Lumière 2014 : Alien, une histoire de cinéastes

ECRANS | La saga Alien proposée pendant toute une nuit à la Halle Tony Garnier est non seulement l’occasion de revoir une des franchises les plus stimulantes du cinéma de SF américain, mais aussi la possibilité de constater les premiers pas de quatre cinéastes importants, tous représentatifs des évolutions récentes du style hollywoodien.

Christophe Chabert | Lundi 13 octobre 2014

Photo : © Twentieth Century Fox


1979 : Alien, Ridley Scott

Alors que les golden boys du Nouvel Hollywood connaissent des fortunes diverses — gloire pour Spielberg et Lucas, temps difficiles pour Coppola et Cimino, vitesse de croisière pour De Palma — les studios découvrent les vertus d'une génération d'Anglais venus de la pub et du clip : Alan Parker, Adrian Lyne et enfin Ridley Scott, peu de temps avant son frère Tony, passent à la mise en scène de cinéma. Scott, remarqué pour le beau Duellistes, se retrouve aux manettes d'Alien et invente le film d'horreur galactique, à la direction artistique impeccable, misant sur le suspense et la suggestion, montrant des ouvriers de l'espace aux prises avec un monstre viscéral. Les inoubliables visions de ce premier film ont posé la mythologie Alien : les face huggers, l'accouchement abdominal de la bête et, moins horrible, Sigourney Weaver en survivante sexy et virile.

1986 : Aliens, le retour, James Cameron

Cameron sort du succès surprise de Terminator et empoigne cette suite pour en faire un film raccord avec l'état d'esprit du cinéma américain des années 80 : un Vietnam movie dans l'espace où les GI's ne bousillent pas du vietcong mais de l'alien, proliférant plus vite que le virus Ebola. Le final lui permet aussi de poser une de ses figures préférées, qu'il reprendra dans Abyss et Avatar : l'humain mécanisé, alliance technologique entre la chair et le métal.

1992 : Alien3, David Fincher

Comme Scott quinze ans avant, David Fincher vient de la pub et du clip. Mais lui est un pur Américain, et la Fox l'engage pour ce troisième épisode alors qu'il n'a encore rien tourné pour le cinéma. La collaboration se passe mal, Fincher, dont le tempérament est déjà bien trempé, entrant en conflit avec le studio et reniant le montage final, il est vrai assez bancal, même si on trouve déjà des pistes pour l'œuvre à venir de cet immense cinéaste, notamment son pessimisme et son goût pour les personnages sacrificiels.

1996 : Alien, la résurrection, Jean-Pierre Jeunet

Hollywood va à nouveau piocher des talents dans le vivier européen, et c'est le frenchy Jean-Pierre Jeunet, pour la première fois sans son collaborateur Marc Caro, qui écope de ce quatrième volet. Son style se fond plutôt bien dans la commande, même si le scénario est assez faible et que les aliens, pour la première fois créés en numérique, n'ont pas la force de leurs ancêtres construits en dur. Finalement, ce sont les humains qui s'en sortent le mieux dans le film, notamment le duo Sigourney Weaver / Winona Ryder, poussant la logique féminine de la série jusqu'à son point d'achèvement.

Christophe Chabert

Nuit Alien
À la Halle Tony Garnier, vendredi 17 octobre


Nuit Alien

"Alien - Le 8e passager" de Ridley Scott (1979, 1h58) + "Aliens - Le Retour" de James Cameron (1986, 2h17) + "Alien 3" de David Fincher (1992, 1h55) + "Alien, la résurrection" de Jean-Pierre Jeunet (1997, 1h48)

"Alien - Le 8e passager" de Ridley Scott (1979, 1h58) + "Aliens - Le Retour" de James Cameron (1986, 2h17) + "Alien 3" de David Fincher (1992, 1h55) + "Alien, la résurrection" de Jean-Pierre Jeunet (1997, 1h48)

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Son retour aux affaires pour Prometheus, puis récemment Alien : Covenant, a suscité des réactions mitigées de la part de quelques puristes. N’en déplaise à ces pisse-froid : Ridley Scott a su dans ces deux préquelles ranimer en beauté la flamme de son terrible xénomorphe. Sans trop de difficultés car, l’honnêteté le pousse à le reconnaître, la bête possède une résistance et une faculté d’adaptation peu communes — on parle ici du monstre, pas du réalisateur, hein ! Sans doute désireux de réconcilier les amateurs de l’Alien originel avec Scott, mais aussi d’offrir aux plus jeunes l’occasion de découvrir sur grand écran le début de la saga (donc la

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"Alien : Covenant" : critique et entretien avec Ridley Scott

Science-Fiction | Après une patiente incubation, Ridley Scott accouche de son troisième opus dans la saga Alien, participant de son édification et de sa cohérence. Cette nouvelle pièce majeure semble de surcroît amorcer la convergence avec son autre univers totémique, Blade Runner. Excitant.

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L’ouverture d’Alien : Covenant se fait sur un œil se dessillant en très gros plan. Ce regard tout neuf et empli d’interrogations est porté par l’androïde David, création du milliardaire Peter Weyland. Aussitôt s’engage entre la créature et son démiurge une conversation philosophique sur l’origine de la vie, où affleure le désir de la machine de survivre à son concepteur. L’image mimétique d’un instinct de survie, en quelque sorte. Cet œil inaugural, immense et écarquillé, reflétant le monde qui l’entoure, fait doublement écho non à Prometheus — dont cette séquence est la préquelle et la totalité de Covenant la suite — mais à l’incipit de Blade Runner (1982) du même Scott. L’œil y apparaît pareillement, pour réfléchir un décor futuriste et comme miroir de l’âme : c’est en effet par l’observation des mouvements de la pupille, lors du fameux test de Voight-Kampff, que l’on parvient à trier les authentiques humains de leurs simulacres synthétiques, les “répliquants”. Le David d’Alien rêve-t-il, comme eux, de moutons élect

