Une autre vie

ECRANS | D’Emmanuel Mouret (Fr, h35) avec JoeyStarr, Jasmine Trinca, Virginie Ledoyen…

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Photo : © Pascal Chantier


Aurore, pianiste qui ne joue plus depuis la mort de son père, rencontre Jean, électricien spécialisé dans la pose d'alarmes, qui vit avec Dolores, modeste vendeuse de chaussures. S'ensuit un triangle amoureux mélodramatique, à l'émotion contenue par une mise en scène qui préfère les chuchotements aux cris, la pudeur à l'hystérie, et qui revient comme un aimant sur la question centrale du cinéma d'Emmanuel Mouret : une phénoménologie du sentiment amoureux qui scrute les lapsus, les actes manqués et les hésitations plutôt que les discours emplis de certitudes.

En délaissant son ton habituel de fantaisie légère à la Rohmer pour les violons du drame conjugal à la Truffaut — et en laissant sa place à l'écran à un JoeyStarr un peu pétrifié par l'enjeu — Mouret se prend les pieds dans le tapis du pléonasme. Film sérieux ne veut pas forcément dire film qui se prend au sérieux, et c'est tout le problème d'Une autre vie, dont on se demande sans cesse ce qui l'empêche de rétrouver ne serait-ce qu'un peu de cette quotidienneté badine qui faisait le charme de Changement d'adresse ou de L'Art d'aimer.

Seul le beau personnage De Dolores — géniale Virgine Ledoyen, comme d'habitude, et tant pis pour ceux qui continuent à ne pas voir la grande actrice qu'elle est — victime désignée devenue ange exterminateur froid et manipulateur, tire le film vers les hauteurs qu'il prétend atteindre. Le reste du temps, Mouret fait comme ses comiques qui acceptent un rôle dramatique pour obtenir des prix : il oublie ses racines et mime le mélodrame plus qu'il ne le fait exister.

Christophe Chabert


Une autre vie

D'Emmanuel Mouret (Fr, 1h35) avec Joey Starr, Virginie Ledoyen...

D'Emmanuel Mouret (Fr, 1h35) avec Joey Starr, Virginie Ledoyen...

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Jean, électricien, pose des alarmes dans des demeures du sud de la France. Il y rencontre Aurore, célèbre pianiste. Malgré leurs différences, ils tombent immédiatement amoureux l’un de l’autre et envisagent ensemble une autre vie.


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Pas sages à l’acte : "Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" d'Emmanuel Mouret

Drame | ★★★★☆ Un film de Emmanuel Mouret (Fr, 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Pas sages à l’acte :

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces référenc

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Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

Mademoiselle de Joncquières | La rencontre entre Emmanuel Mouret et Diderot provoque celle de Cécile de France avec Édouard Baer. Conversation avec trois d’entre eux — Diderot étant naturellement excusé…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

On savoure dans le dialogue de Mademoiselle de Joncquières chaque détail de sentiment, chaque atome de langue. C’est habituel chez vous, mais n’y avait-t-il pas ici pour vous une gourmandise supplémentaire ? Emmanuel Mouret : Dans un film en costumes qui se rapporte à une époque assez éloignée dans le temps, et d’autant plus un film XVIIIe, on est d’emblée porté sur ce plaisir des mots choisis et des personnages qui peuvent faire l’examen de soi en maniant avec dextérité la langue. C’est mon producteur qui avait très envie que je fasse un film d’époque : il pensait que, justement, on entendrait mieux mes dialogues avec cette distance du temps qui permet finalement de connecter plus directement. C’est comme les films de science-fiction ou les dessins animés, on n’a pas d’idée arrêtée sur ce que ça doit être. C’est donc un film où j’ai pu faire parler les personnages beaucoup plus librement que dans un film contemporain. Cette époque porte à incandescence la langue et les sentiments… Emmanuel Mouret : Toutes les ép

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Mensonges et trahisons (et plus si affinités) : "Mademoiselle de Joncquières"

Romance | de Emmanuel Mouret (Fr, 1h33) avec Cécile de France, Édouard Baer, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Mensonges et trahisons (et plus si affinités) :

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre ce lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une, que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne Emmanuel Mouret. L’autre, concomitante : que ne l’a-t-il exploré plus tôt ! Or rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant comme Bresson d’un extrait de Jacques le Fataliste, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne se contentait d’une cynique mécanique de vengeance, M

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Au Transbo, Radio Nova fait sa Nuit Zébrée

MUSIQUES | Au moment où vous lirez ces lignes, les places encore disponibles pour la prochaine Nuit Zébrée (vendredi 27 novembre au Transbordeur), soirée annuelle (...)

