Comédies (noires) du remariage

ECRANS | Si le philosophe Stanley Cavell a défini la comédie classique américaine comme une éternelle variation autour du «remariage», certains cinéastes en ont offert l’envers noir et critique, dont "Gone Girl" serait le dernier exemple. En voici cinq autres. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

1955 – Sept ans de réflexion (Billy Wilder)

Le titre français est trompeur ; en fait, ces sept années-là, ce sont sept années de mariage au terme desquelles l'époux est taraudé par une démangeaison du «pouce», autrement dit une envie irrépressible d'aller voir ailleurs. Pour Tom Ewell, la tentation s'appelle Marylin Monroe, voisine explosive qui débarque dans son appartement un été de canicule, tandis que femme et enfants sont en vacances. Adaptant un hit de Broadway, Billy Wilder apporte sa touche sarcastique à la comédie du remariage, en montrant la perspective de l'infidélité comme un grand moment de burlesque mais aussi comme une fatalité pas si grave que ça.

 

1979 – Elle (Blake Edwards)

George Webber (Dudley Moore), scénariste, vit sur les hauteurs d'Hollywood avec sa femme Samantha (Julie Andrews) ; mais entre son impuissance à écrire et son voyeurisme qui le pousse à observer à la longue vue les orgies de ses voisins de colline, George glisse — littéralement, puis métaphoriquement — dans le ravin du mensonge et de l'adultère. Et lorsque l'occasion se présente toute cuite — en la personne, il est vrai toute cute, de Bo Derek — ses scrupules prennent le pas sur son désir, effrayé par l'absence d'interdits de sa partenaire. Fable morale ? Oui, mais aussi hilarante que mélancolique, signe du génie d'un Blake Edwards au sommet.

 

1989 – La Guerre des Rose (Danny De Vito)

Comment un mariage parfait peut s'engluer dans un divorce qui tourne mal et virer à la lutte à mort entre les deux époux — Michael Douglas et Kathleen Turner, comme dans une mauvaise suite domestique de leur couple immortalisé par Zemeckis dans À la poursuite du diamant vert. Dans le film de Danny De Vito, cinéaste plutôt sous-estimé, cette Guerre des Rose qui n'a rien de shakespearienne va jusqu'au bout de la tragédie, mais servira d'exemple édifiant pour (p)réparer d'hypothétiques (re)mariages…

 

1999 – Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick)

Comme dans Elle, l'errance du Dr Harford (Tom Cruise) à la recherche d'aventures sexuelles pour reprendre l'ascendant sur une épouse (Nicole Kidman) qui lui a confessé ses fantasmes adultères, se termine la queue entre les jambes, le médecin pleurnichant dans son oreiller sur son comportement pourtant désespérément chaste ! Il fallait toute l'ironie de Kubrick pour faire de cette adaptation de Schnitzler un film de chambre aux proportions monumentales, une étude de couple ironique et flamboyante peuplée de fantômes, de menaces et de rencontres bizarres, habitée par un amour du cinéma absolu et un féminisme inattendu.

 

2011 – B.A.T., Bon À Tirer (Peter et Bobby Farrelly)

Les frangins Farrelly s'offrent à leur tour une variation autour de Elle, passé au prisme de leur humour trash. Quoique… La semaine de liberté octroyée à deux hommes mariés, libérés par leurs femmes de leurs obligations de fidélité conjugale, est surtout l'occasion pour les Farrelly de montrer que, comme leurs héros, ils sont un peu vieux pour se livrer à de piteux fantasmes adolescents. Et, comme dans Eyes Wide Shut, ce sont en définitive les femmes qui triomphent, au clair avec leurs désirs, débarrassées de leur culpabilité, lucides sur ce que vieillir ensemble veut dire.

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Hallucinations Collectives : « partager des films dans une salle, c’est un élément constitutif du festival »

Festival | Depuis dix ans que l’Étrange Festival lyonnais est devenu Hallucinations Collectives, il n’a jamais fait faux bond aux amateurs d’“autre cinéma” — et ce, malgré la pandémie. À la veille d’une 14e édition des Hallus adaptée aux circonstances, mais tout aussi alléchante, conversation avec deux des membres du collectif aux manettes, Cyril Despontins et Benjamin Leroy.

Vincent Raymond | Mercredi 25 août 2021

Hallucinations Collectives : « partager des films dans une salle, c’est un élément constitutif du festival »

Commençons par une boutade. Si l’on considère que l'actualité internationale de ces dernières semaines est trustée par les crises climatique, sanitaire, économique, politique et sociale, que Titane a remporté la Palme d’Or ; bref que le monde semble glisser dans une zone bis, doit-on désormais considérer les Hallus comme un festival du cinéma du réel ? Cyril Despontin : Merde ! On s’est fait avoir. Du coup, va falloir faire un autre type de programmation, maintenant (rires). Les gens disent souvent que le fantastique prophétise le futur — dans les films, il est rarement joyeux, donc on espère qu’il n’ira pas toujours dans ce sens là, mais finalement la réalité nous donne tort, mais au moins, on est préparés… Quand il y a eu le premier confinement, les amateurs de fantastique étaient un peu plus préparés à des trucs bizarres… À force de voir ces films, finalement ça arrive et tu dis : « bon bah c’était plus ou moins ce qu’on avait prévu en regardant des films depuis 20, 30 ans». On a peut être été un peu moins choqué parce qu’on était habitué à voir des images bizarr

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“Titane” de Julia Ducournau : au lit, motors !

Palme d'Or 2021 | Une carrosserie parfaitement lustrée et polie, un moteur qui rugit mais atteint trop vite sa vitesse de croisière pépère… En apparence du même métal que son premier et précédent long-métrage, Grave, le nouveau film de Julia Ducournau semble effrayé d’affronter la rationalité et convoque le fantastique en vain. Dommage.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Titane” de Julia Ducournau : au lit, motors !

Victime enfant d’un accident de voiture dont elle a été la cause, Alexia vit depuis avec une plaque de titane dans le crâne. Devenue danseuse, elle se livre en parallèle des meurtres affolant le sud de la France et “s’accouple” avec une voiture. Pour se faire oublier après une soirée très sanglante, Alexia endosse l’identité d’Adrien, un adolescent disparu depuis dix ans. Son père, un commandant de pompiers détruit, va cependant reconnaître ce “fils” prodigue et l’accueillir… Programmé par la Semaine de Critique en 2016, le sympathique Grave avait instantanément transformé Julia Ducournau, dès son premier long-métrage, en nouvelle figure de la hype cinématographique française. Sans doute les festivaliers, déjà peu coutumiers des œuvres se revendiquant d’un “autre cinéma” louchant vers le fantastico-gore, la série B et les séances de minuit, avaient-il été titillés par le fait que ce film soit signé non pas par l’un des olibrius vaguement inquiétants fréquentant les marches du Palais (Gaspar

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”Fast & Furious 9” de Justin Lin : des roues et des roustes

Action | Carburant à l’extrait de testostérone et aux moteurs thermiques en surrégime, la musculeuse et vrombissante saga revient pour un 9 ou 10e tour de (...)

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

”Fast & Furious 9” de Justin Lin : des roues et des roustes

Carburant à l’extrait de testostérone et aux moteurs thermiques en surrégime, la musculeuse et vrombissante saga revient pour un 9 ou 10e tour de piste (tout dépend si l’on compte les spin off au paddock), à nouveau piloté par Justin Lin, déjà aux commandes de la moitié de la franchise. Suivant la règle de la suite accumulative du type Expandables, cet opus surenchérit à tous les étages : davantage d’actions spectaculaires (les voitures vont en orbite, à l’instar de celles d’Elon Musk), plus de personnages — donc de vedettes. John Cena ajoute donc ses biscottos à la fine équipe, dans le rôle de Jakob-le-frère-jusqu’alors-caché-car-maudit-de-Dom-Toretto. Il rejoint à la distribution de Helen Mirren, Charlize Theron, Kurt Russell ou Jason Statham qui viennent eux-aussi montrer le bout de leur museau entre deux poursuites en moto, camion, voiture qui plane ou qui accélère. Sinon, l’histoire ? Disons qu’elle est facultative et ne constitue pas un argumen

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Quais du Polar : un festival de littératures noires

Polar | Né en bord de Saône, Quais du Polar s’offre une résurrection post-Covid de luxe en bord de Rhône et à l’air libre. Coups d’éclats, de soleil et lunettes noires à prévoir.

