La Crème de la crème

ECRANS | Une immersion dans les grandes écoles de commerce où trois étudiants décident de monter un réseau de prostitution pour démontrer la force du marché : plus qu’un campus movie à la française, Kim Chapiron réalise la critique cinglante et fascinante de la jeunesse de droite. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Photo : © Wild Bunch distribution


C'est la soirée «The World is mine» sur le campus d'un quelconque HEC français : des petits clans se sont formés en fonction de leurs centres d'intérêts, les garçons draguent les filles, la techno emplit les enceintes… Soudain, les premières notes des Lacs du Connemara démarrent : les visages, déformés par l'alcool et la fatigue, entonnent en chœur les paroles, et cette noble élite de la nation se métamorphose en monstres primitifs échappés d'une toile de Jérôme Bosch.

À part, trois spécimens observent ce spectacle fascinant et effrayant, digne des chairs se trémoussant au ralenti au début de Spring Breakers ou des traders en rut du Loup de Wall Street : Dan, le juif timide, Louis, le bourge cynique et Kelly, la prolo ayant réussi à prendre l'ascenseur social. Ce ne sont ni des anarchistes, ni de dangereux gauchistes : juste des outsiders ayant choisi de regarder avec distance ce monde-là pour en utiliser les règles afin de lui faire les poches. Pour eux, le marché ne connaît pas de limite et s'applique à tout, et surtout à la sexualité et à la valeur des corps.

Market breakers

Cette thèse, digne de Houellebecq — dont un bouquin est cadré au détour d'une étagère — conduira donc à un campus movie pervers où le trio infernal montera un réseau de prostitution, allant recruter les filles parmi les travailleuses précaires — dont une distributrice de journaux gratuits — pour les offrir à ces gosses de riches. Ce que Kim Chapiron traque, c'est la culture de l'immédiateté qui gouverne une certaine jeunesse de droite, ses réflexes de classe, son culte de l'argent-roi et de la compétition. Mais plutôt que de le faire à travers un point de vue surplombant et moralisateur, il s'y immerge, en reproduit les moments-clés, en épouse la santé et l'humour.

Pas de doute cependant sur la visée de ce détournement verhoevenien ravageur : un slow se fait sur du Carla Bruni, une black est immédiatement surnommée Nafissatou et le dirlo de l'école est en contact téléphonique direct avec Le Monde pour déminer le scandale. Aucune haine dans le regard de Chapiron sur ses personnages, mais la fascination de l'ex-adolescent découvrant la génération qui le suit, ses rites et ses codes, et en éprouve autant d'«amour» que de «violence». C'est ce que chante Sébastien Tellier — autre grand fan de Verhoeven — à la fin, et cela résume parfaitement ce film assez impressionnant.

La Crème de la crème
De Kim Chapiron (Fr, 1h30) avec Alice Isaaz, Thomas Blumenthal, Jean-Baptiste Lafarge…


La crème de la crème

De Kim Chapiron (Fr, 1h30) avec Thomas Blumenthal, Alice Isaaz...

De Kim Chapiron (Fr, 1h30) avec Thomas Blumenthal, Alice Isaaz...

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Dan, Kelliah et Louis sont trois étudiants d'une des meilleures écoles de commerce de France. Ils sont formés pour devenir l’élite de demain et sont bien décidés à passer rapidement de la théorie à la pratique.


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Le Nord, le Sud, et le reste… : "L'Etat Sauvage"

Western | 1861. Alors que la Guerre de Sécession fait rage, les Français sont sommés par l’Empereur de rester neutres. Pour Edmond et les siens qui vivent dans le Sud, la situation devient intenable. Ils décident donc de rentrer au pays, mais doivent pour ce faire traverser un vaste espace sauvage.

