Cimino, l'enfer avant l'enfer

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

Ce mois-ci, la Ciné Collection propose dans les salles indépendantes de l'agglomération rien moins qu'un des plus beaux films du monde, mais aussi un des plus douloureux : Voyage au bout de l'enfer. En 1977, le tout jeune Michael Cimino — qui n'avait réalisé auparavant que le déjà très bon Canardeur avec Eastwood — se lance dans une fresque qui prendrait la guerre du Vietnam pour centre, mais qui la déborderait de part et d'autre pour écrire la chronique d'une petite communauté d'immigrés polonais installés dans une vallée sidérurgique de Pennsylvanie.

Avant le départ au front, on assiste au mariage de Steven, entouré de ses amis ouvriers la semaine et chasseurs de daims le week-end (d'où le titre original : The Deer hunter). Dans ce premier acte, Cimino cherche à faire corps avec les personnages en prenant le temps de les immerger dans un mariage où rien n'est simulé, ni les rituels, ni les accidents, ni l'alcool qui coule à flots… On ne parle pas que des "stars" — De Niro, Walken, Streep, Cazale… — mais aussi du moindre "figurant", terme que le cinéaste abhorre, considérant qu'un acteur, professionnel ou non, est avant tout une personne dont il s'agit d'enregistrer la vérité.

D'où l'émotion qui monte lors de la partie "guerrière", et pas seulement à cause de la célèbre scène de roulette russe ; le spectateur souffre autant que les personnages qui, confrontés à l'enfer physique puis psychologique, y laissent leur chair mais surtout leur âme. Le retour au pays est marqué par cette plaie encore ouverte, et l'enjeu du film consiste alors à ressouder une communauté meurtrie et désunie, rôle qu'endosse Michael / De Niro, le plus solitaire et individualiste de tous.

Ce trajet-là est aussi celui du cinéaste Cimino à l'intérieur de son propre film, des échos de la modernité et du réalisme européen jusqu'à la refondation d'un classicisme hollywoodien, renaissance d'une nation et de ses images débarrassées de leurs mensonges initiaux.

Voyage au bout de l'enfer
De Michael Cimino (1978, ÉU, 3h) avec Robert De Niro, Christopher Walken, Meryl Streep…
Dans les salles du GRAC (www.grac.asso.fr), jusqu'au 3 février


Voyage au bout de l'enfer

De Michael Cimino (ÉU, 3h03) avec Christopher Walken, Meryl Streep...

De Michael Cimino (ÉU, 3h03) avec Christopher Walken, Meryl Streep...

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Cinq ouvriers sidérurgistes affrontent les hauts fourneaux d'une petite ville de Pennsylvannie et partent ensemble chasser le cerf. Parce que c'est la guerre au Vietnam, trois d'entre eux deviennent soldats sur le départ...


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“La Conspiration des belettes“ de Juan José Campanella

Comédie | Dans une grande demeure à l’écart de la capitale argentine vit un ménage à quatre de vieilles gloires du cinéma qui s’insupportent mutuellement : un réalisateur, (...)

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“La Conspiration des belettes“ de Juan José Campanella

Dans une grande demeure à l’écart de la capitale argentine vit un ménage à quatre de vieilles gloires du cinéma qui s’insupportent mutuellement : un réalisateur, un scénariste, un comédien paraplégique ainsi que son épouse, actrice à la mémoire défaillante. Leur haine routinière est perturbée par l’irruption d’admirateurs : des agents immobiliers désireux de faire main basse sur leur bâtisse. Mais on ne s’attaque pas si aisément à des experts en construction dramatique… Jadis lauréat d’un Oscar pour un thriller politico-sentimental — Dans ses yeux — et vieux routier des plateaux étasuniens où il a tourné bon nombre de séries, Juan José Campanella concocte ici un délice de manipulation auto-réflexive et métafilmique jouant autant avec les règles du genre policier qu’avec le public. En découle une comédie noire sardonique très Sunset Boulevard sur les vieilles peaux encapsulées dans leur passé, une réflexion mélancolique sur l’éphémère de la séduction (et à ses faux-semblant troubles), ainsi qu’un éloge vachard et jouissif du pouvoir absolu de la création artistique,

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Ris amer : "Joker"

Le Film de la Semaine | La douloureuse naissance de l’antagoniste de Batman en mode rite initiatique sadique et parcours contre-résilient. Bouc émissaire virant bourreau, Joaquin Phoenix est plus qu’inquiétant dans cette copie-carbone du cinéma des 70’s. Un interloquant Lion d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Ris amer :

Atteint d’un trouble mental lui provoquant d’irrépressibles fous-rires, Arthur Fleck vit seul avec sa mère grabataire. Effectuant des prestations de clown pour survivre, il ambitionne de se lancer dans le stand-up. Mais rien ne se passe comme prévu, et une spirale infernale l’aspire… Un déclassé humilié par tous dans une grande métropole en crise devenant un héros populaire après avoir commis un acte délictuel ; un humoriste raté se vengeant de ses échecs sur son idole… Une quarantaine d’années environ après Taxi Driver (1976) et La Valse des Pantins (1982), Martin Scorsese vient donc de recevoir (par procuration) le Lion d’Or de la Mostra pour un film portant nombre de ses “stigmates“ — ne manque guère qu’un petit fond de religiosité chez le personnage principal —, mais aussi payant un lourd tribut à Sidney Lumet (Network, Un après-midi de Chien) comme à DePalma, dont le Blow Out (1981) brille au fronton d’un cinéma de Gotham. Todd Philipps a en effet signé avec Joker un

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L'affaire est dans le sac : "Greta"

Thriller | de Neil Jordan (É-U-Irl, int.-12ans, 1h38) avec Isabelle Huppert, Chloë Grace Moretz, Maika Monroe…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

L'affaire est dans le sac :

Serveuse à New York, Frances trouve un soir dans le métro un élégant sac à main. Il appartient à Greta, une excentrique vieille Française qui conquiert vite la jeune fille. Frances découvre alors combien Greta peut se montrer intrusive et inquiétante. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Depuis combien de temps n'avait-il pas été plaisant de voir Isabelle Huppert à l'écran ; c'est-à-dire appelée pour autre chose qu'un rôle lui donnant le prétexte d'être soit une victime à la passivité suspecte pour ne pas dire consentante, soit une épave bourgeoise — les deux n'étant pas incompatibles ? Neil Jordan a eu le nez creux en pensant à elle : d'ordinaire agaçantes, les minauderies de son jeu se révèlent ici franchement inquiétantes et servent à asseoir la dualité de son personnage de prédatrice : sous des dehors lisses et respectables, sans âge, Greta tient du vampire, auquel il ne faut jamais ouvrir sa porte si l'on veut s'en prémunir, mais qui ne vous lâchera pas si vous l'invitez chez vous. Jordan s'y connaît sur le sujet. Le terme a beau paraître galv

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La voix est libre : "Grâce à Dieu"

Le Film de la Semaine | D’une affaire sordide saignant encore l’actualité de ses blessures, Ozon tire l’un de ses films les plus sobres et justes, explorant la douleur comme le mal sous des jours inattendus. Réalisation au cordeau, interprétation à l’avenant. En compétition à la Berlinale 2019.