Benjamin Mialot | Mardi 24 novembre 2015

Au Transbo, Radio Nova fait sa Nuit Zébrée

Au moment où vous lirez ces lignes, les places encore disponibles pour la prochaine Nuit Zébrée (vendredi 27 novembre au Transbordeur), soirée annuelle (auto-)célébrant l’éclectisme bon enfant de Radio Nova, devraient se compter sur les doigts d'une main – voire d'un moignon. Rien de très surprenant à cela quant on sait qu'elles sont à retirer gratuitement auprès des disquaires partenaires de l'événement. D'autant que l'affiche de cette troisième édition lyonnaise brille plus encore que les précédentes par son starpower et son potentiel festif. On pourra en effet y entendre les chansons viscérales et baroques de Mansfield.TYA, prendre une leçon de groove nord-africain avec la diva soudanaise Alsarah et ses Nubatones et voir l'insatiable Joeystarr enfiler son tout nouveau costume de Caribbean Dandee, du nom du projet dancehall (sidekick à dreadlocks et soundsystem inclus) qu'il a mûri au grand air chargé de particules psychotropes de la Jamaïque. Y compris le booty vissé sur son canapé, le tout étant retransmis en direct sur Nova, évidemment, mais aussi sur sa petite sœur locale RTU. Heureux les retardataire

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Les Authentiks reprennent du poil de la bête

MUSIQUES | Hors les murs depuis l'annulation de son édition 2013, le festival Les Authentiks retrouvera cet été le chemin du Théâtre antique de Vienne. Connaissant le (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Les Authentiks reprennent du poil de la bête

Hors les murs depuis l'annulation de son édition 2013, le festival Les Authentiks retrouvera cet été le chemin du Théâtre antique de Vienne. Connaissant le climat de morosité financière dans lequel baigne le secteur culturel ces temps-ci, cette résurrection est déjà un petit miracle en soi. Sa programmation, exclusivement dédiée au hip-hop, ce sabir des peuples périphériques, offre elle aussi quelques raisons de se réjouir. À commencer par la venue de Joeystarr, qui partagera le haut de l'affiche avec les beatmakers martiaux de Chinese Man, le temps d'une "Caribbean Dandee Block Party" en bonne compagnie (derrière les platines : Cut Killer et DJ Pone) qu'on nous promet caliente. C'est toutefois en bas de la carte que se nichent les propositions les plus excitantes, à savoir les frangins BigFlo & Oli, petits prodiges d'un rap salutairement déconneur, et la pair Anton Serra/Lucio Bukowski, la plus lettrée et loyale du collectif lyonnais L’Animalerie. Reste à savoir s'ils se produiront comme prévu avec Kacem Wapalek, qui a récemment réglé ses comptes en pub

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Emmanuel Mouret : «Le souci des autres et le souci de soi»

ECRANS | Depuis Laissons Lucie Faire, son premier film, nous avons noué un dialogue fructueux et passionnant avec Emmanuel Mouret, et c’est un plaisir de le prolonger pour la sortie de Caprice. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Emmanuel Mouret : «Le souci des autres et le souci de soi»

