Aimer, boire et chanter

ECRANS | Pour sa troisième adaptation d’Alan Ayckbourn et, donc, son tout dernier film, Alain Resnais choisit de laisser en sourdine ses ruminations crépusculaires pour une comédie qui célèbre la vie et la vieillesse, les artifices du théâtre et la force du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

Photo : © F comme Film - Arnaud Borrel


Dans Aimer, boire et chanter il y a, comme dans tous les films d'Alain Resnais un dispositif formel fort et très visible. Trop ? C'est ce que l'on pense lors des premières séquences, où le choix de toiles peintes découpées en rideaux pour les entrées et sorties est d'un goût contestable. Cette théâtralité, qui renvoie à la pièce d'Alan Ayckbourn que Resnais adapte ici — la troisième après Smoking / No Smoking et Cœurs — est cependant justifiée par le leitmotiv qui lance chacun des actes : Colin (Hyppolite Girardot) et sa femme Kathryn (Sabine Azéma) répètent eux-mêmes une pièce de théâtre, mais n'en dépassent jamais les premières répliques, la vie et le naturel finissant par reprendre le dessus.

On ne verra jamais cette pièce à l'écran, tout comme on ne verra jamais son acteur principal, George Riley, dont son médecin Colin révèle la mort prochaine. Alors que ses amis (le couple formidable Caroline Silhol / Michel Vuillermoz), son épouse (Sandrine Kiberlain) et son rival (André Dussollier) s'inquiètent, se lamentent ou se réjouissent de la disparition annoncée de leur collègue, George retrouve une nouvelle jeunesse. Et ce sont plutôt les secrets et les rancunes de son entourage que cette insolente santé va révéler.

Cache-cache avec le temps

Revenant aux fondamentaux de la mise en scène, Resnais fait donc de ce cache-cache la dynamique et le propos d'Aimer, boire et chanter. On oublie peu à peu l'artificialité du décor et les gimmicks encombrants — les gros plans détourés sur fond de grille hachurée, les dessins de Blutch — pour se laisser distraire par les jeux inventés par le cinéaste.

Qu'est-ce qui reste obstinément masqué à l'écran ? La maladie, la mort, mais surtout la jeunesse — sinon dans l'épilogue, qui prend un sens funeste après la disparition du cinéaste… Les couples fatigués et les corps en manque — d'alcool, de sexe, de tendresse — sont en revanche au centre de l'action, d'abord unis par leurs mensonges puis, et c'est là où le film touche à son acmé, par l'acceptation de leur vérité : oui, ils vieillissent, oui, ils ne peuvent que regarder de loin la jeunesse, ses mœurs et ses goûts…

Mais Resnais n'en tire aucune mélancolie ; au contraire, par un coup de théâtre qui est surtout un coup de cinéma, il quitte leurs jardins factices et rentre chez eux où prime le réalisme des décors mais surtout des sentiments. Le cinéma, c'est la vie, la vérité et la joie, nous souffle Resnais dans ce magnifique dernier acte ; non pas un point final, mais trois jolis points de suspension…

Aimer, boire et chanter
D'Alain Resnais (Fr, 1h47) avec Sabine Azéma, Hyppolite Girardot, Michel Vuillermoz, Sandrine Kiberlain…


Aimer, boire et chanter

De Alain Resnais (Fr, 1h48) avec Sabine Azéma, Hippolyte Girardot...

De Alain Resnais (Fr, 1h48) avec Sabine Azéma, Hippolyte Girardot...

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Dans la campagne anglaise du Yorkshire, la vie de trois couples est bouleversée pendant quelques mois, du printemps à l’automne, par le comportement énigmatique de leur ami George Riley.


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"Boîte noire" de Yann Gozlan : crime en bande réorganisée

Thriller Politique | Un analyste opiniâtre du BEA ayant découvert que les enregistrements d’un crash aérien ont été truqués, se trouve confronté à l’hostilité générale… Yann Gozlan creuse le sillon du thriller politique, lorgnant ici le versant techno-paranoïde et transposant l’esprit du ciné US des années 1970 aux problématiques contemporaines. Brillamment réalisé.

Vincent Raymond | Mercredi 8 septembre 2021

Après le crash du vol Dubaï-Paris, un jeune analyste prodige détecte que les pistes sonores des boîtes noires ont été trafiquées. Au fur et à mesure d’une enquête qui l’isole de plus en plus et mine son couple, il réalise la compromission de responsables industriels et politiques. Et que sa propre vie paraît, elle aussi, en danger… Toute incursion dans le thriller politique — jadis domaine régalien du cinéma américain, un peu en déshérence depuis une vingtaine d’années — est la bienvenue. À condition évidemment qu’il y ait à la fois en enjeu politique cohérent et un traitement suffisamment rythmé pour répondre aux exigences de ce registre : les barbouzeries et collusions entre officines para-gouvernementales avaient ainsi permis à Coppola (Conversation secrète), Pollack (Les Trois jours du Condor), Pakula (The Parallax View) ou De Palma (Blow Out) de placer haut la barre au milan des années 1970, avant que le

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Deneuve s'aventure chez Kheiron : "Mauvaises herbes"

Comédie | de et avec Kheiron (Fr, 1h40) avec également Catherine Deneuve, André Dussollier…

