratique d’une enfant surdouée, arrosé d’une louche de pathos (le gamin mort, la mère dépressive) et embaumé par des clips récurrents sur de la musique branchée d’avant, "No et moi" exaspère dans sa manière de forcer l’émotion et l’apitoiement.CC

Continuer à lire