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Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Entretien | Difficile de condenser en deux heures toute la seconde moitié du XXe siècle français en miroir avec les sentiments d’un couple d’écrivains : c’est pourtant ce qu’ont tenté Nicolas Bedos et son actrice/coscénariste Doria Tillier. Réponses et références seventies des intéressés.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

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Est-ce que l’époque du film était déjà plantée dés l’écriture ? Doria Tillier : On s’est très vite arrêtés sur les années 1970. On les aime visuellement, humoristiquement et intellectuellement, avec l’état d’esprit dans lequel les personnages sont au début : la liberté, Beauvoir, Sartre, le quartier latin… Je trouvais cool que le film finisse aujourd’hui et pas en 2000 ou 2025. Cet univers correspondait naturellement aux personnages, et on ne s’est pas posé vraiment la question. Votre premier désir de cinéma découle-t-il de cette période historique ? Nicolas Bedos : Plus du côté des années 1990. Comme beaucoup de gens de ma génération, on s’était pris Tarantino, Kassovitz et Wong Kar-wai. Il y avait beaucoup de cinéastes dans des genres très différents à cette époque. C’était le début des grands formalistes américains comme Paul Thomas Anderson ou David Fincher

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David Fincher en Lumière

ECRANS | Un quart de siècle déjà qu’il retourne les perspectives cinématographiques, prend du champ avec les codes et donne de la profondeur aux grands genres. David (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

David Fincher en Lumière

Un quart de siècle déjà qu’il retourne les perspectives cinématographiques, prend du champ avec les codes et donne de la profondeur aux grands genres. David Fincher n’a signé que dix longs-métrages depuis 1992, mais il n’a à rougir d’aucun d’entre eux — qui peut se targuer de pareil bilan ? Cinématographiquement parlant, c’est en prenant les commandes d’Alien3 qu’il “voit le jour”. Le troisième opus d’un saga initiée par Ridley Scott où il succède à James Cameron et précède Jean-Pierre Jeunet — une bien belle collection d’obsédés visuels. Comme la plupart d’entre eux, il a auparavant poli son style dans les formats courts : des clips et pubs de prestige (Englishman in New York pour Sting, Staight Up pour Paula Abdul). Si le xénomorphe lui permet de mettre un pied à Hollywood, il s’y installe totalement dès son thriller suivant, Seven (1995), concentré pervers de virtuosité mais aussi réunion d’icônes émergentes : son futur interprète fétiche Brad Pitt et sa compagne d’alors

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Cinéma italien : l’esprit de la Péninsule au Ciné-Caluire

Festival du cinéma italien | Portée par une poignée prodigieuse de comédiens aussi polyvalents que complémentaires (dont Sordi et Gassman) la comédie transalpine a connu à la fin des années (...)

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

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Portée par une poignée prodigieuse de comédiens aussi polyvalents que complémentaires (dont Sordi et Gassman) la comédie transalpine a connu à la fin des années cinquante un essor inégalé. La revisiter étant une garantie de plaisirs infinis, on souscrit bien volontiers à la proposition du Ciné-Caluire qui en programme une joyeuse sélection dans le cadre de son festival annuel. Du Pigeon (1959) de Monicelli, merveille de charme et de légèreté, au romanesque absurde de Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas ? (1974) de Comencini, en passant par la cruauté de L’Argent de la vieille (1972) du même Luigi — où s’illustre une machiavélique Bette Davis —, ou par la fantaisie de Il Vigile (1960) de Zampa, présenté en avant-première de sa ressortie. Un second axe sous-tend cette semaine : une mini-rétrospective Marco Bellocchio. Associé au renouveau “politique” du cinéma italien pendant les Nouvelles vagues, le réalisateur avait marqué le pas à l’orée des années 1990, mais son obstination à traiter l’histoire immédiate depuis quinze ans l’a replacé au premier plan. On reverra

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Le Booooom #2 : places aux jeunes !

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Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Le Booooom #2 : places aux jeunes !

Réunissant 145 salles de Rhône-Alpes acceptant la carte M’ra, permettant aux élèves et aux apprentis d’accéder au cinéma à des conditions préférentielles, le Réseau Médiation Cinémas M’ra avait lancé en 2015 le Boooom !, un événement incitant les titulaires de ladite carte à profiter de leurs avantages avant son échéance (fin mai). Le succès de l’initiative a entraîné sa reconduction cette année, dans une forme plus étoffée : pour le Boooom #2, 45 salles organisent une manifestation spécifique, ludique ou festive ayant pour thème central “le futur”. Les Amphis de Vaulx-en-Velin ont ainsi choisi un bon vieux classique, Alien, le huitième passager (1979) de Ridley Scott précédé d’une présentation et suivi d’un pot pour ceux qui auraient encore de l’estomac vendredi 20 à 18h. Le Toboggan de Décines quant à lui rendra hommage au président du jury cannois George Miller avec une soirée rétrospective Mad Max (1 & 2) le samedi 21 à 18h suivie d’animations concoctées par le ToboGanG ; tandis qu’au même moment le Ciné la Mouche de Saint-Genis-Laval projettera Mad Max Fury Road (choisissez votre épo

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Dix concerts qui vont faire du bruit

MUSIQUES | Dans le landerneau des organisateurs de concerts, ce mois d'octobre 2015 est si dense en propositions qu'il est surnommé "Octobrute". Un nickname d'autant plus approprié qu'une bonne partie d'entre elles fait plus dans le jean élimé que dans la dentelle. Exemples contractuels.