Jusqu’à quel point vos films se répondent, positivement ou négativement, entre eux ? Y a-t-il par exemple une suite logique entre Caprice et Une autre vie, ou au contraire une volonté de rupture ? Emmanuel Mouret : Difficile de répondre… Le scénario de Caprice était déjà écrit avant que je tourne Une autre vie, lui-même écrit il y a une dizaine d’années. Ça ne veut pas dire que je ne les retravaille pas ; sur Caprice, j’ai quasiment mis deux ans à trouver la fin, elle a été écrite après le tournage d’Une autre vie. Je pense qu’ils se répondent nécessairement, puisque tout ce qu’on vit nous traverse et nous change. Même s’il y a des choses que l’on retrouve dans mes films, j’ai le désir d’en explorer de nouvelles. Donc je réagis au film précédent quoi qu’il en soit. Que vous ayez trouvé la fin de Caprice après Une autre vie

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Caprice

ECRANS | Après le virage dramatique raté d’"Une autre vie", Emmanuel Mouret revient à ce qu’il sait faire de mieux, le marivaudage comique autour de son éternel personnage d’amoureux indécis, pour une plaisante fantaisie avec une pointe d’amertume. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Caprice

L’ingrédient typique d’une bonne comédie pourrait se résumer à cela : prenez un individu ordinaire, plutôt bien dans sa vie et dans sa peau, puis faites-lui traverser des épreuves dramatiques pour lui mais drôles pour le spectateur, avant de le ramener dans son environnement initial. Le discret culot dramaturgique de Caprice, le nouveau film d’Emmanuel Mouret, consiste à renverser ce schéma. Au départ, Clément — Mouret lui-même, retrouvant avec délectation son registre d’amoureux indécis et maladroit — est un instituteur pas franchement en veine : divorcé et gérant tant bien que mal la garde alternée de son fils, il passe ses soirées seul au théâtre à admirer Alicia — Virginie Efira, une actrice hors de sa portée sociale. Le bonheur va lui tomber dessus sans prévenir : non seulement Alicia s’éprend de lui, mais il séduit sans le vouloir une autre fille, Caprice — Anaïs Demoustier, aussi charmante qu’envahissante. Trop de bonheur Le problème de Clément, c’est donc que tout va (trop) bien et ce soudain accès de félicité provoque en retour atermoiements et culpabilité. Mouret ne fait ici que retrouver ce qui a toujours été son territoire de

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Les Authentiks de retour

MUSIQUES | Hors les murs depuis l'annulation de son édition 2013, le festival des Authentiks retrouvera le chemin du Théâtre antique de (...)

Benjamin Mialot | Mardi 14 avril 2015

Les Authentiks de retour

Hors les murs depuis l'annulation de son édition 2013, le festival des Authentiks retrouvera le chemin du Théâtre antique de Vienne le 15 juillet prochain. Au programme, du beat et des palabres avec le collectif Chinese Man, le petit prodige electronica Fakear, Joeystarr pour un plan à trois avec Cut Killer et DJ Pone, les rappeurs léonins (au sens propre) de l'Animalerie et la pasionaria ragga Soom-T.

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Miele

ECRANS | De Valeria Golino (It-Fr, 1h36) avec Jasmine Trinca, Carlo Cecchi…

Christophe Chabert | Lundi 23 septembre 2013

Miele

L’entrée en matière de Miele est intrigante et réussie : on suit une jeune femme fébrile et sur la brèche, entre l’Italie, l’Amérique et le Mexique, accrochée à ses écouteurs, sans savoir exactement ce qu’elle cherche. Junkie ? Dealeuse ? La révélation est plus inattendue : sous le pseudonyme de Miele, Irène pratique illégalement des suicides assistés. La scène où on découvre son activité est forte, décrivant avec précision ce protocole qui doit prendre en compte les victimes tout en dissimulant les preuves de ce qui reste un délit. Jasmine Trinca est d’ailleurs au diapason de ce mélange de froideur et d’empathie, vraiment formidable. Mais Valeria Golino choisit ensuite de centrer son film autour de la relation entre Miele et un homme misanthrope et blasé qui décide de mourir par affliction. La cinéaste s’embourbe alors dans une ode au retour à la vie qui confond sensibilité et sensiblerie, mais surtout vient entériner sans le vouloir l’idée que le suicide assisté n’est pas forcément légitime médicalement. Cela reste latent, car Golino insiste surtout sur la métamorphose de Miele, qui à son tour

