Joe

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h57) avec Nicolas Cage, Tye Sheridan…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Joe aurait dû être le film d'une double renaissance : celle d'un auteur américain un peu égaré dans des commandes foireuses (David Gordon Green) et celle d'un acteur en roue libre dans des nanars que seuls quelques critiques français en mal de notoriété prennent encore au sérieux (Nicolas Cage).

C'est pourtant l'inverse : cette adaptation d'un bouquin de Larry Brown où un adolescent rompt avec son père alcoolique pour se rapprocher d'un mentor ambivalent, est totalement ratée, plombée par une narration incohérente où l'on change sans cesse de point de vue et de registre — chronique sociale, film noir, récit d'apprentissage — tout en tournant en rond dans un pré carré de personnages dont les rencontres "fortuites" sentent le mauvais storytelling. Stylistiquement, Gordon Green hésite entre naturalisme et élégie à la Terrence Malick — mélange fatalement voué à l'échec ; quant à Cage, il ne sait trop s'il doit se racheter une virginité en cherchant la sobriété ou s'il doit se lancer dans son habituel cabotinage. Un gâchis spectaculaire.

Christophe Chabert

Sortie le 30 avril


Joe

De David Gordon Green (ÉU, 1h57) avec Nicolas Cage, Tye Sheridon...

De David Gordon Green (ÉU, 1h57) avec Nicolas Cage, Tye Sheridon...

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Dans une petite ville du Texas, l’ex-taulard Joe Ransom essaie d’oublier son passé en ayant la vie de monsieur tout-le-monde : le jour, il travaille pour une société d’abattage de bois. La nuit, il boit.


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Princes de la Guill'

Raï à Lyon | Dans ce quartier de la Guillotière remuant, métissé, encore rétif à la gentrification, une industrie do it yourself, proto punk dans l’esprit, 100% communautaire et en marge de la ville comme de tous les réseaux habituels du disque s’est façonnée dès le début des seventies. Une scène à part entière s’est élaborée, que l’on retrouve en partie exhumée aujourd’hui par la grâce d’un vinyle édité conjointement par la boutique Sofa Records et le label suisse Bongo Joe. Récit.

Sébastien Broquet | Mercredi 10 juin 2020

Princes de la Guill'

Tout est parti dans les années 20 des montagnes près d’Oran, en Algérie. Une cité bâtie par les marins andalous en 903... Là-bas, comme souvent dans les villes portuaires — Bristol par exemple —, par la grâce du brassage de populations qui s'y croisent et s'y mêlent — arabes, berbères, hispaniques, françaises… s'est créé une riche scène musicale. La nuit est toujours plus longue dans ce genre de ville et pour faire danser tout le monde, les sons s’hybrident. À Oran, dans les cabarets jusqu’au petit matin, Fadela, Cheb Mami ou avant eux la grande Cheikha Rimitti font leurs premières scènes, dans une nuit plus ouverte, plus libérée aussi que dans le reste du pays. C’est là que les gays et les travestis s’affichent, Cheb Abdou le chantait. Popularisé dans les années 40, le raï devient phénomène de société dans les années 80 dans la foulée d’une vague de jeunes chanteurs tel Cheb Khaled, qui vont adopter synthés et basse électrique, parler de femmes et d'alcoo

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La Première de Pommerat au TNP annulée

Théâtre | En raison de la grève nationale du mardi 10 décembre, la première représentation prévue au TNP de Contes et légendes de Joël Pommerat est annulée. La pièce se (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

La Première de Pommerat au TNP annulée

En raison de la grève nationale du mardi 10 décembre, la première représentation prévue au TNP de Contes et légendes de Joël Pommerat est annulée. La pièce se joue néanmoins jusqu'au 21 décembre. Plus de renseignements sur le site https://www.tnp-villeurbanne.com.

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Graine de malheur : "Little Joe"

Thriller | Et si le bonheur de l’Humanité se cultivait en laboratoire ? Jessica Hausner planche sur la question dans une fable qui, à l’instar de la langue d’Ésope, tient du pire et du meilleur. En témoigne son interloquant Prix d’interprétation féminine à Cannes pour Emily Beecham.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Graine de malheur :

Amy travaille dans un laboratoire de phytogénétique sur le projet Little Joe, une plante rendant ses possesseurs heureux. Mais à la suite d’une série de dysfonctionnements, le “prototype“ contamine son fils et certains chercheurs, qui commencent à agir étrangement… Sur le papier, Little Joe aguiche plus qu’il ne promet tant ce conte moral paraît en phase avec des préoccupation sociétales, éthiques, biologiques et écologiques. Jessica Haussner coche toutes les cases en abordant autant les dangers encourus par la manipulation du vivant que le désir illusoire de fabriquer un bonheur universel… mais totalement artificiel — sur ce chapitre, la science n’est pas la seule concernée par cette philippique filmique : les religions affirment à leurs adeptes que leurs doctrines aspirent aux mêmes résultats. Cette promesse de mieux vivre ne peut qu’aboutir à une catastrophe, au nom de l’adage « le mieux est l’ennemi du bien » : le pollen de Little Joe transforme ceux qui le respirent en monstres dépourvus d’empathie. À cette fable effrayante, la cinéaste ajoute une dimension plastique stupéfiante : palette trav

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Hubert Mounier dans la place

Chanson | C'est à la suite du concert hommage donné par Benjamin Biolay en juillet 2018 à Fourvière que la scène lyonnaise à commencé à mûrir l'idée d'un projet autour de cette (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 15 octobre 2019

Hubert Mounier dans la place

C'est à la suite du concert hommage donné par Benjamin Biolay en juillet 2018 à Fourvière que la scène lyonnaise à commencé à mûrir l'idée d'un projet autour de cette grande figure de la pop hexagonale mais aussi locale. Très vite, dans le sillage du chanteur Stan Mathis et des Chic Types, l'idée d'un concert fait son chemin puis d'un disque produit par Stardust ACP. La fine fleur de la scène chanson-pop de Lyon picore alors des titres dans le répertoire de Mounier et de l'Affaire Louis Trio pour en enregistrer des relectures au studio Magneto de They Call Me Rico : on y retrouve, en plus de tous les précités, Kent, un vieil ami, Carmen Maria Vega, Buridane, Joe Bel, Denis Rivet, Billie et quelques autres sur un vinyle à sortir le 5 novembre. Le même jour aura lieu dans la grande salle du Transbordeur une release party en présence de tous les intéressés (hormis Joe Bel en tournée au Canada et Kent) où tout ce petit monde dansera sur la chic planète d'Hubert. La chose est gratuite, mais l'on compte dé

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Un village pas très classe : "Joel, une enfance en Patagonie"

Drame | Cecilia et Diego ont enfin reçu une réponse favorable à leur demande d’adoption. L’enfant qu’on leur propose a neuf ans, et un passé chargé qui l’a traumatisé. Si eux l’acceptent avec amour, il n’en va pas de même pour le petit village glacial de Patagonie où ils viennent d’emménager…

Vincent Raymond | Mardi 9 juillet 2019

Un village pas très classe :

Est-ce le fait, pour le moins inhabituel, de voir une population sud-américaine évoluer dans une décor digne des pays nordiques (pourtant, c’est cela la Patagonie) ? Toujours est-il que ce film donne une impression de décalage, comme si l’histoire ne se déroulait pas au bon endroit. Un sentiment à prendre avec des pincettes car il peut tout aussi bien signifier que le potentiel de Joel… sera pleinement développé lorsque le film sera transposé dans un autre contexte à l’occasion d’un remake nord-américain ou européen (vu la trame, les possibilités sont hélas infinies). Ou bien que le malaise suscité par l’enfant, issu d’une famille marginale, à la petite communauté recluse dans sa tranquillité, a par capillarité diffusé dans tout le film. Car même si Joel… paraît un peu bancal, avec son développement un peu lent, l’essentiel est ailleurs : la description d’une exclusion banale, avec une galerie de visages haineux ou craintifs, et la soumission des services scolaires, refusant de se mettre à dos la communauté villageoise. Il faut être fort pour s’opposer au rouleau c

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La fin justifie les grands moyens : "Avengers : Endgame"

Marvel | Les Avengers s’unissent pour défaire l’œuvre destructrice de Thanos. Après un "Infinity War" en mode “demande à la poussière“, ce "Endgame" boucle (quasiment) par un grand spectacle philosophique la troisième phase de l’Univers cinématographique Marvel.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

