Vengeance !

ECRANS | En filigrane d’une septième édition riche en invités, films rares et avant-premières célébrant le cinéma différent et dérangeant, le festival Hallucinations collectives fait une place aux vengeurs de tout poil et de tous calibres, défendant des causes diverses, réjouissantes ou… indéfendables ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Photo : "Au nom du fils" de Vincent Lannoo


Vous rentrez chez vous crevé par une longue journée de boulot mal payée, prêt à retrouver femme et enfants ; pas de bol, vous avez le malheur d'habiter dans un quartier pourri et une bande de délinquants pas forcément juvéniles et pas forcément colorés ont eu la mauvaise idée de violer et massacrer toute votre famille. Votre sang ne fait qu'un tour et vous voilà devenu aussi, sinon plus, sauvage que vos agresseurs, armé jusqu'aux dents, décidé à faire payer le prix fort à ces saligauds. Bref, vous voici transformé en vengeur urbain, sautant à pieds joints par-dessus les lois et prônant une justice expéditive bien plus efficace que la justice officielle, évidemment corrompue.

Ce scénario, quasi-immuable, a fait la fortune d'un sous-genre du cinéma policier baptisé selon la terminologie consacrée par les cinéphages — frange mordante et mal lunée de la cinéphilie — vigilante movie. Charles Bronson en Justicier dans la ville est l'emblème de ce "mouvement" qui relève de l'exploitation pure et dure et dont les valeurs penchent très très à droite. Le progressisme n'est pas de mise dans le vigilante movie, mais les cinéastes les plus malins ont su détourner cette idéologie en créant une distanciation subtile envers leur personnage d'apprenti facho.

Sans sommation

Au cours de cette septième édition d'Hallucinations collectives, on pourra ainsi redécouvrir un des films les plus tordus du genre : Vigilante, réalisé par William Lustig, loustic ayant déjà trompé son monde avec Maniac, portrait tout de compassion perverse envers un serial killer souffrant d'un Œdipe très mal réglé. Robert Forster — acteur qui, des années plus tard, fera un comeback éblouissant dans Jackie Brown, d'un autre maître du récit de vengeance, Quentin Tarantino — y est donc un citoyen ordinaire, gris et sans histoire ; mais, suite aux outrages faits à sa progéniture et à son épouse, il rejoint une milice clandestine pour dégommer les voyous puis le juge ripou qui l'a, comble du comble, envoyé à leur place derrière les barreaux. Forster traverse tout le film avec une mine de déterré comme s'il traînait une lourde culpabilité avant même de verser le premier sang ; une scène dingue le verra d'ailleurs se faire pourrir par sa propre femme, contusionnée et encore hospitalisée, qui le renverra à ses absences et à sa démission d'époux et de père. Pour l'identification, on repassera…

Dans le très raté Shield of straw — honni à Cannes et repêché par Hallucinations collectives pour une de ses seules projections françaises — Takashi Miike généralise la justice sauvage au Japon tout entier. Un milliardaire met la tête d'un pédophile à prix et une équipe de flics doit donc le protéger à pied, en train et en voiture contre cette vindicte populaire pouvant surgir de n'importe où et de n'importe qui. La critique du fascisme ordinaire n'est qu'un leurre : au bout du chemin, c'est bien la peine de mort qui attend le coupable. Ben quoi ? Tuer quelqu'un d'accord, mais proprement et au nom de la loi et de l'État.

Dieu, j'aurai ta peau !

La vengeance sauvage rend-elle le vengeur heureux ? Sa conscience sort-elle soulagée d'avoir rendu coup pour coup et balle pour balle envers ceux qui l'ont offensé ? Présenté en compétition au festival, Au nom du fils du cinglé belge Vincent Lannoo déporte la question vers les rives d'un anticléricalisme ravageur digne des grandes heures d'Hara-Kiri. Dans ce film bête — ça se discute — et méchant — c'est indiscutable — on voit une catho très tradi, animatrice dans une émission de libre antenne sur une version wallonne de Radio Courtoisie, découvrir : 1) que son mari est un maboul fondamentaliste obsédé par les armes et l'invasion de l'Occident par les Talibans ; 2) que son fils est gay ; 3) que son prêtre préféré est pédophile ; 4) que l'Église passe son temps à étouffer ce genre d'affaires compromettantes. Elle se transforme donc en justicière allant décimer prélats et évêques, dans un jeu de massacre qui fait office de catharsis pour le spectateur épuisé par l'hypocrisie religieuse malsaine des temps présents. Ça fait du bien, car ça fait très mal.

La vengeance, cependant, peut surgir de tous côtés, et les vengeurs prendre des apparences pour le moins surprenantes. Dans le méconnu et pour le coup hallucinant Baxter de Jérôme Boivin — qui présentera le film au festival — écrit par, excusez du peu, Jacques Audiard, un bull terrier pense à voix haute et off, livrant ses commentaires sur des humains animés par des sentiments contradictoires. L'instinct le pousse par exemple à envier un bébé ayant fait irruption au sein du couple qui lui avait offert une niche idéale et à manigancer un plan pour le supprimer. Passant de maître en maître, il atterrira chez un adolescent fan de Hitler et d'Eva Braun, en qui il trouve un tuteur sévère mais juste — du moins jusqu'à ce qu'il exterminela portée de chiots nés de son accouplement avec la jolie chienne d'en face.

Vengeurs à poils longs

Poils encore, mais de canis lupus cette fois avec Wolfen de Michael Wadleigh. Le film est un pur chef-d'œuvre, sa splendeur visuelle le disputant à l'intelligence de son propos et l'élégance de sa mise en scène. Wadleigh n'a tourné que deux films, celui-ci en 1981 et le docu-fleuve sur Woodstock en 1968, comme s'il avait, bien plus encore que Michael Cimino, fixé les bornes temporelles du Nouvel Hollywood, de l'utopie hippie au désenchantement face au retour de bâton reaganien et conservateur. Wolfen montre des meutes de loups, dont le dialogue dit qu'ils ont été exterminés en même temps que les Indiens américains — tiens, tiens… — hantant les ruines des villes — ici, New York — et se nourrissant des déchets de la société capitaliste et libérale : les exclus, malades et sans abri, dont l'Amérique ne sait plus que faire et qu'elle exile lentement vers ses périphéries pour bâtir ses grands ensembles dévoués au business et aux parvenus. Ici, la vengeance est celle d'une mauvaise conscience américaine dont les fondations reposent sur des génocides et qui se réincarnent dans une menace sauvage et belle, prête à assaillir de pas si honnêtes citoyens.

Des vengeurs justes, cela existe donc… Oui, mais dans des œuvres inclassables comme les affectionne particulièrement Hallucinations collectives.

Hallucinations collectives
Du 16 au 21 avril, au Comœdia

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Écrans Mixtes, les Hallus, la Caravane : les festivals se recalent

Cinéma | La proximité de la réouverture des salles datée au 19 mai, et la baisse — pour le moment — continue du taux d’incidence redonnent le moral aux organisateurs : Hallucinations Collectives et Écrans mixtes ont annoncé leur retour pour cet été.

Vincent Raymond | Vendredi 7 mai 2021

Écrans Mixtes, les Hallus, la Caravane : les festivals se recalent

Caravane des Cinémas d’Afrique Pas de chance pour la 16e édition de la Caravane des Cinémas d’Afrique du Ciné Mourguet ! Déjà contrainte d’annuler l’an passé, la biennale fidésienne reporte à nouveau son rendez-vous à 2022 mais en promettant (en sus de sa programmation) la présentation d’une création originale du styliste béninois Prince Toffa : une robe confectionnée à partir de 16 000 capsules de café. Ceux qu’il faudra avaler pour patienter ? Écrans Mixtes D’ici là, on se consolera avec — dans l’ordre d’apparition — Écrans Mixtes. Le festival de cinéma queer, qui avait fermé ses portes l’an dernier in extremis en présence de John Waters avant le premier confinement, tiendra sa 11e édition du 23 juin au 1er juillet avait. S’il avait déjà révélé sa

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Vous ne rêvez pas : Hallucinations Collectives va commencer !

