Philomena

ECRANS | Réalisé par Stephen Frears, mais écrit, produit et interprété par un Steve Coogan excellent, ce buddy movie mélodramatique slalome avec talent entre les écueils de son sujet pour construire une œuvre humaniste, souvent drôle mais surtout d’une réelle tristesse. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 6 janvier 2014

Dans la production inégale et prolifique de Stephen Frears, Philomena figure parmi ses plus évidentes réussites. Le mérite en revient autant au cinéaste anglais, qui sait tenir sa mise en scène, invisible, pudique et d'un classicisme payant, à la bonne distance de son sujet, qu'à Steve Coogan. L'acteur en est aussi co-scénariste et producteur et il fait corps avec son personnage, Martin Sixsmith, journaliste devenu conseiller de Tony Blair avant de se faire éjecter du 10 Downing Street pour cause de mail douteux.

Obligé de reprendre ses activités d'écrivain, il est approché par une serveuse dans un cocktail qui lui parle du cas de sa mère, Philomena — Judi Dench, dont il est presque superflu de dire qu'elle est formidable. Élevée dans un pensionnat catholique en Irlande, son premier fils lui a été enlevé par les nonnes qui dirigeaient l'établissement puis adopté par une riche famille américaine. Cinquante ans après, elle ne pense qu'à le retrouver. D'abord réticent, Sixsmith finit par se lancer avec Philomena à la recherche de l'enfant perdu…

Philanthropie

Le film, tiré d'une histoire vraie, brasse ainsi un certain nombre de sujets polémiques, à commencer par les injustices commises par l'Eglise, dissimulées derrière une forme de châtiment infligé aux "pécheresses". C'était déjà l'angle choisi par Peter Mullan dans Magdalena sisters — auquel Philomena fait ironiquement référence pour mieux l'évacuer — mais Frears et Coogan ont d'autres pistes à suivre que celui du film-dossier. D'abord à travers le buddy movie qui se développe entre Sixsmith et Philomena, entre le bourgeois éduqué et condescendant et la vieille dame nourrie aux feuilletons populaires et pétrie de culpabilité. Très bien écrite — comme le reste du film — cette comédie des contraires ne cesse de se renverser, poussant le spectateur à s'identifier tantôt à l'un, tantôt à l'autre, avant de reconnaître que c'est bien l'alliance des deux qui leur permet de surmonter les obstacles de leur enquête.

Cet humanisme-là fait aussi la force du mélodrame qui occupe la dernière partie, où les révélations du scénario comptent autant que la manière dont les personnages y réagissent, souvent à rebours des sentiments attendus, jusqu'au climax final où le pardon et la colère deviennent deux options recevables, deux visions du monde conciliables car tendues vers un seul objectif : célébrer la mémoire, intime ou collective, des victimes oubliées des tragédies contemporaines.

Philomena
De Stephen Frears (Ang-Fr-ÉU, 1h38) avec Steve Coogan, Judi Dench…


Philomena

De Stephen Frears (Angl-Fr-ÉU, 1h38) avec Steve Coogan, Judi Dench...

De Stephen Frears (Angl-Fr-ÉU, 1h38) avec Steve Coogan, Judi Dench...

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Irlande, 1952 : Philomena Lee, encore adolescente, tombe enceinte. Considérée comme une « femme déchue », elle est envoyée au couvent de Roscrea. Alors que l’enfant est encore un nouveau-né, il est arraché aux mains de sa mère pour être adopté par des américains.


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Hardy, petit… : " Stan & Ollie"

Biopic | De Jon S. Baird (É-U, 1h37) avec Steve Coogan, John C. Reilly, Nina Arianda…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Hardy, petit… :

Londres, 1953. Après une dizaine d’années de retrait, le duo Laurel & Hardy se reforme sur scène pour une tournée anglaise, en attendant un hypothétique nouveau tournage. Mais les comiques sont passés de mode, Hardy mal en point, le public peu nombreux. Il leur faudrait un miracle… Depuis quelques mois, John C. Reilly semble avoir pris activement en mains le cours de sa carrière. Second rôle de prestige, il n’a jamais pu briser le plafond de verre le séparant des premiers plans à la Tom Hanks que son visage de carlin pourrait lui valoir ; apprécié par la profession depuis des lustres, il lui manque encore l’onction publique et l’aura individuelle d’un grand prix — en forme de statuette, de préférence. Après avoir eu la bonne idée d’inciter Jacques Audiard à adapter Les Frères Sisters — et à lui réserver au passage l’un des chevaux —, le voici dans un de ces emplois à transformation physique dont l’Académie des Oscar raffole ; d’autant que le personnage est mourant. Hélas pour Reilly, si ses volumineuses prothèses jo

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Indian Palace : Suite royale

ECRANS | De John Madden (Ang-Éu, 2h03) avec Dev Patel, Judi Dench, Maggie Smith, Richard Gere…

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Indian Palace : Suite royale

