Berlinale 2014, jour 1. Dépaysement

ECRANS | Jack d’Edward Berger. La Voie de l’ennemi de Rachid Bouchareb. Grand Budapest hotel de Wes Anderson.

Christophe Chabert | Vendredi 7 février 2014

Premier séjour à la Berlinale et arrivée un peu chaotique. Il faut dire que, pour le Français habitué à l'organisation cannoise, celle de Berlin est aux antipodes. Là où Cannes se déroule entre professionnels de tous bords, avec un système de «classes» pour les hiérarchiser, Berlin est un festival ouvert au public, qui achète en masse des places pour les quelques 150 films présentés, et regroupés en sections — la compétition, le panorama, le forum, mais aussi une sélections de classiques, de films pour enfants, de documentaires, et même des films dont le thème est la cuisine ! On trouve dans chacune d'entre elles quantité de séances spéciales, et pas forcément les moins intéressantes, donc il faut se frayer un chemin dans cette programmation tentaculaire et éclatée géographiquement à l'intérieur de la ville, tout en chassant le ticket d'entrée. Un sport qui nécessite un certain entraînement.

Il aura donc fallu attendre ce vendredi pour découvrir le nouveau Wes Anderson, Grand Budapest hotel, prestigieux film d'ouverture, un rôle auquel les films d'Anderson semblent cantonnés — Moonrise kingdom l'avait déjà tenu il y a deux ans à Cannes. Mais patience, patience, avant de savoir ce que ça vaut…

Berlin, hors et dans l'écran

Le vrai début de la compétition fut donc pour nous Jack d'Edward Berger, premier des nombreux films allemands concourant à l'Ours d'or. On ne va pas blâmer la Berlinale de faire ainsi une place de choix à sa cinématographie nationale vu que Cannes avait fait la même chose en 2013 avec au moins sept films français en compétition… La première surprise de Jack, c'est qu'il se déroule ici même, à Berlin, et la déambulation de son personnage-titre rejoint la nôtre la veille, du côté d'Alexanderplatz notamment, comme un curieux échange de regards entre le cinéaste et nous spectateurs exotiques — c'est aussi pour ça que les projections en festival sont souvent des moments uniques. On sent d'ailleurs que Berger a envie de peindre le Berlin d'aujourd'hui, ses mœurs libres, ses fêtes underground et sa bohème, même si le film est toujours un peu suspect de les critiquer comme une forme d'irresponsabilité pure et simple.

Si le héros est un jeune garçon d'une dizaine d'années, quasiment de tous les plans du film, moteur d'une action qui rappelle celle des films des Dardenne, c'est bien sa mère qui est le vrai problème dramaturgique du film. Instable socialement, affectivement et professionnellement, elle laisse ainsi son fils s'occuper de son deuxième enfant, qu'elle a eu avec un autre père — les deux ont depuis longtemps disparu du paysage. Une scène assez folle montre Jack se réveiller en pleine nuit, rentrer dans la chambre de sa mère, la surprendre en train de faire l'amour avec son amant du soir et lui demander de lui faire un sandwich. Ce qu'elle accepte sans rechigner, allant lui préparer la chose nue comme un ver !

On pense que Berger tient ainsi le bon bout, montrant qu'on peut tout à fait être une famille brinquebalante — et un enfant brinquebalé — sans que cela ne débouche sur un drame, mais au contraire sur une félicité allant contre les normes. Erreur. Un incident va désosser cet éden précaire et bizarre, envoyant Jack dans une pension, pendant que son demi-frère reste avec sa mère, c'est-à-dire à peu près tout seul. Berger orchestre alors une petite surenchère de climax dramatiques — Jack, brutalisé par un de ses camarades, se rebiffe, le frappe, pense l'avoir tuer, s'enfuit — qui lance son errance à la recherche d'une mère volatilisée.

Jack, gentil garçon, simple, dévoué, bien élevé, va glisser dans la délinquance mais sans jamais le vouloir, par la seule envie de survivre et de protéger son frère. La caméra lui colle aux basques, dans un style réaliste axé sur la description méticuleuse des gestes accomplis plutôt que sur une quelconque analyse psychologique. À la différence des Dardenne déjà cités, grands modèles manifestes de l'auteur, le scénario paraît sans cesse provoquer les événements plutôt que de les laisser advenir de manière impromptue. Parfois, cela crée un appel au suspens plutôt réussi ; la plupart du temps, cela passe pour une artificialité maladroite dans une œuvre qui se pique au contraire de ne jamais faire dans le faux-semblant.

Peut-être a-t-on trop vu ce type de récit ? Peut-être cette esthétique, forgée à l'embouchure des années 2000 comme une réaction (inconsciente) à la puissance de numérique mais aussi à certains standards du cinéma d'auteur, est-elle en passe de devenir académique ? On se le dit un peu devant Jack, qui fait pâle figure sur un sujet approchant par rapport à la maîtrise extrême des Dardenne — encore eux ! avec Le Gamin au velo. Pas honteux, mais pas franchement transcendant, sauvés par quelques moments forts, Jack était donc une entrée en demi-teintes dans la compétition.

Voie sans issue

Dans la foulée, on a découvert le nouveau film de Rachid Bouchareb, La Voie de l'ennemi. Le titre anglais dit le projet de départ : Two men in town. Soit un remake du Deux hommes dans la ville de José Giovanni, transposé de nos jours dans le Sud des États-Unis à la frontière mexicaine. Avouons-le, on ne se souvient pas trop du film original, mais on se demande vraiment ce qu'il en reste dans la version Bouchareb (avec comme co-scénariste l'écrivain Yasmina Khadra). Car là, c'est plutôt un homme seul en plein désert, les autres personnages étant de gros seconds rôles… L'homme en question, Jim (Forest Whitaker, tendance cabot), est un ancien taulard, condamné à 18 ans de prison pour avoir assassiné l'adjoint du shérif, et qu'on libère sous probation, puisqu'il a entre temps décidé de se ranger et s'est converti à l'Islam. La juge chargée de surveiller Jim (Brenda Blethyn) est pleine de bonne volonté, et Jim lui-même est aussi sincère que Carlito Brigante dans son désir de se tenir le plus loin possible du monde criminel. En revanche, le Shérif du coin (Harvey Keitel) n'est pas décidé à passer l'éponge. Son conservatisme endémique le pousse même à voir comme une autre menace la conversion de Jim, puisque l'Amérique a décidé d'aller justement bousiller, au péril de ses soldats, des méchants musulmans en Afghanistan.

Il y a là un double sujet passionnant : le premier relève du pur film noir — peut-on échapper à son destin ou est-on toujours rattrapé par ses crimes ? Le second est plus politique, et cherche à soumettre l'Amérique à une de ses grandes questions, celle de la deuxième chance. Jim est vraiment le coupable idéal d'une société qui ne peut pas accepter de si radicaux changements de comportements : noir, musulman, amoureux d'une latino, ami avec un caïd local — Luis Guzman, dans un numéro à la Luis Guzman… Tout pour déplaire aux autorités du coin.

Mais Bouchareb, comme Tavernier avec Dans la brume électrique, sacrifie l'efficacité d'un pur récit de genre au profit d'une foule de «messages» lourdement assénés au spectateur. Comme dans son précédent Hors-la-loi, et malgré quelques louables efforts pour éviter le manichéisme complet — Keitel, au départ, s'en prend à une milice armée qui arrête des immigrants à la frontière au mépris de la loi officielle — il ne peut s'empêcher de souligner sans cesse par le dialogue puis par la mise en scène ses intentions militantes.