Cinéma | La treizième édition du festival de cinéma de genre, prévue au printemps, aura bien lieu et commence finalement aujourd'hui. Rendez-vous au Comœdia dès aujourd'hui.

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2020

Vous ne rêvez pas : Hallucinations Collectives va commencer !

En leur for intérieur, les amateurs de cinéma de genre triskaïdékaphobes doivent se demander s’ils doivent jubiler ou être ravagés par l’angoisse : la treizième édition du festival Hallucinations Collectives qui n’a pas eu lieu à Pâques ressuscite… treize semaines pile après la Trinité. Coïncidence ? À mettre au crédit de quelque esprit fort, démoniaque ou fort démoniaque, alors. Et par une ironie encore plus mordante, la programmation intègre parmi ses thématiques une rétrospective en quatre films baptisée “Vaudou : Walking with the Zombies”, complétée par l’adaptation d’un manga, I am a Hero, par Shinsuke Sato. En ces temps de Covid-19 — qui, outre le décalage de la manifestions, influe évidemment sur son organisation en supprimant les votes du public pour les films en compétition — on ne s’étonnera pas de voir d’autres productions anticiper des problématiques de contamination. C’est le cas avec le film d’ouverture, Colour Out of Space, du revenant Richard Stanley, interprété par le non-moins miraculé Nicolas Cage : dans cette adaptation de Lovecraft la maladie

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Hallucinations Collectives : écran noir, série rose & carte blanche

Le programme | Elle claque ! Par son graphisme, sa symbolique, autant que par ce qu’elle promet de la programmation, l’affiche du festival de l’Autre cinéma est — comme toujours — une réussite. À l’image de ce que devrait être cette édition. Petit tour d’horizon du menu…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Hallucinations Collectives : écran noir, série rose & carte blanche

Subversive, l’image d’une Lady Liberty noire l’était certainement dans les années 1970 ; il se peut hélas qu’elle le soit redevenue aujourd’hui, alors que les suprémacistes blancs affichent de manière décomplexée leurs haines multicolores. Si l’époque voit les mentalités régresser, autant lui rafraîchir la mémoire. Avec leur rétrospective “Unexploited“, les Hallus rappellent que le cinéma a contribué à inscrire les Afro-Américains dans la société US et à leur donner une visibilité au-delà des clichés hollywoodiens, à les faire exister comme personnages et non comme “types sociaux“ ou alibis. En complément de l’iconique Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (1971) de Melvin Van Peebles, on découvrira Ganja & Hess (1973) de William Gunn, Top of the Heap (1972) de Christopher St. John et une œuvre parfaitement méconnue de Jules Dassin, Point Noir (1968). À ce sujet, si vous êtes en quête de films inclassables ou ayant totalement disparu des radars, des écrans et des écrans-radars, la section “Cabinet de Curiosités“ saura sans nul doute étancher votre s

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Hélène Cattet & Bruno Forzani : « on fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

Hallucinations Collectives | Invités d’honneur d’un festival qui ne leur a jamais fait défaut — à raison : ils sont sans doute avec Mandico les plus fervents pratiquants d’un “autre“ cinéma — le duo Hélène Cattet & Bruno Forzani a composé une Carte Blanche à son image. Bref échange en guise de mise en bouche.

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Hélène Cattet & Bruno Forzani : « on fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

Le fait d’œuvrer dans un collectif — à partir de deux, vous constituez déjà un collectif, non ? — exacerbe-t-il vos penchants respectifs pour les formes et formats “hallucinatoires“ ? Hélène Cattet & Bruno Forzani : D’une certaine manière, oui, car dans la dynamique d'écriture en duo, on essaie tout temps de déstabiliser l'autre et de le faire halluciner avec des séquences auxquelles il ne s'attend pas. Irréductible à un genre, votre cinéma revendique au contraire l’hybridation et le mélange, voire cette “impureté“ que Epstein attribuerait au diable. Le territoire que vous dessinez film après film appartient-il à un Enfer perdu ? À un enfer qu'on essaie de trouver, plutôt. Il n'est pas vraiment perdu car il n'existe pas, il faut à chaque fois le créer de toutes pièces. L’hermétisme/conformisme français vis-à-vis du genre ne surmarginalise-t-il pas votre travail ? Est-ce vivable d’un point de vue artistique et économique ? C'est difficilement vivable, mais on fait ce qu'on aime, donc ça n'a pas de prix, o

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L'envoûtante sélection d'Hallucinations Collectives

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Pierre Deroudilhe | Mardi 27 mars 2018

L'envoûtante sélection d'Hallucinations Collectives

C'est sous le signe du pentacle et de la sorcellerie que l'association Zone Bis place cette année son festival Hallucinations Collectives, avec sa thématique Sabbat Mater. Séduisante (et dangereuse ?) sélection, pour laquelle nous invoquerons le cultissime Season of the Witch (1972) de George A. Romero. Le réalisateur disait de cet OVNI cinématographique : « c’est, de tous mes films, celui dont je voudrais faire un remake, car il reste toujours d’actualité. » Figure d’émancipation, de résistance, victime de l’opprobre des masses, la sorcière définit en creux la société qui l’a créée : un monde où règne la toute puissance du bon goût et la tyrannie du politiquement correct. Les organisateurs démentent toute tentative d’envoyer un message politique, Zone Bis précisant que leur seul militantisme est celui du cinéma audacieux : les films militent d’eux-mêmes. Durant tout le festival, les œuvres ne seront pas du genre "politiquement correct". Fidèle à son principe, l’association présente un cinéma délaissé par les circuits de distribution traditionnels. Une programmation complètement décalée, un dépaysement assuré. On r

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"Prince of Tears" : les pleurs du mâle

Baxter Dury | Un classique de la pop que l'album de rupture, de Bob Dylan (Blood on the Tracks) à Peter Gabriel (Us) en passant par Bon Iver (For Emma, forever ago) (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 27 février 2018

Un classique de la pop que l'album de rupture, de Bob Dylan (Blood on the Tracks) à Peter Gabriel (Us) en passant par Bon Iver (For Emma, forever ago) ou même ABBA (The Visitors). Lequel intervient souvent à cet âge semi-mûr où la rupture se trouve en capacité de vous laisser bien en travers. De rupture, le sémillant Baxter Dury en a connu une qui l'a conduit à écrire dans la douleur Prince of Tears. Mais comme le Londonien ne fait jamais rien comme tout le monde, il a conçu la chose à sa manière, incorporant quelques éléments biographiques remontés à la surface à cette occasion et suffisamment d'autodérision maison pour appuyer sur la douleur autant que la masquer derrière des personnages de son invention, doppelgängers du chanteur qui sont autant de frères de souffrances que de marionnettes. C'est ainsi que le désordre et la colère qui l'ont habité au moment de cette rupture s'incarnent, sur ce Miami qui ouvre l'album, dans l'errance d'un type totalement pathétique qui se voit flamboyant quand il n'est qu'une mèche courte. Basse ronde, synthé, guitare funk, spoken word,

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Baxter Dury : « pointer nos contradictions et nos faiblesses »

Pop | Avec Prince of Tears, son dernier disque, vrai-faux album de rupture, et véritable œuvre existentielle, Baxter Dury a sans doute livré son album le plus abouti. Entre grandeur et décadence, mystère et transparence, le Londonien, également prince du cool, continue de passer les failles du mâle contemporain au révélateur de cette autodérision qui est sa marque de fabrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 février 2018

