100% Cachemire

ECRANS | De et avec Valérie Lemercier (Fr, 1h38) avec Gilles Lellouche, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Vendredi 6 décembre 2013

Photo : © Wild Bunch distribution


Un drôle de désir semble avoir guidé Valérie Lemercier pour son quatrième film en tant qu'actrice-réalisatrice… S'approprier un fait divers glauque où une mère adoptive décide de rendre son fils après quelques mois "d'essai" ; faire le portrait acide d'une bourgeoisie étranglée entre bonne et mauvaise conscience ; mais aussi s'écrire un personnage détestable dont la caméra, toutefois, ne se détache jamais, exercice narcissique très curieux et, à l'image du film tout entier, plutôt déplaisant.

Car si Lemercier a un vrai talent pour écrire des dialogues de comédie qui claquent, et si elle sait les mettre dans la bouche de comédiens ravis de s'amuser avec cette musique virtuose, le scénario de 100% Cachemire n'a pas de centre, sinon une misanthropie qui s'exerce aveuglément sur les riches et les pauvres, les premiers très cons, les seconds très cons et très moches.

Il y avait pourtant une idée magnifique, hélas laissée en jachère : cet enfant russe muet et impavide, mur indéchiffrable sur lequel les émotions des adultes alentour ricochent ou se fracassent. Mais la mise en scène semble fuir ce trou noir émotionnel, préférant se réfugier dans la peinture sarcastique et assez vaine d'un monde qui, à l'image d'une fin ratée et absurde, cherche à se rassurer à bon compte.

Avec des présupposés finalement très proches, Alex van Warmerdam a démontré dans son récent Borgman qu'on pouvait réussir la comédie noire et inquiète que Lemercier ne fait que caresser de loin.

Christophe Chabert


100% cachemire

De Valérie Lemercier (Fr, 1h38) avec Valérie Lemercier, Gilles Lellouche...

De Valérie Lemercier (Fr, 1h38) avec Valérie Lemercier, Gilles Lellouche...

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Aleksandra et Cyrille forment un couple très chanceux très tendance qui apparemment a tout. Enfin tout, sauf un enfant. Alekseï, petit garçon russe de 7 ans va débarquer dans leur vie...


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Encore un peu plus à l’ouest : "Nous finirons ensemble"

Comédie dramatique | De Guillaume Canet (Fr, 2h15) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Encore un peu plus à l’ouest :

Dix ans après l’été maudit qui vit périr l’un des leurs, le groupe d’amis du Cap Ferret s’est disloqué. Sous l’impulsion d’Éric, ils se retrouvent tous pour célébrer les 60 ans de Max. Or celui-ci, sur le point de vendre sa maison, goûte guère la surprise… On prend les mêmes et on continue en suivant la recette : faire fermenter dans une résidence de nabab émirati ou de milliardaire texan un groupe “d’amis“ aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la bande. Fatalement, il faut s’attendre à du combat de coqs. Quand ils en ont le temps, certains et certaines de ces quadra adulescents pensent (un peu) aux autres. Pas forcément à leurs enfants — ces boulets d’arrière-plan décoratif conservés en cas de nécessité dramatique — ; plutôt à la planète le temps d’un couplet fédérateur dans l’air du temps. Ces personnages seraient faits pour être raillés, on souscrirait volontiers. Mais non : il faut les aimer pour leurs “blessures“, conséquences de leur égoïsme et de leur arrogance aveugle. Des liens profonds unissant Canet

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Fisc de zup ! : "Jusqu'ici tout va bien"

Comédie | De Mohamed Hamidi (Fr, 1h30) avec Gilles Lellouche, Malik Bentalha, Sabrina Ouazani…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Fisc de zup ! :

Fred Bartel a jadis faussement domicilié son entreprise de com’ en zone franche pour éviter taxes et impôts. Le fisc l’ayant rattrapé, il doit soit s’acquitter d’une lourde amende, soit déménager sa boîte à La Courneuve. Ce qu’il fait avec ses salariés. À chacun de s’acclimater… Vingt-cinq ans après La Haine, au prologue duquel il fait explicitement référence par son titre, ce nouveau “film sur la banlieue“ laisse pantois. Car s’il prétend raconter le bilan “globalement positif“ d’une implantation dans des « territoires perdus de la République » et une osmose réussie entre bobo de souche et jeunes-des-cités, Jusqu’ici tout va bien ne franchit pas tout à fait le Périph’ : son esprit reste ailleurs, dans les quartiers dorés. Et son angélisme de façade, irréel, est bien incapable de réduire la moindre fracture. En alignant plus de clichés qu’une planche-contact, Mohamed Hamidi les dénonce moins qu’il ne les perpétue. Trop lisse — sans doute pour cadrer avec la promesse d’une comédie — le film s’encombre de

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Le doute à l’ombre : "Une intime conviction"

Procès | De Antoine Raimbault (Fr, 1h50) Avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Le doute à l’ombre :

Accusé d’avoir tué sa femme, Jacques Viguier se terre dans un mutisme coupable. Nora le croit si viscéralement innocent qu’elle convainc Me Dupond-Moretti de le défendre, se dévouant sans relâche pour trouver des preuves le disculpant, au risque de polluer la procédure par son action… Il est peu fréquent sous nos latitudes de voir une affaire judiciaire aussi promptement adaptée sur les écrans français, et ce en conservant les noms des protagonistes. Le fait que le réalisateur ait été proche du dossier n’y est pas étranger, mais ne doit rien enlever aux mérites de ce qui constitue son premier long-métrage. Un film de procédure et de prétoire répond en effet à un strict protocole : il se doit de reproduire la théâtralité de la liturgie judiciaire tout en intégrant son jargon et ses pesanteurs — qui en amenuisent sérieusement la dramaturgie. Raimbault use d’un “truc“ pour dynamiser son film : l’invention de Nora, investigatrice parallèle, agissant comme les auxiliaires de la défense dans le monde anglo-saxon. Son action sur la narration (et globalement positive sur le verdict) repo

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Une aussi longue attente : "Pupille"

Drame | de Jeanne Herry (Fr, 1h47) avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Une aussi longue attente :

