Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

ECRANS | Moins flamboyante que l’an dernier, la rentrée cinéma 2014 demandera aux spectateurs de sortir des sentiers battus pour aller découvrir des films audacieux et une nouvelle génération de cinéastes prometteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Si l'extraordinaire Leviathan ne lui avait ravi in extremis la place de chouchou de la rentrée cinéma, nul doute qu'elle aurait échu à Céline Sciamma et son très stimulant Bande de filles (sortie le 22 octobre). Troisième film de la réalisatrice déjà remarquée pour son beau Tomboy, il suit le parcours de Meriem, adolescente black banlieusarde qui refuse la fatalité d'une scolarité plombée et se lie d'amitié avec une «bande de filles» pour faire les quatre-cents coups, et en donner quelques-uns au passage, afin d'affirmer sa virilité dans un monde où, quel que soit son sexe, la loi du plus fort s'impose à tous. Cette éducation par la rue et le combat n'est pas sans rappeler les deux derniers films de Jacques Audiard ; Un prophète en particulier, puisque Sciamma cherche elle aussi à filmer l'éclosion dans un même mouvement d'une héroïne et d'une actrice — formidable Karidja Touré.

S'il y a bien une comédienne qui est en train d'exploser sur les écrans, c'est d'évidence Shailene Woodley. Star de la saga teen Divergente et du mélo Nos étoiles contraires, elle a tapé dans l'œil de Gregg Araki qui en a fait son White Bird (15 octobre) pour un beau film mélancolique où Woodley, adolescente en pleine confusion intime après la disparition inexpliquée de sa mère (Eva Green), tente de trouver son chemin entre cette absence et le besoin d'avancer vers l'âge adulte. Si l'onirisme pop rappelle Kaboom, la délicatesse du regard d'Araki sur ses personnages renvoie plutôt à son chef-d'œuvre Mysterious Skin. C'est en tout cas la preuve que le cinéaste a atteint une maturité créative sereine et incontestable.

À vingt-six ans, on n'en demandera évidemment pas tant à Xavier Dolan ; son cinquième film, Mommy (8 octobre), est sans conteste son plus réussi, mais il prouve aussi que le petit prodige a encore du chemin à faire pour convaincre totalement. S'y révèle à la fois un goût pour la comédie insoupçonnée, éclatante dans les scènes d'engueulade démentes entre un garçon imprévisible et sa mère débordée, mais aussi une tendance aux affèteries stylistiques et à la surenchère mélodramatique ; il ne faut pas nier la force de Mommy, mais pas minimiser ses faiblesses non plus.

 

Sans foi, ni loi

Qu'on aime ou pas son film, Dolan représente le chef de file d'une génération de cinéastes internationaux en pleine émergence, dont cette rentrée se fera l'écho. Des États-Unis, Damien Chazelle livre un premier film remarquable, Whiplash  (24 décembre) ; soit l'affrontement entre un apprenti batteur de jazz et son professeur perfectionniste jusqu'au sadisme, mais aussi une critique d'autant plus cinglante de l'idéal de réussite américain qu'elle se fait dans une œuvre au diapason frénétique et entraînant des morceaux musicaux qui la rythment.

D'Angleterre, Yann Demange signe une autre première œuvre, '71 (29 octobre), qui transpose au conflit irlandais les leçons des Vietnam movies américains, avant de s'aventurer vers le thriller urbain lyrique et violent, le tout porté par une mise en scène immersive et maîtrisée. 

De France, Jean-Charles Hue réalise l'étonnant Mange tes morts (17 septembre), qui démarre comme la chronique naturaliste d'une communauté de gitans avant de bifurquer insensiblement vers un polar qui n'a rien à envier à Michael Mann.

Enfin, d'Allemagne, Dietrich Brüggeman attisera les polémiques avec Chemin de croix (29 octobre), martyre d'une adolescente écartelée entre sa famille ultra-catho et la naissance de son désir. Filmé en longs plans fixes aux compositions maniaques, Chemin de croix appartient à la veine, aussi contestable que fascinante, du cinéma de la cruauté hérité d'Haneke et d'Ulrich Seidl.

On ajoutera deux outsiders à suivre de près : le Belge Michaël R. Roskam, auteur du génial Bullhead, parti tourner en Amérique le polar Quand vient la nuit (12 novembre) avec Tom Hardy ; et la Française Mia Hansen-Love, qui revient sur le mouvement de la French Touch dans Eden (19 novembre). Sans parler de l'insaisissable Anton Corbijn qui, après avoir romancé la vie de Ian Curtis et transformé Clooney en tueur leonien dans The American, dirige le regretté Philip Seymour Hoffman dans une nouvelle adaptation de John Le Carré, Un homme très recherché (17 septembre).

 

Paradis : espoir

Pour ceux que ce mitraillage de nouveaux noms prometteurs désoriente, sachez que quelques grands cinéastes confirmés seront de la partie d'ici fin 2014. À commencer par Alain Cavalier, avec non pas un mais deux films : Le Paradis (8 octobre) et Cavalier Express (12 novembre), réunion de courts-métrages tournés par ce filmeur insatiable.

On attend beaucoup du nouveau Tim Burton, qui revient à une production artisanale après ses années industrielles passées entre Disney et Warner — et délaisse un temps Johnny  Depp pour mettre en scène Christoph Waltz dans Big Eyes (24 décembre). Quant à Woody Allen, il s'offre une nouvelle villégiature touristique — du côté de la Provence, cette fois — avec Magic in the Moonlight (22 octobre).