La fin justifie les grands moyens :

Après que Thanos a, grâce au gantelet orné des six Pierres d’Infinité, exterminé la moitié des êtres de l’univers, les Avengers survivants tentent de se rassembler. Il faudra attendre cinq ans que Ans-Man sorte accidentellement de l’infiniment petit quantique, pour que Tony Stark accepte de joindre ses forces à leur plan fou : remonter dans le temps afin d’empêcher Thanos de s’emparer des Pierres… Où l’ensemble des fils et arcs narratifs laissés en suspens depuis 21 films et trois phases par les différentes franchises Marvel sont appelés à se boucler. Mais de même qu’« il faut savoir finir une grève » comme disait Thorez, mettre un terme à un cycle ne s’improvise pas. Avengers : Infinity War (2018) avait laissé entrevoir une bienheureuse inflexion dans la série : à la surenchère de combats de colosses numériques entrelardés de punchlines boutonneuses (Captain America Civil War), avait succédé une dimension plus sombre, volontiers introspective grâce à l’intégration de Thanos. Un antagoniste moins manichéen qu’il y semblait, semant

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Coup d’épée dans l’eau : "Alex, le destin d'un roi"

Heroic fantaisiste | De Joe Cornish (G-B, 2h01) avec Louis Serkis, Tom Taylor, Rebecca Ferguson…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Coup d’épée dans l’eau :

Élevé par une mère seule, tête de turc du collège avec son copain Bedders, Alex trouve dans un terrain vague une épée fichée dans un roc qu’il parvient à dégager. Signe qu’il est le nouveau roi désigné pour combattre l’odieuse fée Morgane, libérée de sa prison par le chaos mondial… Comme tous les grands contes ou récits traditionnels épiques, les légendes arthuriennes sont des fils avec lesquels on peut tisser des étoffes fort dissemblables : Excalibur, Perceval le Gallois, ou Merlin l’Enchanteur, ont en effet bien peu en commun. Toute variation est sur le principe recevable si elle abrite un univers propre ou une forme suffisamment originale : voyez Alexandre Astier, qui tourne justement sa propre version grand écran de Kaamelott, où Arthur pourrait presque être considéré comme un prétexte tant l’auteur Astier imprime sa marque, son cosmos. Pour cet Alex-ci, la situation est hélas bien différente : nous voici face à un teenage movie façon

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Joel Edgerton, au “non“ du père : "Boy Erased"

Drame | De Joel Edgerton (É-U, 1h55) avec Lucas Hedges, Nicole Kidman, Russell Crowe…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Joel Edgerton, au “non“ du père :

Victime d’un viol à l’université, Jared se trouve contraint de dévoiler son homosexualité à sa famille. Pasteur de leur petite communauté, son père l’oblige à suivre un stage visant à le “guérir“ de son orientation sous la houlette de Victor Sykes, un illuminé religieux pervers et nocif… On se souvient que Desiree Akhavan avait l’an passé dans Come As You Are abordé ce même sujet des pseudo thérapies de conversion, colonies sectaires où les familles à la limite de l’intégrisme placent leur enfant gay dans l’espoir que des gourous vomissant des versets de la Bible (tout en usant de tortures psychologiques et/ou physiques) les transforment en bons petits hétéronormés. Résultat ? Un taux de suicide hors norme. Le comédien-cinéaste Joel Edgerton reprend cette trame — et cette dénonciation — en lui donnant fatalement plus de lumière : d’une part parce qu’il adapte un fait divers (ne manquez pas à ce titre le carton de fin, d’un rare tragi-comique) ; de l’autre en conférant à des camarades oscarisés les seconds rôles. Russell Crowe

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Emporté par la foudre Şimşek

Sono Mondiale | On avait déjà pu découvrir il y a quelques mois la passion fouineuse d'une bande de Néerlandais nommée Altin Gün pour l'âge d'or de la pop turque (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 26 février 2019

Emporté par la foudre Şimşek

On avait déjà pu découvrir il y a quelques mois la passion fouineuse d'une bande de Néerlandais nommée Altin Gün pour l'âge d'or de la pop turque des années 60 et 70, ressuscité dans une explosion dansante de psychédélisme qui ne limitait pas sa revisite aux contours du marché de la mode vintage. Or chaque fois qu'était évoqué Altin Gün, il était également fait mention d'une formation cousine baptisée Grup Şimşek (Şimşek signifiant "foudre"), menée par une chanteuse et joueuse de saz germano-turque, Derya Yildirim, et naviguant dans les mêmes eaux musicales, où les courants du folklore musical rejoignaient ceux de la pop moderne. C'est également le label Bongo Joe, label défricheur de tendances souterraines mené par Cyril Yeterian de Cyril Cyril qui a permis, comme pour Altin Gün, la découverte d

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Joe Claussell transcende les nuits

House Music | Joe Claussell, grand nom de la house nation, s'arrête au Petit Salon ce week-end pour quatre heures de set : communion conseillée.

Sébastien Broquet | Mardi 29 janvier 2019

Joe Claussell transcende les nuits

Voici venir l'une des grandes, très grandes figures de la house nation qui s'approche pour prendre possession quatre heures durant des platines du Petit Salon : Joe Claussell, s'il n'est pas le nom le plus connu du grand public, en est certainement l'un des plus chéris par les férus de la culture club originelle, celle héritée du Loft de Mancuso, du Paradise Garage de Larry Levan. Ou - dans une moindre mesure évidemment - à Lyon, celle des aficionados de L'Ambassade, ce petit club où transpire le feeling soul et où se retrouvent les esthètes au son d'un Manoo qui, point de hasard ici, est à l'affiche également de cette même soirée. Mais reprenons le fil du récit : Joe Claussell vient de Brooklyn, à New York, où son enfance n'est pas très joyeuse - sauf lorsqu'il colle son oreille au transistor. L'arrivée de la house en 1988 le propulse dans un univers où il trouve immédiatement sa place : par la danse, d'abord, à l'Inferno, ou bien sûr au suscité Paradise Garage. Alors ébéniste reconnu, il brûle le dancefloor la nuit venue. Avant de commencer à fréquenter Dance Tracks, un magasin de vinyles où il finira par bosser - et

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Joe Bel fait de beaux rêves

Pop | Il aura fallu peut-être plus de temps que prévu pour que celle dont on tirait le portrait il y a déjà cinq ans ne publie enfin son premier album. (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 13 novembre 2018

Joe Bel fait de beaux rêves

Il aura fallu peut-être plus de temps que prévu pour que celle dont on tirait le portrait il y a déjà cinq ans ne publie enfin son premier album. Entre-temps bien sûr, la jeune femme a produit des EP, pas mal tourné et même joué dans un film, Tout pour être heureux, dont elle signa une partie de la BO. Cet album, Joe Bel en a rêvé, elle l'a appelé Dreams, et on présume qu'il est à la hauteur de ses songes. D'abord parce qu'il est magnifiquement réalisé par Marcus Paquin (The National, Arcade Fire, Timber Timbre). Ensuite parce qu'en neuf titres d'une grande précision, on y retrouve la chanteuse telle qu'en elle-même : tantôt vibrante de simplicité aux commandes de ballades au piano (Before), à la guitare (I Believe) ou subtilement mais richement arrangés (Dreams, That Belongs to me, le sublime In the Morning) ; tantôt irrésistible de groove, comme sur le hit No, N

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Afrika Burger, le fast good qui requinque

Fast Food | Un fast-food très good qui promeut la cuisine et la culture africaine : on fonce à l'Afrika Burger.