Vincent Raymond | Mardi 20 novembre 2018

Deneuve s'aventure chez Kheiron :

Recueilli jadis par Monique, Waël est devenu dans la cité un prince de l’embrouille et de la tchatche, sans perdre son bon fond. Mais un jour, l’une de ses victimes, par ailleurs vieille connaissance de Monique, le recrute comme éducateur. Waël va faire des miracles… Cette deuxième réalisation de Kheiron entremêle deux récits aux styles très distincts : l’un censé retracer la petite enfance cahoteuse de Waël, jusqu’à son adoption puis son exil, possède des accents dramatiques et symboliques qui ne dépareraient pas la sélection d’un grand festival ; l’autre jouant sur la comédie urbaine, conjugue le tac-au-tac begaudeau-gastambidien du dialogue à une romance tendre pour cheveux gris. Un attelage dont le baroque rivalise avec celui de la distribution mais qui prouve sa validité par l’exemple : Deneuve en bonne sœur retraitée et délurée trouve là un de ses meilleurs emplois depuis fort longtemps, et forme avec Dussollier, merveilleux de bienveillance embarrassée, un couple convaincant. Quant à la troupe de jeunes pousses sur la mauv

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"Chez nous" : nous en sommes arrivés là...

ECRANS | Désireux d’éveiller les consciences en période pré-électorale, Lucas Belvaux fait le coup de poing idéologique en démontant la stratégie de conquête du pouvoir d’un parti populiste d’extrême-droite. Toute ressemblance avec une situation contemporaine n’est pas fortuite.

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Belvaux s’y attendait, il n’a donc pas été surpris : depuis la diffusion de la bande-annonce de son nouveau long-métrage, quelques élus du parti en ayant inspiré le scénario ont d’autorité — forcément — assimilé Chez nous à « un navet » (sic). Et considéré qu’il s’agissait d’un « film de propagande » (re-sic) n’ayant pas sa place sur les écrans à deux mois du premier tour de l’élection présidentielle. Cela, bien entendu, sans l’avoir vu. Pourquoi un tel effroi de leur part ? Est-ce bien raisonnable de craindre de la résonance d’un si modeste film ? Sans doute : ils savent l’opinion malléable et supposent Chez nous susceptible de rappeler aux oublieux ces mécanismes à la Machiavel permettant de manipuler le peuple en douceur — avec son consentement de surcroît. L’effet haine La protagoniste de cette histoire y est choisie par un cadre du Bloc Patriotique, parti populiste d’extrême-droite, pour être tête de liste aux municipales de sa petite ville du Nord. Mère célibataire méritante, infirmière libérale appréciée de tous, fille de syndicaliste communiste et dépolitisée, elle affic

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"Ma vie de courgette" : gratin d’amour sauce résilience

Le film | Avec ce portrait d’une marmaille cabossée par la vie retrouvant foi en elle-même et en son avenir, Claude Barras se risque sur des sentiers très escarpés qu’il parcourt avec une délicatesse infinie. Un premier long-métrage d’animation en stop motion vif et lumineux ; un chef-d’œuvre.

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Que vous soyez un enfant de 5 ou de 105 ans, accordez sans tarder un peu plus d’une heure de votre vie à cette grande œuvre ; elle vous ouvrira davantage que des perspectives : des mondes nouveaux. Ma vie de courgette est de ces miracles qui redonnent confiance dans le cinéma, qui prouvent sans conteste que tout sujet, y compris le plus sensible, est susceptible d’être présenté à un jeune public, sans qu’il faille abêtir les mots ni affadir le propos. « Tout est affaire de décor » écrivait Aragon en d’autres circonstances, ce film l’illustre en traitant successivement d’abandon, d’alcoolisme et de mort parentaux, des maltraitances enfantines, d’énurésie, d’éveil à l’amour et à la sexualité… un catalogue de tabous à faire pâlir le moindre professionnel de l’enfance. Des thématiques lourdes, attaquées de front sans ingénuité falote ni brutalité, amenées par le fil éraillé de l’existence des petits héros du film : Courgette et ses amis vivent dans un foyer, où ils tentent de guérir de leurs traumatismes passés. Où on les entoure de l’amour et l’attention dont ils ont été frustrés.

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Adopte un veuf : une comédie réussie

ECRANS | de François Desagnat (Fr, 1h37) avec André Dussollier, Bérengère Krief, Arnaud Ducret, Nicolas Marié…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Adopte un veuf : une comédie réussie

On n’aurait pas forcément misé ses deux mois de caution sur cette nouvelle comédie de colocation, surtout après le lourdingue Five. Le plan de masse d’Adopte un veuf n’a rien d’ébouriffant : un vieux misanthrope dépressif qui voit son quotidien s’éclairer grâce à l’irruption d’une blondinette dynamique, ç'a des airs de Tatie Danielle au masculin — mais Dussollier possède un fond trop pur pour égaler en teigne l’abominable Tsilla Chelton. À partir de cet argument digne d’un Au théâtre ce soir moyen, François Desagnat trousse une histoire attachante, dans laquelle la composante humoristique ne se limite pas à de la gaudriole vulgaire, où le sentiment de solitude est réellement perceptible. Les situations n’échouent jamais dans le pathétique, s’enrichissant des tonalités apportées par chacun des comédiens. Bérengère Krief joue de son dynamisme, en évitant ”d’exploser de naturel“, ce qui confère à son personnage de pot-de-colle gaffeuse un indéniable charme. Mais celui dont le récital confine au chef-d’œuvre est l’exceptionnel Nicola

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De l’amour et de la pellicule

ECRANS | Dans l’excellent magazine SoFilm, Maroussia Dubreuil se pose chaque mois cette question : «Doit-on tourner avec son ex ?». L’Institut Lumière la (...)

