La Planète des singes : l'affrontement

ECRANS | Cruelle déception : cette deuxième partie censée expliciter les origines du récit de Pierre Boulle ne possède ni l’efficacité, ni la puissance politique du premier volet, Matt Reeves se coulant dans le moule industriel du blockbuster estival. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Alors que personne ne misait un kopeck sur son éventuelle réussite, La Planète des singes : les origines avait séduit à peu près tout le monde par son mélange d'exploit technique et d'efficacité narrative, sans parler de son étonnant contenu politique, où les esclaves-singes se révoltaient contre leurs maîtres-humains. Rupert Wyatt et ses deux scénaristes, Rick Jaffa et Amanda Silver, avaient eu l'intelligence de coller aux codes du film de prison pour conférer à ce prequel la vitesse et la sécheresse des meilleures séries B.

Dans un monde bien fait, on aurait dû en rester là et regarder en boucle ce modèle de divertissement intelligent. Mais la loi hollywoodienne exige qu'on ne laisse jamais un succès dormir sur ses deux oreilles… Wyatt au placard, remplacé par Matt Reeves, Jaffa et Silver cornaqués par le renégat Mark Bomback — le dernier Wolverine, le quatrième Die Hard, le remake de Total Recall, autant de fiascos — voilà donc un deuxième opus sous bonne garde industrielle, loin de l'artisanat consciencieux du premier…

 

Faut pas nous prendre pour des singes !

L'Affrontement est bien le blockbuster impersonnel redouté, où tout semble calculé au poil de singe pour contenter le monde entier — à l'exception du cinéphile exigeant, s'il existe encore. La première heure expose laborieusement les enjeux : suite aux ravages du virus identifié comme «grippe simiesque», la civilisation des singes s'est organisée tandis que les humains ont régressé vers un état de nature — enfin, ils ressemblent surtout à des hipsters dans une rave party ! Quand un pauvre crétin tire sans sommation sur un singe en goguette, la guerre menace… César tente alors de retenir les ardeurs belliqueuses de Koba, prêt à en découdre avec ce qu'il reste de l'humanité.

Martin Luther King contre Malcolm X, mais aussi César contre Brutus ; le film tente salutairement d'élever le débat mais se heurte à deux énormes écueils : d'abord, le peu d'épaisseur des personnages humains et le ridicule des situations qu'ils traversent — Gary Oldman qui, après dix ans sans électricité, se rue sur son iPad pour y regarder les photos de sa famille, c'est un sommet de grotesque et de placement produit ; ensuite, l'absence de perspective mythologique du récit, qui n'éclaire aucunement sur les raisons qui conduiront à cette fameuse dictature simiesque. À la place, on trouve beaucoup de niaiserie identificatoire, de l'action verticale pour écran IMAX et zéro idée de mise en scène, Matt Reeves n'ayant aucun goût pour la poésie des ruines et du désastre dont témoignait Gareth Edwards dans Godzilla. De la série B initiale, on est passé à une série télé sur grand écran — triste destin du blockbuster quand on le met entre de mauvaises mains.

 

La Planète des singes : L'Affrontement
De Matt Reeves (ÉU, 2h08) avec Andy Serkis, Jason Clarke, Gary Oldman…
Sortie le 30 juillet


La Planète des singes, l'affrontement

De Matt Reeves (ÉU, 2h11) avec Andy Serkis, Jason Clarke, Gary Oldman...

De Matt Reeves (ÉU, 2h11) avec Andy Serkis, Jason Clarke, Gary Oldman...

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Une nation de plus en plus nombreuse de singes évolués, dirigée par César, est menacée par un groupe d’humains qui a survécu au virus dévastateur qui s'est répandu dix ans plus tôt. Ils parviennent à une trêve fragile, mais de courte durée : les deux camps sont sur le point de se livrer une guerre qui décidera de l’espèce dominante sur Terre.


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L’étoffe des 2.0 : "First Man - le premier homme sur la Lune"

Astrobiopic | de Damien Chazelle (E-U, 2h20) avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

L’étoffe des 2.0 :

De son entrée à la NASA comme pilote d’essai à son retour victorieux de la Lune, la trajectoire professionnelle et intime de Neil Armstrong dit Mister Cool ; un ingénieur doté d’une intelligence, d’une chance et d’un sang-froid peu communs, qui fut le premier terrien à fouler le sol lunaire… L’engouement exagéré pour ce film d’élève appliqué qu’était La La Land aura eu la vertu de propulser Damien Chazelle vers un sujet plus ambitieux : l’aventure exploratoire la plus stupéfiante de l’Histoire. Le cinéaste la raconte en la restreignant à un individu réduit à son absence apparente d’affects — n’est-il pas paradoxal, de posséder des qualités surhumaines, voire inhumaines, pour devenir le “Premier Homme“ ? La désormais légendaire impassibilité (inexpressivité, version bienveillante) de Ryan Gosling

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« Notre plus grande force, c’est notre empathie émotionnelle » selon Matt Reeves

La Planète des Singes : Suprématie | Avec "La Planète des Singes : Suprématie", le réalisateur de "Cloverfield" Matt Reeves clôt la Trilogie simiesque, toujours accompagné par l’indispensable Andy Serkis. Rencontre avec deux sacrés primates.