Vincent Raymond | Lundi 11 février 2019

La voix est libre :

Lyon, années 2010. Fervent chrétien de quarante ans, Alexandre découvre qu’un prêtre ayant abusé de lui lorsqu’il était jeune scout est encore au contact de mineurs. Il saisit donc la hiérarchie épiscopale et Mgr Barbarin afin que le religieux soit écarté. Un long combat contre l’hypocrisie, l’inertie et le secret s’engage, révélant publiquement un scandale moral de plusieurs décennies… Il faut en général une raison impérieuse pour qu’un cinéaste inscrive à sa filmographie une œuvre résonant avec l’Histoire immédiate. Surtout si l’originalité de son style, sa fantaisie naturelle et ses inspirations coutumières ont peu à voir avec la rigueur d’une thématique politique, sociétale ou judiciaire. De même que Guédiguian avait fait abstraction de son cosmos marseillais pour Le Promeneur du Champ de Mars, François Ozon pose son bagage onirique pour affronter un comportement pervers non imaginaire dans un film filant comme une évidence de la première image du trauma à la révélation. A-t-on déjà vu en France pareille écriture scénaristique, à la fois méthodique et

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Melvil Poupaud : « j’ai toujours visé le long terme plutôt que le succès immédiat »

Grâce à Dieu | Dans le film d’Ozon, il incarne celui grâce auquel le scandale éclate enfin. Riche d’une carrière de plus de trente ans dans le cinéma (mais pas seulement), Melvil Poupaud enchaîne les partitions exigeantes et variées sans jamais se diluer. Conversation avec un comédien si précieux qu’il en devient indispensable…

Vincent Raymond | Lundi 11 février 2019

Melvil Poupaud : « j’ai toujours visé le long terme plutôt que le succès immédiat »

Dans Grâce à Dieu, François Ozon a fait appel à vous pour la troisième fois. À chaque fois, c’est dans ses drames les plus réalistes. Est-ce le fait du hasard, ou bien discutez-vous ensemble de la manière dont il vous emploie ? Melvil Poupaud : Je ne sais pas, je serais effectivement curieux de savoir pourquoi il pense à moi pour des rôles toujours assez dramatiques. Dans ma carrière, je n’ai pas fait énormément de franches comédies — plutôt des comédies romantiques. Peut-être qu’il sent en moi un potentiel de tragédien. Mais je ne peux pas me plaindre : ce sont des rôles qui ont toujours marqué. Le Refuge était plus petit, mais Le Temps qui reste ou celui-ci marquent ma filmographie et mon expérience d’acteur. Je ne vais pas lui demander de changer de registre (sourire), ça me réussit plutôt pas mal. À tous les deux, d’ailleurs. Votre liberté dans le cinéma français est très singulière : vous épousez des rôles forts (prêtre suborneur chez Ramos, victime combative chez Ozon, personne intergenre en quête d’identité chez Nola

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Grâce à Dieu

Avant-Première | Coup de tonnerre pour l’Église en général, cataclysme pour le diocèse de Lyon, apocalypse pour Philippe Barbarin et les autres personnes mises en cause (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Grâce à Dieu

Coup de tonnerre pour l’Église en général, cataclysme pour le diocèse de Lyon, apocalypse pour Philippe Barbarin et les autres personnes mises en cause dans cette sordide histoire, l’affaire Preynat (du nom du prêtre accusé d’actes pédophiles sur des jeunes scouts) a inspiré à François Ozon l’un de ses films les plus abrupts et émouvants, Grâce à Dieu, retraçant le courageux combat pour la vérité entrepris par les victimes devant la justice. Tourné sur les lieux mêmes des faits, le film est évidemment présenté en avant-première à Lyon, et suivi par un débat en présence du cinéaste et d’une partie de l’équipe. Grâce à Dieu Au Comœdia​ le lundi 11 février à 19h45

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Afros, blancs et méchants : "BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan"

Rire sous cape | Deux flics — l’un noir, l’autre blanc et juif — infiltrent la section Colorado du KKK. Le retour en grâce de Spike Lee est surtout une comédie mi-chèvre mi-chou aux allures de film des frères Coen — en moins rythmé. Grand Prix Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mercredi 22 août 2018

Afros, blancs et méchants :

Colorado Springs, aube des années 1970. Tout juste intégré dans la police municipale, un jeune flic noir impatient de “protéger et servir” piège par téléphone la section locale du Ku Klux Klan. Aidé par un collègue blanc, sa “doublure corps“, il infiltrera l’organisation raciste… Spike Lee n’est pas le dernier à s’adonner au jeu de l’infiltration : dans cette comédie « basée sur des putains de faits réels » (comme l’affiche crânement le générique), où il cite explicitement Autant en emporte le vent comme les standards de la Blaxploitation (Shaft, Coffy, Superfly…), le réalisateur de Inside Man lorgne volontiers du côté des frères Coen pour croquer l’absurdité des situations ou la stupidité crasse des inévitables sidekicks, bêtes à manger leur Dixie Flag. Voire sur Michael Moore en plaquant en guise de postface des images fraîches et crues des émeutes de Charlottesville (2017). Cela donne un ton cool, décalé-cocasse et familier, rehaussé d’une pointe d’actualité pour enfoncer le clou, au cas où les allusions appuyées à la

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La mauvaise éducation : "Come as you are"

Drame | de Desiree Akhavan (É-U, 1h31) avec Chloë Grace Moretz, Sasha Lane, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mercredi 18 juillet 2018

La mauvaise éducation :

1993. Surprise en plein ébat avec une camarade, la jeune Cameron est envoyée par sa tante dans camp religieux de “réhabilitation“ pour les adolescents “déviants“ placé sous la férule des frère-sœur Marsh. Au sein du groupe, Cameron tente de préserver son intime personnalité… Cette vieille obsession puritano- normative de guérir l’homosexualité par la réclusion et la prière ! Dans l’idée (et l’efficacité), cela rejoint l’antique sacrifice des vierges pour s’assurer de bonnes récoltes ; le fait de croire que l’on peut infléchir des événements sur lesquels l’on n’a aucune prise en sadisant ses semblables au nom de l’intérêt général. La prétendue maison de rééducation religieuse des Marsh est à la fois un lieu de retrait du monde pour des familles honteuses de l’orientation de leur enfant (“cachons ce gay que nous ne saurions voir“) et un centre de torture psychologique. Paradoxalement, le confinement des ados et les chambrées non mixtes tendent à annuler le lavage de cerveau hétéro opéré pendant la journée. Desiree Akhavan épouse avec beaucoup de justesse et de sens

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Flash-back sur le Petit Bulletin Festival

MUSIQUES | De la pop, électro ou pas, française comme sud-africaine, les extravagances du rock anglais, une soirée 100 % féminine à base de folk américain et de performances voyageuses et l'un des plus grands orchestres d'Afrique de l'Ouest... Pour sa deuxième édition, le Petit Bulletin Festival est parti dans tous les sens sous la verrière des Subsistances. Et cela a valu quelques beaux moments dont il faudra se souvenir.

Stéphane Duchêne | Mercredi 2 mai 2018

Flash-back sur le Petit Bulletin Festival

Vendredi 27 avril Sage C'est Sage qui a ouvert les hostilités vendredi soir pour le concert inaugural du Petit Bulletin Festival sous la verrière des Subsistances. Des hostilités il faut bien le dire particulièrement avenantes mais un rien surprenantes pour qui est habitué aux disques de l'ancien Revolver. C'est en groupe – dont faisait partie la chanteuse et musicienne Theodora – et en mode plutôt rock que Sage a fait la blague, livrant des extraits ici particulièrement saignants de son album à venir en juin, Paint Myself. Ceux qui aiment cet artiste en mode piano-solo auront, ô joie, pu en profiter quelques précieuses minutes lors d'un concert surprise sis à la Boulangerie des Subistances pendant le deuxième changement de plateau. Là, Sage s'est livré, entre autres, à quelques reprises et à des collaborations complices avec Theodora pour un moment suspendu. Nakhane Vint le tour de Nak

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Un festival de talents (et de surprises)

Pépites | En plus d'Alela Diane, le Petit Bulletin Festival #2, ce sont deux autres têtes d'affiche, Cascadeur et Orchestra Baobab, et quatre jeunes talents fascinants. À noter aussi quelques concerts acoustiques et surprises à découvrir sur place pour lesquels il faudra prêter l'oreille. On n'en dit pas plus.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 avril 2018

Un festival de talents (et de surprises)

Les têtes d'affiche Cascadeur C'est Cascadeur qui ouvrira le festival comme première tête d'affiche. Une tête d'autant plus reconnaissable qu'elle est casquée mais dont les mélodies et les atmosphères d'apesanteur pop ne sont pas moins inoubliables que la tenue de pilote-cascadeur qui va avec. Son dernier album, Caméra est une pépite. Et ses prestations live des rêveries. Orchestra Baobab C'est la touche sono mondiale du festival, au goût de légende. Car l'orchestre de bal ouest-africain, l'un des plus grands du genre, créé en 1970, à l'effectif pléthorique et changeant, aura connu une histoire aussi riche qu'accidentée. Reformé en 2000 après une longue absence, Orchestra Baobab vient présenter un hommage forcément jouissif à l'un de ses membres les plus éminents : El Hadj Ndiouga Dieng, décédé en 2016. Alors on danse ? Les découvertes Sage Pour beaucoup ce n'est pas à proprement parler une découverte puisque le dénommé Ambroise Willaume a déjà officié avec le trio Revolver qui connut un certain succès en mode pop de chambre au tournant des

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Isaac Gracie : Un ange passe

Petit Bulletin Festival | Révélation express du folk rock anglais, le très intense Isaac Gracie, gueule d'ange à la voix de démon, ressuscite les figures de Kurt Cobain et Jeff Buckley. Mais ne doit sa grandeur qu'à lui-même.