Mais les deux très gros morceaux de la saison seront à mettre au crédit de deux cinéastes aventureux et perfectionnistes, même si les cinéphiles ont tendance à les opposer l'un à l'autre. À notre droite, Christopher Nolan, qui s'aventure dans l'espace aux côtés de Matthew MacConaughey et Anne Hathaway pour Interstellar (5 novembre) ; et à notregauche, David Fincher, qui creuse un peu plus la veine du film criminel — la plus féconde de sa carrière, cf. Seven et Zodiac — dans Gone Girl (8 octobre), avec un Ben Affleck redescendu du généreux piédestal oscarisé d'Argo.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Appel à candidature : Hôtel71 lance son incubateur dédié aux médias émergents

ACTUS | Au sortir d'une saison prototype auprès de neuf jeunes structures du secteur médiatique, Hôtel71 ajoute une case à son programme d'accompagnement d'entrenpreneuriat culturel en lançant pour de bon son incubateur destiné aux médias émergents et indépendants. Et appelle à candidatures pour début 2021.

Stéphane Duchêne | Lundi 21 décembre 2020

Appel à candidature : Hôtel71 lance son incubateur dédié aux médias émergents

Par les temps qui courent – et même d'ailleurs un peu le reste du temps – c'est peu dire qu'il est audacieux de lancer un média ou un projet éditorial. Mais si vous faites partie de ces sans-peur à qui la chance aime sourire en priorité, alors l'accompagnement d'Hôtel71 pourrait vous être plus que profitable pour transformer votre énergie créatrice en un projet concret. Le creative hub lancé par Arty Farty et inauguré à Lyon en 2019 dans un ancien hôtel particulier de Confluence pour accompagner le jeune entrepreneuriat culturel (musique, événementiel, urbanisme transitoire...) lance en effet en ce début d'année 2021 un incubateur 100% dédié aux médias émergents et indépendants. Destiné à tout porteur de projet ou structure dans le secteur des médias

Continuer à lire

Hôtel71, l'aventure intérieure

Tiers-Lieu | C'est le dernier né des projets de Arty Farty : un incubateur (pardon, un "creative hub") dédié à la culture et aux médias transformé en spot de conférences où l'on boit des coups. Bienvenue à Hôtel71.

Sébastien Broquet | Mardi 8 octobre 2019

Hôtel71, l'aventure intérieure

Avant de commencer, précisons : Hôtel71 n'est pas H7. Même si l'immeuble est adjacent, même si Arty Farty est aussi dans le coup. Et n'est pas Heat, non plus, qui est le food court accolé à ces deux spots. Si H7 est le lieu totem de le french tech locale, Hôtel71, inauguré le 25 septembre dernier, est la maison des fondateurs de Nuits sonores qui ont essaimé un peu partout dans la ville et au-delà (bientôt un second food court Heat à Montreuil !). Un tiers-lieu où les bureaux de l'association sont désormais installés, mais où dans les étages de cet ancien hôtel particulier se croisent d'autres acteurs culturels ou médiatiques établis ou en devenir. C'est aussi un incubateur, même si on nous a bien expliqué qu'il ne fallait pas employer ce mot. Vincent Carry, le directeur, l'explique ainsi dans son éditorial : « c’est le sens que les équipes d’Arty Farty et de Culture next, avec tous leurs partenaires et soutiens, veulent donner à Hôtel71: une maison pour transmettre et outiller les acteurs culturels et m

Continuer à lire

Jacky Schwartzmann à double tour

Polar | Alors que sort le 3 octobre son nouveau roman en solitaire, Jacky Schwartzmann vient de commettre Le Coffre, un savoureux polar à quatre mains avec son homologue roumain Lucian-Dragos Bogdan.

Stéphane Duchêne | Mercredi 2 octobre 2019

Jacky Schwartzmann à double tour

« Pour faire rire, il faut inventer, il faut trouver un bon mot et non répéter celui des autres. J'ai connu des types fans d'humoristes célèbres et qui étaient capables de réciter des sketchs entiers, avec les bonnes intonations, avec l'accent tonique au bon endroit et avec les grimaces executées à la perfection. Mais jamais drôles. Les Dick Rivers de la blague. » Dès la première page de Le Coffre, son co-auteur lyonnais nous livre cette profession de foi passée au filtre du narrateur, l'humour selon Jacky Schwartzmann. Ce n'est pourtant pas un traité sur le rire que nous propose l'auteur de Demain c'est loin, mais un nouveau polar. Sa particularité : dans une certaine tradition policière (Boileau-Narcejac), Le Coffre est écrit à quatre mains avec l'auteur roumain Lucian-Dragos Bogdan. Une commande de Quais du Polar dans le cadre de l'année culturelle franco-roumaine exécutée en un temps record (trois mois douche comprise) et avec une verve toute Schwartzmannienne. L'histoire : un gendarme français et un policier roumain collaborent à distance pour résoudre la bien é

Continuer à lire

À Vaulx Jazz comme des images

ECRANS | Chaque édition d’À Vaulx Jazz donne l’occasion de rappeler combien fécondes peuvent être les noces entre ce genre musical et le cinéma, combien intacte demeure leur complicité.