Du coup, tout finit par être factice et décevant, jamais captivant. La lourdeur se transforme en académisme au gré de séquences où seuls les enjeux moraux font figure d'arguments dramatiques, et on a parfois le sentiment d'assister à un film en chambre bien français tourné à ciel ouvert sous le soleil caliente du Nouveau-Mexique… La conclusion est à l'image de ce manque d'ampleur : là où les fils du récit semblaient converger vers une explosion cathartique, le film se boucle en revenant à son point de départ, se contentant d'un geste ô combien appuyé pour montrer l'échec de son personnage dans son désir de rédemption. Qu'en déduire ? Que l'Amérique se fabrique ses propres ennemis par sa capacité à stigmatiser ceux qui ne correspondent pas à ses critères de respectabilité ? Le titre français semble accréditer cette thèse, et elle ne serait pas éloignée de celle développée dans Hors-la-loi, le précédent Bouchareb, avec lequel La Voie de l'ennemi partage une même manière de tout engoncer dans le cliché visuel et de couper sans vergogne les cheveux en quatre au nom du didactisme.

Du Grand Anderson

Alors, alors, le Wes Anderson ? Mettons fin au suspense tout de suite : c'est une merveille, un enchantement permanent, une prouesse qui tient autant à la générosité visuelle de son auteur qu'à un goût, qu'on ne connaissait pas prononcé à ce point chez lui, du récit pur, la fantaisie devenant ici non pas seulement le prétexte à une suite délirante de tableaux vivants reposant sur des décors vintage, mais aussi un grand jeu de poupées russes romanesques. Au départ, la statue d'un écrivain, et une jeune fille qui se recueille devant elle ; puis l'écrivain se met à revivre dans un premier flashback, et raconte que pour raconter de bonnes histoires, il faut seulement écouter les gens autour de soi ; deuxième flashback : l'écrivain, rajeuni sous les traits de Jude Law, croise dans ce qui reste du Grand Budapest hotel son propriétaire, Zero Moustafa, qui va lui raconter l'histoire de Mr Gustave, son mentor et son ami.

À chaque retour en arrière correspond un changement de format : du 1, 85 au Scope, du Scope au 4/3, comme si c'était la mise en scène qui devait se plier aux caprices de cette vertigineuse présentation des événements. Qui se résumeront en un double mouvement : d'un côté, une histoire de transmission — thème éminemment andersonien —, de l'autre, un crime maquillé en succession orageuse. Ce dernier ouvre la voie non pas à un Cluedo ou à une sorte de variation pop autour d'Agatha Christie — même si le prénom d'un des personnages pourrait le laisser penser. C'est surtout l'opportunité pour Anderson de créer la plus grande galerie de personnages qu'il ait jamais inventées sur un écran. Au hasard : un dandy grossier et son laquais assassin mi-créature de Frankenstein, mi-agent de la Gestapo (Adrian Brody et Willem Daffoe) ; un grand chef français visiblement au courant des secrets d'alcôve les plus dangereux (Matthieu Amalric) ; un avocat très très méticuleux (Jeff Goldblum) ; une vieille dame un peu indigne, mais pas tant que ça (Tilda Swinton) ; un prisonnier tatoué avec des dessins grotesques (Harvey Keitel, meilleur que chez Bouchareb), etc, etc.

Le plus génial d'entre tous, c'est évidemment Mr Gustave, incarné par un Ralph Fiennes qui va tailler des croupières à George Clooney sur son terrain préféré, rodé chez les frères Coen : celui du clown pédant, capable de se lancer dans d'interminables et laborieuses citations avant de les laisser en suspension ou de les conclure par une exclamation fort triviale. Mr Gustave incarne ainsi toutes les aspirations du cinéma d'Anderson : à la fois raffiné et ridicule, esthète et obsédé, guindé et souple. Ainsi va la mise en scène du Grand Budapest hotel : que ce soit dans de très voyantes toiles peintes ou dans de sublimes décors construits aux studios Babelsberg, tout est prétexte à d'infinies variations d'échelles — accessoire qui offre un des gags les plus drôles du film — et d'imprévisibles cadres à l'intérieur du cadre — combien de petites fenêtres se mettent à vivre à l'intérieur de ce grand carré qu'est l'écran ?

Ce système, dit de la «maison de poupée» n'est pas nouveau chez Anderson. Mais, dans cet univers créé de toutes pièces — pays imaginaire, dates fantaisistes — la maison est régulièrement secouée par les échos de l'Histoire. Même s'il le fait avec la légèreté allusive d'un Hergé, c'est la première fois qu'Anderson évoque aussi clairement la Deuxième guerre mondiale et le nazisme, qui finira par balayer ses héros bien plus encore que le tourbillon de péripéties qui émaillent le récit. Si Grand Budapest hotel est avant tout une sorte d'über-divertissement, une œuvre perpétuellement jouissive, passant du slapstick à l'humour macabre, du comique de langage au gag purement visuel, il ne fait aucun doute que son cinéaste y fait entendre quelque chose de plus sombre, qu'il conviendra de digérer au fil des visions. Car, c'est sûr, dès qu'on peut, on y retourne !

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Au commencement est un projet académique dans le cadre du Master développement de projets artistiques et culturels internationaux à Lyon 2. Quatre étudiants tous musiciens et désireux de faire leur trou dans ce milieu autant qu'intéressés par les liens qu'entretiennent le social et l'artistique projettent une idée un peu folle : créer et enregistrer en cinq mois, à partir d'octobre 2020, un album multiculturel qui puisse être un vecteur d'expression et de visibilisation des personnes exilées, musiciens ou pas. Les quatre se rapprochent alors de l'association Singa, « association et mouvement citoyen qui propose des espaces de rencontres et d'échanges avec des personnes nouvellement arrivées et des membres de la société d'accueil », nous détaille Leïla, l'une des quatre étudiantes à la racine du projet. Rapidement, ils deviennent porteurs de projets pour Singa dans l'idée « de se regrouper autour de la musique et des textes et de montrer notre diversité. » L'association se fait notamment le relais de l'appel à candidature qui voit affluer les participants. Parmi eux, Camara qui

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Ganafoul retrouvé et sidér...ant

Rock Story | En septembre, les Givordins de Ganafoul, tête du pont de la faste période "Lyon capitale du rock", ont réédité "Sider-Rock" un album jusque-là inédit de 1975, témoignant de leurs débuts, en quintet et en français. Un petit morceau d'Histoire pour les amateurs de rock en acier trempé.

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Polar | Alors que sort le 3 octobre son nouveau roman en solitaire, Jacky Schwartzmann vient de commettre Le Coffre, un savoureux polar à quatre mains avec son homologue roumain Lucian-Dragos Bogdan.

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Trois nuits et une seule mort : "Face à la nuit"

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Rêves de sable : "Les Étendues imaginaires"

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Reines à l’arène : "Marie Stuart, Reine d'Ecosse"

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La drogue, c’est mal : "My Beautiful Boy"

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En verre et contre tous : "Glass"

Thriller | Sorti du purgatoire avec The Visit (2016), M. Night Shyamalan signe un combo magique avec cette double suite d’Incassable (2000) ET de Split (2016) réunissant James McAvoy, Bruce Willis et Samuel L. Jackson pour un thriller conceptuel, à revoir pour le plaisir de l’analyse.

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M. Night Shyamalan : « j’aime les films incomplets où le public remplit les béances de la narration »

Glass | De passage en France pour présenter la fin de sa trilogie entamée il y a 19 ans, M. Night Shyamalan était accompagné d’un seul comédien, mais qui interprète une vingtaine de rôles, James McAvoy. Fragments d’une conférence de presse…

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M. Night Shyamalan : « j’aime les films incomplets où le public remplit les béances de la narration »

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Numérotez vos bâtis ! : "The House that Jack built"

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Numérotez vos bâtis ! :

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Festival Lumière | À trois mois du lancement de la 10e édition du Festival Lumière, il va falloir s’habituer aux divulgations choisies de la programmation. Lors de la (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 juillet 2018

La trilogie du Seigneur des Anneaux pour la Nuit

À trois mois du lancement de la 10e édition du Festival Lumière, il va falloir s’habituer aux divulgations choisies de la programmation. Lors de la présentation en juin dernier, Thierry Frémaux avait annoncé avoir déjà sélectionné le contenu de la traditionnelle Nuit de la Halle Tony-Garnier ; on en connaît la teneur : elle sera pour la première fois uniforme. C’est en effet la Trilogie de Peter Jackson inspirée de Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, qui sera projetée, dans sa version longue (La Communauté de l’Anneau / Les Deux Tours / Le Retour du Roi). Trois mastodontes de fantasy, qui avaient littéralement régné sur le box office de 2001 à 2003 et valu à Peter Jackson une moisson de récompenses lors de la sortie de l’ultime volet de la saga.