Julie Hainaut | Mardi 29 mai 2018

Afrika Burger, le fast good qui requinque

Il y a des mots qui ne trompent pas. Bissap, banane plantain, manioc, yassa, fataya, maffé, baobab, thiep, n’dolé par exemple. Rien qu’à leur lecture, on a oublié la météo-yoyo, les délais de bouclage quasi-intenables, les vacances encore bien trop loin. Nos lèvres se sont redressées net côté esgourdes et nos quinquets ont pétillé sur-le-champ. Bref, Afrika Burger, le nouveau (et seul) fast-food africain de la ville, nous a remis l’âme en place illico-presto. À la tête de ce nouveau repaire ? Alain Mualaba, Cécile Cluzel et Gaëlle Boz, un trio amoureux de l’Afrique, qui entend « revisiter la cuisine traditionnelle africaine, la faire découvrir au plus grand nombre et la promouvoir. » Ils se sont rencontrés dans le milieu associatif. Alain préside Apap-K, qui promeut une coopération entre le Kasaï Oriental (République démocratique du Congo) et Lyon ; Gaëlle gère Voyager autrement en Guinée, qui entend développer le tourisme équitable et solidaire dans ce pays ; Cécile a rejoint Gaëlle dans l’association. Au début, ils proposaient leurs gourmandises africaines lors de festivals (dont le

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Hugo Pratt, lignes d’horizons : planches de salut(s)

L'exposition | Arpenteur du globe, défricheur de la “littérature dessinée”, Hugo Pratt (1927-1995) a été toute sa vie à la confluence des arts et de l’aventure. Il est aujourd’hui au Musée des Confluences.

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Hugo Pratt, lignes d’horizons : planches de salut(s)

Depuis quelques jours, les voyageurs transitant par Perrache ne peuvent manquer sa silhouette reconnaissable entre mille, répliquée par vitrophanie sur les parois de la passerelle enjambant la gare. De trois-quarts dos, tourné vers l’immensité d’un ailleurs — des ailleurs —, Corto Maltese, l’incitation au voyage faite homme, n’est-il pas en ce lieu à sa place ? Il lorgne également la Confluence et son musée pluriel, où son créateur lui aussi a trouvé un asile virtuel et temporaire unissant les innombrables facettes de son existence diffractée. Une existence gouvernée par l’appel du large, de l’autre, de l’inconnu ; et le besoin de ressentir l’aventure pour en distiller les mystères. La route est droite, mais la planche est forte D’entrée, l’exposition met les voiles — au sens propre. Des toiles marines et cinématographiques accueillent en effet le visiteur, rappelant que la jeunesse d’Hugo Pratt fut vénitienne et baignée d’images autant que de mots. « Dans ma cité lacustre à broyer des fadaises »… Malaxe de Bashung prend ici tout son sens : on

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Suprême NTM à Woodstower

MUSIQUES | Le festival Woodstower fête ses 20 ans et invite pour l'occasion le mythique groupe de hip-hop Suprême NTM pour un concert spécial en ouverture du (...)

Lisa Dumoulin | Lundi 11 décembre 2017

Suprême NTM à Woodstower

Le festival Woodstower fête ses 20 ans et invite pour l'occasion le mythique groupe de hip-hop Suprême NTM pour un concert spécial en ouverture du festival, le 30 août. JoeyStarr et Kool Shen sont les premiers noms annoncés pour cette édition anniversaire, qui s'étendra cette année sur quatre jours, du 30 août au 2 septembre 2018. Pour ceux qui veulent voir cette légende des années 90 retourner le Grand Parc Miribel Jonage, la billetterie ouvre ce lundi 11 décembre à 10h !

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Des textes Authentik

Théâtre | On ne va pas se mentir : c'est Joey Starr qui nous a fait décrocher à la vitesse de l'éclair du documentaire pourtant unanimement porté aux nues par la (...)

Nadja Pobel | Mardi 3 octobre 2017

Des textes Authentik

On ne va pas se mentir : c'est Joey Starr qui nous a fait décrocher à la vitesse de l'éclair du documentaire pourtant unanimement porté aux nues par la critique, I am not your negro de Raoul Peck, diffusé au printemps sur Arte. Le rappeur assurait la doublure voix off de la version française et, en mâchant un mot sur deux, rendait le propos incompréhensible. Au même moment, il donnait naissance au théâtre de l'Atelier à Paris, à Éloquence à l'Assemblée (au Radiant lundi 9 octobre), une série de discours prononcés dans la chambre basse depuis la Révolution par Robespierre, Victor Hugo, Tocqueville, Jaurès, Césaire ou Simone Veil et sa défense du droit à l'avortement que Joey Starr lit et rend pour le coup parfaitement clair en les déclamant au vu des quelques minutes que nous avons pu visionner. Affirmant ici qu'il fait œuvre de « militant », il transmet des paroles qu'il n'est jamais anodin et inutile d'entendre. Reste à savoir si ce spectacle mis en scène par Jérémie Lippmann (acteur ayant aussi bien mis en scène jusque là Labiche que Lars Noren, Jon Fosse ou Laure

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Slow Joe dans la peau

Street Art | Le visage de Slow Joe, figure du quartier, orne désormais l'un des murs de la mairie du 1er grâce à Don Mateo.

Louis Beaufort | Mardi 4 avril 2017

Slow Joe dans la peau

En février dernier, se découvrait l'ultime album de Slow Joe and The Ginger Accident : Let Me Be Gone. Une dizaine de titres envoûtants et brumeux, servis par la voix lourde et rocailleuse de Slow Joe, crooner indien de naissance et lyonnais d’adoption. Quasiment un an après le décès de ce dernier, une soirée en son hommage se tiendra au Club Transbo, le 13 avril prochain, afin de célébrer l'homme comme le dernier opus du groupe, en compagnie du Ginger Accident. Lorsque Slow Joe était encore dans les parages, il était fréquent de le croiser en terrasse place Sathonay, en train de griffonner l’un de ses nombreux carnets ou discutant avec les commerçants du coin. C’est sous forme de clin d’œil et afin de prolonger cette présence dans le quartier que Jean-Pierre "JiPé" Bouchard, 3e adjoint au maire du 1er arrondissement, a eu l’idée de "tatouer" Slow Joe sur les murs de la mairie. Pour réaliser ce projet, il a fait appel à un autre habitué des pentes de la Croix-Rousse, le peintre Don Mateo, artiste prolifique et adepte des collages-pochoirs sauvages depuis 2010. Cette fois-ci

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Joe Bel en ouverture de Thomas Dybdahl à la Comédie Odéon

Petit Bulletin Live | C'est la Lyonnaise Joe Bel qui ouvrira le 21 mai pour le Norvégien Thomas Dybdahl lors du Petit Bulletin Live qui se tiendra à la Comédie Odéon. De retour du (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 28 mars 2017

Joe Bel en ouverture de Thomas Dybdahl à la Comédie Odéon

C'est la Lyonnaise Joe Bel qui ouvrira le 21 mai pour le Norvégien Thomas Dybdahl lors du Petit Bulletin Live qui se tiendra à la Comédie Odéon. De retour du Canada, où elle vient d'enregistrer son premier album attendu de pied ferme, la chanteuse-auteure-compositrice soul-folk au groove unique nous fera le cadeau de se produire pour la première fois en solo depuis un bon moment. Une raison de plus d'arriver à l'heure, à 19h tapantes et même avant.

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Jazz à Vienne : Hommages et Mary J. Blige

Jazz | Jazz à Vienne qui regarde souvent et encore vers l'avenir, en faisant mûrir en son sein les jeunes talents, jette un joli coup d'œil cette année au passé et à ses disparus sous la forme d'une demie-douzaine d'hommages, parmi lesquels Fela, Prince ou David Bowie. Sans compter quelques autres morceaux de choix (De La Soul, Mary J. Blige...) pour tous les goûts.

Stéphane Duchêne | Lundi 27 mars 2017

Jazz à Vienne : Hommages et Mary J. Blige

Si la 37e édition de Jazz à Vienne s'ouvrira sur un concert du Joe Cocker italien Zucchero en la soirée du 29 juin ; si l'événement du festival sera sans doute pour certains le retour de De La Soul en mode live band, le 1er juillet, et le même soir un concert hip-hop symphonique qui verra l'ONL, dirigé par Issam Krimi, accompagner MC Solaar, Ärsenik et BigFlo & Oli, rencontre inédite et mariage a priori improbable de la scansion rap et de la grandeur symphonique ; si le prodige aux 10 millions d'albums Jamie Cullum risque d'emporter tous les suffrages du public, c'est surtout le nombre d'hommages à des artistes disparus qui marque cette programmation 2017 du festival. Fela Day Cela commence le 2 juillet avec l'anniversaire des vingt ans de la disparition du père de l'afrobeat Fela Kuti auquel Jazz à Vienne consacrera une journée hommage gratuite. Au pr

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"Loving" : et ils vécurent (difficilement) heureux…

ECRANS | De 1958 à 1967, le parcours de la noire Mildred et du blanc Richard pour faire reconnaître la légalité de leur union à leur Virginie raciste. Histoire pure d’une jurisprudence contée avec sobriété par une voix de l’intérieur des terres, celle du prolifique Jeff Nichols.