Baxter Dury : « pointer nos contradictions et nos faiblesses »

Le sujet de Prince of Tears est celui d'une rupture amoureuse que vous avez vécu. Or vous avez beaucoup dit ne pas vouloir en faire un album trop personnel et encore moins un concept album. Avez-vous besoin de mettre à distance toute tentation de vous laisser aller au sentimentalisme ? Baxter Dury : Non, ce n'est pas vraiment ça... C'est surtout que cette rupture est un prétexte pour aborder plein d'autres sujets comme celui de l'enfance [comme sur la chanson Oï qui évoque un épisode de cour de récré où Baxter se fait casser la figure par un camarade, NDLR], ce genre de choses. En fait, j'ai surtout essayé de faire des chansons brillantes, de m'appliquer à leur donner une couleur, d'en travailler les détails pour faire naître et grandir un certain mystère. La tonalité de Prince of Tears est quand même nettement plus mélancolique que celle de votre précédent disque, It's a pleasure... C'est vrai que ces deux albums sont très différents mais je ne crois pas que Prince of Tears soit moins joyeux qu'It's a pleasure. Il est simplement plus honnête, il parle de la vraie vie

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La cité obscure de Rone au Transbordeur

Synth-Pop | Nouvel album enchanteur pour Rone, qui explore une ville imaginaire au sein de Mirapolis, disque nourri de guests : à savourer live au Transbordeur ce mercredi.

Sébastien Broquet | Mardi 30 janvier 2018

La cité obscure de Rone au Transbordeur

Patiemment, Rone se façonne son univers. Pas juste un son, mais un écosystème où naviguent d'autres explorateurs interconnectés, se nourrissant les uns des autres pour former une biomasse dont Rone serait le ferment. Avant même de jeter une oreille, on a déjà compris : le visuel de la cover est signé Michel Gondry et c'est comme une évidence, ces deux personnages totalement lunaires ne pouvaient que se reconnaître mutuellement... C'est le clippeur de Björk et Kylie Minogue qui a fait le premier pas, contactant le musicien. Le titre, ensuite, qui découle de cette pochette ébouriffée du réalisateur de Eternal Sunshine of the Spotless Mind : Mirapolis. Cinécompatible et bédéphile, assurément, tel un Fritz Lang old skool, une plongée science-fictionnesque dans une ville de

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Les concerts à ne pas louper

La Rentrée Musique | La trêve des confiseurs à peine achevée, la dinde à peine digérée, voilà que redémarre déjà la saison des concerts. Pour vous éviter une autre indigestion, nous avons sélectionné pour vous, d'une main innocente, incontournables et découvertes de cette nouvelle année.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 janvier 2018

Les concerts à ne pas louper

Bertrand Burgalat & AS Dragon Avec l'album Les Choses qu'on ne peut dire à personne, le gentleman de la pop française et patron plénipotentiaire du label Tricatel a effectué l'an dernier un retour plutôt magistral, se livrant paradoxalement comme jamais. Musicalement, où le spectre burgalatien (comme on dirait martien) s'étend de la pop à la bossa, de l'électro à l'easy listening, ou au cœur de ses textes, rappelant parfois le Présence humaine de Houellebecq. Une bonne nouvelle qui en amène une autre puisque le maître se produira en concert avec son groupe de (presque) toujours : les redoutables AS Dragon. Au Sonic le mercredi 24 janvier (avec Catastrophe) Pierre Lapointe « La science du cœur est un objet d'abstraction propulsée par la volonté qu'ont les gens tristes à se laisser toucher » chante Pierre Lapointe en ouverture de son album La Science du cœur. Cette science, c'est peu de dire que

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10 Hallus Cinés

ECRANS | Dix bougies soufflées et 1000 univers à dévorer ! Point de ralliement pour tous les cinéphiles déviants, Hallucinations collectives rouvre les portes de sa (...)

Julien Homère | Mardi 4 avril 2017

10 Hallus Cinés

Dix bougies soufflées et 1000 univers à dévorer ! Point de ralliement pour tous les cinéphiles déviants, Hallucinations collectives rouvre les portes de sa “Chambre des Merveilles” regorgeant de nouveautés aussi folles que drôles, tantôt connues, tantôt oubliées. Digne d’une chasse aux œufs punk, la soirée d’anniversaire régalera ses invités d’une ribambelle de court-métrages, clips et bandes-annonces inédits, en passant par la projection d’un film secret en avant-première mondiale. En plus d’accueillir Fabrice Du Welz, pont à lui seul de la Belgique aux États-Unis avec son Message from the King en avant-première, attardons-nous un instant sur deux films qui résument le sens de cette manifestation, antinomiques sur la forme mais oniriques dans le cœur : Soy Cuba de Mikhaïl Kalatozov et Litan de Jean-Pierre Mocky. Redécouvert dans les années 1990, le pre

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Hallucinations Collectives se dévoile

Festival | Oyez ! Oyez ! Hallucinations collectives dévoile sa 10ème programmation avec des infos juteuses… pour ne pas dire saignantes ! Sévissant du 11 au 17 avril, le festival accueillera des invités de choix et des avant-premières à la pointe de l’actualité pour le plus grand plaisir de tous les cinéphiles déviants.

Julien Homère | Vendredi 24 mars 2017

Hallucinations Collectives se dévoile

Notons la présence du phénomène Get Out de Jordan Peele, petit thriller terrifiant qui ravage le box-office US au point de rallier William Friedkin lui-même à sa cause. Le culte Fabrice Du Welz viendra présenter son polar énervé Message from the King, avec l’étoile montante Chadwick Boseman. La France aura pour représentant Xavier Gens pour la séance d’Hitcher de Robert Harmon, série B jouissive avec Rutger Hauer. Il n’y a pas qu’au rayon des exclusivités que l’association Zone Bis a marqué le coup pour cette édition anniversaire. En plus d’offrir une soirée commémorative le vendredi et une nuit Hallucinations auditives avec Joe La Noïze & Ta Gueule, le cinéma Comœdia verra s’imprimer sur ses toiles plusieurs classiques oubliés tels qu’Opéra de Dario Argento,

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Green Room : no future

ECRANS | Un groupe punk à la dérive vérifie à ses dépens la réalité du slogan No Future en se produisant devant un public de fachos. S’ensuit un huis clos surprenant, avec larsen et acouphènes modulés par Jeremy Saulnier. Prix du Petit Bulletin lors du dernier festival Hallucinations Collectives.

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

Green Room : no future

On le sait depuis Psychose d’Hitchcock : les films qui bifurquent sans crier gare dans l’hémoglobine méritent toujours qu’on consente un détour en leur direction. Faisant mine de nous emmener dans des contrées connues, ils se plaisent à nous projeter au milieu d’un ailleurs terrifiant confinant parfois au nulle part — cette terra incognita cinématographique qui se réduit comme une peau de chagrin. Green Room appartient à cette race bénie d’œuvres maléfiques se payant même le luxe de changer plusieurs fois de directions. Conservant le spectateur pantelant, dans un état d’incertitude en accord avec l’intranquillité seyant à des personnages de survival. Et ourlant ses massacres de ponts rock (ou plutôt punk) du plus bel effet. Haches tendres et battes de bois Partant d’un chaos dérisoire, de la situation minable d’un groupe tirant le diable par la queue, Green Room semble brandir l’étendard d’une comédie ingénue, laissant entrevoir de fines plaisanteries sur les musiciens à cheveux gras, leur combi pourri ou les parquets en bois norvégien. On s’attend à une succession de mésaventures anecdotiques — tendanc

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High-Rise

ECRANS | L’architecture du chaos selon Ballard, avec Ben Wheatley en maître d’ouvrage servi par la charpente de Tom Hiddleston… Bâti sur de telles fondations, High-Rise ne pouvait être qu’un chantier prodigieux, petits vices de forme inclus.

