Nebraska

ECRANS | D’Alexander Payne (ÉU, 1h55) avec Bruce Dern, Will Forte…

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Avec Sideways et The Descendants, Alexander Payne semblait avoir mis un frein à l'écueil qui guettait son cinéma : une tendance au ricanement sardonique sur le dos de ses personnages, signe d'une douce misanthropie — ce n'est pas Ulrich Seidl, quand même. Nebraska voit ce penchant ressurgir à grands pas, alors que ce "petit" film laissait penser le contraire ; cette ballade entre un père vieillissant en voie de sénilité et son fils déprimé partis chercher ensemble un gros lot imaginaire avait tout pour installer une petite musique de feel good movie folk façon Une histoire vraie.

S'inscrivant dans le sillage du Nouvel Hollywood, de ses marginaux et de son mélange de spleen et de comédie — le noir et blanc et la présence du mythique Bruce Dern en attestent — Payne finit toutefois par déraper lorsque le tandem fait étape dans la ville de naissance du père, où il retrouve sa famille de ploucs débiles. Le cinéaste déverse sur eux une charge incompréhensible — notamment les deux gamins obèses et idiots, cibles privilégiées de ses attaques — comme si les bons sentiments inhérents à son récit lui donnaient mauvaise conscience au point de devoir les contrebalancer par leur inverse absolu.

Drôle de stratégie : pour créer de l'empathie, il faut aussi susciter de l'antipathie ; dans les deux cas, on peut reprocher à Payne de tomber dans la facilité, qu'elle soit mélodramatique ou caustique.

Christophe Chabert


Nebraska

De Alexander Payne (ÉU, 2h) avec Bruce Dern, Will Forte...

De Alexander Payne (ÉU, 2h) avec Bruce Dern, Will Forte...

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Woody Grant, un père de famille alcoolique, croit avoir gagner un million de dollars. L'un de fils accepte de le conduire jusqu'au Nebraska pour y recevoir son gain imaginaire. Sur le chemin, ils doivent s'arrêter dans une petite ville, lieu de naissance du père qui y retrouvent de vieilles connaissance et de la famille. Rassurez-vous, c’est une comédie !


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Remise en selle : "Nevada"

Drame | De Laure de Clermont-Tonnerre (Fr-É-U, 1h36) avec Matthias Schoenaerts, Jason Mitchell, Bruce Dern…

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Remise en selle :

Détenu asocial et mutique, enfermé dans sa colère et sa douleur, Roman arrive dans une prison du Nevada où sa juge le convainc de participer à un programme visant à dresser des mustangs. À leur contact, l’indomptable Roman renoue avec lui-même. Et les autres. Premier long-métrage d’une remarquable maîtrise, Nevada se révèle économe en mots, mais en dit long sur nombre de sujets connexes : d’une part la situation carcérale, l’aménagement des longues peines, le travail de réinsertion des détenus ; de l’autre la condition sociale et familiale de ceux qui ont été condamnés. Ces gens au col plus bleu que blanc payent parfois toute leur existence le prix d’une micro-seconde d’égarement — inutile d’insister sur la responsabilité du deuxième amendement garantissant le droit de porter une arme aux États-Unis, où se déroule le film. Si Nevada limite le dialogue, la réalisatrice préserve cependant de l’espace et du temps afin que les spectateurs assistent à un groupe de parole de prisonniers, durant lequel chacun explique pourquoi et depuis quand il est là. Non pour les juger

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Rien ne sert de raccourcir… : "Downsizing"

Le Film de la Semaine | Et si l’humanité diminuait pour jouir davantage des biens terrestres ? Dans ce reductio ad absurdum, Alexander Payne rétrécit un Matt Damon candide à souhait pour démonter la société de consommation et les faux prophètes. Une miniature perçante.

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Rien ne sert de raccourcir… :

Disparu en novembre dernier dans une consternante indifférence, le réalisateur français Alain Jessua aurait à coup sûr raffolé de l’idée. Cousinant avec ses fables d’anticipation dystopiques que sont Traitement de choc (1972) ou Paradis pour tous (1982), Dowsizing est en effet un de ces contes moraux où une “miraculeuse” avancée scientifique, perçue comme une panacée devant soulager l’humanité de tous ses maux, finit par se révéler pire remède que la maladie elle-même. La découverte est ici un procédé (irréversible) permettant de réduire les organismes humains afin d’économiser les ressources de notre planète surpeuplée, augmentant mathématiquement le patrimoine des sujets miniaturisés. Alléchés par cette perspective, Paul et son épouse s’inscrivent au programme. Mais au dernier moment, la belle se déballonne : Paul en est réduit à vivre rapetissé et seul. Au paradis ? Pas vraiment… À naïf, à demi-naïf Il y a deux actes biens distincts dans

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Cannes, à la Vie, à l’amour…

ECRANS | En couronnant ce qui est incontestablement le meilleur film de la compétition, "La Vie d’Adèle" d’Abdellatif Kechiche, Steven Spielberg et son jury ont posé un beau point final à un 66e festival de Cannes passionnant en son centre, sinon dans ses périphéries. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 mai 2013

Cannes, à la Vie, à l’amour…

Y croyait-on vraiment ? Imaginait-on Steven Spielberg se lever de sa chaise durant la cérémonie du palmarès cannois pour annoncer, du haut de sa stature de cinéaste mondialement reconnu et présentement président du jury, la Palme à La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, chef-d’œuvre du naturalisme à la française relatant la passion entre Adèle et Emma à coups de grands blocs de réalité réinventée, des premiers regards à la dernière étreinte en passant par de longs moments d’intimité physique ? C’est pourtant ce qui s’est passé, et on en est encore ému. Car si La Vie d’Adèle n’était pas notre film préféré de la compétition — on dira lequel plus tard — c’était d’évidence le meilleur, le plus incontestablement ample et abouti, le plus furieusement contemporain, que ce soit dans sa matière romanesque, ses personnages ou son dispositif. Kechiche est aujourd’hui l’héritier direct de Pialat, même s’il développe aussi sa propre singularité et même si, avec ce film-là, il dévoile sa part la moins sombre, la plus solaire, comme une antithèse absolue de son précédent et terrible

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Cannes – Jour 9 : Une certaine idée de la langueur

ECRANS | "Nebraska" d’Alexander Payne. "Michael Kohlhaas" d’Arnaud Des Pallières. "Magic Magic" de Sebastian Silva.

