Refroidis

ECRANS | De Hans Peter Molland (Norvège, 1h56) avec Stellan Skarsgard, Bruno Ganz…

Christophe Chabert | Mardi 23 septembre 2014

Un paisible conducteur de chasse-neige apprend l'assassinat de son fils et découvre qu'il jouait les passeurs à l'aéroport pour des trafiquants de drogue. Il décide de se venger en remontant la filière… Cet argument classique de vigilante movie, Hans Peter Molland le détourne de brillante manière en le tirant vers une comédie caustique et très noire.

Il y a d'abord ce gimmick, plutôt amusant, de la recension des cadavres et de leur appartenance religieuse avec des cartons sur fond noir ; il y a surtout la nature même des truands du film, complètement cinglés, à commencer par le big boss maniaco-dépressif adepte de la vie saine et hygiéniste qui demande à ses hommes de mains de surveiller si son gamin mange bien ses cinq fruits et légumes par jour. Les origines ethniques des diverses bandes — Norvègiens, Danois, Suédois, Serbes… — sont longuement commentées dans des dialogues ponctués de réflexions politiques, notamment celle, hilarante, sur la nécessité d'un état providence dans les pays froids !

La nonchalance du récit et sa manière digressive de suspendre l'action pour brosser sa galerie de portraits rappellent bien entendu le Tarantino première manière. Évidemment, Molland n'a pas la puissance de feu cinématographique du grand Quentin, mais Refroidis est un polar vraiment recommandable, notamment grâce au plaisir des comédiens à jouer ce jeu de la série B rigolarde — Bruno Ganz en parrain serbe tout en théâtralité assumée montre en tout cas qu'il fait peu de cas de son image de grand acteur allemand !

 

Christophe Chabert


Refroidis

De Hans Petter Moland (Nor, 1h56) avec Stellan Skarsgård, Bruno Ganz, Pål Sverre Valheim Hagen...

De Hans Petter Moland (Nor, 1h56) avec Stellan Skarsgård, Bruno Ganz, Pål Sverre Valheim Hagen...

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La Norvège, l’hiver. Nils, conducteur de chasse-neige, tout juste gratifié du titre de citoyen de l’année, apprend le décès de son fils par overdose. Réfutant cette version officielle, il se lance à la recherche des meurtriers, et va se forger une réputation de justicier anonyme dans le milieu de la pègre. Si la vengeance est un plat qui se mange froid, la sienne sera glacée !


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Numérotez vos bâtis ! : "The House that Jack built"

Le Film de la Semaine | Lars von Trier s'insinue dans la tête d’un serial killer aux ambitions (ou prétentions ?) esthétiques démesurées pour en retirer une symphonie en cinq mouvements criminels. Une variation sur la mégalomanie et le perfectionnisme artistiques forcément un brin provoc’ mais adroitement exécutée.

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Numérotez vos bâtis ! :

Jack aurait tellement voulu être architecte… Un destin contraire l’a fait ingénieur et affligé de TOC lui empoisonnant la vie, surtout lorsqu’il vient de commettre un meurtre. Car, si l’on y réfléchit bien, le principal tracas de Jack, c’est de devoir obéir à ses pulsions de serial killer… Peu importe si son esthétique ou ses dogmes évoluent au fil de sa prolifique filmographie — et lui confère au passage l’apparence d’un splendide magma —, Lars von Trier parvient à assurer à celle-ci une indiscutable cohérence par son goût maladif du défi stylistique et de la provocation morale, que celle-ci transparaisse dans la diégèse ou dans le discours d’accompagnement. Construire, dit-il Épouser comme ici le point de vue d’un détraqué jouissant dans l’esthétisation de la mise à mort de ses victime

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Le massif de l’écrin : "Fortuna"

Drame | de Germinal Roaux (Sui-Bel, 1h46) avec Kidist Siyum Beza, Bruno Ganz, Patrick d’Assumçao…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Le massif de l’écrin :

Hébergée dans un monastère suisse à la frontière italienne, Fortuna, une jeune Éthiopienne de 14 ans se découvre enceinte d’un autre réfugié vivant au même endroit mais beaucoup plus âgé qu’elle. Si elle veut garder l’enfant, il n’en va pas de même pour le père qui se fait la belle… De la déconnexion entre la forme et le fond… Autant Germinal Roaux, photographe de métier, nous en met plein la vue par la somptuosité de son cadre (1:33, noir et blanc ultra contrasté, plans archi composés, clairs-obscurs magnifiant le décor neigeux, les visages et les rudes bâtisses…) et nous interpelle par la pertinence de son récit, en prise directe avec la plus brûlante des actualités (la situation des réfugiés, rejetés par tous les États, trouvant à peine asile chez des religieux) ; autant on est déconcerté par sa pseudo morale finale montrant un “bon père“ encourager une gamine seule, désorientée, abusée et abandonnée par l’adulte qui l’a mise enceinte, à ne pas avorter en brandissant son libre arbitre — ou un “merveilleux“ instinct de vie. Peu importe en définitive à ce brave

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Les Ailes du désir

Reprise | Selon Baudelaire, « la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu'il n'existe pas ». Le Malin possède, entre mille vices, un (...)