Une jeune femme arrive pour donner naissance à un petit garçon dont elle ne veut pas et qui aussitôt est pris en charge par toute une chaîne d’assistantes sociales et d’assistants maternels. Au bout du compte, ce bébé né sous X sera confié à une mère célibataire en souffrance d’enfant… De l’amour irraisonné à l’amour inconditionnel. Tel est le chemin que la réalisatrice Jeanne Herry a suivi, troquant l’obsession érotomane destructrice de la fan de Elle l’adore contre le bienveillant désir d’une mère méritante, son opposée exacte. Documenté à l’extrême, suivant une procédure d’adoption dans ses moindres détails psycho-administratifs aux allures parfois ésotériques (le cérémonial de rupture entre la mère biologique et l’enfant peut ainsi laisser dubitatif), Pupille s’échappe heureusement du protocole jargonnant par la mosaïque de portraits qu’il compose. Diversité d’approches, de caractères ; espoirs et désespoirs ordinaires meublent l’existence des personnages intervenant dans la lente chaîne menant le bébé à sa future maman ; autant d’accidents heu

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J’ai piscine : "Le Grand Bain"

Comédie | de Gilles Lellouche (Fr., 2h02) avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

J’ai piscine :

Chômeur dépressif, Bertrand rejoint un groupe de bras cassés, tous vaguement en déroute personnelle, pour former une très baroque équipe de natation synchronisée masculine. Entraînés par deux ex championnes azimutées, les gars vont se révéler aux autres et à eux-mêmes… Gilles Lellouche réalisateur, ce n’est pas une nouveauté : co-auteur de courts ainsi que d’un long avec son ancien complice Tristan Aurouet (Narco, 2004), il avait aussi participé à la trop inégale (dé)pantalonnade Les Infidèles (2012) avec un autre de ses potes, Jean Dujardin. En revanche, c’est la première fois qu’il se retrouve en solo derrière la caméra pour un long. Si son fidèle Guillaume Canet figure au générique, il n’en est pas le centre de gravité : Le Grand Bain est une authentique histoire sur le groupe et la force de l’union. Pas d’un club de quadra friqués pérorant en buvant des huîtres ; plutôt une collection de paumés de la classe jadis mo

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"L'Amour est une fête" : et le film, une défaite

Cul-cul | de Cédric Anger (Fr, 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent de Boogie Night à la française. Narrant l’infiltration de deux flics dans l’univers des peep-shows et du X des années 1980 parisiens, ce pensum n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coup de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O. de Grégoire Hetzel, et la mélancolie mélodique de ses part

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Ménagerie et ménages : "Gaspard va au mariage"

Comédie baroque | de Antony Cordier (Fr, 1h43) avec Marina Foïs, Félix Moati, Guillaume Gouix…

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Ménagerie et ménages :

En route pour le mariage de son père, Gaspard offre à l’excentrique Laura rencontrée dans le train de jouer à la compagne-alibi, contre rémunération mais en tout bien tout honneur. Proposition étrange, à la mesure de la famille du jeune homme, qui tient un zoo baroque en déroute… Intéressé depuis toujours par des figures de “transgressions douces” — libertinage adolescent dans Douches froides puis entre adultes dans Happy Few —, Antony Cordier voit plus grand avec cette parentèle gentiment branque, au sein d’un film dont la tonalité (ainsi que le chapitrage) évoquent la folie tendre de Wes Anderson, époque Famille Tenenbaum. Un autre tenant de la comédie contemporaine américaine arty décalée bénéficie au passage d’un hommage explicite : Noah Baumbach, le réalisateur de Margot va au mariage (2007). Mais à l’absurdité romantique des situations dans un zoo artisanal, au gothique des ambiances truffées d’apparitions animales ; au saugrenu

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En-dehors des murs, vers le Sud : "L’Atelier" de Laurent Cantet

ECRANS | de Laurent Cantet (Fr, 1h53) avec avec Marina Foïs, Matthieu Lucci, Warda Rammach…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

En-dehors des murs, vers le Sud :

Autrice de polars, Olivia anime un atelier d’écriture à La Ciotat durant les vacances pour des adolescents désœuvrés. Parmi eux, Antoine, replié sur lui-même et ses jeux vidéos violents, prompt à la provocation raciste et à deux doigts d’un passage à l’acte. Mais lequel ? Fiction documentarisante, cette chronique d’un été réalisée par Laurent Cantet (et comme à l’accoutumée co-écrite par son comparse Robin Campillo) tente de tisser au moins trois fils narratifs au moyen de ce fameux “atelier”, catalyseur maïeutique et générateur dramatique du récit. Grâce à lui, on plonge ainsi dans le passé de la cité et de ses chantiers navals, désormais reconverti dans le luxe (quel symbole !) ; on s’imprègne également du présent, déboussolé par un terrorisme attisant les tensions. Et l’on suit la relation ambigu du quasi hikikomori Antoine avec l’autrice — dont la résidence n’est qu’une parenthèse dans sa carrière. Le problème n’est pas que L’Atelier veuille raconter autant d’histoires à la fois, mais que ses (bonnes) intent

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Y a comme une noce… : "Le Sens de la fête" de Éric Toledano & Olivier Nakache

ECRANS | de Éric Toledano & Olivier Nakache (Fr, 1h57) avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

Y a comme une noce… :

Depuis trente ans, Max, traiteur exemplaire, organise des mariages. Mais ce soir, il arrive au bout du rouleau : ses vies personnelle et professionnelle semblent s’être concertées pour se déliter au cœur d’une noce compliquée. Pourtant, Max fait comme d’habitude : il gère… Cette comédie douce-amère est taillée sur mesure pour (et un peu par) Jean-Pierre Bacri, idéal en chef-d’orchestre désabusé d’un cortège de bras-cassés, de parasites et d’imprévus. Le droopyssime comédien a en effet mis la main à la pièce montée scénaristique, permettant de judicieuses relances quand le soufflé tend à retomber. On ne fera pas grief à la paire Nakache & Toledano de quelques baisses de régime : il y a tant de “vrais” personnages en jeu — pas des silhouettes — que leur donner de la substance à chacun tient du casse-museau. Essuyant bien des tempêtes, ce mariage-paquebot gouverné par le capitaine Max (seul maître à bord après les réalisateurs) rassem

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Sortie de piste pour Pixar : "Cars 3" de Brian Fee

Animation | de Brian Fee (É-U, 1h49) animation avec les voix (v.f.) de Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Nicolas Duvauchelle…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Sortie de piste pour Pixar :

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue sa génération aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez — une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse — en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa

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"Marie-Francine" : le retour en grâce de Valérie Lemercier

Le Film de la Semaine | Valérie Lemercier célèbre la rencontre de deux quinquas bouillis par la vie dans une comédie sentimentale touchante ranimant les braises d’une délicatesse désuète. Un beau couple de personnages qu’épouse un duo d’acteurs idéal : la cinéaste et l’extraordinaire Patrick Timsit.