Vincent Raymond | Mercredi 2 août 2017

« Notre plus grande force, c’est notre empathie émotionnelle » selon Matt Reeves

Qu’avez-vous souhaité explorer dans cet ultime volet de la trilogie ? Matt Reeves : Je voulais montrer ce moment où le personnage de César risquait de perdre l’empathie émotionnelle qu’il éprouve autant pour les Hommes que pour les Singes — car il n’est ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre —, et sur laquelle repose son héroïsme. Cela m’intéressait de mettre le spectateur pendant deux heures dans la peau de César, confronté à la guerre entre les humains, mais aussi à une lutte intérieure comme nous en connaissons tous. Andy Serkis : J’ai beaucoup de chance d’avoir participé à une telle trilogie, qui a une âme, un sens, une vérité et un message politique. C’est incroyable d’avoir pu passer de l’enfance à la fin de vie, mais aussi de voir un personnage de leader trouvant sans cesse des solutions pacifiques découvrir le phénomène de la haine. Le faire passer à l’acte, voire tuer, était pour moi un formidable défi physique et psychologique. Bien qu’étant de tous les plans, vous n’êtes jamais jamais reconnaissable à l’écran. Que retrouvez-vous de vous en César ? AS : Je me vois

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César doit mourir : "La Planète des Singes - Suprématie" de Matt Reeves

Saga | Dans cet ultime volet de la trilogie, tout est bien qui finit simien. Mais qu’on ne compte pas sur nous pour révéler le pourquoi du comment : les Humains n’ont sur cette Planète plus voix au chapitre…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

César doit mourir :

Chef incontesté des Singes, César aspire à vivre en paix avec son peuple. Mais un bataillon mené par le Colonel vient le défier en semant la mort parmi les siens. Le chimpanzé parlant se résout donc à l’affronter. En route vers son destin, il adopte une étrange fillette muette… La Planète des Singes est l’exemple rare d’une franchise dont l’intérêt ne s’émousse pas au fil des épisodes. Au volume 3 de la série en cours — dont César est le fil conducteur — on assiste même à un point d’orgue épique et tragique : Suprématie n’a rien d’une conclusion sommaire sans enjeu. C’est un total western darwinien. S’il propose sa récurrente lecture écologique en plaçant à nouveau l’humain en situation d’“espèce menacée” (l’inscription se trouve d’ailleurs arborée par un soldat sur son casque) du fait de l’avènement des singes, il suggère un moyen plus raffiné pour oblitérer l’ancien maître de la planète de son humanité — qui ne constituera cependant pas une surprise aux familiers de la saga. Au-delà, Suprématie

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"HHhH" de Cédric Jimenez : tête de mort

ECRANS | de Cédric Jimenez (Fr, 2h00) avec Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O’Connell…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Allemagne, 1931. Radié de la marine pour une affaires de mœurs, Reinhard Heydrich épouse Lina von Osten et avec elle le nazisme. Il créera pour Himmler un service de renseignements, puis les Einsatzgruppen ; théorisera la Solution finale avant de périr en 1942 dans un attentat. Le roman de Laurent Binet, HHhH (en français décrypté, “le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich”) fait partie de ces ouvrages qu’une adaptation cinématographique condamne immanquablement au nivellement par la médiocrité, au sens propre du terme. Les contraintes budgétaires sont telles qu’il faut accumuler les coproductions (donc les concessions) quitte à édulcorer les audaces narrative et/ou artistique. Avec sa distribution internationale et sa version originale anglophone, HHhH renvoie à ces euro-puddings qui faisaient l’ordinaire des années soixante-dix. Cédric Jimenez, qui avait déjà montré son attachement à cette période dans La French, tente d’en limiter la fatale pesanteur grâce à une construction non strictement

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10 Cloverfield Lane

ECRANS | de Dan Trachtenberg (É-U, 1h50) avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

