Henri

ECRANS | De Yolande Moreau (Fr-Belg, 1h47) avec Pippo Delbono, Miss Ming…

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

À la mort de sa femme, Henri, taciturne tenancier de café, engage un «papillon blanc», Rosette, jeune femme souffrant d'un léger handicap, pour l'aider dans son travail. Une amitié va naître entre ces deux outcasts, comme on dit aux États-Unis, suscitant incompréhension et malentendus de leur entourage, puis fuite du tandem vers les côtes belges. Désormais seule à la mise en scène, Yolande Moreau démontre, après Quand la mer monte, que ce coup d'essai n'avait rien d'un coup de bol : la mise en scène est remarquable, chaque plan y est magnifiquement composé et Moreau sait y saisir, à travers les silences et les distances, toute la solitude de ces êtres en mal d'amour — en cela, Henri est comme la rencontre féconde entre Jacques Tati et Bruno Dumont.

Le corps lourd et le visage triste de Pippo Delbono, bouleversant et impénétrable, sont notamment pour elle une source inépuisable de fascination. Dommage toutefois que le film, une fois lancé dans son échappée belle, semble ne plus avoir autre chose à raconter que ce mélange de poésie et de désespoir, attendant avec nonchalance son dénouement et surtout sa dernière image, splendide.

Christophe Chabert


Henri

De Yolande Moreau (Fr, 1h47) avec Miss Ming, Pippo Delbono...

De Yolande Moreau (Fr, 1h47) avec Miss Ming, Pippo Delbono...

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Henri, la cinquantaine, d’origine italienne, tient avec sa femme Rita un petit restaurant près de Charleroi. Une fois les clients partis, Henri retrouve ses copains, Bibi et René, des piliers de comptoirs ; ensemble ils tuent le temps devant quelques bières en partageant leur passion commune...


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Un Matisse au Musée des Beaux-arts

Peinture | C’est une femme sans visage, vêtue de jaune, peinte par Matisse (1869-1954) en 1951, qui vient rejoindre les collections du Musée des Beaux-Arts de Lyon. (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 mai 2021

Un Matisse au Musée des Beaux-arts

C’est une femme sans visage, vêtue de jaune, peinte par Matisse (1869-1954) en 1951, qui vient rejoindre les collections du Musée des Beaux-Arts de Lyon. Épure des formes, absence de traits de la figure, psychologie du modèle effacée : on retrouve là quelques-uns des motifs récurrents de la dernière période de l’artiste. Katia à la chemise jaune rejoint plusieurs œuvres de Matisse déjà conservées au musée (dessins et peintures), et son acquisition fait suite à l’importante exposition Henri Matisse, le laboratoire intérieur présentée en 2016-2017. Acheté à la Fondation Pierre et Tana Matisse à New York pour la coquette somme de 4 800 000 euros, le tableau a été financé par des mécènes du musée (4 100 000 euros), l’État (500 000 euros) et la Ville de Lyon (200 000 euros). À partir du mercredi 19 mai, il est présenté au public parmi un nouvel accrochage des collections du XXe et XXIe siècles. Parallè

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Une vie au présent (dé)composé : "Falling" de Viggo Mortensen

Drame | "Falling", premier film signé Viggo Mortensen, est un récit intime entièrement tourné vers les autres avec un Lance Henriksen hypnotique.

Vincent Raymond | Mercredi 19 mai 2021

Une vie au présent (dé)composé :

Octogénaire, Willis évolue dans un temps embrumé : les souvenirs de sa jeunesse se mêlent au présent. Quand son fils John lui suggère de venir auprès de lui en Californie, le vieil homme aussi rude que réactionnaire l’envoie paître sans égards, la démence aggravant sa désinhibition… Pourquoi n’est-on pas étonné de voir avec Falling, premier film signé Viggo Mortensen, un récit intime entièrement tourné vers les autres ? Là où beaucoup fichent caméra ou stylo dans leur nombril pour “devenir auteur“, le comédien raconte à travers ses protagonistes la souffrance indicible de la perte de repères, du deuil, de l’homophobie, de la xénophobie, de la solitude, de la peur de mourir, de la “non conformité au modèle social“… Ça hurle, ça pleure, ça cause mal ; les personnages sont parfois incorrects, pas forcément aimables, mais au moins, ça vit et ça vibre dans les incertitudes du crépuscule, très loin

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Viggo Mortensen passe derrière la caméra, on en a parlé avec lui pendant le Festival Lumière

Falling | Le comédien aux mille talents vient de signer son premier long-métrage en tant que cinéaste, qu’il a présenté en première française durant le Festival Lumière à Lyon. Une histoire de famille où l’attachement et l’oubli se livrent un duel sans ménagement. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 4 novembre 2020

Viggo Mortensen passe derrière la caméra, on en a parlé avec lui pendant le Festival Lumière

Comment se fait-il que ce soit cette histoire en particulier que vous ayez racontée pour votre premier film — car vous avez écrit plusieurs scénarios avant de réaliser Falling ? Viggo Mortensen : Je suppose que je voulais me souvenir de mes parents — de ma mère, pour commencer —, pour le meilleur et pour le pire comme tout le monde. Même si c’est devenu une histoire père/fils, l’inconscient de leur combat repose sur une différence d’opinion autour de leurs souvenir de leur femme et mère. Elle reste, à mon avis, le centre moral de l’histoire. Et c’est très important pour moi le casting de la mère, Gwen. Hannah Gross était parfaite, géniale : même si elle n’est pas là tout le temps, elle est là. Mais la raison pour laquelle j’ai fait mes débuts comme réalisateur et scénariste avec cette histoire, c’est parce que j’ai trouvé l’argent (sourire). J’avais essayé plusieurs fois, il y a 23-24 ans, avec un autre scénario, au Danemark, j’avais 20-30% du budget, mais pas davantage. Au bout du compte, je pense que c’était mieux que j’attende,

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Un enfant à la mère : "Sous les étoiles de Paris" de Claus Drexel

Comédie dramatique | Claus Drexel l’affirme d’emblée : il s’agit d’un conte.

Vincent Raymond | Mardi 27 octobre 2020

Un enfant à la mère :

Clocharde vivant recluse dans le silence d’un local sous un pont de Paris, Christine voit surgir le petit Suli, un migrant africain dont la mère a été arrêtée pour se faire expulser. D’abord revêche avec l’enfant, Christine le prend sous son aile mitée et tente l’impossible : retrouver la mère… Claus Drexel l’affirme d’emblée : il s’agit d’un conte. Silhouette hors d’âge et claudiquante, Catherine Frot fait en effet figure de Carabosse des égouts attendant d’être délivrée d'un mauvais sort par le petit chevalier Suli au terme de leur déambulation-apprivoisement initiatique. S'il révèle les invisibles au sein de la foule solitaire, ce film démarrant comme un diesel trouve quelques moments de grâce dans le lien entre les deux personnages, et quelques images choc : l’évocation d’une “cour des miracles“ peuplée de drogués sous un parking ou les terribles (et bien réels) plans sur les bidonvilles de migrants de l’autre côté du périph’. Sur un registre plus anecdotique, il s’agit sans doute de l’un des rares — le seul ? — films où les deux sœurs Frot se donnent la réplique.

