Wrong Cops

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Photo : © Quentin Dupieux


Avoir une double vie, de nos jours, n'a rien d'extraordinaire. Et si avant on trompait sa femme, c'est surtout la routine que l'on cherche à tromper aujourd'hui. Faire de la musique électronique, poser pour des revues porno gays, trafiquer de la drogue cachée dans des rats crevés, creuser son jardin pour y déterrer un trésor : rien de bien méchant, dans le fond, que ces petits secrets-là. Chez Quentin Dupieux, cependant, ces hobbies sont ceux d'une bande de flics ripoux et dégénérés, dont la bêtise satisfaite va entraîner une cascade de quiproquos graduellement absurdes et tragiques. Duke, le plus tordu de tous, après avoir abattu sans le faire exprès son voisin, harcèle un adolescent en l'obligeant à écouter de la musique pendant qu'il se détend en slip sur son canapé ; Sunshine, pour éviter l'infamie familiale d'une révélation sur ses activités pornographiques, doit céder au chantage de sa collègue Holmes ; quant à De Luca, il laisse s'exprimer pleinement son penchant pour le harcèlement sexuel des femmes à forte poitrine…

Sous le soleil écrasant de Los Angeles et avec ce style désormais reconnaissable, Quentin Dupieux croise les histoires de cette brigade corrompue jusqu'à l'os, non pour en fustiger les mœurs — même s'il y a quelque chose d'authentiquement subversif dans ce défilé de crétins badgés et armés — mais pour pousser à nouveau la logique du «no reason» jusqu'à son stade burlesque terminal. Ici plus que dans son précédent Wrong, on sent que l'écriture se fait quasiment à la manière des surréalistes, comme une machine qui s'emballerait toute seule à partir du moment où on lui a fourni suffisamment de carburant.

Celui de Dupieux, ce sont les acteurs, tous des gueules et des personnalités hors norme, d'Eric Wareheim — le gros libidineux — à Mark Burnham — le mélomane défoncé — en passant par Steve Little, Éric Judor et Marylin Manson, assez dingue en vieil ado efféminé. Si Wrong cops n'est pas forcément le film le plus abouti de son auteur, c'est sans doute le plus accessible et le plus hilarant, avec un art très maîtrisé du dérapage contrôlé.

Christophe Chabert

Wrong cops
De Quentin Dupieux (Fr-ÉU, 1h25) avec Mark Burnham, Steve Little, Éric Judor…


Wrong Cops

De Quentin Dupieux (Fr, 1h25) avec Mark Burnham, Marilyn Manson...

De Quentin Dupieux (Fr, 1h25) avec Mark Burnham, Marilyn Manson...

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Los Angeles 2014. Duke, un flic pourri et mélomane, deale de l’herbe et terrorise les passants. Ses collègues au commissariat: un obsédé sexuel, une flic maître chanteur, un chercheur de trésor au passé douteux, un borgne difforme se rêvant star de techno…


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À mouche que veux-tu : "Mandibules" de Quentin Dupieux

Comédie surréaliste | À force de tourner autour de récits kafkaïens ou de métamorphoses, il était fatal que Quentin Dupieux aboutisse à une histoire d’insecte géant. Réunissant un aréopage de comédiens de haut vol (dont une Adèle… battante), Mandibules fait à nouveau mouche.

Vincent Raymond | Mercredi 19 mai 2021

À mouche que veux-tu :

Semi-clochard et 100% benêt, Manu a été choisi pour livrer une mystérieuse mallette. Comme il lui faut une voiture, il en fauche une, embarquant au passage son pote Jean-Gab, aussi éveillé que lui. Mais en découvrant à son bord une mouche géante, ils décident de changer leurs plans et de l’apprivoiser… Voici presque deux décennies que le musicien Quentin Dupieux a débuté sa diversification sur les plateaux de tournage. D’abord annexe, l’activité semble aujourd’hui prendre le pas sur toutes les autres ; et saisi par une fièvre créatrice, le prolifique réalisateur a même accéléré sa production puisqu’il dévoile désormais tous les ans une nouvelle facette de son cosmos. Entre ses longs-métrages, les liens de consanguinité s’avèrent manifestes — une revendication d’appartenir à une famille très singulière —, chaque opus s’affranchit cependant du précédent par un léger décalage : comme un saut de puce évolutif dans l'embryogénèse de leur structure narrative. Parti du magma abstrait de

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Peau d’âme : "Le Daim"

Le Film de la Semaine | Revenant de quelques infortunes artistiques, Jean Dujardin se prend une belle veste (au sens propre) taillée sur mesure par Quentin Dupieux en campant un monomaniaque du cuir suédé. Un conte étrange et intriguant totalement à sa place à la Quinzaine des Réalisateurs.