Vincent Raymond | Lundi 28 juin 2021

Quais du Polar : un festival de littératures noires

À quelque chose, malheur est bon : forcée de se décaler à l’aube de l’été pour éviter la parenthèse covidienne, cette 17e édition de Quais du Polar s’est adaptée, démultipliant les interactions avec la ville et l’air libre. Point de Grande Librairie dans le Palais de la Bourse cette année, mais une farandole d’étals s’étirant quai Sarrail en face, le long du Rhône, à la manière des bouquinistes — c’est ici que les autrices et auteurs viendront dédicacer. Pas d’espace jeunesse en intérieur non plus : à l’instar de Lyon BD, le Parc de la Tête d’Or est réquisitionné pour accueillir les auteurs et leur public sur la pelouse des Ébats. Mais ce n’est pas tout : le festival a aussi créé de nouveaux formats, en théorie éphémères (2022 verra en effet le retour du festival à son calendrier normal) de “reconquête” de l’espace public. En plus de la traditionnelle Grande Enquête signée Christelle Ravey, saluons notamment l’hommage

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En salles : un été en famille

Cinéma | Bénéfice collatéral de sept mois de disette : il n’y aura pas de pénurie estivale dans les salles. Tout particulièrement pour les films parlant des familles ou à leur destination, et du désir de se libérer de son emprise sur un mode tragique, comique… voire les deux.

Vincent Raymond | Mercredi 30 juin 2021

En salles : un été en famille

Variation multiple et ludique de Freaky Friday, Le Sens de la famille de Jean-Patrick Benes (30 juin) crée ainsi un chamboule-tout géant, où les esprits des parents, grands-parents et enfants naviguent dans les corps des uns et des autres sans fin pour une raison inconnue. S’ensuivent d’inévitables quiproquos glissant doucement vers un registre trash, changeant agréablement de l’injonction à faire de la comédie aseptisée. La fin qui ne résout rien permet (presque) de supporter le jeu de Dubosc — le seul à en faire des tonnes. Plus archaïque est la famille des Croods, une nouvelle ère, second opus signé Joel Crawford (7 juillet), revisitant dans une pseudo-préhistoire d’heroic fantasy aux couleurs criardes la querelle entre anciens et modernes, mâtinée d’un remix du Père de la Mariée et de Mon beau-père et moi. Là encore, le finale délirant offre un relief inattendu à ce qui semblait s’engager

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Lyon BD Festival : là où les dessins s'animent

Bande Dessinée | Officiellement, la 16e édition du Lyon BD Festival se tient les 12 et 13 juin. Mais chacun sait que, dans les faits, le rendez-vous de la bande dessinée a commencé depuis une septaine déjà. Rien à voir avec quelque éviction prophylactique : entre le off et le in, c’est tout le mois de juin qui est contaminé par le 9e art. Et aussi, surtout, l’ensemble de la vi(ll)e de Lyon…

Vincent Raymond | Vendredi 11 juin 2021

Lyon BD Festival : là où les dessins s'animent

Les éditeurs feront sans doute un peu grise mine cette année du fait de l’absence de barnum place des Terreaux accueillant les stands à leurs couleurs — et leurs auteurs. Mais le pragmatisme l’emportant toujours sur la déception, ils se consoleront vite en considérant le verre rempli à ras-bord : la tenue en présentiel d’un des plus grands festival de bande dessinée de France, avec un programme conforme en ambition, en diversité et propositions, avec ceux déployés lors des éditions précédentes — on imagine les trésors d’inventivité qu’il aura fallu mettre en œuvre ! Fidèle à sa philosophie, Lyon BD poursuit en effet cette politique du “décloisonnement“ qui a fait son succès en révélant l’infini extraordinaire des interactions potentielles entre, d’une part, un art séquentiel lui-même multiple dans ses modes d’expression, et de l’autre toutes les disciplines culturelles et/ou les lieux les abritant dans la cité. En gagnant de nouveaux à sa cause chaque année, telle la Biennale de la Danse pour cette édition. Ça repart en live ! Au-delà des dédicaces (lesquelles ont toujours cour

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Week-end : se presser vers la Bresse

Ain | À à peine plus d’une heure au nord de Lyon, la Bresse est assez méconnue des gones à moins d’y être né. Pourtant avec son territoire vallonné, son poulet nec plus ultra AOC et ses fromages, cette région régale et n’est pas encore débordée par le tourisme de masse. Go !

Nadja Pobel | Lundi 5 juillet 2021

Week-end : se presser vers la Bresse

Attention à ne pas confondre avec la Bresse des Hautes-Vosges ; celle dont il est question ici se trouve essentiellement sur le département de l’Ain (qui regroupe aussi le Pays de Gex riche de sa frontière avec la Suisse, la Dombes et le Bugey) et mord sur la Saône-et-Loire et le Jura. Zone naturelle et non administrative, elle occupe le quart nord-ouest de l’Ain, englobant le massif du Revermont qui culmine à 768m au Signal de Nivigne, paradis des parapentistes. Rien n’est plat sur cette terre agricole couverte de maïs et bien casse-patte pour les cyclistes — loin cependant des 1500m du Grand Colombier (Bugey). Alors que faire en Bresse ? Des balades et des resto à gogo puisque c’est ici que grandissent les seules volailles de France à qui est décernée l’appellation d’origine contrôlée, qu’elles soient dindes, chapons, poulets ou poulardes avec leurs fameuses pattes bleues. Un minimum de 10m² par animal où il puise un tiers de sa nourriture est exigé. Leur chair ferme est parfaite. Une ville : Bourg-en Bresse Préfecture paisible, Bourg-en-Bresse conserve quelques rues aux habitations à colombages du bas Moyen Âge et surtout le

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100 ans de la radio : « je n’ai jamais parlé dans un micro de ma vie »

Médias | Hommes de radio, pirates des ondes, doux dingues ayant senti le vent tourner à l’aube des années 80 quand Mitterrand élu s’apprêtait à libérer les fréquences : Serge Boissat et Christophe Mahé ont tous deux vécu pied au plancher l’époque baptisée "radios libres". Ils ne se parlaient pas, n’avaient rien à fricoter ensemble, l’un doit son succès aux cocos, l’autre ses débuts à Chirac. Mais ils partagent ce même amour inconditionnel d’un média qui a marqué des générations : la radio. Et sont les deux faces d’une même pièce ayant fait vibrer les ondes lyonnaises des 80’s. Au micro, les deux protagonistes de cette fabuleuse histoire : Serge Boissat, dictateur de la cultissime Radio Bellevue, décédé durant l’été 2018, et Christophe Mahé, entrepreneur à succès et patron de Espace Group. Ce sont les 100 ans de la radio : pump up the volume !

