Notre cher cinéma italien…

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Photo : "Mes chers amis" © R.P.A. Cinematografica / Rizzoli film


Depuis sa réouverture, Écully cinéma multiplie les initiatives réjouissantes, notamment autour d'une thématique audacieuse mariant musique et cinéma. Cette semaine, elle met le cinéma italien à l'honneur à travers une programmation réunissant classiques transalpins et avant-premières, ainsi qu'une série d'animations, de concerts et d'expositions.

Niveau films, donc, on pourra y voir le dernier Daniele Luchetti (Ton absence) et Ali a les yeux bleus de Claudio Giovannesi, précédé d'une excellente réputation et qui sortira sur les écrans à la fin du mois. On est perplexe en revanche sur Stop the pounding heart de Roberto Minervini, docu-fiction autour d'une famille américaine d'adorateurs de la Bible, où les belles images du cinéaste et sa neutralité bienveillante finissent par créer une désagréable empathie pour ces mabouls de la pureté armés jusqu'aux dents — si, comme nous, vous vous interrogez sur le point de vue de Minervini, il en discutera via Skype à l'issue de la projection.

Le plus beau morceau de cette programmation tient cependant aux classiques dénichés par ce festival tout nouveau tout beau : du film trip de Valerio Zurlini Le Désert des tartares, à classer parmi les expériences cinématographiques aux côtés du Convoi de la peur de Friedkin ou de Zabriskie Point d'Antonioni, à Mes chers amis, crépusculaire et néanmoins joyeuse comédie italienne à la réussite partagée entre Pietro Germi — qui décéda avant le tournage — et Mario Monicelli, en passant par deux raretés absolues, La Corruption de Mauro Bolognini et Primavera de Renato Castellani, c'est toute la splendeur du cinéma italien qui défilera sur l'écran d'Ecully…

Christophe Chabert

Ciné Italia
À Écully Cinéma, du 2 au 8 avril

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Écully, sempre italiano

ECRANS | Pendant dix jours, le centre culturel d’Écully et son cinéma proposent une superbe programmation autour de l’Italie, avec expositions, concerts et (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Écully, sempre italiano

Pendant dix jours, le centre culturel d’Écully et son cinéma proposent une superbe programmation autour de l’Italie, avec expositions, concerts et surtout films, pris dans l’actualité récente du cinéma transalpin ou dans son histoire, dont on connaît la richesse. Niveau actualité, deux avant-premières notables : Une belle fin d’Uberto Pasolini, certes tourné en anglais, à Londres et avec un casting 100% outre-Manche — dont l’excellent Eddie Marsan, hélas ici dans un registre monoexpressif et dépressif qui ne rend pas justice à son talent — mais signé par un cinéaste certifié italien. Bon, le film n’est vraiment pas notre tasse de thé, comme on l’expliquera la semaine prochaine au moment de sa sortie… En revanche, on a très envie de découvrir Leopardi de Mario Martone, biopic d’un poète majeur du XVIIIe siècle et étudiant rebelle envers sa famille d’aristocrates conservateurs. Parmi les films déjà sortis, il n’est pas inutile de conseiller encore et encore Hungry Hearts de Saverio Costa

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Classique chic

ECRANS | Le cinéma de patrimoine, par-delà le festival Lumière, va-t-il devenir le prochain enjeu de l’exploitation lyonnaise ? En attendant d’aller voir de plus près ce qui se passe en la matière, revue des classiques à l’affiche dans les mois à venir et focus sur l’intégrale Desplechin proposée au Cinéma Lumière en septembre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 23 août 2013

Classique chic

Le succès du festival Lumière aurait-il aiguisé les appétits ? Toujours est-il qu’il semble désormais certain que l’exploitation lyonnaise, saturée de multiplexes et peinant à trouver une solution à ce qu’il faut bien appeler le "blocage Moravioff", qui laisse les CNP dans une situation de précarité extrême, empêchant ainsi une exploitation décente pour l’ensemble du cinéma d’art et essai, regarde de près ce qui se passe sur le terrain du cinéma de patrimoine. UGC Ciné Cité Confluence et le Comoedia ont développé tout l’été une politique de programmation de classiques — parfois incongrus du côté de chez UGC, comme Trois femmes de Robert Altman — et Plein soleil a eu droit à une exposition sur les écrans comme on n’en avait pas vu depuis longtemps pour un film tourné il y a près de soixante ans ! L’Institut Lumière et Thierry Frémaux n’ont jamais caché leur envie de donner un petit frère à leur cinéma Lumière de la rue du Premier film, d’autres circuits s

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La traversée du "Désert"

ECRANS | Le retour sur les écrans, dans une copie restaurée à pleurer de beauté, du Désert des tartares, film maudit qui marque à la fois le point d’orgue et le point (...)

Christophe Chabert | Vendredi 14 juin 2013

La traversée du

Le retour sur les écrans, dans une copie restaurée à pleurer de beauté, du Désert des tartares, film maudit qui marque à la fois le point d’orgue et le point final de la carrière de Valerio Zurlini, tient du miracle autant que du mirage. En 1976, le cinéaste tourne, avec un casting impressionnant (Trintignant, Gassman, Noiret, von Sydow, Terzieff et, dans le premier rôle, un Jacques Perrin éblouissant) cette adaptation hallucinée du roman de Dino Buzzati aux confins de l’Iran, dans une citadelle en ruine au milieu du désert. Mais le film ne cherche pas l’épique, au contraire : affecté à Bastiano, sur une "frontière morte", un jeune lieutenant y découvre un microcosme militaire figé dans ses cérémoniaux, attendant une guerre qui ne vient pas, se construisant ses légendes et ses chimères pour donner un sens à sa présence et ne pas sombrer dans la folie. L’espace-temps du film tire constamment vers l’abstraction : à quelle époque sommes-nous ? Dans quel pays ? De quelle armée s’agit-il ? La citadelle devient ainsi un théâtre inquiétant d’où personne ne cherche vraiment à partir ; et quand le héros réussit en

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Cannes - Jour 3 : enfance et partage

ECRANS | "Stop the pounding heart" de Roberto Minervini. "Tel père, tel fils" d’Hirokazu Kore-Eda. "L’Inconnu du lac" d’Alain Guiraudie.

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Cannes - Jour 3 : enfance et partage

En attendant un samedi qui s’annonce salement excitant (avec Desplechin et les frères Coen, rien que ça !), ce vendredi a été frappé par une certaine nonchalance. On a gentiment tenu jusqu’au bout de Stop the pounding heart, qui bénéficie d’une généreuse séance spéciale hors compétition. Ce documentaire autour d’une tribu de Texans qui passent leur temps à faire du rodéo, prier Dieu, tirer avec des armes à feu et traire des chèvres, rejetant tout ce qui pourrait écorner leur système de valeurs archaïques — école, médecine, technologie — est déjà beaucoup trop joli pour être honnête. On a vraiment du mal à croire que le cinéaste (Roberto Minervini) a réussi à tirer autant de poses graciles de la part de ses «interprètes» dont le vocabulaire et l’intelligence avoisinent le zéro pointé, par la seule force de sa patience et de son obstination. Plus encore, la stylisation permanente de l’image et la neutralité du dispositif (ni voix-off, ni interviews) posent sérieusement la question du point de vue de Minervini sur ces mabouls : pense-t-il faire œuvre d’ethnologue en regardant comme une loint

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