Benjamin Mialot | Mardi 13 octobre 2015

Dix concerts qui vont faire du bruit

Valient Thorr / Broken Water On a découvert Valient Thorr par hasard, au détour d'un abattoir reconverti en squat de vikings. C'était à l'été 2014, on avait une bonne douzaine d'années de retard sur le reste de la population mondiale – du moins celle assez sensible au high energy rock'n'roll pour s'organiser en chapitres – mais qu'importe : rarement a-t-on vu musiciens faire montre d'autant d'engagement que ces Américains aux bonnes trognes... ben d'Américains. Au point de descendre, entre deux riffs taillés pour faire imploser les jukeboxes des restoroutes, faire du rameur dans la fosse. [+ Child + Black Bone] Au Warmaudio jeudi 15 octobre On a déploré la brouille de Frank Black et Kim Deal. On a chouiné à l'idée que Thurston Moore et Kim Gordon les imitent – et ils ont fini par le faire, les salauds. Puis est apparu Broken Water. C'était en 2010 avec Whet, un premier album qui voyait ce très revendicatif trio mixte d'Olympia (des droits des femmes à la surveillance généralisée, ce ne sont pas

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Christophe Gans invité d'Hallucinations collectives

ECRANS | Il faut l’avouer, Christophe Gans a longtemps été un de nos héros. De ceux qui nous ont fait découvrir des cinéastes majeurs comme Carpenter, Friedkin, Tsui (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Christophe Gans invité d'Hallucinations collectives

Il faut l’avouer, Christophe Gans a longtemps été un de nos héros. De ceux qui nous ont fait découvrir des cinéastes majeurs comme Carpenter, Friedkin, Tsui Hark et qui nous ont donné envie d’écrire sur le cinéma. Et une fois cet ancien journaliste de Starfix passé derrière la caméra, il nous a fait croire que le cinéma de genre s’était trouvé en France un styliste majeur. Aussi, lorsque nous sommes sortis dépités de La Belle et la Bête, le sentiment était celui d’avoir tué le père, avec ce que cela implique de mélancolie et de culpabilité. Heureusement, grâce à Hallucinations Collectives, tout est pardonné : en l’invitant à choisir trois films pour une carte blanche résolument surprenante, le festival prouve que Gans est resté un cinéphile pointu prêt à se faire le défenseur de toutes les formes d’innovations en matière de mise en scène — on n’a pas oublié par exemple ses visionnaires analyses à la sortie d’Avatar. I

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Exodus : Gods and Kings

ECRANS | Ridley Scott réussit là où Darren Aronofsky avait échoué avec "Noé" : livrer un blockbuster biblique où la bondieuserie est remplacée par un regard agnostique et où le spectacle tient avant tout dans une forme de sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Exodus : Gods and Kings

2014 restera l’année où les artistes agnostiques et athées se sont penchés sur les textes religieux pour en offrir une lecture rationnelle, intime ou réaliste. Emmanuel Carrère dans Le Royaume, Alain Cavalier dans Le Paradis et aujourd’hui Ridley Scott avec Exodus empoignent chacun à leur façon cette matière comme une source féconde de romanesque et de spectacle, tout en maintenant la distance avec leur caractère sacré. Dans le cas de Scott, c’est rien moins que les épisodes-clés de la Bible où Moïse choisit de libérer le peuple juif et de le conduire jusqu’à la terre promise qui forment le cœur de son blockbuster. Dans un premier temps, le récit dessine un trajet au personnage qui rappelle celui du général Maximus dans Gladiator : frère d’armes du futur pharaon Ramses (Joel Edgerton, looké façon Brando période Kurtz / Apocalypse Now), Moïse (Christian Bale, entre beau

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Un best of Lumière 2014 à l’Institut

ECRANS | Lumière 2014, c’est terminé mais… ça continue. Comme chaque année, l’Institut Lumière reprend une partie de la programmation du 24 octobre au 11 novembre, avec (...)

Christophe Chabert | Lundi 20 octobre 2014

Un best of Lumière 2014 à l’Institut

Lumière 2014, c’est terminé mais… ça continue. Comme chaque année, l’Institut Lumière reprend une partie de la programmation du 24 octobre au 11 novembre, avec notamment trois films de Claude Sautet (Les Choses de la vie, César et Rosalie, Vincent, François, Paul et les autres…), trois Capra (Amour défendu, L’Homme de la rue et L’Extravagant Mr Deeds) et cinq Almodovar (dont Kika, qui n’avait pas été présenté au cours du festival !). À ne pas rater, la copie restaurée d’Un étrange voyage d’Alain Cavalier, dont on vous parle ici, et celle de Wake in fright que l’on vous conseillait là. Et trois énormes classiques : Andreï Roublev, Monsieur Klein et Une journée particulière. À suivre

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Lumière 2014, jours 6 et 7 - Les fantômes du permanent

ECRANS | «Un étrange voyage» d’Alain Cavalier, «Piège de cristal» de John MacTiernan, «Furtivos» de José Luis Borau, «La Femme de mon pote» de Bertrand Blier.

Christophe Chabert | Lundi 20 octobre 2014

Lumière 2014, jours 6 et 7 - Les fantômes du permanent

Voilà, le festival est fini, mais il est encore temps de revenir sur ses deux dernières journées de projection, dont un samedi riche en émotions. À commencer par la venue, tardive mais exceptionnelle, de John MacTiernan pour présenter Piège de cristal. Après avoir été honoré par la Cinémathèque Française et par le festival de Deauville, MacTiernan a débarqué quasiment à l’improviste à Lyon, où il s’est d’abord plié à l’exercice de la présentation d’un film du festival — en l’occurrence L’Homme de la rue de Capra ; puis, en catimini, Lumière a monté cette séance exceptionnelle autour du premier Die hard, ce qui n’a pas empêché la salle d’être comble en 24 heures, remplie de fans qui se sont rués sur le cinéaste une fois son introduction terminée. MacTiernan est apparu fatigué, se déplaçant difficilement, s’exprimant avec lenteur, lançant aux spectateurs un avertissement qui sentait bon la parano quant aux dérives de son pays vers l’extrême droite. Pour ceux qui n’auraient pas vraiment suivi "l’affaire MacTiernan", rappelons que suite à un vaste scandale lié à des écoutes illégales impliquant un certain nombre de grands n

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Lumière 2014, jour 5 – Comédie érotique d’un après-midi d’automne

ECRANS | «Overlord» de Stuart Cooper, «Trains étroitement surveillés» de Jiri Menzel, «Andreï Roublev» d’Andreï Tarkovski.