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Peau d’âme :

Ça a tout l’air d’une tocade, et pourtant… Georges, 44 ans, a tout quitté pour acheter une fortune la veste en daim de ses rêves, au fin fond d’une région montagneuse. Ainsi vêtu, il se sent habité par une force nouvelle et se lance dans un projet fou, aidé par Denise, la barmaid du coin… Propice aux films de zombies (plus nombreux que des doigts sur un moignon de mort-vivant), l’année serait-elle aussi favorable aux récits de fringues maudites ? Après In Fabric de Peter Strickland (la déclinaison sur-diabolique de La Robe de Van Warmerdam vue notamment au festival Hallucinations Collectives), Le Daim renoue avec cette vieille tradition héritée de la mythologie où l’habit influe sur l’humeur ou la santé de celui qui le porte. À l’instar de la tunique de Nessus fatale à Hercule, ou de la tiare d’Oribal pour les lecteurs d’Alix, le blouson ocre va conditionner Georges, le menant à supprimer ses semblables — comprenez ceux du porteur de daim ainsi que tous les autres blousons du monde. Vaste programme, aurait pu dire de Gaulle.

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Éric Judor et Julien Guetta : « le beau ne sort que d’accidents heureux »

Roulez jeunesse ! | Pour son premier long-métrage "Roulez jeunesse", Julien Guetta a osé demander à Éric Judor de changer de registre. Cela tombe bien : celui-ci voulait glisser vers un format plus dramatique. Rencontre en deux temps et à deux voix.

Vincent Raymond | Mercredi 1 août 2018

Éric Judor et Julien Guetta : « le beau ne sort que d’accidents heureux »

Votre film flirte avec la comédie italienne et la comédie à l’anglaise… Julien Guetta : C’était une des ambitions, clairement. Comme de choisir Éric, qui fait beaucoup de comédies, pour l’emmener vers quelque chose d’autre, de plus singulier, qu’on n’a pas forcément l’habitude de voir en France. J’ai une très grande admiration pour Éric. C’est un acteur très technique, quelqu’un de très professionnel qui gère la comédie — c’est hyper agréable quand on est réalisateur — et même le drame. Et il est aussi réalisateur… D’où vient ce personnage d’Alex, l’adulte un peu enfant qu’il interprète ? JG : Je pense que j’étais comme ça quand j’ai commencé à écrire. Et que je n’aimais pas trop cette figure — c’est pour ça que je ne trouve pas le personnage complètement irresponsable non plus. C’est un bon gars maladroit, un mec trop gentil, qui sait quand même se démerder avec la vie. J’ai eu un fils pendant l’écriture du film, ça a modifié aussi mon point de vue. Avez-vous profité des capacités d’imp

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Père de dépannage : "Roulez jeunesse"

Comédie familiale | de Julien Guetta (Fr, 1h24) avec Éric Judor, Laure Calamy, Brigitte Roüan…

Vincent Raymond | Mardi 24 juillet 2018

Père de dépannage :

Peu rongé par l’ambition, Alex s’épanouit au volant de la dépanneuse du garage administré par sa mère. Son bon cœur le conduit un soir à aider une jeune femme déboussolée, qui l’entraîne chez elle et le plaque le lendemain en lui laissant ses trois enfants en cadeau… Comment grandir quand on n’en éprouve pas le besoin impérieux ; comment accepter de couper le cordon quand on a toujours surprotégé son fils ; comment admettre que l’on a encore besoin de référents adultes lorsque l’on est adolescent ; est-il normal de ne pas éprouver d’instinct maternel ? Roulez jeunesse mesure chaque terme du syntagme “comédie familiale“ en explorant avec finesse le lien et l’attachement sous toutes ses formes — voilà pour les lecteurs·trices de Françoise Dolto. Pour son premier long en tant que réalisateur, Julien Guetta approfondit donc des questionnements entamés dans ses courts métrages Les Ventres vides et surtout Lana del Roy (primé à Villeurbanne), où la famille en crise constituait à la fois le périmètre et la rai

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Police parallèle : "Au poste !"

