Le Jour se lève à nouveau

Christophe Chabert | Mardi 23 septembre 2014

«Le Jour se lève ressort bientôt, et Gabin dedans est immense. Si un jour je pouvais m'approcher de ça, faire un petit Jour se lève, ce serait fantastique…» Voilà ce que nous a déclaré Jean-Charles Hue, réalisateur de Mange tes morts. On parlait avec lui de "mythologie populaire du cinéma français" et il est évident que ce chef-d'œuvre de Marcel Carné en est un des exemples les plus purs. Il faudrait, pour (re)découvrir Le Jour se lève, oublier tout ce que l'on pense en savoir : le réalisme poétique, le pessimisme qui fait contrepoint à la légèreté de Drôle de drame, le charisme du couple Gabin-Arletty…

Carné et son complice Jacques Prévert osent reconstruire en flashbacks l'histoire d'un assassin, cloîtré dans un appartement, attendant le petit jour et la venue de la police. Magie du cinéma qui voit se transformer le criminel en ouvrier amoureux, puis en amant dupé et trahi par un montreur de chiens jaloux. Le film s'appuie sur cet artisanat du cinéma de studio qui, dans l'entre-deux-Guerres, avait atteint son apogée : le noir et blanc et les jeux d'ombres de Curt Courant, inspirés par l'expressionnisme allemand, les décors sublimes d'Alexandre Trauner ou la qualité du dialogue ciselé par Prévert.

Et, bien entendu, la majesté des trois comédiens : Gabin et Arletty, donc, mais aussi un Jules Berry exceptionnel, formidable figure maléfique dont Carné se souviendra quand il cherchera son diable pour Les Visiteurs du soir. Tout comme de nombreux cinéastes s'en souviendront à leur tour — Hue, donc, mais aussi Rebecca Zlotowski, dont le Grand central est parcouru d'emprunts (inconscients ?) au Jour se lève.

 

Christophe Chabert


Le Jour se lève
De Marcel Carné (1939, Fr, 1h33) avec Jean Gabin, Arletty, Jules Berry…
À l'Institut Lumière, du 26 septembre au 3 octobre


Le Jour se lève

De Marcel Carné (1939, Fr, 1h33) avec Jean Gabin, Arletty, Jules Berry…

De Marcel Carné (1939, Fr, 1h33) avec Jean Gabin, Arletty, Jules Berry…

voir la fiche du film


Une forte dispute éclate dans une maison, des bruits de lutte se font entendre, des cris, des coups... Puis un coup de feu ! François a tiré sur Valentin. Ce dernier convoitait la belle Clara. François, barricadé et encerclé par la police, se remémore alors toute l'histoire qui a conduit à ce drame.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Le Petit monde d’Arletty

ECRANS | Arletty représente, avec Gabin, la personnification du "réalisme poétique" tels que Carné et Prévert l’ont inventé dans les années 30. C’est d’ailleurs ce couple à (...)

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

Le Petit monde d’Arletty

Arletty représente, avec Gabin, la personnification du "réalisme poétique" tels que Carné et Prévert l’ont inventé dans les années 30. C’est d’ailleurs ce couple à l’écran qui en marque à la fois l’apogée — Hôtel du nord et sa célèbre réplique «Atmosphère… Atmosphère… Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?» — et son déclin — L’Air de Paris, qui pour le coup sent surtout le renfermé du cinéma de studio. Ce sont ces deux films qui encadrent la "semaine avec Arletty" que propose l’Institut Lumière du 11 au 15 mars, avec en son cœur l’incontournable Le Jour se lève et le nettement plus rare — car passé au feu de la réputation infamante de son réalisateur Claude Autant-Lara — Fric-Frac, où Arletty partage l’affiche avec Fernandel et Michel Simon. Le sceau de l’infamie, c’est aussi ce qu’Arletty a connu au sortir de la guerre : pendant le tournage des Enfants du paradis, la comédienne, qui par ailleurs assumait clairement sa

Continuer à lire

On ira tous au Paradis

ECRANS | Durant tout le mois de décembre à l'Institut Lumière et dans le cadre de la Ciné-collection du GRAC, Les Enfants du Paradis vont refaire l’événement. Une (...)

Christophe Chabert | Lundi 3 décembre 2012

On ira tous au Paradis

Durant tout le mois de décembre à l'Institut Lumière et dans le cadre de la Ciné-collection du GRAC, Les Enfants du Paradis vont refaire l’événement. Une reprise massive à la hauteur du film mais aussi du long et patient travail de restauration numérique qui lui a été consacré — sans parler de la grande exposition qui a lieu en ce moment à la Cinémathèque française. Les Enfants du Paradis, c’est d’abord un emblème, celui du réalisme poétique né de l’association entre son réalisateur Marcel Carné et son scénariste et dialoguiste Jacques Prévert. Pourtant, il est à l’opposé des autres réussites du tandem. Ici, pas de sujet social comme dans Le Crime de Monsieur Lange ou Le Jour se lève ; c’est en 1830, dans le Paris de l’après-Révolution française, et plus précisément sur le «boulevard du crime», l’endroit où l’on croisait tous les saltimbanques, que Carné et Prévert racontent comment un mime (Jean-Louis Barrault) et un acteur novice (Pierre Brasseur) tombent amoureux de la même femme, Garance (étincelante Arletty). L’ambition du film repose à la fois sur son goût du romanesque et sur son ampleur (un travail ex

Continuer à lire