Christophe Chabert | Samedi 18 octobre 2014

Lumière 2014, jour 5 – Comédie érotique d’un après-midi d’automne

Le festival Lumière entre dans sa dernière ligne droite, et même s’il reste deux jours de projections et encore pas mal de choses à découvrir, l’envie est grande de lever le pied et de se faire simplement plaisir. Autant dire que la nouvelle d’une projection surprise de Piège de cristal en présence de son mythique réalisateur John MacTiernan ce samedi à 20h45 à l’UGC Ciné Cité Confluence a fait l’effet d’une petite bombe. Non seulement parce que le film est génial, mais aussi parce que MacTiernan sort d’une année passée en prison, et qu’il est toujours bon d’aller lui témoigner sa gratitude de spectateur. On en reparle demain, bien entendu. D’ailleurs, pendant que la plupart des festivaliers saluaient la remise du Prix Lumière à Pedro Almodóvar, on s’est offert une «grande projection» — la seule de cette section — celle d’Andreï Roublev de Tarkovski. Pas vraiment un film de distraction, certes, même si on se disait en entrant que Lumière était quand même un festival à part. Quelle autre manifestation pourrait, un vendredi soir, remplir une salle de 350 places avec un film russe de 3 heures vieux de quarante-cinq ans ? Qui plus

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John McTiernan à Lumière 2014

ECRANS | Surprise, à deux jours de la fin de Lumière 2014 : le réalisateur américain John McTiernan (Predator, A la poursuite d'Octobre rouge,  Le 13e Guerrier...) (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 17 octobre 2014

John McTiernan à Lumière 2014

Surprise, à deux jours de la fin de Lumière 2014 : le réalisateur américain John McTiernan (Predator, A la poursuite d'Octobre rouge,  Le 13e Guerrier...) rejoint la programmation. Au sens figuré comme au sens propre : il sera samedi 18 octobre à l'UGC Concluence à 20h45 pour présenter Piège de cristal, mythique premier épisode de la franchise Die Hard, à laquelle Bruce Willis doit tout de son statut d'action hero.

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Lumière 2014, jour 4 – ¡ Viva españa !

ECRANS | "Grand Rue" de Juan Antonio Bardem, "Le Bourreau" de Luis García Berlanga, "El Extraño viaje" de Fernando Fernan Gomes.

Christophe Chabert | Vendredi 17 octobre 2014

Lumière 2014, jour 4 – ¡ Viva españa !

Ce jeudi aura donc été entièrement consacré à la suite de la carte blanche laissée à Pedro Almodovar pour mettre en lumière — jeu de mot — un cinéma espagnol dont on ne connaît pour ainsi dire presque rien en France. Certes, ce n’est pas une poignée de films qui va permettre de rattraper l’injustice mais il faut saluer le beau travail de programmateur du nouveau Prix Lumière : sa sélection est belle, riche, variée et pertinente. Après l’étonnant Embrujo et le génial Arrebato, voici donc Grand Rue, Le Bourreau et El Extraño viaje. On pouvait d’ailleurs s’amuser à chercher à l’intérieur même des films ce qui les unissait : dans Arrebato, un personnage cite nommément Fernando Fernan Gomes, acteur dans Embrujo et réalisateur d’El Extraño Viaje, dont l’idée originale est signée Luis García Berlanga, réalisateur du Bourreau… Quant à Juan Antonio Bardem, il est l’oncle de Javier Bardem, acteur révélé par Almodovar, qui fait une apparition vocale de Arrebato… La boucle est bouclée, mais au-delà de l’anecdote, cela prouve surtout que le cinéma espagnol a été, pendant près de 40 ans, un petit

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Lumière 2014, jour 3 – Extase

ECRANS | "Arrebato" d’Ivan Zulueta.

Christophe Chabert | Jeudi 16 octobre 2014

Lumière 2014, jour 3 – Extase

Après trois jours de festival, le voilà, le film qu’il fallait avoir vu. Une seule séance, ce mercredi soir à l’Institut Lumière, pour Arrebato d’Ivan Zulueta, projeté dans le cadre de la carte blanche à Pedro Almodóvar, inédit en France et dont il n’est absolument pas dit qu’on puisse le revoir sur grand écran un jour. C’est un météore, à l’image de son auteur, qui n’a presque rien fait par la suite, retournant à un quotidien assez proche de celui décrit dans le film — claustration, vie nocturne et addiction à l’héroïne. Il a gardé tout son potentiel de fascination, même 35 ans après son tournage, et conserve son caractère hautement dérangeant — dès la dixième minute et un shoot d’héroïne en gros plan, un spectateur a pris la poudre d’escampette, et ce ne fut pas le seul ; mais, deux minutes après la fin du générique, beaucoup n’arrivaient carrément pas à quitter la salle, médusés par la puissance de ce qu’il venait de voir. À la Quinzaine des réalisateurs cannoise en mai dernier, Nicolas Winding Refn, présentant la copie restaurée de Massacre à la tronçonneuse — que l’on vous incite fortement à découvrir à Lumière — parlait de cette m

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Lumière 2014, jour 2 – Petit, petit, petit...