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Le Nord, le Sud, et le reste… :

Ontologiquement lié à la geste légendaire d’un territoire conquis (asservi ?) par des immigrants, le western, genre labouré dans tous les sens, n’a cependant cessé d’évoluer grâce à des regards extérieurs, inattendus voire “défendus“ : la vision opératique de Leone lui redonna un sens épique, La Flèche brisée (1950) modifia la perception manichéenne des Indiens, l’ascèse de Kelly Reichardt (entre autres) pour La Dernière Piste (2011) développa sa dimension métaphysique. Hybridé, modernisé, tarantinisé, le western n’en demeure pas moins empli d’angles morts historiques ; une aubaine pour les auteurs de tous horizons : après Audiard ou Iñárritu, David Perrault s’y engouffre ici avec bonheur. Son approche est réjouissante car elle se trouve “à cheval“ — si l’on ose — entre les deux cultures européenne et américaine, et voit s’affronter spécificités et paradoxes propres à chacune (attitude vis-à-vis des Noirs affranchis ou non, des femmes…).

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Luchini, édition très limitée : "Le Mystère Henri Pick"

Comédie | De Rémi Bezançon (Fr, 1h40) avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Luchini, édition très limitée :

Une éditrice découvre dans une bibliothèque pour manuscrits refusés le roman d’un pizzaïolo breton que personne n’a jamais vu écrire une ligne de son vivant. Publié, le livre est un succès et suscite les doutes d’un critique télévisuel qui mène l’enquête en compagnie de la fille de l’écrivain… Si l’on met de côté les invraisemblances en chaîne du dénouement (qu’on ne révèlera pas ici) et les revirements incessants du personnage joué par Camille Cottin — rivalisant avec le chat de Schrödinger, puisqu’elle est à la fois l’alliée et l’ennemie de l’enquêteur tentant de prouver que son père est un imposteur —, on peut trouver crédible de voir Fabrice Luchini pratiquer la dissection littéraire avec l’opiniâtreté d’un microtome et le flux verbal d’un Onfray croisé Sollers. Dommage, en revanche, que Rémi Bezançon, lui, ne semble pas croire assez à son intrigue pour oser un vrai thriller, préférant une version édulcorée pour soirée télé où le bon mot et la pirouette tranquille viennent par convention conclure chaque séquence. Un exemple

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Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

Mademoiselle de Joncquières | La rencontre entre Emmanuel Mouret et Diderot provoque celle de Cécile de France avec Édouard Baer. Conversation avec trois d’entre eux — Diderot étant naturellement excusé…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

On savoure dans le dialogue de Mademoiselle de Joncquières chaque détail de sentiment, chaque atome de langue. C’est habituel chez vous, mais n’y avait-t-il pas ici pour vous une gourmandise supplémentaire ? Emmanuel Mouret : Dans un film en costumes qui se rapporte à une époque assez éloignée dans le temps, et d’autant plus un film XVIIIe, on est d’emblée porté sur ce plaisir des mots choisis et des personnages qui peuvent faire l’examen de soi en maniant avec dextérité la langue. C’est mon producteur qui avait très envie que je fasse un film d’époque : il pensait que, justement, on entendrait mieux mes dialogues avec cette distance du temps qui permet finalement de connecter plus directement. C’est comme les films de science-fiction ou les dessins animés, on n’a pas d’idée arrêtée sur ce que ça doit être. C’est donc un film où j’ai pu faire parler les personnages beaucoup plus librement que dans un film contemporain. Cette époque porte à incandescence la langue et les sentiments… Emmanuel Mouret : Toutes les ép

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Mensonges et trahisons (et plus si affinités) : "Mademoiselle de Joncquières"

Romance | de Emmanuel Mouret (Fr, 1h33) avec Cécile de France, Édouard Baer, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Mensonges et trahisons (et plus si affinités) :

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre ce lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une, que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne Emmanuel Mouret. L’autre, concomitante : que ne l’a-t-il exploré plus tôt ! Or rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant comme Bresson d’un extrait de Jacques le Fataliste, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne se contentait d’une cynique mécanique de vengeance, M