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

De l’amour et de la pellicule

Dans l’excellent magazine SoFilm, Maroussia Dubreuil se pose chaque mois cette question : «Doit-on tourner avec son ex ?». L’Institut Lumière la retourne dans sa programmation printanière en "Que se passe-t-il quand un cinéaste filme la femme / l’homme qu’il aime ?". Ce cycle "Je t’aime, je te filme" sera donc l’occasion de passer en revue des couples célèbres, comme celui formé par le regretté Alain Resnais et sa muse Sabine Azéma — Mélo — ou celui, tumultueux, qui unit le temps du tournage interminable des Amants du Pont-Neuf Leos Carax et Juliette Binoche. Restons en France, mais quelques années auparavant, où Jean-Luc Godard magnifia Anna Karina du Petit Soldat à Pierrot le fou, avec au milieu un film qui semble n’exister que pour elle, Vivre sa vie, travail d’iconisation amoureuse à la croisée de la fétichisation cinéphile — Karina filmée comme Falconetti dans La Passion de Jeanne d’Arc — et de la contemplation subjuguée… C’est un rapport du même ordre que l’on trouve dans La Belle et la bête ; Cocteau est tellement fasciné par la Bête-Jean Marais qu’il en oublie complètement d

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Resnais, dernier voyage…

ECRANS | La disparition d’Alain Resnais est arrivée au moment où on s’y attendait le moins, juste avant la sortie du film où il semblait enfin conjurer le (...)

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

Resnais, dernier voyage…

La disparition d’Alain Resnais est arrivée au moment où on s’y attendait le moins, juste avant la sortie du film où il semblait enfin conjurer le spectre de cette fatalité en la remplaçant par une ode joyeuse aux années qui restent à vivre… Car depuis 1984 et son sublime et aride L’Amour à mort, ses films semblaient être des répétitions générales d’un départ annoncé. À l’exception du mineur et jovial I want to go home, hommage aux bandes dessinées qu’il adorait et dans lequel il avait fait des infidélités à son cercle d’acteurs, tous étaient nimbés de ce parfum funeste. La pieuvre narrative de Smoking et No Smoking avait beau ouvrir une douzaine de récits potentiels, tous se concluaient au cimetière ; dans Les Herbes folles, la mort s’invitait littéralement par accident dans l’épilogue ; et Vous n’avez encore rien vu mettait en scène non pas une, mais deux foi

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André Dussollier : «Quand on joue, il n’y a plus de masques»

ECRANS | En tournée pour la sortie de "Diplomatie" de Volker Schlöndorff, rencontre avec le grand André Dussollier autour du film, mais aussi du prochain film d’Alain Resnais, "Aimer, boire et chanter" dont, au moment de l’entretien, on ne savait pas encore qu’il serait le dernier… Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

André Dussollier : «Quand on joue, il n’y a plus de masques»

Comment êtes-vous passé de ce texte, Diplomatie, que vous avez beaucoup joué au théâtre à sa version cinématographique ? Y avait-il une forme de désapprentissage ? André Dussollier : Avec Niels Arestrup, on était prêts à tenter une aventure nouvelle. Il y a eu des moments en jouant la pièce où je me suis dit c’est dommage qu’il n’y ait pas une caméra. Au théâtre, on est souvent de profil face au public, qui est loin. Diplomatie, c’est un sujet qui correspond bien au cinéma, cela nous donne le privilège de parler de façon douce comme les diplomates, on va affronter ces grands problèmes en face à face, d’homme à homme, en susurrant parfois alors que c’est la guerre autour de nous. Je pense que la diplomatie se passe comme ça, à mots feutrés. Ce n’est pas que ça n’allait pas au théâtre, mais on s’adaptait à des contraintes techniques différentes. Il fallait oublier tout ce qu’on avait fait au théâtre, et l’avantage, c’était de travailler avec un metteur en scène qui n’avait pas vu la pièce, et qui nous regardait comme s

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Diplomatie

ECRANS | De Volker Schlöndorff (Fr-All, 1h24) avec Niels Arestrup, André Dussollier, Charlie Nelson…

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

Diplomatie

Dans la nuit du 24 au 25 août 1944, le général allemand Von Choltitz, gouverneur de Paris, s’apprête à exécuter l’ordre d’Hitler : faire sauter les principaux monuments parisiens et provoquer une crue gigantesque de la Seine. Le consul suédois Nordling va, dans sa suite de l’Hôtel Meurice, tenter de le dissuader de pratiquer cette politique de la terre brûlée qui ne fait que reculer la débâcle inéluctable de l’armée allemande. Le sujet avait donné lieu à une pièce à (grand) succès de Cyril Gély et Volker Schlöndorff l’adapte ici à l’écran avec les deux comédiens qui avaient créé les rôles sur scène, Arestrup et Dussollier. Ce duo-là vaut le déplacement — mais Charlie Nelson en concierge bourru n’est pas mal non plus — même si, de manière assez curieuse, Arestrup a choisi d’adopter un accent allemand assez artificiel pour faire parler son personnage en français. Cela résume assez bien les vaines tentatives de Schlöndorff pour faire muter son matériau théâtral en œuvre de cinéma : les aérations du récit comme les possibilités d’y faire en