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Frères de sang : "The Strange Ones"

Drame | de Christopher Radcliff & Lauren Wolkstein (É-U, 1h21) avec Alex Pettyfer, James Freedson-Jackson, Emily Althaus…

Vincent Raymond | Mardi 10 juillet 2018

Frères de sang :

Nick est adulte, Sam un pré-ado ; tous deux font la route ensemble, se présentant comme des frères. Mais le sont-ils vraiment ? Et pourquoi sillonnent-ils la campagne américaine, dormant dans des motels ou à la belle étoile ? Ce road movie étrange joue la carte de la suggestion et du proto-fantastique, entre narration elliptique et linéarité contrariée. The Strange Ones est en effet balafré d’analepses et de prolepses, comme pour dissimuler avec la plus grande ostentation possible — c’est-à-dire lui donner davantage d’écho lors de sa révélation — son drame matriciel. En maniant l’allusif, en accentuant sans raison apparente certains aspects du réel (notamment en composant avec l’insondable étrangeté de la nature) mais aussi en pratiquant cette forme de récit “déconstruite“ plus proche de la spirale que de la ligne droite, Radcliff & Wolkstein font naître une forme d’angoisse diffuse. Une atmosphère rappelant les climats oppressants de Blue Velvet (1986) quand David Lynch demeurait à la lisière du bizarre sans total

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3 concerts aux Nuits de Fourvière

Nuits de Fourvière | Jack White S'il faut dire la vérité aux gens qu'on aime, n'y allons pas par quatre chemins : le dernier album de Jack White, Boarding (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

3 concerts aux Nuits de Fourvière

Jack White S'il faut dire la vérité aux gens qu'on aime, n'y allons pas par quatre chemins : le dernier album de Jack White, Boarding House Reach, n'était ni fait ni à faire. Car s'il ne manquait pas d'ambition, à ce collage d'inspirations et d'effets plutôt mal branlé et en rupture avec le style direct du gars White, il manquait l'essentiel : des chansons, étouffées sous un concept trop envahissant. Rien ici qui ne fasse taper du pied ou ne perfore durablement et positivement le cerveau à coups de riffs rutilants. Mais Jack White reste Jack White et son CV parle pour lui : White Stripes, Raconteurs, Dead Weathers, son admirable label, Third Man Records, et deux premiers albums déflagrants, eux. Surtout, surtout, une capacité hors du commun à transformer le plomb fondu de son country-rock-blues-punk en or live. Et à dégainer les tubes qu'il a en magasin plutôt que des créatures de laboratoire. Au Théâtre Antique de Fourvière le dimanche 8 juillet Benjamin Biolay Entre Hubert Mounier

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Braqueurs vs. flics braques : "Criminal Squad"

Polar | de Christian Gudegast (E-U, 2h20) avec Gerard Butler, Pablo Schreiber, Curtis '50 Cent' Jackson…

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Braqueurs vs. flics braques :

Shérif aux méthodes musclées et non conventionnelles, Flanagan enquête sur le vol sanglant d’un fourgon de transport de fonds vide. Et tout le mène à la bande de Merrimen, qu’il suppose sur un gros coup. Mais lequel ? Pour le savoir, il travaille au corps Donnie, le maillon faible du groupe… De la testostérone en baril suinte de ce film de casse, où l’on suit en parallèle la préparation minutieuse d’un braquage inouï par d'anciens militaires disciplinés, et l’enquête dirigée par un Gerard Butler russellcrowisant à l’envi à la tête d’une troupe de gros bras borderline, mais assermentés. Chaque clan sait que l’autre est sur son dos ; chaque groupe essaie d’avoir un coup d’avance, en usant de ruses, chausse-trapes et autres fausses pistes. Si elle pétarade bien volontiers, notamment dans son finale sur autoroute embouteillée — lequel aurait supporté sans dommage une ellipse d’une dizaine de chargeurs — cette première réalisation témoigne du passé de scénariste de Christian Gudegast : l’intrigue et ses retournements réservent quelques sur

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Prémices de Smith : "England Is Mine"

Biopic new wave | de Mark Gill (G-B, 1h34) avec Jack Lowden, Jessica Brown Findlay, Jodie Comer…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Prémices de Smith :

Binoclard passant le plus clair de son temps dans sa chambre à écrire tout le mal qu’il pense de la scène rock locale ou à mimer ses artistes vénérés, Steven Patrick Morrissey attend l’heure propice. Celle où il lâchera son boulot d’employé de bureau pour montrer ce qu’il a dans les tripes… Des tripes de végétarien, cela va sans dire pour qui connaît le prosélytisme du leader des Smiths en la matière. Mais, et c’est le moindre des mérites de ce film, il n’a rien de ces biopics ordinaires rivés sur la légende dorée de la célébrité dont ils retracent le parcours, et qui insistent sur ses particularismes ou ses épiphanies avec une discrétion de marteau-piqueur. Ici, c’est à peine si un plan sur une assiette de légumes atteste du régime non carniste du futur chanteur. Autrement dit, si son “identité végane” est prise en compte, elle n’est pas considérée comme déterminante dans sa construction artistique. Corollaire : les exégètes de Morrissey n’apprendront rien qu’ils ne sachent déjà sur leur idole ; quant à ceux qui ne le connaissent pas, ils suivront l’itinéraire d’une jeunesse britan

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Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Entretien | Hugh Jackman a posé les griffes de Logan et enfilé la tenue de Monsieur Loyal de l’inventeur du spectacle moderne, Phineas Taylor Barnum. Showtime !

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Pour quelles raisons teniez-vous à ce film et à ce que vous vouliez réussir, en tant qu’artiste et être humain ? Hugh Jackman : J’ai grandi dans l’amour des comédies musicales avec Fred Astaire et Gene Kelly — comme Chantons sous la pluie. En 2009, alors que je présentais la cérémonie des Oscars, son producteur Larry Mark m’a proposé de faire un musical. Mais à l’époque, c’était difficile de convaincre Hollywood sur un projet totalement original et neuf — l’ironie étant que La La Land était parallèlement en production, sans que nous le sachions. L’essentiel dans un musical étant le livret, c’était risqué de soumettre onze chansons originales à l’approbation du public. Lorsque Justin Paul en a écrit cinq, on a su que l’on tenait quelque chose — et le studio aussi. D’abord, le sujet “Barnum” s’adaptait parfaitement à un musical : avec ses rêves et son imagination, le personnage était plus grand que nature

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Un joyeux Barnum : "The Greatest Showman"

Musical | de Michael Gracey (E-U, 1h46) avec Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Un joyeux Barnum :

Des poussières de son enfance miséreuse aux paillettes de la gloire, en passant par ses échecs, la vie romancée à la façon d’une comédie musicale de l’inventeur du spectacle moderne, l’entrepreneur Phineas Taylor Barnum (1810-1891). Créée ex nihilo pour le cinéma, sans passer par la case Broadway — une exception partagée avec La La Land —, cette comédie musicale adopte les codes du grand spectacle contemporain pour en conter la genèse, avec ce qu’il y a d’extravagance, de scintillant, mais aussi de clichés et de tape-à-l’œil façon Baz Luhrmann — la mise en abyme est de ce point de vue réussie. Et quel meilleur ambassadeur pour incarner Barnum que Hugh Jackman ? Ultime représentant de ces showmen plus qu’accomplis : absolus, conservant leur crédibilité sur toutes les scènes, il fait évidemment

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Notre poison quotidien : "Sugarland"

Le Film de la Semaine | Pour prouver la nocivité du sucre, un Australien s’impose le régime moyen de ses compatriotes et observe les résultats sur son organisme. Une plongée terrifiante dans nos assiettes donnant envie de gourmander nos dirigeants. Sans aucune douceur.