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Claus Drexel : « l’idée était de faire un conte »

Sous les étoiles de Paris | Après le visionnaire "America", Claus Drexel revient à la fiction à la demande de Catherine Frot pour un étrange buddy movie entre une clocharde et un petit migrant dans le décor somptueux de Paris. Un projet venu tout droit d’un autre documentaire, "Au bord du monde"…

Vincent Raymond | Mardi 27 octobre 2020

Claus Drexel : « l’idée était de faire un conte »

C’est par un documentaire, Au bord du monde (2013), que vous êtes arrivé à Sous les étoiles de Paris… Claus Drexel : Oui, mais je faisais déjà de la fiction avant. J’ai plutôt fait un virage vers le documentaire sans jamais avoir envie d’arrêter la fiction. Ce qui s’est passé à l’époque de Au bord du monde, c’est que je voyais des reportages sur les gens de la rue où ces personnes ne s’exprimaient jamais parce qu’on interviewait les associations — qui font un travail formidable. J’avais l’impression de vivre dans une ville avec des personnes que je ne connaissais pas, dont je ne savais rien. J’ai eu envie de les rencontrer, en tant qu’individu. C’est un peu par hasard qu’est venue ensuite l’idée de tirer un documentaire de ces rencontres, Au bord du monde, et finalement j’ai adoré ça. Ce film a changé mon regard sur le monde à plusieurs niveaux. Car j’ai adoré le concept de documentaire et j’ai eu envie de continuer à en faire, sans perdre l’envie de faire de la fiction qui était ma voie d’origine. Alors, quand Catherine Frot m’a contacté après avoir vu

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Juliette Binoche et l’école des femmes : "La Bonne Épouse"

Comédie | La brutale disparition de son époux oblige Paulette Van Der Beck à prendre les commandes de l’école ménagère familiale en déclin qu’il était censé diriger. Mais en cette veille de mai 68, les jeunes élèves ne tiennent plus à devenir des fées du logis soumises en tout point à leur mari…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Juliette Binoche et l’école des femmes :

Sortant avec une certaine malice quelques jours après que l’on a célébré la Journée internationale des droits des femmes, La Bonne Épouse rappelle avec un second degré évident les vertus et commandements jadis prodigués aux jeunes filles ; le hiatus entre les us de l’époque patriarcale serinés par une institution vitrifiée dans la tradition et l’éclosion d’une nouvelle société n’en paraît que plus comique ! Dans cette ambiance provinciale patinée façon Choristes, Martin Provost bénéficie de surcroît d’un trio féminin de choc : Juliette Binoche (apprêtée et maniérée comme Micheline Presle dans Les Saintes Chéries) en directrice prenant la vague de l’émancipation féminine, Yolande Moreau en vieille fille éberluée par ces changements insolites et surtout Noémie Lvovsky en bonne-sœur revêche, évoquant un Don Camillo en guimpe — parfaite dans ce registre qu’on ne lui connaissait pas encore. Cœur sensible, Provost complète son histoire d’une romance au

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Le crime conserve : "Rebelles"

Comédie | De Allan Mauduit (Fr, avec avertissement, 1h27) avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Le crime conserve :

Une ex-reine de beauté passée du pole-danse à Pôle Emploi, tout juste embauchée dans une conserverie, tue par accident le contremaître qui tentait de l’agresser. Avec l’aide de deux collègues, elle fait disparaître le corps et découvre que le vilain cachait un sacré magot… Cette comédie sociale aux allures de de western made in Hauts-de-France possède de bons atouts dans son jeu, à commencer par son trio d’actrices, rompues à tous les registres, et souvent engagées dans des rôles où l’humanisme affleure sous l’humour. Leur alliance tient de surcroît de la synergie de caractères, rappelant ces buddy movies tels que Comment se débarrasser de son patron (1980) de Colin Higgins, usant de la blague parfois lourdingue pour promouvoir la libération féminine d’une masculinité aussi dominatrice que débile — il y a d’ailleurs ici quelques furieux spécimens d’abrutis. Allan Mauduit aurait toutefois gagné à creuser davantage vers Petits meurtres entre amis (1994), son humour noir restant encore un peu pâle, surtou

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Luchini, édition très limitée : "Le Mystère Henri Pick"

Comédie | De Rémi Bezançon (Fr, 1h40) avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Luchini, édition très limitée :

Une éditrice découvre dans une bibliothèque pour manuscrits refusés le roman d’un pizzaïolo breton que personne n’a jamais vu écrire une ligne de son vivant. Publié, le livre est un succès et suscite les doutes d’un critique télévisuel qui mène l’enquête en compagnie de la fille de l’écrivain… Si l’on met de côté les invraisemblances en chaîne du dénouement (qu’on ne révèlera pas ici) et les revirements incessants du personnage joué par Camille Cottin — rivalisant avec le chat de Schrödinger, puisqu’elle est à la fois l’alliée et l’ennemie de l’enquêteur tentant de prouver que son père est un imposteur —, on peut trouver crédible de voir Fabrice Luchini pratiquer la dissection littéraire avec l’opiniâtreté d’un microtome et le flux verbal d’un Onfray croisé Sollers. Dommage, en revanche, que Rémi Bezançon, lui, ne semble pas croire assez à son intrigue pour oser un vrai thriller, préférant une version édulcorée pour soirée télé où le bon mot et la pirouette tranquille viennent par convention conclure chaque séquence. Un exemple

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Les "imotges" de Claude Horstmann au Goethe Institut

Dessin | Au Goethe-Institut, Claude Horstmann rouvre les mots et l’écriture à leurs racines graphiques et gestuelles. Et leur redonne une épaisseur inquiète et émouvante.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 22 janvier 2019

Les

« Écrire et dessiner sont identiques en leur fond » disait Paul Klee. Cette phrase de Klee n’est rien moins qu’une petite bombe lancée dans l’ordre occidental de l’écriture. Ce dernier, en effet, à force de discipline et d’apprentissage scolaire, impose à l’écriture manuscrite une transparence anonyme, débarrassée de ses scories corporelles et subjectives : taches, tremblements, expressivité personnelle, fioritures diverses… Depuis Paul Klee au moins, les mots se remettent en mouvement, en danses dessinées, retrouvant leur expressivité originaire, leur gestuelle. Beaucoup d’artistes de l’art brut, ou d’autres comme Henri Michaux, Cy Twombly, Irma Blank, voire Joseph Kosuth ou Bruce Nauman, ont fait trembler l’écriture alphabétique vers le dessin ou le matériau plastique. Les mots, dans leurs œuvres, sont aussi des images, des "imotges" pour ainsi dire… Sens dispersé Dans cette veine, l’artiste allemande

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Pierre-Henri Castel, penseur incisif

La Chose Publique | L'humanité va disparaître dans quelques centaines d'années. Retenons nos larmes : dans son brûlot Le Mal qui vient, Pierre-Henri Castel en tire toutes les conséquences morales : des plus sinistres aux plus roboratives et incisives !

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 novembre 2018

Pierre-Henri Castel, penseur incisif

Psychanalyste de formation lacanienne mais grand lecteur de Bion, philosophe et épistémologue puisant dans l'anthropologie ou la sociologie, Pierre-Henri Castel a le don d'en agacer beaucoup et de se mettre à dos ceux, trop nombreux, qui refusent d'ouvrir leur discipline à d'autres champs... Notre chercheur émancipé a travaillé concrètement sur l'hystérie, le rêve, le transsexualisme et son grand œuvre en deux volumes porte sur l'évolution historique, depuis l'Antiquité, de la conscience morale en Occident. Pierre-Henri Castel y montre notamment que la condition du sujet humain contemporain est la suivante : la société lui attribue de fait (et plus seulement de droit) une "autonomie-condition" qu'il s'agit pour le sujet de faire s'épanouir. Une situation qui ne manque pas de sel, car cette configuration sociale institue concomitamment et paradoxalement l'éclatement possible de toute société, la dissolution de tout lien social. Facteur essentiel du malaise de notre société, qui craint sans cesse de s'auto-dissoudre.