Stéphane Duchêne | Mercredi 28 mars 2018

Isaac Gracie : Un ange passe

Visage d'ange donc forcément androgyne, 23 ans qui en font 16, le Londonien Isaac Gracie serait un mélange de Kurt Cobain, de Jeff Buckley et, si l'on en croît le Telegraph, de … Macaulay Culkin messianique – preuve à charge : la lourde croix qu'il porte autour du coup. Le voilà donc charriant quelque chose de cette jeunesse gracieuse que le succès a sacrifié. Et s'il faut voir des symboliques partout, on ne s'étonne pas que dans son nom, il y ait les mots « grâce » et « gracié », ni qu'il porte le prénom du fils qu'Abraham voulut offrir en sacrifice à Dieu sur le Mont Moriah avant qu'un ange ne retienne son bras. Lui n'en est pas là car à la genèse de sa carrière. Mais du nom qu'on nous assigne, en une infusion lacanienne, il reste forcément quelque chose. Le concernant, dans ce lyrisme désespéré et colérique, comme abandonné à la

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Tous en salles ! : Proprement séduisant

Festival kid friendly | Les vacances arrivent, et avec elles les joies de l’organisation familiale. Comment occuper ses enfants ? En les expéd… pardon, les envoyant au (...)

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 février 2018

Tous en salles ! : Proprement séduisant

Les vacances arrivent, et avec elles les joies de l’organisation familiale. Comment occuper ses enfants ? En les expéd… pardon, les envoyant au cinéma grâce au Festival Tous en Salle ! — nouveau nom de On Cartoon dans le Grand Lyon — concocté par les salles adhérentes du réseau GRAC. Une belle occasion de transformer votre progéniture en addict des salles obscures. Quatorze films seront projetés, dont cinq en avant-première. À l’affiche, un florilège de films d’animation pour la plupart européens, parmi lesquels le Britannique CroMan de Nick Park (créateur de Wallace & Gromit), le Danois Agatha - ma voisine détective ou encore le court-métrage hongrois Willy & les gardiens du lac. Mais également deux anime nippons, Mary et la fleur de la sorcière de Hiromasa Yonebayashi et Fireworks de Shimbo et Takeuchi. Également au programme, des films “avec des comédiens”, tel que le Chilien Mala Junta, présenté en avant-première. Au rayon classique, Chaplin, Ke

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Petit Bulletin Festival #2 : Embarquement immédiat !

MUSIQUES | Pour sa deuxième édition, le Petit Bulletin Festival prendra ses quartiers aux Subsistances les 27, 28 et 29 avril prochains avec pas moins de sept artistes au programme, de la folk à la pop en passant par la world music. En voici le détail.

Stéphane Duchêne | Mercredi 7 février 2018

Petit Bulletin Festival #2 : Embarquement immédiat !

C'est la verrière des Subsistances qu'investiront les artistes de la deuxième édition, printanière, du Petit Bulletin Festival. En ouverture, le vendredi 27 avril, c'est le petit génie casqué Cascadeur qui viendra présenter son troisième album, à paraître le 30 mars et sur lequel il poursuit une œuvre aussi aérienne qu'énigmatique. Un disque plus cinématographique que jamais, jusque dans son titre Camera, que Cascadeur délivrera sur scène masqué mais sans fard en quatuor pop. Avant lui, c'est un autre prodige du genre, Sage, ex-Revolver qui fera apprécier, lui aussi en quatuor, son sens de la composition et des arrangements, déjà vus à l'œuvre, outre Revolver, aux côtés de Woodkid et The Shoes, et rassemblés sur de nouveaux titres comme sur ceux de son album éponyme, paru en 2016. Les deux musiciens français à la voix perchée et à la formation classique seron

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Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Entretien | Hugh Jackman a posé les griffes de Logan et enfilé la tenue de Monsieur Loyal de l’inventeur du spectacle moderne, Phineas Taylor Barnum. Showtime !

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Pour quelles raisons teniez-vous à ce film et à ce que vous vouliez réussir, en tant qu’artiste et être humain ? Hugh Jackman : J’ai grandi dans l’amour des comédies musicales avec Fred Astaire et Gene Kelly — comme Chantons sous la pluie. En 2009, alors que je présentais la cérémonie des Oscars, son producteur Larry Mark m’a proposé de faire un musical. Mais à l’époque, c’était difficile de convaincre Hollywood sur un projet totalement original et neuf — l’ironie étant que La La Land était parallèlement en production, sans que nous le sachions. L’essentiel dans un musical étant le livret, c’était risqué de soumettre onze chansons originales à l’approbation du public. Lorsque Justin Paul en a écrit cinq, on a su que l’on tenait quelque chose — et le studio aussi. D’abord, le sujet “Barnum” s’adaptait parfaitement à un musical : avec ses rêves et son imagination, le personnage était plus grand que nature

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Un joyeux Barnum : "The Greatest Showman"

Musical | de Michael Gracey (E-U, 1h46) avec Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Un joyeux Barnum :

Des poussières de son enfance miséreuse aux paillettes de la gloire, en passant par ses échecs, la vie romancée à la façon d’une comédie musicale de l’inventeur du spectacle moderne, l’entrepreneur Phineas Taylor Barnum (1810-1891). Créée ex nihilo pour le cinéma, sans passer par la case Broadway — une exception partagée avec La La Land —, cette comédie musicale adopte les codes du grand spectacle contemporain pour en conter la genèse, avec ce qu’il y a d’extravagance, de scintillant, mais aussi de clichés et de tape-à-l’œil façon Baz Luhrmann — la mise en abyme est de ce point de vue réussie. Et quel meilleur ambassadeur pour incarner Barnum que Hugh Jackman ? Ultime représentant de ces showmen plus qu’accomplis : absolus, conservant leur crédibilité sur toutes les scènes, il fait évidemment

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Le Mépris, le plan cul de Godard

Redoutable Reprise | L’anecdote a beau être connue, elle vaut qu’on la raconte tant elle en dit long sur le cinéma, les hommes qui le produis(ai)ent et le caractère taquin du (...)

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

Le Mépris, le plan cul de Godard

L’anecdote a beau être connue, elle vaut qu’on la raconte tant elle en dit long sur le cinéma, les hommes qui le produis(ai)ent et le caractère taquin du rusé Godard époque 62-63. L’histoire commence lorsque le cinéaste convainc le mogul Sam Levine de cofinancer son adaptation du roman de Moravia, en lui promettant Bardot au générique. Au premier montage du film, l’Américain tombe des nues, car la comédienne ne l’est justement jamais à l’écran. Or Levine a cher payé pour voir BB en tenue d’Ève — très cher, même, puisque le cachet de la star représente la moitié du budget du film s’élevant à 5 millions de francs de l’époque. Alors il se fâche et met en demeure JLG d’ajouter une séquence, mais en lui retranchant des vêtements. Levine désire la nudité de Bardot ? Soit. Godard va lui offrir sur son plateau, dès l’ouverture du film dans une scène dialoguée raboutée dont on ne sait dans quelle mesure elle est improvisée. Couchée sur le ventre dans le plus simple appareil, la blonde callipyge passe en revue son anatomie, demandant à son partenaire

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Le complexe du cinéma

Exploitation | Le mieux est l’ennemi du bien : quand trop ouvrir de salles peut mener à en fermer d’autres… Tour d’horizon des projets dans l’agglomération.

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

Le complexe du cinéma

Outre l’ouverture de trois salles supplémentaires mi-octobre au Comœdia (voir ci-contre), il faudra compter avec l'UGC Part-Dieu, regroupant à l’horizon 2020 ses deux niveaux en un seul site et passant de 14 à 18 écrans. Après validation en février 2017 de l’extension et restructuration de l’ensemble du pôle commercial par la Commission départementale d’aménagement commerciale (CDAC), la Commission nationale (CNAC) s’était auto-saisie en mars ; elle a donné son accord le 8 juin dernier. Rien ne s’oppose plus à ce (probable) futur Ciné-Cité, qui rendra le sympathique Astoria bien singulier dans le parc lyonnais… et risque de faire de l’ombre au multiplexe de la Cité-Internationale, déjà fragilisé. Mégaratés en série Déjà présente en Isère ou les deux Savoies, l’enseigne Megarama voulait s’implanter dans la Métropole. Un projet de 8 écrans et 1466 fauteuils pour Saint-Bonnet-de-Mure, ZAC du Chanay, avait été accepté en CDAC. Cons

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Au Portugal, les citoyens sont dans l'action

European Lab | Secrétaire d’État à la modernisation administrative et ancienne adjointe au maire de Lisbonne, Graça Fonseca a fait de Lisbonne puis du Portugal la première capitale et le premier pays à mettre en place des budgets participatifs : soit des budgets soumis à des commissions citoyennes. Entretien.