Polar surréaliste | Si le script de "Garde à vue" avait eu un enfant avec le scénario de "Inception", il aurait sans doute le visage de "Au poste !", cauchemar policier qui commence par un concert et s’achève par un éternel recommencement. Du bon Quentin Dupieux avec Poelvoorde et Ludig.

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Police parallèle :

Un commissariat. Une déposition. Celle d’un homme entendu par un policier après la découverte d’un cadavre au pied de son immeuble. Mais l’audition ne se déroule pas comme prévu. Quant au récit trop banal du témoin, il en devient étrange. Voire carrément bizarre… Quentin Dupieux est peut-être la seule personne au monde à s’être demandé à quoi pouvait ressembler la réaction chimique de Buñuel sur Verneuil catalysée par du Jessua saupoudré de Pierre Richard. En même temps, le produit obtenu est du pur Dupieux : un concentré de comédie absurde où précipitent des cristaux d’onirique et floculent des particules théoriques. Une comédie au premier degré et demi, qui ne lésine pas sur les effets basiques de situations, de gestes (chutes, grimaces etc.) ou de répétition (comme le tic verbal récurrent, « c’est pour ça » ), et qui vrille volontiers vers l’insolite, emboutissant les dimensions. Il suffit ici que l’interrogatoire convoque le passé à l’oral pour qu’il soit aussitôt réactivé à l’image, permettant aux protagonistes d’y effectuer des allers-retours, de visiter l’espace mental des souvenirs et l’habiter.

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La Tour 2 Contrôle Infernale

ECRANS | De et avec Éric Judor (Fr, 1h31) avec Ramzy Bedia, Marina Foïs, Serge Riaboukine…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

La Tour 2 Contrôle Infernale

Donner une suite à une comédie absurde n’est-il pas en soi absurde ? Éric et Ramzy semblent en convenir en tournant, quinze ans après, une préquelle à La Tour Montparnasse infernale. Même distribution (augmentée de Philippe Katerine), même humour vernaculaire pareil à un match d’impro verbale sans fin entre les deux potes, même sentiment d’épuisement à la fin — un Quentin Dupieux pour les canaliser et réaliser cela n’aurait pas été du luxe. Leur brillant compositeur semble lui aussi éreinté par sa contribution : alors qu’il avait signé pour Microbe et Gasoil de Michel Gondry une très plaisante bande originale, Jean-Claude Vannier marque ici le pas, au point d’emprunter à François de Roubaix un thème emblématique (La Vitesse, la Mort, dûment crédité au générique) pour ce qui est censé être le climax du film : sa séquence finale — Ludovic Bource avait eu recours à la même “facilité” dans The Artist, en reprenant la partition écrite par Bernard Herrmann pour Vertigo. Mais si certains en sortent sur les rotules, ce film rend une autre catégorie de spe

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Réalité

ECRANS | Un caméraman qui veut tourner son premier film d’horreur, un producteur instable, un animateur atteint d’un eczéma imaginaire, une petite fille nommée Réalité… Avec ce film somme et labyrinthique, aussi drôle que fascinant, Quentin Dupieux propulse son cinéma vers des hauteurs que seul un David Lynch a pu atteindre ces dernières années. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Réalité