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Où l'on reparle de Françoise Dolto

Sciences Humaines | Renaître de ses cendres Disparus les centaines de milliers de lecteurs (enfin, n'allons pas trop vite, d'acheteurs) des livres de Foucault et de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 2 octobre 2018

Où l'on reparle de Françoise Dolto

Renaître de ses cendres Disparus les centaines de milliers de lecteurs (enfin, n'allons pas trop vite, d'acheteurs) des livres de Foucault et de Lacan dans les années 1960 ? Mortes les sciences humaines dont les noms des auteurs n'évoquent rien à personne au cours d'un dîner, ou sur un plateau TV ? Disons que philosophes et universitaires se font peut-être d'autant plus discrets qu'ils se font plus "travailleurs" ! Et des cendres du 20e siècle, l'on peut renaître comme avec la réédition des écrits esthétiques de l'américain W. J. T. Mitchell, ou avec le court essai roboratif et explosif de Pierre-Henri Castel (Le Mal qui vient, Cerf) portant justement sur les cendres, celles-ci très concrètes et à venir, d'un monde humain voué inéluctablement à son autodestruction ! Des femmes psy On vous a déjà parlé ici de l'ouvrage de la psychanalyste lyonnaise Anne Brun sur les origines du processus créateur sorti récemment. D'autres p

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Faible fable : "I Feel Good" de Benoît Delépine & Gustave Kervern

Bad Trip | de Benoît Delépine & Gustave Kervern (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jean-Benoît Ugeux…

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Faible fable :

Partisan du libéralisme et du moindre effort depuis sa naissance, Jacques est aussi convaincu qu’il aura un jour l’idée qui le fera milliardaire. C’est pourtant en peignoir qu’il débarque chez sa sœur Monique, à la tête d’une communauté Emmaüs. Fauché comme les blés, mais avec une idée… Les Grolandais ont fait suffisamment de bien au cinéma ces dernières années pour qu’on ne leur tienne pas rigueur de cet écart, que l’on mettra sous le compte de l’émotion suscitée par la disparition prématurée de leur président Salengro le 30 mars dernier. Le fait est que la greffe Dujardin ne prend pas chez eux, même si son personnage est censé porter des valeurs totalement étrangères à leur cosmos habituel. Sans doute s’agit-il de deux formes d’humour non miscibles, faites pour trinquer hors plateau, pas forcément pour s’entendre devant la caméra. I Feel Good se trouve aussi asphyxié par son manque d’espace(s). Baroque et hétéroclite, le décor de la communauté est certes inspirant, avec ses trognes explicites et son potentiel architectural (hélas sous

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L’œuvre, une tentative de survie

Entretien avec Anne Brun | Psychanalyste et enseignante à Lyon 2, Anne Brun s'intéresse particulièrement aux liens entre psychanalyse et création. Son dernier livre, Aux origines du processus créateur (Erès), synthétise ses nombreux travaux antérieurs. Une lecture passionnante, accessible, et qui ouvre de nouvelles perspectives sur la création, création d’œuvres autant que de soi-même. Entretien avec l'autrice.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 19 septembre 2018

L’œuvre, une tentative de survie

Le peintre et écrivain Henri Michaux, auquel vous avez consacré un ouvrage, Henri Michaux ou le corps halluciné, écrivait « je suis né troué ». Avec Michaux, nous nous éloignons de l’artiste démiurge, et nous rapprochons d’un artiste "troué", plongé dans le doute, en constante interrogation sur soi et son identité. Est-ce cette dimension qui vous a intéressée chez Michaux, puis chez d’autres créateurs ? Anne Brun : Ce qui m’intéresse dans le processus créateur, c’est en effet la façon dont l’œuvre tente d’explorer ce "troué" dont parle Michaux, c’est-à-dire les parts de soi inconnaissables, infigurables, qui renvoient souvent à des catastrophes psychiques. L’œuvre représente alors une tentative de survie pour échapper à cette véritable mort psychique : elle est une tentative de figuration par les artistes de cet étranger en soi, de ces éprouvés, souvent archaïques, de détresse, qui n’ont pas pu être transcrits, ni en images ni en mots. L’artiste tente de se les approprier, de devenir enfin sujet de ces vécus insaisissables, en leur donnant forme et figure dans son travail créateur. C’e

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Zao Wou-Ki : traversée des apparences

Estampe | Alors qu'il fait actuellement l'objet d'une grande rétrospective à Paris, Zao Wou-Ki est exposé aussi à Lyon, à travers une vingtaine d'estampes superbes, au 1111.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 10 septembre 2018

Zao Wou-Ki : traversée des apparences

En contrebas d'un paysage, une femme croise les bras derrière sa tête et offre son opulente poitrine au regard du curieux. La poitrine est proportionnellement opulente, mais le personnage minuscule, filiforme, tracé sommairement comme dans un dessin d'enfant ou de Paul Klee. Et, bientôt, la femme comme toute autre figure disparaîtront de l’œuvre de Zao Wou-Ki (1920-2013), pour laisser place à une abstraction que les spécialistes qualifient généralement de lyrique. Lyrique, vraiment ? Certes, les œuvres de Wou-Ki laissent chanter et vibrer de loin en loin les échos des peintres occidentaux qu'il rencontra, après son installation à Paris en 1948 : Pierre Soulages, Hans Hartung, Joan Miro, Nicolas de Staël... Et puis il y a aussi de la musique dans sa vie personnelle, avec une première épouse musicienne, et la fréquentation d'Edgar Varèse et de Pierre Boulez. Mais l'abstraction de Wou-Ki est aussi bien informelle, gestuelle, et pour en rajouter une "couche" : chinoise ! Dans un instant, tout est là Le petit personnage féminin précité est encadré de deux arbres et de deux maison

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Incertain M. Piekielny

Littérature | « Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 26 juin 2018

Incertain M. Piekielny

« Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny... » Voici la requête faite par un petit homme aux airs de "souris triste" à son voisin Roman Kacew dont il était persuadé qu'il était promis à un destin. Ce en quoi il n'avait pas tort – on devrait toujours écouter ses voisins, surtout quand ils ressemblent à une souris triste –, le Roman Kacew en personne, alors adolescent, n'étant autre que le futur Romain Gary. Dans La Promesse de l'Aube, Gary raconte avoir mis un point d'honneur à tenir cette promesse. Mais c'est un autre écrivain, François-Henri Désérable qui s'est décidé à partir en quête de cet homme sur le mode « qui était-il ? » dans Un Certain M. Piekielny, roman encensé à sa sortie et pour lequel il recevra le prix du Cercle de lecture de la Librairie du Tramway. L'histoire, connaissant ce mystificateur de Gary, est-elle vraie ? La quête de Désérable également ? C'est tout l'intérêt de ce troisième roman qui semble osciller sans cesse

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Benjamin Bruneau : les images de l'intranquillité

Peinture | Le galeriste Henri Chartier reprend son activité à Lyon avec un nouveau lieu et une nouvelle exposition, consacrée à Benjamin Bruneau. Un peintre méconnu qui met l'image sous tension et la confronte à son refoulé.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 23 mai 2017

Benjamin Bruneau : les images de l'intranquillité

Bonne nouvelle ! La galerie Henri Chartier, après trois ans d'absence, rouvre ses portes dans un nouveau lieu, rue Auguste Comte. L'espace d'exposition est à la fois coquet et modeste en surface, et le galeriste espère y poursuivre la ligne artistique impulsée dans ses deux précédents lieux sur les pentes de la Croix-Rousse : des artistes souvent écorchés vifs, pas toujours sous les feux de la rampe, dont les œuvres déploient des univers étranges, sensibles, dénués de toute esthétique pompeuse... Tels, par exemple, Philippe Jusforgues et ses curieux photo-collages quasi dadaïstes, Grégoire Dalle et ses dessins labyrinthiques fourmillant de détails, Caroline Demangel et ses corps et visages tourmentés... Dissonances La première exposition rue Auguste Comte est consacrée à un artiste qui a très peu présenté son travail jusqu'à présent. Benjamin Bruneau est né en 1974 à Montpellier, a été formé aux Beaux-Arts de Paris à l'atelier de Jean-Michel Alberola, et dép

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"Le Christ aveugle" : apprenti prophète

ECRANS | de Christopher Murray (Chi-Fr, 1h25) avec Michael Silva, Bastian Inostroza, Ana Maria Henriquez…