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

High-Rise

En septembre dernier, le ministère de la Défense français emménageait dans ses nouveaux quartiers, à la froideur grise et géométrique, sur le site Balard. Au même moment était projeté à Toronto la première du film High-Rise, adaptation d’un roman publié en 1975 par J.G. Ballard, décrivant l’inéluctable échec d’un projet urbanistique. Lier ces événements synchrones autrement que par leur vague homophonie semble insensé. Cependant, tous deux nous ramènent à cette éternelle obsession humaine pour l’édification ; ce tabou sans cesse transgressé depuis Babel par des créatures se rêvant créateurs, et fabriquant des citadelles… Mais laissons pour l’heure l’Hexagone-Balard : le film métaphorique de Wheatley a plus à dire que la grande muette — sur notre société d’hier, mais aussi sur la manière dont elle a accouché d’aujourd’hui. La cité rageuse Trouble mixte entre culte nostalgique pour un passé idéalisé et franche défiance vis-à-vis d’un futur instable, High-Rise revendique sans le dater précisément son ancrage dans les seventies. Jamais trop excentriques, décors et costumes portent la marque de ce temps révolu, instaurant cette distan

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Hallucinations collectives fait du 9 (même avec du vieux)

ECRANS | Pâques vous casse les œufs ? Optez pour une alternative certes moins cacaotée, mais enrichie en sensations filmiques : Hallucinations collectives, un (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Hallucinations collectives fait du 9 (même avec du vieux)

Pâques vous casse les œufs ? Optez pour une alternative certes moins cacaotée, mais enrichie en sensations filmiques : Hallucinations collectives, un festival amoureusement moulé à la louche par les comparses de ZoneBis. Creuset des sous-genres d’hier et des formats divergents d’aujourd’hui, ce rendez-vous désormais incontournable est le seul endroit où peuvent se côtoyer sans hypocrisie du trash, de l’avant-garde, du porno, de la poésie — en gros, cette liberté imprimée sur pellicule ou DCP défrisant tant les congestionnés du slip ces derniers temps, qu’ils se précipitent à la barre pour tenter de lui attirer des verges. L’apoplexie les guette cette année avec un zoom consacré à l’ultra prolifique Jesús “Jess” Franco (trois films dont Crimes dans l’extase et Les Inassouvies), une carte blanche à Lucille Hadzihalilovic (plus la projection de son Innocence de 2004), de grandes reprises : l’angoissant Phase IV du génial Saul Bass, histoire de méditer sur la fragilité humaine face aux insectes ; Créatures célestes, pour se rappeler que Peter Ja

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Musilac – Du 10 au 12 juillet – Aix-les-Bains (73)

MUSIQUES | Il est des festivals qui parviennent à concilier l'inconciliable. C'est le cas de Musilac qui, en bordure d'un lac cher à Lamartine, parvient à mélanger l'eau de l'exigence populaire et l'huile d'actes de bravoure artistiques, nécessité économique et prise de risques, David Guetta et Alt-J. Sélection pas complètement au débotté. Stéphane Duchêne

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Musilac – Du 10 au 12 juillet – Aix-les-Bains (73)

Alt-J Dans Alt-J, le "J", se prononce "Djé" à l'anglaise, mais aussi comme dans "genius". Car c'est un peu ce qu'est le quatuor de Leeds : une bande de petits génies à laquelle il n'est pas toujours aisé d'être sensible, tant cette pop versatile est sophistiquée et trompeuse. Sournoise presque, dans sa manière de nous embarquer – incroyable morceau que Every Other Freckle sur This Is All Yours. Alt-J, c'est la confirmation en 2015 que la pop peut se compliquer la vie et avoir la folie des grandeurs, du moment qu'elle se donne les moyens de les atteindre.

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Hallucinations Collectives : une compet' hallucinante

ECRANS | Cette année, Hallucinations Collectives a fait une récolte proprement mirifique en ce qui concerne les inédits et avant-premières soumis à appréciation du jury, (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Hallucinations Collectives : une compet' hallucinante

Cette année, Hallucinations Collectives a fait une récolte proprement mirifique en ce qui concerne les inédits et avant-premières soumis à appréciation du jury, du public et, pour la première année, du Petit Bulletin, puisque notre fine équipe remettra un prix lors de la cérémonie de clôture. On notera tout d’abord le retour de Peter Strickland, qui avait remporté le Grand Prix en 2013 avec Berberian Sound Studio, pour The Duke of Burgundy, exploration hallucinée d’une relation lesbienne et sado-maso. Le film est produit par Ben Wheatley, titulaire du Grand Prix du festival en 2012 pour son magnifique Kill List. Le génial Alex De La Iglesia avait pour sa part été lauréat de la distinction avec son chef-d’œuvre, Balada Triste, en 2011

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Christophe Gans invité d'Hallucinations collectives

ECRANS | Il faut l’avouer, Christophe Gans a longtemps été un de nos héros. De ceux qui nous ont fait découvrir des cinéastes majeurs comme Carpenter, Friedkin, Tsui (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Christophe Gans invité d'Hallucinations collectives

Il faut l’avouer, Christophe Gans a longtemps été un de nos héros. De ceux qui nous ont fait découvrir des cinéastes majeurs comme Carpenter, Friedkin, Tsui Hark et qui nous ont donné envie d’écrire sur le cinéma. Et une fois cet ancien journaliste de Starfix passé derrière la caméra, il nous a fait croire que le cinéma de genre s’était trouvé en France un styliste majeur. Aussi, lorsque nous sommes sortis dépités de La Belle et la Bête, le sentiment était celui d’avoir tué le père, avec ce que cela implique de mélancolie et de culpabilité. Heureusement, grâce à Hallucinations Collectives, tout est pardonné : en l’invitant à choisir trois films pour une carte blanche résolument surprenante, le festival prouve que Gans est resté un cinéphile pointu prêt à se faire le défenseur de toutes les formes d’innovations en matière de mise en scène — on n’a pas oublié par exemple ses visionnaires analyses à la sortie d’Avatar. I

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Hallucinations collectives : la politique des horreurs

ECRANS | Le festival Hallucinations collectives s’impose désormais comme un rendez-vous incontournable pour les cinéphiles lyonnais. Cette année, entre une compétition de films inclassables, des raretés empruntées à l’histoire bis du cinéma et l’invitation lancée à ce grand cinéphage de Christophe Gans, le festival poursuit son exploration d’une autre politique des auteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Hallucinations collectives : la politique des horreurs

L’important dans l’expression «politique des auteurs», disait avec un peu de retard et d’opportunisme François Truffaut, ce n’est pas le mot «auteurs» mais bien le mot «politique». Pourquoi citer l’institution truffaldienne en ouverture d’un papier sur ce festival tout sauf institutionnel qu’est Hallucinations Collectives ? Peut-être parce que ses organisateurs ont, mieux que personne, pris la précision du réalisateur du Dernier métro au pied de la lettre. Qu’on regarde, même d’un œil distrait, leur — fabuleuse, tant il n’y a strictement rien à jeter dedans — programmation de 2015, et cela sautera aux yeux : on y croise certes des grands noms acclamés bien au-delà des amateurs de cinéma de genre ou de films bis : Dario Argento, David Cronenberg, Mario Bava, Lucio Fulci et même Ridley Scott… Mais ils voisinent avec d’autres cinéastes souvent regardés comme mineurs, à tort ou à raison (Ruggero Deodato, Larry Cohen, Shinya Tsukamoto) sans parler de quelques parfaits inconnus (Wakefield Poole, Paul Donovan ou Piero Schivazappa) et des cinéastes débutants qui forment le bataillon d’une très alléchante compétition. Cette mosaïque