Vient toujours un moment, dans la carrière d’un cinéaste digne de ce nom, l’envie de tourner son Huit et demi, c’est-à-dire un grand film réflexif sur la manière dont il aborde le cinéma : Truffaut avec La Nuit américaine, Almodovar avec Étreintes brisées, David Lynch avec Mulholland Drive… Quentin Dupieux, qui avait déjà approché la question dans Rubber à travers des spectateurs regardant avec des jumelles le film en train de se dérouler sans caméra, ni équipe, ni projection, en fait le cœur de Réalité. Le titre lui-même est un leurre sublime : ici, la réalité est sans doute ce qu’il y a de plus incertain et fluctuant, toujours contaminée et reformulée par le cinéma et la fiction. En fait, ce n’est pas la réalité que le film cherche à capturer, mais une petite fille prénommée Réalité, que l’on filme en train de dormir et dont on veut atteindre le subconscient — autrement dit, la capacité à produire de l’imaginaire. Dans la boucle folle que le scénario finira par créer, on comprendra que cet imaginaire-là n’est rien d’autre que celui de Dupieux lui-même ; dans les rêves de Réalité, il y avait ce long rêve éveillé qu’e

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Quentin Dupieux, artiste hors-la-loi

ECRANS | Que ce soit au cinéma avec "Wrong cops", sa nouvelle folie, ou dans la musique électronique en tant que Mr Oizo, Quentin Dupieux confirme qu’il est désormais une figure incontournable et en même temps insituable, ne répondant qu’à une seule loi : la sienne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Quentin Dupieux, artiste hors-la-loi

L’adage est connu : tout succès repose sur un malentendu. Dans le cas de Quentin Dupieux, le malentendu tient du hold-up : après avoir bricolé une entêtante boucle électronique intitulée Flat Beat — le «rythme plat» — illustrée avec une marionnette grossière, Flat Eric, il est contacté par Levi’s qui souhaite reprendre ce tube minimaliste et le personnage qui l’accompagne pour vendre ses jeans. La pub deviendra culte et Dupieux, qui se fait alors appeler Mr Oizo, va être emporté sans le vouloir par le courant French Touch. Son premier album, Analog Worms Attack, creuse cette veine de techno bricolée, bizarre et rugueuse qui, quand on l’écoute de près, est tout sauf commerciale. Dupieux ramasse le magot empoché grâce à la pub, aux ventes de disques et à ses prestations de DJ, puis part en Espagne tourner un film autofinancé défiant les règles de la narration : Nonfilm, moyen métrage de 44 minutes qui annonce, de façon visionnaire, la disparition du cinéma traditionnel et de ses outils. Un Steak dans ta face Ça pourrait ressembler au suicide d’un type dont la consécration précoce aurait entraîné une mégalomanie furieuse

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2014 : autant en emporte le Vent…

ECRANS | Après une année 2013 orgiaque, 2014 s’annonce à son tour riche en grands auteurs, du maître Miyazaki à une nouvelle aventure excitante de Wes Anderson en passant par les vampires hipsters croqués par Jarmusch et les flics tarés de Quentin Dupieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

2014 : autant en emporte le Vent…

Le Vent se lève, il faut tenter de vivre… disait le titre intégral du dernier film d’Hayao Miyazaki qui, après 25 ans au service de l’animation japonaise, a décidé de tirer sa révérence avec cette œuvre effectivement testamentaire. Réduite au seul Vent se lève pour sa sortie le 22 janvier, cette fresque narre les années d’apprentissage d’un ingénieur féru d’aviation, passion qui l’aveuglera sur la réalité de la guerre dans laquelle le Japon s’engage, mais aussi sur l’amour que lui porte une jeune fille qu’il a sauvée lors d’un spectaculaire tremblement de terre. En assumant la part la plus adulte de son cinéma et en se livrant en transparence à un troublant autoportrait en créateur obsessionnel, coupé du monde et de la vie, Miyazaki signe un chef-d’œuvre alliant splendeur plastique, force émotionnelle et intelligence du regard. Les Belles et les Bêtes Il sera le premier en cette rentrée à illuminer les écrans, mais 2014 ne sera pas en rade de grands auteurs, au contraire. On ronge bien sûr notre frein en attendant de découvrir la deuxième partie du Nymphomaniac de Lars von Trier (29 janvier), dont le

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Hallucinante nuit hallucinée

ECRANS | Après une première expérience réussie l’an passé, les cinéphages de Zonebis, coupables chaque année d’organiser l’excellent festival Hallucinations collectives, (...)

