Pride

ECRANS | Des militants gays londoniens viennent en aide à des mineurs gallois en grève au nom d’une lutte commune contre le thatchérisme : un plaisant feel good movie social confectionné avec un savoir-faire tout british par Matthew Warchus. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

La recette est connue, mais force est de constater que les Anglais la réussissent à tous les coups : un sujet social, une galerie de personnages parfaitement dessinés, une pincée d'humour, la caution "d'après une histoire vraie"… De The Full Monty à Good Morning England, c'est un art du feel good movie bien rodé qui s'appuie à la fois sur son sens du storytelling, de l'identification du spectateur et sur un sujet qui parvient toujours à trouver une issue fédératrice.

Pride ne fait pas exception à la règle, même s'il prend appui sur un double clivage : d'un côté, les homosexuels qui défilent pendant la Gay Pride et de l'autre, la police thatchérienne qui les regarde avec mépris et suspicion. Nous sommes à l'été 1984, mais les flics ont d'autres chats à fouetter, ou plutôt d'autres militants à réprimer : les mineurs en grève contre les lois libérales de la Dame de fer. Pour faire fonctionner la convergence des luttes, une petite fraction de gays et de lesbiennes décident de collecter des fonds au sein de la communauté pour venir en aide aux grévistes…

Cependant, leur syndicat s'avère plutôt embarrassé par ce soutien "contre nature". Qu'importe ! Après avoir choisi un bled au hasard, les voilà qui débarquent dans le très rustre Pays de Galles, prêts à affronter un choc culturel.

Britannique Thatcher !

Pride ne lésine pas, au départ, sur la caractérisation : côté gays, Mark, le leader utopiste et exalté, Jonathan, l'acteur exubérant et séropositif, son compagnon Mike, libraire introverti ou John, l'ado qui fait le mur et cache à ses parents cathos son homosexualité ; côté mineurs, le chef de file ouvert et conciliant, la vieille dame progressiste, le bibliothécaire obséquieux et vieux garçon, la mère de famille homophobe et ses deux fils prêts à casser du pédé… Ce panel-là est l'occasion d'un véritable best of des comédiens britanniques, tous excellents, les vieux briscards — Paddy Considine, Bill Nighy, Imelda Staunton — comme les nouveaux venus — excellent Ben Schnetzer dans le rôle de Mark.

Si le scénario s'emploie à faire voler joyeusement en éclats les préjugés au même rythme que la bande-son fait défiler les tubes crypto-gays de l'époque, une certaine amertume pointe à l'horizon : ravages du SIDA côté gay, intransigeance de Thatcher côté mineurs. Cette pointe de noirceur est vite diluée dans un final euphorisant qui résume bien l'efficacité émotionnelle de ce petit film réjouissant.

Pride
De Matthew Warchus (Ang, 1h57) avec Paddy Considine, Imelda Staunton, Ben Schnetzer, Bill Nighy…


Pride

De Matthew Warchus (Ang, 1h57) avec Bill Nighy, Imelda Staunton, Dominic West…

De Matthew Warchus (Ang, 1h57) avec Bill Nighy, Imelda Staunton, Dominic West…

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Eté 1984 - Alors que Margaret Thatcher est au pouvoir, le Syndicat National des Mineurs vote la grève. Lors de la Gay Pride à Londres, un groupe d’activistes gay et lesbien décide de récolter de l’argent pour venir en aide aux familles des mineurs en grève. Mais l’Union Nationale des Mineurs semble embarrassée de recevoir leur aide. Le groupe d’activistes ne se décourage pas. Après avoir repéré un village minier au fin fond du pays de Galles, ils embarquent à bord d'un minibus pour aller remettre l'argent aux ouvriers en mains propres.


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Indian Palace : Suite royale

ECRANS | De John Madden (Ang-Éu, 2h03) avec Dev Patel, Judi Dench, Maggie Smith, Richard Gere…

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Indian Palace : Suite royale

Retour au Marigold Hotel avec ses sympathiques pensionnaires british du troisième âge et son truculent personnel autochtone, décidés à passer un braquet commercial en investissant dans un nouveau palace plus moderne et plus luxueux. Mais c’est plutôt business as usual dans cette suite sous tranxène, qui prend prétexte de la préparation d’un mariage indien pour multiplier les micro-intrigues toutes plus inintéressantes les unes que les autres sans jamais remettre en cause son caractère néo-colonial. Exemple ultime de ce qu’est aujourd’hui le cinéma pour seniors — qu’ont-ils fait pour qu’on leur réserve de telles purges ? Indian Palace en reprend la grande idée : la vieillesse n’est ni un naufrage, ni un crépuscule, mais une deuxième jeunesse. Perspective rassurante qui permet du coup de laisser de côté toutes les questions qui fâchent : la perte d’autonomie physique, le corps plus à la hauteur d’un désir toujours vif et surtout la mort, que le film balaie d’une pichenette scénaristique assez honteuse. Les danses bollywoodiennes, les pitreries d’un Dev Patel en passe de rafler le trophée de pire acteur de l’année après sa performance