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

À Vaulx Jazz comme des images

L’un et l’autre nés à la fin du XIXe siècle, ces deux vecteurs d’expression populaire ont prospéré en marge dans les rues ou les foires, avant de se tailler leur place parmi les disciplines artistiques considérées comme ”nobles“. On en arrive même à un formidable paradoxe aujourd’hui, où tout film pourvu d’une bande originale jazzy se trouve d’emblée doté d’une aura de raffinement vintage, voire d’un brevet d’intellectualisme woodyallenien ! Parfaites girouettes, les mentalités ont une stabilité comparable aux gouvernements de la IVe République… Quatuor de choc Justement, parmi les quatre films retenus dans la programmation de cette année figure un classique de cette époque : Rendez-vous de juillet (1949). Signé par Jacques Becker, le Howard Hawks français, ce film aspire l’air ambiant autant qu’il s’en inspire — en particulier celui des caveaux jazz ayant fleuri après la Libération à Paris. Révélant les comédiens Maurice Ronet et Nicole Courcel, il a aussi le flair de capter les notes du jeune Claude Luter et de ses “Lorientais”. Revendiquant en musique des goûts éclectiques (« de Duke Ellington

Continuer à lire

Hallucinations Collectives : une compet' hallucinante

ECRANS | Cette année, Hallucinations Collectives a fait une récolte proprement mirifique en ce qui concerne les inédits et avant-premières soumis à appréciation du jury, (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Hallucinations Collectives : une compet' hallucinante

Cette année, Hallucinations Collectives a fait une récolte proprement mirifique en ce qui concerne les inédits et avant-premières soumis à appréciation du jury, du public et, pour la première année, du Petit Bulletin, puisque notre fine équipe remettra un prix lors de la cérémonie de clôture. On notera tout d’abord le retour de Peter Strickland, qui avait remporté le Grand Prix en 2013 avec Berberian Sound Studio, pour The Duke of Burgundy, exploration hallucinée d’une relation lesbienne et sado-maso. Le film est produit par Ben Wheatley, titulaire du Grand Prix du festival en 2012 pour son magnifique Kill List. Le génial Alex De La Iglesia avait pour sa part été lauréat de la distinction avec son chef-d’œuvre, Balada Triste, en 2011

Continuer à lire

Big Eyes

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h47) avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Big Eyes

Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney — Alice au pays des merveilles — et déclinaison paresseuse de son propre style — Sweeney Todd, Dark Shadows — l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux — celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain ; ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dict

Continuer à lire

L’Amérique au firmament…

ECRANS | Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas : de janvier à juin, c’est le retour des super auteurs du cinéma américain avec des films qu’on dira, par euphémisme, excitants. À l’ombre de ces mastodontes vrombissants, une poignée de cinéastes d’ici devraient leur donner le change. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

L’Amérique au firmament…

Les Wachowski, Eastwood, Gonzalez Iñarritu, Paul Thomas Anderson, Michael Mann, Tim Burton, George Miller, à qui on ajouterait bien James Wan et Josh Whedon : le premier semestre 2015 se pose en miroir inversé du dernier semestre 2014. Fini le renouvellement générationnel, les cinéastes du monde entier qui arrivent à une forme de maturité créative, les francs-tireurs décidés à faire trembler le cinoche mainstream ou son frère jumeau, le world cinéma… Certes, il y en aura quelques-uns d’ici à fin mai ; mais ce sont bien les superauteurs américains qui risquent de faire la pluie et le beau temps sur l’actualité cinématographique d’ici là. Après un mois de janvier en forme de tour de chauffe, ce sont donc Larry et Lana Wachowski qui ouvrent le bal avec leur Jupiter Ascending le 4 février — que son distributeur français a, de manière particulièrement débile, rebaptisé Jupiter : le destin de l’univers. Après la fresque spatio-temporelle de Cloud Atlas, génial puzzle d’une ambition folle, les Wachowski s’envoient en l’air pour

Continuer à lire

Whiplash

ECRANS | Pour son premier film, Damien Chazelle raconte une initiation artistique muée en rapport de domination, et filme la pratique de la musique comme on mettrait en scène un film de guerre. Une affaire de rythme, de tempo et de ruptures, parfaitement maîtrisée d’un bout à l’autre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Whiplash

La répétition d’un coup de baguette sur une caisse claire, de plus en plus rapide, comme des coups de feu ou, selon le titre, des coups de fouet — whiplash. Le rythme, rien que le rythme. Une demi-seconde en trop ou une demi-seconde trop tôt et vous êtes mort. En face, l’homme censé vous guider dans votre apprentissage, votre mentor, est aussi votre pire ennemi, celui que vous craignez le plus car ses jugements font autorité. Lui, le rythme, il le fracasse sèchement afin de vous mettre à terre, plus bas que terre même, pour que vous vous releviez ensuite le mors aux dents et que vous repartiez au combat, plus déterminé que jamais. Ce qui ne tue pas rend plus fort, dit l’adage nietzschéen. Le succès est la meilleure des revanches, complète un dicton américain. Whiplash, premier film impressionnant de Damien Chazelle, raconte tout cela, et beaucoup plus encore. Un élève doué Voici donc Andrew (Miles Teller, échappé de romances pour ados comme The Spectacular Now et Divergente) qui intègre une prestigieuse école de musique pour deven

Continuer à lire

Interstellar

ECRANS | L’espace, dernière frontière des cinéastes ambitieux ? Pour Christopher Nolan, c’est surtout l’occasion de montrer les limites de son cinéma, en quête de sens et d’émotions par-delà les mathématiques arides de ses scénarios et l’épique de ses morceaux de bravoure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Interstellar

