Seconds : quand l'Amérique perd la face…

ECRANS | Après sa reprise cet été, nouvelle occasion grâce à la Ciné collection de voir "Seconds", incroyable film de John Frankenheimer sur le mythe américain illusoire de la seconde chance, d’une stupéfiante modernité formelle et graphique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

«Il n'y a pas de seconde chance dans la vie d'un Américain» disait Francis Scott Fitzgerald. C'est le parfait résumé de Seconds, que John Frankenheimer signe en 1966, alors que les studios sont en train de boire la tasse à force de formules réchauffées. Le cinéaste s'était fait une petite spécialité dans la politique fiction grâce à Sept jours en mai, sur l'uchronie d'un coup d'état militaire aux États-Unis, et Un crime dans la tête, où des soldats américains ayant subi un lavage de cerveau sont renvoyés chez eux pour y devenir des machines à tuer sous hypnose ; le pitch de Seconds a pourtant plus à voir avec celui d'un épisode de La Quatrième dimension.

Arthur Hamilton, un employé vieillissant qui étouffe dans une vie familiale morne et étriquée, se voit offrir un pacte mystérieux : subir un traitement chirurgical révolutionnaire pour changer de visage et d'identité, afin de commencer une nouvelle vie. Frankenheimer crée dès les premières séquences un climat de paranoïa angoissant, en créant de constantes distorsions dans le cadre, par l'emploi du fish eye ou par un usage inédit de la caméra, qui se déplace au rythme du personnage tout en enregistrant son malaise.

 

Rock et son double

De fait, Seconds repose sur une suite de chocs graphiques qui préfigurent certains films de Polanski et qui ont encore un écho dans le cinéma contemporain — l'idée du visage entièrement recouvert de bandelettes, avec juste deux trous pour les yeux, sera repris par Quentin Dupieux dans Steak, autre réflexion bizarre sur le culte de l'éternelle jeunesse. Cette inspiration visuelle culmine lors d'une séquence ahurissante pour la censure de l'époque : une bacchanale où des dizaines de corps nus se roulent dans des cuves de raisin en chantant. Vision à la fois édénique et cauchemardesque qui annonce le basculement du film, son ironie amère et sa dimension critique.

Autre atout de Seconds : le choix de Rock Hudson pour incarner Antiochus, le "jeune" Hamilton. Hudson a lui aussi passé sa vie à dissimuler qui il était vraiment — un homosexuel dans une industrie hollywoodienne férocement hétéro — endossant une identité qui n'était pas la sienne aux yeux du monde. Cette transparence entre l'acteur et le personnage participe du sous-texte passionnant de ce film dingue, longtemps culte et invisible, qui vient de s'offrir lui aussi une deuxième naissance.

 

Seconds
De John Frankenheimer (1966, ÉU, 1h46) avec Rock Hudson, Salome Jens…
Dans les salles du GRAC, jusqu'au 12 décembre


Seconds - l'opération diabolique

De John Frankenheimer (1966, ÉU, 1h46) avec Rock Hudson, Salome Jens…

De John Frankenheimer (1966, ÉU, 1h46) avec Rock Hudson, Salome Jens…

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Un homme d'âge mur, déçu par son existence monotone, reçoit un jour un coup de téléphone d'un ami qu'il croyait mort. Celui-ci lui propose de refaire sa vie en simulant sa mort. Il finit par signer un contrat qui lui permet de changer de visage et de repartir de zéro mais tout a un prix et cette nouvelle existence n'ira pas sans poser quelques problèmes.


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Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

ECRANS | Comme dans les années 80, la saison estivale est devenue le moment privilégié pour exposer des classiques dans les salles. La moisson 2014 est belle du côté du Comœdia, avec notamment un thriller génial de John Frankenheimer et les aventures américaines d’Agnès Varda. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

Premier événement de cet été de classiques au Comœdia : l’exhumation d’une perle rare du thriller américain, un film matrice et pionnier de John Frankenheimer, Seconds, L’Opération diabolique (à partir du 23 juillet) où un banquier âgé et déprimé par la monotonie de son existence accepte la proposition d’une mystérieuse organisation : changer de visage et démarrer ainsi une nouvelle vie. Le visage en question est celui de Rock Hudson, et voilà notre homme propulsé dans une communauté constituée uniquement d’autres «reborns» menant la vie facile, jusqu’à ce qu’il se rende compte du prix à payer pour cette opération effectivement diabolique. Dans un noir et blanc spectaculaire signé par le vétéran James Wong Howe — qui fut le directeur photo de John Ford — Frankenheimer signait un objet culte, le premier film casse-tête de l’histoire du cinéma. Tourné en 1965, c’est aussi un prototype parfait et précoce du cinéma conspirationniste et parano qui allait envahir Hollywood cinq ans plus tard. Terres étrangères Devenu invisible depuis sa sortie en 1970, Moonwalk One (à partir du 30 juillet) de Theo Tamecke r

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