Lisa Dumoulin | Mardi 30 mai 2017

Au Portugal, les citoyens sont dans l'action

Quels types de projets ont vu le jour grâce aux budgets participatifs à Lisbonne et au Portugal ? Graça Fonseca : C’est tout nouveau à l’échelle du Portugal, on a commencé cette année, donc il n’y a pas encore de projet réalisé. La période de vote commence en juin et on aura des premiers résultats à la fin de l’année. Au niveau local, à Lisbonne, la plupart des projets concernent la qualité de vie : l’espace public, les espaces verts, les équipements culturels, les espaces de jeux pour les enfants… C’est l’objectif principal : les gens veulent vivre, travailler, avoir des enfants dans une ville agréable. Au niveau national c’est un peu différent. On observe avec cette première expérience de budgets participatifs que les gens proposent beaucoup d’idées ayant trait à l’identité locale, l’Histoire, l’artisanat… C’est important, en tant que pays, de se développer par l’innovation, mais aussi de prendre en compte son ADN, ses traditions, son industrie, son savoir-faire. Le Portugal ne sera jamais la France, la France ne sera jamais l’Angleterre. On doit chercher ce qui nous rend différents des autres et le transformer en richesse. On doit chercher ce

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Carte Blanche à Lisbonne : Boa Noite !

Nuits Sonores | Quinze groupes et DJs qui font bouger les lisboètes, la webradio phare de la scène underground, mais aussi la ministre du renouveau portugais : focus sur les invités de la carte blanche à Lisbonne, ville invitée du festival Nuits Sonores et du forum European Lab.

Lisa Dumoulin | Mardi 23 mai 2017

Carte Blanche à Lisbonne : Boa Noite !

Lyon prend des airs de Lisbonne pour quelques jours. Elle n'a pas autant de collines (sept pour la capitale portugaise), mais peut se targuer d'accueillir la crème de la crème des artistes lisboètes. Une sélection pointue, autrement dit « une prise de risque importante, que nous permet la gratuité de l'événement » dixit Violaine Didier, fondatrice d’Arty Farty et programmatrice. Côté artistes, on note une grande variété de styles et de profils. « Notre but est de représenter au plus près la réalité, et non de faire venir des artistes que tout le monde connaît déjà. Cela implique une part d’artistes émergents, expérimentaux, qui font la scène de Lisbonne aujourd’hui. » Soit pas mal d’artistes rock, beaucoup aussi qui puisent dans leurs racines portugaises pour leurs compositions comme Rocky Marsiano & Meu Kamba Sound, aka D-Mars dans la galaxie hip-hop old school, digger de pépites de semba angolais comme de marrabenta du Mozambique, qui a exploré la collection discographique de Rui Miguel Abreu pour le projet live qu’il vient présenter avec percussionnistes

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Cinémas de proximité : par ici la sortie ?

Ecrans à cran | Nouvelles concurrences, aides indirectes sabrées : la nouvelle année a un goût des plus saumâtres pour les cinémas indépendants. La fin d’une époque ? Espérons que non !

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Cinémas de proximité : par ici la sortie ?

Les excellents chiffres de la fréquentation pour 2016 (213 millions de spectateurs !) claironnés par la Fédération nationale des cinémas français, méritent d’être examinés avec attention : ce “deuxième meilleur résultat depuis 1966” a été conquis grâce à un nombre record de films (700 !!) projetés sur plus de 5 600 écrans, c’est-à-dire le parc le plus important d’Europe. Mais pour combien de temps encore ? Au pays de l’exception culturelle, et en particulier dans la Métropole lyonnaise, cette richesse globale d’équipements n’est pas uniforme : deux grands systèmes complémentaires d’exploitation cinématographique cohabitent. D’un côté, les réseaux (Gaumont-Pathé, UGC, CGR, Mégarama…), implantant depuis une vingtaine d'années force multiplexes dans les périphéries ou les zones commerciales ; de l’autre, des cinémas indépendants, vestiges des salles de patronage ou municipales, portés par de petits exploitants ou des associations, fédérés en regroupements (GRAC, Acrira…), partiellement subventionnés par l’Europe, l’État et les collectivités locales. Vecteurs d’une programmation volontiers alternative (mariant cinéma grand

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Salles (de ciné) gosses !

KIDS | Eh oui, les vacances scolaires sont déjà là… Cette année, elles ont la cocasserie de débuter un mercredi — ce qui époulaille tout le monde, sauf les salles (...)

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Salles (de ciné) gosses !

Eh oui, les vacances scolaires sont déjà là… Cette année, elles ont la cocasserie de débuter un mercredi — ce qui époulaille tout le monde, sauf les salles obscures, pour qui ce jour constitue le commencement ordinaire d’une semaine cinématographique. Parents désœuvrés, lorgnez en confiance sur les écrans du réseau GRAC, qui programment leur traditionnel rendez-vous Les Toiles des mômes dans 37 sites de la Métropole. Au menu, un joli mixte entre les meilleurs films jeune public (dès 2 ans !) sortis ces derniers mois (Ma vie de courgette, Ivan Tsarévitch et la princesse changeante, La Chouette entre veille et sommeil, Les Nouvelles aventures de Pat et Mat…), des reprises (Fievel et le Nouveau Monde), des avant

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Neiges précoces avec les frères Coen

ECRANS | Dire qu’il n’y a pas si longtemps, vous sirotiez des boissons fraîches en terrasse pour oublier la canicule, et voilà que l’automne a balayé de ses grandes (...)

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Neiges précoces avec les frères Coen

Dire qu’il n’y a pas si longtemps, vous sirotiez des boissons fraîches en terrasse pour oublier la canicule, et voilà que l’automne a balayé de ses grandes mains venteuses les tables, les chaises et le soleil brûlant… Mais comme ce n’est pas encore la saison des polaires et des moufles, vous pouvez encore sans frissonner vous offrir une virée dans le Minnesota hivernal pour l’un des polars les plus frappés tournés par les frères Coen. Sorti (bien emmitouflé) il y a déjà vingt ans, Fargo est un bijou d’humour noir au milieu des étendues blanches, où le sordide le dispute à l’absurde. On y suit la pathétique combine d’un vendeur de voitures ayant ourdi l’enlèvement de son épouse par des demi-sel pour renflouer ses finances. Évidemment, rien ne se déroule comme prévu : les cadavres tombent en avalanche, jusqu’à ce qu’une placide policière enceinte jusqu’à la mandibule fasse cesser ces floconneries… Prix de la mise en scène à Cannes, Oscar pour la comédienne Frances McDormand et le scénario signé par les Coen, Fargo est un must de la comédie macabre que le GRAC a retenu

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Little Big Man : “J’ai été un Indien, moi, monsieur !”

ECRANS | Au moment où Sergio Leone redéfinissait — en Europe de surcroît — la forme canonique du western, Arthur Penn contribuait avec Little Big Man (1970) à (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

Little Big Man : “J’ai été un Indien, moi, monsieur !”