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Pour le plaisir

MUSIQUES | Avec "It's a pleasure", son dernier album, la démarche (faussement) coolissime de Baxter Dury ne varie gu-re depuis le gros succès d'estime de "Happy Soup" : elle reste souple, chaloupée et juste ce qu'il faut de tubesque. Démonstration le 6 mars à Feyzin. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mars 2015

Pour le plaisir

Il fallait être à son concert de décembre 2011 à l'Epicerie Moderne pour mesurer le pouvoir d'attraction et de séduction un peu j'men-foutiste de Baxter Dury. Et ses qualités de showman aussi. C'était l'époque Happy Soup, celle de la re(co)naissance – Dury ayant publié dans la décennie précédente deux formidables albums que presque personne ne prit le temps d'écouter –, Baxter, fils de Ian, s'était mis à dérouler une sorte de démarche un peu schlass (sans doute contractée pendant 6 ans de traversée du désert pieds nus), de classe fatiguée et marmonnée, sur des chansons pour la plupart tubesques sans en avoir conscience car par avance trop fatiguées pour le succès. Et ce fut pourtant le succès qui l'emporta, sans doute de par la torpeur irrésistible dans laquelle Dury venait de plonger tout le monde, confisquant ainsi la force nécessaire à toute tentative de l'ignorer. En France surtout, où son charme cockney fait so élégamment british qu'on en connaît qui tartineraient volontiers du lemon curd sur son torse couleur crumpet. A côté de ses pompes Au premier abord, on pourrait voir en

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Bruits de saison

MUSIQUES | Est-ce parce qu'on commence à être habitué à ce genre de cirque ? Toujours est-il que non, le bruit qui accompagnera la venue lyonnaise d'une Christine & the Queens au sommet du succès ne suffira pas à éclipser le reste d'une programmation de fort belle facture. Et vous savez quoi ? C'est tant mieux. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

Bruits de saison

En matière de musique, la hate est un fruit de saison, savamment cultivée par les réseaux sociaux, par ce fléau mondial que constitue l'aigreur d'estomac – surtout en sortie de fêtes de fin d'année –, par quelques médias victimes d'hypocondrie culturelle et, il faut bien le dire, par ceux qui la provoquent. On a ainsi droit comme ça à un ou deux boucs émissaires par an cristallisant les crispations d'une certaine branchitude mal définie. On ne vous fera pas languir plus longtemps : après Woodkid, Stromae et Fauve (qui reviendra, le 2 avril, en grande surface qui plus est, puisqu'à la Halle Tony Garnier, ramasser des forêts de cœurs avec les doigts et sans doute quelques seaux de merde), c'est au tour de Christine & the Queens (4 mars au Transbordeur) d'énerver son monde sur le thème : talent fou ou blague de l'année ? Alors oui, dans ces cas-là, o

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Au nom du fils

ECRANS | Jeu de massacre belge à l’anti-cléricalisme explosif, où les cathos tradis en prennent plein la gueule — au propre comme au figuré — ce nouveau film du trublion Vincent Lannoo compense ses défauts par un esprit anar dont même Jean-Pierre Mocky a perdu la formule. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Au nom du fils

Il n’y a pas si longtemps, on n’avait pas peur en France de se moquer des curés et des bigots ; cela faisait toujours un peu tousser dans les églises — Jean-Pierre Mocky, plongeant Serrault et Poiret dans le bénitier géant de Lourdes avec Le Miraculé, s’en souvient bien — mais ces raclements de gorge signaient surtout le déclin irrémédiable du catholicisme à l’orée du XXIe siècle. Et puis, un jour, fini de rire : la religion est redevenue un sujet respectable et même, horreur, fédérateur ! Du coup, on serait tenté de demander l’asile politique à la Belgique où, manifestement, on a encore le droit d’appeler un chat un chat, et un maboul intégriste un maboul intégriste. Ce que ne se prive pas de faire Vincent Lannoo, cinéaste prolixe, inégal mais toujours surprenant, avec Au nom du fils. Le film démarre par une sage imitation des émissions de libre antenne sur les radios cathos, avec une gentille animatrice, mère au foyer croyante (la formidable Astrid Whettnall, par ailleurs co-scénariste), et un prêtre confit dans ses sermons lénifiants. Les choses se corsent quand on découvre le contre-champ de ces discours sirupeux et niais : le mari de l’a

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Loué soit Laugier

ECRANS | Après Nicolas Boukhrief l’an dernier, c’est le cinéaste Pascal Laugier qui a droit à une carte blanche durant Hallucinations collectives. L’homme qui avait (...)

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Loué soit Laugier

Après Nicolas Boukhrief l’an dernier, c’est le cinéaste Pascal Laugier qui a droit à une carte blanche durant Hallucinations collectives. L’homme qui avait durablement éprouvé les spectateurs avec son tétanisant Martyrs — pour lequel il avait dû subir les foudres d’une censure française qui cache de moins en moins son nom — est un cinéphile passionnant ; chacune de ses interviews le prouve et le texte qu’il a fourni pour le catalogue du festival en est un exemple définitif. Il s’y hasarde à quelques programmations virtuelles — dont une, surprenante, où il confesse son amour pour Ma nuit chez Maud, La Gueule ouverte et Sans toit ni loi

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Festival des Arcs : partie 2

ECRANS | 12 years a slave de Steve MacQueen. Au nom du fils de Vincent Lanoo. D’une vie à l’autre de Georg Maas. Gloria de Sebastian Lelio.

Christophe Chabert | Lundi 23 décembre 2013

Festival des Arcs : partie 2

Sans surprise, tant le film avait le profil parfait du rouleau compresseur festivalier, c’est Ida de Pawel Pawlikowski — dont on parlait ici — qui a remporté la Flèche de cristal (autrement dit le Grand Prix) du festival du cinéma européen des Arcs. Le jury lui a par ailleurs attribué un prix d’interprétation féminine plutôt généreux, puisque c’est avant tout la cinégénie de sa comédienne principale qui sidère, plutôt que son interprétation au sens strict, soumise au minutage maniaque de Pawlikowski. Pendant ce temps-là, on continuait à défricher le programme des journées DIRE, avec ce qui était, après le Lars von Trier, le film le plus excitant et attendu de tous : 12 years a slave, troisième long de Steve MacQueen après les chocs Hunger et Shame. Le film est inspiré de la véritable histoire de Solomon Nothrup, homme noir né libre dans les États-Unis sécessionnistes, qui va être drog

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Cannes - Jours 5 et 6 : Mauvais genres

ECRANS | "Shield of straw" de Takashi Miike. "The Last days on mars" de Ruairí Robinson. "Blue Ruin" de Jeremy Saulnier. "Borgman" d’Alex Van Warmerdam.

Christophe Chabert | Mardi 21 mai 2013

Cannes - Jours 5 et 6 : Mauvais genres

C’est une question qui revient chroniquement sur le tapis concernant les sélections cannoises. Doivent-elles s’ouvrir au cinéma de genre, et éviter ainsi de vivre repliées sur un cheptel d’auteurs qui ont vite fait de s’enfermer dans la formule du film pour festivals ? Il faut reconnaître à Thierry Frémaux d’avoir réussi quelques beaux coups en la matière dans le passé : on se souvient de l’accueil triomphal réservé au Labyrinthe de Pan ou à Drive. Le polar de Takashi Miike devait servir de caution genre au sein de la compétition cette année, mais l’affaire a tourné à l’eau de boudin pure et simple. Shield of straw a même quelque chose d’une grosse erreur de casting, comme un film du marché qui se serait égaré sur le tapis rouge du Grand Théâtre Lumière… Miike est un cinéaste inégal et éclectique, mais au cours de sa longue carrière, on ne l’avait jamais vu

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Voyages au bout de l'enfer

ECRANS | En offrant sa carte blanche à Nicolas Boukhrief, Hallucinations Collectives renoue avec ses origines cinéphiles pour trois films sans concessions, dont le démentiel "Convoi de la peur" de William Friedkin. Jérôme Dittmar