Sébastien Broquet | Mardi 1 juin 2021

100 ans de la radio : « je n’ai jamais parlé dans un micro de ma vie »

Serge Boissat : My name is Serge Boissat. 1973, j’ouvre ma boutique Bouldingue. 1975, mon frère et trois potes montent une structure nommée Veronica. Plein de petits concerts sont organisés, des trucs de rock progressif comme Van Der Graaf Generator ou Caravan. Et les Rolling Stones au Palais des Sports. À un moment, ils ont trop grossi. Jean-Pierre Pommier démarrait, en tant que banquier il a commencé à financer un concert ou deux. Pommier, il a plein de défauts, il m’horripile des fois, même tout le temps… Sauf quand il est bourré. Lui venait de faire Kevin Ayers, bien dans le même style que ce que faisait Veronica. Donc, ils se sont associés. Et ils ont ouvert le Rock’n’Roll Mops. J’y ai passé deux mois et demi. Le Rock’n’Roll Mops, c’est le début

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"The Father" de Florian Zeller : ça tourne pas daron

Drame | Florian Zeller s'empare de l’adaptation britannique de sa pièce à succès en embarquant une distribution et une équipe technique expérimentées. Le résultat s’avère conforme aux craintes : un aimant à Oscar lisse et propret ayant plus à voir avec le théâtre que le cinéma…

Vincent Raymond | Mercredi 19 mai 2021

Octogénaire vivant dans un vaste appartement londonien, Anthony sombre dans la démence. Pour lui, le temps se diffracte : il confond présent et passé, sa fille Anne avec l’assistante de vie, oublie jusqu’à la mort de sa cadette… Sa perception relative de cette altération affecte son humeur, le rendant agressif et paranoïaque. D’ultimes protections avant le lâcher prise final… Tant de dithyrambes ont déjà été dites et écrites sur Le Père (pièce et film) que porter un avis contraire semble tenir d’une posture stérilement provocatrice façon Kaganski époque Amélie Poulain ; tentons toutefois d’avancer quelques arguments… S’il n’est pas rare qu’un triomphe de la scène trouve une prolongation “naturelle” sur les écrans, métamorphoser un matériau théâtral en projet cinématographique n’en demeure pas une affaire aisée. S’affranchir de la contrainte du huis clos que la scène impose généralement constitue la principale préoccupation des réalisateurs : certains s’en accommodent en créant d’artificielles “aérations“ visuelles, d’autres laissent le flux et la tension verbale sculpter les séquences ; d’autres encore créent des objets hybrides jouan

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"Je m’appelle humain" : apaisée Joséphine Bacon

VOD | Grande plume de la poésie innue, Joséphine Bacon fait l’objet d’un portrait documentaire encapsulant une part de l’âme de sa culture. À découvrir en exclusivité en VOD, pour le moment.

Vincent Raymond | Mercredi 24 mars 2021

Québec, de nos jours. Poétesse reconnue et célébrée pour son écriture bilingue (en français et en innu-aimun, la langue des Premiers peuples du Canada), Joséphine Bacon évoque devant la caméra de Kim O’Bomsawin son parcours, de son passage au pensionnat à sa jeunesse semi beatnik à Montréal. Et comment, en maintenant vivace le souvenir de sa culture ancestrale faite d’oralité et de coutumes, elle a su en perpétuer l’essence à travers ses écrits… Paysages inspirants, lumière magique, palette harmonieuse… L’image de ce premier film est souvent flatteuse. Kim O’Bomsawin, pour son premier long-métrage, soigne son double sujet : le peuple Innu, survivant malgré l’entreprise d’acculturation destructrice menée par le gouvernement canadien depuis des décennies, et surtout Joséphine Bacon. D’ailleurs, si la réalisatrice ne convoque que si peu d’archives pour illustrer les souvenirs de sa charismatique interlocutrice, c’est s

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La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

Cinéma | « La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se (...)

Vincent Raymond | Mercredi 3 mars 2021

La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

« La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se dévouer à la présidence d’Unifrance — l’organisme en charge du “rayonnement” du cinéma français à l’international. Auréolé d’un joli succès dans les salles françaises avec 421 578 spectateurs — cela, du fait d’une exploitation prématurément réduite puisqu’il était sorti avant la seconde fermeture des salles fin octobre 2020 —, très bien accueilli à l’étranger, son huitième long-métrage La Daronne, adapté du polar homonyme d’Hannelore Cayre vient d’être désigné Prix Jacques-Deray par l’Institut Lumière, succédant à Roubaix une lumière d’Arnaud Desplechin, également distribué par

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La Villa Gillet déroule un Mode d'Emploi 100% Web

Festival des Idées | Faute de pouvoir se tenir en "présentiel", selon l'infâme expression un peu trop consacrée, Mode d'Emploi s'avance donc virtuellement jusqu'au 21 novembre pour ne pas nous sevrer totalement de débats d'idées et de réflexions sur notre espace contemporain, déjà sacrément chamboulé. Comme pour les Assises Internationales du Roman au printemps, l'événement est à retrouver tous les soirs à partir de 19h sur le site de la Villa Gillet. Si vous voulez un conseil — autre que de défense —, faites-y donc un tour. Voici le programme.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 novembre 2020

La Villa Gillet déroule un Mode d'Emploi 100% Web

Confinée au moment des Assises Internationales du Roman, la Villa Gillet en avait livré une version virtuelle sur son site Web. Reconfinée au moment de Mode d'Emploi, son festival des idées, la voici contrainte mais néanmoins enthousiaste de remettre le couvert avec un programme qui, sur la forme, se calque quelque peu sur le couvre-feu et, sur le fond, embrasse les thématiques auxquelles cette drôle d'année 2020 est venue donner davantage de relief. Ainsi chaque jour, sauf exception, Mode d'Emploi proposera un programme en trois temps. À 19h, il sera question de Libertés d'expression, sous la forme de capsules sonores ou vidéo avec des artistes et citoyens engagés. À 19h30 — de 16h à 19h pour la journée, copieuse, du samedi —, on enchaînera avec Les idées sous couvre-feu, soit une heure quotidienne de débats et conversations thématiques avec é

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L'Odyssée d'Obi

Afro Trap | Demandeur d'asile nigérian de 33 ans, dont dix d'une invraisemblable errance entre l'Afrique et l'Europe, Obinna Igwe a fini par se poser et s'apprête à lancer une carrière de musicien dont il n'avait jamais osé rêver. Épaulé en cela par Cédric de la Chapelle, l'homme qui avait découvert Slow Joe. Il a accepté de nous raconter son histoire.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 octobre 2020

L'Odyssée d'Obi

« J'ai grandi au Nigeria, à Abakliki ». Ainsi Obinna Igwe, dit "Obi", commence-t-il, assez logiquement pense-t-on, le récit d'une vie qui l'a mené jusqu'à Lyon. Mais, dans la seconde, il se raccroche à ses premiers mots et nous fait comprendre en une phrase ce qui porte les hommes et les femmes qui traversent les continents et les mers pour un peu d'espoir : « en fait je n'ai pas grandi au Nigéria, j'y ai survécu, c'est après que j'ai grandi ». Il a pourtant déjà 23 ans lorsqu'il quitte son pays. Sa vie est une histoire comme on en entend rarement, peut-être parce qu'on oublie un peu facilement de prêter l'oreille. C'est celle de milliers de migrants dont certains ne voient pas la fin du voyage. S'il est possible de survivre — et encore — dans le pays le plus peuplé d'Afrique — 203 millions d'habitants, 24 villes de plus d'1 million d'habitants —, la vie y est une chimère, la violence endémique, et l'école accessible à ceux qui ont un peu d'argent, à ceci près que personne n'en a. « Là-bas, il n'y a aucun espoir d'avenir, aucun rêve n'est possible » raconte Obi qui a perdu son père à l'âge de dix ans. L'espoir ne peut

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VinylesMania : Vinyle, Vidi, Vici au Musée de l'Imprimerie

Graphisme | Au long d'une exposition sacrément futée et fureteuse, le Musée de l'Imprimerie et de la Communication Graphique célèbre le retour aussi triomphal et paradoxal du vinyle ces dernières années, remonte à sa genèse et en explore les singularités. À voir les oreilles grandes ouvertes. Et prolongée jusqu'au 29 août.

Stéphane Duchêne | Mercredi 21 octobre 2020

VinylesMania : Vinyle, Vidi, Vici au Musée de l'Imprimerie

On pourrait appeler "paradoxe du vinyle" le fait qu'un objet symbole du matérialisme moderne ayant connu une extinction de masse se mette à revivre sur le marché alors même que la dématérialisation a triomphé de tous les supports. On a longtemps pensé que le CD, cette invention sonore si révolutionnaire et si pratique, avait définitivement supplanté le disque vinyle. Puis la dématérialisation a fait son œuvre avec l'arrivée du téléchargement (ah, cette époque où il fallait une journée pour télécharger un fichier mp3), puis des plateformes de streaming, et l'industrie du disque a plongé, ringardisant définitivement la forme évoluée du disque. Au final, c'est le dinosaure vinyle qu'on a ressorti des glaces de l'oubli et du grenier de papy pour repeupler les rayons des disquaires et les salons domestiques. Tout cela parce que la dématérialisation, grande pourvoyeuse de nostalgie et de paradoxal désir de possession, a fait du 33t répudié un fétiche, un totem d'appartenance à une caste de (plus ou moins) passionnés. Et si l'on veut comprendre (ou pas) pourquoi, il faut se rendre à l'exposition

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Pas celle que vous croyez : "Miss" de Ruben Alves

Comédie | Une comédie grand public aux accents de feel good movie.