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Grands et nouveaux noms de la Berlinale

ECRANS | Après le palmarès rendu samedi par un jury emmené par James Schamus, bilan d’une Berlinale à la compétition très inégale, avec quelques révélations, dont l’Ours d’or "Black coal, thin ice". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 février 2014

Grands et nouveaux noms de la Berlinale

Huit jours à la Berlinale, c’est sans doute le meilleur moyen d’avoir un panorama fidèle de ce qui se déroule dans la production internationale. La compétition, à la différence de Cannes, n’aligne pas les grandes signatures mais mise, de façon parfois hasardeuse, sur de nouveaux auteurs et des films venus de pays en plein renouveau. On exagère cependant : il y avait deux cinéastes majeurs dans la compétition, et tous deux ont figuré en bonne place au palmarès. D’un côté Wes Anderson, dont le Grand Budapest Hotel est absolument génial, et qui est allé chercher un Ours d’argent très mérité — on lui aurait même donné sans souci la statuette dorée ; de l’autre Alain Resnais qui, après le ratage de Vous n’avez encore rien vu, redresse la barre avec Aimer, boire et chanter, moins lugubre et testamentaire que ses précédents, mais toujours hanté par les rapports entre théâtre et cinéma. La mort annoncée d’un des personnages, dont tout le monde parle mais qu’on ne verra jamais, va révéler chez des êtres vieillissants, pétrifiés dans leurs mensonges et leur vie bourgeoise, désirs et angoisses, pulsions de vie et peur de

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Berlinale 2014, jour 4. L’ombre de Terrence.

ECRANS | Things people do de Saar Klein. The Better angels de A. J. Edwards. In order of disappearance de Hans-Peter Molland. Aimer, boire et chanter d’Alain Resnais.

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Berlinale 2014, jour 4. L’ombre de Terrence.

On est déjà au milieu de notre Berlinale et plusieurs constats s’imposent. D’abord, la compétition est éclectique, et les deux exemples qui vont suivre dans notre billet du jour vont le prouver. Ensuite, le festival est de bonne facture. Si on le compare au voisin cannois, il connaît moins de très hauts, mais aussi moins de bas — peut-être passe-t-on à travers les gouttes et faisons-nous des choix judicieux dans son gargantuesque programme. Enfin, il fait une météo superbe à Berlin, et c’est la meilleure surprise de la semaine. Si on avait le temps — mais à cinq films par jour, c’est mission impossible — on irait bien flâner dans la ville, profiter du séjour… Allez, boulot, boulot, menuise, menuise ; il faut parler des films qui s’accumulent dangereusement au fil des jours. Deux héritages malickiens À chaque festival international, la même question se pose : y verra-t-on un nouveau film de Terrence Malick ? Le maître en a trois sur le feu, et Berlin n’aura pas eu la primeur de son Knight of cups, dont on ne sait trop dans quelles ornières de montage il a pu tomber. Pas de Malick en compétition donc, mais le panorama du festival a fait planer so

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Les Grandes ondes (à l’ouest)

ECRANS | De Lionel Baier (Suisse-Fr, 1h24) avec Michel Vuillermoz, Valérie Donzelli…

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Les Grandes ondes (à l’ouest)

1974. Fatigué d’entendre des mauvaises nouvelles sur ses ondes, le nouveau patron de la Radio Suisse Romande convoque le directeur des programmes pour lui intimer l’ordre de positiver l’antenne avec des reportages montrant à quel point la Suisse rayonne à travers le monde. Une jeune animatrice féministe, un vieux briscard souffrant de pertes de mémoire et un technicien roublard partent donc dans un Portugal encore sous la dictature pour mesurer l’aide suisse au développement du pays. L’argument est picaresque et Lionel Baier en tire d’abord une comédie farfelue et sarcastique emmenée par un Michel Vuillermoz excellent — en revanche, Donzelli rapatrie les insupportables tics de comédienne hérités de ses propres films… Peu à peu, le centre névralgique des Grandes ondes bouge avec l’Histoire en marche et la Révolution des œillets dans laquelle les protagonistes se retrouvent plongés malgré eux. Le film est alors nettement plus brouillon, mais son anarchie scénaristique et formelle fait finalement corps avec les événements racontés. Avec cette ode à la liberté sous toutes ses formes, Baier pense sans doute interroger notre actualité contemporaine et ses renoncements

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2014 : autant en emporte le Vent…

ECRANS | Après une année 2013 orgiaque, 2014 s’annonce à son tour riche en grands auteurs, du maître Miyazaki à une nouvelle aventure excitante de Wes Anderson en passant par les vampires hipsters croqués par Jarmusch et les flics tarés de Quentin Dupieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