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Les Ailes du désir

Selon Baudelaire, « la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu'il n'existe pas ». Le Malin possède, entre mille vices, un autre redoutable talent : celui de jouer de sa perverse séduction pour parvenir à ses fins, et triompher des plus purs esprits, fussent-ils angéliques. Voyez le palmarès 40e festival de Cannes en 1987 : la Palme d’Or a échu au méphistophélique Maurice Pialat et à son infernale adaptation de Bernanos, Sous le soleil de Satan, condamnant, non à la Géhenne mais au seul Prix de la mise en scène le bienveillant Wim Wenders pour son chef-d’œuvre séraphique Les Ailes du désir. Où les protagonistes sont des anges, confidents secrets des humains, privés d’amours terrestres et arpentant pour l’éternité des jours le sol et le ciel d’un Berlin alors divisé par le Mur. Au-delà de l’histoire sentimentale conduisant Damiel, l’un de ces veilleurs immortels à fendre l’armure pour les beaux yeux d’une trapéziste ; au-delà de la vision prophétique de la capitale allemande, embrassée dans sa totalité d

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Remember

ECRANS | de Atom Egoyan (Can, 1h35) avec Christopher Plummer, Martin Landau, Bruno Ganz…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Remember

Dénué de quiétude, le cinéma d’Atom Egoyan porte en lui les remous d’un drame originel, d’une fracture violente dont chaque film observe les conséquences — ou plutôt, les séquelles. Nul besoin d’être grand clerc pour déceler dans cette obsession comme dans ses nombreux films marqués par les voyages ou les pèlerinages, des références au cataclysme que fut le génocide des Arméniens. Egoyan a fait de la mémoire des disparus l’un des piliers majeurs de sa carrière, et des survivants leurs dépositaires luttant pour qu’elle ne soit pas oblitérée. Sans doute le plus connu, De beaux lendemains (1997) en constitue un exemple loin d’être isolé : Exotica (1994) ou plus récemment Captives (2014) racontaient en adoptant la forme du thriller comment ceux qui restent dissolvent leur vie présente dans la réactivation obstinée de leurs souvenirs. Remember croise à nouveau les genres en mêlant thématique historique (de la grande Histoire, puisqu’il s’agit de la traque d’un ancien nazi) avec structure de polar. Le fait que le personnage principal souffre de troubles de la mém

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Heidi

ECRANS | De Alain Gsponer (Sui, 1h50) avec Anuk Steffen, Bruno Ganz, Quirin Agrippi…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Heidi

Déjà cuisiné à toutes les sauces visuelles, le roman montagnard de Johanna Spyri fait l’objet d’une nouvelle adaptation au bon lait de l’alpage. Classique et plutôt respectueuse du texte original, elle vise clairement à devenir la nouvelle référence en la matière, remplaçant les versions Technicolor poussiéreuses et/ou non-helvétiques. Passé la surprise de découvrir Bruno Ganz en grand-père bougon, on est vite attendri par les cavalcades pastorales de la gamine, l’absence de mièvrerie et la reconstitution soignée. L’œil se régale donc ; l’oreille moins. On envierait presque les Suisses-Allemands, qui apprécieront ce conte dans leur… euh… mélodieux idiome, et non dans son doublage français grotesque, lequel a de quoi nous rendre chèvre. VR

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | Fin du diptyque de Lars von Trier, qui propulse très haut sa logique de feuilleton philosophique en complexifiant dispositif, enjeux, références et discours, avec d’incroyables audaces jusqu’à un ultime et sublime vertige. On ose : chef-d’œuvre ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissé sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme, où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que

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Nymphomaniac, volume 1

ECRANS | Censuré ? Remonté ? Qu’importe les nombreuses anecdotes et vicissitudes qui entourent le dernier film de Lars von Trier. Avec cette confession en huit chapitres d’une nymphomane — dont voici les cinq premiers —, le cinéaste est toujours aussi provocateur, mais dans une tonalité légère, drôle et ludique qui lui va plutôt bien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

Nymphomaniac, volume 1

On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen d’apaiser ses tourments, c’était encore de voir le monde voler en éclats. Au début de Nymphomaniac, après avoir plongé longuement le spectateur dans le noir et une suite de bruits anxiogènes, il révèle le corps de Joe — Charlotte Gainsbourg, réduite dans ce premier volet au statut de narratrice des exploits de son alter ego adolescente, la troublante Stacy Martin — dans une ruelle sombre, ensanglantée et amochée. Passe par là un brave bougre nommé Selligman — Stellan Skarsgard — qui la recueille chez lui et lui demande ce qui s’est passé. «Ça va être une longue histoire» dit-elle, après avoir affirmé qu’elle était une «nymphomane»… En fait, l’histoire tient en deux films décomposés en huit chapitres comme autant de récits obéissant à des règles esthétiques propres, utilisant une panoplie d’artifices — ralentis, split screen, retours en arrière — et changeant sans cesse de formats — pellicule e

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Wenders aux anges

ECRANS | Pour le spectateur né après 1990, il est difficile d’imaginer ce que représentait Wim Wenders au moment de la sortie des Ailes du désir — en 1987. Il faut (...)

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Wenders aux anges

Pour le spectateur né après 1990, il est difficile d’imaginer ce que représentait Wim Wenders au moment de la sortie des Ailes du désir — en 1987. Il faut dire que depuis, à part ses deux documentaires (Buena Vista Social Club et Pina), le cinéaste s’est lentement égaré, jusqu’à la honte suprême : son dernier film de fiction, The Palermo shooting, n’est sorti à peu près nulle part, malgré une présentation en compétition à Cannes. Il y a 25 ans donc, Wenders était un super-auteur, personnel et accessible, avec une vision du monde et un sens du spectacle. Paris, Texas, chef-d’œuvre en exil, préparait le terrain de ces Ailes du désir qui, selon son titre original, revenait filmer Le Ciel au-dessus de Berlin. Un ciel en noir et blanc qui surplombe une ville encore coupée en deux, où des anges écoutent les pensées des habitants et tentent de les réconforter. L’un d’entre eux (Bruno Ganz) va tomber amoureux d’une trapéziste qu'il va vouloir rejoindre parmi les mortels, dans un monde en couleurs où la première expérience est celle du sang qu

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