V pour Veduta

Christophe Chabert | Jeudi 14 novembre 2013

De son intitulé à sa programmation, Veduta, sorte de off du off de la Biennale d'Art Contemporain, est un événement assez obscur. Toujours est-il que cette semaine il investit le Pathé Carré-de-Soie à Vaulx-en-Velin pour offrir une programmation pour le moins bigarrée, mais assez stimulante, de films illustrant les «nouvelles formes de récits visuels». Ce qui n'est pas absurde concernant Mulholland drive de David Lynch et Elephant de Gus Van Sant.

Mulholland drive, avec sa structure rêve/réalité, le premier raconté linéairement, la deuxième dans un éparpillement de fragments non chronologiques, est effectivement une des expérimentations narratives les plus impressionnantes et innovantes des années 2000. Quant à Elephant, il s'inspire de la tuerie de Columbine, mais en propose une vision kaléidoscopique où chacun des protagonistes évolue dans un espace-temps qui lui est propre et qui paraît autonome, mais que la narration en forme de disque rayé rassemble dans une même simultanéité.

Marjane Satrapi, elle, choisit d'évoquer le passé de son pays à travers son propre passé d'Iranienne ayant quitté racines et famille au moment de la Révolution pour venir vivre à Paris. Persepolis invente ainsi l'autobiographie animée, c'est-à-dire un passionnant mélange de vérité et d'imaginaire.

Moins innovant, Coffee and cigarettes de Jim Jarmusch s'inscrit au contraire dans une longue descendance de films à sketchs, celui-ci ayant la particularité d'avoir été tourné sur plusieurs années au fil de l'inspiration jarmuschienne, avec comme seule unité celle du lieu, des cafés aux quatre coins du monde où bavassent en noir et blanc une faune de comédiens et de musiciens mythiques, parfois dans leurs propres rôles. La rencontre entre Tom Waits et Iggy Pop ou celle, inattendue, entre Bill Murray et les rappeurs du Wu-Tang, ont en tout cas le parfum de ces mythologies de poche que Jarmusch sait si bien écrire — ce qu'on vérifiera encore en février avec son nouveau et formidable Only lovers left alive.

Christophe Chabert

La Biennale fait son cinéma
Au Pathé Carré-de-Soie, du mercredi 20 au mardi 26 novembre


Coffee and cigarettes

De Jim Jarmush (2003, ÉU, 1h36) avec Tom Waits, Iggy Pop...

De Jim Jarmush (2003, ÉU, 1h36) avec Tom Waits, Iggy Pop...

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"La Chanson de l’éléphant" : les mimiques exagérées de Xavier Dolan

ECRANS | Un film de Charles Binamé (Can, 1h50) avec Bruce Greenwood, Xavier Dolan, Catherine Keener…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

L’appétence de Xavier Dolan pour les rôles de jeunes hommes détraqués ayant un problème avec leur môman et, accessoirement, une orientation homosexuelle, risque de l’enfermer dans un carcan dont il aura le plus grand mal à s’extraire lorsque la puberté aura achevé de le travailler. S’il s’agissait de montrer l’étendue de ses capacités de comédien, la prestation qu’il a livrée à Cannes en recevant son Grand Prix en mai dernier laissait déjà planer de sérieux doutes. A-t-il voulu camper (en anglais) un résident d’hôpital psychiatrique jouant au chat et à la souris avec le directeur de l’établissement par amour pour la pièce originale, pour en remontrer à ses confrères anglo-saxons, pour s’accorder une ultime chance ou bien par pur masochisme ? Quel que soit le mobile, ses mimiques exagérées de Norman Bates canadien valorisent le jeu retenu de ses partenaires — en particulier l’excellent Bruce Greenwood.