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Depuis son enfance, Michael est persuadé d’être une sorte d’élu de Dieu, capable de miracles. Prêchant souvent dans le désert, il s’attire davantage d’hostilité que d’écoute. Un jour, il part guérir un ami d’enfance victime d’un accident. Ses fidèles le suivent, guettant le prodige… Dans le foisonnement actuel du cinéma chilien, Christopher Murray tente une entrée par le versant du mysticisme religieux — les évangélistes de tout poil ayant particulièrement la cote en Amérique du Sud. Cette fiction n’en est une qu’à demi, puisqu’il s’est nourri du quotidien des habitants de la Pampa del Tamarugal, de leur décor et de leurs histoires pour composer la trame du film. Ce sont eux également qui ont été choisis pour en être les interprètes — normal que Le Christ aveugle leur soit dédié. Grâce à cette approche, Murray conserve une indiscutable vérité (les visages émaciés, les corps suppliciés par l’indigence ou la maladie ne mentent pas) ; il retranscrit également le besoin muet d’un peuple abandonné de croire en l’impossible — fût-il promis par un semi-illuminé. Dommage qu’il m

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"De toutes mes forces" : un grand film sur l’univers social

ECRANS | de Chad Chenouga (Fr, 1h38) avec Khaled Alouach, Yolande Moreau, Laurent Xu…

Vincent Raymond | Mardi 2 mai 2017

Lycéen dans un quartier bourgeois, Nassim vit seul avec sa mère dépressive. Lorsqu’elle meure subitement, l’adolescent est placé dans un foyer mais le cache à son entourage. Refusant la main tendue du monde éducatif et d’être assimilé aux “cas sociaux”, il perd ses repères, puis pied… Quinze ans après une première tentative autobiographique bancale, 17 rue Bleue, Chad Chenouga réussit un admirable portrait d’une jeunesse en souffrance, allant bien au-delà de son expérience personnelle : il réactualise ici les faits afin qu’ils collent à la situation contemporaine. On suit tous les degrés du malaise existentiel du fier Nassim, nourri de culpabilité et de révolte ; son humeur erratique le poussant à rejeter ceux qui l’aident, qui l’aiment. Chenouga montre ce caméléon écartelé, abandonnant de sa morgue pour être accepté par ses commensaux du foyer. Mais conservant les richesses inaliénables qui lui permettront de rebondir : les mots qu’il possède — c’est-à-dire ses viatique et sésame pour une vie meilleure — et les souvenirs de sa mère (photo, vêtements, me

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La nuit lyonnaise espère des jours meilleurs

Clubbing | Le 6 mars, le préfet de région Michel Delpuech rejoindra Paris, et sera remplacé par Henri-Michel Comet, venu des Pays de la Loire. Chez certains acteurs du petit monde de la nuit lyonnaise, ce changement est un espoir. Le point.

Julie Hainaut | Mardi 28 février 2017

La nuit lyonnaise espère des jours meilleurs

« Dès l’arrivée du préfet Michel Delpuech en avril 2015, on a immédiatement senti une crispation sur l’ensemble des procédures qui jusque-là étaient marquées par le sceau du contradictoire » affirme Me Henri-Pierre Vergnon, avocat de plusieurs patrons d'établissements de nuit. Peu avant lui, en janvier 2015, était arrivé également le préfet de police Gérard Gavory : c’est peu dire que les acteurs de la nuit lyonnaise sont partagés sur leur action commune... Certains considèrent ce dernier comme un « tue-l’amour ». D’autres affirment que le premier « tue la nuit lyonnaise comme il a tué la nuit bordelaise » où il était en poste précédemment. L’incompréhension entre les deux parties débute suite à un incident à la discothèque le One Set, à Saint-Pierre-de-Chandieu. Ce soir d’octobre 2015, après une altercation à l’intérieur opposant un groupe de personnes et un individu solitaire, ce dernier

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« Matisse, ce n'est que ça »

Verbatim | Matisse a beaucoup écrit et parlé autour de son œuvre (réflexions réunies dans l'ouvrage Écrits et propos sur l'art). Voici une sélection de ses citations sur son travail et sa conception de l'art.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 décembre 2016

« Matisse, ce n'est que ça »

Famille artistique « De Delacroix à Van Gogh et principalement à Gauguin en passant par les impressionnistes qui font du déblaiement et par Cézanne qui donne l'impulsion définitive et introduit les volumes colorés, on peut suivre cette réhabilitation du rôle de la couleur, la restitution de son pouvoir émotif. » Création « J'ai travaillé des années pour qu'on dise : "Matisse, ce n'est que ça". » « Créer c'est exprimer ce que l'on a en soi. Tout effort authentique de création est intérieur. Encore faut-il nourrir son sentiment, ce qui se fait à l'aide des éléments que l'on tire du monde extérieur. Ici intervient le travail, par lequel l'artiste s'incorpore, s'assimile par degré le monde extérieur, jusqu'à ce que l'objet qu'il dessine soit devenu comme une part de lui-même, jusqu'à ce qu'il l'ait en lui et qu'il puisse le projeter sur la toile comme sa propre création. » Modèle « Je n'ai pas assez cultivé la mémoire des formes pour me passer de la présence du modèle qui compte non comme une possibilité de renseignement sur sa constitution, mais pour me tenir en émotion, en état d'une s

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Matisse, trait à trait

Musée des Beaux-Arts | L'exposition Matisse au Musée des Beaux-Arts nous ouvre les portes de son "laboratoire intérieur", à travers, surtout, sa pratique du dessin. Là, comme plus ostensiblement dans ses toiles ou ses sculptures, l'artiste fait vaciller la figure pour l'emporter parmi un flux et un élan vital plus vastes.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 décembre 2016

Matisse, trait à trait

Henri Matisse est un besogneux et n'a pas les mêmes facilités virtuoses, ni le style tonitruant, que son contemporain Picasso. On l'éprouve très concrètement en découvrant ses dessins au Musée des Beaux-Arts : il cherche de feuille en feuille, il expérimente, il échoue, il recommence, il répète, il hésite... Devant un dessin de femme allongée, Matisse confie en 1931 à un critique d'art : « Pouvez-vous imaginer que je suis resté plus de deux mois à ce dessin ? Chaque soir j'y ai travaillé une heure et demie. Il consiste si vous voulez en centaines d'esquisses superposées... Si vous regardez la feuille avec attention, vous verrez par exemple combien de fois j'ai changé l'attitude du bras. » Plus rarement chez Matisse, le dessin jaillit en une ligne limpide et semble alors facile, évident, léger. Il semble paradoxal d'organiser une exposition centrée sur les dessins de Matisse, alors qu'il est emblématiquement l'un des inventeurs de la modernité de la couleur, de sa libération contre la domination classique du... dessin ! Mais, comme souven

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Matisse au crayon

ARTS | À partir de ce vendredi 2 décembre (et jusqu'au 6 mars 2017), le Musée des Beaux-Arts nous invite à nous plonger dans le Laboratoire intérieur de Henri (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 29 novembre 2016

Matisse au crayon

À partir de ce vendredi 2 décembre (et jusqu'au 6 mars 2017), le Musée des Beaux-Arts nous invite à nous plonger dans le Laboratoire intérieur de Henri Matisse (1869-1954), c'est-à-dire dans sa pratique quotidienne du dessin. C'est à partir de ce médium que Matisse se donne toutes les libertés formelles pour réaliser ensuite ses sculptures et ses peintures. L'exposition rassemble environ 250 de ses œuvres (dessins, peintures, sculptures).