2014 : autant en emporte le Vent…

Le Vent se lève, il faut tenter de vivre… disait le titre intégral du dernier film d’Hayao Miyazaki qui, après 25 ans au service de l’animation japonaise, a décidé de tirer sa révérence avec cette œuvre effectivement testamentaire. Réduite au seul Vent se lève pour sa sortie le 22 janvier, cette fresque narre les années d’apprentissage d’un ingénieur féru d’aviation, passion qui l’aveuglera sur la réalité de la guerre dans laquelle le Japon s’engage, mais aussi sur l’amour que lui porte une jeune fille qu’il a sauvée lors d’un spectaculaire tremblement de terre. En assumant la part la plus adulte de son cinéma et en se livrant en transparence à un troublant autoportrait en créateur obsessionnel, coupé du monde et de la vie, Miyazaki signe un chef-d’œuvre alliant splendeur plastique, force émotionnelle et intelligence du regard. Les Belles et les Bêtes Il sera le premier en cette rentrée à illuminer les écrans, mais 2014 ne sera pas en rade de grands auteurs, au contraire. On ronge bien sûr notre frein en attendant de découvrir la deuxième partie du Nymphomaniac de Lars von Trier (29 janvier), dont le

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Vous n’avez encore rien vu

ECRANS | À travers un dispositif sophistiqué mais vite répétitif, Alain Resnais interroge l’éternel retour de l’art et la disparition de ceux qui le font vivre, dans une œuvre plus mortifère que crépusculaire plombée par le texte suranné de Jean Anouilh. Fin de partie ? Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 20 septembre 2012

Vous n’avez encore rien vu

Depuis sa belle association avec Bacri et Jaoui, Alain Resnais semble tourner chacun de ses films comme si c’était le dernier, ou plutôt en intégrant à ses récits cette conscience du spectateur : maintenant nonagénaire, le réalisateur rédige manifestement son testament artistique. Pourtant, les relents d’angoisse qui venaient pétrifier l’hiver de Cœurs ou la fugue printanière des Herbes folles n’avaient rien de surprenants de la part d’un homme dont le premier film était un documentaire de montage sur les camps de concentration nazis… Si crépuscule il y a, c’est plutôt dans la forme des films : on avait beau parler de «légèreté» et de «fantaisie», on sentait de plus en plus que ce cinéma-là trahissait son âge. Vous n’avez encore rien vu ne laisse plus de doute : Resnais régresse ouvertement vers un temps (les années 40) où les prémisses de ce cinéma moderne dont il fût un des ambassadeurs voisinaient avec un néo-classicisme théâtral aujourd’hui poussiéreux. Retour vers le passé Il y a donc le dispositif : de

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Camille redouble

ECRANS | Noémie Lvovsky signe son meilleur film avec cette comédie à la fois burlesque et mélancolique où une quadragénaire revit ses 16 ans, retrouve ses parents défunts et son grand amour. Comme si Nietzsche, Coppola et la psychanalyse étaient passés à la moulinette d’une fantaisie foutraque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Camille redouble

Actrice condamnée à jouer les silhouettes dans des films gore, quadragénaire larguée par son mari Eric, Camille voit son existence partir à vau-l’eau, se laissant glisser dans les volutes de cigarettes et les vapeurs d’alcool — apesanteur retranscrite dans un générique génial, comme on n’en voit pas souvent dans le cinéma français. Par la grâce d’un horloger un peu sorcier (Jean-Pierre Léaud, apparition émouvante) et après un nouvel an entre copines très arrosé, elle fait un malaise et se réveille le 1er janvier 1985 à l’hôpital, quelques jours avant de rencontrer Eric et quelques semaines avant la mort de sa mère. Elle a toujours quarante ans dans sa tête mais pour son entourage elle en a à nouveau seize. Magie de la mise en scène : Noémie Lvovsky, qui a choisi avec courage de se mettre en scène dans le rôle de Camille, n’opère aucun rajeunissement physique pour marquer cette transformation. Ce coup de force figuratif est à l’image du film tout entier : absolument libre, s’appuyant sur la croyance du spectateur et lui offrant en retour un joyeux foutoir dans lequel se glissent de beaux moments de mélancolie. Grande école Camille est donc confrontée

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Jardins extraordinaires

ECRANS | Tout «résonne» avec la Biennale d’Art Contemporain, même le cinéma ! Un premier exemple au Comœdia cette semaine où l’artiste argentin Jorge Macchi présentera le film dont il s’est inspiré pour créer son œuvre présentée à la Biennale : L’Année dernière à Marienbad. CC

Dorotée Aznar | Vendredi 9 septembre 2011

Jardins extraordinaires

Si dans un premier temps ce sont les cinéastes qui sont allés chercher dans l’art de potentielles inspirations (on pense à la spectaculaire et orageuse collaboration entre Dali et Hitchcock sur La Maison du Docteur Edwardes ou à celle, récemment exhumée, entre le même Dali et Walt Disney), ces dernières années, ce sont les artistes (contemporains) qui ont fini par utiliser le cinéma comme matière de leur travail. On se souvient du 24 hour Psycho de Douglas Gordon, où le Psychose d’Hitchcock était diffusé au ralenti pendant une journée, transformant chaque photogramme en œuvre à part entière et lui conférant une signification nouvelle, purement esthétique et non plus narrative. La démarche de Jorge Macchi, artiste natif de Buenos Aires, consiste à l’inverse à extraire l’image de l’écran et à la matérialiser dans la réalité. Mais il n’a pas choisi n’importe quel long-métrage : L’Année dernière à Marienbad, dont il a recréé le jardin au milieu de l’architecture industrielle des usines T.A.S.E. de Vaulx-en-Velin, mettant ainsi les spectateurs à la place des acteurs, tout en conservant la dimension d’inquiétante étrangeté qui a dû accompagner sa découverte en 1961. Car le film de Res