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Pas celle que vous croyez :

Passer de l’exception à l’acceptation : telle est la situation d’Alex dans Miss, où un jeune homme à demi-marginalisé recherche un épanouissement libérateur en mentant sur son identité et en participant au concours Miss France… Signée Ruben Alves, cette comédie grand public aux accents de feel good movie devrait contribuer à dégetthoïser la situation des personnes transgenres — d’autant qu’elle est tournée avec la transparente complicité du Comité Miss France (qui s’achète ici une image de modernité, alors même que ses statuts poussiéreux prouvent régulièrement leur inadéquation avec la société contemporaine) et de comédiens hyper-populaires, comme Isabelle Nanty ou Thibaut de Montalembert en trav’…ailleuse du sexe au Bois. Mais ce film, qui tient beaucoup du conte d’Andersen, ne tiendrait pas sans la personne ni la personnalité d’Alexandre Wetter, qui fait ex

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Lyon : remise à flot pour L’Aquarium

Ciné-Club | Les aquariophiles savent qu’ils doivent, pour garantir la survie de leurs espèces frétillantes favorites, changer l’eau régulièrement et maintenir une (...)

Vincent Raymond | Vendredi 25 septembre 2020

Lyon : remise à flot pour L’Aquarium

Les aquariophiles savent qu’ils doivent, pour garantir la survie de leurs espèces frétillantes favorites, changer l’eau régulièrement et maintenir une oxygénation optimale. C’est un peu pareil pour l’Aquarium Ciné-Café : à l’aube de sa cinquième saison, le spot croix-roussien mêlant vidéo-club aux 10 000 titres et lieu de projection mixte renouvelle un peu son équipe (Émile Belleveaux succède à Damien Vildrac à la programmation) tout en densifiant son offre : la séance du jeudi soir prend le nom de “Regards croisés“ et se thématise chaque semaine en ciné-débat avec des partenaires (Maison de l’Écologie, CinémAsian, Osez le féminisme, etc.). Le fameux Ciné-Mystère mensuel (comme son nom l’indique : vous venez voir un film sans savoir de quoi il s’agit) double la mise en intercalant un film d’animation pour les adultes — pas uniquement du Bakshi ! Et un podcast radio enregistré en direct, des ateliers (pour tous les âges, notamment les plus jeunes pendant les vacances de la Toussaint), et toujours autant de cartes blanches à des festivals amis… Le mois d’octobre qui pointe le bout de

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Nouvelles Voix en Beaujolais ne se tait pas

Festival | Alors qu'un certain nombre de festivals tentent de résister à la fatalité — Les Musicales du Parc des Oiseaux pour son édition du cinquantenaire qui (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 septembre 2020

Nouvelles Voix en Beaujolais ne se tait pas

Alors qu'un certain nombre de festivals tentent de résister à la fatalité — Les Musicales du Parc des Oiseaux pour son édition du cinquantenaire qui s'achève le 13 septembre ou le Ninkasi Festival — Nouvelles Voix en Beaujolais a décidé lui aussi de passer entre les gouttelettes et les micro-particules. Mais en se concentrant plus que jamais sur sa vocation première à savoir la découverte de... nouvelles voix. Ainsi pourra-t-on (re)découvrir des artistes à l'univers singulier tels que P.R2B et notre bien aimée Cavale mais aussi Fils Cara, Clara Ysé, Lonny, Le Noiseur et d'autres. Tout ce petit monde se produisant en ordre dispersé entre le Théâtre de Villefranche et diverses salles de l'agglomération caladoise (Centre Culturel de Jassans, Théâtre de Gleizé, Villa Hispanica, Salle des Échevins). Rendez-vous du 17 au 20

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Niches en série : "Les Nouvelles Aventures de Rita et Machin" de Pon Kozutsumi et Jun Takagi

Animation | ★★☆☆☆ Un film d'animation de Pon Kozutsumi & Jun Takagi (Fr-Jap, 0h45)

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Niches en série :

Une fillette et son toutou en proie à leur imagination fertile, vivent des aventures extraordinaires sans quitter leur maison ni leur jardin… Cette salve de courts-métrages fait suite à un programme sorti l’an dernier, se caractérisant par un trait minimaliste, une palette également restreinte (du blanc, du noir, un ou deux dégradés colorés) et… un trame un poil répétitive. Comme les protagonistes sont un peu des pendants de Calvin & Hobbes, que le public visé a 3 ans et que l’ensemble dure 3/4 d’heure, ça passe… Les Nouvelles Aventures de Rita et Machin ★★☆☆☆ Un film d'animation de Pon Kozutsumi & Jun Takagi (Fr-Jap, 0h45)

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Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

La Daronne | Impossible de la manquer cette semaine à Lyon : sa silhouette est aux frontons de tous les cinémas et vous la croiserez peut-être au gré des rues puisqu’elle vient de débuter le tournage du nouveau film de Laurent Larrivière avec Swann Arlaud. Elle, c’est, évidemment Isabelle Huppert, une des “daronnes“ du cinéma français et celle que Jean-Paul Salomé a choisie pour incarner Patience Portefeux dans son polar. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce que vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et qu’on se redit et rien que pour cette phrase on a envie de faire le film… C’est mystérieux de le définir précisément, parce que c’est un processus particulier qui vous amène chaque fois à faire un film. C'est à chaque fois une aventure un peu existentielle : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscénariste, NdlR] à la radio et, tout de suite, j’ai été très intéressée par ce qu’elle rac

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Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans "La Daronne"

Son film à l'affiche | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr, 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle “Daronne“… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’EHPAD de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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Sophie Deraspe : « dès lors qu’on parle de héros, on est dans les limites du réalisme »

Antigone | D’une intrigue tragique vieille comme le monde, Sophie Deraspe fait une relecture terriblement contemporaine et réalisée avec adresse. Il se passe toujours beaucoup de choses du côté du cinéma québécois, plus divers qu’on voudrait nous laisser croire.

Vincent Raymond | Mercredi 2 septembre 2020

Sophie Deraspe : « dès lors qu’on parle de héros, on est dans les limites du réalisme »

L’Affaire Fredy Villanueva a été la source principale de votre écriture. Mais la transposition d’Antigone, de par sa lecture géopolitique contemporaine, s’est-elle imposée à vous comme un corollaire à votre documentaire Le Profil Amina ? Ici aussi en effet, les crises du Moyen Orient ou du Printemps arabe forment un substrat nécessaire à l’accomplissement de l’intrigue… Sophie Deraspe : Les liens ne sont pas directs avec Le Profil Amina. Peut-être que je me sentais à l’aise d’aller vers le Moyen Orient ; ici, la famille est algérienne et avant le tournage, je n’étais pas allée en Algérie… Mais j’ai plutôt l’impression que les liens les plus directs avec Le Profil Amina se passent avec la vie en ligne — une vie virtuelle. Par exemple, ce qui concenrne l’affaire Villanueva, je l’ai appris dans les médias traditionnels : les émeutes, les manifestations, les militants… Mais ensuite, c’est en ligne que j’ai eu accès à la parole des gens, à la voix du peuple. Et c’est comme ça que

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L’amour en queue de poisson : "Poissonsexe" de Olivier Babinet

Comédie | Un futur inquiétant, où il ne reste qu’une seule baleine. Scientifique dans un institut de recherches maritimes, Daniel s’échine à essayer de faire s’accoupler des poissons et échoue à trouver l’âme sœur. Son existence change lorsqu’il ramasse sur la plage un poisson mutant doté de pattes…

Vincent Raymond | Mercredi 2 septembre 2020

L’amour en queue de poisson :