Vincent Raymond | Mardi 30 mai 2017

Tuiles en cascades pour la quinquagénaire Marie-Francine : son mari la quitte pour une jeunesse, elle perd son boulot de chercheuse puis doit retourner vivre chez ses parents (et supporter leurs manies hors d’âge). Une éclaircie tempère ce chaos : sa rencontre avec Miguel, un cuisinier attentionné traversant peu ou prou les mêmes galères qu’elle. Et si le bonheur était à venir ? On avait laissé, pour ne pas dire abandonné, Valérie Lemercier seule face à la Bérézina que constituait 100% Cachemire (2013), film trahissant un essoufflement ultime dans sa mécanique de comédie. Comme une fin de cycle en triste capilotade. Changement de ton et de registre ici, avec ce qui pourrait bien être la plus belle réussite de la cinéaste : sous l’impulsion de sa coscénariste Sabine Haudepin, Valérie Lemercier sort en effet de sa zone de confiance, au-delà de l’aimable charge contre les bourgeois — plus prévisible que corrosive chez elle. Certes, elle s’octroie le (petit) rôle de la jumelle snobinarde de Marie-Francine, clone des emplois qu’elle a mille fois tenus, mais ce d

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"Sous le même toit" : objectif nul

ECRANS | de Dominique Farrugia (Fr, 1h33) avec Gilles Lellouche, Louise Bourgoin, Manu Payet…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Delphine et Yvan divorcent. Fauché, ce dernier revendique les 20% de la demeure familiale qu’il possède, et les occupe, histoire d’avoir en permanence un œil sur son ex. Ce sont leurs enfants, ignorés, qui en auront assez de cette scabreuse situation. Difficile de rire avec, de ou grâce à ce personnage immature exerçant un chantage afin de maintenir son emprise sur la vie privée de son ancienne épouse : ce type de possessivité pathologique et de perversité narcissique aurait davantage sa place dans un thriller. Difficile également de ne pas être écœuré par la vulgarité diffuse dégagée par cet étalage de fric, de jalousie mesquine, de testostérone satisfaite et de machisme graveleux. Et si à la toute fin, Farrugia tente de donner du sens à son (involontairement) dramatique comédie en abordant le sujet du harcèlement scolaire, c’est peu dire que le sujet tombe comme un cheveu sur la soupe. Bien que raté, L’Économie du couple (construit sur une trame immobilière proche), avait au moins le bon goût de ne pas sombrer dans un pareil pathétique.

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"Rock’n’roll" : ego trip

ECRANS | Quand Guillaume Canet comprend qu’il fait figure, pour la nouvelle génération, de mec installé et pépère dans sa vie de famille comme dans son métier, le (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Quand Guillaume Canet comprend qu’il fait figure, pour la nouvelle génération, de mec installé et pépère dans sa vie de famille comme dans son métier, le quadra pète un câble et veut (se) prouver qu’il possède encore au fond de lui une étincelle rebelle. Mais l’a-t-il jamais eue ? Naviguant, à l’instar du Grosse Fatigue (1993) de Michel Blanc, dans la sphère privée voire l’intimité des stars, cette auto-fiction cathartique permet à Canet de (presque) assouvir tous ses fantasmes sans (réellement) basculer dans la transgression : c’est son image — c’est-à-dire son “moi ” médiatique — qui prend les coups qu’il s’assène lui-même. Sous l’œil complice de nombreux guests, l’acteur-réalisateur s’inflige un catalogue d’auto-punitions gros comme un dico — éprouverait-il un besoin inconscient et masochiste d’expier ? — avant de trouver un second souffle dans une seconde partie inattendue, nettement plus délirante. À mille lieues de toute subversion, Rock’n’roll souffre surtout d’un manque de décision dans la coupe et le montage, qui le plombe d’une grosse vingtaine de minutes.

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Humour à Lyon : Deux festivals et des stars

Humour | Commençons par ce qui gratte : deux festivals d'envergure pour le café-théâtre à Lyon, c'est une belle idée et clairement, il y a un public pour les faire vivre (...)

Sébastien Broquet | Mardi 6 septembre 2016

Humour à Lyon : Deux festivals et des stars

Commençons par ce qui gratte : deux festivals d'envergure pour le café-théâtre à Lyon, c'est une belle idée et clairement, il y a un public pour les faire vivre tous les deux. Sauf que... quelle idée saugrenue de les organiser exactement aux mêmes dates, tous deux prenant fin le 1er octobre ! Collision regrettable, mais programmations délectables pour qui aime les bons mots. À l'Espace Gerson, c'est la 4e édition du festival d'Humour qui accueille en parrain Vincent Roca cette année, lequel donnera deux soirs d'affilée son Délirium Très Mots (26 et 27 septembre) créé en 2010 : virtuose de la langue, jongleur de mots, concurrent direct des titreurs de Libé, il s'est offert une belle notoriété en alignant les chroniques sur France Inter durant onze ans, dans le Fou du Roi de Stéphane Bern. Côté découvertes, se côtoieront Jérémy Vaillot, Margot Winch et Félix Dhjan (le mercredi 28 septembre), Ben H, Timothé Poissonnet et Pierre Daverat qui oscillent entre chanson et humour (jeudi 20 septembre) ou encore Haroun, Mathias Pradenas et Perrine Rouland (vendredi 30 septembre) avant un final hors-les-murs en c