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"Une vie" Brizé

Le Film de la Semaine | Une ingénue sort du couvent pour se marier et mener une existence emplie de trahisons et de désenchantements. Maupassant inspire Stéphane Brizé pour un récit ascétique situé dans un XIXe siècle étrangement réaliste, et habité jusqu’à la moelle par Judith Chemla.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

« Plutôt que de tourner “l'adaptation” d’Une vie, Stéphane donnait l’impression de vouloir réaliser un documentaire sur les gens qui avaient inspiré Maupassant ; de faire comme si l’on avait la chance de retrouver des images d’époque, certes un peu différentes du livre : Maupassant ayant pris des libertés et un peu romancé ! » Jean-Pierre Darroussin, qui incarne le père de Jeanne — un hobereau quasi sosie de Schubert —, a tout dit lorsqu’il évoque sa compréhension du projet artistique, voire du postulat philosophique de Stéphane Brizé. Il y a en effet dans la démarche du réalisateur une éthique de vérité surpassant le classique désir de se conformer à la véracité historique pour éviter l’anachronisme ballot. Nulle posture, mais une exigence participant du conditionnement général de son équipe : plutôt que de mettre en scène le jeu de comédiens dans l’ornière de la restitution de sentiments millimétrés, Brizé leur fait intérioriser à l’extrême le contexte. Ils éprouvent ainsi le froid ambiant sans recourir à un vêtement contemporain pour s’en prémunir, ou s’éclairent à une lumière exclusivement dispensée par des bougie

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Taverne Gutenberg : « On peut tout imaginer »

ARTS | Un nouveau lieu d’art prend place dans la cité : la Taverne Gutenberg, initialement projet éphémère, devient pérenne sous l’impulsion du peintre Henri Lamy et de sa compagne, la graphiste Maïa D’aboville.

Sébastien Broquet | Mardi 19 janvier 2016

Taverne Gutenberg : « On peut tout imaginer »

A la Guillotière, quartier longtemps dénigré avant sa récente mutation, s’est développé une intense vie de quartier à forte identité algérienne - le raï et le chaabi étaient souvent joués dans les arrières-salles de café, lorsque l’un sortait son guember, donnant naissance à une multitude de cassettes méconnues. Peut-être, certains d’entre eux se sont produits en fin de nuit dans cet ancien café algérien à l’angle de rue de l’Epée et de la rue Gutenberg où un comptoir magistral trône encore, à droite de l’entrée. On peut l’imaginer… Ce qui est certain, c’est que durant la guerre d’Algérie, vers 1958 / 59, c’était un fief des indépendantistes. Le patron, arrêté et malmené par la police française pour ses affinités avec les militants du FLN, en mourut ; sa fille repris le bar, avant de revendre l’immeuble il y a huit ans et finalement de le quitter il y a un an. La désormais Taverne Gutenberg s’est inventée une autre vie : centre d’art alternatif, lieu de vie voulant s’ancrer dans le quartier. Un nouveau spot qui va prendre une place importante : le peintre Henri Lamy et sa compagne Maïa D’Aboville, à l’initiative

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Le Tout Nouveau Testament

ECRANS | La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Le Tout Nouveau Testament

La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se double d’un tyran domestique séquestrant son épouse et sa fille de dix ans, Éa. Celle-ci, qui en a plein le Graal de ce monstre gorgé de bière, décide de suivre l’exemple de son aîné barbu, J.-C. Elle s’évade donc afin d’enrôler des apôtres et d’écrire son propre Nouveau Testament. Non sans avoir mis le bazar dans l’ordinateur paternel, en révélant à toute l’humanité l’heure de sa mort. Une plaisanterie qui lui vaut d’avoir un Dieu le père furibard (et en sandales) à ses trousses… Ténue, la filmographie de Jaco van Dormael ne compte que trois longs métrages depuis Toto le héros (1991), où s’affirmaient déjà pleinement son style comme ses influences. L’homme ayant biberonné au surréalisme belge — mâtiné de burlesque et d’onirisme nébuleux — son œuvre en est traversée, parfois illuminée : ici, la farce iconoclaste (un Dieu façon Gros Dégueulasse de Reiser) peut côtoyer le sublime éthéré ou le franchement potache lorsqu’il s’agit d’illustrer des métaphores. Affectionnant la forme du conte porté par u

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Les déchirantes abstractions d'Henri Mouvant

ARTS | Artiste né à Lyon en 1926, ancien sérigraphe et peintre figuratif, Henri Mouvant a basculé dans l'abstraction en 1960 au travers de pastels, d'huiles, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 23 juin 2015

Les déchirantes abstractions d'Henri Mouvant

Artiste né à Lyon en 1926, ancien sérigraphe et peintre figuratif, Henri Mouvant a basculé dans l'abstraction en 1960 au travers de pastels, d'huiles, d'encres, d'acryliques, de collages, de papiers déchirés et de cartons ondulés... Ce sont ses collages de papiers déchirés qui nous avaient le plus émus lors de sa dernière exposition dans une galerie lyonnaise. En quelques blocs de couleurs frangés, l'artiste arrache à des matériaux récupérés une puissante poésie des formes, du mouvement et de la rencontre des tonalités. La déchirure du papier imprime comme une violence sourde parmi des œuvres par ailleurs d'apparence simple et sereine. Une contradiction et une gestuelle qui rappellent ces mots de Nathalie Sarraute dans Enfance : «Je vais le déchirer... je vous en avertis ; je vais franchir le pas, sauter hors de ce monde décent, habité, tiède et doux, je vais m'en arracher, tomber, choir dans l'inhabité, dans le vide...» Nous vous invitons à franchir, sinon le pas, du moins le seuil de la galerie Jean-Louis Mandon qui expose des collages et des peintures de l'artiste jusqu'au 27 juin. Jean-Emmanuel Denave

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Blind

ECRANS | D’Eskil Vogt (Norvège, 1h31) avec Ellen Dorrit Petersen, Henrik Rafaelsen…

Christophe Chabert | Mardi 28 avril 2015

Blind

Connu pour avoir coécrit les scénarios de Joachim Trier — bientôt en compétition cannoise avec Louder than Bombs — Eskil Vogt se lance ici dans la mise en scène, mais il est vite rattrapé par sa nature d’auteur. En effet, à travers son personnage principal, une femme devenue aveugle qui se met à rêver le monde et les gens qui l’entourent comme une romancière fabriquant des morceaux de fiction, il offre un reflet à peine fantasmé de sa propre situation. Blind se grise de sa structure labyrinthique et de son étrangeté, grillant ses meilleures cartouches au cours de sa première demi-heure : ainsi, tandis qu’Ingrid perd la vue, son mari développe des pulsions voyeuristes, traînant sur YouPorn ou espionnant sa voisine d’en face. Pour faire sentir l’aveuglement, la mise en scène amplifie les autres sens de son héroïne, mais là, Vogt ne fait que reprendre la plupart des idées développées par Meirelles dans son sous-estimé Blindness. Au bout d’un moment, le procédé lasse, le film patinant dans ses mises en abyme glaciales et son petit traité cérébral sur le

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Les grosses cylindrées du musée Henri Malartre

ACTUS | Bien qu'il soit le premier musée automobile de France, il se fait toujours aussi discret. Propriété de la ville de Lyon depuis 1972, même si situé à (...)