Au moment où Sergio Leone redéfinissait — en Europe de surcroît — la forme canonique du western, Arthur Penn contribuait avec Little Big Man (1970) à renverser la table hollywoodienne en contestant la version édulcorée du récit national étasunien colportée par les dogmes et les poncifs de ce genre héroïque. Sous ses dehors de comédie d’aventures bariolée, cette saga apparaît comme révolutionnaire à plus d’un titre. Parce qu’elle donne des Américains natifs une représentation positive — ils ne sont plus ces éternels sauvages violents et braillards ; ces agresseurs ignares du Blanc, mais les détenteurs d’une culture, occupants légitimes d’un territoire envahi par des colons belliqueux. Et qu’elle ne prend pas un vainqueur pour héros, mais un jouet fragile du destin (à l’instar, plus tard, du protagoniste de Slumdog Millionnaire) : en l’occurrence Jack Crabb, visage pâle de plus de 120 ans racontant une existence tumultueuse dans l’Ouest, faite d’allers-retours entre son monde d’origine et la tribu cheyenne l’ayant adopté. La longévité exceptionnelle de Crabb (avant que Jeanne

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Reprise : coeurs brûlés, rallumés

ECRANS | Tourné dans la foulée immédiate de L’Ange bleu (1930), qui révéla Marlene Dietrich et cimenta son fructueux couple avec le cinéaste Josef von Sternberg, Cœurs (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Reprise : coeurs brûlés, rallumés

Tourné dans la foulée immédiate de L’Ange bleu (1930), qui révéla Marlene Dietrich et cimenta son fructueux couple avec le cinéaste Josef von Sternberg, Cœurs brûlés semble en prendre son contrepied. Tournée à Hollywood et non plus dans les studios allemands de l'UFA, cette production affiche dès son titre original Morocco — moins lyrique qu’en français — ce dépaysement exotique dont l’époque, fascinée par le folklore colonial, raffolait. Campée par Marlene, Amy Jolly ne provoque pas la perte d’un homme, mais se trouve partagée entre deux soupirants classiques : l’un richissime, lui offrant la sécurité matérielle ; l’autre, un fringant légionnaire, lui promettant l’ivresse d’une passion amoureuse (et ses aléas). En lieu et place du barbon Emil Jannings, le jeune premier Gary Cooper lui donne la réplique : immense, sanglé dans son uniforme ajusté, il joue de la prunelle céruléenne, de la pose héroïque et du sourire enjôleur comme personne. Malgré ce luxe de différences — d’oppositions, même — Cœurs brûlés apparaît par instants comme la conséquence de

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Cartoon plein dans les salles

ECRANS | Vous appréciez le cinéma d’animation, mais refusez par principe de vous infliger en famille les dernières émanations des gros studios ? Saisissez-vous du (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Cartoon plein dans les salles

Vous appréciez le cinéma d’animation, mais refusez par principe de vous infliger en famille les dernières émanations des gros studios ? Saisissez-vous du prétexte des congés scolaires pour convoyer vos ouailles dans les salles du réseau Grac de la Métropole ! 28 sites s’associent une fois encore en amont de la convention annuelle des professionnels européens de l’animation à Lyon (le Cartoon Movie) pour proposer un florilège de la production continentale récente — soit 16 programmes longs ou courts. L’occasion pour tous les publics de rattraper leur retard avec des œuvres singulières. Les courts-métrages de Neige et les arbres magiques conviendront aux bambins dès 3 ans, tandis que les plus grands auront l’embarras du choix entre le très réussi Avril et le Monde truqué (qui mérite d’aplatir l’infâme Petit Prince aux César), Phantom Boy,

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Le Nouveau Stagiaire

ECRANS | De Nancy Meyers (ÉU, 2h01) avec Robert De Niro, Anne Hathaway, Rene Russo…

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Le Nouveau Stagiaire

Septuagénaire désœuvré, Ben postule comme stagiaire dans la startup dirigée par la bouillonnante mais débordée Jules. Très vite, sa gentillesse et sa compétence vont le rendre indispensable à tous… Cela fait quand même bizarre de voir un De Niro bien peigné jouer au papy gâteau, sans jamais perdre ses nerfs. Mais chez Nancy Meyers, on fait dans la camomille, dans le film en chaussettes à mater sous la couette, et avec du comédien millésimé. On vante l’élégance et les manières d’antan (sans trop médire sur la jeunesse, hein, parce que les séniors, c’est super tolérant) et tout finit par s’arranger, pour que Anne Hathaway puisse à nouveau sourire de toutes ses 72 dents. Allez, une verveine et au dodo.

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Ricki and The Flash

ECRANS | De Jonathan Demme (ÉU, 1h42) avec Meryl Streep, Mamie Gummer, Kevin Kline…

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Ricki and The Flash

Chanteuse de bar fauchée, Ricki est appelée par son ex-mari pour sortir de la dépression leur fille qui vient d’être larguée. La rockeuse bohème s’envole aussitôt pour leur luxueuse résidence, où elle aura à affronter des reproches (avoir préféré à sa famille une carrière ratée) et Mo, la belle-mère parfaite de ses enfants… Jonathan Demme (Le Silence des agneaux) sort d’une semi-retraite pour adapter un script très anecdotique de Diablo Cody, jadis strip-teaseuse, désormais scénariste à succès de drames familiaux (Juno, Young Adult). Meryl Streep, attifée quelque part entre Boy George et Steve Tyler, donne la réplique à sa vraie fille, chante du Springsteen, joue de la guitare et s’offre un de ses morceaux de bravoure légendaires en interprétant une électrice républicaine. Vincent Raymond

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Votez pour la Ciné Collection de juin

ECRANS | Chaque mois, vous le savez, les salles affiliées au Groupement Régional d'Actions Cinématographiques vous proposent avec la Ciné Collection de redécouvrir un (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 30 janvier 2015

Votez pour la Ciné Collection de juin

Chaque mois, vous le savez, les salles affiliées au Groupement Régional d'Actions Cinématographiques vous proposent avec la Ciné Collection de redécouvrir un chef-doeuvre du cinéma d'auteur. Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est qu'elles font appel à vous pour élire celui qui sera projeté au mois de juin. Vous avez ainsi jusqu'au 28 février pour vous décider entre : Rivière sans retour d’Otto Preminger Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodovar Un singe en hiver de Henri Verneuil Le Fleuve sauvage d’Elia Kazan Le jour se lève de Marcel Carné L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford 12 hommes en colère de Sidney Lumet   Et faire parvenir votre vote via ce formulaire.

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Sils Maria

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h03) avec Juliette Binoche, Kristen Stewart…

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Sils Maria

La prétention qui suinte de la première à la dernière image de Sils Maria ne surprendra pas ceux qui, comme nous, ont pris en grippe le cinéma d’Olivier Assayas. Il y raconte, sans le moindre scrupule de crédibilité, comment une star entre deux âges (Juliette Binoche, qui pose tout du long en alter ego de Juliette Binoche) décide de reprendre la pièce qui l’a rendue célèbre et dont l’auteur s’est éteint, comme par hasard, au moment où elle allait lui rendre hommage en Suisse. Elle laisse le rôle de la jeune première à une nymphette hollywoodienne (Chloë Grace Moretz) et endosse celui de la femme mûre, ce qui déclenche chez elle un psychodrame dont le souffre-douleur sera son assistante (Kristen Stewart, la seule à surnager en adoptant un très respectable profil bas au milieu du désastre). «Tu l’as vu, mon Persona ?» nous susurre Assayas tout du long avec une finesse éléphantesque, des coquetteries stylistiques de grand auteur — le faux film muet, la musique classique — et une manière très désagréable de désigner ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas. Les blockbusters de super-héros ? Des merdes à regarder avec des lunettes 3D ridi

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"Raging bull", la passion du christ-boxeur

ECRANS | Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les choses, inventant une poignée de flamboyants héros négatifs. Orgueilleux, aveugles, bêtes, cyniques ou tout cela en même temps, ils hantent des œuvres aussi essentielles que La Porte du paradis de Cimino ou Scarface de De Palma. De tous, Jake La Motta est sans doute le plus retors : ce boxeur, qui fut un des rares blancs à aller décrocher un titre de champion du monde au nez et à la barbe de ses adversaires blacks, était dans le privé un monstre paranoïaque, jaloux et profondément égocentrique, ce qui le conduira à une suite de choix désastreux qui ruineront sa carrière et sa famille avant de l’envoyer faire un petit tour en taule. Dans Raging Bull, sous la caméra de Scorsese — et dans la peau extensible d’un De Niro plus vrai que nature — la vie de La Motta devient une passion christique, manière habile de contourner les écueils de la bio filmée — pas aussi en vogue à l’époque

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Cannes 2014, jour 1. Grace de M...

ECRANS | "Grace de Monaco" d’Olivier Dahan. "Timbuktu" d’Abderrahmane Sissako.

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 1. Grace de M...