ECRANS | "Paradis perdu" d'Abel Gance, "L'Homme qui rétrécit" de Jack Arnold, "Embrujo" de Carlos Serrano de Osma.

Christophe Chabert | Mercredi 15 octobre 2014

Lumière 2014, jour 2 – Petit, petit, petit...

Tandis que la France s'émeut des troubles aux projections d'Annabelle – certains audacieux osent prétendre que ceux-ci ne sont pas liés à la jeunesse des spectateurs ni à la nature horrifique du film, mais plutôt à sa médiocrité, illustrant sans le vouloir la fameuse phrase de la critique Pauline Kael  : «les salles sont pleines, mais rien n'indique que les spectateurs n'en sortent pas furieux» – prolifère tranquillement durant le festival Lumière tout type de comportements antisociaux. Ainsi, durant la séance du Voyeur à l'Institut Lumière, un couple de vieux débris – pourquoi leur témoigner de la mansuétude ? a laissé sonner cinq fois son portable pendant le film et n'a rien trouvé de mieux à répondre à ceux qui s'en sont plaints que «le cinéma, aujourd'hui, c'est comme ça, y a du bruit...» Allez, va acheter ton exemplaire du bouquin d'Eric Zemmour, l'intégrale DVD de Laurent Gerra et le best of de Michel Sardou, mais surtout, ferme ton putain de téléphone, si tu ne veux pas que ta retraite s'arrête prématurément. On nous a rapporté des incidents similaires à la projection de La Taverne de la Jam

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Lumière 2014, jour 1 – Garçon, des films !

ECRANS | "Mado" et "Garçon !" de Claude Sautet. "La Femme aux cigarettes" de Jean Negulesco.

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Lumière 2014, jour 1 – Garçon, des films !

Inutile de parler ici de la cérémonie d’ouverture, qu’on a séchée comme toutes les années — la Halle Tony Garnier, pour le cinéma, ce n’est simplement pas possible — mais le festival Lumière a pris l’heureuse initiative de commencer dès le lundi matin ses projections, ce qui fait qu’au moment d’aller se coucher, on avait déjà trois films au compteur — notre rythme de croisière prévu pendant une semaine. Avant de causer desdits films, deux remarques liminaires : d’abord, la moyenne d’âge carrément élevée à toutes les séances. On ne fera pas l’injure au festival en disant qu’il a réussi à transformer ce que beaucoup considère comme du "vieux cinéma" en cinéma pour vieux, mais tout de même… On n’avait pas eu ce sentiment les années précédentes, en tout cas, pas de façon aussi systématique. Est-ce à dire que, pour les séances du matin et de l’après-midi, seuls les retraités peuvent se rendre au cinéma ? Ce serait logique, mais l’absence de jeunes cinéphiles dans les rangs — à quelques exceptions près, quasiment toutes connues de nos services — est tout de même un peu flippante. Deuxième remarque : les présentations. On a eu droit hier au laïus introductif de Nicole G

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Lumière 2014 : Almodóvar fait son cinéma…

ECRANS | Bien sûr, il y a le Prix Lumière qui lui sera remis vendredi soir en présence d’invités prestigieux — dont, dit-on, Penelope Cruz… Bien sûr, il y a la (...)

Christophe Chabert | Lundi 13 octobre 2014

Lumière 2014 : Almodóvar fait son cinéma…

Bien sûr, il y a le Prix Lumière qui lui sera remis vendredi soir en présence d’invités prestigieux — dont, dit-on, Penelope Cruz… Bien sûr, il y a la rétrospective de ses films, de ses œuvres provocatrices période Movida à ses opus de la maturité, mélodrames flamboyants dont Tout sur ma mère, Parle avec elle et Volver sont les plus beaux fleurons. Mais Pedro Almodóvar chaussera aussi, pour ce festival Lumière, la casquette du cinéphile à travers deux cartes blanches qui font figure d’aérations nécessaires au sein de la programmation, par la rareté des films choisis comme par leur éclectisme. "El cine dentro de mí" propose un joli laboratoire où le cinéaste Almodóvar crée de stimulantes correspondances entre ses films et les films des autres, non pas comme des influences directes, mais plutôt comme des souvenirs féconds et obsédants dont la trace se retrouve sur l’écran, remodelé par son désir et ses obsessions. C’est parfois évident — L’Homme qui rétrécit, matrice du petit film muet en noir et blanc de Parle avec elle ; Le Voyeur, dont le personnage de Victoria Abril dans Kika est comme la reproduction à l’è

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Lumière 2014 : Claude Sautet, un cinéaste français

ECRANS | Si le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar est l’événement du sixième festival Lumière, la rétrospective intégrale des films de Claude Sautet, ainsi que la réédition du livre d’entretiens accordés à Michel Boujut, est tout aussi essentielle, tant le cinéaste reste un sujet passionnel pour les cinéphiles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 13 octobre 2014

Lumière 2014 : Claude Sautet, un cinéaste français

Une semaine après l’inauguration à la Cinémathèque Française de l’exposition consacrée à François Truffaut en parallèle à une grande rétrospective de ses films, le festival Lumière propose, pour sa sixième édition, une intégrale Claude Sautet en copies restaurées, accompagnée de la réédition de Conversations avec Claude Sautet (Actes Sud / Institut Lumière), le livre d’entretiens réalisés en 1992 par Michel Boujut. Cette coïncidence — si c’en est une ! fait ressurgir de vieilles querelles : Truffaut contre Sautet, c’est les Cahiers du cinéma contre Positif, la Nouvelle Vague contre la Qualité française, l’auteur contre l’artisan, la mise en scène contre le scénario… Cette guerre de position, Thierry Frémaux la souligne dans la nouvelle préface qu’il signe pour cette réédition. Mais plutôt que de chercher l’apaisement, il a tendance à souffler sur les braises, soulignant mi-malicieux, mi-outragé que Les Inrockuptibles, dans leur classement discutable des cent meilleurs films français de tous les temps, n’en ont gardé aucun de Sautet. Il rappelle aussi que les destins de Truffaut et de Sautet, loin d’être opposés, sont en fait «crois

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Lumière 2014 : flashback sur l’outback

ECRANS | Ce lundi débute la sixième édition du festival Lumière, avec en guise d’ouverture Faye Dunaway présentant Bonnie and Clyde et en point d’orgue la remise du Prix (...)