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Il était temps

ECRANS | Richard Curtis, le maître de la comédie romantique anglaise, réussit un parfait film en trompe-l’œil ; derrière l’humour, la romance et le concept du voyage dans le temps, "Il était temps" est une méditation touchante sur la transmission entre les pères et les fils. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Il était temps

Pendant la première heure d’Il était temps, tout paraît un peu trop clair au spectateur : Tim, post-ado roux et maladroit avec les filles, arrivé de son Sussex tempétueux vers la très branchée City londonienne, se voit offrir un don extraordinaire, celui de voyager dans le temps. Il peut ainsi rectifier ses erreurs en recommençant autant qu’il le veut les moments décisifs de son existence. Richard Curtis, à qui l’on doit Love actually et les scénarios de Notting Hill et Cheval de guerre, fait ainsi se rencontrer le genre dans lequel il excelle, la comédie romantique, et une veine plus conceptuelle, rappelant celle d’Un jour sans fin. Que l’affaire soit très bien écrite, avec des seconds rôles pittoresques et un excellent couple d’acteurs principaux — le peu connu Domnhall Gleeson et la fameuse Rachel MacAdams — relève de l’évidence, et on se demande si l’ami Curtis ne déroule pas un peu trop tranquillement un savoir-faire désormais rodé.

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Indian Palace

ECRANS | De John Madden (Ang, 2h04) avec Judi Dench, Tom Wilkinson, Bill Nighy...

Jerôme Dittmar | Jeudi 3 mai 2012

Indian Palace

A priori Indian Palace a tout du "gros machin" aberrant. Comédie existentialio-romantique pour retraités britanniques partant finir leurs jours dans une maison spécialisée en Inde (c'est la crise), le nouveau film de John Madden a des airs de pub pour Orange. Avec son exotisme de la communication, sa volonté outrancière de baliser la mise en scène pour offrir un mondialisme vertueux, cette énième parabole douce amère sur l'altruisme et le temps qui passe (la belle affaire) est d'une prudence qui finit par se retourner contre elle. On sent pourtant toute l'empathie et la sympathie de Madden derrière la caméra, que ce soit pour ses personnages ou le pays. Mais ces rêveries post-coloniales comme seconde chance à l'amour et la vie finissent par rappeler Les Petits Mouchoirs. C'est finalement pas son casting que le film touche. De Judi Dench à Tom Wilkinson et Bill Nighy, tous donnent profondeur et sens

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Tyrannosaur

ECRANS | Au fin fond de la misère sociale britannique, un homme cuve sa misanthropie et cherche une impossible planche de salut dans ce premier film de l’acteur Paddy Considine, impressionnant de noirceur, pas exempt de complaisance, mais très maîtrisé. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 19 avril 2012

Tyrannosaur

Bourré comme un coing, écumant de colère contre son bookmaker, Joseph sort d’un pub en gueulant et décoche un méchant coup de pied à son chien, qui claquera peu de temps après. Pas de chance, car l’animal qui lui a servi de défouloir était son seul compagnon, son dernier repère. C’est ainsi que le spectateur découvre le protagoniste de Tyrannosaur : non pas en pleine chute, mais déjà au fond du trou, en harmonie avec le bout d’Écosse sinistre et sinistrée qui lui sert de décor. La politique est passée par là, a tout détruit, et ceux qu’elle a laissés sur le carreau n’ont même plus l’idée de se révolter — et à quoi bon, de toute façon ? Abandonnés de tous, livrés à leur misère, à la maladie et à la mort, ils ne croient plus en rien. Quand Joseph, après avoir agressé de paisibles employés pakistanais, se réfugie dans un magasin de brocante tenu par Hannah, une gentille fille qui ne jure que par Dieu, il la conspue en la ramenant à sa stupide bigoterie et à sa bonne conscience gluante. Détruire, dit-il Face à ce personnage, pur bloc de haine et de ressentiment, Paddy Considine trouve la bonne distance (et le bon acteur, Peter Mull

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Good morning England

ECRANS | De Richard Curtis (Ang, 2h15) avec Philip Seymour Hoffman, Rhys Ifans, Bill Nighy…

Christophe Chabert | Jeudi 30 avril 2009

Good morning England

Le fan hardcore de Love actually ne pouvait qu’attendre ce nouveau film de Richard Curtis. D’autant plus que le sujet (une radio rock pirate émettant depuis un bateau sur la mer du nord au début des années 60) promettait une belle déferlante de causticité sex drugs and rock’n’roll. Le film est pourtant assez décevant. L’exposition des personnages est laborieuse, se traînant sur près d’une heure avant d’embrayer sur des arcs narratifs assez artificiels, donnant l’impression d’un collage de sketchs autonomes (la quête du père, le mariage foireux, le retour du Dj mythique…). Plus problématique, le film est farci de facilités d’écritures, dont la pire est sans doute la blague sur le nom de l’adjoint de Kenneth Branagh, répétée au moins cinquante fois ! Mais la mise en scène, entre tangage constant (le réalisme a encore frappé) et multiplication des clips sur les auditeurs en transe, n’est pas plus inspirée. Il n’y a guère que le casting, dont un Nick Frost très en forme, qui relève le niveau, et permet de laisser s’écouler ces longues 135 minutes. Christophe Chabert

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