Jerôme Dittmar | Jeudi 21 mars 2013

Voyages au bout de l'enfer

Figure de la génération Starfix, Nicolas Boukhrief a été biberonné comme ses frères à un cinéma bis et surtout radical. En lui donnant les mains libres pour une brève mais intense programmation, Hallucinations Collectives a trouvé là l'occasion de montrer deux films monstrueux dans tous les sens du terme. Deux car on glissera volontiers sur Le Dernier monde cannibale, version soft et à peine moins crapoteuse de Cannibal holocaust du même Ruggero Deodato. Si le film représente un bon exemple de cinéma nihiliste et provocateur, pile dans ces 70's désabusées où l'homme cherche au-delà de son hyper civilisation industrielle l'excitation porno de la sauvagerie pure, il demeure trop putassier pour être honnête. Il n'est surtout pas aussi fort que Possession d'Andrzej Zulawski, second titre choisi par Boukhrief. Mythique, longtemps interdit, ce film choc transforme l'hystérie chère au cinéaste polonais en un chantier baroque et névrosé hallucinant. Entremêlant le récit d'un couple en crise à une vision absolutiste de l'aliénation communiste et son c

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Made in Asia

ECRANS | Si l'âge d'or de la pépite venue d'Asie est depuis longtemps révolu, cette nouvelle édition d'Hallucinations Collectives offre malgré tout quelques titres à ne (...)

Jerôme Dittmar | Jeudi 21 mars 2013

Made in Asia

Si l'âge d'or de la pépite venue d'Asie est depuis longtemps révolu, cette nouvelle édition d'Hallucinations Collectives offre malgré tout quelques titres à ne pas rater. Puisqu'on ne l'a pas vu, on ne dira rien de The Land of Hope, nouveau Sono Sion, auteur japonais à l'origine des iconoclastes Love Exposure ou Suicide Club. Présenté en avant-première, le film s'installe dans l'après Fukushima et promet un drame écolo-social sur fond de décors ravagés par le tsunami. Immanquable, Dragon Gate permettra lui de prendre des nouvelles de Tsui Hark, récemment revenu en forme avec Detective Dee après un gros passage à vide. Montré pour la première et dernière fois en France dans sa version 3D (il sortira ici en vidéo), le film pousse les expérimentations visuelles du hongkongais vers des cimes inédites. Celui qui autrefois renversait la géométrie euclidienne du plan et du montage s'attaque désormais au relief. Le résultat intrigue à défaut de révolutionner la technique, sans gâcher un pur film de sabre dans une tradition que l'auteur connait bien.

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Les cris et l’écran

ECRANS | Pour sa sixième édition, le festival Hallucinations collectives propose, en dehors de sa compétition, un revival de ce qui fut un temps une bible cinéphilique, feu le magazine "Starfix". De la carte blanche à Nicolas Boukhrief à la redécouverte du cinéaste Michele Soavi et de films cultes des années 80, une semaine de cinéma authentiquement hallucinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 21 mars 2013

Les cris et l’écran

Il n’était pas simple d’être cinéphile dans les années 80. La VHS était en VF, et les films en salles proposaient une maigre alternative entre l’explosion du high-concept movie et un cinéma d’auteur fatigué. Même les revues de cinéma se cherchaient un nouveau souffle, entre la constance pépère de Positif, les couvertures racoleuses de Première et des Cahiers du Cinéma convalescent de leur période Mao. Au milieu de tout cela, il fallait une contre-culture et un organe qui la synthétisait : ce fut Starfix, monté par une bande de passionnés parmi lesquels Christophe Gans, Christophe Lemaire, Nicolas Boukhrief, François Cognard et Doug Headline — le fils de Jean-Patrick Manchette. Des gens nourris au cinéma de genre des années 60 et 70, aux comics et à la rock culture, qui avaient l’ambition de faire bouger des lignes figées, d’abord dans la critique puis, la revue mise en berne, dans le cinéma lui-même. L’extrême et les extrêmes Pour sa sixième édition (et sa troisième sous ce nom), Hallucinations

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Podcast / Débat critique sur Luca Monterastelli chez Néon et Paul Raguenes et Iain Baxter & à la BF15

ARTS | Cette table critique revient sur l’actualité de l’art contemporain à Lyon avec l’exposition de Luca Monterastelli.

Dorotée Aznar | Mercredi 20 juin 2012

Podcast / Débat critique sur Luca Monterastelli chez Néon et Paul Raguenes et Iain Baxter & à la BF15

Date de première diffusion:  19 Juin 2012 Emission n°114  Durée: 31’35 minInvités: Françoise Lonardoni, Responsable de l’artothèque de la Part-Dieu et commissaire indépendant; Patricia Creveaux, historienne de l’art et essayiste.Contenu: Cette table critique revient sur l’actualité de l’art contemporain à Lyon avec l’exposition de Luca Monterastelli jusqu’au 27 Juillet chez Néon et celle des artistes Paul Raguenes et Iain Baxyer & à la BF15 jusqu’au 28 Juillet 2012. Chroniques: Mattcoco inspirée par Paul Raguenes évoque le miroir dans Califragilistic; Solenne Livolsi a deux amours pour l’exposition parisienne à la Cité Nationale de l’Immigration. Retrouvez également : le blog des rendez-vous de la création contemporaine  Liens utiles : Le site web de la BF15.

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Miroir, miroir

ARTS | Toutes les péripatéticiennes (leurs clients à leurs dépens) et les adeptes de Magritte le savent… «Ceci n’est pas une pipe», que le "ceci" soit image, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 14 juin 2012

Miroir, miroir

Toutes les péripatéticiennes (leurs clients à leurs dépens) et les adeptes de Magritte le savent… «Ceci n’est pas une pipe», que le "ceci" soit image, tableau, ou perception… Les Lacaniens s’en sont alertés : l’image de soi,  reflétée sur un miroir ou via le corps de l’autre, est source de leurre et d’aliénation. L’artiste lyonnais Paul Raguenes le souligne avec ses grands miroirs gravés où, sur l’un d’entre eux, il a écrit : «I never look what I see». À la BF15, il présente un autre miroir gravé avec cette interrogation : «How not to picture you in this context ?». Et l’artiste canadien Iain Baxter& (né en 1936), rapidement taxé de conceptuel, de répondre en bas du miroir : «& the &man says…&…». Connu pour ses pratiques artistiques détournant l’esprit d’entreprise, les normes sociales consuméristes, les technologies de communication, ou pour ses déplacements d’images, Baxter& a utilisé lui aussi des miroirs, imprimés d’une esperluette (le "&", sa marque de fabrique, qu’il juxtapose même à son nom), pour photographier quelques édifices lyonnais s’y reflétant. Son esperluette le désigne comme artiste de l’entre-deux, passeur, conti

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Les Invites de Villeurbanne 2012 : Invites pour tout le monde

CONNAITRE | Programmation des Invites de Villeurbanne 2012 : Le festival villeurbannais « pas pareil » vient de dévoiler sa foisonnante, éclectique programmation entre théâtre, danse, spectacles de rue, mimes, marionnettes, veaux, vaches, cochons, couvées, Didier Super en Christ sur BMX, des Grumaux, des carottes, et bien sûr de la musique de qualité à savourer en famille pour pas un rond. Stéphane Duchêne