Un an à peine après Gravity, au tour de Christopher Nolan de s’aventurer dans l’espace pour en donner une image scientifiquement correcte et réaliste avec Interstellar. Le futur du film est une vision à peine déformée de celui qui nous attend, marqué par la pénurie de céréales et les dérèglements climatiques, au point de pousser l’homme à chercher par-delà notre système solaire d’autres planètes habitables. Nolan centre son approche sur une famille purement américaine, dont le père décide de rejoindre une équipe d’astronautes pour s’engouffrer dans un «trou de ver» et rejoindre une autre dimension du temps et de l’espace. L’intime et le cosmos, les paradoxes liés à la relativité temporelle, les autres mondes dominés par des éléments uniques et déchaînés — l’eau, la glace ; c’est un territoire ambitieux qu’arpente Nolan, mais plutôt que d’en faire une plongée vers l’inédit, il le ramène vers sa propre maîtrise, désormais avérée, pointant toutes les limites de son cinéma. Dans l’espace, personne ne vous entend rêver Les trois grandes parti

Continuer à lire

’71

ECRANS | Pour son premier film, Yann Demange, londonien d’origine française, applique les leçons du Vietnam movie pour raconter le calvaire d’un soldat britannique égaré à Belfast en plein conflit nord-irlandais. Impressionnant de virtuosité et d’efficacité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

’71

Une jeune recrue débarque dans une guerre étrangère sans y avoir été préparée sinon par un entraînement sommaire et, après un traquenard, se retrouve seule et perdue en territoire hostile, tentant de survivre malgré la complexité des enjeux militaires : ce fut, peu ou prou, l’argument de la vague des Vietnam movies qui déferlèrent entre 1986 et 1990 sur les écrans, initiée par Oliver Stone avec Platoon. Le filon s’est tari mais à chaque nouvelle guerre américaine — Irak, Afghanistan et même Somalie avec le génial La Chute du faucon noir — ce canon a refait surface. Pour sa première incursion dans le long-métrage après une expérience télé sur la série Dead Set, Yann Demange, d’origine française mais ayant grandi en Angleterre, a choisi de le transposer à la situation nord irlandaise de 1971, lorsque l’armée britannique envoya ses troupes pour mater la rébellion terroriste de l’IRA à Belfast. Gary (Jack O’Connell, l’inquiétant délinquant d’Eden Lake et le détenu œdipien des Poings contre les murs) découvre en quelques jours à la fois ce conflit auquel il ne comprend rien et son rôle de militaire passant de la caserne au

Continuer à lire

Chemin de croix

ECRANS | Derrière la critique du fondamentalisme religieux, ce martyre d’une adolescente de 14 ans, filmé par Dietrich Brüggemann selon des principes aussi rigoureux que ceux qu’il prétend dénoncer, cache en fait une œuvre manipulatrice et très discutable. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 28 octobre 2014

Chemin de croix

Ce bon Michel Serres disait, il y a une décennie déjà : «Dans les années 70, quand je voulais faire rire mes étudiants, je leur parlais religion et quand je voulais les intéresser, je leur parlais politique. Aujourd’hui, c’est l’inverse». Le constat est toujours valable, sinon plus encore par les temps qui courent, et le cinéma se fait la caisse de résonance de ce retournement de valeurs. Un film politique se doit donc d’être satirique, moquer le pouvoir et les institutions ; en revanche, dès qu’il s’agit de causer religion, surtout dans ses dérives fondamentalistes, les cinéastes redoublent d’austérité esthétique, sans parler du discours sous-jacent, sérieux comme un pape — l’expression tombe à point. Chemin de croix, quatrième film signé Dietrich Brüggemann, ovationné à Berlin où il a reçu le prix du scénario, s’inscrit dans ce registre, même si il est beaucoup plus retors que cela. On y suit la vie de Maria, adolescente de 14 ans élevée dans une famille de cathos fondamentalistes où à peu près tout est interdit, à part les Cantates de Bach et les leçons d’un prêtre très pointilleux sur les dogmes chrétiens. Lorsqu’elle a le malheur de se lier d’amiti

Continuer à lire

Alain Cavalier : «À mon âge, terminer un film est une victoire»

ECRANS | Rencontre avec Alain Cavalier, autour de son dernier film, "Le Paradis". Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 20 octobre 2014

Alain Cavalier : «À mon âge, terminer un film est une victoire»

Comment jugez-vous le retour de la fiction dans votre œuvre entre Pater et Le Paradis ? Est-ce une suite logique ou est-ce plus accidenté ?Alain Cavalier : Je n’ai jamais fait de différence entre fiction et documentaire. Quand je faisais de la fiction, je copiais la vie ; je regardais comment parlaient les gens, comment ils vivaient et quand j’écrivais un scénario, j’essayais de reconstituer ce qui m’avait intéressé dans la vie. Après, pour changer un petit peu, je suis allé filmer les gens directement dans leur vie, comment ils travaillaient… Ce qui m’intéresse, c’est regarder la vie et la copier le mieux possible avec ma caméra pour la proposer au spectateur. Je vous pose cette question car je me souviens qu’au moment de René, vous assumiez le fait d’avoir essayé de réinjecter la fiction dans votre nouvelle manière de tourner…Avant cela, j’avais rencontré quatre jeunes gens pour faire un film qui s’appelait Le Plein de super ; j’avais envie de tourner av