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Viens voir les comédiens…

SCENES | Une saison de théâtre, c’est aussi, n’en déplaise aux puristes, une saison d’acteurs exceptionnels à découvrir sur scène. D’Arestrup à Catherine Frot, de Cantona à Romain Duris, passage en revue des «stars» de cette rentrée. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 1 septembre 2011

Viens voir les comédiens…

S’il y a un acteur qu’on n’attendait pas là, c’est bien lui. Qu’Éric Cantona, pour qui on a une affection particulière, s’associe à Dan Jemmett, metteur en scène ayant l’habitude de mettre en pièces le répertoire (on se souvient de sa Nuit des Rois d’après Shakespeare), pourquoi pas ? Mais que les deux aient trouvé comme terrain d’entente Ubu enchaîné d’Alfred Jarry, voilà qui a de quoi stimuler les attentes et laisser s’épanouir tous les fantasmes. Ce qui fascine chez Cantona, c’est ce corps à la fois massif et sportif, cette voix puissante et chantante (combien d’acteurs en France ont le droit de jouer avec leur accent d’origine ?) ; un drôle de comédien dans une drôle de pièce, où le tyran devient esclave mais conserve ses humeurs et ses emportements. Romain Duris aussi a su faire de son corps souple et nerveux un instrument de fascination pour les metteurs en scène de cinéma. C’est en le filmant pour son très raté Persécution que Patrice Chéreau, qui ne rechigne plus autant à revenir au théâtre, a décidé de le pousser sur scène, faisant de lui le nouvel interprète (après Pascal Greggory, qui a fait le trajet inverse de Duris, des planches à l’écran) de son auteur fétiche, Berna

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Dernier étage, gauche, gauche

ECRANS | D’Angelo Cianci (Fr, 1h33) avec Hyppolite Girardot, Fellag…

Christophe Chabert | Mercredi 10 novembre 2010

Dernier étage, gauche, gauche

Une barre HLM, un ado qui s’enferme dans un des appartements avec son père et un huissier venu les expulser, des policiers et un préfet tentant de le ramener à la raison ; les ingrédients d’un «drame de la banlieue» pontifiant et naturaliste sont là. Mais Angelo Cianci choisit de prendre tout ça à rebours et lorgne vers la comédie italienne pour offrir un regard différent sur un sujet d’actualité. Comédie italienne, cela veut dire mélange de légèreté et de sérieux, mais aussi ambition formelle, et la mise en scène est largement à la hauteur du challenge : scope judicieusement utilisé, belle photo, énergie constante des acteurs et de la caméra. Seul le scénario peine à suivre : des personnages sont sacrifiés (la femme de l’huissier jouée par Judith Henry ou la fliquette compréhensive), certaines séquences s’étirent ou se répètent un peu trop… Le film semble louper son format, à la fois trop long et trop court, mais témoigne en tout cas d’un talent de cinéaste à suivre.CC

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Chicas

ECRANS | De Yasmina Reza (Fr, 1h24) avec André Dussollier, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Jeudi 4 mars 2010

Chicas

Quand on laisse huit secondes de silence en moyenne entre chaque réplique, on a intérêt à s’appeler Bergman. Ce n’est pas le cas de Yasmina Reza, et "Chicas" n’est pas, mais alors pas du tout, un "Cris et chuchotements" moderne. C’est un grand vide prétentieux, une sorte de robinet d’eau tiède très mal écrit — dialogues et structure renvoient irrémédiablement aux racines théâtrales de la réalisatrice, à peine mis en scène, se voulant sociologique et mordant mais très complaisant envers le milieu d’où il vient… Face à cette purge qui laisse du temps de cerveau disponible pour la cogitation, un point revient à l’esprit du spectateur : peut-on aujourd’hui refuser quelque chose à Yasmina Reza, auteur de l’hagiographique portrait de campagne "L’Aube, le soir ou la nuit" ? CC

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Les amants de la nuit

ECRANS | Jacques Bral revient à l’Institut Lumière pour présenter la copie restaurée d’"Extérieur nuit", film culte fonctionnant sur l’entre-deux : entre deux décennies, entre la nuit et le petit matin, entre l’utopie et la désillusion… CC