Initialement prévu le 1er avril sur les écrans, jour ô combien adapté à une fable poissonneuse, ce film avait dû pour cause de confinement rester le bec dans l’eau attendant l’avènement de jours meilleurs. S’il est heureux de le voir émerger, on frémit en découvrant le monde pré-apocalyptique qu'il décrit en définitive aussi proche du nôtre : certains ne prophétisent-ils pas la pandémie comme faisant le lit de la 6e extinction massive ? Guère optimiste, mais comme s’en amusait Gustave Kervern, « je ne joue que dans des films tristes ; je refuse les films gais ». Au-delà de la boutade, Poissonsexe marie les menaces du conte philosophique d’anticipation et la poésie du parcours sentimental de Daniel, colosse au cœur de fleur bleue égarée dans un monde où amour et procréation sont totalement décorrélés ; où les couleurs froides font écho aux relations du même tonneau. Après la parenthèse lumineuse que constituait son documentaire Swagger, Olivier Babinet renoue donc

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François Ozon : « il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Retenu dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Vendredi 10 juillet 2020

François Ozon : « il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers https://fr.wikipedia.org/wiki/Aidan_Chambers? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça ne s’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après

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Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. : "Les Parfums"

Comédie | En galère de boulot, Guillaume devient le chauffeur d’Anna Walberg, “nez“ indépendante dans l’univers de la parfumerie et femme si exigeante qu’elle a épuisé tous ses prédécesseurs. Mais Guillaume va s’accrocher en lui tenant tête. Une manière de leur rendre service à tous les deux…

Vincent Raymond | Vendredi 26 juin 2020

Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. :

Devenu un visage familier grâce à la série 10% , Grégory Montel avait “éclos“ en 2012 au côté du regretté Michel Delpech dans le très beau L’Air de rien, première réalisation de Stéphane Viard et… Grégory Magne. Après l’ouïe, celui-ci s’intéresse donc à l’odorat mais conserve peu ou prou un schéma narratif similaire puisque son héros ordinaire-mais-sincère parvient à nouveau à redonner du lustre à une vieille gloire recluse prisonnière de son passé et/ou ses névroses, tout en s’affirmant lui-même ; la différence majeure réside dans le fait qu’une relation fatalement plus sentimentale que filiale se noue ici entre les protagonistes. Loin d’être une bluette à l’anglaise où les deux tourtereaux roucoulent après avoir fait chien et chat pendant l’essentiel du film, cette comédie sentimentale mise beaucoup — à raison — sur les à-côté des personnages : le métier de sentir et composer des fragrances (étrangement peu exploité jusqu’à pré

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Plus belle la prophétie

Télévision | Le mot a été balancé comme ça, à l'heure où M. Macron se faisait solennel quoi qu'il en coûte : "coronavirus". Incroyable ! Plus belle la vie, le feuilleton populaire de France 3, avait anticipé la pandémie. On vous raconte.

Nadja Pobel | Lundi 23 mars 2020

Plus belle la prophétie

Jeudi 12 mars. L'épisode 4014 de Plus belle la vie est en ligne depuis le matin même et quand sa diffusion commence sur France 3, à 20h15, Emmanuel Macron prend la parole sur toutes les autres chaînes pour sa première allocution de crise. Rien à voir ? Si ! La série de 26' cause de la même chose que le Président. Un nouveau personnage, quadra, est dans la salle d'attente des urgences de l'hôpital de Marseille-Est : « j'ai mal à la tête, je me sens vraiment pas bien » dit-il entre deux quintes de toux et un crachat de sang. Le lendemain, il est décédé. Entre-temps, en clôture de l'épisode de jeudi, la médecin dialogue avec sa mère infirmière : « il souffre d'une pneumopathie très violente et il revient tout juste de chine – Tu penses au SRAS ? - Quoi d'autre ? Les agences sanitaires ont toujours cru à un retour du coronavirus et vu les symptômes et la provenance du patient, y'a pas trop de doutes – Depuis quand il est arrivé aux urgences ? - Il est arrivé à 5h du matin, ça fait 15h – 15h ?! Si c'est vraiment le SRAS on est foutu ! » Voilà comment les scénaristes ont introduit le sujet. Un raccro de dernière mi

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"Jumbo", l'enthousiasmant premier film de Zoé Wittock

Fantastique | Jeune fille solitaire encombrée d’une mère exubérante et désinhibée, Jeanne travaille dans un parc d’attractions où son charme farouche ne laisse pas indifférent son jeune responsable. Jeanne va tomber amoureuse, mais d’un manège, Jumbo. Et la passion lui semble réciproque…

Vincent Raymond | Mercredi 1 juillet 2020

Par petites touches discrètes, le cinéma fantastique se régénère en revenant à sa source : avec des histoires partant de la normalité crasse du quotidien, déviant ensuite vers l’anormalité. Cette variation sémantique infime change tout, car elle rend l’ordinaire extra. Après l’enthousiasmant La Dernière Vie de Simon, Jumbo confirme qu’il faut suivre suivre la jeune garde francophone. Voyez ce premier long-métrage de Zoé Wittock, où l’héroïne, à la façon d’un personnage introverti de Stephen King, va trouver un épanouissement lumineux dans une dimension intérieure et contraire à la doxa. Bon choix d’ailleurs que la toujours aventureuse Noémie Merlant

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Les mamans et les putains : "Filles de joie"

Drame | Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Les rêves en berne, l’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Les mamans et les putains :

Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent/Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich ne s’y adonne pas par plaisir. Ce qu’il révèle surtout d’un point de vue sociologique, c’est que le recours au commerce de son corps, jadis réservé aux plus pauvres des plus pauvres, à ce quart-

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Amour en eaux douces : "Une sirène à Paris"

Fantastique | Alors que son père va vendre la péniche familiale Flowerburger, historique siège d’un groupe d’embellisseurs de vie — les surprisiers — Gaspard, un musicien au cœur brisé, découvre Lula, jeune sirène échouée sur les rives de Seine. Pour la sauver, il l’emmène chez lui…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Amour en eaux douces :

S’il n’y avait les rêveurs pour le porter et lui donner de l’oxygène, le monde s’écroulerait, asphyxié. Mathias Malzieu en fait partie, qui déploie son imaginaire de chansons en livres et de livres en films, explorant des univers connexes à ceux de ses devanciers Tim Burton ou Jean-Pierre Jeunet. Comme dans La Mécanique du cœur ou Métamorphose en bord de ciel, le meneur de Dionysos ose ici un conte façon alchimie entre merveilleux et mélancolie avec des héros cabossés depuis l’enfance et des créatures surnaturelles. Avec ses décors baroques, sa musique faite maison, ses interprètes attachants (le couple Duvauchelle/Lima s’avère osmotique), Une sirène à Paris cherche à ranimer un certain esprit magique, que l’on peut apprécier comme une forme de nostalgie d’un paradis cinématographique perdu. Malgré tout, ce mixte d’ambition et de naïveté revendiquée manque, c’est triste à dire, de moyens à l’écran. Peut-être aurait-il fallu être étourdi par un surcroît de couleurs et de frénésie à la Baz Luhrmann pour que la féérie du projet soit plus

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Pacôme par Thiellement

Littérature | Pas avare de publications, Pacôme Thiellement publiait en 2019 The Leftovers, le troisième côté du miroir, dans lequel il se livrait, comme il le (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 4 février 2020

Pacôme par Thiellement

Pas avare de publications, Pacôme Thiellement publiait en 2019 The Leftovers, le troisième côté du miroir, dans lequel il se livrait, comme il le fit jadis sur Lost ou David Lynch à l'un de ses exercices favoris : une véritable exégèse de l'inclassable série de Damon Lindelöf. Le revoici déjà avec Tu m'as donné de la crasse et j'en ai fait de l'or, que l'on pourra qualifier, si une telle chose est possible le concernant, de livre le plus singulier que nous ait livré l'auteur. Le pop yogi y plonge ainsi dans les événements les plus sombres de sa vie de mortel – amitiés trahies, douleur du premier amour, avanies professionnelles, impuissance sexuelle, décès d'un proche – pour, en un geste philosophal, en faire de l'or, comme le laisse supposer le titre emprunté à B

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Pourquoi va-t-on au théâtre ?