C’est donc reparti pour un tour de Cannes, et bon, disons-le tout de suite, ça a très très mal commencé. Avec la présentation en ouverture du Grace de Monaco d’Olivier Dahan, on sonde déjà les profondeurs du néant cinématographique. Il faut remonter à loin pour trouver une séance de gala aussi foireuse (Da Vinci Code ? Fanfan la Tulipe ?). Les producteurs de ce truc peuvent remercier Thierry Frémaux d’avoir donné un généreux coup de pouce à un film en perdition depuis des mois, en particulier depuis la brouille ouverte entre le réalisateur et Harvey Weinstein, à qui on donne plutôt raison d’avoir refusé de présenter cette version au public américain. Quoique, à moins de le retourner intégralement, on voit mal comment on peut sauver l’affaire du naufrage dans lequel il s’enfonce quasi-instantanément. Déjà, l’angle choisi pour cette bio a de quoi faire hurler : comment Grace Kelly a choisit de renoncer définitivement à sa carrière au cinéma pour endosser les habits de princesse monégasque, à la faveur d’un incident qui opposa la famille royale à De Gaulle, décidé à mettre fin à l’exil massif des capitaux qui avait lieu là-bas. Da

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Le Crime est toujours parfait

ECRANS | Cinéaste avide d’innovations en général et de nouveautés techniques en particulier, Alfred Hitchcock fut tout naturellement titillé par l’arrivée dans les années (...)

Christophe Chabert | Mardi 13 mai 2014

Le Crime est toujours parfait

Cinéaste avide d’innovations en général et de nouveautés techniques en particulier, Alfred Hitchcock fut tout naturellement titillé par l’arrivée dans les années 50 de la 3D. Car, rappelons-le à nos lecteurs les plus jeunes, la 3D ne date pas des expérimentations de Robert Zemeckis et d’Avatar, mais a connu plusieurs vagues qui se sont toutes fracassées sur les contraintes de projection et sur le désintérêt du public. Grâce au numérique, ces films longtemps vus "à plat" peuvent donc renaître dans leur relief originel ; c’est le cas du Crime était presque parfait, tourné par Hitch en 1954 alors que le procédé est déjà à bout de souffle. Tiré d’une pièce de théâtre, le film est du pur Hitchcock période américaine, où un tennisman monte un plan diabolique pour faire assassiner sa femme et éviter que celle-ci le quitte avec leurs économies. Sauf que c’est elle qui finit par tuer celui qui devait la faire passer de vie à trépas… Grace Kelly — aussi à l’honneur cette semaine sous les traits de Nicole Kidman dans la bio d’Olivier Dahan — joue l’épouse et Ray Millan

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States of Grace

ECRANS | De Destin Cretton (ÉU, 1h36) avec Brie Larson, John Gallagher Jr…

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

States of Grace

Prototype du cinéma calibré Sundance, States of Grace additionne sujet sensible, outsiders névrosés et attachants, sentimentalisme en sourdine et forme lo-fi. La galerie de personnages qui habitent ce foyer pour adolescents à problème en Californie fournit donc une ronde scénaristique au centre de laquelle trône Grace, qui tente de soigner leurs fêlures tout en dépassant la sienne, encore à vif. Ce manque d’enjeux dramaturgiques est la limite de States of Grace, qui n’est pas déshonorant mais dans lequel on peine à percevoir un regard de cinéaste vraiment neuf et original. Destin Cretton sait écrire et filmer, comme le prouvent les deux séquences en miroir qui ouvrent et ferment le récit, mais il se laisse parfois aller à de grosses ficelles mélodramatiques qui viennent alourdir un propos déjà chargé. Étrangement, plus le film se veut bouleversant, plus il paraît artificiel et anodin, et c’est au contraire quand Cretton s’en tient à la petite musique d’un quotidien fragile qu’il est le plus touchant. Christophe Chabert

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Paroles de poilus

SCENES | C’est sobre sans être cheap, émouvant mais pas larmoyant. Belle réussite que Nous crions grâce, pièce reprise par le metteur en scène et comédien Jérôme Sauvion huit (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 avril 2014

Paroles de poilus

C’est sobre sans être cheap, émouvant mais pas larmoyant. Belle réussite que Nous crions grâce, pièce reprise par le metteur en scène et comédien Jérôme Sauvion huit ans après qu’il l’ait créée. Certes, en cette année qui commémore le centenaire de la Première Guerre mondiale, cette replongée dans les écrits (notamment des lettres de soldats au front) sur cette gigantesque boucherie est opportune. Reste que ces textes intemporels se doivent d'être au premier plan de ce moment du souvenir. Partageant la scène avec Pascal Gimenez, Sauvion les donne à entendre très distinctement, sans pour autant n’en proposer qu’une lecture améliorée. Le duo les met réellement en scène, via un vrai travail sur les lumières (impérieux bleu blanc rouge qui se dessine à cour d’entrée de jeu) et la technique (une caméra filme et retransmet en fond de scène un petit train et des soldats de cartons). Loin de n'être que des gadgets, ces adjonctions renforcent avec modestie des propos où il est question de courage et d’honneur, tels ceux de cette mère dont le fils va être fusillé car il a refusé de participer à un assaut : «mort pour mort ne valait-il mieux pas digne

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Malavita

ECRANS | Pur fantasme d’un Luc Besson emballant à la va-vite des concepts de plus en plus boiteux, "Malavita" tente de greffer en Normandie la mythologie du film de mafia new-yorkais. Écrit n’importe comment, sans angle ni point de vue, cette comédie pas drôle sent le naufrage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 26 octobre 2013

Malavita

Un film d’animation pour enfants, une bio d’Aung San Suu Kyi, une comédie de mafia avec De Niro… La filmographie de Luc Besson prend des allures d’inventaire à la Prévert, alignant les versions premium des produits cheaps livrés par EuropaCorp, dont il assure lui-même la réalisation en y apposant un savoir-faire de moins en moins flagrant. Malavita, adapté d’un roman de Tonino Benacquista, portait pourtant en lui une belle promesse : celle de faire se rencontrer la mythologie phare du cinéma américain, celle des films de mafieux new-yorkais façon Scorsese, et la réalité de la France d’aujourd’hui. On y voit ainsi une famille de repentis s’installer dans un bled paumé en Normandie et tenter d’y faire profil bas, même si le naturel revient toujours au galop. De tout cela, il ne sort qu’une médiocre comédie policière, nonchalante dans ses enjeux, incroyablement mal écrite, et où seuls les deux acteurs principaux (De Niro et Pfeiffer) réussissent à tirer leur épingle du jeu en ne cherchant ni à être des parodies de leurs personnages mythiques, ni des pantins au service d’un film opportuniste. Dégénéré Car Besson ne tire absolument rien de son argum

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Michael Cimino de retour à Lumière

ECRANS | Après son triomphe l'an dernier pour la présentation de La Porte du Paradis en clôture du festival, Michael Cimino sera de retour pour l'édition 2013 de Lumière (...)

Christophe Chabert | Mardi 8 octobre 2013

Michael Cimino de retour à Lumière

Après son triomphe l'an dernier pour la présentation de La Porte du Paradis en clôture du festival, Michael Cimino sera de retour pour l'édition 2013 de Lumière afin de présenter la copie restaurée de Voyage au bout de l'enfer, mais aussi, comme il l'a indiqué lors d'un message envoyé au festival, "pour être là en personne afin de féliciter Quentin Tarantino pour son Prix Lumière". Pour ceux que cela intéresse, rappelons que Cimino nous avait accordé une interview lors de sa dernière venue à l'Institut Lumière à l'occasion de la rétrospective qui lui était consacrée, que vous pouvez lire ici.

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«Je ne fais pas des films avec des idées»

ECRANS | Cette semaine, l’Institut Lumière termine sa rétrospective consacrée à Michael Cimino avec la version restaurée de La Porte du Paradis, supervisée par Cimino lui-même. Entretien avec cette légende vivante du cinéma américain. Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 21 février 2013

«Je ne fais pas des films avec des idées»

Quelle est l’importance pour vous de cette ressortie de La Porte du Paradis ?Michael Cimino : C’est n’est pas une reprise au sens classique du terme. Cette version est plus qu’une version restaurée, c’est une version améliorée, au niveau du son, de l’image, des couleurs, du montage. Je la vois comme LA sortie du film. Il y a donc encore des différences avec la précédente version de 220 minutes ?Oui, car celle-ci a été entièrement refaite en numérique. Il y a des choses que j’ai pu faire en numérique qui étaient impossibles il y a trente ans. Cela donne une clarté que vous n’avez jamais vue auparavant. Certains passages ont l’air d’être en 3D, notamment parce que j’ai utilisé un objectif 30 mm qui permet de voir les détails à l’infini. C’est grandiose pour les paysages, mais aussi pour les gros plans, car ça leur donne un aspect monumental. À l’époque du tournage de La Porte du Paradis, on devait passer par un laboratoire optique pour effectuer des

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Gros ennuis en petite Chine

ECRANS | Dans les années 80, la question asiatique taraude Hollywood. La menace est à la fois économique (de grands groupes industriels japonais lorgnent sur les (...)