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Les amants de la nuit

En 1980, alors que le cinéma français se cherche un deuxième souffle, la société française s’apprête à tourner la page : mai 68 va devenir mai 81, et l’esprit du premier échouera sur la réalité pragmatique et les nombreux renoncements du second. En apparence, "Extérieur nuit" ne parle pas de ça, puisque son scénario ne fait que prolonger ce qui est, depuis la Nouvelle Vague, l’ordinaire du cinéma d’auteur français : deux hommes, Léo-Lanvin, vaguement musicien, et Bony-Dussollier, lointainement écrivain, tombent amoureux de la même femme, Cora, conductrice de taxi la nuit dans les rues de Paris. Surface sensible aussi fascinante que le visage de son actrice Christine Boisson, Cora passe au fil de nuits sans sommeil de l’écorché au timide, de l’impulsif au cérébral, sans jamais s’abandonner à l’un ou à l’autre. Crépusculaire Il y a dans "Extérieur nuit" un parfum de "Jules et Jim", mais surtout quelque chose de "La Maman et la putain". Du film de Truffaut, on retrouve évidemment le triangle amoureux, mais aussi l’absence de commentaire moral sur cette situation ; quant à la filiation avec Eustache, elle se traduit surtout par un

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Une affaire d'État

ECRANS | De retour en France, le réalisateur de 'Maléfique' Eric Valette signe un polar politique intègre, noir, violent et efficace, en hommage au cinéma populaire des années 70. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 novembre 2009

Une affaire d'État

Le vent de la nostalgie souffle du côté des années 70, époque où le cinéma d’ici accouchait d’œuvres populaires dignes et couillues. Mais là où Christian Carion et François Favrat ratent le coche en signant des films datés dans le fond mais surtout dans leur forme, Eric Valette, plus malin, met à profit son expérience américaine (restée inédite chez nous) pour insuffler une vigueur très contemporaine à sa mise en scène et ne retient des 70’s qu’un esprit anar et nihiliste. Dès les premières séquences, où l’explosion d’un avion en plein vol raccorde avec une partouze feutrée entre pontes de la politique et de l’industrie, le cinéaste affirme qu’il ne fera pas de compromis avec les normes du prime time. C’est ce qui réjouit dans 'Une affaire d’état' : le film ne recule pas devant la violence de son récit, sans pour autant tomber dans la complaisance cracra (on est loin d’Olivier Marchal), et impose un tableau déliquescent de la démocratie française et de ses institutions. Le premier acte, où une tentative de libération d’otages ratée révèle un trafic d’armes avec l’Afrique conduite par un patron proche du président (André Dussollier, glaçant de cynisme poli), met ainsi à nu une pyram

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Les Herbes folles

ECRANS | D’Alain Resnais (Fr, 1h44) avec André Dussollier, Sabine Azéma…

Christophe Chabert | Mercredi 28 octobre 2009

Les Herbes folles

«Et si… Et si…» La voix-off des Herbes folles (celle d’Edouard Baer) pose son principe de possibles incongrus, de hasards débouchant sur la rencontre entre des êtres mal dans leur peau, dans leur couple, dans leur vie… Un «Incident» (titre du livre de Christian Gailly dont le film est l’adaptation) banal, le vol d’un sac, va provoquer un grand remue-ménage entre Marguerite (qui l’a perdu) et Georges (qui en a retrouvé le contenu dans un parking). Marguerite est seule, Georges vit avec femme et enfants mais, première surprise, c’est lui le plus instable des deux. Et c’est lui qui, au détriment de toute logique (sauf celle du scénario !), va faire enfler le fait-divers, persécutant par amour une femme dont il ne sait pourtant rien. Le goût du roman contre la monotonie de l’existence : c’est l’idée derrière le nouveau film-anguille d’Alain Resnais, qui s’offre comme un contre poison à l’amertume dépressive du précédent Cœurs. Vif, coloré, imprévisible, drôle, il est pourtant lézardé par les angoisses habituelles de l’auteur, quand bien même des herbes folles (comprenez : libres, incontrôlables) pousseraient au milieu de ce béton fissuré.

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Le Dernier pour la route

ECRANS | De Philippe Godeau (Fr, 1h47) avec François Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz…

Christophe Chabert | Mardi 15 septembre 2009

Le Dernier pour la route

Qu’allait donc faire Philippe Godeau, producteur français important, notamment de Pialat (Le Garçu) et Despentes (Baise-moi), une fois passé derrière la caméra ? Avec cette adaptation du récit autobiographique d’Hervé Chabalier racontant son passage en centre de désintoxication pour lutter contre son alcoolisme, Godeau s’efface devant son sujet, mais surtout devant ses acteurs. La mise en scène, à quelques affèteries en flashbacks près, cherche la discrétion et la note juste, une élégance invisible et efficace qui ne confond jamais objectivité et froideur, vérité humaine et psychologisme. Le Dernier pour la route est donc un film d’acteurs au sens le plus noble du terme : Cluzet, impressionnant, magnifique, bouleversant, mais aussi une Mélanie Thierry transfigurée, formidable en nymphette autodestructrice, incapable de saisir la main qu’on lui tend pour la sauver de la noyade. Les meilleures scènes du film prennent le temps de capter ce fil fragile où un destin peut basculer sur un geste, un regard, une parole mal dite, mal comprise ou mal interprétée. Un beau film, tout simplement. CC

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Musée haut, musée bas

ECRANS | de Jean-Michel Ribes (Fr, 1h33) avec Michel Blanc, Muriel Robin, André Dussollier…