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Elephantillages

MUSIQUES | Comme c’est le cas pour pas mal de membres de la nouvelle scène française (celle des Granville, Aline, Pendentif et toute la confiserie), on se doit avant (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 septembre 2013

Elephantillages

Comme c’est le cas pour pas mal de membres de la nouvelle scène française (celle des Granville, Aline, Pendentif et toute la confiserie), on se doit avant toute chose de prévenir le lecteur sensible ou allergique à cette donnée, qu’avec Elephant le branchouillomètre envoie sévère niveau becquerels. Si vous aimez les trucs un peu sales, les doigts qui collent, et les concerts qui sentent l’urine, passez votre chemin. Sinon restez, vous êtes chez vous. Elephant, comme son nom ne l’indique pas, c’est léger comme une plume d’autruche nourrie à l’hélium, pop comme c’est pas permis et précieux comme un bijou de grand-mémé. Difficile en effet de résister à ces petites ritournelles droit-sorties d’une anthologie croisée Lilicub/Arnold Turboust mais teintées de cette distance tongue-in-cheek propre à l’époque. Encore plus difficile de résister au charme paralysant, à la fois enfantin et salace, de Lisa Wisznia, également comédienne. Elle chante d’ailleurs comme une comédienne – au sens positif du terme, tout en interprétation – et avec sa voix oscillant entre copinage et coquin

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Nuits Sonores 2013 - Jour 2

MUSIQUES | Chaque festival a son ventre mou. Celui de Nuits Sonores correspond par défaut à la journée se clôturant par le Circuit. Non pas que ce rendez-vous ubiquiste (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 10 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 2

Chaque festival a son ventre mou. Celui de Nuits Sonores correspond par défaut à la journée se clôturant par le Circuit. Non pas que ce rendez-vous ubiquiste soit plus cheap que la programmation régulière. Au contraire, du concert 100% Born Bad donné au Clacson à la célébration des 20 ans du label Kompakt à la Plateforme, il y avait cette année encore de quoi se consoler de ne pas avoir dégoté à temps une place pour les Nuits. Reste qu'il est vu par les festivaliers les plus assidus comme une occasion de s'économiser entre deux insomnies volontaires. Pour notre part, nous nous sommes ainsi contentés d'un coucou aux slack rockers de Purling Hiss au Sonic et au pionnier techno Stacey Pullen au DV1 - et on ne regrette pas nos choix. A notre décharge, il faut ajouter que le NS Days qui l'a précédé était, du set si pointu qu'il en était indansable de Seth Troxler au psychédélisme autistique des Lumerians, de loin celui réclamant le plus de disponibilité cérébrale. Mais la récompense fut souvent à la hauteur des efforts : on n

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Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

MUSIQUES | «Nuits Sonores n'est pas un festival de blockbusters». La phrase est de Vincent Carry, le directeur de Nuits Sonores et elle a rarement été aussi appropriée que pour l'édition 2013 du festival, l'équipe d'Arty Farty ayant choisi de rester stable sur ses fondamentaux plutôt que de se lancer dans la course à la surenchère que laissait entrevoir le très solennel dixième anniversaire de l'événement. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 24 janvier 2013

Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

Ça pour une belle fête d'anniversaire, c'était une belle fête d'anniversaire : de l'édition du bouquin commémoratif 10 ans sans dormir à l'accueil des séminaux New Order en passant par la conclusion de sa programmation nocturne sur un plateau secret, le festival Nuits Sonores a l'an passé mis les petits plats dans les grands au moment de célébrer sa décennie d'existence. A tel point qu'on ne voyait pas bien comment il allait pouvoir poursuivre sa croissance sans verser dans l'excès. Arty Farty nous a ouvert les yeux ce matin : l'édition 2013 de l'événement ne sera ni plus maousse ni plus timide que les précédentes, elle sera dans leur droite lignée, c'est-à-dire urbaine, sélective, éclectique et réflexive. A ceci près qu'elle durera six jours, mitoyenneté calendaire du 8 mai et de l'Ascension oblige.Pour le reste donc, les habitués du festival seront en terrain connu, en tout cas pour ce qui concerne la partie diurne des

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De l'eau pour les éléphants

ECRANS | De Francis Lawrence (ÉU, 1h55) avec Robert Pattinson, Reese Witherspoon, Christoph Waltz…