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Notre poison quotidien :

Après avoir découvert ce documentaire, le moindre hydrate de carbone d’extraction industrielle vous semblera plus pathogène qu’un virus Ebola fourré au cyanure ; même l’écoute d’un titre de Sixto Rodriguez vous incitera à tester votre glycémie à jeun et d’expier par précaution avec une heure de step. Sortant sur les écrans en pleine période de détox, Sugarland aura-t-il une influence sur le consommation des crêpes au sucre durant la Chandeleur d’ici moins de dix jours ? Peu de chances, en tout cas, de le voir programmé dans des salles vendant du pop-corn : il y a des limites au masochisme. Le réalisateur australien Damon Gameau, lui, l’est tout de même un brin. Suivant le principe de Supersize Me! (2004), il s’inflige devant la caméra pendant deux mois le régime “normal” d’un de ses compatriotes comptant 40 cuillères à café de sucre quotidiennes (!) Des sucres cachés, présents dans l’alimentation transformée en apparence saine et/ou bio, qu’il ingurgite donc sans même recourir

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"HHhH" de Cédric Jimenez : tête de mort

ECRANS | de Cédric Jimenez (Fr, 2h00) avec Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O’Connell…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Allemagne, 1931. Radié de la marine pour une affaires de mœurs, Reinhard Heydrich épouse Lina von Osten et avec elle le nazisme. Il créera pour Himmler un service de renseignements, puis les Einsatzgruppen ; théorisera la Solution finale avant de périr en 1942 dans un attentat. Le roman de Laurent Binet, HHhH (en français décrypté, “le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich”) fait partie de ces ouvrages qu’une adaptation cinématographique condamne immanquablement au nivellement par la médiocrité, au sens propre du terme. Les contraintes budgétaires sont telles qu’il faut accumuler les coproductions (donc les concessions) quitte à édulcorer les audaces narrative et/ou artistique. Avec sa distribution internationale et sa version originale anglophone, HHhH renvoie à ces euro-puddings qui faisaient l’ordinaire des années soixante-dix. Cédric Jimenez, qui avait déjà montré son attachement à cette période dans La French, tente d’en limiter la fatale pesanteur grâce à une construction non strictement

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Aux Nuits Sonores, on a tchatché avec les rappeurs de Leanionnaire Mob

Hip-Hop | Les rappeurs lyonnais Leanionnaire Mob et Art Wike ont ouvert la scène hip-hop (Halle B) de la Nuit 1 des Nuits Sonores. Après leur live bouillant, aux textes incisifs et sonorités boom bap obscures, nous les avons coincé au catering pour leur poser quelques questions.

Corentin Fraisse | Vendredi 26 mai 2017

Aux Nuits Sonores, on a tchatché avec les rappeurs de Leanionnaire Mob

Leanionnaire Mob et Art Wike, c’est qui ? So Sama : On est tous de Lyon. Nous, c’est Leanionnaire : c’est-à-dire Mazoo, So Sama et Rolla, qui n’est pas vraiment Leanionnaire mais qui fait tous nos instrus. Et ce soir, on était avec Art Wike qui fait partie d’Artjacking. Si on a fait les Nuits Sonores, c’est pour l’opportunité ! Si on vous range dans le boom bap ça vous convient ? Mazoo : On parlait avec d’autres groupes en loge tout à l’heure, et ils savaient dire quel genre de musique ils font exactement. Nous on ne sait pas : on arrive en studio et il se passe des choses, parfois c’est même plus du rap, ça part dans des sonorités aigües très lointaines… On marche énormément au feeling sans se dire « ça c’est du rap, ça c’est du boom bap », c’est avant tout un ressenti et j’espère que ça se sent sur scène. So Sama : On peut faire du boom bap, mais à chaque fois on voit ça comme un étalage de skills, une remise à niveau pour faire comprendre qu’on sait faire ce genre de morceaux. Le

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"M. & Mme Adelman" : un ego trip visant à côté

ECRANS | M. & Mme Adelman a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de (...)

Julien Homère | Mardi 14 mars 2017

M. & Mme Adelman a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de Citizen Kane, le film est un flashback fleuve, retraçant l’histoire d’amour entre Sarah Adelman et son mari décédé. Relecture des années 1970, ce long souvenir narré formule le seul atout de l’œuvre où les performances d’acteurs sont crédibles et le romantisme s’assume à travers une dramaturgie maîtrisée. Mais les défauts sur les scènes au temps présent trahissent cette note d’intention originelle. Au rayon des maladresses grossières, citons Jack Lang dans son propre rôle, lien ridicule malgré lui avec le réel et le twist final déplacé, sapant toute émotion post-générique. Se rêvant grands dés leur premier essai, Bedos et Tillier visent à côté, pris au piège par leurs citations écrasantes. M. & Mme Adelman De Nicolas Bedos (Fr, 2h) avec Nicolas Bedos, Doria Tillier, Pierre Arditi…

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"Logan" : little Miss Wolverine

Le Film de la Semaine | Confirmation d’une tendance : les dérivations des X-Men surclassent les recombinaisons des Avengers. Mangold le prouve à nouveau dans ce western crépusculaire poussant un Wolverine eastwoodien dans ses tranchants retranchements — au bout de son humanité.

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Fin des années 2020. Chauffeur de limousine de location, Logan n’est plus qu’une loque catarrheuse et alcoolique prenant soin d’un Professeur Xavier nonagénaire avec l’aide de Caliban. Sa routine explose quand surgit Laura, traquée par une horde de tueurs. Une jeune mutante à part : elle est sa fille. Si le cadre dystopique et anxiogène semble issu des cauchemars de Frank Miller, Logan pourrait quant à lui être un avatar eastwoodien, traînant sa splendeur passée comme un boulet et implorant inconsciemment la délivrance dans un ultime râle d’héroïsme. Le James Mangold de Copland (1997) ou Walk the Line (2005) semble de retour : après avoir signé un Wolverine III en demi-teinte, où les exigences du grand spectacle prenaient le pas sur les potentialités dramatiques offertes par le cadre politico-historique, il radicalise ici son propos, confrontant le mutant griffu aux limites ultimes de ses ambivalences et de sa noirceur. Telles serres, telle fille Cette dystopie contigue dans le temps s’approche dangereusement de la réalité : Mangold montre des multinationales “fabricant”

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"Jackie" : Une reine pour Larraín

ECRANS | de Pablo Larraín (E-U, 1h40) avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig…

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Novembre 1963. JFK vient d’être assassiné et sa désormais veuve Jackie Bouvier Kennedy reçoit un journaliste dans sa résidence glacée pour évoquer l’attentat de Dallas, mais aussi son avenir. Au fil de la discussion, elle se remémore pêle-mêle les jours heureux à la Maison-Blanche, les préparatifs des obsèques et la journée fatale… À l’instar de Neruda sorti il y a un mois, Jackie est un biopic transgressif où le sujet principal ayant la pleine conscience de sa future place dans l’Histoire, se permet d’en soigner les contours en abrasant la moindre irrégularité apparente : la si lisse Mrs. Kennedy affirme ainsi ne pas fumer… en écrasant une de ses innombrables cigarettes ; la si droite Jackie tient debout… gavée de calmants et d’alcool. Dans la famille Kennedy, l’apparence prime sur l’expression publique d’un quelconque affect privé ; qu’importent les circonstances, Jackie se doit de participer à l’écriture de la glorieuse geste de cette dynastie. La construction achron

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"Sing Street" : band de jeunes

ECRANS | de John Carney (Irl, G-B, E-U, 1h46) avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor…

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Dublin, 1985. Espérant s’attirer les faveurs de la splendide Raphina, Conor décide de monter un groupe avec ses (rares) camarades de lycée. Une manière de s’évader de la crise économique omniprésente lui valant une relégation dans un établissement public et précipitant le divorce de ses parents… Ex-fans des eighties, directeurs de salles de concert, préparez-vous à pleurer des larmes de vinyle devant cette charmante romance à l’accent rugueux fleurant la douce nostalgie du jukebox d’une époque musicalement magique — autant qu’elle empeste l’haleine nicotinée du skin. À elle-seule, la BO de Sing Street justifie le déplacement : Joe Jackson (Steppin’ Out), Daryl Hall & John Oates (l’imparable Maneater), Duran Duran, The Cure (In Between Days, tudieu !), sans parler des compos du groupe Sing Street, pas déshonorantes… Un concentré de la diversité bouillonnante des années new wave, en perpétuelle réinvention culturelle, mélodique, vestimentaire ; une période métamorphique en écho aux mutations inhérentes à l’adolescence. John Carney a su miraculeusement rendre tangible non seulement ce jaillissemen

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"Miss Peregrine et les enfants particuliers" : abracadabra, Tim Burton est ressuscité !