Christophe Chabert | Lundi 23 avril 2012

Les Invites de Villeurbanne 2012 : Invites pour tout le monde

«Les Grumaux sont toujours là où on ne les attend pas». Il n'y a qu'aux Invites que l'on peut vous présenter de cette manière un (ou des) artiste(s) présent(s) – en l'occurrence, ici, des voltigeurs à mi-chemin de Mad Max et des Marx Brothers, les Demi-frères Grumaux. Bienvenue au festival pas pareil qui, dans les rues de Villeurbanne et pour la modique somme de rien, opère un retour à ces festivités d'antan où l'on montrait des ours à la foule pendant qu'un acrobate cracheur de feu tentait de prendre le dessus sur un joueur de flûte. On exagère à peine. Didier Christ Superstar Or donc, les Invites viennent de dévoiler leur programmation, qui contient de Grumaux mais pas que. Au rayon saltimbanque bien bancal, Didier Super devrait faire le boulot avec sa désormais célèbre – bien que non encore joué à Broadway, sans doute pour d'obscures histoires de contrats – comédie musicale, sobrement intitulée Didier Super La Comédie Musicale! (Et si Didier Super était la réincarnation du Christ ?). Où il est question de milliardaire dépressif, de témoins de Jéhovah, et d'un président de la Républ

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Des hallucinations de haute volée

ECRANS | Avec une deuxième édition particulièrement réussie, le festival Hallucinations collectives a trouvé son bon format, rencontré un large succès et proposé une sélection d’une grande tenue, que le jury a justement souligné en décernant un grand prix mérité au génial Kill list. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 avril 2012

Des hallucinations de haute volée

Depuis la naissance de L’Étrange festival, et sa transformation en Hallucinations collectives l’an dernier, ce festival nous tient à cœur et c’est avec une certaine joie que l’on peut affirmer que l’édition 2012 restera comme un excellent cru. Et, cela ne gâte rien, le public a répondu présent, malgré la pléthore de propositions culturelles (ou pas, genre l’ouverture du centre commercial Confluence) et le début des vacances de Pâques. De là à dire que celui-ci se lasse du formatage cinématographique actuel et démontre qu’il est prêt à se lancer dans des expériences extrêmes, il y a un pas que l’on ne franchira pas ; mais qu’il puisse répondre présent une fois par an pour découvrir des films hors norme, et parfois franchement déroutants, est un pied de nez salutaire au marketing envahissant et à la longue gonflant qui tente de nous faire croire à la nouveauté là où, de toute évidence, il n’y a que de la redite. La compétition, grande innovation du festival depuis l’édition précédente, a ainsi démontré une vigueur galvanisante. Galvanisant, c’est d’ailleurs le mot qui vient à l’esprit pour qualifier The Raid de Gareth Evans, présenté en ouverture

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Les Hallucinations, c’est maintenant !

ECRANS | La deuxième édition d’Hallucinations collectives propose pendant cinq jours au Comœdia un recueil de ce que le cinéma compte de films bizarres, originaux, provocants, rappelant au passage que ce cinéma-là est en voie d’extinction sur les écrans… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 30 mars 2012

Les Hallucinations, c’est maintenant !

Cette semaine, deux événements se font concurrence en matière de cinéma : sur la rive gauche du Rhône, l’arrivée au sein du «pôle de loisirs» (notez le mot «loisirs», il est important) Confluence d’un nouveau multiplexe UGC Ciné Cité ; de l’autre côté du fleuve, au Comœdia, ce sera la deuxième édition d’Hallucinations collectives, où il s’agira de montrer tout ce qui a peu de chances d’atterrir sur les écrans d’en face, la position du groupe UGC étant par exemple de ne plus sortir les films interdits aux moins de 16 ans — soyons justes, beaucoup de cinémas indépendants font implicitement la même chose… Car Hallucinations collectives et ses organisateurs (l’association Zone Bis) aiment justement ce qui, de l’Histoire du cinéma à son actualité, bouscule le spectateur et lui rappelle qu’un film, ce n’est pas qu’une sortie, mais aussi une expérience. Que les émotions au cinéma, ça ne se fabrique pas dans les bureaux d’un studio mais ça se contrôle par le travail de la mise en scène. Et qu’en définitive, cette marge-là restera quand les pages des nouveautés hebdomadaires auront depuis longtemps été déchirées des mémoires. Voyage au bout de l’enfer

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Illumination collective

ECRANS | Les fans de Kevin Smith seront surpris en découvrant Red state… En effet, s’ils s’attendent à trouver les habituelles potacheries et l’esprit geek du (...)

Christophe Chabert | Vendredi 30 mars 2012

Illumination collective

Les fans de Kevin Smith seront surpris en découvrant Red state… En effet, s’ils s’attendent à trouver les habituelles potacheries et l’esprit geek du réalisateur de Clerks, ils déchanteront assez vite : Smith est en colère contre l’Amérique et entend le dire avec le même sérieux qui animait le brûlot de John Carpenter Invasion Los Angeles. On sait que le film a été tourné de manière complètement indépendante, le cinéaste n’ayant pas digéré les bidouillages effectués sur son précédent Top cops, œuvre de commande il est vrai assez indéfendable. Red state se déroule dans le midwest américain, où le christianisme a engendré une flopée de sectes à l’intégrisme extrême. Trois adolescents, qui ne voulaient au départ que tirer leur crampe, se font séquestrer par une de ces bandes de mabouls, dont le prédicateur entend bien laver les péchés de l’Amérique en sacrifiant tout ce qui, à ses yeux, relève du vice et de la corruption morale. Ledit pasteur est incarné par un phénoménal Michael Parks, qui s’offre un sidérant morceau de bravoure en tenant le crachoir plus de dix minutes durant pour vociférer des incantations illuminées avant de convier

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La politique de l’Autriche

ECRANS | Il est sûr que si Régis Jauffret était tombé sur une projection de Schizophrenia, il aurait immédiatement versé le film dans le dossier à charge qu’il mène contre (...)

Christophe Chabert | Jeudi 29 mars 2012

La politique de l’Autriche

Il est sûr que si Régis Jauffret était tombé sur une projection de Schizophrenia, il aurait immédiatement versé le film dans le dossier à charge qu’il mène contre ce pays. Pensez donc ! Un type bizarre sort de prison pour avoir tué une vieille dame et, à peine le nez dehors, il s’introduit dans une maison bourgeoise et s’emploie à massacrer froidement ses habitants, dont un adolescent attardé mental. Bien avant Michael Haneke, en 1983, Gerald Kargl s’intéressait aux pulsions homicides de ses compatriotes ; mais à la différence du moraliste barbu, lui inventait une forme cinématographique qui n’avait rien de distancié. Au contraire, Schizophrenia (titre français stupide qui remplace le Angst — "La Peur" — original) fait tout pour nous faire pénétrer dans le cerveau détraqué de son personnage principal. Pour cela, Kargl s’est associé avec un opérateur de génie, Zbigniew Rybczynski, par ailleurs coscénariste du film ; celui-ci a inventé un système de travellings extrêmement audacieux où la caméra est attachée au comédien Erwin Leder

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Hallucinations et moutons électriques

ECRANS | La programmation du prochain festival Hallucinations collectives (au Comœdia du 4 au 9 avril) a été dévoilée : des Belges bizarres, un tueur en série autrichien, un cinéaste sud-africain visionnaire, un hommage à Philip K. Dick et une belle brochette d’inédits. Passionnant ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 février 2012

Hallucinations et moutons électriques

La première édition avait tenu toutes ses promesses : Hallucinations collectives prolongeait, avec un enthousiasme contagieux, l’expérience menée pendant trois ans par L’Étrange festival et revendiquait une identité singulière, où la défense des films «orphelins» (jolie formule désignant ces œuvres auxquelles les auteurs n’ont souvent jamais donné de suite !) et hors norme brisait les frontières étanches du bon goût cinéphile (cinéma de genre, cinéma d’auteur : peu importe !). La programmation de l’édition 2012 poursuit donc cet effort, et elle est déjà très excitante (il manque encore quelques titres, qui seront révélés dans les jours à venir). Dick in my brain Surprise : ce n’est pas un cinéaste mais un écrivain qui sera à l’honneur dans la première partie du festival. L’immense Philip K. Dick, référence majeure de la littérature de science-fiction avec des romans comme Ubik, Le maître du haut château ou Substance mort, sera donc célébré à travers une table ronde, une lecture, un concert de Richard Pinhas et, bien sûr, un film.