Valentine Martin | Mardi 7 avril 2015

Les grosses cylindrées du musée Henri Malartre

Bien qu'il soit le premier musée automobile de France, il se fait toujours aussi discret. Propriété de la ville de Lyon depuis 1972, même si situé à Rochetaillée-sur-Saône, le musée Malartre va sans doute connaître un nouveau souffle avec l'arrivée prochaine à sa direction de Xavier de la Selle, également à la tête des musées Gadagne et de l’imprimerie. De quoi désenclaver, par une mise en synergie dans l'air du temps, ce lieu né de la fascination d'un homme pour les voitures. Nous sommes en 1931, année durant laquelle Henri Malartre acquiert sa première automobile, un luxe à l'époque. Résistant durant la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté et déporté. À son retour, il découvre dix-sept voitures anciennes, cachées dans un entrepôt et qui ont échappé à la surveillance de la Gestapo. Il commence alors sa collection. En 1959, Malartre se met en quête d'un lieu pour entreposer ses rutilants jouets. Il achète à cet effet le château de Rochetaillé-sur-Saône, un bâtiment du XIIe siècle en rénovation, et décide d'en faire un musée, qu'il ouvre au public un an plus tard. Composé de trois bâtisses (le château et les halls Gordini et Pradel), le site possè

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Voyage en Chine

ECRANS | De Zoltán Mayer (Fr, 1h36) avec Yolande Moreau, Qu Jing Jing…

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

Voyage en Chine

Pas de cris, mais beaucoup de chuchotements ; le couple formé par Liliane et Richard est saisi au début de Voyage en Chine dans une torpeur dépressive que l’on imagine liée à l’usure du temps. En fait, ils viennent d’apprendre la mort de leur fils Christophe et la distance entre les deux époux se creuse de plans en plans, tous rigoureusement composés. Liliane, fatiguée des démarches administratives pour rapatrier le corps, décide d’aller le récupérer seule sur les lieux de l’accident, en Chine. Zoltán Mayer avance dans son mélodrame ténu au rythme de son héroïne et de son actrice, Yolande Moreau, formidable et dans un registre nouveau — une femme simple, mais cultivée et capable d’introspection, ce qu’elle exprime en tenant un journal où elle déverse ses regrets et sa fierté pour son enfant. Il y a là un vrai regard de cinéaste, qui met à distance toute tentation de l’exotisme et du folklore pour se concentrer sur les interactions émotionnelles entre les personnages et leur environnement. Si le contexte est celui de la Chine du Sichuan, il y a quelque chose de japonais dans la mise en scène, comme du Ozu en plus stylisé, la beauté des cadres, des déc

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Perte de mémoire de nos pères

SCENES | Sur un beau texte de Davide Carnevali, Antonella Amirante signe une pièce malheureusement trop clinique pour préserver la force de son sujet : la déchéance mémorielle d'un homme atteint de la maladie d'Alzheimer. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 20 mai 2014

Perte de mémoire de nos pères

Ça commence par des amnésies lacunaires, qui jaillissent en des torrents de questions dont les réponses rentrent par une oreille et ressortent par l'autre. Ça se poursuit par des sautes d'humeur si insensées que l'amertume d'un café peut devenir prétexte à un saccage. Viennent ensuite la confusion temporelle et l'oubli : d'un même mouvement, un époux ressuscite et un petit fils devient un visiteur anonyme. La perte complète de l'autonomie n'est alors plus qu'une question de semaines. La mort, elle, aussi silencieuse et diffuse que celle d'une plante trop longtemps privée d'eau, pourra se faire attendre des années. Ces symptômes, ce sont ceux de la maladie d'Alzheimer, et ils rythment Variations sur le modèle de Kraepelin. Au sens propre : la pièce de l'Italien Davide Carnevali est à l'image de la mémoire de son personnage principal, un vieillard en plein formatage de disque dur, fragmentée, parfois incomplète, souvent redondante, globalement incohérente et, en cela, d'une grande justesse, y compris dans sa manière de raconter comment cette saleté neurodégénérative déteint sur l'entourage – en l'occurrence un fils, dont l'impuissance s'exprime tour à tour par de

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Tarantino : glourious basterd

ECRANS | En choisissant Quentin Tarantino pour recevoir le cinquième Prix Lumière, le festival Lumière, qui aura lieu du 14 au 20 octobre prochain, frappe un grand coup, dans une édition placée sous le signe de la "célébration du 35 mm". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 21 juin 2013

Tarantino : glourious basterd

Au terme d’un suspens soigneusement orchestré, c’est sous des hurlements de joie qu’a été annoncé le nom du cinquième Prix Lumière, qui sera remis le 18 octobre prochain (avec, au passage, un petit changement de date, la cérémonie ayant lieu le vendredi et non plus le samedi) : Quentin Tarantino. Le cinéaste avait le profil parfait pour le recevoir, tant il mène une œuvre singulière et, son Django unchained l’a prouvé, sans doute déjà à son apogée ; mais il est aussi un cinéphile fervent, qui travaille à la redécouverte de films et d’auteurs oubliés, devenant au fil du temps, avec Martin Scorsese, un des plus grands défenseurs du patrimoine cinématographique. Ses trois derniers films — Boulevard de la mort, Inglourious Basterds et Django unchained — ont aussi démontré quelle haute idée Tarantino se faisait du cinéma et de son histoire, ceux-ci étant capables de venir panser les plaies de l’Histoire elle-même, inventant une sorte d’uchronie où les minorités persécutées — femmes, juifs ou noirs — prenaient une revanche sur leurs oppresseurs via leurs doubles de celluloïd. Le 35 mm fait de la résistance C’est aussi un d

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Quentin Tarantino : un Prix Lumière cinéphile et fédérateur

ECRANS | En choisissant Quentin Tarantino pour recevoir le cinquième Prix Lumière, le festival Lumière, qui aura lieu du 14 au 20 octobre prochain, frappe un grand coup, dans une édition placée sous le signe de la «célébration du 35 mm». Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 20 juin 2013

Quentin Tarantino : un Prix Lumière cinéphile et fédérateur

Au terme d’un suspens soigneusement orchestré, c’est sous des hurlements de joie qu’a été annoncé le cinquième Prix Lumière, qui sera remis le 18 octobre prochain (avec, au passage, un petit changement de date, la cérémonie ayant lieu le vendredi et non plus le samedi) à rien moins que Quentin Tarantino. Le cinéaste avait le profil parfait pour le recevoir, tant il mène une œuvre singulière et, son Django unchained l’a prouvé, sans doute déjà à son apogée ; mais il est aussi un cinéphile fervent, qui travaille à la redécouverte de films et d’auteurs oubliés, devenant au film du temps, avec Martin Scorsese, un des plus grands défenseurs du patrimoine cinématographique. Ces trois derniers films — Boulevard de la mort, Inglourious Basterds et Django unchained — ont aussi démontré quelle haute idée Tarantino se faisait du cinéma et de son histoire, ceux-ci étant capables de venir panser les plaies de l’Histoire elle-même, inventant une sorte d’uchronie où les minorités persécutées — femmes, juifs ou noirs — prenaient une revanche sur leurs

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Causeries citoyennes

CONNAITRE | Souvenez-vous… Il fut un temps où Eva Joly était candidate à l’élection présidentielle, Bernard-Henri Lévy philosophe, Martin Hirsch ministre du gouvernement (...)

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 12 janvier 2013

Causeries citoyennes

Souvenez-vous… Il fut un temps où Eva Joly était candidate à l’élection présidentielle, Bernard-Henri Lévy philosophe, Martin Hirsch ministre du gouvernement Fillon… Et, plus sérieusement, un temps où, contre vents et marées de l’opinion, Robert Badinter défendit l’abolition de la peine de mort, votée en 1981. Cette brochette de guest stars interviendra dans le cycle de rencontres Causes communes, autour du thème large de la justice, organisé par la Villa Gillet, le Théâtre de la Croix-Rousse et l’Opéra. On y "causera" d’Europe (avec Eva Joly), d’ingérence humanitaire (avec BHL), de pénalisation et d’incarcération (l’une des conférences a priori les plus passionnantes qui réunira, en avril, Bernard Bolze, fondateur de l’Observatoire International des prisons, le philosophe spécialiste de Michel Foucault Frédéric Gros et l’intellectuellement très revigorant magistrat Serge Portelli). Cette semaine, Martin Hirsch interviendra sur la notion de solidarité en compagnie du sociologue Nicolas Duvoux et du philosophe Jean-Fabien Spitz. Et Robert Badinter, engagé aujourd’hui contre les sinistres conditions de détention en nos prisons, parlera de «Victor Hugo et la justi

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Monde perdu

SCENES | Pétri de films de science-fiction, Aurélien Portehaut (ici auteur, metteur en scène et acteur) a souhaité transporter cet univers sur scène : un homme dépressif (...)