Continuer à lire

Bande de filles

ECRANS | Céline Sciamma suit l’ascension d’une jeune black de banlieue qui préfère se battre plutôt que d’accepter le chemin que l’on a tracé pour elle. Ou comment créer une héroïne d’aujourd’hui dans un film qui se défie du naturalisme et impose son style et son énergie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Bande de filles

Au ralenti et sur la musique (électro-rock) de Para One, des filles disputent la nuit une partie de football américain. Virilité et féminité fondues dans une parenthèse sportive au milieu de la vie monotone d’une cité ; Céline Sciamma marque dès l’entame de Bande de filles son territoire, loin des sentiers étroits du naturalisme propre au banlieue-film hexagonal. Pas question de sombrer dans le misérabilisme social ou le cinéma à thèse, mais au contraire de le déborder par l’action et la rêverie. De fait, chaque fois que Merieme, adolescente black de seize ans, verra cette réalité-là lui barrer la route — conseiller scolaire cherchant à l’orienter vers une filière pro, grand frère veillant depuis son canapé sur sa moralité, amoureux maladroit, filles du quartier résignées à n’être que des mères au foyer — elle cherchera à la renverser de toutes ses forces, préférant combattre et s’échapper plutôt que de courber l’échine. Le film enregistre cette volonté farouche comme une constante création d’énergie, révélant dans un même mouvement une inoubliable héroïne de fiction et la comédienne qui lui donne corps — la formidable Karidja Touré. Girl power

Continuer à lire

White Bird

ECRANS | Gregg Araki continue son exploration des tourments adolescents avec ce conte vaporeux et mélancolique, entre bluette teen et mélodrame à la Douglas Sirk, où la nouvelle star Shailene Woodley confirme qu’elle est plus qu’un phénomène éphémère… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

White Bird

Après avoir atteint une forme d’accomplissement créatif avec le sublime Mysterious Skin, Gregg Araki souffle depuis le chaud et le froid sur son œuvre. La pochade défoncée Smiley Face, la joyeuse apocalypse de Kaboom et aujourd’hui la douceur ouatée de ce White Bird résument pourtant autant d’états d’une adolescence tiraillée entre ses désirs et la réalité, entre le spleen et l’insouciance, entre la jeunesse qui s’éloigne et la vie d’adulte qui approche à grands pas. C’est exactement ce que traverse Kat, l’héroïne de White Bird : sa mère disparaît mystérieusement et la voilà seule avec un père bloqué entre douleur sourde et apathie inquiétante. Que faire ? Chercher la vérité ? Se laisser aller avec le beau voisin d’en face ? Traîner à la cave avec ses potes ? Préparer son départ pour l’université ? Ou rester dans la maison familiale hant

Continuer à lire

Le Paradis

ECRANS | En 70 minutes, avec sa seule petite caméra, quelques objets et quelques visages, Alain Cavalier raconte les grandes fictions qui ont marqué son enfance : les Évangiles et "L’Odyssée" d’Homère. Un film sublime, à la fois simple et cosmique, sur la vie, la mort, la mémoire, la grâce et l’origine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Le Paradis

Voici le corps inerte d’un petit paon, que deux mains manipulent pour constater son absence de vie. On le déposera au pied d’un arbre et des charognards viendront l’emporter. Mais pour garder la trace de son passage sur terre, on construira un mausolée de fortune ; d’abord une pierre, puis quelques clous courbés en croix pour la maintenir. Les saisons passeront, l’arbre sera coupé, la neige l’ensevelira, mais le mausolée résiste et la mémoire du petit paon avec lui. À intervalles réguliers, comme un fil rouge de ce Paradis, Alain Cavalier reviendra filmer ce monument dérisoire mais qui, par la force de son regard, devient essentiel. Non pour célébrer une mystique panthéiste, mais pour montrer que l’acte de se souvenir peut inverser le cycle de la vie et de la mort. Un homme et des Dieux Alors Cavalier se souvient… Il se souvient de ses années au pensionnat catholique où on lui a appris des histoires fantastiques qui n’ont depuis jamais cessé de l’habiter, comme des fictions fécondes ayant forgé son imaginaire. Il en retient deux : les Évangiles et L’Odyssée d’Homère. D’un côté, l’histoire d’un homme qui se prétend fils de Dieu, réalise des mir

Continuer à lire

Gone Girl

ECRANS | Film à double sinon triple fond, "Gone Girl" déborde le thriller attendu pour se transformer en une charge satirique et très noire contre le mariage et permet à David Fincher de compléter une trilogie sur les rapports homme / femme après "The Social Network" et "Millenium". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Gone Girl

Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa «première». Tournant majeur qui consiste à ne plus vouloir scotcher le spectateur sur son siège par une succession d’effets de surprise, mais à s’inscrire dans un temps plus long où le film gagnerait en profondeur et en complexité, révélant à chaque vision de nouvelles couches de sens. C’est ce qui a fait, en effet, le prix de Fight Club, Zodiac et The Social Network. Gone Girl, cependant, a les apparences du pur film de «première» : le calvaire de Nick Dunne, accusé de la disparition de sa femme le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, repose sur un certain nombre de retournements de situations importés du roman de Gillian Flynn qu’il convient de ne pas révéler si l’on veut en préserver l’efficacité. La matière est donc celle d’un bon thriller psychologique : un écriv