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Les Seigneurs

ECRANS | D’Olivier Dahan (Fr, 1h37) avec José Garcia, Jean-Pierre Marielle, Ramzy, JoeyStarr, Gad Elmaleh, Franck Dubosc…

Christophe Chabert | Mercredi 19 septembre 2012

Les Seigneurs

Typique du cinéma industriel qui se développe en ce moment dans l’Hexagone, Les Seigneurs est avant tout un film de producteur, en l’occurrence l’ancien comédien Isaac Sharry. Olivier Dahan, certes réalisateur de La Môme mais qu’il avait tourné juste après une commande déjà bien foireuse pour Luc Besson (Les Rivières pourpres 2), ne vient donc qu’apporter sa griffe à un récit archi-calibré (en gros, un entraîneur à la dérive est engagé pour s’occuper d’une équipe de dernière zone sur l’île de Molène, Bretagne, et convainc tous ses anciens camarades de renfiler les gants pour défendre l’usine menacée de fermeture). Le problème, c’est que Dahan est plus une erreur de casting qu’un atout : il ne sait manifestement pas mettre en scène de la comédie, sinon en surdécoupant le jeu de ses comédiens ou en les cadrant large quand ils font leur numéro, et en jouant sur des effets qui rappellent rien moins que Les Fous du stade avec Les Charlots. Quant au foot, n’en parlons même pas — de toute façon, seul Carlos Reygadas a su le filmer dans

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Les Adieux à la Reine

ECRANS | À la fois crépuscule de la monarchie française et triangle amoureux entre la Reine, sa maîtresse et sa liseuse, le nouveau film de Benoît Jacquot réussit à secouer l’académisme qui le guette en se rapprochant au plus près du désir de ses personnages. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 mars 2012

Les Adieux à la Reine

Est-ce un hasard ou notre esprit obnubilé par la campagne électorale actuelle ? Toujours est-il que Les Adieux à la Reine trouve d’étranges échos avec l’époque contemporaine. Benoît Jacquot y raconte une fin de règne vieille de deux siècles, celle de Marie-Antoinette et Louis XVI, mais aussi de leurs courtisans errant comme des spectres dans les couloirs de Versailles, en proie à l’effroi de perdre leurs privilèges, sinon leur vie. C’est une des réussites du film : sa capacité à matérialiser à l’écran un microcosme qui a depuis longtemps oublié que le reste du monde gronde juste derrière ses hauts murs, et qui perd toute contenance et distinction quand cet écho devient assourdissant. C’est la prise de la Bastille, et le cinéaste nous épargne les classiques : «Ce n’est pas une révolte, c’est une révolution» ou «Qu’on leur donne de la brioche !». Adapté du roman de Chantal Thomas, Les Adieux à la Reine cherche à raconter l’histoire au présent, hors de tout regard rétrospectif. Sur la forme, ce n’est pas toujours gagnant : la caméra à l’épaule et les zooms démontrent une certaine paresse dans la mise en scène, les dialogues manquent souvent de qu

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"Polisse", Prix Jacques Deray 2012

ECRANS | Après À bout portant l'an dernier, c'est Polisse de Maïwenn qui recevra le Prix Jacques Deray récompensant le meilleur film policier français de l'année. Il (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 26 janvier 2012

Après À bout portant l'an dernier, c'est Polisse de Maïwenn qui recevra le Prix Jacques Deray récompensant le meilleur film policier français de l'année. Il sera remis à la réalisatrice le samedi 11 février à 19h à l'Institut Lumière. La remise du prix et la projection du film seront précédées à 16h45 du très rareDoucement les basses de Jacques Deray.