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Lumière 2014 : flashback sur l’outback

Ce lundi débute la sixième édition du festival Lumière, avec en guise d’ouverture Faye Dunaway présentant Bonnie and Clyde et en point d’orgue la remise du Prix Lumière à Pedro Almodóvar. Tout comme on ne peut que vous inciter à aller découvrir dès cette semaine des raretés comme Garçon ! de Claude Sautet et le mélodrame espagnol Embrujo ou encore l’avant-première de The Go-Go Boys, sur l’histoire de la Cannon et de ses deux producteurs. Mais s’il est un film à ne surtout pas louper dans la programmation, c’est le génial Wake in Fright de Ted Kotcheff (qui le présentera en personne). Tourné en Australie en 1971, le film part d’une anecdote réelle : pour s’assurer que les fonctionnaires de l’éducation nationale aillent exercer dans les coins les moins peuplés de l’outback, le gouvernement australien obligeait les nouveaux instituteurs à verser une caution qu’ils récupéreraient après quelques années de bons et loyaux services dans ces bleds désertiqu

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Gone Girl

ECRANS | Film à double sinon triple fond, "Gone Girl" déborde le thriller attendu pour se transformer en une charge satirique et très noire contre le mariage et permet à David Fincher de compléter une trilogie sur les rapports homme / femme après "The Social Network" et "Millenium". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Gone Girl

Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa «première». Tournant majeur qui consiste à ne plus vouloir scotcher le spectateur sur son siège par une succession d’effets de surprise, mais à s’inscrire dans un temps plus long où le film gagnerait en profondeur et en complexité, révélant à chaque vision de nouvelles couches de sens. C’est ce qui a fait, en effet, le prix de Fight Club, Zodiac et The Social Network. Gone Girl, cependant, a les apparences du pur film de «première» : le calvaire de Nick Dunne, accusé de la disparition de sa femme le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, repose sur un certain nombre de retournements de situations importés du roman de Gillian Flynn qu’il convient de ne pas révéler si l’on veut en préserver l’efficacité. La matière est donc celle d’un bon thriller psychologique : un écriv

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The Search en avant-première au festival Lumière

ECRANS | Après avoir présenté en ouverture de l’édition 2011 The Artist, Michel Hazanavicius revient au festival Lumière avec son nouveau film, The Search, qui sera (...)

Christophe Chabert | Mercredi 1 octobre 2014

The Search en avant-première au festival Lumière

Après avoir présenté en ouverture de l’édition 2011 The Artist, Michel Hazanavicius revient au festival Lumière avec son nouveau film, The Search, qui sera projeté en avant-première et en présence de son réalisateur le samedi 18 octobre à 18h à l’UGC Ciné Cité Confluence. Fraîchement accueilli à Cannes, ce mélodrame sur fond de guerre en Tchétchénie, remake d’un film de Fred Zinnemann, a depuis subi un sérieux remontage, le cinéaste ramenant sa durée de 2h40 à 2h14. On est curieux de découvrir cette version 2, tant la première laissait entrevoir, au milieu des longueurs et des lourdeurs, un vrai geste de mise en scène, comme on le disait sur notre blog cannois à l’époque. Les locations pour la séance ouvrent ce mercredi à 13h.

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Tout sur la clôture de Lumière

ECRANS | Les billets pour le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar (avec la projection de Parle avec elle) se sont arrachés en 45 minutes. Combien de temps faudra-t-il (...)

Christophe Chabert | Vendredi 26 septembre 2014

Tout sur la clôture de Lumière

Les billets pour le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar (avec la projection de Parle avec elle) se sont arrachés en 45 minutes. Combien de temps faudra-t-il pour ceux de la séance de clôture, où sera projeté Tout sur ma mère du même Almodóvar, en présence du réalisateur et de son actrice Marisa Paredes ? En tout cas, ils seront mis en vente ce mardi 30 septembre à partir de 13h, sur Internet et dans les points de vente habituels. La séance, elle, aura lieu le dimanche 19 octobre à 15h30 à la Halle Tony Garnier.

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5 soirées à suivre

MUSIQUES | Chaque semaine à Lyon, on dénombre plus de soirées électro que d'occurrences du mot fuck dans une minute du Loup de Wall Street (soit pas moins de neuf). Histoire d'y voir plus clair, voici les habitués de notre rubrique Insomniaque qui affichent les line-ups de rentrée les plus excitants. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 23 septembre 2014

5 soirées à suivre

We Are Reality A l'heure où des scientifiques étudient sérieusement la possibilité que notre réalité ne soit qu'une simulation informatique, le Sucre s'impose avec ce rendez-vous bi-mensuel comme l'endroit où garder les pieds sur terre. Difficile en effet de faire plus concret que la techno promue par We Are Reality, dont le casting a cet automne, entre les retours du maestro Carl Craig (19 octobre, avec le cogneur britannique Boddika) et des figures de proue du Berghain (Ben Klock le 5 octobre, Marcel Dettman le 2 novembre), des airs de who's who. A ne pas manquer également, un détour house par la case Innervisions avec ses fondateurs, Dixon