Continuer à lire

Mommy

ECRANS | De Xavier Dolan (Can, 2h18) avec Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval, Suzanne Clément…

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Mommy

L’encensement précoce de Xavier Dolan ne pouvait conduire qu’à l’accueil exagérément laudatif qui a été celui de Mommy au dernier festival de Cannes. Disproportionné mais logique : même inégal, c’est son meilleur film, celui où il s’aventure dans des directions nouvelles, mais bien plus maîtrisées que dans son précédent Tom à la ferme. La première heure, notamment, est vraiment excitante. Si on excepte une inexplicable mise en perspective futuriste du récit, la description de cet Œdipe hystérique entre un adolescent hyperactif et colérique et sa maman borderline et débordée, dans laquelle se glisse une enseignante névrosée qui va tenter de dompter le gamin, permet à Dolan de s’adonner à une comédie furieuse et décapante, remarquablement servie par son trio d’acteurs, tous formidables, et par cette langue québécoise incompréhensible mais fleurie. Même le choix d’un cadre rectangulaire et vertical façon écran d’iPad est habilement géré par la mise en scène, redéfinissant les notions de plans larges et de gros plans — dommage qu’il en fasse fin

Continuer à lire

Jean-Charles Hue : son temps des gitans

ECRANS | En deux films ("La BM du Seigneur" et "Mange tes morts", à l’affiche actuellement) Jean-Charles Hue a inventé une nouvelle mythologie, celle d’un monde gitan dont les codes servent à renouveler ceux des genres cinématographiques. Parcours d’un cinéaste aussi vrai que ses films. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 septembre 2014

Jean-Charles Hue : son temps des gitans

«Je n’ai aucune envie de devenir le monsieur gitans du cinéma français» dit Jean-Charles Hue de son débit rapide, nerveux, ponctué de «tu vois c’que j’veux dire» qui ne sont pas que des tics d’expression. Pourtant, en deux films, La BM du Seigneur et Mange tes morts, où il plonge sa caméra dans la communauté yéniche des gens du voyage, il a fait de ces gitans les héros les plus imprévisibles d’un cinéma français qui ne cherche rien tant qu’à sortir de son pré carré. Et il y réussit en en faisant des personnages à la Cimino ou à la John Ford, cinéastes admirés qui ont fait de la «communauté» le thème central de leur œuvre. Cela fait quinze ans que Jean-Charles Hue travaille avec eux, d’abord à travers une série de courts-métrages, puis avec ces deux longs percutants où la frontière entre la réalité et la fiction s’estompe au profit d’un geste beaucoup plus ample et, on y reviendra, mythologique.   «Une assiette sur la table, ça voulait dire "je t’aime"» Quand on l’écoute

Continuer à lire

Mange tes morts

ECRANS | Après "La BM du Seigneur", Jean-Charles Hue se replonge dans la communauté gitane, mais transcende son docu-fiction en l’emmenant en douceur vers le meilleur des polars, réinventant sans tapage une forme de mythologie populaire bien française. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

Mange tes morts

Ils vivent dans des caravanes sur des terrains vagues, parlent un argot bien à eux, possèdent leurs propres rites et leur propre code d’honneur : bienvenue dans la communauté des gens du voyage qu’on appellera, foin de périphrases, les gitans. Et bienvenue dans la famille Dorkel où le fils, Jason, s’apprête à faire son baptême chrétien ; mais quand son frangin revient après quelques années passées au placard, le jeune garçon est écartelé entre suivre son (mauvais) exemple et se conformer aux préceptes religieux qu’on lui inculque. Mange tes morts (tu ne diras point), dit le titre intégral de ce nouveau film de Jean-Charles Hue, repéré grâce à une première incursion en terre gitane avec La BM du Seigneur. D’un côté, l’insulte suprême, de l’autre le pastiche du commandement chrétien ; soit quelque part entre le trivial et le sublime, mais aussi entre le réel et son commentaire par la fiction. On pense d’abord bien connaître le protocole avec lequel Hue filme ses personnages : au plus près de ce qu’ils sont, de leur langage, de leurs corps massifs, tatoués, burinés ; mais aussi avec suffisamment de mise en scène pour faire comprendre que ce sont les héros

Continuer à lire

Cannes 2014, jours 9 et 10. La fin — enfin !

ECRANS | Jimmy’s hall de Ken Loach. Alleluia de Fabrice Du Welz. Whiplash de Damien Chazelle. Sils Maria d’Olivier Assayas. Leviathan d’Andrei Zviaguintsev.

Christophe Chabert | Samedi 24 mai 2014

Cannes 2014, jours 9 et 10. La fin — enfin !

Il faut savoir arrêter une guerre, dit-on. Un festival de cinéma aussi, avec comme bilan chiffré 32 films vus (plus trois vus avant d’y aller), et quelques blessés légers — après une telle foire, on se dit chaque année qu’on ne nous y reprendra plus. Et, quand on relit ce qu’on a écrit à chaud, on se lamente de notre propre médiocrité en se répétant obstinément que ce métier est aussi vain que stupide — peut-être la conséquence de cette arrogance insupportable qui règne à Cannes, où personne ne salue les gens qui travaillent à faire vivre le festival, mais où tout le monde saute au cou du premier imbécile friqué venu.   Il faut savoir arrêter une guerre. Oui, mais après, comment fait-on pour réconcilier les combattants ? C’est la question posée par Ken Loach dans son dernier film, Jimmy’s Hall — son dernier, disait-il avant de le présenter, mais ça avait l’air moins clair lors de la conférence de presse. Ce n’est pas une suite au Vent se lève, mais un prolongement, ce moment où, la guerre terminée, la nation irlandaise, divisée par des crimes fratricides, doit réapprendre à vivre ensemble et reformer une communauté. Sujet fordie

Continuer à lire

Cannes 2014, jour 8. Forever Godard.