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Voilà l'été : un jour, une sortie #1

MUSIQUES | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

Sébastien Broquet | Mercredi 6 juillet 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #1

1 / Mercredi 6 juillet : musique Clips grand format Premiers Clips pose ses valises au Transbo pour une projection sur grand écran des 19 meilleurs clips rhônalpins sélectionnés avec amour par le collectif Shoot It. Trois remises sont en jeux, dont le prix artistique Petit Bulletin qui permettra au vainqueur d'enregistrer pendant deux jours au Studio Purple Sheep. Pour l’ambiance, comptez sur Rosemary Martins en DJ ! Au Transbordeur à 19h 2 / Jeudi 7 juillet : apéro Petit Bulletin Summer Sessions Pour le coup, c’est nous qui vous convions : l’apéro du Petit Bulletin c’est au Transbo, avec aux platines un duo qui grimpe aux rideaux, à savoir les Femmes aux Fourneaux pour concocter la mise en bouche avant deux concerts bien moelleux : la bass & cold wave de Kaben en guise d’entrée, suivie des prometteurs Her pour le plat de résistance. On sait : si la France bat l’Islande, ce sera aussi soir de demi-finale.

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"Irréprochable" : Marina Foïs modelée dans la noirceur

ECRANS | Un film de Sébastien Marnier (Fr, 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de “retournements”un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie — un adjuvant essentiel.

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La Tour 2 Contrôle Infernale

ECRANS | De et avec Éric Judor (Fr, 1h31) avec Ramzy Bedia, Marina Foïs, Serge Riaboukine…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

La Tour 2 Contrôle Infernale

Donner une suite à une comédie absurde n’est-il pas en soi absurde ? Éric et Ramzy semblent en convenir en tournant, quinze ans après, une préquelle à La Tour Montparnasse infernale. Même distribution (augmentée de Philippe Katerine), même humour vernaculaire pareil à un match d’impro verbale sans fin entre les deux potes, même sentiment d’épuisement à la fin — un Quentin Dupieux pour les canaliser et réaliser cela n’aurait pas été du luxe. Leur brillant compositeur semble lui aussi éreinté par sa contribution : alors qu’il avait signé pour Microbe et Gasoil de Michel Gondry une très plaisante bande originale, Jean-Claude Vannier marque ici le pas, au point d’emprunter à François de Roubaix un thème emblématique (La Vitesse, la Mort, dûment crédité au générique) pour ce qui est censé être le climax du film : sa séquence finale — Ludovic Bource avait eu recours à la même “facilité” dans The Artist, en reprenant la partition écrite par Bernard Herrmann pour Vertigo. Mais si certains en sortent sur les rotules, ce film rend une autre catégorie de spe

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L’Enquête

ECRANS | De Vincent Garenq (Fr, 1h46) avec Gilles Lellouche, Charles Berling, Laurent Capelluto…

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

L’Enquête

C’était un défi : raconter le calvaire de Denis Robert, aux prises avec l’affaire Clearstream pendant près de dix ans en une fiction (très) documentée de 106 minutes. D’autant plus que L’Enquête vient après une série de films français tirés de faits réels tous plus inopérants les uns que les autres, incapables de transcender leur matériau de départ ou de contourner les clichés du genre. Vincent Garenq, peut-être parce qu’il avait déjà essuyé les plâtres avec le pas terrible Présumé coupable d’après l’affaire d’Outreau, s’en sort avec les honneurs : son film est prenant, rapide, habilement construit et cherche en permanence à donner de l’ampleur cinématographique à son sujet. Il n’y parvient pas toujours, les scories du polar hexagonal sont bien là — les flics sont raides comme des flics, les avocats parlent comme des avocats — et on reste loin d’un Sidney Lumet. Mais L’Enquête a pour lui son désir de ne rien cacher, ni les noms des protagonistes, ni leurs renoncements, ni leurs énigmes. De Libération à De Villepin en passant par

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Tiens-toi droite

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h35) avec Marina Foïs, Laura Smet, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Tiens-toi droite

Désireux de redonner du souffle à un féminisme attaqué de toute part par les tenants réac' de la pensée zemmourienne, Tiens-toi droite s’enfonce dans un récit multiple dont les contours sont particulièrement flous. Les protagonistes sont présentées par une voix-off introductive — la mère de famille nombreuse, la miss réduite à un objet sexuel, la chef d’entreprise dont la vie personnelle est entamée par son activité professionnelle — mais en cours de route, Lewkowicz en rajoute une quatrième, une petite fille boulotte obsédée par les canons de la beauté féminine telle que la société les impose. Impossible de voir dans ce genre de coup de force narratif autre chose qu’un grand fouillis qui semble avoir échappé à tout contrôle : si Tiens-toi droite a un sujet, il n’a à proprement parler aucune forme, ni scénaristique, ni filmique, avançant au gré des intentions de son auteur et de séquences sans début ni fin, visiblement rapiécées par un montage hystérique. Le film paraît surtout totalement coupé du monde réel, fantasme d’une cinéaste qui oublie le spectateur, proche de ces piles de romans français qui déferlent à la rentrée littéraire et disparaissent en

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Bodybuilder

ECRANS | De et avec Roschdy Zem (Fr, 1h44) avec Vincent Rottiers, Yolin François Gauvin, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Bodybuilder

Faire un film réaliste et honnête sur le milieu du bodybuilding français est un défi inattendu de la part de Roschdy Zem, dont c’est le troisième long en tant que réalisateur après deux tentatives — Mauvaise foi et Omar m’a tuer — assez catastrophiques, chacune à leur manière. La vision de ces corps monstrueux et l’appréhension de l’esprit quasi philosophique qui préside à leur transformation produit d’ailleurs parfois un certain vertige. Mais c’est surtout grâce à la présence incroyable de Yolin François Gauvin, sommet de virilité tranquille dont le visage et la voix impassibles semblent déconnectés de son impressionnante masse musculaire, que le film trouve une vraie raison d’être. Il rejoint ainsi la belle lignée des Ventura ou Michel Constantin, anciens boxeurs devenus acteurs charismatiques du cinéma populaire français. Mais Zem n’est pas Melville ou Giovanni, et plutôt que de lui offrir une solide intrigue de polar, il le plonge dans une très banale histoire de transmission père / fils compliquée, dans laquelle Vincent Rottiers fait assez