ECRANS | Semblable à une histoire de X-men — où le Pr. Xavier serait chevelue et campée par Eva Green — ce conte fantastique permet à Tim Burton d’animer des mutants, des squelettes, de manipuler à sa guise son vieil ennemi le temps et (surtout) de signer enfin un bon film.

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Dépositaire des histoires de son grand-père qui vient d’être assassiné et énucléé par un monstre, un ado part à la recherche d’une boucle temporelle où vit depuis le 3 septembre 1943 Miss Peregrine et son orphelinat pour enfants doués de pouvoirs surnaturels. Son but ? Vraisemblablement les protéger, venger son aïeul et plus si affinités… Comme un enfant pour grandir doit se résoudre à abandonner ses antiques doudous chéris, fallait-il que Tim Burton se défasse de tous ses collaborateurs de longue date pour arrêter de tourner en rond — ou en vain ? Au rebut, Johnny “mono-expression figée” Depp, Helena “harpie transformiste” Bonham-Carter, Danny “boîte à musique” Elfman, pareils à des objets transitionnels le raccrochant à ses vieux pots éventés desquels il ne sortait plus que de vilaines soupes depuis des années. Il lui a sans doute fallu se faire violence pour aller chercher des talents compatibles avec son univers — certains, comme Eva Green, Terrence Stamp ou Bruno Delbonnel avaient déjà fait un round d’observation chez lui. Mais le résultat vaut le “sacrifice” : Miss Peregrine… e

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Insomniaque : vos trois soirées du week-end

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 7 juin 2016

Insomniaque : vos trois soirées du week-end

10.06.16 > TRANSBORDEUR WE ARE REALITY Le come-back du fils prodigue : Agoria est de retour au Transbordeur pour une nuit où il fait non seulement office de headliner pétri de talent, dont les sets regorgent de ressources, naviguant sur toutes les vagues des musiques électroniques pour agiter le dancefloor, mais aussi d'hôte parfait ; car c'est lui qui convie ici une moitié d'Âme, celle se produisant live, à savoir Frank Wiedemann l'esthète d'une house hypnotique comme on peut la savourer sur son label Innervisions. Communion. 10.06.16 > DV1 KEEPSAKES Voilà, c'est fini. C'est la dernière pour ce petit club du bas des pentes, qui depuis de longues années ne se contentait pas de programmer du DJ techno à la chaîne mais savait donner sa chance à de jeunes talents, à des promoteurs débutants. La mort d'un club, c'est souvent un bout de l'âme d'une ville qui s'envole. Mais aussi, parfois, une

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Money Monster : Jodie Foster joue sur du velours

ECRANS | de Jodie Foster (E-U, 1h35) avec George Clooney, Julia Roberts, Jack O’Connell…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Money Monster : Jodie Foster joue sur du velours

Auteure jusqu’alors de trois longs-métrages tournant autour d’une sphère domestique plutôt hétérodoxe — on frise la litote si l’on se remémore Week-end en famille (1996) ou Le Complexe du Castor (2011) —, la réalisatrice Jodie Foster marque avec Money Monster une vraie rupture en s’essayant à un registre qu’elle a souvent eu l’occasion de pratiquer en tant que comédienne : le thriller. Sans être bouleversant d’originalité, son film répond aux exigences du genre en combinant efficacité rythmique et interprétation zéro défaut. Cela dit, la roué Jodie a joué sur du velours en composant un couple ayant, depuis Soderbergh, une complicité avérée : Julia Roberts et George Clooney, au-delà de leur image glamour respective, semblent faits pour se donner la réplique sur un mode taquin. Leur cohésion ressemble à cette oreillette dont l’un ici est équipé, et à travers laquelle l’autre lui parle ; un lien invisible contribuant à consolider l’empathie éprouvée par le public pour leurs personnages. Permet-il par ricochet de mieux apprécier sa critique conjointe des relations incestueuses entre la finance et les médias, deux empires de l’imm

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Hallucinations collectives fait du 9 (même avec du vieux)

ECRANS | Pâques vous casse les œufs ? Optez pour une alternative certes moins cacaotée, mais enrichie en sensations filmiques : Hallucinations collectives, un (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Hallucinations collectives fait du 9 (même avec du vieux)

Pâques vous casse les œufs ? Optez pour une alternative certes moins cacaotée, mais enrichie en sensations filmiques : Hallucinations collectives, un festival amoureusement moulé à la louche par les comparses de ZoneBis. Creuset des sous-genres d’hier et des formats divergents d’aujourd’hui, ce rendez-vous désormais incontournable est le seul endroit où peuvent se côtoyer sans hypocrisie du trash, de l’avant-garde, du porno, de la poésie — en gros, cette liberté imprimée sur pellicule ou DCP défrisant tant les congestionnés du slip ces derniers temps, qu’ils se précipitent à la barre pour tenter de lui attirer des verges. L’apoplexie les guette cette année avec un zoom consacré à l’ultra prolifique Jesús “Jess” Franco (trois films dont Crimes dans l’extase et Les Inassouvies), une carte blanche à Lucille Hadzihalilovic (plus la projection de son Innocence de 2004), de grandes reprises : l’angoissant Phase IV du génial Saul Bass, histoire de méditer sur la fragilité humaine face aux insectes ; Créatures célestes, pour se rappeler que Peter Ja

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Droit Justice Cinéma : La séance est ouverte !

ECRANS | Le rendez-vous initié par le Barreau de Lyon et l’Université Jean-Moulin Lyon 3 est plus précieux que jamais, au vu du contexte actuel : depuis que la (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Droit Justice Cinéma : La séance est ouverte !

Le rendez-vous initié par le Barreau de Lyon et l’Université Jean-Moulin Lyon 3 est plus précieux que jamais, au vu du contexte actuel : depuis que la France connaît une recrudescence d'attentats, que l’état d’urgence a été voté, beaucoup de questions relatives aux libertés publiques, au droit et à la justice parcourent la population. Par écho, les citoyens s’aperçoivent que ces problématiques qu’ils estimaient éloignées de leurs préoccupations quotidiennes figurent dans bon nombre de films. Placées sous la présidence d’honneur de Jack Lang (présent à la soirée d’ouverture pour Citizenfour, évocation de la situation des lanceurs d’alertes à travers le cas d’Edward Snowden), les Rencontres 2016 mêlent durant deux journées denses séances-débats et tables rondes. La jeunesse sera au cœur de deux moments : un échange sur le thème “L’enfance en difficulté : entre éducatif et répressif”, et la projection du film d’Emmanuelle Bercot La Tête haute en présence de l’interprète principal Rod Paradot

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Nuits sonores : Garnier invite Chassol et Jackmaster

MUSIQUES | Un nouveau pan du soyeux tissu qui recouvre encore Nuits sonores s’est évaporé ce matin, laissant entrevoir les choix musclés opérés par Laurent Garnier pour (...)