Nadja Pobel | Lundi 29 octobre 2012

Monde perdu

Pétri de films de science-fiction, Aurélien Portehaut (ici auteur, metteur en scène et acteur) a souhaité transporter cet univers sur scène : un homme dépressif tente de se suicider les mains dans un grille-pain quand il est dérangé par sa sœur totalement cinglée, puis par un extra-terrestre échoué par hasard dans son jardin. Avec ce sujet on ne peut plus casse-gueule, Portehaut s’en sort a priori pas mal, préférant à un costume vert ridicule caricaturant un alien la nudité intégrale parcourant la scène en long et en large, ne s’habillant que d’un tablier de cuisine traînant par là. Excellent acteur, se distribuant les meilleures répliques (ah, l’exercice de prononciation du puzzle !), il abandonne assez rapidement ses partenaires, à commencer par Marie-Laure Rongier portant le fardeau de la sœur illuminée, ouvertement qualifiée d’imbécile et qui, de surcroît, braille sans interruption. Quant à Yann Guillarme, qui a récemment tenu l’affiche des Loose Brothers en duo précisément avec Portehaut, il incarne un personnage qui repose entièrement sur l’entente (parfaite au plateau) avec son complice. Mais son rôle manque de corps, faute d’un récit qui

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Nouvelle vague d’amour

ECRANS | Il est de bon ton de jeter l’opprobre sur la Nouvelle Vague, accusée de tous les maux du cinéma français, alors que la nullité actuelle des films hexagonaux (...)

Christophe Chabert | Jeudi 23 août 2012

Nouvelle vague d’amour

Il est de bon ton de jeter l’opprobre sur la Nouvelle Vague, accusée de tous les maux du cinéma français, alors que la nullité actuelle des films hexagonaux concerne aussi bien un cinéma d’auteur autiste qu’un cinéma commercial mal branlé. Il suffit pourtant de redécouvrir Jules et Jim de François Truffaut pour se rendre compte que cette Nouvelle Vague-là n’avait pas grand-chose à se reprocher : rigoureux dans son écriture, audacieux dans son sujet (une femme aime deux hommes sans que cela ne brise l’amitié masculine qui les unit) comme dans sa forme (Truffaut utilise à chaque plan toute la grammaire cinématographique pour créer du spectacle), Jules et Jim n’a pas usurpé sa réputation de chef-d’œuvre. Pour son troisième film, Truffaut installait le dernier axe de son œuvre, celui qui allait le rendre célèbre à travers le monde : le goût du romanesque, qui complétait son désir d’autobiographie (Les 400 coups) et son envie de relire les codes du cinéma de genre (Tirez sur le pianiste). Adapté d’un livre d’Henri-Pierre Roché, Jules et Jim inscrit son récit dans celui de deux pays, la France et l’Allemagne, qui passent de l’insouc

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L'enfance coupée en deux

ARTS | La galerie Chartier présente le travail tout à la fois léger et émaillé de cruauté de Guillemette Coutellier. Soit une vingtaine de dessins récents, invitant au rêve et à la dérive des sensations... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 avril 2012

L'enfance coupée en deux

Des êtres hybrides à têtes de lapin, de chien ou de crocodile peuplent le monde apparemment naïf et enfantin de Guillemette Coutellier. Ils surgissent sur des chemins de campagne ou se profilent sur fond de montagnes ou de collines... Les couleurs restent discrètes et pâles, le trait est simple et spontané. Le tout semble comme flotter sur le papier, la composition ne tenant qu'à un fil ténu, menaçant de craquer et de laisser éclater les figures aux quatre coins de la feuille. Parmi ces représentations à tonalité onirique, on est surpris, ici et là, de croiser un individu dans un bain de sang, ou un autre encore aux pieds tranchés ! «J'aime entretenir cette confusion entre la violence et la douceur», confie l'artiste. «Mon univers reste globalement onirique et l'on peut retrouver d'un dessin à l'autre certains motifs (les montagnes, des chaussures, une tête de lapin...), un vocabulaire... J'essaye de déplier les choses et, pour cette exposition, j'ai dessiné beaucoup de formes animales». Aigre-doux

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Collections passions

ARTS | Expositions / Des collectionneurs privés s’invitent dans les musées et les galeries, proposant trois expositions très réussies au Musée des Beaux-Arts, au Réverbère et à la galerie Henri Chartier. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 30 septembre 2011

Collections passions

Collections, piège à cons ? Il est toujours tentant de caricaturer le collectionneur (ou la collectionneuse) comme un type plein aux as qui sort de son 4X4 une baudruche de Jeff Koons ou une vache coupée en deux baignant dans le formol de Damien Hirst pour décorer son salon et épater ses amis imbibés de champagne… Certes, cela doit bien exister. Mais le collectionneur peut être aussi «petit» ou obsessionnel, ou tout simplement passionné et éclairé… Antoine de Galbert a été galeriste à Grenoble pendant une dizaine d’années et a créé en 2004 la fondation privée parisienne La Maison rouge qui présente souvent de très bonnes et très originales expositions d’art contemporain. Sa collection est elle aussi assez singulière. «Ma collection est constituée, pour l’essentiel, d’œuvres d’artistes vivant aujourd’hui, mais le voyage mental et visuel que j’effectue depuis de longues années se situe dans le culte de l’objet et la trace de l’homme, et non dans l’Histoire de l’art et ses classifications qui m’ennuient» déclare-t-il. «Je m’attache, consciemment ou non, à bâtir des ponts transversaux entre les choses. Je regarde avec le même plaisir une œuvre ancienne, un objet primitif, une vidéo

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Où va la nuit

ECRANS | De Martin Provost (Fr-Belg, 1h45) avec Yolande Moreau, Pierre Moure…

Christophe Chabert | Vendredi 29 avril 2011

Où va la nuit

Les fans de Séraphine vont tomber de haut en découvrant Où va la nuit. Certes, il faut reconnaître à Martin Provost un certain courage pour aller dans une direction radicalement différente (en l’occurrence, un polar social) de celle de son précédent succès. Mais cela ne sauve pas ce film aux maladresses criantes. Le premier plan est fort, l’introduction assez sèche, mais dès que Yolande Moreau se débarrasse de son mari et se réfugie à Bruxelles chez son fils homo, Où va la nuit ne sait plus sur quel pied danser. Un exemple : la sortie en boîte est censée montrer le décalage entre Moreau et la faune branchée bruxelloise ; un ressort de comédie que Provost filme avec le plus grand sérieux, puisqu’il s’agit d’en faire un moment clé de son intrigue policière. Résultat : tout paraît artificiel, la situation, la tension ou le jeu des acteurs. Ça ne s’arrange pas quand le film vire au psychodrame œdipien, et encore moins dans la conclusion grossièrement repiquée à Thelma et Louise. Alors, où va la nuit ? Pas bien loin ! Christophe Chabert

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Stéphane Guénier, rencontre

ARTS | La galerie Henri Chartier a ouvert un nouvel et grand espace au 35 rue Leynaud et c'est l'artiste parisien Stéphane Guénier qui y présente une première et (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 10 décembre 2010

Stéphane Guénier, rencontre

La galerie Henri Chartier a ouvert un nouvel et grand espace au 35 rue Leynaud et c'est l'artiste parisien Stéphane Guénier qui y présente une première et puissante exposition (jusqu'au samedi 8 janvier). Avec une quinzaine de toiles et autant de dessins dont l'abstraction expressive, existentielle, organique pourrait être située entre Cy Twombly, Michel Basquiat et l'œuvre graphique d'Antonin Artaud. Une rencontre est organisée ce mercredi 15 décembre à 19h30 avec l'artiste, ainsi que le philosophe Yves Cusset, le psychanalyste Jean-Paul Chartier et nous-mêmes. L'entrée est libre, il suffit de réserver au 04 72 44 02 58. JED