Christophe Chabert | Vendredi 29 avril 2011

De l'eau pour les éléphants

Le 22 juin, vous vous délecterez du génial Balada triste de trompeta. Ceux qui auront eu le malheur de s’aventurer au préalable dans une salle projetant De l’eau pour les éléphants verront que sur un même sujet, on peut produire soit un chef-d’œuvre, soit un bidon de lessive. De la part de Francis Lawrence, réalisateur des déjà médiocres Constantine et Je suis une légende, rien de franchement étonnant. Mais il y avait donc mieux à tirer de cette rivalité amoureuse entre un jeune véto et un directeur de cirque dans l’Amérique de 1931, en pleine dépression économique. Sauf que rien n’est traité à l’écran : ni le cirque — on ne voit jamais un numéro en entier, ni le contexte — réduit à une reconstitution appliquée, et encore moins le désir de l’héroïne, tiraillée entre sa loyauté à un mari cyclothymique et son attirance pour le jeune et fougueux vétérinaire. Reste un mélodrame longuet aux rebondissements attendus, aux effets appuyés et à la conclusion d’une effarante malhonnêteté. Seule satisfaction : même embarqué dans un projet boiteux, Christoph Waltz est un acteur passionnant à regarder jouer. Christophe Chabert

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Persique et signe

ECRANS | Marjane Satrapi, dessinatrice et réalisatrice, adapte sa BD autobiographique «Persepolis» au cinéma et en fait une grande déclaration d'indépendance et de liberté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 juillet 2007

Persique et signe

Elle a la réputation d'être une grosse fumeuse, et la vision du cendrier suffit à la rassurer. Pas qu'elle soit intimidée par les journalistes ; pas non plus qu'elle ait des craintes quant à l'accueil de Persepolis - Cannes, la longue standing ovation et le prix du jury semblent l'avoir détendue définitivement sur ce point. Mais cette liberté-là, Marjane Satrapi y tient, comme à beaucoup d'autres. Et elle veut être à l'aise pour pouvoir dire avec la plus grande clarté - phrases soigneusement construites et énoncées avec attention - ce qui lui tient à cœur : l'Iran, la France et ce qui, d'elle, relie les deux pays. D'abord une bande-dessinée, sortie chez un éditeur indépendant (L'Association), et dont les quatre volumes vont créer un engouement international ; et aujourd'hui un film, qui condense et élargit l'horizon de cette œuvre autobiographique et pourtant universelle. «Il n'y a aucune bonne raison de faire un film d'une BD qui a eu du succès. C'est même l'idée la plus nulle qui soit...», dit-elle, pince-sans-rire. «Mais la situation s'est présentée dans des conditions idéales. On nous a donné, à Vincent Paronnaud et à moi, un magnifique jouet. On a sauté à l'eau, et o

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Persepolis

ECRANS | Émouvante adaptation de sa propre BD par Marjane Satrapi (et Vincent Paronnaud), ce dessin-animé autobiographique n'évoque pas tant les années sombres de l'Iran que notre propre rapport à la liberté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 juillet 2007

Persepolis

Avant tout, dire ouvertement les choses : Persepolis est un film bouleversant, humaniste mais jamais mièvre, qui fait chialer souvent et rire à peu près tout le temps. C'est l'œuvre d'un petit bout de femme qui a la sagesse des vieux philosophes, la causticité des gamines espiègles qui veulent toujours avoir le dernier mot, la pugnacité des filles qui ne se laissent pas marcher sur les pieds par les fossoyeurs de liberté. Que Marjane Satrapi raconte ici sa propre histoire a le mérite de nous faire comprendre immédiatement d'où ce caractère-là tire sa sève - de l'adversité des temps traversés. Que cette histoire se confonde avec celle de l'Iran basculant de la monarchie à la République islamique, puis dans la dictature répressive lui confère une précieuse dimension pédagogique. Et qu'elle ne soit racontée qu'avec des images dessinées et animées permet de laisser de côté la question du réalisme, mélangeant sans encombre divagations imaginaires et sérieux documenté. Mais à vrai dire, Persepolis nous touche pour une autre raison... Coup de clairon Par-delà l'étonnante réussite graphique du film et ses partis pris casse-cous mais payants (comme la

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