Sébastien Broquet | Samedi 23 janvier 2016

Nuits sonores : Garnier invite Chassol et Jackmaster

Un nouveau pan du soyeux tissu qui recouvre encore Nuits sonores s’est évaporé ce matin, laissant entrevoir les choix musclés opérés par Laurent Garnier pour son Day : Chassol, vu il y a quelques jours au centre culturel Charlie Chaplin, sera de retour dans nos contrées pour ce vendredi 6 mai résolument placé sous le signe de l’exigence et de la diversité musicale. Valeurs défendues par la très cotée Radio Meuh, que nous ne sommes pas surpris de retrouver ici puisque le maître a relancé sa mythique émission It is what it is sur cette web radio et l’a déjà conviée à faire vibrer le sound-system de son Yeah festival, l’an dernier. Sur cette Esplanade confiée aux diggers, outre Radio Meuh, le collectif de Brighton Mr Bongo partagera ses perles de rare groove dénichées de par le monde et parfois rééditées sur leur label. Le brésilien Ivan Conti, habituellement batteur du groupe funk & samba Azymuth, complétera l’affiche aux platines. Versant concerts, pour tenir chaud à Chassol au Sucre, Garnier invite le duo Frontières composé de Arnaud Rebotini et Ch

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Les Huit salopards

ECRANS | Des chasseurs de primes et leur prisonnière pris en étau entre le blizzard et de potentiels agresseurs dans une baraque de fortune. Près de trois heures de palabres sanglantes rythmées par les notes de Morricone. Ça aurait pu tourner au théâtre filmé ; c’est du pur cinéma à grand spectacle. Tarantino se bonifie avec le temps. Et les westerns.

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

Les Huit salopards

De par sa connaissance monstrueuse du cinéma et son admiration pour Howard Hawks, Tarantino devait s’y attendre : lorsque l’on commence à s’immiscer dans l’univers du western, s’en extraire n’a rien d’une sinécure. Une question d’adhérence (celle du sang frais et visqueux aux bottes ?) ou d’adhésion intime à sa logique dramaturgique parfaite et épurée. Car l’Ouest n’est pas un monde sans foi ni loi. Connaissant des règles absolues et définitives, il séduit par sa radicalité claire, impitoyable, ne souffrant pas la moindre circonstance atténuante. L’Histoire américaine s’y est écrite, forgée à partir de mythes (con)fédérateurs. Depuis, nombreux sont les auteurs et cinéastes à être venus puiser dans cet immense territoire narratif, cet idéal de liberté faisant figure de paradis perdu et abstraction du rigorisme moral contemporain — tel Tarantino. Vous ne trouverez donc pas de minauderies hypocrites dans Les Huit salopards, ni de révisionnisme des comportements d’époque pour éviter de heurter nos ligues de vertu d’aujourd’hui. Puisque l’histoire se déroule après la Guerre de Sécession, ça fume, ça boit, ça jure, ça donne du «nigger», ça

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Wes Anderson au format miniature

ARTS | Obsédé par le design et les compositions esthétiques, Wes Anderson signe des œuvres dans lesquelles on se glisse comme on entre au musée. En exposant des pièces et maquettes monumentales empruntées à "Grand Budapest Hotel" et "Fantastic Mr. Fox", le Musée Miniature & Cinéma nous propulse donc dans ses films. Normal : chez Anderson, tout est symétrique…

Vincent Raymond | Vendredi 18 décembre 2015

Wes Anderson au format miniature

Peut-on imaginer métier plus ingrat que celui de maquettiste pour le cinéma ? D’abord, parce que les œuvres conçues par ces minutieux artistes doivent se faire oublier, être invisibles en trompant le public — en s’effaçant derrière l’action par un procédé d’incrustation. Ensuite, parce que leur destin est de finir détruites, soit durant le film à l’occasion d’une spectaculaire explosion, soit à l’issue du tournage, à l’instar de la grande majorité des décors, trop volumineux et inaptes à bénéficier d’un quelconque recyclage. Tant d’heures de travail réduites à l’état de poussières, dont il ne subsistera parfois qu’une poignée de secondes à l’écran… Lorsque le tournage du Grand Budapest Hotel a été achevé, ses grandes maquettes auraient dû connaître ce funeste sort. Mais Wes Anderson, instruit de l’existence du Musée de Dan Ohlmann, désirait que trois d’entre elles soient récupérées et présentées à Lyon. Aussitôt, un projet d’exposition thématique a été lancé, d’autant plus facile à élaborer (sur le papier, en tout cas) qu'Anderson a toujours eu recours aux artisans des studios : «Il donne des lettres de noblesse à tous ces gens qui travaillent dans l’ombre

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San Fermin - "Jackrabbit"

MUSIQUES | La musique d'Ellis Ludwig-Leone, c'est à la fois Le Carnaval des animaux, Pierre et le Loup et Les Métamorphoses d'Ovide. D'abord parce qu'après le taureau (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 10 novembre 2015

San Fermin -

La musique d'Ellis Ludwig-Leone, c'est à la fois Le Carnaval des animaux, Pierre et le Loup et Les Métamorphoses d'Ovide. D'abord parce qu'après le taureau qui ornait la pochette du premier album éponyme, voici le lièvre de Jackrabbit, précédé quelques mois auparavant d'un single baptisé Parasites figurant une mouche. Ensuite parce que ce périlleux second long est un sidérant puzzle de chansons métamorphes, de créatures cryptozoologico-musicales, de chrysalides opérant leur transformations sous nos oreilles pile au moment où l'on croit en avoir cerné les contours et la structure. Attraper les chansons de Jackrabbit, c'est comme courir après un lièvre sur un grand huit. Barré, baroque, Ellis Ludwig-Leone, Dr Frankenstein pop conscient que le diable est dans les détails, s'y montre capable de muer un r'n'b en folklore irlandais ou en chant lyrique au sein du même morceau (Parasites semble s'auto-parasiter), sans que jamais on n'aperçoive les coutures de ce drôle d'ensemble, cette cacophonie volontaire d'une invraisemblable maîtrise, dans laquelle le compositeur a eu à cœur que chaque musicien puisse jouer un

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Interview de San Fermin : «Écrire pour soi, jouer pour les autres»

MUSIQUES | Deuxième album, le foisonnant et explosif "Jackrabbit" et deuxième Petit Bulletin Live en deux ans pour San Fermin. À l'occasion de ce retour total et fracassant, Ellis Ludwig-Leone, seul maître à bord, nous explique comment un projet d'écriture est devenu un groupe à part entière, mais surtout un groupe à part. Propos recueillis et traduits par Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 novembre 2015

Interview de San Fermin : «Écrire pour soi, jouer pour les autres»

Dans quel état d'esprit êtes-vous au moment d'aborder cette nouvelle tournée européenne avec votre second album, Jackrabbit ? Ellis Ludwig-Leone : Je pense que ça va être amusant. Nous sortons tout juste d'une tournée américaine incroyable en première partie d'Alt-J, mais ça va être bon de jouer à nouveau pour notre public. Qui plus est – à part un passage rapide aux festivals de Reading et de Leeds – nous ne sommes pas venus en Europe depuis le mois d'avril ! C'est trop long. En concert, ce qui frappe avec San Fermin, c'est à quel point vous semblez vous amuser à jouer une musique sérieuse, à le faire sérieusement, mais paradoxalement sans aucun esprit de sérieux. Vous qui avez découvert la vie d'un groupe de rock sur la route, comment avez-vous vécu ce qui resemble beaucoup à une aventure de Scooby-doo et sa bande ? "Une aventure à la Scooby-doo", c'est exactement comme ça que je le décrirai. C'est comme un retour aux années étudiantes, où chaque jour apporte son lot de nouvelles expériences. Avoir une vie sur la route et une autre quand tout s'arrête est parfois compliqué émotionnellement, ma