10 Cloverfield Lane

En 2008, Matt Reeves électrochoquait le principe du film catastrophe apocalyptique en hybridant faux found footage et monstres exterminateurs dans Cloverfield, une expérience de cinéma aussi accomplie du point de vue théorique que spectaculaire. Ni suite, ni spin-off classique, 10 Cloverfield Lane s’inscrit dans sa lignée en combinant atmosphère de fin du monde, huis clos sartrien avec potentiel(s) psychopathe(s)… et monstres exterminateurs. Producteur des deux volets, J.J. Abrams pourrait lancer une franchise en s’attaquant ensuite au mélo, à la comédie musicale, au polar : tout peut convenir, du moment que l’on ajoute “Cloverfield” dans le titre et intègre des monstres en codicille ! Si Cloverfield montrait une fiesta virant au massacre, puis au survival, 10 Cloverfield Lane démarre privé de toute insouciance par une rupture pour se précipiter, très vite, dans le confinement subi d’un bunker et sa promiscuité. C’est que les temps ont changé : l’inquiétude et la paranoïa règnent. Plus pressante, la menace n’est plus le seul fait d’entités étrangères ; elle émane aussi de bon gros rednecks se révélant immédiatement

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La Taupe

ECRANS | De Tomas Alfredson (Ang, 2h) avec Gary Oldman, John Hurt, Colin Firth…

Dorotée Aznar | Vendredi 3 février 2012

La Taupe

La Taupe fait partie de cette catégorie de films pas aimables, ou plutôt, qu’on ne cesse d’avoir envie d’aimer (et pas seulement parce que son cinéaste Tomas Alfredson, avait réalisé le génial Morse) même s’ils ne font rien pour l’être. Le scénario, tiré de John Le Carré, est d’une complexité hallucinante, et la mise en scène, qui perd sans arrêt ses personnages dans des décors étouffants, procure autant de fascination — jamais l’atmosphère du complot paranoïaque de la guerre froide n’avait été aussi magistralement retranscrite à l’écran — que d’ennui. Cette traque à l’agent double par des espions anglais rigides et vieillissants, dont un Gary Oldman impressionnant, ne dit en fin de compte rien de neuf sur la politique de l’époque, et la résolution, décevante, achève de donner le sentiment que la sortie du labyrinthe était en fait la porte d’à côté. Pourtant, il y a une piste passionnante qui sauve in extremis le film de l’exercice de style fétichiste : cet univers masculi

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Cadavres à la pelle

ECRANS | De John Landis (Ang, 1h31) avec Simon Pegg, Andy Serkis…

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Cadavres à la pelle

Comme Joe Dante ou John Carpenter (avec qui il officia au sein des Masters of horror), les années 2000 ont été dures pour John Landis. Son retour avec cette comédie où l’on sourit plus que l’on ne rit est une relative bonne nouvelle, même si le film a l’air d’avoir dix ans de retard (ce qui lui donne paradoxalement un petit charme rétro). Landis prend son temps pour raconter les tribulations de deux pauvres types dans l’Angleterre victorienne, assassinant plus misérable qu’eux pour vendre des cadavres aux anatomistes londoniens. Entre Pegg le romantique et Serkis le pragmatique, le film développe un humour gentillet loin du rire noir promis, et Landis glisse ici et là ses habituels clins d’œil cinéphiles. Voir "Cadavres à la pelle", c’est comme aller boire une bière avec un pote qu’on n’a pas vu depuis longtemps : on passe un bon moment, mais on l’a oublié au réveil.Christophe Chabert 

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Cloverfield

ECRANS | Un blockbuster tourné en faux-direct où des monstres attaquent Manhattan : Matt Reeves et JJ Abrams arrivent, malgré des faiblesses criantes, à renouveler le film-catastrophe en inaugurant la grande tendance de ce début d'année. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 février 2008

Cloverfield

Après un avertissement mystérieux nous prévenant que le film que nous allons voir à été retrouvé sur le site anciennement appelé «Central Park», Cloverfield démarre en caméra vidéo subjective sur une poignée de séquences absolument inintéressantes. Un petit couple au saut du lit, elle nue dans les draps, lui derrière sa DV ; «Ça va se retrouver sur Internet !», lui (et nous) dit-elle. Plus tard, la caméra a changé de main, et la demoiselle d'amoureux. C'est maintenant un geek lourdaud qui filme la soirée d'adieu de l'amant éconduit, et chaque participant doit lui enregistrer un petit message. Comme on regarde la cassette en entier, on se farcit toutes les longueurs et tous les ratés de cet amateur plutôt doué pour le cadre. Après une énorme explosion, la panique s'installe, tous les convives fuient dans la rue où ils assistent, médusés, à la décapitation de la statue de la liberté. You entube Qu'on se le dise, Cloverfield repose sur un concept malin proprement piqué à celui du Projet Blair Witch, en plus abouti toutefois. JJ Abrams, créateur de Lost et véritable instigateur de la supercherie, pratique ainsi

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