Théâtre | Un long silence. Une salle éclairée. Où sommes-nous ? Un théâtre ? Oui mais c’est quoi ce truc ? « Une salle d’attente en plus (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2020

Pourquoi va-t-on au théâtre ?

Un long silence. Une salle éclairée. Où sommes-nous ? Un théâtre ? Oui mais c’est quoi ce truc ? « Une salle d’attente en plus glauque » nous dit-on dans Telle est la question (au Nid de Poule jusqu’au dimanche 9 février). Cédric Danielo, sorti de l’ENSATT en 2018, ouvre grand la porte de cet art qu’il connait bien mieux que son avatar scénique ne le prétend. Mais jouer les faux candides est une arme efficace pour lister avec justesse les clichés qui lui collent aux basques : les subventions, le prétendu plaisir à regarder des gens nus qui poussent des troncs d’arbres pour évoquer la solitude, ces « spectacles très chers qui ne se jouent qu’une semaine » et l’émotion, forcément (?) moindre que devant une performance sportive. Jamais son spectacle n’est ennuyeux. Il y a même un talent de showman chez cet artiste qui puise ses interrogations chez Enzo Cormann et Shakespeare. Car le maître règne ici dans des séquences rejouées avec intelligence qui démontrent la capacité de cet art autant à créer du fantasmagorique par des effets techniques qu’à se remettre en question.

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Au fil de la plume

Littérature | Deux millions, c'est le nombre d'objets qui hantent les collections du Musée des Confluences. Huit celui du nombre de livres édités jusque-là par la (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 21 janvier 2020

Au fil de la plume

Deux millions, c'est le nombre d'objets qui hantent les collections du Musée des Confluences. Huit celui du nombre de livres édités jusque-là par la collection Reflets d'Objets proposée par ce même musée. L'idée : convoquer l'imagination des écrivains au contact d'un objet, l'amener à en faire un récit, un sujet littéraire. La dernière en date est Emmanuelle Pagano. D'un châle pas comme les autres, de soie de mer et de confection italienne, l'autrice rhonalpine fait jaillir les souvenirs de l'histoire familiale comme on tire un fil de soie, comme on observe les nuances de la nacre de Pinna Nobilis. Le foulard de se faire ainsi vestige, fétiche, non plus seulement d'un héritage universel mais intime. Ainsi l'autrice s'approprie-t-elle l'objet, offert à la littérature sous le titre En cheveux. De cela il sera question lors du café littéraire organisé au Musée des Confluences avec Emmanuelle Pagano et David Besson, responsable des co

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Sorties de leur réserve : "Une belle équipe"

Comédie | Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Sorties de leur réserve :

Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au — difficile — basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs “privilèges“ envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilisent des corps de femmes afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Bien

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Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un vrai bonhomme | Pour son premier long-métrage, Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le “coming at age movie“ — une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnages d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnue, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; j’ai essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie “la plus intéressante“. Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : “et si“ on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait ? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de

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Je mets mes pas dans les pas de mon frère : "Un vrai bonhomme"

Comédie Dramatique | Un adolescent solitaire s’appuie sur le fantôme de son aîné pour s’affirmer aux yeux de ses camarades, de la fille qu’il convoite et de son père qui l’ignorait, perdu dans le deuil de son fils préféré. Une brillante première réalisation signée par le coscénariste de Mon Inconnue.

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Je mets mes pas dans les pas de mon frère :

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shyamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitret

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Corbeille et somme : "Merveilles à Montfermeil"

Comédie | Fraîchement séparés, Joëlle et Kamel se côtoient tous les jours au sein de l’équipe de la Maire de Montfermeil, une illuminée rêvant, entre autres excentricités des années 1980, d’implanter une école de langues démesurée dans cette cité de banlieue. Cela n’arrangera pas leurs relations…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Corbeille et somme :

Intrigante et prometteuse, la séquence d’ouverture montrant le couple Balibar/Bedia se disputant en arabe devant une juge des divorces abasourdie aurait pu — dû ? — constituer l’alpha et l’oméga de cette pseudo comédie politique, mais authentique catastrophe artisanale. Première réalisation solo de la comédienne-chanteuse intello (récemment enrubannée d’un hochet républicain, dans la même promotion que le patron de BlackRock), ce “machin“ a faux sur toute la ligne. La forme, tout d’abord : écrit et joué en dépit du bon sens, il offre à une troupe de bobos hors sol vêtu arty sexy l’occasion de glapir du cri primal dans un simulacre pathétique de Rendez-vous en terre inconnue. Le fond, ensuite. Prêchant une fraternité béate, infantilisant les administrés, le mal titré Merveilles à Montfermeil semble fustiger par le ridicule les exécutifs de gôche engagés dans un clientélisme social mâtiné de new age limite

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Ministère à mère : "La Sainte Famille"

Comédie Dramatique | Sa femme s’éloigne, son frère se sépare, son aristocrate de mère le fait tourner en bourrique, sa grand-mère n’est plus très vaillante, sa cousine lui fait de l’œil ; il a du mal avec ses filles… Malgré cet environnement intime bancal, le novice en politique Jean est nommé ministre de la Famille…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Ministère à mère :

La particule de son patronyme laisse supposer que l’auteur-interprète principal a pioché dans un décor, disons, familier : celui d’une lignée enracinée dans l’aristocratie ou la grande bourgeoisie, habituée aux parquets point de Hongrie des beaux quartiers parisiens, prenant ses quartiers de campagne dans quelque gentilhommière d’Île-de-France ; où l’usage veut que les enfants voussoient leurs parents. Un contexte où sa silhouette mi-guindée, mi-ébahie, évolue visiblement en pays de connaissance. Si on ne peut dire qu’on n’a jamais vu de films avec des familles de bourges en crise — c’est même le fonds de commerce d’un certain cinéma français —, ce qui tranche ici, c’est « la pudeur des sentiments », pour reprendre Gainsbourg : les situations se résolvent davantage dans l’écoute et l’étreinte que dans l’hystérie collective, tout mucus sorti. Et la fin, d’une infinie tendresse, s’avère un modèle de douceur. Mais La Sainte Famille sonne aussi le glas de ce “monde ancien“, conscient de sa désuétude, qui anticipe sa dissolution en même temps que la disparition de ses aînées : le pa

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Estelle Pagès : « ne pas rester un lieu confidentiel »

École Nationale des Beaux-Arts | Nommée le 5 septembre dernier à la tête de l’École Nationale des Beaux-Arts de Lyon, Estelle Pagès a l'intention d'ouvrir l'ENSBA sur d'autres champs disciplinaires, sur la ville et sur la diversité des étudiants. Rencontre avec la nouvelle directrice.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 19 novembre 2019

Estelle Pagès : « ne pas rester un lieu confidentiel »

Quelle est la visée essentielle d'une école des beaux-arts ? Estelle Pagès : Sa priorité, selon moi, est de former des auteurs (artistes, designers, etc.). Je porte aussi une attention particulière au fait que l'ENSBA de Lyon comporte deux axes qui se nourrissent l'un et l'autre, le département des arts et le design. Et la question que l'on se pose toujours ici, c'est celle de l'après école, de l'accompagnement des diplômés et de leur insertion professionnelle. Votre prédécesseur, Emmanuel Tibloux, a impulsé des projets communs avec d'autres écoles que vous semblez vouloir poursuivre, voire accentuer ? Oui, c'est notamment la création il y a deux ans d'un post-diplôme "Recherche de Création Artistique", commun avec le CNSMD, l'ENSATT et CinéFabrique. Les étudiants doivent aujourd'hui se confronter à d'autres champs de formation. Les artistes travaillent de plus en plus de manière collaborative et en collectifs pluridisciplinaires. Les peintres,

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La Nouvelle star Beaujolais

Festival | Si vous avez malencontreusement loupé la jeune étoile pop stéphanoise Paillette en showcase, ce mardi 19 (date de l'ouverture de Nouvelles Voix), la voilà de (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 19 novembre 2019

La Nouvelle star Beaujolais

Si vous avez malencontreusement loupé la jeune étoile pop stéphanoise Paillette en showcase, ce mardi 19 (date de l'ouverture de Nouvelles Voix), la voilà de nouveau sur scène au Centre culturel de Gléteins à Jassans-Riottier (depuis Villefranche, prendre à droite après l'Ain, la rivière), à retrouver également le 12 décembre au Théâtre de Tarare. Comme chaque année, Nouvelles Voix lève le voi(x)le sur la jeune production française tous azimuts : blues cajun de Delgres ; pop dahocompatible de Parka Valentine mais aussi la shiva rap-pop Aloïse Sauvage, clairement la prochaine grosse chose du paysage pop français ; la très alanguie Vendredi sur Mer, le hip-hop Buzz boosté de Blu Jaylah, et un autre Stéphanois, ténor du rap décloisonné Zed Yun Pavarotti. Tout cela, et d'autres choses à défricher au gré de déambulations caladoises jusqu'au 22 novembre.