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Luz 2014

ECRANS | Pedro Almodóvar Prix Lumière, des rétrospectives consacrées à Capra et Sautet, des invitations à Ted Kotcheff, Isabella Rossellini et Faye Dunaway, des ciné-concerts autour de Murnau, des hommages à Coluche et Ida Lupino… Retour sur les premières annonces de Lumière 2014. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Luz 2014

C’est donc Faye Dunaway qui viendra inaugurer la sixième édition du Festival Lumière à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre. Actrice mythique, que l’on avait pu redécouvrir à Lumière dans un de ses plus grands rôles — celui de Portrait d’une enfant déchue de Schatzberg — elle présentera la version restaurée de Bonnie and Clyde, classique du film criminel et rampe de lancement d’un certain Nouvel Hollywood dont son réalisateur, Arthur Penn, fut un agitateur discret mais essentiel. On le sait, Lumière se targue d’être un festival de cinéma grand public et, après le doublé Belmondo / Tarantino de l’an dernier, la barre était placée assez haute en matière d’invités prestigieux. Pour donner le change, le Prix Lumière atterrira donc en 2014 dans les mains de Pedro Almodóvar ; le festival prépare sa venue tout au long du mois de septembre avec une séance spéciale d’Attache-moi — pas forcément son meilleur film, cela dit — et une autre de La Mauvaise éducation précédée d’une confé

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Le classique aux trousses

ECRANS | La rentrée cinéma, c’est aussi celle du cinéma de patrimoine. Et il y en a partout : à l’Institut Lumière, chez UGC, dans les salles du GRAC… Du rare, du classique, des incontournables : que du bon ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Le classique aux trousses

Qui dit cinéma de patrimoine dit la désormais incontournable Ciné-Collection, soit un classique qui circule chaque mois dans salles (indépendantes) du GRAC, à Lyon et dans l’agglomération. Joli programme, cette saison encore, d’un bel éclectisme, qui débutera avec La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock, qu’on ne présente plus — enfin, on le fera quand même la semaine prochaine ! et qui se poursuivra en octobre avec la grande redécouverte de l’été cinématographique : Seconds de John Frankenheimer. Film inouï, renversant, qui en 1966 passait au crible d’un thriller paranoïaque l’illusion de la deuxième chance américaine, miroir aux alouettes que le cinéaste transforme en cauchemar halluciné par une mise en scène multipliant les déformations d’image et les audaces graphiques — notamment une scène de bacchanales qui repousse les limites de la censure en matière de nudité. Tout aussi essentiel, Johnny Got his Gun, seul film réalisé par le scénariste blacklisté Douglas Trumbo, prendra la suite en novembre, au pic des commémorations de la Première Guerre mondiale. C’est le contexte du film, mais son

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"Le Voyage de Chihiro" à Lumière 2014

ECRANS | L'édition 2014 du festival Lumière se dévoile un peu plus, avec l'annonce de la projection du sublime Voyage de Chihiro de Hayao Myiazaki, mercredi 15 (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 29 août 2014

L'édition 2014 du festival Lumière se dévoile un peu plus, avec l'annonce de la projection du sublime Voyage de Chihiro de Hayao Myiazaki, mercredi 15 octobre à 14h30 à la Halle Tony Garnier. Le prix des places est à l'avenant de ce créneau familial : 6€ pour les adultes, 4 pour les enfants. Pour réserver, c'est toujours par ici : http://billetterie.festival-lumiere.org/institutlumiere/manifestations.aspx

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Faye Dunaway et "Bonnie and Clyde" en ouverture de Lumière

ECRANS | Pour sa grande séance d'ouverture à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre à 19h45, le festival Lumière a donc décidé d'inviter Faye Dunaway pour présenter (...)

Christophe Chabert | Mercredi 27 août 2014

Faye Dunaway et

Pour sa grande séance d'ouverture à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre à 19h45, le festival Lumière a donc décidé d'inviter Faye Dunaway pour présenter Bonnie and Clyde d'Arthur Penn dans sa version restaurée. Le film est souvent considéré, de par sa représentation crue de la violence, comme un des fondements du Nouvel Hollywood. C'est en tout cas une œuvre mythique qui a permis à son couple vedette — Dunaway, donc, et Warren Beatty — d'entrer dans la légende hollywoodienne. Comme d'habitude, la séance était complète avant même l'annonce de son contenu, mais le film sera diffusé tout au long du festival dans des séances "classiques"…

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Almodóvar, por fin…

ECRANS | Son nom était sur les listes des possibles récipiendaires du Prix Lumière depuis au moins la deuxième édition… Ça y est ! En 2014, Pedro Almodóvar recevra la (...)

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

Almodóvar, por fin…

Son nom était sur les listes des possibles récipiendaires du Prix Lumière depuis au moins la deuxième édition… Ça y est ! En 2014, Pedro Almodóvar recevra la fameuse distinction des mains de Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier, couronnant une œuvre foisonnante et scindée en deux : d’un côté, la partie libertaire, brouillonne et décoiffante des années Movida (de Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier jusqu’à Femmes au bord de la crise de nerfs) ; et le moment où celle-ci affirme une souveraine maîtrise des codes (mélodrame, comédie et film noir) et de la mise en scène, qu’elle soit au service d’émotions fortes (Talons aiguilles, Tout sur ma mère, Parle avec elle, La Piel que habito) ou d’une démarche plus réflexive (Kika, La Fleur de mon secret, La Mauvaise éducation, Étreintes brisées). On espère que son activité de producteur sera aussi soulignée, pas tant pour le navet argentin en compétition à Cannes cette année que pour avoir accompagné l’éclosion d’un Alex De La Igle

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Prix Lumière 2014 : Pedro Almodovar

ECRANS | On se demandait comment le Festival Lumière allait pouvoir rebondir sur l'édition 2013, portée par un Quentin Tarantino d'une générosité et d'une culture sans (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 2 juillet 2014