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Après les fêtes, les fêtes

CONNAITRE | Panorama / Où l’on parle pêle-mêle de rencontres citoyennes, de festivals, de littérature et de cinéma, de grands événements incontournables et de manifestations que l’on vous implore de ne pas contourner. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Lundi 2 janvier 2012

Après les fêtes, les fêtes

La bûche digérée, vous reprendrez bien un peu de pudding ? À l’image d’une rubrique qu’on qualifiera pudiquement d’éclectique (mais l’éclectisme, au Petit Bulletin, est une sorte de religion), voici que se profile en cette nouvelle année une avalanche de festivals en tout genre, aux programmes souvent prolifiques et que quelques lignes ne sauraient résumer. Prenez la Fête du livre de Bron, par exemple ; elle se tiendra cette année les 1er, 2, 3 et 4 mars, toujours à l’Hippodrome de Parilly, et elle a déjà inscrit à son menu une brochette d’auteurs impressionnante, faisant la part belle aux gloires saisonnières (dont «notre» Prix Goncourt, Alexis Jenni) mais aussi à des écrivains carrément hors-mode, tel l’increvable Philippe Djian, ou encore Anne Wiazemsky qui n’en finit plus de revisiter littérairement les rencontres marquantes de sa carrière : hier Bresson sur Au hasard Balthazar, aujourd’hui Godard durant le tournage de La Chinoise. Cinémas du monde De cinéma, il sera aussi beaucoup question avec le défilé des festivals «thématiques» : aux Alizés de Bron, Drôle d’endroit pour des rencontres fait le point sur le cinéma français, e

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Soupe pop'

MUSIQUES | Désenchanté et déglingué, Baxter Dury est sans doute le plus attachant des popeux venus d'outre-manche. Si ce n'est le plus doué comme en témoigne sa dernière livraison, "Happy Soup", à déguster en concert. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 novembre 2011

Soupe pop'

Nul n'ignore ce que le terme "soupe" recouvre dès lors qu'il s'agit de pop music. Pour peu qu'on lui accole l'adjectif "joyeuse", on s'imagine immédiatement tomber sur une intégrale de la Bande à Basile ou, pire, la bien nommée "Tournée entre nous" avec Emile & Images. Et puis il suffit qu'on aperçoive la petite tête d'oisillon en garde à vue de Baxter Dury sur la pochette de son album Happy Soup pour que notre perception s'en trouve bouleversée. En toute discrétion, Happy Soup s'est glissée entre les gouttes parmi les meilleurs albums de l'année. Comme d'ailleurs ses deux précédents, injustement boudés.Mais le talent du bonhomme, qui ne se laisse pas démonter, est intact. Ses obsessions aussi. Qu'il s'agisse de Lisa said ou de Francesca's Party sur le précédent Floor Show ou d'Isabel et Claire (deux des tubes dégingandés de cette joyeuse soupe 2011), il y a chez Baxter une propension à rouler sur la jante (féminine) en rauquant le prénom des filles. À les aimer bien balancées, sur des lignes de basse rondes comme des queues de pelle de fin de biture.

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Baxter Dury

MUSIQUES | Happy Soup EMI

Benjamin Mialot | Jeudi 8 septembre 2011

Baxter Dury

Écouter le troisième album de Baxter Dury, c'est comme se prendre une décharge de neuralizer. Vous savez, cet espèce de suppositoire chromé permettant aux Men in Black de faire oublier leurs bévues. On appuie sur play, un flash nous sature l'esprit et tout ce qui précède disparaît. Oublié le proto-punk Ian Dury, prestigieux paternel de ce natif du Buckinghamshire. Effacées, les six longues années à attendre un successeur de Floor Show, atoll pop devenu Atlantide suite au passage de la déferlante new new (neuneu ?) wave du mitan des années 2000. Envolée, la tentation de le comparer à un Jarvis Cocker revenu de son obsession du cool ou à un Serge Gainsbourg sans autre tremblote que celle induite par le pouls d'une basse bien cambrée. Qu'obtient-on en retour ? D'abord un parfait disque de rentrée, Happy Soup passant en permanence de la concupiscence estivale au bourdon automnal, du tube pour dancefloor brûlant à la BO pour fin de soirée imbibée. On gagne surtout le droit d'assister à la floraison d'un grand songwriter cockney comme seule l'Angleterre en nourrit. Floraison qui, claironnée à coup de chœurs de sirènes à peine pubères et de rythmes secs comme des compressions thoraciqu

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Aux antipodes du cinéma

ECRANS | Théma / Le programme le plus appétissant d’Hallucinations collectives est sans doute celui consacré à la «Ozploitation». Ce terme cinéphilo-geek désigne un pan (...)

Christophe Chabert | Vendredi 15 avril 2011

Aux antipodes du cinéma

Théma / Le programme le plus appétissant d’Hallucinations collectives est sans doute celui consacré à la «Ozploitation». Ce terme cinéphilo-geek désigne un pan du cinéma australien connu des amateurs de séries B, même si les quatre œuvres présentées au festival ne relèvent pas toutes de ce courant. Ainsi, le grand Peter Wei a surfé sur la vague avec Les Voitures qui ont mangé Paris, mais Pique-Nique à Hanging rock prouvait que le cinéaste avait déjà des ambitions plus hautes qui le conduiront jusqu’à Hollywood. C’est en effet un film important, dont l’influence se fait notamment sentir dans le Virgin suicides de Sofia Coppola. Décrivant le quotidien de lycéennes à la fin du XIXe siècle, puis leur disparition mystérieuse au cours d’un pique-nique, Weir adopte un style onirique et éthéré, avec une photo aux relents hamiltoniens et une musique hypnotique, tirant le film vers le conte fantastique. La nature et ses forces telluriques sont au centre de Pique-nique à Hanging rock, et elles le sont aussi dans Long week-end, étonnant survival de Colin Eggleston. Un couple en pleine déréliction pense se ressoud

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Pour un cinéma coup de boule

ECRANS | Avec Hallucinations collectives, séquelle de L’Étrange festival, l’association ZoneBis vient rappeler au bon moment que le cinéma, ce n’est pas des bons sentiments, des comédies bien peignées et des émotions surgelées, mais bien des films furieux, mal élevés et peu consensuels. Christophe Chabert & François Cau

Christophe Chabert | Mercredi 13 avril 2011

Pour un cinéma coup de boule

L’idéologie de l’absence d’idéologie voudrait nous faire croire que le cinéma n’est qu’un loisir pour écervelés, une sorte de télévision en plus grand avec des films où les pubs sont écrites dans les scénarios et les réalisateurs des diplômés de HEC. Par chance, il y aura toujours des activistes pour rappeler qu’à la marge de l’industrie, il y a des cinéastes qui n’ont qu’une obsession : sortir le spectateur de sa léthargie et faire des films qui durent plus longtemps qu’un seau de pop-corn. Parmi ces activistes, l’association ZoneBis organisait au Comœdia depuis trois ans un irréprochable Étrange festival qui a choisi de se rebaptiser Hallucinations collectives (voir ci-contre). Le succès rencontré en 2010 a poussé le festival à voir (un peu) plus grand. À commencer par la création cette année d’une compétition de longs-métrages inédits en salles, dont le programme a de la gueule. Poétique des auteurs Selon la définition donnée plus haut,   Balada triste de trompeta d’Alex De la Iglesia fait figure de favori, tant cette fresque sur le Franquisme à travers la rivalité amoureuse de deux clowns est parcourue par une rage peu commune : le

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