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Rayons les différences ! : "Zibilla ou la vie zébrée"

Animation - dès 3 ans | Un girafon de passage dans la forêt découvre qu’il n’est pas le bienvenu en tant qu’étranger ; des animaux se livrent à une course en vélo à l’approche de l’hiver ; adoptée par une famille de chevaux, Zibilla est la seule zèbre de son école et sujette à une cruelle exclusion…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Rayons les différences ! :

Si l’on met entre parenthèses Le Dernier jour d’automne — transition poétique comme du Prévert et ayant la finesse d’un haïku —, Tout là-haut et Zibilla forment un très intelligent diptyque permettant d’évoquer avec les tout-petits la question du racisme et de la xénophobie. Pourquoi certains ont-ils des préjugés liés à la différence ? Que ressent celui ou celle que le groupe rejette ? Racontées sans mièvrerie, pouvant se transposer de manière concrète dans leur quotidien, ces historiettes sont aussi enthousiasmantes pour leur qualité d’animation et leur audace graphique — qui rappelle le goût pour les compositions asymétriques des productions DePatie-Freleng. Un programme lumineux, généreux et bien pensé, signé au passage par trois réalisatrices — tant que cela continuera à être rare, il conviendra de le souligner. Zibilla ou la vie zébrée Un film de Martina Svojikova, Marjolaine Perreten & Isabelle Favez (Fr-Sui-Bel, 0h49)

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Sens interdits à quai

Théâtre | La 6e édition du festival Sens interdits aura fait la part belle à la capacité de jeunes artistes belges à gratter et bousculer autant leur art que leur temps quand les Russes ne cessent de tenter de prendre la mesure de la répression soviétique à l'aune de l'ère poutinienne. Retour sur dix jours bringuebalés dans la tourmente du monde et de tentatives d'en faire théâtre.

Nadja Pobel | Mercredi 13 novembre 2019

Sens interdits à quai

Sens Interdits s'est joué dans treize théâtres mais aussi sous le chapiteau, où spectateurs et artistes se rencontraient, notamment lors de table rondes. À la veille de la clôture, Tatiana Frolova, qui avait ouvert le festival dix jours plus tôt, le disait : « rien n'a changé ». La metteuse en scène évoquait l'époque des années 30 où Mandelstam, poète dissident arrêté et déporté, n'aura été soutenu que de façon verbale et pas concrètement par son ami Pasternak (son épouse refusait d'héberger ce dissident). Quand Mandelstam lui lit un poème virulent contre le régime, celui-lui lui rétorque « qu'il n'a rien entendu » afin de ne pas être complice, ainsi que le relate la pièce montée par Roman Viktyuk et présentée également dans le festival. « Quand je joue Je n'ai pas encore commencé à vivre à Vladivostok, les journalistes sortent en disant qu'ils n'ont rien entendu » confiait-elle. Ma petite Antarctique n'a pas la force dramaturg

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Tout est affaire de décors : "La Belle époque"

Romance | La soixantaine dépressive, méprisé par sa femme, Victor se voit proposer par un ami de son fils de vivre une expérience immersive dans des décors reconstituant l’époque de son choix. Victor choisit de replonger dans sa jeunesse, pile la semaine où il rencontra sa future épouse…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Tout est affaire de décors :

Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque — et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il — accréditent la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace parce qu’il tape à côté en gâchant une jolie idée. L’argument central, la “guérison amoureuse“ de Victor, se trouve en effet pollué par une sous-intrigue sentimentale déplaçant le centre de gravité vers l’égotique organisateur des reconstitutions — en clair, le metteur en

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Au revoir mon amour : "L'Angle Mort"

Fantastique | Dominick possède depuis l’enfance l’étrange pouvoir de se rendre invisible. Une faculté dont il fait un usage modéré — chaque “passage“ lui coûtant cher en énergie vitale — car elle suscite aussi, surtout, moult quiproquos gênants avec ses proches. Est-ce un don ou une malédiction ?

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Au revoir mon amour :

Les histoires de couples perturbés par des interférences créées par des mondes parallèles — ésotériques ou psychiques — forment “l’ordinaire fantasmatique“ du cinéma de Bernard & Trividic, collectionneurs de discordances en tous genres. Dancing (2003) et L’Autre (2009) traquaient déjà en effet des irruptions singulières dans ce que l’on nomme la normalité, en adoptant des constructions cinématographiques volontiers elliptiques, mentales ou peu linéaires. Est-ce ici l’influence d’Emmanuel Carrère, qui leur a soufflé l’argument de L’Angle Mort ? Sans déroger à leur propension au fantastique, ce film manifeste un changement de forme radical, adoptant une narration plus posée et une structure de conte contemporain à morale philosophique — comme si Rohmer s’était aventuré dans le registre du super-héros décalé, ou Alphonse Daudet au cinéma. Drame à double niveau sur la question de la disparition du corps social — ce qu’il advient de l’individu lorsque sa présence physique s’évanouit au sens propre, mais aussi lorsque son ex

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Daniel Auteuil et "La Belle Époque" pour l’ouverture du Festival Lumière

Festival Lumière | C'est le film de Nicolas Bedos qui va ouvrir cette édition du Festival Lumière.

Vincent Raymond | Jeudi 10 octobre 2019

Daniel Auteuil et

Après son passage hors compétition sur la Croisette, et avant sa sortie le 6 novembre prochain sur tous les écrans hexagonaux — il avait bénéficié d’une sortie partielle en septembre lorsqu’il était en lice pour représenter la France à l’Oscar du Meilleur film étranger, après avoir fait partie de la sélection Cannes à Lyon en mai —, le deuxième film réalisé par Nicolas Bedos, La Belle Époque fera donc l’ouverture du 11e Festival Lumière ce samedi 12 octobre. Ce choix n’est qu’une demi-surprise : non seulement le film avait été annoncé dès le mois de juin parmi la programmation officielle du Festival dans le cadre de l’invitation à Daniel Auteuil, mais il était étrangement le seul sur la page de la manifestation à ne pas être doté d’informations précises quant au lieu ou à la date de sa projection. Enfin, et c’est un argument de poids, La Belle Époque se déroule dan

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Emmanuelle Pireyre : roman génétiquement modifié

Littérature | Avec "Chimère", Emmanuelle Pireyre touche tout à fait à la forme romanesque, autour de laquelle elle tournait depuis un moment. Avec une tendre ironie et un impressionnant travail de documentation, l'autrice s'attaque aux OGM et à l'Europe, qu'elle concentre dans la figure d'un improbable homme-chien. Un régal.

Stéphane Duchêne | Mardi 1 octobre 2019

Emmanuelle Pireyre : roman génétiquement modifié

[Edit-Fête du Livre] Une autrice chargée par Libération d'une tribune sur les OGM ; une manouche qui souhaite sauver les gadjé de leur propre perdition ; le panel d'une convention européenne des citoyens, chargé de réfléchir au thème du temps libre ; un homme-chien fan d'Éric Rohmer et de manèges ; un anthropologue mexicain aux semelles de vent ; un bacille d'E.coli né d'un poème et même le biologiste français Jacques Testart... Voici quelques-uns des personnages mis en scène par Emmanuelle Pireyre dans son Chimère, aussi étrange que loufoque, aussi ancré dans le réel et documenté qu'adossé aux libertés fictionnelles les plus audacieuses. Tous vont croiser le chemin d'Emmanuelle, double de l'autrice, au cours d'une enquête qui la mènera dans un laboratoire anglais où l'on pratique l'hybridation des espèces, puis à l'infiltration d'un panel de douze Français tirés au sort par l'UE pour réfléchir à un enjeu de la politique européenne. « J'écris sur des sujets qui ne me font pas rire jusqu'à ce que ça me fasse rire » introduisait

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Qui s’y frotte… : "Bacurau"

Le film de la Semaine | Après Aquarius, Kleber Mendonça Filho s’associe à Juliano Dornelles pour livrer une fable picaresque futuriste, entre Les Chasses du Comte Zaroff et Les Aventures d’Astérix version brésilienne. Corrosif, sanglant et… visionnaire ? Prix du Jury à Cannes 2019.