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Mea culpa

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Vincent Lindon, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Mea culpa

«Sur une idée d’Olivier Marchal» nous dit le générique de fin. Tout s’explique ! L’idée en question est en fait un fonds de commerce : un ex-flic traumatisé et au fond du trou va tenter de se racheter en protégeant son fils et en flinguant à tout va du méchant, ici des gangsters serbes dont les motivations sont très sommairement résumées : «les filles et la came». Justice expéditive, tirage de tronches et gros accès de virilité sont donc au programme, mais là n’est pas le problème de cet actionner à la française. Il y a d’un côté la minceur du scénario — pas grave — et de l’autre sa farandole d’incohérences, que Cavayé tente de noyer sous une pluie de fusillades, poursuites et bastons qui ne justifient jamais la réputation de "bon artisan" appliquée un peu vite au cinéaste. Rien ne tient debout donc, que ce soit la gestion du temps, de l’espace ou de l’élémentaire réalisme des situations — les flics interviennent une bonne heure après un carnage homérique dans une boîte de nuit, une bagnole va plus vite qu’un TGV… On a tendance à fustiger l’état de la comédie française ; mais entre Besson, Cavayé et Marchal, le polar d’ici n’est pas for

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Gibraltar

ECRANS | De Julien Leclercq (Fr, 1h53) avec Gilles Lellouche, Tahar Rahim, Riccardo Scamarcio…

Christophe Chabert | Jeudi 5 septembre 2013

Gibraltar

Avec à son passif un film de SF épouvantable (Chrysalis) et un tract de propagande pour le GIGN (L’Assaut), il y avait de quoi redouter le troisième long-métrage de Julien Leclercq. D’autant plus qu’il s’est associé avec Abdel Raouf Dafri, scénariste surcoté de Mesrine et de la saison 2 de Braquo. La (relativement) bonne surprise de Gibraltar, c’est que tous deux optent pour un traitement sobre et rigoureux de leur sujet : la descente aux enfers d’un patron de bar criblé de dettes qui accepte de jouer les indics pour les douanes françaises sur le rocher de Gibraltar, plaque tournante du trafic de drogue. Pas d’"enculé" à toutes les répliques, ni de découpage frénétique de l’action, mais un film-dossier qui tente de raconter simplement cette histoire vraie et de dénoncer au passage l’hypocrisie et la lâcheté du pouvoir. On se croirait face à un vieil Yve

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Boule & Bill

ECRANS | De Alexandre Charlot et Frank Magnier (Fr, 1h30) avec Marina Foïs, Frank Dubosc, Charles Crombez...

Jerôme Dittmar | Dimanche 24 février 2013

Boule & Bill

La BD et le cinéma français, c'est un peu l'échec permanent. Pour preuve encore Boule & Bill, prévisible catastrophe industrielle vu le matériau d'origine. Mais ce qui étonne le plus dans cette adaptation, c'est sa capacité à décevoir. Car Boule & Bill le film n'est pas la comédie neuneu pour marmots à laquelle on pouvait s'attendre. Oui il y a quelques gags mais qui tombent tous à plat. Oui on entend la voix du chien qui pense et c'est navrant. Le plus curieux, c'est que les auteurs du film se foutent presque de Roba et sa mythologie, reléguée aux cinq dernières minutes. Ils préfèrent s'intéresser à l'époque où la BD vivait son heure de gloire, tournant un film rétro au look bâtard sur l'émancipation de la femme dans la France des années 70. Seule compte ainsi la mère, héroïne d'un film pensé comme une préquelle réflexive à la BD, où le père serait Roba découvrant son inspiration après avoir fui la cité dortoir où sa famille s'était installée. Nul et à la fois limite intriguant. Jérôme Dittmar

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Main dans la main

ECRANS | De et avec Valérie Donzelli (Fr, 1h25) avec Jérémie Elkaïm, Valérie Lemercier…

Christophe Chabert | Mardi 11 décembre 2012

Main dans la main

Ceux qui ont sacralisé le tandem Donzelli / Elkaïm sur la foi de leur il est vrai correcte Guerre est déclarée vont en être pour leurs frais. Avec Main dans la main, c’est retour à la case départ, celle de leur premier film, ce navet indescriptible qu’était La Reine des pommes. L’argument (un danseur du dimanche tombe en «synchronicité» avec une prof de danse de l’Opéra Garnier) s’épuise en trente minutes et ne donne même pas lieu à une quelconque virtuosité physique ou gestuelle : tout est approximatif et ruiné par un surdécoupage qui traduit une réelle absence de point de vue. On assiste alors à un film entre potes (Lemercier, pièce rapportée, semble paumée au milieu de la bande) dont les blagues ne feront rire personne au-delà du XVIe arrondissement parisien et où l’amateurisme est presque une condition pour faire partie du club (pourquoi avoir donné un tel rôle à Béatrice De Staël, absolument nulle d’un bout

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Thérèse Desqueyroux

ECRANS | Avec cette adaptation de François Mauriac, Claude Miller met un très beau point final à son œuvre : réquisitoire contre une bourgeoisie égoïste, cruelle et intolérante, le film fait vaciller son rigoureux classicisme par une charge de sensualité et d’ambiguïté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 novembre 2012

Thérèse Desqueyroux

Quatre gouttes d’arsenic dans un verre d’eau. C’est le rituel quotidien qu’effectue Bernard Desqueyroux, riche bourgeois girondin un peu hypocondriaque, pour calmer ce qu’il pense être des alertes cardiaques. Pour sa femme Thérèse (Audrey Tautou, dans un grand rôle à sa mesure), avec qui il s’est uni par intérêt, ce rituel est comme le reflet d’un ordre qui l’étouffe. Un jour, elle décide de le fausser et son geste va tout faire vaciller. À commencer par la mise en scène de Claude Miller : jusqu’ici, il racontait avec un classicisme élégant l’histoire de Thérèse Desqueyroux, préférant la chronologie aux flashbacks du roman de Mauriac. Le trouble venait d’ailleurs : de cette ouverture pleine de sensualité où deux jeunes adolescentes se livraient à des jeux aux relents érotiques, baignées dans la lumière dorée de l’été aquitain ; de ce voilier qui passe au loin et dont le propriétaire, Jean Azevedo, n’est qu’un «juif» pour Bernard Desqueyroux ; dudit Azevedo qui séduit la sœur de Bernard, passion fougueuse qui ébranle un temps la discipline bourgeoise de la famille. C’est d’ailleurs lors d’une lune de miel pétrifiée dans l’ennui de Baden Baden que Miller

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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Adieu Berthe !