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L’Amour dure trois ans

ECRANS | De Frédéric Beigbeder (Fr, 1h38) avec Gaspard Proust, Louise Bourgoin, JoeyStarr…

Dorotée Aznar | Mercredi 11 janvier 2012

L’Amour dure trois ans

Écrivain, Frédéric Beigbeder aimait les formules-choc, probablement héritées de son passé de publicitaire. Devenu cinéaste (mais on devrait plutôt dire qu’il s’improvise dans cette fonction), le voici qui tente pathétiquement d’en trouver un équivalent filmique. Solution 1 : faire reprendre par son personnage-alter ego (un médiocre Gaspard Proust dont le jeu bien pauvre consiste à dire son texte en bougeant les bras) les aphorismes lourdingues du roman, dans des intérieurs chics qui doivent valoir l’équivalent d’une vie entière d’un SMICARD. Solution 2 : pomper sans vergogne le style Fight club en lui ôtant toute substance (car ce que raconte le film sur l’amour, le couple, les hommes, les femmes et la vie, est au bas mot sans intérêt), comme un défilé fatiguant de formats courts télé (Bref n’est pas très loin…) où l’on injecte guests (certaines sont très bien, Lemercier en particulier) et clins d’œil, jusqu’à ce climax cauchemardesque où Louise Bourgoin regarde sur son écran plat Le Grand journal de Canal +. Dur de faire plus bêtement corporate que cette mise en abyme éloquente, où l’on regarde son nombril télévisuel avec satisfaction. L’

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L’Art d’aimer

ECRANS | De et avec Emmanuel Mouret (Fr, 1h25) avec François Cluzet, Frédérique Bel, Judith Godrèche…

Christophe Chabert | Mercredi 16 novembre 2011

L’Art d’aimer

Critique / Depuis Changement d’adresse, le cinéma d’Emmanuel Mouret tournait en rond dans ses ratiocinations amoureuses et son envie de fantaisie, déclinant le personnage campé par Mouret acteur et sa sympathique gaucherie dans des situations timidement burlesques. L’Art d’aimer lui donne enfin un nouvel horizon, tout en renforçant la petite musique qui lui sert de style. Dans cette ronde de personnages qui éprouvent, chacun à leur manière, le décalage entre suivre leurs désirs et prendre en compte le désir des autres, il place dès l’ouverture une pincée de tristesse qui, paradoxalement, ne rendra que plus drôle les segments suivants. La colonne vertébrale, par exemple, où un François Cluzet magistral tente de séduire une Frédérique Bel hilarante dans ses perpétuelles valses-hésitations, va à l’essentiel (un appartement, deux acteurs) mais pousse la folie de la situation jusqu’au vertige. Par instants, Mouret s’approche d’un vrai trouble des sentiments, comme lors de ce double adultère voulu mais avorté qui devient une preuve d’amour, ou dans le marivaudage sexuel à l’aveugle qui se développe entre Julie Depardieu et Laurent Stocker. Précis autant que précieux,

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Nuit blanche

ECRANS | De Frédéric Jardin (Fr, 1h38) avec Tomer Sisley, Serge Riaboukine, JoeyStarr, Julien Boisselier…

Jerôme Dittmar | Mercredi 9 novembre 2011

Nuit blanche

Dans les tréfonds du thriller français oliviermarchalisé, Nuit blanche tire son épingle du jeu. Celle qu'on préfère doit moins à Frédéric Jardin, revenu d'un lointain Cravate Club, que Nicolas Saada, son co-scénariste et ex journaliste de HK magazine. Difficile de ne pas repérer l'influence du cinéma de Hong Kong dans ce film nerveux et cadenassé où Tomer Sisley, flic empêtré dans un sac de nœuds, passse une nuit d'enfer pour récupérer son fils. Élagage des enjeux, minimalisme du scénario rebondissant, choix du décor unique mais labyrinthique (une boîte), action sèche et martelée, Nuit blanche fait dans le cinéma hard boiled pour acteurs masochistes. Jardin et Saada ne craignent pas les excès ou les situations miraculeuses pour booster l'intrigue. La mise en scène commando et Tom Stern à la photo n'évitent pas les choix d'images attendus, les personnages se limitent à des fonctions, mais l'esprit est là, la machine hargneuse, tendue, quasi sans frontières dans son approche du genre. Jérôme Dittmar 

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Polisse

ECRANS | Avec son troisième film, Maïwenn tente de sortir de l'autobiographie en mettant en scène une brigade de protection des mineurs. Mais sa fiction chorale est rattrapée par une mise en scène qui ne cherche qu'à reproduire les codes du reportage télé. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 12 octobre 2011