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Le Musée Paul Dini voit "Doubles"

ARTS | L'art, depuis son origine, joue à se vouloir le double du réel. Pour l'imiter, le maîtriser, le conjurer, le raconter. Mais aussi, voire surtout, pour (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 1 septembre 2015

Le Musée Paul Dini voit

L'art, depuis son origine, joue à se vouloir le double du réel. Pour l'imiter, le maîtriser, le conjurer, le raconter. Mais aussi, voire surtout, pour l'altérer insensiblement, le percevoir autrement, en extraire et en souligner l'insu et l'inouï. Pour l'exposition collective Doubles (jusqu'au 20 septembre), rassemblant peintures, vidéos et photographies, le Musée Paul Dini de Villefranche-sur-Saône s'empare de cette thématique fondamentale et formidablement riche tout au long de l'histoire de l'art. Il la décline sous plusieurs aspects : le miroir et l'autoportrait (avec des œuvres d'Alain Chevrette), le duo et la paire (avec des peintures du Lyonnais Daniel Tillier ou d'Andrée Philippot-Mathieu), les tableaux en diptyque, la gémellité (à travers des œuvres de Jackie Kayser ou de Pierrick Sorin par exemple), le recto et le verso des toiles... Pour ceux que ce sujet abyssal intéresse, on signalera aussi la sortie récente de Le Sujet et son double aux éditions Dunod. Johann Jung, enseignant en psychologie à Lyon, y explore la construction de l'identité humaine à travers et à partir de son "double".

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Jack

ECRANS | D’Edward Berger (All, 1h43) avec Ivo Pietzcker, Georg Arms…

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Jack

10 ans, les oreilles décollées et le regard bleu profond, Jack est un enfant sage et mature qui s’occupe de son petit frère et n’a qu’un talon d’Achille : sa mère, certes aimante, mais globalement à l’ouest, plus prompte à aller faire la fête dans les bars après son travail qu’à s’occuper de ses enfants. Ce qui devait arriver arrive : suite à un accident domestique, Jack est envoyé en centre d’accueil, d’où il s’échappe, bien décidé à retrouver sa famille et à protéger son frère. Edward Berger filme alors la lente dérive de Jack dans un Berlin dont il cherche à capter l’ambiance contemporaine, hipster et métissée. Sur cette réalité, son point de vue est parfois ambigu, hésitant entre moralisme et naturalisme. De toute façon, l’influence patente du film c’est, encore une fois, le cinéma des frères Dardenne et leurs fables sociales : l’obstination de Jack fait écho à celle du Gamin au vélo, et on retrouve cette caméra portée qui le suit comme son ombre, cliché de ce cinéma d’auteur en quête de valeur ajoutée réaliste. Rien de bien nouveau ici, donc, si ce n’est l

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Rhône-Alpes s'engage pour les arts vivants

ACTUS | La région Rhône-Alpes a voté ce mois-ci une aide concrète et en hausse en direction du spectacle vivant et notamment du théâtre. Un geste fort qui mérite d’être détaillé. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 31 mars 2015

Rhône-Alpes s'engage pour les arts vivants

La semaine dernière encore, Olivier Py entamait sa conférence de presse relative au prochain festival d’Avignon en rappelant à quel point nombre de manifestations culturelles vont être amputées, voire annulées, la faute au non-renouvellement de subventions consécutif à la vague bleue des dernières élections municipales. Il est donc particulièrement heureux, dans ce contexte austère, que la région Rhône-Alpes affirme en déclarations et en engagement financier son soutien à la culture. Le 6 mars, le conseil régional a en effet décidé, lors de sa commission permanente, d’apporter son soutien à 15 nouvelles compagnies d’arts vivants, portant à 59 le nombre de structures labellisées "compagnies en Rhône-Alpes" pour trois ans (2015-2017). Combien ? Ce sont en tout 22, 5 M€ qui sont dédiés par la région au spectacle vivant, soit 60% de son budget culturel (et précisément 2 288 000€ à ces 59 compagnies accompagnées durant 3 ans). Par ailleurs, Rhône-Alpes accorde 3 750 000€ à 35 salles conventionnées "scènes régionales" sur son territoire. Certaines d’entre elles ont perdu ce label suite à des difficultés avec leur partenaire municipal

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Chappie

ECRANS | Déroute intégrale pour Neill Blomkamp avec ce blockbuster bas du front, au scénario incohérent et à la direction artistique indigente, où il semble parodier son style cyberpunk avec l’inconséquence d’une production Luc Besson. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 6 mars 2015

Chappie

S’il fallait une preuve que la politique des auteurs a des limites, Chappie jouerait à merveille ce rôle : on y voit un cinéaste, le Sud-africain Neill Blomkamp, dont on a pu apprécier la cohérence de ses deux premiers films — District 9 et Elysium — commuer sa rage punk en une grotesque parodie sur un scénario écrit à la va-vite, incapable d’élaborer le moindre discours et même pas foutu d’assurer le minimum syndical en matière de blockbuster futuriste. Pourtant, tout est là : l’alliance entre l’humain et la machine — ici, un robot policier doté d’une intelligence artificielle et récupéré par des gangsters très méchants pour lui faire commettre un braquage permettant d’honorer leurs dettes — un futur proche qui ressemble à une extrapolation de nos ghettos sociaux contemporains, un goût de la destruction et des ruines urbaines… Cet effet de signature n’est qu’un trompe-l’œil : Blomkamp ne retrouve jamais la substance politique, même manichéenne et schématique, de ses œ

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The Voices

ECRANS | Marjane Satrapi s’exile aux États-Unis pour s’approprier une commande de film d’horreur à petit budget qu’elle transforme en comédie sanglante et cinglante à l’esprit très 80’s. Sympathique même si l’affaire peine à tenir la longueur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

The Voices

Il faut imaginer ce que The Voices aurait pu être si Marjane Satrapi ne s’en était emparé pour lui faire subir une torsion toute personnelle : un de ces films d’horreur pour ados comme il s’en produit à la pelle, où l’esprit de sérieux n’est qu’une façade pour masquer le cynisme mercantile. Le film raconte comment un schizophrène tout juste sorti de l’asile, suivi de près par sa psychiatre et tenu en laisse par une puissante camisole chimique, finit par craquer son vernis de ravi de la crèche et retomber dans ses pulsions homicides. D’entrée, Satrapi repeint son univers aux couleurs irréelles d’un arc-en-ciel de bonheur, quand bien même celui-ci napperait un paysage d’usines et de banlieues branlantes ; l’effet Prozac contamine une mise en scène qui choisit l’option humour noir et transforme le minet Ryan Reynolds en une parodie de lui-même, sourire extatique figé perpétuellement sur son visage de puceau imberbe. Lorsqu’il rentre chez lui après une journée à bosser et à tenter de séduire la belle secrétaire de son entreprise — Gemma Arterton, parfaite incarnation du charme canaille de la girl next door british — plutôt que de nourrir son cha

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Kingsman : services secrets

ECRANS | De Matthew Vaughn (Ang, 2h09) avec Colin Firth, Taron Egerton, Samuel L. Jackson…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Kingsman : services secrets

Drôle de film raté que ce Kingsman, antipathique à force de chercher la connivence et le deuxième degré avec le spectateur. L’idée est de créer une sorte de James Bond 2.0 qui connaîtrait par cœur les codes de son modèle et se plairait à les pasticher en multipliant clins d’œil et références décalées. Une sorte de Scream de l’espionnage que Matthew Vaughn, tentant de reprendre la formule déjà contestable de son Kick-Ass, plonge dans une esthétique de comic book où la violence, pourtant extrême — corps coupés en deux, têtes qui explosent — serait dans le même temps totalement déréalisée. Même le propos politique, plutôt judicieux sur le papier — comment un nerd félé, incarné par un Samuel L. Jackson s’amusant manifestement à jouer avec son cheveu sur la langue, utilise le consumérisme ambiant pour pratiquer une ségrégation radicale entre les élites et le peuple, promis à l’autodestruction — ne va finalement pas plus loin qu’une grosse baston dans une église et des décapitations en série transformées en feux d’artifices multicolores. Des idées to

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Un coin de paradis perdu

MUSIQUES | «C'est sans doute là le plus grand accomplissement de Perc, bien qu'il se défende de tout volontarisme : d'avoir rendu à un genre devenu un simple palliatif (...)