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Pour mesurer à quel point des facteurs extrinsèques peuvent influer sur la perception ou la réception d’un film, replongez-vous quelques mois en arrière ; lorsque dans la foulée des attentats de Paris et de Nice, Made in France de Nicolas Boukhrief puis Bastille Day de James Watkins eurent leur carrière en salle avortée, par crainte d’une mauvaise interprétation du public. Un contexte certes différent a présidé à la naissance de Loving. Présenté en mai dernier sur la Croisette, le nouveau Jeff Nichols a pu apparaître comme un biopic édifiant sur les tracasseries humiliantes subies par le premier couple mixte légalement marié dans la ségrégationniste Virginie. Mais s’il rappelait que les pratiques discriminatoires n’appartenaient pas forcément au passé, dans un pays marqué par des tensions violentes et répétées entre les communautés (émeutes de Ferguson en 2014, puis de Baltimore en 2015), il prend à présent un sens supplémentaire, alors que Donald Trump a accédé au pouvoir et que ses décrets intempestifs sont cassés par les instances fédérales supérieures. Suprême

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"Un jour dans la vie de Billy Lynn" : Post trauma, luxe

Le film de la semaine | De ses dommages collatéraux en Irak à ses ravages muets sur un soldat texan rentré au bercail pour y être exhibé comme un héros, la guerre… et tout ce qui s’ensuit. 24 heures de paradoxes étasuniens synthétisés par un patron du cinéma mondial, le polyvalent Ang Lee.

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Suggérant à la fois un roman de Zweig et une chanson des Beatles, le titre français de Billy Lynn's Long Halftime Walk ne trahit pas, loin s’en faut, l’esprit du film de Ang Lee ; son apparente banalité le contient en effet dans son entier, respectant l’unité de temps en dessinant une perspective plus vaste. Tout se déroule durant la journée particulière de Thanksgiving : ayant accompli un acte héroïque en Irak, le jeunot Billy Lynn bénéficie d’une permission exceptionnelle au Texas afin, notamment, de parader au sein de son unité durant le spectacle de mi-temps d’un match de football américain. Avant de participer à cette mise en scène aussi grotesque qu’obscène — censée galvaniser ou distraire, on ne sait guère, une populace déconnectée de la réalité du terrain —, le troufion aura essuyé les suppliques de sa sœur l’incitant à se faire réformer, découvert la béance entre l’image que se font les civils du front et la réalité, mais surtout été bombardé intérieurement d’envahissants souvenirs constitutifs d’un traumatisme latent. Full frontal, Foule frontale Ang Lee montre dans ce stupéfiant raccourci la germinatio

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Danse, un nouvel élan

La Rentrée Danse | L'année chorégraphique 2017 commencera tambour battant avec la deuxième édition du Moi de la Danse (du 26 janvier au 12 février, aux Subsistances), festival (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 janvier 2017

Danse, un nouvel élan

L'année chorégraphique 2017 commencera tambour battant avec la deuxième édition du Moi de la Danse (du 26 janvier au 12 février, aux Subsistances), festival visant à déplier la diversité de nos identités à travers le mouvement. Carolyn Carlson y présentera, par exemple, trois soli inspirés par les éléments naturels (vent, vagues...), le suisse Thomas Hauert une mise à nu de l'ambivalence des sentiments humains sur un madrigal de Monteverdi, et Maud Le Pladec une création à forte teneur autobiographique... Au même moment (du 25 janvier au 3 février), la Maison de la Danse consacrera un "archipel" à l'une des figures les plus connues de la danse contemporaine française, Angelin Preljocaj. Avec trois pièces au programme de cette mini-rétrospective : la reprise du ballet Roméo et Juliette dans des décors d'Enki Bilal créé à Lyon en 1996, une "soirée de duos" traversant plusieurs pièces de Preljocaj, et une création inspirée d'un conte médiéval chinois où le réel et l'imaginaire viennent à se confondre.

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Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches ce week-end

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 20 septembre 2016

Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches ce week-end

23>09>16 TRANSBORDEUR WE ARE REALITY Ok, l'on parle déjà par ailleurs de Kosme, interviewé en page 3. Mais difficile de ne pas revenir sur cette WAR de rentrée au plateau implacable : outre l'espoir Lyonnais, la légende Carl Craig étant également au programme. Instigateur d'un groove absolument unique, esthète de la techno made in Detroit, inventeur d'un futur pour le jazz (ce qui n'est pas si simple...), immense remixeur et l'on en passe... Difficile de passer outre cet homme sans qui la techno ne serait pas la même. Ah, il y a aussi Marcel Dettman pour conclure la nuit. Béton. 24>09>16 LE SUCRE GARÇON SAUVAGE CLUB Le retour de la soirée queer & sauvage au Sucre, avec l'un des DJs qui colle le mieux à cet esprit : Joe Goddard, membre des indie stars Hot Chip, moitié de The Two Bears et par ailleurs

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Trente ans d'art contemporain à Saint-Fons

ARTS | Le Centre d'Arts Plastiques de Saint-Fons a trente ans et organise plusieurs événements au fil de l'année pour le fêter. Le premier sera dévolu à une fonction (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 septembre 2016

Trente ans d'art contemporain à Saint-Fons

Le Centre d'Arts Plastiques de Saint-Fons a trente ans et organise plusieurs événements au fil de l'année pour le fêter. Le premier sera dévolu à une fonction méconnue du CAP, celle d'artothèque, mettant à disposition du public des œuvres d'artistes contemporains renommés (800 œuvres au total !). Sous le signe d'Umberto Eco et de son "œuvre ouverte", le CAP présente jusqu'au 29 septembre les trésors de son artothèque, avec des œuvres de Urs Luthi, Olivier Mosset, Joël Hubaut...

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So Long, Slow Joe

Rock | C'est un communiqué de son ami, découvreur, mentor et guitariste Cédric De la Chapelle qui a annoncé la nouvelle. Slow Joe, chanteur de Slow Joe & the Ginger Accident, s'en est allé dans la nuit de dimanche à lundi. À Lyon depuis une dizaine d'années pour y vivre une carrière aussi tardive que spectaculaire, Joseph Manuel Rocha, avait passé plus de 60 ans dans son Inde natale. Il était pourtant sans doute l'un de nos rockers les plus lyonnais. Une figure familière et singulière, sympathique autant qu'énigmatique qui manquera beaucoup à ceux qui l'ont croisé, vu et surtout écouté chanter.

Stéphane Duchêne | Mercredi 4 mai 2016

So Long, Slow Joe

Il y a un vrai-faux dicton qui dit que, pour un Lyonnais, « est lyonnais toute personne ayant posé au moins une fois le pied sur le quai de le gare de Perrache. » Ceci valant particulièrement quand on est une personne célèbre, un artiste ou quelqu'un qui a réussi. Joseph Manuel Rocha était les trois. Et il était Lyonnais bien qu'ayant passé plus de 60 années en Inde à vivre mille vies, pas toujours rose. Il était Lyonnais, car il a vécu la dernière de ses mille vies à Lyon — dans les environs de la place Sathonay où il décédé dans la nuit de dimanche à lundi. Cette vie là a commencé quand le musicien Cédric de La Chapelle a repéré ce vieil homme à la voix de crooner sur une plage de Goa et décidé de l'emmener dans ses bagages, donnant par là-même naissance à Slow Joe (le surnom de Joseph) & the Ginger Accident. Une carrière débutée à 64 ans, des tas de concerts, un buzz médiatique important porté par cette belle histoire et le résultat musical de cette rencontre accidentelle qui accouchera aussi de deux albums, Sunny Side Up et Lost for love (le troisième était, selon Cédric De la Chapelle, en cours de finalisation et sera posthume).