Retour au Marigold Hotel avec ses sympathiques pensionnaires british du troisième âge et son truculent personnel autochtone, décidés à passer un braquet commercial en investissant dans un nouveau palace plus moderne et plus luxueux. Mais c’est plutôt business as usual dans cette suite sous tranxène, qui prend prétexte de la préparation d’un mariage indien pour multiplier les micro-intrigues toutes plus inintéressantes les unes que les autres sans jamais remettre en cause son caractère néo-colonial. Exemple ultime de ce qu’est aujourd’hui le cinéma pour seniors — qu’ont-ils fait pour qu’on leur réserve de telles purges ? Indian Palace en reprend la grande idée : la vieillesse n’est ni un naufrage, ni un crépuscule, mais une deuxième jeunesse. Perspective rassurante qui permet du coup de laisser de côté toutes les questions qui fâchent : la perte d’autonomie physique, le corps plus à la hauteur d’un désir toujours vif et surtout la mort, que le film balaie d’une pichenette scénaristique assez honteuse. Les danses bollywoodiennes, les pitreries d’un Dev Patel en passe de rafler le trophée de pire acteur de l’année après sa performance

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Le match de leur vie

CONNAITRE | Jesse Owens contrariant par l’exemple les théories de domination aryenne ; Jason Collins (NBA, Brooklyn Nets) et Michael Sam (Foot US, Université du (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 11 mars 2014

Le match de leur vie

Jesse Owens contrariant par l’exemple les théories de domination aryenne ; Jason Collins (NBA, Brooklyn Nets) et Michael Sam (Foot US, Université du Missouri), seuls exemples de sportifs masculins en activité à avoir publiquement annoncé leur homosexualité ; Tommy Smith et John Carlos levant un point ganté de noir sur le podium des JO de Mexico en 1968 ; Mohammed Ali refusant de répondre à la mobilisation pour la guerre du Viêt Nam...Nombreux, mais pas moins exceptionnels pour autant, sont les sportifs qui ont mis en péril leur carrière, parfois leur vie, pour défendre des idées en défiant un pouvoir politique impuissant à s’opposer à leur aura. C’est à ces moments où le sport devient vecteur de quelque chose de plus grand, où le corps du sportif ne lui appartient plus, devenant récipiendaire du corps social au mépris de sa propre intégrité, où son destin individuel s’infléchit au profit du destin collectif que se sont intéressés d'un côté Stephen Frears, de l'autre Gilles Perez et Gilles Rof avec leurs films Muhammad Ali’s greatest fight, présenté en avant-première lors de la manifestation, et Les Rebelles du Foot.Dans ce dernier, un cé

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To Rome with love

ECRANS | Poursuivant son exploration des métropoles européennes après Londres, Barcelone et Paris, Woody Allen se montre bien peu inspiré face à Rome, se contentant d’un poussif récit multiple où tout sent la fatigue et le réchauffé, à commencer par sa propre prestation d’acteur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 juillet 2012

To Rome with love

La familiarité avec le cinéma de Woody Allen, autorisée par la livraison annuelle d’un nouvel opus, permet à l’amoureux de ses films de vite reconnaître quand le maître (osons le mot, il n’est pas volé) est en pleine santé ou quand, au contraire, il est en petite forme. Il ne faut pas longtemps pour s’apercevoir que To Rome with love appartient à la deuxième catégorie, tant il transpire le manque d’inspiration, le programme mécanique et l’agrégat poussif d’idées plus ou moins bonnes. Ainsi, si les cartes postales qui ouvraient Minuit à Paris (un vrai grand Allen, celui-là) n’étaient qu’un trompe-l’œil, le film s’acharnant ensuite à en montrer le caractère illusoire, celles que le cinéaste compile sur Rome ne seront jamais vraiment déchirées par le récit. Pire, elles conduisent à une accumulation de petites intrigues véhiculant leur lot de clichés, là où Allen n’avait besoin que d’un solide concept pour dérouler celle du film précédent. Ce n’est d’ailleurs par la première fois que, dans ses mauvaises années, Allen se repose sur les récits multiples comme sur une canne, espérant que dans l’ensemble, quelques-uns surnagent de la mollesse ambiante. Ce n’est

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Indian Palace

ECRANS | De John Madden (Ang, 2h04) avec Judi Dench, Tom Wilkinson, Bill Nighy...

Jerôme Dittmar | Jeudi 3 mai 2012

Indian Palace

A priori Indian Palace a tout du "gros machin" aberrant. Comédie existentialio-romantique pour retraités britanniques partant finir leurs jours dans une maison spécialisée en Inde (c'est la crise), le nouveau film de John Madden a des airs de pub pour Orange. Avec son exotisme de la communication, sa volonté outrancière de baliser la mise en scène pour offrir un mondialisme vertueux, cette énième parabole douce amère sur l'altruisme et le temps qui passe (la belle affaire) est d'une prudence qui finit par se retourner contre elle. On sent pourtant toute l'empathie et la sympathie de Madden derrière la caméra, que ce soit pour ses personnages ou le pays. Mais ces rêveries post-coloniales comme seconde chance à l'amour et la vie finissent par rappeler Les Petits Mouchoirs. C'est finalement pas son casting que le film touche. De Judi Dench à Tom Wilkinson et Bill Nighy, tous donnent profondeur et sens

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