Benjamin Mialot | Mardi 20 janvier 2015

Un coin de paradis perdu

«C'est sans doute là le plus grand accomplissement de Perc, bien qu'il se défende de tout volontarisme : d'avoir rendu à un genre devenu un simple palliatif sa puissance contestataire» écrivions-nous l'automne dernier en conclusion d'un article consacré au label Perc Trax. Quand on le questionne sur ses accointances avec cette institution londonienne de la techno – il a publié un maxi chez elle tandis que Perc et les siens jouent comme à domicile dans les soirées In Paradisum – Mondkopf ne dit pas autre chose, vantant les mérites d'un label qui a su lui rendre goût à une musique en mal «de messages, bien que je ne sois pas forcément pour la musique à message, disons d'esthétiques fortes». Si bien qu'avant de céder aux sirènes hurlantes du blast beat, il avait envisagé son disque à manipuler avec une extrême précaution comme un retour aux origines industrielles de la musique qui rythme ses DJ sets. Cette tendance à forer les tripes à la recherche de troubles à raffiner en histoires sonores, le reste du roster d'In Paradisum la partage : des épopées sur fond de crissements, râles d'outre-tombe et rythmes galériens de Somaticae, qui rivalisent de

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’71

ECRANS | Pour son premier film, Yann Demange, londonien d’origine française, applique les leçons du Vietnam movie pour raconter le calvaire d’un soldat britannique égaré à Belfast en plein conflit nord-irlandais. Impressionnant de virtuosité et d’efficacité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

’71

Une jeune recrue débarque dans une guerre étrangère sans y avoir été préparée sinon par un entraînement sommaire et, après un traquenard, se retrouve seule et perdue en territoire hostile, tentant de survivre malgré la complexité des enjeux militaires : ce fut, peu ou prou, l’argument de la vague des Vietnam movies qui déferlèrent entre 1986 et 1990 sur les écrans, initiée par Oliver Stone avec Platoon. Le filon s’est tari mais à chaque nouvelle guerre américaine — Irak, Afghanistan et même Somalie avec le génial La Chute du faucon noir — ce canon a refait surface. Pour sa première incursion dans le long-métrage après une expérience télé sur la série Dead Set, Yann Demange, d’origine française mais ayant grandi en Angleterre, a choisi de le transposer à la situation nord irlandaise de 1971, lorsque l’armée britannique envoya ses troupes pour mater la rébellion terroriste de l’IRA à Belfast. Gary (Jack O’Connell, l’inquiétant délinquant d’Eden Lake et le détenu œdipien des Poings contre les murs) découvre en quelques jours à la fois ce conflit auquel il ne comprend rien et son rôle de militaire passant de la caserne au

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Riad Sattouf, petit blond avec un crayon noir

CONNAITRE | Riad Sattouf est sans doute l'auteur de BD le plus observateur de sa génération. "L'Arabe du futur", le recueil de souvenirs d'enfance qu'il dédicacera cette semaine, confirme qu'il est aussi le plus lucide. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 23 septembre 2014

Riad Sattouf, petit blond avec un crayon noir

«Dans trente ou quarante ans, les sociologues, s'ils existent encore, se pencheront sur La Vie secrète des jeunes». La compliment a beau être de Philippe Druillet, le démiurge graphique qui fit passer la bande dessinée à l'âge adulte (cf. notre n°751), il est réducteur. Avec ce recueil de scènes d'idioties urbaines comme avec Les Pauvres Aventures de Jérémie, portrait mordant d'un développeur de jeu vidéo auquel la déveine colle à la peau, Riad Sattouf s'est certes imposé, au début des années 2000, comme un dessinateur d'observation de premier plan, saisissant mieux que quiconque les fulgurances bébêtes et les aspirations confuses des adolescents et jeunes actifs du XXIe siècle. Mais cet art de la vignette moqueuse (et néanmoins amicale), par ailleurs transposé avec succès au cinéma avec Les Beaux Gosses, est le plus souvent l'expression d'une forte conscience politique et sociale.

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Palo Alto

ECRANS | Dans la famille Coppola, je demande la petite-fille, Gia, qui s’inscrit dans la lignée de Sofia en regardant l’ennui d’une poignée d’adolescents californiens friqués et à la dérive. Ça pourrait être agaçant, c’est étrangement séduisant et troublant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 juin 2014

Palo Alto

Peut-on imaginer projet plus hype que ce premier film de Gia Coppola, petite-fille de Francis et nièce de Sofia et Roman, adapté des nouvelles autobiographiques écrites par James Franco, ici en professeur d’éducation physique qui prend son métier au pied de la lettre, au lycée comme en dehors ? Palo Alto traîne ce côté branché et chic jusque dans la matière de ses images, nimbées d’une légère brume à la mélancolie très arty — le chef opérateur s’appelle Autumn Duram et ça mériterait d’appeler Jacques Lacan — ne lésinant ni sur les ralentis, ni sur la pop et l’ambient. Gia reconduit ainsi en mode mineur le grand thème de Sofia : le spleen adolescent né d’une rumination existentielle teintée d’ennui. On ne sait pas pourquoi April et Teddy, pourtant attirés l’un vers l’autre, se ratent et préfèrent se perdre dans des aventures sans issue, l’une avec son prof de sport donc, l’autre avec l’alcool et la drogue. Il y a bien chez April une famille manifestement à l’ouest — notamment un beau-père vraiment largué, incarné par un Val Kilmer poursuivant le numéro d’autodérision entamé dans

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X-Men : Days of future past

ECRANS | Pour son retour à la mythologie X-Men, Bryan Singer signe un blockbuster stimulant visuellement, intellectuellement et politiquement, où il se plaît à courber l’espace et le temps, dans sa narration comme dans la chair de ses plans. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

X-Men : Days of future past

Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les Sentinelles) capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past, basé sur l'un des plus fameux arcs narratifs du comic book d'origine (signé Chris Claremont et John Byrne en 1981), consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruines, une mutante aide ses camarades à co

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The Grand Budapest Hotel

ECRANS | Avec "The Grand Budapest Hotel", Wes Anderson transporte son cinéma dans l’Europe des années 30, pour un hommage à Stefan Zweig déguisé en comédie euphorique. Un chef-d’œuvre génialement orchestré, aussi allègre qu’empreint d’une sourde inquiétude. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

The Grand Budapest Hotel

The Grand Budapest Hotel, au départ, c’est un livre, lu par une jeune fille blonde sur un banc enneigé de la ville de Lutz, à côté de la statue de son auteur. Ce livre raconte l’histoire du Grand Budapest Hotel telle qu’elle fut rapportée à l’écrivain lors d’un séjour dans ses murs au cours des années 60 par le propriétaire de l’hôtel, Zéro Moustapha. Cette histoire est aussi celle de Mr Gustave, concierge du Grand Budapest du temps de sa splendeur dans les années 30, juste avant le début de la guerre, mentor et ami de Zéro. Le Grand Budapest Hotel était alors un bastion du luxe et du raffinement au cœur de l’Europe, dans la République de Zubrowka. À l’arrivée, The Grand Budapest Hotel est un film de Wes Anderson, autrement dit une pure création : rien de tout cela n’existe, tout a été réinventé par l’imaginaire du cinéaste. Mais ce monde fantaisiste laisse deviner en transparence la véritable Histoire européenne, du temps de ses heures les plus tragiques. Partition virtuose La narration en poupées russes qui lance le film — un récit à l’intérieur d’un récit à l’intérieur d’un récit —, redoublée par les constants changements de raconte

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