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Tout pour être heureux

ECRANS | de Cyril Gelblat (Fr, 1h37) avec Manu Payet, Audrey Lamy, Aure Atika, Joe Bel…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Tout pour être heureux

Ses yeux de cocker l’ont conduit à prêter sa voix au chien Bill ; sa barbe de trois jours et son poil grisonnant semblent le condamner à des emplois d’épave en rupture de famille, de copine, de boulot (mais qui arrivera bien par s’en sortir, allez) assistant à leur propre déchéance avec une fatalité lasse… Peut-être que Manu Payet devrait envisager le rasage de près pour accéder à des rôles différents, ne tournant pas autour du nombril d’un quadra bobo exprimant son ressenti de victime d’une précarité sournoise, tout ça parce qu’il a craqué le lacet de sa Stan Smith droite — sa préférée. Ce n’est en tout cas pas avec cette comédie fatiguée, espérant sans doute se parer de l’épithète “dramatique” parce qu’elle ne se boucle pas totalement en faveur du héros, qu’il sort de sa zone de confiance. Dommage pour Audrey Lamy qui, elle, arrive à faire quelque chose de son maigre personnage.

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Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

SCENES | Cinq mois après la version magistrale de Godot par Jean-Pierre Vincent, Lyon reçoit celle du stéphanois Laurent Fréchuret : si le casting est plus inégal, la vivacité et la férocité de l’époustouflant texte de Beckett sont bien là. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 26 janvier 2016

Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

Pour ceux dont les souvenirs remonteraient aux vieilles années du lycée, il y a urgence à réentendre ce texte. Plus puissant que Fin de partie ou Premier amour qui tournent partout, En attendant Godot est un chef d’œuvre, parfaite alchimie entre une désespérance profonde et un espoir ultime, celui d’être ensemble, toujours, même - et surtout - face à l’inéluctable. Laurent Fréchuret n’a pas souhaité faire le malin face à ce texte-monstre, bien lui en a pris : il suit les très précises indications que Beckett a livré en didascalies et c’est dans ces contraintes qu’il trouve la liberté de rire. Pour cela, le Stéphanois a convoqué un acteur immense, Jean-Claude Bolle-Reddat. Parfait Estragon qui, entre mille autres choses, a été membre de la troupe du TNS époque Martinelli, est passé dans le décapant Prix Martin de Labiche mis en scène par Boëglin, ou a joué au cinéma sous l’œil du surdoué en surchauffe François Ozon (Une nouvelle amie). En une fraction de seconde, Bolle-Reddat est juste et il tiendra cette tension deux heu

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Révolutionnaire Pommerat

SCENES | Quand, en avril 2005, le TNG accueille Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, le metteur en scène débarque à Lyon comme la mère de la petite fille : (...)

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Révolutionnaire Pommerat

Quand, en avril 2005, le TNG accueille Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, le metteur en scène débarque à Lyon comme la mère de la petite fille : marchant sur la pointe des pieds, mais faisant résonner le bruit de talons invisibles. Entendez par là : il arrive le plus discrètement possible, mais fait son effet. Cette pièce est la première qu’il consacre aux enfants (suivront les sombres et néanmoins féériques Pinocchio et Cendrillon), mais il fait alors du théâtre depuis plus de dix ans et s’apprête à être invité du Festival d’Avignon l’année suivante. Acteur, il a rapidement cessé de l’être, à 23 ans, pour se lancer dans «l’écriture de spectacles» selon ses mots. Du monologue Le Chemin de Dakar en 1990 à la création des Marchands en 2006, il fait ses armes, avant de rencontrer un succès qui ne s’est plus démenti. Associé aux Bouffes du Nord puis à l’Odéon, et désormais aux Amandiers-Nanterre, il crée à un rythme effréné des pièces d’une qualité constante, qui toutes creusent les paradoxes de l’Homme et la manière dont la mécanisation du travail le broie (Les Marchands, Ma Chambre froide

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Au TNP, Joël Pommerat fait sa Révolution

SCENES | À force d’ausculter le travail, les rapports de hiérarchie et les questions de libre arbitre, il fallait bien qu’un jour Joël Pommerat ose affronter les prémices de la liberté et de l’égalité des droits. En 4h30, il revient aux origines de la Révolution française avec "Ça ira". Et c’est un exceptionnel moment de théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Au TNP, Joël Pommerat fait sa Révolution

«Il n’y a pas de point de vue» reprochent à Ça ira les rares qui osent critiquer aujourd’hui Joël Pommerat, devenu en quinze ans une figure absolument singulière et, pour tout dire, monumentale du théâtre français actuel, de surcroît plébiscitée par les spectateurs partout sur le territoire. À Nanterre, où il est artiste associé, il a affiché complet durant tout novembre et les malchanceux dont la représentation tombait sur les deux jours d’annulation post-attentats ont dû jouer sévèrement des coudes pour rattraper au vol des billets sur Le Bon Coin. Cette supposée absence de point de vue – aucun personnage n’étant désigné comme bon ou mauvais – est en fait la preuve qu’il y en a une multitude. Tout le monde s’exprime au cours de cet épisode de l’Histoire dont le choix constitue en lui-même un acte politique fort, comme Pommerat en signe depuis ses débuts. Comme il le précise souvent, «il ne s’agit pas d’une pièce politique mais dont le sujet est la politique», soit la vie de la cité, selon l’étymologie du mot. Plutôt que de proposer un manifeste, Pommerat amène à mieux comprendre la naissance de la Révolution et même, puisqu’il n’es

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Joël Pommerat fait sa révolution

SCENES | La pièce débute ce vendredi 8 janvier et elle se tiendra jusqu’au 28 au TNP, qui pour assurer une si longue série a uni ses forces à celles des Célestins. (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 janvier 2016

Joël Pommerat fait sa révolution

La pièce débute ce vendredi 8 janvier et elle se tiendra jusqu’au 28 au TNP, qui pour assurer une si longue série a uni ses forces à celles des Célestins. Grand bien leur en a pris, car Ça ira (1) Fin de Louis est un spectacle hors norme – que nous ne traiterons ici qu'en surface pour mieux lui accorder notre Une la semaine prochaine. Aux Amandiers à Nanterre, où il fut créé, il nous a plongé de prime abord dans une certaine incrédulité avant de nous convaincre totalement. Car pour raconter la Révolution française (jusqu'à 1792), Joël Pommerat a tout misé sur la parole et atténué ses effets scéniques, qui reposaient essentiellement sur un usage sidérant des lumières. Par ailleurs, lui qui a toujours eu un discours si grinçant sur l’aliénation au travail laisse ici s’exprimer toutes les contradictions des puissants et des faibles, ne prenant pas position. Tiède ? Au contraire. En 4h30, il montre avec brio comment, aux cours de débats passionnés, des hommes et des femmes ont tenté de rendre la société plus égale – et y sont parvenus. Sans égréner de dates-clés ni nommer de protagonistes (à l’exception de Louis), mais avec ses comédiens fidèles et son a

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Rentrée cinéma 2016 : une timide bobine ?

ECRANS | Après une année cinématographique 2015 marquée par une fréquentation en berne —plombée surtout par un second semestre catastrophique du fait de l’absence de films qualitatifs porteurs —, quel sera le visage de 2016 ? Outre quelques valeurs sûres, les promesses sont modestes…

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée cinéma 2016 : une timide bobine ?

L’an dernier à pareille époque se diffusaient sous le manteau des images évocatrices illustrant la carte de vœux de Gaspar Noé et extraites de son film à venir, Love ; le premier semestre 2015 promettait d’être, au moins sur les écrans, excitant. Les raisons de frétiller du fauteuil semblent peu nombreuses en ce janvier, d’autant que, sauf bonheur inattendu, ni Desplechin, ni Podalydès, ni Moretti ne devraient fréquenter la Croisette à l’horizon mai — seul Julieta d’Almodóvar semble promis à la sélection cannoise. Malgré tout, 2016 recèle quelques atouts dans sa manche… Ce qui est sûr... Traditionnellement dévolu aux films-à-Oscar, février verra sortir sur les écrans français The Revenant (24 février) de Iñarritu, un survival dans la neige et la glace opposant Tom Hardy (toujours parfait en abominable) mais surtout un ours à l’insubmersible DiCaprio. Tout le monde s’accorde à penser que Leonardo devrait ENFIN récupérer la statuette pour sa prestation — il serait temps : même Tom Cruise en a eu une jadis pour un second rôle. S’il n’est pas encore une fois débordé par un outsider tel que

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Rentrée théâtre 2016 : n’ayons peur de rien

SCENES | Lancée par la venue de Joël Pommerat et Romeo Castellucci, la seconde partie de saison s’annonce dense et exigeante. Tour d’horizon de ce qui vous attend au théâtre sur les six prochains mois.