ECRANS | The Search de Michel Hazanavicius. Mommy de Xavier Dolan. Adieu au langage de Jean-Luc Godard.

Christophe Chabert | Jeudi 22 mai 2014

Cannes 2014, jour 8. Forever Godard.

Le festival est bientôt fini et pourtant, aujourd’hui, il a semblé commencer. Sa compétition, jusqu’ici sans surprise, s’est emballé et les auteurs sont allés là où on ne les attendait pas. À commencer par Michel Hazanavicius et son The Search, qui fait donc suite au triomphe de The Artist. Inspiré d’un film de Fred Zinneman, The Search voit le cinéaste s’aventurer dans la Tchétchénie de 1999, au début de l’offensive russe, prétextant une lutte anti-terroriste alors qu’il s’agissait surtout d’aller restaurer l’ordre contre les tentations séparatistes. Son prologue, tourné en DV par un soldat inconnu, se conclut par le massacre d’une famille sous les yeux de leur enfant, caché à l’intérieur de sa maison. C’est une première belle idée de mise en scène : le regard du gamin à la fenêtre, tétanisé par la mise à mort de ses parents, et son contrechamp cruel, celui de leur bourreau en vue subjective. Le film s’attache ensuite à suivre en parallèle quatre personnages : l’enfant en fuite, recueilli par Carole (Bérénice Bejo), chargée de mission pour l’Union Européenne, la sœur survivante, qui recherche désespérément son cadet à

Continuer à lire

Cannes 2014, jour 7. Du côté de la Quinzaine…

ECRANS | Catch me daddy de Daniel Wolfe. These final hours de Zack Hilditch. Queen and country de John Boorman. Mange tes morts de Jean-Charles Hue.

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Cannes 2014, jour 7. Du côté de la Quinzaine…

Comme prévu, la présentation de Deux jours, une nuit des frères Dardenne a électrisé la Croisette et beaucoup séchaient encore leurs larmes dix minutes après la fin de la projection du matin — on n’ose imaginer ce qui va se passer ce soir. Ayant été particulièrement indiscipliné pour suivre la compétition cette année, on ne se hasardera à aucun pronostic concernant le palmarès final ; mais bon, si les Dardenne repartent avec une troisième palme, établissant ainsi un record en la matière, on ne criera pas au scandale.   Comme on avait vu le film il y a déjà quelques temps, cela nous a laissé le loisir d’aller voir un peu de quel bois se chauffait la Quinzaine des réalisateurs, sachant qu’on y avait déjà vu deux de nos films préférés du festival — Bande de filles et Les Combattants. Depuis qu’Edouard Waintrop en a pris les rênes, cette sélection traditionnellement dévolue à l’avenir du cinéma et à ses nouvelles formes est devenue un creuset aussi inégal que réjouissant où l’on trouve à la fois du cinéma d’auteur pur et dur, des cinéastes à la gloire fanée, des comédies qui font le buzz et du pur cinéma de genre fait par de jeunes talents

Continuer à lire

Cannes par la bande (de filles)

ECRANS | Premier bilan d’un festival de Cannes pour le moins insaisissable : les filles y ont pris le pouvoir, à commencer par celles de Céline Sciamma, événement de la Quinzaine des réalisateurs, qui pour l’instant éclipse la sélection officielle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Cannes par la bande (de filles)

On ne sait vraiment pas par quel bout prendre ce drôle de festival de Cannes, compressé à cause des futures élections européennes, et dans lequel se télescopent en compétition gros films longs et parfois assez lourds à digérer et cinéma daté et has been, sinon carrément inepte. Pour l’instant, ami lecteur, réjouis-toi, les deux meilleurs films vus sont aussi ceux qui sortent cette semaine dans les salles françaises : Deux jours, une nuit et Maps to the stars. Il faut reconnaître toutefois qu’en ouvrant sa sélection avec ce navet indiscutable qu’est Grace de Monaco, déjà mort et enterré une semaine seulement après son arrivée sur les écrans, Thierry Frémaux n’a pas vraiment fait démarrer le festival du pied droit… On reviendra donc en détails la semaine prochaine sur la compétition, et on préfèrera lister ici les quelques découvertes faites au gré des sélections parallèles. Les combattantes Lesdites découvertes ont été marquées par l’émergence de figures féminines fortes et absolument contemporaines, comme dans la formidable comédie Les Combattants de Thomas Cailley,

Continuer à lire

Cannes 2014, jour 2. Girls power.

ECRANS | "Bande de filles" de Céline Sciamma. "Party girl" de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. "White bird in a blizzard" de Gregg Araki.

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 2. Girls power.