ECRANS | De et avec Bruno Podalydès (Fr, 1h40) avec Denis Podalydès, Isabelle Candelier, Valérie Lemercier…

Christophe Chabert | Jeudi 14 juin 2012

Adieu Berthe !

Berthe est morte, mémé n’est plus. C’est ce qu’apprend Armand Lebrec (Denis Podalydès), la tête dans une boîte transpercée de sabres factices. Son affliction à l’annonce du décès est, elle aussi, purement factice : cette grand-mère était si discrète que tout le monde l’avait oubliée dans la famille (son père en particulier, atteint d’une forme de démence burlesque ; un numéro aussi bref que grandiose pour Pierre Arditi). De toute façon, Armand a d’autres chats à fouetter : une femme qu’il tente vainement de quitter, une autre avec qui il essaie de trouver un modus vivendi, une pharmacie appartenant à une belle-mère intrusive… Après l’inégal Bancs publics, Bruno Podalydès revient à des territoires plus familiers de son cinéma : la comédie de l’indécision sentimentale, sur un mode plus grave et plus mature, âge des protagonistes oblige. La première moitié est effectivement hilarante, notamment la peinture de pompes funèbres délirantes, l’une tenue par une sorte de gourou new age (Michel Vuillermoz, génial), l’autre par un tax

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Les Infidèles

ECRANS | De Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Michel Hazanavicius, Emmanuelle Bercot, Éric Lartigau, Alexandre Courtès, Fred Cavayé (Fr, 1h48) avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Dimanche 26 février 2012

Les Infidèles

Film à sketches dans la tradition des comédies italiennes (Les Monstres, surtout), Les Infidèles s’apprécie en dehors de ce qui en forme la colonne vertébrale : son prologue et son épilogue, qui labourent un humour beauf dont on ne sait trop si Dujardin et Lellouche se moquent ou s’ils le célèbrent. Sans parler des saynètes trash signées Alexandre Courtès, pas très drôles et surtout prétexte à inviter les copains (Canet, Payet…). C’est bel et bien quand de vrais cinéastes s’emparent de certains épisodes que le film s’avère étonnant (et franchement grinçant, dans la lignée du Houllebecq des débuts). Michel Hazanavicius dans La Conscience réussit le segment le plus étrange et dépressif, remarquablement mis en scène avec un Dujardin que le réalisateur utilise comme un stradivarius, développant un comique de l’embarras proche des OSS 117. Emmanuelle Bercot s’offre son Eyes wide shut avec le même Dujardin et sa compagne Alexandra Lamy, un peu appuyé mais là enc

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Bienvenue à bord

ECRANS | D'Eric Lavaine (Fr, 1h45) avec Franck Dubosc, Valérie Lemercier, Gérard Darmon…

Dorotée Aznar | Jeudi 29 septembre 2011

Bienvenue à bord

Franck Dubosc dans un ersatz de Croisière s'amuse par l'auteur de Poltergay, forcément ça fait peur. Sans miracle, Bienvenue à bord se hisse pourtant par-dessus la mêlée des comédies françaises qui font de la peine. Inutile de tergiverser sur les fantasmes hollywoodiens d'Eric Lavaine, le film est un brouillon de comédie US. Trop gras pour convaincre mais avec un échafaudage qui par rares moments fonctionne. L'essentiel c'est bien sûr Dubosc, dont la nullité intrigue. Idiot généreux et fédérateur, son personnage (toujours le même) rappelle parfois ceux de Will Ferrell. Le talent en moins, mais avec la même envie de déjouer l'ironie, d'être plus littéral que parodique, sentimental que cynique ou juste caricatural. Jérôme Dittmar

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Ma part du gâteau

ECRANS | De Cédric Klapisch (Fr, 1h45) avec Karin Viard, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Mercredi 9 mars 2011

Ma part du gâteau

D’un côté, un trader irresponsable, mauvais père et vrai goujat (Lellouche, plutôt bien) ; de l’autre, une ouvrière du Nord licenciée de son usine, qui se fait embaucher comme femme à tout faire chez ce même trader (Karin Viard, méritante vu ce qu’on lui demande de faire). De cet argument pioché dans l’actualité, Cédric Klapisch tire une comédie pamphlétaire, ce qui résume assez bien l’impasse dans laquelle il s’engouffre. Imaginez Stéphane Hessel ayant glissé des blagues Carambar dans son "Indignez-vous", et vous aurez une idée de ce qu’est "Ma Part du gâteau". Non seulement la comédie est lourde (Karin Viard avec l’accent russe, Karin Viard parle anglais avec les maîtres du Dow Jones, arf !), mais elle annule toute la colère que le cinéaste voulait exprimer face à son sujet. Lors de l’escapade vénitienne de Lellouche avec la mannequin ou pendant les adieux de Karin Viard à son ancien mari, le film ébauche ce qu’il aurait pu être : un conte amer, sérieux et cruel. Mais non, ce sont les vieux fantasmes sociologiques et les réflexes sarcastiques de Klapisch qui l’emportent, conduisant vers une dernière séquence qui pose un gros problème, soudain appel à l’insurrection lancé par u

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À bout portant

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h25) avec Gilles Lellouche, Roschdy Zem…