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La Meute

ECRANS | De Franck Richard (Fr-Belg, 1h25) avec Émilie Dequenne, Benjamin Biolay, Yolande Moreau…

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

La Meute

Les vingt premières minutes de "La Meute" sont encourageantes : ambiance trou du cul du monde réussie, dialogues percutants à la Bernie Bonvoisin, casting à contre-emploi efficace. On nage alors dans une comédie très noire, qui s’arrête net avec l’irruption de l’horreur et du fantastique. Le film n’a alors plus grand-chose à raconter, sinon les lieux communs du genre — des monstres dégueux, des humains obligés de se liguer pour lutter contre la menace comme dans certains Hawks. Étrange sensation d’une série B partie en trombe et qui tombe en panne sèche dès son premier tiers, se contentant alors de remplir pour remplir, sans espoir de retour. CC

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Mammuth

ECRANS | De Gustave Kervern et Benoît Delépine (Fr, 1h33) avec Gérard Depardieu, Yolande Moreau, Isabelle Adjani, Miss Ming…

Christophe Chabert | Mercredi 14 avril 2010

Mammuth

Quelles traces laisse un homme dans un monde où le travail est devenu la vraie mesure de la vie ? Des bulletins de salaire, des attestations de cotisation retraite… Mais ces traces, la société libérale n’est-elle pas en train de les effacer à coups de concentrations industrielles, de délocalisations et de faillites ? C’est l’expérience que va vivre Serge Pilardosse ; à l’orée de ses soixante ans, il doit faire le tour de ses anciens employeurs pour espérer toucher une pension à taux plein. Il enfourche donc sa vieille moto allemande (une Munchen Mammut) et part sur les routes à la recherche des précieux documents. Sauf que… Entre patrons grabataires, entreprises envolées, rencontres malheureuses ou au contraire libératrices, Serge va perdre de vue sa quête et découvrir autre chose… Parti comme une suite logique de leur précédent Louise-Michel (une charge vacharde contre l’absurdité capitaliste), Mammuth, comme son personnage, bifurque en cours de route. Kervern et Delépine aussi : leur film est sans doute le plus libre, le plus grisant et le plus touchant qu’ils aient réalisés. Loin des plans millimétrés d’Aaltra et d’Avida, la chair filmique

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Stéphane Guénier, Grégoire Dalle et Lionel Pratt

ARTS | Pour fêter ses trois ans, la petite galerie Henri Chartier présente trois artistes trentenaires et travaillant le dessin (jusqu'au 27 février). Parmi eux, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 11 février 2010

Stéphane Guénier, Grégoire Dalle et Lionel Pratt

Pour fêter ses trois ans, la petite galerie Henri Chartier présente trois artistes trentenaires et travaillant le dessin (jusqu'au 27 février). Parmi eux, Stéphane Guénier nous a fait très forte impression. L'ancien élève du peintre Velickovic (dont on perçoit un peu l'héritage et, à travers lui, celui de Bacon) dessine, découpe, colle, rature, écrit... Ses taches fulgurantes ou ses corps fragmentés s'inscrivent, dans ses petits formats, parmi des formes géométriques ou des successions de plans, multipliant les impressions. Sur de plus grandes toiles récentes, l'artiste, en bel héritier de Cy Twombly, laisse libre cours à ses traits de couleurs, entre graphie et dessin. On dirait du gribouillage, mais c'est en réalité un chaos de sensations qui «tient» sur la toile, saisit, émeut. JED

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L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot

ECRANS | De Serge Bromberg (Fr, 1h34) avec Romy Schneider, Serge Reggiani…

Christophe Chabert | Mercredi 4 novembre 2009

L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot

Film inachevé puis fantasmé par les cinéphiles, L’Enfer avait connu une adaptation remarquable signée Chabrol en 1995. Quant aux rushs de Clouzot, ils étaient gardés comme un trésor par sa veuve, et c’est la patience de Serge Bromberg (l’animateur des fameux Retour de flamme) qui l’a convaincue de céder ces bobines pour permettre la réalisation de ce documentaire. Sur l’écran, Bromberg mélange donc les images tournées par le cinéaste, les essais expérimentaux qui devaient traduire la jalousie névrotique du personnage principal (Reggiani) envers sa femme (Schneider), y ajoute un commentaire en voix-off et quelques séquences filmées aujourd’hui avec Jacques Gamblin et Bérénice Béjo. De ce micmac, c’est finalement l’odyssée du tournage qui passionne le plus : les délires mégalos de Clouzot, son aveuglement qui le conduit dans le mur, ses insomnies créatrices, le harcèlement qu’il fait subir à Reggiani, et enfin la crise cardiaque du cinéaste marquant l’arrêt définitif du film. En revanche, Bromberg n’a pas osé trier dans les images tournées, et n’hésite pas à monter toutes les prises d’une même séquence ou tous les tests effectués avec Schneider, donnant au film un carac

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Louise-Michel

ECRANS | Après Aaltra et Avida, Gustave Kervern et Benoît Delépine reviennent avec un film furieux, hirsute, mal élevé, enragé et joyeusement anar. Salutaire, donc. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 17 décembre 2008

Louise-Michel

Ça commence par un sabordage en règle. Vous avez aimé le beau cinémascope noir et blanc, les plans contemplatifs et les gags chorégraphiés d’Aaltra et Avida ? Louise-Michel fout presque tout au feu. Couleurs ternes et cadres étroits, focales plates et décors déprimants : le film ne drague pas son spectateur. Et pour cause : il n’y a pas de quoi pavoiser avec cette histoire de patron voyou qui délocalise son usine dans la nuit, laissant des dizaines d’ouvrières sur le carreau. Comme un conte cruellement d’aujourd’hui, le film va orchestrer la revanche des petits sur les gros : les anciennes employées réunissent leurs indemnités pour engager un tueur afin d’aller descendre le boss ripou. Là où un scénariste trop roué aurait tiré l’argument vers la mécanique polardeuse, Kervern et Delépine choisissent une toute autre option. Il faut dire que là où la plupart des films carburent à l’eau plate et au Guronzan, Louise-Michel tourne avec de la rage et de l’alcool à 90° ingurgité cul-sec. C’est ce côté furieux qui va progressivement emporter le spectateur le long de ce road-movie cabossé où un couple impossible (Yolande «Louise» Moreau et Bouli «Michel» Lanners) remonte rien moins que la py

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Séraphine

ECRANS | de Martin Provost (Fr, 2h05) avec Yolande Moreau, Ulrich Tukur…

Christophe Chabert | Mercredi 24 septembre 2008

Séraphine

Le récit de cette boniche bigote et simplette qui devient, grâce au heureux hasard de sa rencontre avec un collectionneur d’art allemand, une peintre reconnue et avant-gardiste, est une histoire vraie. Sujet fort qui débouche sur un scénario appliqué. Et après, ça se gâte grave. Martin Provost illustre de manière archi-académique cette matière qu’il devait penser assez passionnante pour éviter de se poser des questions de mise en scène. Faute de ce regard, le film finit par transformer le réel en cliché : le collectionneur d’art est gay, aime les jeunes éphèbes, et Ulrich Tukur fait son Dirk Bogarde dans Mort à Venise. Sans oublier que, pas de bol, il est Allemand et nous sommes à la veille de la guerre de 14 ! Oui, mais puisque c’est vrai, direz-vous… Justement : on ne croit à ce qu’il y a sur l’écran qu’avec le certificat extra-cinématographique de cette vérité-là. Mais le pire, c’est le cabotinage effréné de Yolande Moreau dans le rôle de Séraphine : l’actrice s’autorise, à cause de cette maudite vérité, à surjouer toutes les émotions et attitudes de son personnage. Désagréable impression d’une comédienne douée qui réclame du premier au dernier plan un César pour sa performance,

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