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Qui s’y frotte… :

Nordeste brésilien, dans un futur proche. De retour à Bacurau pour enterrer sa grand-mère, Teresa remarque que le village est de plus en plus enclavé, comme coupé du monde. Les choses vont s’aggraver en présence de bien curieux étrangers. Mais Bacurau n’a pas dit son dernier mot ! Il y a trois ans, Kleber Mendonça Filho nous assénait une claque cuisante qui, à bien des égards, prophétisait métaphoriquement les prémices du populisme bolsonarien : on assistait en effet dans Aquarius à la déliquescence d’une société où le bon droit valait tripette face au poids des intérêts privés (et à leur omnipotence acquise par la corruption) ; où la maison Brésil semblait dévorée de l’intérieur, ses fondations menaçant de rompre à tout moment. Comme s’il souhaitait mettre entre parenthèses le temps présent, le cinéaste — en duo ici avec Juliano Dornelles — en propose avec Bacurau

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Grosse Pomme à l’eau : "Un jour de pluie à New York" de Woody Allen

Comédie | Ashleigh a obtenu d’interviewer un réalisateur arty pour le journal de sa fac… à condition d’aller à Manhattan. Bonne nouvelle pour son petit copain Gatsby, qui leur organise un week-end en amoureux dans son New York chéri. Sur place hélas, rien ne se déroulera comme prévu…

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Grosse Pomme à l’eau :

Cette histoire d'un couple qui se remet en question à l’issue d’une nuit marquée par les tentations sentimentales erratiques de l’un des deux partenaires dans un New York à la fois mondain et irréel, ça vous a un petit air de Eyes Wide Shut ; donc d’une relecture de la Traumnovelle de Schnitzler dont Kubrick s’était inspirée, accommodée à la sauce Allen. Mais Woody ayant déjà encensé son bien-aimé Manhattan dans toutes les hauteurs ne parvient plus à en offrir un regard qui ne soit à la limite de l’auto-citation, voire de l’auto-parodie. Et si l’on doit admettre de ne frayer ici — une fois encore — qu’avec des démocrates érudits ayant des névroses de couple et résidant autour d’un Central Park réchauffé par les couleurs de l’automne, faut-il en plus supporter des dialogues d’une prévisibilité caricaturale et inégalement pétillants ? Une photographie médiocre, artificielle, parfois franchement terne, prouvant que le numérique ne réussit pas à Vittorio Storaro ? Le jeu tout en mimiques meg-ryannesques de Elle Fanning et la composition miméti

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Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot et le conflit

Entretien | Dans le film de Cédric Kahn, l’une est une mère fuyante, l’autre une fille hurlante. Pas étonnant qu’elles n’arrivent pas à communiquer. Mais ici, les deux comédiennes Catherine Deneuve et Emmanuelle Bercot dialoguent sans peine.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot et le conflit

Emmanuelle, comment Cédric Kahn vous a-t-il présenté le rôle de Claire ? Emmanuelle Bercot : Cédric n’est pas quelqu’un qui présente les choses (sourire). En fait, j’ai lu et tout était clair. On n’a peut-être pas le même point de vue ni le même avis sur le personnage : peu importe. Il ne sait pas ce que j’ai dans la tête quand je joue, et je ne sais pas non plus ce qu’il a dans la sienne. Mais on réussit à se rejoindre par le travail sur le plateau. Catherine, qu’est-ce qui vous attendrit dans votre personnage ? Catherine Deneuve : Le fait qu’on sente que sa vie a été très portée par la famille. C’est une chose vraiment essentielle, je trouve ça assez touchant. On voit bien que la famille, c’est encombrant : il est difficile de garder ses membres, ou les maîtresses, ou les femmes. Mais c’est émouvant de consacrer sa vie à ça. Vous trouvez-vous des points communs avec elle ? CD : Je n’ai pas l’impression. En aviez-vous davantage avec les “mères“ que sont Claire Darling dans le film homonyme ou Junon dans Un Conte de Noël ? CD : Pour Claire Darlin

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Cachée : "Les Hirondelles de Kaboul"

Animation | De Zabou Breitman & Eléa Gobbé-Mévellec (Fr, 1h33) avec les voix de Simon Abkarian, Zita Hanrot, Swan Arlaud…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Cachée :

Dans l’Afghanistan asservi par les Taliban, le jeune couple formé par Mohsen et Zunaira tente de résister à la terreur quotidienne. Mais lors d’une dispute, la belle Zunaira tue par accident son amant. Elle est aussitôt incarcérée sous la garde du vieux Atiq, en attendant d’être exécutée… À l’instar de Parvana, autre film d’animation renvoyant à l’Afghanistan des années de fer et de sang — hélas pas si lointaines — cette transposition du roman de Yasmina Khadra raconte plusieurs mises à mort, symboliques et réelles, consécutives à la prise du pouvoir par les Taliban et à leur doctrine fondamentaliste. Certes, les autrices Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec prennent quelques libertés avec le texte initial pour “sauver“ un personnage, en lui octroyant ici des scrupules qu’il n’a pas à l’origine, mais elles ne dévoient pas globalement le sens de ce conte moral au finale aussi mar

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Pièce rapportée : "Fête de famille" avec Catherine Deneuve

Drame | Un seul être revient… et tout est dévasté. Cédric Kahn convoque un petit théâtre tchekhovien pour pratiquer la psychanalyse explosive d’une famille aux placards emplis de squelettes bien vivants. Un drame ordinaire cruel servi par des interprètes virtuoses.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Pièce rapportée :

Pour son anniversaire, Andréa a convié enfants et petits-enfants dans la maison familiale. Mais l’irruption de l’aînée, Claire, met au jour (et à vif) plaies et dettes du passé. Entre la bipolarité de la revenante, les coups de sang du cadet et l’aboulie des autres, la fête a du plomb dans l’aile… Si les questions de corps au sens large — cul, inceste, maladie, décès… — constituent les habituels carburants dramatiques des réunions de familles cinématographiques souvent crues et psychologiquement violentes (Festen, La Bûche, Un conte de Noël…), aucune d’entre elles ne surpasse le tabou suprême que constitue le fric. Fille d’Andréa née d’un précédent lit, Claire veut récupérer l’héritage de son père qu’elle a placé dans la maison de famille… où vivent sa mère, mais aussi sa fille, qu’elle a abandonnée pour mener son existence instable et qui la hait. Dette d’amour, dette d’argent, silences embarrassés… Dans cette maison trop grande, dont les recoins pénombraux disent les non-dits coupables, personne à l’exception du cadet n’ose s’opposer à la fille prodigue ni prendr

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Une directrice pour la première fois aux Beaux-Arts de Lyon

Nomination | Après le départ d'Emmanuel Tibloux, c'est Estelle Pagès qui prendra la direction de l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon. Historienne de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 2 juillet 2019

Une directrice pour la première fois aux Beaux-Arts de Lyon

Après le départ d'Emmanuel Tibloux, c'est Estelle Pagès qui prendra la direction de l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon. Historienne de l'art, enseignante, commissaire d'expositions, Estelle Pagès a auparavant dirigé pendant sept ans les ARCADES (Atelier de recherche de création et d'enseignement supérieur) d'Issy-les-Moulineaux. Elle était depuis 2012 directrice adjointe et directrice des études de la HEAR, Haute école d’art du Rhin Mulhouse – Strasbourg. Elle prendra ses fonctions en septembre prochain pour un mandat de cinq ans.

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