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

À bout portant

La deuxième réalisation de Fred Cavayé est grosso modo une variation plus frénétique de "Pour elle" (il y est encore question d’un homme “ordinaire“ embringué dans une intrigue de thriller pour sauver la femme de sa vie), avec les mêmes écueils – des raccourcis narratifs parfois énormes, des dialogues globalement faiblards, et des personnages secondaires mal dégrossis (mention spéciale à Gérard Lanvin et ses inénarrables moues crispées pour bien montrer qu’il a les plus grosses cojones du cinéma français). Une fois ces scories mises de côté, il faut reconnaître au garçon des talents indéniables de metteur en scène, à la fois dans les scènes d’intimité (pourtant flanquées de l’intolérable Gilles Lellouche), mais surtout dans ses dynamiques de suspense et d’action. Vu le caractère peu convaincant des dernières tentatives en la matière, on en viendrait presque, horreur suprême, à comprendre le mépris du 7e art français d’aujourd’hui pour le cinéma de genre. Fred Cavayé, disons-le, fait partie des rares réalisateurs actuels à pouvoir inverser la tendance… Il suffirait juste qu’il se dégotte un meilleur co-scénariste. FC

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L’Homme qui voulait vivre sa vie

ECRANS | D’Éric Lartigau (Fr, 1h55) avec Romain Duris, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

L’Homme qui voulait vivre sa vie

La vie de Paul Exben, jusqu’ici fringant bourgeois friqué, s’effondre quand il apprend que sa mère va mourir, que sa femme le quitte et, surtout, quand il assassine l’amant de celle-ci. C’est la première heure du film d’Éric Lartigau, et c’est plutôt laborieux : la narration piétine, l’avalanche de malheur paraît très artificielle et les personnages sont détestables à souhait. Même Duris semble mal à l’aise, incapable d’insuffler son naturel habituel dans une mise en scène très corsetée. Mais, heureusement, "L’Homme qui voulait vivre sa vie" redémarre, comme son personnage, sur de nouvelles bases à mi-parcours. Une forte pulsion documentaire accompagne alors la mise en scène d’Artigau, découvrant au diapason de son personnage un monde nouveau, prenant le temps de le contempler, d’y trouver ses marques géographiques et humaines (très belles scènes avec un formidable Niels Arestrup). C’est alors assez beau et touchant ; on regrette juste que ça n’ait pas commencé un peu plus tôt. CC

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Happy few

ECRANS | D’Antony Cordier (Fr, 1h47) avec Roschdy Zem, Marina Foïs, Élodie Bouchez…

Christophe Chabert | Mardi 7 septembre 2010

Happy few

Qu’ont donc les cinéastes français trentenaires avec la question de la liberté sexuelle ? Après "Peindre ou faire l’amour" des frères Larrieu, Antony Cordier, qui avait signé le déjà surestimé "Douches froides", en remet une couche : deux couples se rencontrent, et échangent leur partenaire tout en restant ensemble. Peu de drames, pas de vagues, tout cela est montré avec une normalité qui sent le volontarisme. Cette banalité contamine tous les étages du film : l’image est affreuse, la caméra à l’épaule produit plus de flous que de nets, les dialogues sont exsangues… On nage dans l’auteurisme le plus creux, jusqu’au dernier tiers où Cordier se rend quand même compte qu’il va falloir faire entrer un peu de scénario dans son film. D’où une série de renversements qui non seulement sont totalement factices, mais finissent par produire un discours réactionnaire bien de son temps, comme un sursaut moralisateur dans un film plus faux-cul que vraiment cul. CC

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Non ma fille tu n'iras pas danser

ECRANS | Portrait de femme en mère, fille, épouse et amante contrainte, le nouveau Christophe Honoré confirme l’anachronisme du cinéaste dans le cinéma français contemporain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 août 2009

Non ma fille tu n'iras pas danser

Il y a deux belles scènes dans le dernier film de Christophe Honoré : celle où un père s’adosse à un arbre pour s’adresser au spectateur et raconter, sur un ton grave, le roman familial. Le texte est beau, le mouvement de caméra fluide, la mélancolie règne… L’autre séquence réussie du film est plus tardive et plus longue : c’est un vieux conte breton qu’Honoré met en images, interrompant avec audace le cours de son récit pour mieux l’éclairer de cette allégorie. Il y est question d’une fille promise à un mariage de raison et qui, le jour de ses noces, voit son mari puis tous les hommes du village mourir à ses pieds, foudroyés alors qu’ils dansaient avec elle. L’héroïne du film, Léna (Chiara Mastroianni), est elle aussi contrainte par les désirs qui l’entourent et lui dictent sa conduite : le clan familial, son futur ex-mari, son amant… De tout cela, elle va chercher maladroitement à s’échapper, pour assumer son statut de mère libre et de femme indépendante. Danse solitaire Certes, le discours d’Honoré est bien rodé. Le problème, énorme, de son film, c’est que ce discours est un spectre qui ne s’incarne jamais

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Arme de distraction massive

SCENES | Humour / Les premières notes du P.I.M.P. de 50 cent résonnent, et Valérie Lemercier fait son entrée sur scène au gré d’une chorégraphie délicieusement décalée. Ça ne vaut (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 mars 2009

Arme de distraction massive

Humour / Les premières notes du P.I.M.P. de 50 cent résonnent, et Valérie Lemercier fait son entrée sur scène au gré d’une chorégraphie délicieusement décalée. Ça ne vaut peut-être pas sa mémorable danse aux Césars sur Zouk Machine, mais il ne nous en fallait pas plus pour être déjà un minimum conquis. Après cette pétulante intro, il faudra attendre l’ultime sketch pour revoir notre hôte s’adonner à quelques pas de danse (dans le rôle d’une odieuse prof de danse russe). Mais avec une interprète de ce calibre sur scène, pas besoin d’entrechats : Valérie Lemercier est un effet spécial à elle toute seule. Elle a su roder l’écriture d’un spectacle écrit dans l’urgence, se saisir des moindres inflexions de voix susceptibles de provoquer l’hilarité, développer les inénarrables gestuelles de ses personnages, peaufiner l’efficacité de ses virgules (notamment via deux personnages récurrents, une saoularde apostrophant les célébrités à Roland-Garros et une mauvaise conscience bobo moralisatrice), et offrir ainsi un tour de montagne russe humoristique au charme mutin. Ce qui séduit, ce sont donc avant tout les qualités d’interprétation mais aussi d’écriture. On retrouve ici un sens de la form