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Rosalie Blum

ECRANS | de Julien Rappeneau (Fr, 1h35) avec Noémie Lvovsky, Kyan Khojandi, Alice Isaaz, Anémone…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Rosalie Blum

On se réjouissait de voir portée à l’écran une BD parmi les plus originales de cette dernière décennie. Dommage que pour son premier film en tant que réalisateur, le scénariste Julien Rappeneau ait manqué le coche en signant cette adaptation de l’œuvre de Camille Jourdy. A-t-il été trop fidèle à l’original ? Pas assez rigoureux sur la direction d’acteurs ? Seul le décor urbain d’une province insipide (pardon pour la ville de tournage) semble ne pas souffrir de la transposition. Ce n’est pas le cas de certains personnages. Si Kyan Khojandi offre une neutralité bienveillante au sien, Noémie Lvovsky, dans le rôle-titre, surjoue l’effacement chuchoté avec une affection calamiteuse. Révélée dans des emplois pétulants, à l’aise lorsqu’il s’agit de faire passer force ou menace, la réalisatrice-actrice se montre beaucoup moins convaincante dans les minauderies. On se console ici avec des comédiens égaux à eux-mêmes (au point qu’ils doivent être inquiétants dans la vie quotidienne), Anémone et Philippe Rebbot. VR

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Insomniaque - Semaine du 19 au 25 mars

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : la soirée "La Crème de la crème" au Double Mixte, James T. Cotton au Sucre et Grems au Club Transbo. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 mars 2014

Insomniaque - Semaine du 19 au 25 mars

21.03 La crème de la crème Nous attendons beaucoup de La Crème de la crème, le troisième film du trublion Kim Chapiron, dans lequel des étudiants en école de commerce mettent en place un réseau de prostitution au sein de leur établissement. Nous attendons logiquement autant de la soirée éponyme qui promouvra la chose au Double Mixte. Surtout au regard de son line-up, composé de Claptone, de la superstar du remix The Magician (que de nuits passées à danser sur sa version du I Follow Rivers de Lykke Li...) et du mélodiste techno Joris Delacroix. 21.03 Macadam Mambo Analogique Residence Quel est le point commun entre entre la techno intoxiquée de James T. Cotton et la jungle bon marché de Soundmurderer & SK-1 ? Le même qu'entre la house bagarreuse de JTC, le post-punk pour série B de Charles Manier et l'abstract hip hop maxi-moelleux de Dabrye : le

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Dog pound

ECRANS | De Kim Chapiron (ÉU, 1h31) avec Adam Butcher, Shane Kippel…

François Cau | Lundi 21 juin 2010

Dog pound

Au sortir de l’expérience post-juvénile collective Sheitan, Kim Chapiron trouve rapidement le moyen de s’émanciper de la bande Kourtrajmé. Le producteur qui lui fait du gringue veut encore lui coller des ados dans les pattes, mais en taule, cette fois-ci. Le réalisateur part pendant un an recueillir des témoignages de gamins coincés dans des prisons pour mineurs, symbole méconnu par ici d’une Amérique répressive pas vraiment triomphante. Sur le même sujet, Chapiron revoit le saisissant Scum d’Alan Clarke, tourné dans l’Angleterre de la fin des années 70 – il en reprendra une séquence emblématique pour les besoins de son intrigue. Bilan moral : en trente ans, le système de détention juvénile en est toujours au même point et, pour ceux qui se posaient encore la question, non, sa privatisation ne résout absolument rien. Bilan artistique : fort d’une approche concernée de son sujet, Chapiron parvient à faire oublier le manque d’originalité de son film, en particulier grâce à ses saisissants comédiens. En tête desquels on ne peut pas louper l’incroyable Adam Butcher, dont même le doublage français (bien loin d’être aussi réussi que le prétend son réalisateur

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