Le classique aux trousses

ECRANS | La rentrée cinéma, c’est aussi celle du cinéma de patrimoine. Et il y en a partout : à l’Institut Lumière, chez UGC, dans les salles du GRAC… Du rare, du classique, des incontournables : que du bon ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Qui dit cinéma de patrimoine dit la désormais incontournable Ciné-Collection, soit un classique qui circule chaque mois dans salles (indépendantes) du GRAC, à Lyon et dans l'agglomération. Joli programme, cette saison encore, d'un bel éclectisme, qui débutera avec La Mort aux trousses d'Alfred Hitchcock, qu'on ne présente plus — enfin, on le fera quand même la semaine prochaine ! et qui se poursuivra en octobre avec la grande redécouverte de l'été cinématographique : Seconds de John Frankenheimer. Film inouï, renversant, qui en 1966 passait au crible d'un thriller paranoïaque l'illusion de la deuxième chance américaine, miroir aux alouettes que le cinéaste transforme en cauchemar halluciné par une mise en scène multipliant les déformations d'image et les audaces graphiques — notamment une scène de bacchanales qui repousse les limites de la censure en matière de nudité.

Tout aussi essentiel, Johnny Got his Gun, seul film réalisé par le scénariste blacklisté Douglas Trumbo, prendra la suite en novembre, au pic des commémorations de la Première Guerre mondiale. C'est le contexte du film, mais son ambition est bien plus universelle et intemporelle ; à travers le calvaire d'un soldat revenu du front avec un trou à la place du visage, les jambes et les bras en moins, il interroge ce qui constitue l'individu, à savoir une conscience et une mémoire. Bouleversant, c'est peu de le dire.

Changement de registre en décembre avec l'excellent La Vie de château de Jean-Paul Rappeneau, merveille de comédie au rythme endiablé, sur un scénario signé Claude Sautet et Alain Cavalier — rien que ça ! et interprété par deux comédiens géniaux, Catherine Deneuve et Philippe Noiret.

 

Italia 70

UGC poursuit son cycle UGC culte cette saison, sur ses deux sites de Confluence et de la Cité Internationale. Les quatre premiers titres ont déjà été longuement évoqués dans nos colonnes — Phantom of the Paradise, La Porte du paradis, Les Moissons du ciel et Rosemary's Baby — mais comme ce sont quatre chefs-d'œuvre, un petit tour de plus sur les écrans ne leur fera pas de mal.

L'Institut Lumière rattaque quant à lui sa programmation avec un tir groupé autour du cinéma italien des années 70. Que du bonheur, avec notamment quelques incontournables de la comédie italienne — Parfum de femme, Affreux, sales et méchants, Nous nous sommes tant aimés, Mes chers amis, L'Argent de la vieille — et des raretés comme Dernier amour de Dino Risi ou Le Grand Embouteillage de Comencini. Mais on conseillera par-dessus tout les deux films de ce grand marxiste d'Elio Petri, le rageur et fulgurant La Classe ouvrière va au paradis et le plus méconnu (mais tout aussi frondeur) La Propriété c'est plus le vol. Et là aussi, il y a de fortes chances qu'on vous en reparle dans les semaines à venir…

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Au lit avec Eric Rohmer

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Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Au lit avec Eric Rohmer

Un coffret DVD regroupant l’intégrale de son œuvre, une biographie, la réédition de ses nouvelles inédites et la ressortie en salles d’une partie de ses films restaurés : 2014, c’est l’année Éric Rohmer, à laquelle participe la Ciné-collection du GRAC en proposant en février dans les salles participantes Ma nuit chez Maud. Que l’on soit inconditionnel ou sceptique face à Rohmer, ce film-là est de toute évidence un des sommets de son œuvre, en tout cas le meilleur des Six contes moraux qui posèrent les bases de son cinéma. Un ingénieur trentenaire s’installe à Clermond-Ferrand ; le dimanche, ce catholique convaincu va à la messe mais il ne fait pas que réciter le Notre Père, il mate aussi la jolie blonde debout quelques bancs devant lui, avant de la suivre avec son automobile dans les rues de la ville. Une nuit peu après Noël, un de ses anciens amis de lycée, devenu professeur de philosophie à la fac, l’entraîne chez Maud, mère divorcée qui se définit comme «athée» et «petite-bourgeoise». Avec elle s’engage une joute verbale où la foi, le pari pascalien et la philosophie des sentiments tissent un étonnant jeu de la séduction.

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"Mort d'un cycliste", le franquisme dans la roue

ECRANS | Alors que le caudillo Franco tenait d’une main de fer le cinéma espagnol et ne laissait entrer que d’anodins divertissements américains sur les écrans, ils (...)

Christophe Chabert | Vendredi 4 octobre 2013

Alors que le caudillo Franco tenait d’une main de fer le cinéma espagnol et ne laissait entrer que d’anodins divertissements américains sur les écrans, ils furent rares ceux qui tentèrent une critique, même masquée, du régime. Juan Antonio Bardem y parvint, et ce n’est pas pour rien qu’il fût ensuite célébré comme le plus grand réalisateur espagnol de la période. Mort d’un cycliste, qu’il tourne en 1955, est son chef-d’œuvre ; il emprunte au film noir et au mélodrame dans son ton, à Welles et Hitchcock dans son esthétique, pour un résultat qui annonce avec cinq ans d’avance les premiers Chabrol ! L’épouse adultère d’un riche industriel renverse un cycliste un soir de promenade automobile avec son amant prof d’université et le laisse pour mort. Tandis que le professeur est pris dans un tourbillon de culpabilité, la grande bourgeoise se préoccupe surtout de sauver les apparences et sa situation. Le noir et blanc superbe et inquiétant, digne des meilleurs Clouzot, et l’usage du grand angle pour créer des cadres expressionnistes et menaçants, donnent au film son c

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Classique chic

ECRANS | Le cinéma de patrimoine, par-delà le festival Lumière, va-t-il devenir le prochain enjeu de l’exploitation lyonnaise ? En attendant d’aller voir de plus près ce qui se passe en la matière, revue des classiques à l’affiche dans les mois à venir et focus sur l’intégrale Desplechin proposée au Cinéma Lumière en septembre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 23 août 2013

Classique chic

Le succès du festival Lumière aurait-il aiguisé les appétits ? Toujours est-il qu’il semble désormais certain que l’exploitation lyonnaise, saturée de multiplexes et peinant à trouver une solution à ce qu’il faut bien appeler le "blocage Moravioff", qui laisse les CNP dans une situation de précarité extrême, empêchant ainsi une exploitation décente pour l’ensemble du cinéma d’art et essai, regarde de près ce qui se passe sur le terrain du cinéma de patrimoine. UGC Ciné Cité Confluence et le Comoedia ont développé tout l’été une politique de programmation de classiques — parfois incongrus du côté de chez UGC, comme Trois femmes de Robert Altman — et Plein soleil a eu droit à une exposition sur les écrans comme on n’en avait pas vu depuis longtemps pour un film tourné il y a près de soixante ans ! L’Institut Lumière et Thierry Frémaux n’ont jamais caché leur envie de donner un petit frère à leur cinéma Lumière de la rue du Premier film, d’autres circuits s

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