Christophe Chabert | Mercredi 4 décembre 2013

Hallucinante nuit hallucinée

Après une première expérience réussie l’an passé, les cinéphages de Zonebis, coupables chaque année d’organiser l’excellent festival Hallucinations collectives, s’associent de nouveau au site Nanarland.com pour une deuxième Nuit hallucinée qui porte bien son nom. L’idée est d’y faire se rencontrer des nanars avérés — ces «mauvais films sympathiques» où l’amateurisme, l’opportunisme et le n’importe quoi règnent en maître — et des films bizarres et inédits. La soirée débutera ainsi avec l’avant-première du très attendu nouveau film de Quentin Dupieux, Wrong cops. En fait, un collage de trois sketchs dont le premier, avec Marylin Manson au naturel, avait fait crouler de rire la Croisette en 2012, et qui fait figure d’en-cas rigolo avant le prochain Dupieux, Réalité, déjà en boîte et qu’on espère voir à Cannes en 2014. Autre avant-première, celle d’HK / Forbidden super-hero où l’on voit un puceau timide se métamorphosé en super-héros après avoir enfilé — par mégarde d’abord — une petite culotte féminine sur la tête. C’est, de fait, plus drôle que de se faire piquer par une araignée radioactive, et cela conduit à s’exclamer

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Wrong

ECRANS | Quentin Dupieux a de la suite dans les idées : après "Steak" et "Rubber", "Wrong" poursuit son exploration d’un univers absurde dont il invente, avec le plus grand sérieux, les règles délirantes, tout en creusant une vraie vision du monde moderne. Et s’il était un de nos meilleurs cinéastes ? Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Wrong

Au début de Wrong, il y a un camion qui brûle et un pompier qui défèque au milieu de la chaussée. Une scène plus loin, un réveil passe de 7h59 à 7h60. Plus loin encore, un palmier se transforme en sapin. Et, entre autres situations défiant la logique, un jardinier revient d’entre les morts, il pleut à torrent à l’intérieur d’un bureau mais il fait soleil à l’extérieur… On se souvient qu’au début de Rubber, le précédent film de Quentin Dupieux, un flic se plantait face caméra pour expliquer que le cinéma était truffé de «no reason», ces moments où le spectateur doit mettre de côté la crédibilité des choses et accepter sans se poser de questions de se laisser raconter une histoire improbable. Mise en pratique avec l’odyssée de Robert, un pneu tueur télépathe et amoureux ; mais Rubber était aussi marqué par de fréquents retours à la "réalité" où des spectateurs commentaient l’action avant de mourir empoisonnés. Wrong n’a pas besoin de cette béquille un peu maladroite et, en cela, marque un pas de géant dans la carrière, courte mais déjà passionnante,

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Rubber

ECRANS | De Quentin Dupieux (Fr, 1h25) avec Stephen Spinella, Roxane Mesquida…

Dorotée Aznar | Jeudi 4 novembre 2010

Rubber

À la lecture du synopsis du nouveau film de Quentin Dupieux (alias Mr Oizo, talentueux réalisateur du trop mésestimé Steak), une question s’impose : comment une histoire de pneu tueur peut-elle tenir la route (AH AH AH AH AH - pardon) pendant une heure et demi ? Le malicieux auteur nous répond dès la fulgurante introduction, petit chef-d’œuvre en soi. L’un des personnages principaux y assène face caméra un hilarant monologue sur la suspension d’incrédulité au cinéma, avant qu’un contrechamp nous dévoile un parterre de spectateurs sur le point s’assister à la même histoire que nous. Le postulat de Rubber se dévoile de façon moins énigmatique, et pose son ambition de mise en abyme permanente de ce qui va nous être donné à voir. Mais même là, on n’est pas encore totalement rassurés sur la potentielle prétention de l’objet, ce que la suite se chargera heureusement de contredire. Rubber n’entend pas offrir de réflexion définitive sur le 7e art et sa perception, mais joue de la façon la plus ludique possible avec ses codes, sans prendre pour autant le spectateur pour un con - ça aurait été tellement facile de jouer le démissionnaire jusqu’au bout en prenant

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