Christophe Chabert | Vendredi 14 novembre 2008

Musée haut, musée bas

En théorie, il est ridicule de dire d’un film qu’il «n’est pas du cinéma». Après tout, si c’est filmé et monté, c’est projetable, donc c’est du cinéma. Mais Musée haut, musée bas, franchement, c’est pas du cinéma. L’écriture n’est qu’un amoncellement pénible de mots d’auteur sans une once de vie et de spontanéité. Et la suite de sketchs enchevêtrés au petit bonheur qui fait figure de scénario est aussi artificielle qu’un show télé dont le concept serait exploité jusqu’à l’overdose (les tribulations de spectateurs dans un musée, point). Enfin, le jeu des acteurs ne s’appuie que sur les codes du théâtre, de la diction aux entrées-sorties, et la caméra (enfin, la steadycam) tourne autour d’eux comme une toupie déréglée dans des décors-tableaux sortis de l’imagination d’un scénographe sous LSD. Impossible de rire, ou même de sourire, à ce truc vieillot, surgi de nulle part et alignant les clichés avec une méchanceté sinistre. La fin est un aveu : c’est un naufrage ! CC

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Le Crime est notre affaire

ECRANS | De Pascal Thomas (Fr, 1h49) avec André Dussollier, Catherine Frot, Claude Rich…

Christophe Chabert | Mercredi 8 octobre 2008

Le Crime est notre affaire

Pendant que Belisair Dussollier met son ordinateur «à la poubelle», Prudence Frot lui lance un cinglant «Ça sent le vieux !». Sacré Pascal Thomas ! Il faut être sûr de son coup pour ouvrir un film sur une séquence qui résume, avec humour, toute son œuvre récente. Alors, oui, cette suite de Mon petit doigt m’a dit sera encore plus old school et fière de l’être. Après le bâclé L’Heure zéro, Le Crime est notre affaire fait preuve d’un solide sens de la mise en scène, et l’intrigue d’Agatha Christie a cette fois suffisamment de substance pour contenter le spectateur jusqu’à la dernière séquence. Mais ça, à la limite, on s’en fout ! Scindant son couple de détectives amateurs en deux pour les besoins de l’histoire, Pascal Thomas propulse Prudence dans un château enneigé. Elle y découvre une famille partiellement rescapée du dernier Desplechin qu’un vieillard pingre — Claude Rich, avec une réplique géniale : «Elle est bonne, la soupe !» — couvre de reproches. De ce choc générationnel, il ressort que les vieux ne sont pas ceux que l’on croit, et qu’une quadra bien conservée suscite un appétit sexuel plus affolant qu’une blonde minette — qui court en jupe plissée dans les couloirs, au cas o

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Affaire de famille

ECRANS | De Claus Drexel (Fr, 1h30) avec André Dussollier, Miou-Miou, Hanke Kodja…

Christophe Chabert | Mardi 27 mai 2008

Affaire de famille

Ce nouvel effort pour redonner du tonus au cinéma de genre français est, une fois encore, décevant. Niveau scénario, il faut souligner l’originalité de la construction : après un casse a priori sans grande conséquence (la recette d’un match de foot), une famille se retrouve avec le magot sur les bras, la police en embuscade et les braqueurs à leurs basques. De petits mensonges en grandes tromperies, on découvrira cependant à travers une ludique alternance de points de vue que personne n’est tout blanc dans l’histoire. Si le casting, à l’exception embarrassante d’un Éric Caravaca à côté de la plaque, est plutôt convaincant, c’est bien la réalisation qui fait dérailler l’ensemble. Drexel hésite entre le réalisme télévisuel et une nécessaire stylisation, ce qui donne au film un rythme de sénateur aux antipodes de son modèle visible, la comédie noire façon Petits meurtres entre amis. La comédie manque de tempo, le polar manque de suspense, et seuls les coups de théâtre du script électrisent un peu le spectateur. Le sentiment final face à Affaire de famille est celui d’assister au brouillon d’une œuvre prête pour un hypothétique, et fatalement plus professio

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La Vérité ou presque

ECRANS | de et avec Sam Karmann (Fr, 1h35) avec Karin Viard, André Dussollier, François Cluzet...

Christophe Chabert | Mercredi 19 septembre 2007

La Vérité ou presque

Vaudeville comique dans le microcosme de la bourgeoisie quadra lyonnaise (à peine plus crédible que dans le Chabrol, ce qui est un exploit !), le nouveau film de Sam Karmann est le genre de produit inoffensif qui fera les beaux jours de France Télévisions d'ici quelques années. Autant dire que l'affaire se regarde avec distraction, à quelques détails involontairement amusants près, que l'on ne peut s'empêcher de raconter ici : Karin Viard y bosse à TLM, décrit dans le film comme un sommet de ringardise provinciale dirigé par un requin démago obsédé par le «local». Bon, toute ressemblance avec des faits et des personnes existants ne serait que pure coïncidence, hein... Les traboules y deviennent un lieu de drague homosexuelle, propices aux petits coups vite faits dans les coins sombres. Et cette classe moyenne-là baise dans les 4 étoiles et a les moyens de se faire livrer par le traiteur le repas du soir. Dernier point au crédit du film : chaque fois que François Cluzet apparaît à l'écran, pour défendre un personnage pourtant gratiné (un businessman macho et menteur), il est simplement génial. Cet acteur-là est un miracle. Dire qu'il surclasse tous ses camarades du cinéma français e

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