Polisse

Au terme des 2 heures de Polisse et de son insupportable conclusion, ultime faute de goût d'un film qui en commet beaucoup, une question se pose : que veut Maïwenn avec cette chronique hystérique, répétitive et sans enjeu d'une brigade de protection des mineurs où le défilé des cas alterne avec la difficulté pour ces flics à mener à bien leur vie personnelle ? Le film n'est que coups de poing et baffes envoyées sans répit dans la figure du spectateur, avec un style pseudo-documentaire qui s'inspire plus de Zone interdite que de Ken Loach. Quelque chose ici traduit une peur phobique de la fiction, les personnages marinant dans leur stéréotype, de la femme bafouée au policier intello de gauche (Jérémie Elkaim, ah, ah, ah !), du couple soudé à la fille trop seule. Quant à Maïwenn, elle débarque dans son film avec un rôle-alibi transparent et révélateur : une photographe bourgeoise venue faire un reportage dans la vraie vie. Mue par la curiosité puis par l'indignation, l'actrice-réalisatrice ne connaît que deux registres pour raconter son histoire : l'engueulade ou la scène-choc. Dans le premier, Polisse est lassant ; dans le second, il est parfois efficace, notamm

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L’Apollonide, souvenirs de la maison close

ECRANS | De Bertrand Bonello (Fr, 2h05) avec Jasmine Trinca, Hafsia Herzi, Noémie Lvovsky…

Dorotée Aznar | Vendredi 16 septembre 2011

L’Apollonide, souvenirs de la maison close

Avec L’Apollonide, Bertrand Bonello nous enferme dans un bordel à la charnière du XIXe et du XXe siècles, avec ses filles (belles, dénudées, frivoles, solidaires), sa mère maquerelle (qui gère et protège sa maison) et ses clients (obsessionnels plus qu’obsédés). La structure du film est celle d’une spirale ou d’un disque rayé, la scène initiale et traumatique (une des filles a été défigurée et ses cicatrices la condamnent à un sourire perpétuel et inquiétant) revenant à intervalles réguliers pour souligner le crépuscule dans lequel s’enfonce cette maison close. Bonello a au moins réussi cela : créer par sa narration, son ambiance sonore et ses images la sensation opiacée d’un monde qui disparaît. Le problème, énorme, de L’Apollonide, c’est que son réalisateur ne résiste jamais à la tentation de se mettre en avant au détriment de ce qu’il raconte : accumulant les références à des cinéastes qui le dépassent de la tête et des épaules (Cronenberg, Kubrick, Argento, Hou Hsiao Hsien, et même Renoir !), sautant sur la première idée couillonne qui passe (une scène grotesque où les filles dansent sur Nights in white satin des Moody Blues, un client qui court après sa panthère en répétant

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JoeyStarr

MUSIQUES | Cet automne, «l'homme que l'on nomme Joey, JoeyStarr» viendra mettre la fièvre au Transbordeur et montrer à La Fouine et consorts de quel bois est censé se (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 15 septembre 2011

JoeyStarr

Cet automne, «l'homme que l'on nomme Joey, JoeyStarr» viendra mettre la fièvre au Transbordeur et montrer à La Fouine et consorts de quel bois est censé se chauffer le rap français, plus foutu d'allumer la moindre étincelle autrement que par journaux interposés. Certes, sa carrière solo n'est sans doute pas à la hauteur de celle de NTM (son deuxième album Ego Maniac paraît le 31 octobre). Certes, Didier est en train d'amorcer une seconde carrière au cinéma qui s'annonce prometteuse, mais pour la même raison, le charisme, JoeyStarr reste JoeyStarr. Et personne ne gueule plus fort que lui, comme le prouve le clip du single Jour de Sortie, tout en zénitude et ambiance beurre de karité.