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

Gros ennuis en petite Chine

Dans les années 80, la question asiatique taraude Hollywood. La menace est à la fois économique (de grands groupes industriels japonais lorgnent sur les studios) et esthétique, Tsui Hark commençant à redéfinir les standards des films d’action. Michael Cimino, chez qui la question de l’étranger est centrale trouve dans le script de L’Année du dragon, signé Oliver Stone, de quoi mettre en perspective ce choc annoncé des cultures. Surtout, cela lui offre l’occasion de se remettre en selle cinq ans après le fiasco de La Porte du Paradis. À sa sortie, L’Année du dragon est accueilli par des polémiques sur son supposé racisme ; s’il y a bien une xénophobie dans le film, c’est celle de son personnage principal, Stanley White, flic d’origine polonaise et ancien du Vietnam — comme un cousin éloigné de De Niro dans Voyage au bout de l’enfer. Pour lui, l’Asiatique est l’ennemi naturel, et sa volonté de faire tomber un

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Happiness therapy

ECRANS | Des personnages borderline dans une comédie romantique dont la mise en scène s’autorise à son tour toutes les hystéries visuelles : David O’Russell fait dans le pléonasme et l’emphase pour camoufler sa progressive absorption par la norme hollywoodienne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Happiness therapy

Pat Solotano est bizarre. Il faut dire qu’il a sauvagement tabassé l’amant de sa femme quand il les a découverts nus sous la douche en rentrant de son boulot. Complètement cinglé selon les uns, temporairement perturbé selon les autres, en voie de rémission selon lui-même, on lui donne une chance de sortir de l’asile où il a atterri pour échapper à la prison, et le voilà revenu chez ses parents. Eux aussi sont un peu bizarres : la mère est surprotectrice, le père est bourré de tocs. Même ses amis sont bizarres, à leur façon : un couple très dépareillé qui ne trouve son équilibre qu’en ravalant ses frustrations, et une jeune veuve devenue nymphomane et obsédée par l’idée de réussir un concours de danse. Pour ceux qui ne le sauraient pas, David O’Russell est aussi un type bizarre : à l’époque de son manifeste cinématographique hermétique (J’♥ Huckabees), il donnait ses interviews pieds nus et dans une sorte de transe méditative. Happiness therapy veut faire de cette bizarrerie généralisée la matière à un renouveau de la comédie romantique. Les personnages y chercheraient une forme d’équilibre par le chaos psychologique ambiant, et les codes les plus attendus

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Les cimes de Cimino

ECRANS | L’Institut Lumière propose un petit événement : la première intégrale consacrée à Michael Cimino. Certes, sept films en quarante ans, ça ne paraît pas compliqué à réunir ; mais les vicissitudes de sa carrière ont longtemps plongé le cinéaste dans un semi oubli. Et pourtant… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Les cimes de Cimino

La séance de clôture du dernier festival Lumière vit Michael Cimino monter sur la scène de la Halle Tony Garnier pour présenter la version intégrale et restaurée de son film-maudit, La Porte du Paradis. L’émotion manifeste du cinéaste était bien compréhensible : l’œuvre de sa vie, échec monumental à sa sortie, fut longtemps sa douleur ; sa renaissance, devant 7000 spectateurs maintenant conquis par son indéniable splendeur, était comme une revanche. L’Institut Lumière a donc décidé de finir le job en ce début 2013, en proposant aux Lyonnais la première intégrale Cimino. Qui reviendra du coup à Lyon le 20 février. Voyage au bout de Hollywood Alors qu’il n’est que scénariste sur Magnum force, Clint Eastwood se prend d’amitié pour ce type bizarre, déjà gonflé d’ambition et dans les starting blocks pour devenir réalisateur. Eastwood accepte de produire et d’interpréter Le Canardeur et, alors que tout pouvait laisser craindre que ces fortes personnalités allaient se prendre le bec, la collaboration se passe à merveille. Le film est un road movie typique du cinéma 70’s auquel Cimino confère un lyrisme qui signe déjà son en

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7 psychopathes

ECRANS | De Martin McDonagh (Ang, 1h50) avec Colin Farrell, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Christopher Walken…

Christophe Chabert | Mardi 22 janvier 2013

7 psychopathes

Dans 7 psychopathes, Colin Farrell incarne un scénariste alcoolique, coincé sur un script intitulé 7 psychopathes. Du coup, il ne faut pas avoir fait de hautes études pour oser l’identification entre le personnage et l’auteur du film, Martin McDonagh — même si on ne sait rien de ses penchants pour la bibine. En revanche, quand on voit Farrell et son pote taré (Sam Rockwell, au-delà du cabot) devant un Kitano au cinoche, alors que le précédent film de McDonagh, Bons baisers de Bruges, se référait avec malice au Sonatine du maître Takeshi, il n’y a plus de doute sur le degré de mise en abyme. Le problème, comme souvent dans ce genre de projets où l’écriture de la fiction et sa mise en scène à l’écran se fondent l’une dans l’autre, c’est de conserver une rigueur narrative là où le grand n’importe quoi est évidemment autorisé. Alors que McDonagh n’a même pas encore tiré le portrait des sept psychopathes du titre, le voilà déjà en train d’en fusionner deux en un, puis d’en faire le co-auteur de l’histoire des autres psychopathes… Vous n’y comprenez rien ? Normal, le film cherche la confusion et broie dans son délire tous ses atouts,

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The King of New York

ECRANS | Abel Ferrara Carlotta

Christophe Chabert | Lundi 22 octobre 2012

The King of New York

Frank White sort de prison, et c’est déjà un fantôme. Il monte dans une limousine, les lumières de la ville se reflètent sur les vitres et laissent apparaître son visage impassible. Difficile de voir en lui le «roi de New York» annoncé par le titre, un parrain du trafic de drogue portant un projet pour racheter ses crimes : fonder un hôpital pour les enfants des rues. L’introduction mélancolique du film de Ferrara laisse donc peu de doute sur l’issue tragique réservée à ce Robin des Bois qui arrive à tenir en respect les gangsters de toutes origines. Il ne lutte plus contre personne, malgré la violence qui l’entoure et la pression incessante d’une police bien décidée à le remettre à l’ombre dans le pire des cas, à l’abattre dans le meilleur. Frank White lutte avec lui-même, avec son âme tourmentée. Avant qu’il ne croise la route d’Harvey Keitel et ne lui offre le personnage, encore plus déglingué, de son Bad Lieutenant, Ferrara avait choisi Christopher Walken comme l’incarnation la plus pertinente de son cinéma du pêché et du salut, version extrême de celui de Scorsese. Dans tous les films qu’il lui confiera ensuite, Walken sera toujours un ectoplasme,

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Michael Cimino sur le pas de la porte Lumière

ECRANS | La nouvelle de la diffusion de la version longue de La Porte du Paradis en clôture du festival Lumière était déjà excellente. Voilà qu'elle s'accompagne de la (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 16 octobre 2012

Michael Cimino sur le pas de la porte Lumière

La nouvelle de la diffusion de la version longue de La Porte du Paradis en clôture du festival Lumière était déjà excellente. Voilà qu'elle s'accompagne de la venue de son réalisateur culte, Michael Cimino. Le cinéaste viendra en compagnie d'Isabelle Huppert, déjà annoncée, présenter son film maudit et donc culte face aux 4000 spectateurs de la Halle Tony Garnier, sûrement ravis de rencontrer un artiste plutôt rare. 

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Paradis retrouvé

ECRANS | Morceau de choix pour terminer le festival : la version restaurée et intégrale de "La Porte du Paradis", film maudit devenu film mythique, date-clé de l’Histoire du cinéma qui marque la fin d’une utopie hollywoodienne mais aussi le purgatoire d’un cinéaste immense, Michael Cimino.