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Le Code a changé

ECRANS | De Danièle Thompson (Fr, 1h40) avec Patrick Bruel, Karin Viard, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mercredi 11 février 2009

Le Code a changé

Insupportable ! Ami lecteur, arme-toi de courage pour aller affronter la dernière comédie sociologisante de Danièle Thompson, valeur sûre et usurpée du cinéma français, qui s’adonne ici à un exercice périlleux : la fausse satire sociale. Soit une «bande de connards» (dixit Marina Hands dans le film) autour d’une table, parlant de leurs plus graves problèmes dans l’existence : l’infidélité et l’argent. Condamnation de la bourgeoisie, de gauche et de droite ? Que nenni ! Ici, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Un cancérologue (Patrick Bruel : top crédibilité) met vingt ans pour se rendre compte que c’est dur d’apprendre aux gens qu’ils vont mourir, une fille découvre qu’elle cherche chez son amant ce que son père ne lui a jamais donné, et le hasard lelouchien fait bien les choses : la colonne pétée, on se rend compte qu’un mari, finalement, c’est bien utile. Raconté n’importe comment, dialogué à la truelle, filmé en pilote automatique, Le Code a changé matérialise comme jamais le refrain entonné par les Guignols de l’info : ce cinéma français est un calvaire. CC

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Agathe Cléry

ECRANS | D’Étienne Chatiliez (Fr, 1h50) avec Valérie Lemercier, Anthony Kavanagh…

Christophe Chabert | Mercredi 26 novembre 2008

Agathe Cléry

Avec un tel slogan («Elle est blanche, elle est raciste, elle va devenir noire»), on pensait sortir les couteaux contre la pachydermie habituelle d’Étienne Chatiliez. Surprise : ce n’est même pas la peine car Agathe Cléry frappe surtout par son indolence cinématographique. Il faut plus d’une moitié de film pour introduire son argument, et la suite (développement et résolution) est expédiée à la va-vite. Question réalisation, Chatiliez régresse carrément : filmé platement, y compris les séquences de comédie musicale, monté, mixé et étalonné gauchement, Agathe Cléry est un produit bâclé et en fin de compte assez laid. Tout est résumé par le maquillage de Valérie Lemercier (grande actrice, ici cernée de toute part par la médiocrité ambiante) qui ne crée aucun trouble chez le spectateur, sinon la gêne de passer un film entier avec un effet si mal foutu sous le nez. Un vrai gâchis ! CC

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Le Plaisir de chanter

ECRANS | D’Ilan Duran Cohen (Fr, 1h38) avec Marina Foïs, Lorant Deutsch…

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2008

Le Plaisir de chanter

On peut faire de bons films avec du grand n’importe quoi. Edouard Baer ou Steven Soderbergh, par exemple, ont réussi ce challenge. Pour Ilan Duran Cohen, il faudra repasser. Cette comédie d’espionnage vaguement musicale, d’où toute crédibilité a été impitoyablement chassée, ressemble à l’addition des fantasmes cinématographiques et extra-cinématographiques de son auteur. Mais le film est désagréable dans son arrogance, prenant de haut le spectateur par une suite de saynètes même pas dérangeantes (ça ne va pas plus loin que parler en baisant, entre mecs, entre filles, entre mecs et filles) et filmées en dépit du bon sens (de loin avec une caméra tremblante : eh oui, c’est un film d’espionnage !). C’est simple, on dirait un mauvais scénario de Rivette tourné par un émule peu doué de Téchiné. CC

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La Personne aux deux personnes

ECRANS | De Nicolas et Bruno (Fr, 1h30) avec Daniel Auteuil, Alain Chabat, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mercredi 11 juin 2008

La Personne aux deux personnes

On gardait un chien de sa chienne envers Nicolas et Bruno pour avoir réussi l’exploit de foirer l’adaptation française plan par plan de The Office sur Canal +. Leur premier long-métrage entame un début de réconciliation ; pas que le film soit génial, loin de là, mais il démontre un (double) regard singulier dans le paysage français. Le pitch intrigant (une gloire has been de la variétoche 80’s se retrouve dans le corps d’un employé de bureau sans qualité) conduit à une œuvre elle-même schizo. Il y a la comédie, qui ne sait trop où elle va (voir le dernier tiers, du grand n’importe quoi scénaristique) ni quel ton adopter (mélancolique ? Grinçant ? Scato ? Complice ?). Et il y a le sous-texte, passionnant. La Personne aux deux personnes peut se voir comme une pertinente réflexion sur la persistance et le retour des années 80. Car entre le mauvais goût de la variété karaoké et la grisaille normative du monde de l’entreprise, Nicolas et Bruno pointent une correspondance troublante, une même négation du temps qui passe, un même jeu de codes factices et inhumains. Voir Auteuil, bourré après une bringue bling bling, soliloquer dans la rue en vomissant dans les p

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Un cœur simple

ECRANS | de Marion Laine (Fr, 1h45) avec Sandrine Bonnaire, Marina Foïs, Pascal Elbé…

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

Un cœur simple

Prêt à être projeté à des hordes de scolaires, Un cœur simple tombe assez vite des yeux. Mais comment peut-il en être autrement quand toutes ses audaces cinématographiques sont concentrées dans son prégénérique ? Après cette entrée en matière réussie, le film brode péniblement autour de la nouvelle originale de Flaubert pour tenir son heure quarante-cinq, durée réglementaire du cinoche français pour assurer cinq séances quotidiennes et remplir la case prime-time lors du passage télé. Ce formatage atteint la chair du film, d’un académisme digne de celui des Destinées sentimentales d’Assayas, où rien ne vient troubler la petite manufacture d’images : ni la folie, ni la mort, ni l’enfance bafouée, ni l’égoïsme bourgeois, ni la religion étouffante. C’est propre, tiède, mou, et on crie à nouveau : Claude Chabrol, reviens ! CC

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