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L’Armée du crime

ECRANS | De Robert Guédiguian (Fr-It, 2h19) avec Simon Abkarian, Virginie Ledoyen, Robinson Stévenin…

Christophe Chabert | Mardi 8 septembre 2009

L’Armée du crime

Il y a deux films dans cette ambitieuse Armée du crime : d’abord le récit, clairement hagiographique, de l’action du groupe Manouchian, armée de résistants communistes de tous âges et de toutes origines luttant par la violence contre l’occupant allemand. Sur ce versant, Guédiguian ne convainc pas entièrement. Son didactisme se heurte à une narration sombre et épique, notamment à cause des dialogues en forme de serments politiques où l’on sent trop clairement l’auteur parler à la place de ses personnages. Mais il y a une autre piste, passionnante, qui justifie le projet du cinéaste : celui de montrer l’entourage des résistants — famille, épouse, maîtresse… Ici, ce sont toutes les formes de silence, de l’approbation à l’inquiétude en passant par le mensonge salvateur, que Guédiguian filme, et cela débouche sur une question magnifique : comment vivre dans l’ombre de l’héroïsme ? Un personnage incarne ce dilemme tragique : Mélinée Manouchian, dont l’amour absolu, presque métaphysique, pour son mari, est toujours assombri par un voile de tristesse. La manière dont Virginie Ledoyen, grande actrice négligée du cinéma français, joue corps et âme cet engagement silencieux, est f

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Fais-moi plaisir

ECRANS | De et avec Emmanuel Mouret (Fr, 1h40) avec Judith Godrèche, Déborah François…

Christophe Chabert | Mercredi 17 juin 2009

Fais-moi plaisir

Satellite géostationnaire de la planète cinéma français, Emmanuel Mouret élabore film après film une formule qui n’appartient qu’à lui et à son drôle de corps, signature physique d’un univers empruntant à Rohmer et à Guitry, en plus érotique, sinon névrotique. Si la formule ne varie que peu, les résultats sont contrastés : excellent dans Changement d’adresse, décevant dans Un baiser s’il vous plait et contrasté pour ce Fais-moi plaisir. Démarré sur un ton de badinage en chambre à la fausseté trop assumée, le film bascule quand son anti-héros (Mouret lui-même) accomplit son fantasme à la demande de sa compagne : aller à un rendez-vous pour coucher avec une autre fille (et se la sortir ainsi de l’esprit). Commence alors un autre film, qui lorgne sur le Blake Edwards de La Party sans vraiment trouver ni son ton, ni son rythme. Mais grâce à ses bifurcations réalistes (passage par l’Élysée et un président impeccablement campé par Jacques Weber) dans un récit hautement fantaisiste, et par ses escapades toujours inattendues (une belle parenthèse avec la bonniche Déborah François, une conclusion joyeusement amorale), Fais-moi plaisir n’arrive pas à être totale

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Les amours de Mouret

ECRANS | À peine sorti de la FEMIS, Emmanuel Mouret se plaisait déjà à casser les clichés associés aux cinéastes venus de l’école. Dans un premier long-métrage qui devait (...)

Christophe Chabert | Mercredi 17 juin 2009

Les amours de Mouret

À peine sorti de la FEMIS, Emmanuel Mouret se plaisait déjà à casser les clichés associés aux cinéastes venus de l’école. Dans un premier long-métrage qui devait autant aux fantaisies tropéziennes de De Funès et Max Pécas qu’aux comédies de Rohmer, le balbutiant Laissons Lucie Faire, il plantait son corps de grand dadais gaffeur au milieu d’une intrigue abracadabrantesque où l’espionnage et les sentiments faisaient mauvais ménage. Depuis, il a affiné son style et trouvé ses marques d’auteur : un sens du dialogue fait de lapsus et de répliques performatives, un mélange d’obsessions et de frustrations sexuelles, un égal dosage entre vaudeville à la Feydeau et marivaudage. Depuis son remarquable Changement d’adresse, Mouret tente de grands écarts, comme dans son dernier Fais-moi plaisir, qui lorgne vers le slapstick et le conte : «Je voulais filmer des gags qui ne naissent pas seulement des dialogues, mais aussi des situations physiques» commente-t-il. «Tout est né de l’idée de la braguette dans les rideaux, qui m’avait marqué dans la scène du Grand blond entre Pierre Richard et Mireille Darc». Une référence toujours aussi peu FEMIS… CC

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