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Paradis retrouvé

Qui a vu La Porte du Paradis ? Du moins, qui a vu sa version intégrale ? Aux Etats-Unis, où la sortie du film provoqua la faillite de United Artists, le studio qui l’avait produit, presque personne. En France, sans doute un peu plus puisqu’à l’initiative de Patrick Brion, infatigable animateur du Cinéma de minuit sur France 3, le film fut finalement distribué en 1989 dans le montage de 3h45 souhaité par Michael Cimino. Les bizarreries des droits ont voulu que seul le DVD américain reprenne cette version, le DVD français exploitant celle de 2h20, qui n’est pas seulement un "raccourcissement" mais une véritable réécriture de son propos. De toute façon, qui a envie de voir La Porte du Paradis en DVD ? Car ce film monde et monstre ne prend son sens que sur un très grand écran, avec ses centaines de figurants, sa passion du détail, son ampleur décorative, son sens de l’espace. Dernière frontière Le fiasco du film est resté comme une blessure profonde dans l’histoire hollywoodienne. On a parlé de la mort de United Artists, mais c’est surtout la fin d’une utopie que cet échec entérine : le Nouvel Hollywood, dont Michael Cimino fut le temps d

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"La Porte du Paradis" en clôture de Lumière

ECRANS | La rumeur courait depuis plusieurs semaines, mais c'est désormais officiel : c'est bien La Porte du Paradis, fabuleux anti-western de Michael Cimino, (...)

Christophe Chabert | Mardi 25 septembre 2012

La rumeur courait depuis plusieurs semaines, mais c'est désormais officiel : c'est bien La Porte du Paradis, fabuleux anti-western de Michael Cimino, dont l'échec provoqua la ruine de United artists et le purgatoire our son auteur, qui sera projeté le dimanche 21 octobre à la Halle Tony Garnier en clôture du festival Lumière. Le film sera présenté par son actrice Isabelle Huppert dans sa version intégrale (de 3h36) et restaurée numériquement : comme vous ne l'avez jamais vu, donc, et c'est inratable. La Porte du Paradis de Michael Cimino par Festival_Lumiere

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In Godfather we trust

ECRANS | Une main qui tire les ficelles d’une marionnette invisible. Une trompette étouffée qui interprète une mélodie aux accents italiens. Une phrase devenue (...)

Christophe Chabert | Lundi 17 septembre 2012

In Godfather we trust

Une main qui tire les ficelles d’une marionnette invisible. Une trompette étouffée qui interprète une mélodie aux accents italiens. Une phrase devenue gimmick : «Une proposition que vous ne pouvez pas refuser». Et puis une foule d’images toutes plus mythiques les unes que les autres : une tête de cheval coupée dans un lit, un homme criblé de balles lors d’un traquenard à un péage… C’est évidemment du Parrain, de son affiche, de sa musique et, plus globalement, de l’aura culte qui l’entoure et qui continue à fasciner toutes les générations de spectateurs que l’on parle. C’est un fait : découvrir Le Parrain, c’est faire l’expérience d’un immense classique du cinéma qui, pourtant, a sonné comme une révolution. Révolution dans le traitement des codes du film de gangsters : nous voilà au cœur de la mafia italo-américaine, de ses rites, de ses rivalités, de ses trahisons, sans le contrechamp moral de la loi qui la mettrait hors-jeu. Au cœur d’une famille dont on suit sur trois générations la grandeur et la chute : l’arrivée d’un gamin sicilien aux États-Unis au milieu de milliers d’immigrés puis son installation au sommet du crime organisé (

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Lean de mire

ECRANS | La saison commence en fanfare pour le cinéma de patrimoine avec une rétrospective David Lean sur l’imposant écran de l’Institut Lumière, mais aussi avec le lancement d’une nouvelle ciné-collection dont le programme revendique cette année son éclectisme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 août 2012

Lean de mire

Alors qu’on l’attendait plutôt du côté du festival Lumière, où elle aurait pu faire une superbe séance de clôture à la Halle Tony Garnier, c’est bien dans le cadre de la programmation "normale" de l’Institut Lumière que l’on découvrira la copie restaurée en HD de Lawrence d’Arabie, chef-d’œuvre absolu de David Lean. C’est un événement, tant le film mérite son titre d’archétype d’un cinéma total et monumental (par sa durée, par l’ampleur de sa mise en scène, par la complexité de ses enjeux) dont Hollywood s’échine à retrouver la formule. La bonne surprise, c’est que cette ressortie s’inscrit dans une rétrospective consacrée à Lean, où l’on pourra voir les autres grandes œuvres du réalisateur (Docteur Jivago, Le Pont de la Rivière Kwaï et La Route des Indes), ses adaptations de Dickens (Oliver Twist et Les Grandes Espérances) mais aussi des raretés (L’Esprit s’amuse et Heureux mortels, tous deux présentés le 5 septembre).

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Dias de gracia

ECRANS | D’Everardo Gout (Mexique, 2h13) avec Tenoch Huerta, Kristian Ferre…

Christophe Chabert | Jeudi 7 juin 2012

Dias de gracia

Présenté à Cannes 2011 en séance de minuit, Dias de gracia a démontré que le cinéma bourrin avait aussi sa place au festival. En effet, difficile d’imaginer film plus bazooka que ce premier long d’Everardo Gout, à côté duquel les centrifugeuses à images de Tony Scott font figure de délicate dentelle. Tout ici est soumis à un régime d’explosions à fragmentation : le cadre, qui se démultiplie à la faveur de split screens furieux ; le récit, raconté sur trois périodes de trente jours qui correspondent à trois coupes du monde de football et dont on ne saura que dans l’ultime mouvement ce qui les relie entre elles ; la bande-son, assourdissante ; et enfin la chair même des images, où il s’agit de sortir ses gros muscles et ses gros flingues pour dégommer tout ce qui bouge et détruire tout ce qui ressemble de près ou de loin à un décor. Que dire ? Que le film réussit l’exploit, alors qu’il cherche à tout crin le fun, d’être assez lassant et ennuyeux. Et qu’Iñarritu avec ses narrations lelouchiennes doit être éberlué devant ce disciple œuvrant dans le blockbuster à visée internationale. Christophe Chabert

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Podcast / Entretien avec Luca Monterastelli

ARTS | L’artiste évoque l’obscénité contemporaine au travers d’une œuvre élégante et sinueuse, servie par un travail plastique remarquable.

Dorotée Aznar | Mercredi 6 juin 2012

Podcast / Entretien avec Luca Monterastelli

Date de première diffusion:  5 Juin 2012 Emission n°112  Durée: 30’00 minInvité: Luca Monterastelli, artiste; Julie Rodriguez-Malti, directrice de Néon.Contenu: L’exposition ‘Graceland’ de l’artiste Italien Luca Monterastelli s’ouvre chez Néon jusqu’au 21 Juillet 2012 à Lyon. L’artiste évoque l’obscénité contemporaine au travers d’une œuvre élégante et sinueuse, servie par un travail plastique remarquable. Chroniques: Simon Feydieu et Marie Bassano se penchent sur New York Stories pour leur capsule cinématographique; Gwilherm Perthuis s’intéresse à John Baldessari. Retrouvez également : le blog des rendez-vous de la création contemporaine  Liens utiles : Le site web de l’artiste Luca Monterastelli. Le site web de l’association Adele.

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Dark shadows

ECRANS | Tim Burton met un frein à la crise créative qu’il traversait depuis trois films avec cette comédie où il cherche à renouer avec la fantaisie noire de ses débuts, sans y parvenir totalement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 10 mai 2012

Dark shadows

Dark shadows permet à Tim Burton de faire le point sur l’évolution de son cinéma ces dernières années. Il est frappant, à la vision du film, de voir qu’y cohabitent parfois au sein d’une même séquence, souvent d’un champ à son contrechamp, le cinéaste enclin au bricolage et à l’artisanat mais aussi son pendant récent, le réalisateur converti au numérique se contentant de griffer ses plans en illustrateur prodige. Plus encore, cette dualité se retrouve dans les deux thèmes abordés par le scénario : la figure du freak confronté au monde de la norme, et sa déclinaison contestable qui en fait le défenseur d’une petite entreprise familiale qui irait vendre au monde entier sa bizarrerie. On se souvient de l’épilogue craignos d’Alice au pays des merveilles, où Alice reprenait le flambeau paternel pour aller envahir le marché chinois… C’est à peu près là que commence Dark shadows : Barnabas Collins (Johnny Depp, qui cabotine plus intelligemment que d’habitude) est, au XVIIIe siècle, le jeune héritier d’une fortune construite par ses parents, prolos de Liverpool devenus richissimes entrepreneurs dans un port de pêche du Maine, dont ils ont littéralement

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