Nadja Pobel | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée théâtre 2016 : n’ayons peur de rien

D'un côté la Révolution française revue et corrigée en costard-cravate par Pommerat en 4h30 dans Ça ira (1). Fin de Louis (au TNP, co-accueil avec les Célestins dès cette semaine), de l'autre de vrais singes et des instruments SM pour reconstituer le destin tragique des Atrides dans L’Orestie (aux Célestins, co-accueil avec le TNG plus tard en janvier) du remuant et très rare Romeo Castellucci : le premier mois de l’année ne devrait pas vous laisser indemne. D’autant que s’ajoutent la nouvelle création de Michel Raskine, Quartett d’après Les Liaisons dangereuses (Célestins), pour laquelle il rappelle son duo fétiche Marief Guittier / Thomas Rortais et celle, écouteurs aux oreilles, de Joris Mathieu, l’intriguant Hikikomori (TNG) qui murmurera trois histoires différentes aux spectateurs. Aussi intranquille sera Phia Ménard, artiste transgenre associée au TNG avec son classique Vortex

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Le Pont des Espions

ECRANS | Quand deux super-puissances artistiques (les Coen et Steven Spielberg) décident de s’atteler à un projet cinématographique commun, comment imaginer que le résultat puisse être autre chose qu’une réussite ?

Vincent Raymond | Mardi 1 décembre 2015

Le Pont des Espions

Voir côte-à-côte les noms des Coen et celui de Spielberg fait saliver l’œil avant même que l’on découvre leur film. Devant l’affiche aussi insolite qu’inédite, on s’étonne presque de s’étonner de cette association ! Certes, Spielberg possède un côté mogul discret, façon "je suis le seigneur du château" ; et on l’imagine volontiers concevant en solitaire ses réalisations, très à l’écart de la meute galopante de ses confrères. C’est oublier qu’il a déjà, à plusieurs reprises, partagé un générique avec d’autres cinéastes : dirigeant Truffaut dans Rencontres du troisième type (1977) ou mettant en scène un scénario de Lawrence Kasdan/George Lucas/Philip Kaufmann pour Les Aventuriers de l’arche perdue (1981) voire, bien entendu, de Kubrick dont il acheva le projet inabouti A.I. Intelligence artificielle (2001). Et l’on ne cite pas le Steven producteur, qui avait proposé à Scorsese de réaliser La Liste de Schindler, avant que Marty ne le convainque de le tourner lui-même. Bref, Spielberg s’avère totalement compatible avec ceux chez qui vibre une fibre identique à la sienne. Drôles de cocos Avec les C

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Au Transbo, Radio Nova fait sa Nuit Zébrée

MUSIQUES | Au moment où vous lirez ces lignes, les places encore disponibles pour la prochaine Nuit Zébrée (vendredi 27 novembre au Transbordeur), soirée annuelle (...)

Benjamin Mialot | Mardi 24 novembre 2015

Au Transbo, Radio Nova fait sa Nuit Zébrée

Au moment où vous lirez ces lignes, les places encore disponibles pour la prochaine Nuit Zébrée (vendredi 27 novembre au Transbordeur), soirée annuelle (auto-)célébrant l’éclectisme bon enfant de Radio Nova, devraient se compter sur les doigts d'une main – voire d'un moignon. Rien de très surprenant à cela quant on sait qu'elles sont à retirer gratuitement auprès des disquaires partenaires de l'événement. D'autant que l'affiche de cette troisième édition lyonnaise brille plus encore que les précédentes par son starpower et son potentiel festif. On pourra en effet y entendre les chansons viscérales et baroques de Mansfield.TYA, prendre une leçon de groove nord-africain avec la diva soudanaise Alsarah et ses Nubatones et voir l'insatiable Joeystarr enfiler son tout nouveau costume de Caribbean Dandee, du nom du projet dancehall (sidekick à dreadlocks et soundsystem inclus) qu'il a mûri au grand air chargé de particules psychotropes de la Jamaïque. Y compris le booty vissé sur son canapé, le tout étant retransmis en direct sur Nova, évidemment, mais aussi sur sa petite sœur locale RTU. Heureux les retardataire

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Une saison théâtrale sous le signe du politique

SCENES | Souvent taxé d’art vieillissant, le théâtre ne cesse pourtant, à l’instar des sociologues ou historiens, d’ausculter le monde contemporain. Cette saison, plusieurs auteurs décryptant la trivialité des rapports sociaux seront portés au plateau. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Une saison théâtrale sous le signe du politique

Christine Angot le déclarait fin août au Monde : «il n’y a pas de vérité hors de la littérature». Théâtre inclus. Le festival international Sens Interdits, en prise directe avec les maux du Rwanda, des réfugiés ou de la Russie, en sera une déflagrante preuve en octobre. Plus près de nous, avec la vivacité d’un jeune homme, Michel Vinaver (88 ans) a repris la plume pour signer Bettencourt boulevard ou une histoire de France, une pièce en trente épisodes mettant au jour les rouages de la fameuse affaire. Ne surtout pas chercher dans ce texte monté par Christian Schiaretti au TNP (du 19 novembre au 19 décembre) des règlements de comptes entre un chef d’État, une milliardaire et un photographe-abuseur, des comptes-rendus judicaires ou de grands discours. Vinaver fait de ses célèbres protagonistes les personnages d’une tragédie grecque contemporaine, remontant à leurs origines et évoquant leur rapport à la judéité, montrant ainsi, loin des polémiques, comment une vieille dame absolument sénile se laisse courtiser par un bellâtre peu scrupuleux. Ce simple jeu d’influence

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Les Authentiks reprennent du poil de la bête

MUSIQUES | Hors les murs depuis l'annulation de son édition 2013, le festival Les Authentiks retrouvera cet été le chemin du Théâtre antique de Vienne. Connaissant le (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Les Authentiks reprennent du poil de la bête

Hors les murs depuis l'annulation de son édition 2013, le festival Les Authentiks retrouvera cet été le chemin du Théâtre antique de Vienne. Connaissant le climat de morosité financière dans lequel baigne le secteur culturel ces temps-ci, cette résurrection est déjà un petit miracle en soi. Sa programmation, exclusivement dédiée au hip-hop, ce sabir des peuples périphériques, offre elle aussi quelques raisons de se réjouir. À commencer par la venue de Joeystarr, qui partagera le haut de l'affiche avec les beatmakers martiaux de Chinese Man, le temps d'une "Caribbean Dandee Block Party" en bonne compagnie (derrière les platines : Cut Killer et DJ Pone) qu'on nous promet caliente. C'est toutefois en bas de la carte que se nichent les propositions les plus excitantes, à savoir les frangins BigFlo & Oli, petits prodiges d'un rap salutairement déconneur, et la pair Anton Serra/Lucio Bukowski, la plus lettrée et loyale du collectif lyonnais L’Animalerie. Reste à savoir s'ils se produiront comme prévu avec Kacem Wapalek, qui a récemment réglé ses comptes en pub

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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Vald et Joey Bada$$ relèvent L'Original

MUSIQUES | Pour sa douzième édition, L'Original reste fidèle à lui-même : cohérent dans ses idées et critiquable dans ses choix. Mais vaut le détour rien que pour les présences du prodige new-yorkais Joey Bada$$ et de la terreur du 93 Vald. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 26 mai 2015

Vald et Joey Bada$$ relèvent L'Original

La semaine dernière, la parole était à l'accusation, représentée par Lucio Bukowski et Anton Serra qui, sur leur album commun, reprochent avec force métaphores carnassières aux organisateurs de L'Original de ne programmer que des has been et des épiphénomènes, qui plus est pour des sommes aux antipodes des racines bitumées du hip-hop. Cette semaine, à l'approche de la 12e édition du festival, elle est à la défense. Et sa stratégie tient en une louable intention : dresser un état des lieux de ceux qui fixent les règles du game contemporain, furent-ils des nouveaux entrants ou des vielles gloires ne faisant pas leur âge. Á trop embrasser, L'Original prend évidemment le risque de mal étreindre, et cette déclinaison 2015 n'y coupe pas, elle qui consacre toute une soirée aux seuls Gradur et Dosseh, figures de proue d'un rap Booba-like d'une balourdise et d'une vulgarité telles qu'il n'est à sa place qu'entre les murs suintant de transpiration de salles de fitness low cost – et malh