Deuxième jour à Cannes, et déjà l’école buissonnière hors de la compétition. Il faut dire que le jeudi est traditionnellement le jour de l’ouverture des sections parallèles, et comme elles sont assez alléchantes cette année, on peut très bien remettre à plus tard la projection du dernier Mike Leigh (2h30 sur le peintre Turner, c’est vrai qu’en début de festival, c’est sans échauffement).   C’est un hasard, mais il est réjouissant : les femmes ont pris le pouvoir dans les trois films vus aujourd’hui, et notamment dans ce qui constitue le premier choc de Cannes, le nouveau film de Céline Sciamma, Bande de filles. Après Naissance des pieuvres et Tomboy, Sciamma confirme qu’elle n’est plus très loin d’être une de nos grandes cinéastes, et ce troisième opus démontre une inéluctable montée en puissance qui n’est pas sans rappeler celle d’un Jacques Audiard. Avec qui elle partage une intelligence du scénario et de la mise en scène, mais surtout l’envie de faire émerger conjointement des héro(ïne)s et des comédien(ne)s qui vont hanter longtemps l’esprit du spectateur, via des trajets de fiction puissants et authentiquement cont

Continuer à lire

Grands et nouveaux noms de la Berlinale

ECRANS | Après le palmarès rendu samedi par un jury emmené par James Schamus, bilan d’une Berlinale à la compétition très inégale, avec quelques révélations, dont l’Ours d’or "Black coal, thin ice". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 février 2014

Grands et nouveaux noms de la Berlinale

Huit jours à la Berlinale, c’est sans doute le meilleur moyen d’avoir un panorama fidèle de ce qui se déroule dans la production internationale. La compétition, à la différence de Cannes, n’aligne pas les grandes signatures mais mise, de façon parfois hasardeuse, sur de nouveaux auteurs et des films venus de pays en plein renouveau. On exagère cependant : il y avait deux cinéastes majeurs dans la compétition, et tous deux ont figuré en bonne place au palmarès. D’un côté Wes Anderson, dont le Grand Budapest Hotel est absolument génial, et qui est allé chercher un Ours d’argent très mérité — on lui aurait même donné sans souci la statuette dorée ; de l’autre Alain Resnais qui, après le ratage de Vous n’avez encore rien vu, redresse la barre avec Aimer, boire et chanter, moins lugubre et testamentaire que ses précédents, mais toujours hanté par les rapports entre théâtre et cinéma. La mort annoncée d’un des personnages, dont tout le monde parle mais qu’on ne verra jamais, va révéler chez des êtres vieillissants, pétrifiés dans leurs mensonges et leur vie bourgeoise, désirs et angoisses, pulsions de vie et peur de

Continuer à lire

Berlinale 2014, jour 2. Est-ce que le festivalier est content ?

ECRANS | Is the man who is tall happy ? de Michel Gondry. We come as friends de Hubert Sauper. L’Enlèvement de Michel Houellebecq de Guillaume Nicloux. ’71 de Yann Demange.

Christophe Chabert | Dimanche 9 février 2014

Berlinale 2014, jour 2. Est-ce que le festivalier est content ?

Pour l’instant, la chance n’est pas avec nous à cette Berlinale. Enfin, elle n’est pas sur la Berlinale tout court, si on en croit l’incroyable incident qui a provoqué l’interruption de la projo presse officielle de The Monuments Men de George Clooney, présenté hors compétition. Après une demi-heure plaisante quoique très futile et old school de ce film de guerre où Clooney, plus Clooney que jamais, monte une équipe de spécialistes pour aller préserver les œuvres d’art du pillage nazi en cours, des cris sont partis du balcon, puis un brouhaha intense entrecoupé de « a doctor ! a doctor ! ». Ensuite, les spectateurs réclamèrent qu’on rallume la salle, puis qu’on arrête le film. Ça peut arriver. Et ce n’est pas drôle. Sans savoir quand le film allait reprendre, et sachant que derrière nous attendait une des rares projections du nouveau film d’Hubert Sauper — on y revient — on a préféré aller prendre le temps de rédiger ce billet-là… Quant au Clooney, si la bonne fortune des billets encore disponibles nous sourit, ce sera pour demain… Chomsky / Gondry : communication réussie Juste avant, très belle surprise avec le nouveau film de Michel Gondry,

Continuer à lire

Le Paradis des bêtes

ECRANS | D’Estelle Larrivaz (Fr, 1h43) avec Stefano Cassetti, Géraldine Pailhas…

Christophe Chabert | Mardi 6 mars 2012

Le Paradis des bêtes

Infidèle, glandeur, irresponsable, violent, Dominique voit sa femme quitter le foyer conjugal. Il la retrouve, la laisse pour morte et embarque ses deux enfants dans une fuite en avant de l’autre côté de la frontière suisse. Sujet fort, qu’Estelle Larrivaz, comédienne qui fait ici ses débuts derrière la caméra, traite avec une part d’imaginaire noir plutôt bienvenu, du moins dans la première partie. Le Paradis des bêtes souffre ensuite d’un cruel manque d’audace scénaristique : plutôt que de s’en tenir aux relations ambivalentes entre le père, sa sœur (une Muriel Robin à contre-emploi) et les enfants, le film fait revenir la mère dans la partie, recentrant le récit sur son "combat". Curieusement, alors que Larrivaz aimerait emballer quelques séquences sur un rythme de thriller, c’est l’inverse qui se produit : elle filme Géraldine Pailhas comme un mélange de guerrière et de fantôme, jamais vraiment vulnérable, tuant tout suspense sur l’issue du film — au demeurant décevante. Christophe Chabert

Continuer à lire