Christophe Chabert | Vendredi 24 mai 2013

Cannes – Jour 9 : Une certaine idée de la langueur

Jeudi matin, tout le monde était encore sous le choc de La Vie d’Adèle. Comme pour Holy motors l’an dernier, un film se plaçait soudain au centre de toutes les attentions. Plus encore qu’Holy motors l’an dernier, La Vie d’Adèle rassemblait peu à peu tous les festivaliers, presse, exploitants et finalement public lors d’une ultime projection qui se terminait vers une heure du matin par quinze minutes de standing ovation — record cannois en 2013. Dur dur de passer derrière, et c’est Alexander Payne qui en a fait les frais. Ça aurait pu être pire, car Nebraska est une toute petite chose, un feel good movie qui n’a pas l’ambition de Sideways et de The Descendants — d’ailleurs, Payne, scénariste prodigieux, n’en a pas écrit le sc

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Twixt

ECRANS | Adoptant l'adage bressonien voulant que le public ne sache pas ce qu'il veut, Francis Ford Coppola ne se soucie plus de plaire, il est libre. L'Homme (...)

Jerôme Dittmar | Jeudi 5 avril 2012

Twixt

Adoptant l'adage bressonien voulant que le public ne sache pas ce qu'il veut, Francis Ford Coppola ne se soucie plus de plaire, il est libre. L'Homme sans âge et Tetro annonçaient cette nouvelle condition surgissant comme un long processus de maturation dans sa carrière. Twixt lui ouvre une nouvelle voie, plus escarpée, plus radicale, qu'il faut atteindre avec la même exigence folle que son auteur. On ne trouvera pas chez lui d'objet plus vertigineux que cet épisode des Contes de la crypte tourné comme un film d'avant-garde rétro futuriste. Chef d'œuvre total aux allures de série B hybride, Twixt dresse une grande ligne verticale dans la filmographie de Coppola. Pour en sortir un méta-film onirique flottant sur les terres détournées de Stephen King ; un voyage mélancolique où le spectre d'Edgar Allan Poe guide Val Kilmer, écrivain sur le déclin, dans les limbes rêvées où gît le deuil de sa fille. Les grands motifs de l'auteur se mélangent : le temps

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The Descendants

ECRANS | À Hawaï, un architecte voit sa vie basculer après l’accident qui plonge sa femme dans le coma… Sur le fil de la tragédie et de la comédie, entre cinéma à sujet et chronique intimiste, Alexander Payne s’affirme comme un auteur brillant et George Clooney comme un immense comédien. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mardi 17 janvier 2012

The Descendants

Matt King est de ces êtres dont la vie ne fait pas de vagues. Architecte prospère, mari ordinaire, père évanescent, il laisse les jours s’écouler dans un Hawaï bouffé par l’urbanité, tentant de trouver un compromis avec le reste de sa famille pour vendre les terres que lui ont transmises ses ancêtres (ce sont eux, les «descendants» du titre). Un Américain moyen dans tous les sens du terme, comme aime à en observer Alexander Payne dans ses films, de L’Arriviste à Sideways en passant par Monsieur Schmidt. Dans cette Amérique moyenne, Payne voit l’Amérique tout court ; et il suffit d’un drame (la femme de King tombe dans le coma après un accident de ski nautique) pour que l’inconscient d’un pays rejaillisse à la surface. Vies minuscules Le problème de Matt King, c’est qu’il ne se rend même plus compte de la lâcheté dans laquelle il a plongé son existence. Cette lâcheté lui revient comme un boomerang en pleine tronche : à vouloir sans cesse trouver des arrangements avec ses proches, ceux-ci se sont détournés de lui, sapant son autorité, sa virilité et même sa cré

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Sideways

ECRANS | Étrange contre-pied à son précédent Monsieur Schmidt, le quatrième film d'Alexander Payne invente un no-style à la hauteur de ses personnages, deux anti-héros pathétiques et attachants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 16 février 2005

Sideways

L'accueil enthousiaste reçu par Sideways aux États-Unis et les louanges adressées à son réalisateur Alexander Payne pourront paraître démesurés. Car c'est bien sa mesure qui fait le prix du film : Sideways s'attache à suivre le trajet effectué par un écrivain raté et dépressif et un acteur de sitcom déclassé, en virée dans les vignes californiennes. L'acteur enterre sa vie de garçon pendant que l'écrivain tente d'enterrer le fantôme de son ex. Ces deux anti-héros ne sont pas plus glorieux que les personnages des films précédents d'Alexander Payne, mais le cinéaste semble avoir rengainé les armes de la charge satyrique qui l'avaient conduit auparavant du meilleur (L'Arriviste) au pire (Monsieur Schmidt). Autrement dit, Sideways est un film qui croit absolument dans l'humanité, même dans ses égarements et ses lâchetés. Ivres de vin et de littérature Pour cela, il faut prendre son temps. Le film le souligne à de nombreuse reprises : dans l'inscription des jours à l'écran, mais surtout dans la durée parfois sidérante des scènes. La plus belle de toute est celle où, tandis que Jack (le beau gosse) va tirer sa crampe avec

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