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La saison 2015/2016 du TNP

ACTUS | 22 spectacles dont 9 émanant de sa direction ou de ses acteurs permanents : la saison prochaine, le Théâtre National Populaire fera la part belle aux talents maison, à commencer par la création très attendue de "Bettencourt Boulevard" par Christian Schiaretti. Autre temps fort : "Ça ira", fable plus que jamais politique du maître Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 mai 2015

La saison 2015/2016 du TNP

L’an dernier à la même époque, Christian Schiaretti pouvait encore rêver de devenir patron de la Comédie Française, tandis que l’État et le Département supprimaient respectivement 100 000€ et 150 000€ de dotation à ce Centre National Dramatique majeur (sur un budget de presque 10M€). Depuis, le Ministère comme le Rhône ont rendu ce qu’ils avaient pris, le TNP peut rouler sur des rails paisibles. Quoique : la troupe permanente de 12 comédiens a été réduite à 6. Le coût de la vie augmentant, il faut bien faire des économies et puisqu’il n’est pas possible de baisser les frais de fonctionnement de cet énorme paquebot, ce sont les artistes qui trinquent. Mais de cette contrainte nait de l’inventivité. Le TNP proposera ainsi neuf spectacles dans lesquels des comédiens de la mini-troupe se feront metteur en scène, tout le monde travaillant de fait à flux constant. Julien Tiphaine portera à la scène La Chanson de Roland, Clément Carabédian et Clément Morinière s’attèleront au Roman de Renart, Damien Gouy au Franc-Archer de Bagnolet d’un anonyme du XVe siècle et Juliette Rizoud

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Grégoire Le Du, manager en développement durable

MUSIQUES | A la tête de l'agence de management Grande Route et du tout neuf label Archipel cofondé avec le studio Mikrokosm, Grégoire Le Du s'est spécialisé depuis une dizaine d'années dans l'accompagnement d'artistes en développement. Mûrissant au passage une philosophie quelque peu à contre-courant de l'image que l'on peut se faire de ce métier, où les idéalistes auraient encore leur place. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mai 2015

Grégoire Le Du, manager en développement durable

«J'ai cette chance d'être suffisamment romantique pour me satisfaire de ce que l'artiste fera plutôt que de ce qu'il fait.» Cette phrase de Grégoire Le Du – fondateur de Grande Route, qui manage entre autres les carrières prometteuses de Joe Bel et 2080 – plusieurs fois répétée et déclinée au cours du même entretien sur son métier, peut paraître quelque peu sibylline. Il faut pourtant, entre les lignes, la comprendre comme l'acceptation qu'un artiste puisse à un moment donné faire sa (grande) route sans ce manager spécialisé dans l'émergence. Sans faire de lui un Bartleby de la chose, un type qui, comme le héros de Melville, «préférerait ne pas», ce discours et la mise en pratique qui l'accompagne dénote quelque peu dans une profession que, vue de l'extérieur, on imagine volontiers pratiquée par des types qui se barrent avec la caisse : «C'est une philosophie, une question de tempérament dit-il. Je viens de la musique, j'en fais, ce qui me permet de travailler sans arrière pensée.» C'est en effet en plusieurs temps que Grégoire s'est découvert une passion pour l'émergence et le développement et a forgé sa vision du métier.

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Les frères Coen, un rêve américain tourmenté

ECRANS | Alors qu’ils s’apprêtent à présider le 68e festival de Cannes, Joel et Ethan Coen ont droit à une rétrospective quasi-intégrale de leur œuvre à l’Institut Lumière, ce qui permet de revisiter leur cinéma, où le rêve américain est transformé en cauchemar absurde et métaphysique, plein de bruit et de fureur et raconté par des idiots. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Les frères Coen, un rêve américain tourmenté

«Tout ce que je connais, c’est le Texas.» En voix-off, sur fond de puits de pétrole au crépuscule, voilà ce que prononce le détective privé suant et meurtrier au tout début de Blood Simple (1984), œuvre inaugurale de Joel et Ethan Coen. Cela ne l’avait pas empêché, au préalable, d’ébaucher une balbutiante philosophie de l’existence, faite de bouts d’actualité mal digérés et de réflexions typiquement américaines. Une philosophie de traviole, mais une philosophie quand même, ramenée in fine au bon sens texan et à une inculture assumée. À l’autre bout de leur œuvre, les frères Coen retournent au Texas dans No Country for Old Men (2007). Adaptant le roman de Cormac MacCarthy, ils matérialisent une autre figure de tueur mémorable : Anton Chigurh, incarné par un Javier Bardem implacable, ange de la mort lancé à la poursuite d’un cowboy poissard ayant dérobé une fortune à un cartel de la drogue. Chigurh aussi possède une philosophie de la vie basée sur l’absurdité de l’existence, nettoyant les principes éthiques et spirituels de ses futures victimes par un appel au hasard («Call it !») comme derni

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Les Authentiks de retour

MUSIQUES | Hors les murs depuis l'annulation de son édition 2013, le festival des Authentiks retrouvera le chemin du Théâtre antique de (...)

Benjamin Mialot | Mardi 14 avril 2015

Les Authentiks de retour

Hors les murs depuis l'annulation de son édition 2013, le festival des Authentiks retrouvera le chemin du Théâtre antique de Vienne le 15 juillet prochain. Au programme, du beat et des palabres avec le collectif Chinese Man, le petit prodige electronica Fakear, Joeystarr pour un plan à trois avec Cut Killer et DJ Pone, les rappeurs léonins (au sens propre) de l'Animalerie et la pasionaria ragga Soom-T.

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Lagwagon, 25 ans de tubes punk

MUSIQUES | En 25 ans d'existence, Lagwagon, figure emblématique du punk-rock mélodique made in California, n'a rien perdu de sa fougue et de son inspiration. Piqûre de rappel avant son concert en bonne compagnie au Jack Jack. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 17 mars 2015

Lagwagon, 25 ans de tubes punk

Qu'est-ce qu'une bonne chanson ? A une époque où des chercheurs se piquent de pouvoir prédire le succès ou l'échec d'un single par la mise en équations de facteurs contextuels, linguistiques et harmoniques – on appelle ça la hit song science et elle n'a heureusement pas d'équivalent français pour le moment – on souscrira sans réserve à la définition de Joey Cape, l'espèce de Rivers Cuomo à poil dur qui remorque Lagwagon : «Qu'elle sonne toujours bien après qu'on l'ait réduite à une guitare acoustique et un chanteur me paraît un bon critère.» Elle lui a en tout cas réussi : devenu dès son premier album une référence incontestée du punk-rock à la californienne, Lagwagon incarne depuis vingt-cinq mieux qu'aucun autre de ses valeureux compatriotes (No Use for a Name, NOFX, Strung Out...) le mélange de crétinerie – il s'est fait une spécialité de la pochette ringarde, option motif écossais et portrait de Ricain très moyen – d'indiscipline – il n'a jamais cédé aux entêtantes sirènes des majors – et de fulgurance mélodique – que Cape a développée en format folk en solo, indie pop à la tête de Bad Astronaut et what the fuck au sein du co

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Joey Bada$$ à L'Original

MUSIQUES | Pile au moment où l'on se demandait ce qu'il advient de L'Original, voilà que le festival annonce la première tête d'affiche de son édition 2015. Et quelle (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 25 février 2015

Joey Bada$$ à L'Original

Pile au moment où l'on se demandait ce qu'il advient de L'Original, voilà que le festival annonce la première tête d'affiche de son édition 2015. Et quelle tête d'affiche : Joey Bada$$, le nouveau prince du rap ricain, qui viendra défendre son premier album, l'implacable et ambitieux B4.DA.$$ (tout juste âgé de vingt ans, il prétend carrément vouloir détrôner Jay-Z), au Transbordeur le 1er juin.

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Exodus : Gods and Kings

ECRANS | Ridley Scott réussit là où Darren Aronofsky avait échoué avec "Noé" : livrer un blockbuster biblique où la bondieuserie est remplacée par un regard agnostique et où le spectacle tient avant tout dans une forme de sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Exodus : Gods and Kings

2014 restera l’année où les artistes agnostiques et athées se sont penchés sur les textes religieux pour en offrir une lecture rationnelle, intime ou réaliste. Emmanuel Carrère dans Le Royaume, Alain Cavalier dans Le Paradis et aujourd’hui Ridley Scott avec Exodus empoignent chacun à leur façon cette matière comme une source féconde de romanesque et de spectacle, tout en maintenant la distance avec leur caractère sacré. Dans le cas de Scott, c’est rien moins que les épisodes-clés de la Bible où Moïse choisit de libérer le peuple juif et de le conduire jusqu’à la terre promise qui forment le cœur de son blockbuster. Dans un premier temps, le récit dessine un trajet au personnage qui rappelle celui du général Maximus dans Gladiator : frère d’armes du futur pharaon Ramses (Joel Edgerton, looké façon Brando période Kurtz / Apocalypse Now), Moïse (Christian Bale, entre beau

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En bonnes voix

MUSIQUES | Dix ans déjà que, depuis les contreforts du Beaujolais, le festival Nouvelles Voix vendange les nouveaux talents pour tenter de dresser un portrait de (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 18 novembre 2014

En bonnes voix

Dix ans déjà que, depuis les contreforts du Beaujolais, le festival Nouvelles Voix vendange les nouveaux talents pour tenter de dresser un portrait de la musique – tendance chanson plutôt – d'aujourd'hui et surtout de demain. En offrant d'ailleurs à peu près pour tous les goûts – tendance chanson plutôt, donc, mais en fait pas que. On ne s'étonnera alors pas d'y retrouver certains de nos chouchous locaux comme Pethrol, à deux doigts de gagner le statut de premiers de cordée qu'ils méritent. Mais aussi, Nouvelles Voix ratissant plus large, esthétiquement comme géographiquement, parfois même très loin, des découvertes (ou des "à découvrir si ce n'est déjà fait") comme le Bordelais Talisco (vu cet automne à Just Rock?), l'Israëlienne aux instruments venus d'ailleurs Lior Shoov, les Toulousains pluridisciplinaires de Kid Wise ou encore Klô Pelgag, Québécoise quelque peu extra-terrestre (d'où sans doute, ce nom crypto-Klingon). Et puis comme on fête une décennie (ou peut-être que ça n'a rien à voir, après tout), le festival s'offre une belle soirée de gala. En tête d'affiche Hollysiz,

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Insomniaque - Soirées du 29 octobre à 4 novembre

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : les Sheitan Brothers au Sonic, Joey Beltram au DV1 et Ben UFO au Sucre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 28 octobre 2014

Insomniaque - Soirées du 29 octobre à 4 novembre

31.10 Death Disco vs Sheitan Brothers Farces et friandises, il va falloir une fois de plus choisir en ce 31 octobre plus chargé en soirées qu'un autel du Dia de Muertos en fanfreluches squelettiques. Pour les friandises, prière de sauter quelques lignes. Pour les farces, direction le Sonic, où se produiront les Sheitan Brothers, duo-parfois-trio versé autant dans l'art du lol que dans celui du disco. Les noctambules reconnaîtront derrière leurs détourages subtils des personnalités locales de l'électro – qui nourrissent le rêve de jouer au Paribar à Sao Paolo, repaire de leurs maîtres à penser Selvagem. This is Halloween, indeed. 31.10 I'm J

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Lyon's Club

MUSIQUES | Qu'elle soit un concept fumeux ou pas, la scène musicale lyonnaise est là et bien là. La preuve avec ce petit passage en revue – non exhaustif – d'un automne rock'n'gone. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Lyon's Club

Lors d'une discussion en ligne portant sur les coiffeurs, leurs pronostics de football et l'Olympique de Marseille, un grand connaisseur du rock et de bien d'autres choses nous lâcha, magie d'un fil de discussion : «le concept de groupes lyonnais, well... ». Certes, toute personne rejetant l'idée que l'on puisse être Lyonnais juste «parce qu'on a fait sécher ses chaussettes une fois à Lyon», comme nous l'a récemment exposé notre critique cinéma maison, souscrira sans mal à cette réflexion. Mais on ne va pas faire comme si "ces gens-là" n'existaient pas puisqu'ils ne cessent de nous prouver le contraire. Telle Billie, qui nous prépare quelques remixes des titres de son album Le Baiser. L'excellent album de Denis Rivet – ex-King Kong Vahiné pour les intimes – est à venir, lui, le 30 octobre, et Denis jouera un peu partout pendant cet automne à commencer par ce même jour, le

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Dix incontournables pour 2014/2015

SCENES | Outre les spectacles cités dans notre gros plan et les panoramas lisibles par ailleurs, voici une dizaine de spectacles qui attisent notre curiosité ou réveillent de bons souvenirs. Bien plus, en tout cas, que les deux mastodontes avignonnais un peu fades qui passeront par là, au TNP, "Orlando" d'Olivier Py et "Le Prince de Hombourg" de Giorgio Barberio Corsetti.

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Dix incontournables pour 2014/2015

Phèdre Avec Les Serments indiscrets l’an dernier, Christophe Rauck présentait une version très personnelle, entre suavité et force, de la pièce méconnue de Marivaux. Il s’attaque maintenant au classique de Racine que tous les grands comédiens ont un jour joué dans leur vie, à commencer par Dominique Blanc sous la houlette de Patrice Chéreau. Dans ce casting-ci, on retrouvera la mythique Nada Strancar (dans le rôle de Oenone, nourrice de Phèdre), au milieu d'un décor agrègeant une nouvelle fois les apparats de l’époque Louis XIV à un univers moins propret, aux murs à nu voire lézardés. Rauck se garde de ripoliner les œuvres majeures pour mieux les révéler. Faisons-lui à nouveau confiance. Nadja Pobel Du 8 au 17 octobre aux Célestins  

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Bien frappé

MUSIQUES | Cette année encore, le festival d'été de la Ville de Grenoble a frappé très fort en termes de programmation : l'éventail est non seulement toujours aussi large, (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 26 juin 2014

Bien frappé

Cette année encore, le festival d'été de la Ville de Grenoble a frappé très fort en termes de programmation : l'éventail est non seulement toujours aussi large, mais en plus le beau linge est de la plus belle étoffe. Question éventail, une belle tranche sera notamment donnée au maloya avec la présence de Maya Kamati et de la grande Christine Salem – cette dernière dans un exercice d'hybridation avec ses amis de Moriarty. Pour le reste, toutes les esthétiques imaginables sont représentés ou presque : reggae (Ki-Mani Marley, fils de qui vous savez, Meta & the Cornerstones), blues sous toutes ses déclinaisons, du swing à l'électro (Stracho Temelkovski, They Call Me Rico, St.Lô), électro, elle-même en tous genres, avec une forte inclination tout de même pour ses versants pop et indie rock (As Animals, Natas Love You, As a New Revolt)... Au-delà de ce brassage, le Cabaret Frappé n'a pas son pareil pour attirer dans ses filets ces jeunes chanteuses irrésistibles qui nous font perdre tout sens commun et nous rendent plus prosélytes qu'un témoin de Jéhovah, à l'instar de l'éblouissante Joe Bel et de la ténébreuse Lou Ma

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La fête à la maison

MUSIQUES | Quel est l'idiot qui a eu cette idée folle d'inventer la fête de la musique, pour en plus la caser le même jour qu'Argentine-Iran et Nigeria-Bosnie ? Faut-il à ce point détester l'être humain ? Puisque c'est comme ça, voici une sélection des festivités avec pleins de Lyonnais dedans, même si pas assez. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 juin 2014

La fête à la maison

La fuite des cerveaux, qu'on appelle ça. Chaque 21 juin, on constate avec un peu plus d'amertume mêlée de joie – pour eux, surtout – que certains des meilleurs éléments de la scène lyonnaise exportent leurs talents pour aller fêter la musique avec des gens qu'on connaît même pas. Prenons (c'est une image) par exemple Erotic Market, qui déplace pour l'occasion son petit commerce amoureux à Beauvais. Même si l'on veut bien admettre qu'il est fort charitable d'apporter un peu d'érotisme bootylicious dans la vie des Beauvaisien – déjà que la Picardie pourrait disparaître –, il y a de quoi être furax de se voir lâchés au moment où on a le plus besoin de nos meilleurs éléments pour couvrir le grand vacarme populaire du musicien du dimanche entendant bien prouver que oui, la France a un incroyable talent et qu'en plus c'est lui – il sait jouer I've Got You Under My Skin avec un poireau à coulisses. Pire, certains de nos chers groupes lyonnais restent même chez eux en attendant que ça passe (ce sont les mêmes qui ne font pas la vaisselle pour la Journée de la femme, honte à eux). Folk progre

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