Prix Lumière 2014 : Pedro Almodovar

On se demandait comment le Festival Lumière allait pouvoir rebondir sur l'édition 2013, portée par un Quentin Tarantino d'une générosité et d'une culture sans pareils. Thierry Frémaux a apporté des éléments de réponse ce matin, d'abord en dévoilant le récipidiendaire du prochain Prix Lumière : le cinéaste espagnol Pedro Almodovar, qui viendra le recevoir en compagnie de la pulpeuse Penelope Cruz - voir ci-dessus la photo utilisée pour l'affiche de Lumière 2014, qui se tiendra du 13 au 19 octobre. Pour le reste, le festival tracera sa ligne directrice (donner à voir le cinéma du passé avec la complicité de ceux qui le font maintenant) au travers de trois rétrospectives (Claude Sautet, Frank Capra et le western italien), deux hommages (un à Isabella Rossellini, l'autre au méconnu Tod Kotcheff, réalisateur du premier Rambo), trois sections thématiques (les grandes restaurations de 2014, les plaisirs coupables et les chefs-d'oeuvre méconnus), et quantité d'hommages plus ciblés (au compositeur Michel Legrand, à Ida Lupino, l'une des

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Le Dahlia Noir, œuvre au noir

CONNAITRE | "L'affaire du Dahlia Noir", c'est l'histoire d'un meurtre non élucidé, celui d'une jeune femme de vingt-deux ans à la chevelure florale, Elizabeth Ann (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 14 novembre 2013

Le Dahlia Noir, œuvre au noir

"L'affaire du Dahlia Noir", c'est l'histoire d'un meurtre non élucidé, celui d'une jeune femme de vingt-deux ans à la chevelure florale, Elizabeth Ann Short, retrouvée mutilée dans un terrain vague du Los Angeles de l'immédiate après-guerre. C'est aussi et surtout le point de départ du roman le plus important de James Ellroy, polar vénéneux, cathartique – sous le vernis écaillé de l'enquête criminelle affleure l'adieu de l'auteur à sa propre mère assassinée – et, depuis sa parution en 1987, réputé inadaptable. A raison si l'on se réfère au film auto-parodique qu'en a tiré Brian De Palma.   A tort dans le cas de la bande

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Cartel

ECRANS | La rencontre entre Cormac McCarthy et le vétéran Ridley Scott produit une hydre à deux têtes pas loin du ratage total, n’était l’absolue sincérité d’un projet qui tourne le dos, pour le meilleur et pour le pire, à toutes les conventions hollywoodiennes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 novembre 2013

Cartel

Il y a sans doute eu maldonne quelque part. Comment un grand studio hollywoodien a-t-il pu laisser Cormac McCarthy, romancier certes adulé mais absolument novice en matière d’écriture cinématographique, signer de sa seule plume ce Cartel, le faire produire par la Fox et réaliser par un Ridley Scott réduit ces dernières années à cloner sans panache ses plus grands succès (Robin des Bois, sous-Gladiator, Prometheus, sous-Alien…) ? Le film est en tout point fidèle à la lettre et à l’esprit de ses œuvres littéraires : omniprésence de la corruption morale, déliquescence d’un monde livré à la sauvagerie et s’enfonçant dans une régression inéluctable vers le chaos, voilà pour l’esprit ; pour la lettre, c’est là que le bât blesse, tant McCarthy se contrefout éperdument des règles élémentaires de la dramaturgie cinématographique. Pas d’expositions des personnages, de longues conversations plutôt virtuoses dans leur façon d’exprimer les choses sans vraiment les nommer, mais qui versen

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Looking for Eric

CONNAITRE | On croyait Eric Powell du genre à ne fréquenter que des conventions de nerds casse-bonbons. On se trompait : le créateur du Goon, personnage parmi les plus cultes de la BD américaine contemporaine, est attendu cette semaine à la librairie Comics Zone et chez Expérience. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 4 septembre 2013

Looking for Eric

Nous vous l'annoncions la semaine dernière : l'événement BD de la rentrée est la venue, lundi 16 septembre à La BD et le lendemain chez Expérience, de Julie Maroh, la trop peu créditée auteur de Le Bleu est une couleur chaude, juste et pathétique romance saphique qui a servi de matière première à la palmée Vie d'Adele d'Abdellatif Kechiche, à l'occasion de la parution de son nouvel ouvrage, le très fauviste Skandalon, dans lequel elle décortique avec une férocité jubilatoire les mécanismes de starification – on appréciera l'ironie de la situation - via la descente aux enfers d'une rock star. Mais c'était avant qu'une chafouine notification Facebook ne nous invite à prendre part au véritable événement BD de la rentrée : la dédicace, encore chez Expérience (lundi 16 septembre), puis chez Comics Zone (le 17), d'Eric Powell. La bagarre ! Ce nom ne vous évoque sans doute qu'une lointaine affaire d'armes de destructions massives invisibles. Il est en réalité celui d'une petite institution de la bande-dessinée d'Outre-Atl

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Prometheus

ECRANS | Se voulant un retour aux origines de la saga "Alien", "Prometheus" est surtout une impasse pour Ridley Scott, tiraillé entre l’envie de retrouver sa splendeur graphique des débuts et son désir de rivaliser avec les blockbusters d’aujourd’hui. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 31 mai 2012

Prometheus

L’attente disproportionnée qui a entouré Prometheus, de l’annonce du projet (une prequel d’Alien) à ses nombreux changements d’horizon («l’invention d’une nouvelle mythologie») ne sont peut-être pas pour rien dans la déception éprouvée à la vision du film. Qui ne commence pourtant pas si mal… Pour la première fois, Ridley Scott s’essaie à la 3D et les images d’introduction, travellings aériens survolant une nature majestueuse, loin du space opera attendu, ont de l’allure. Même l’étrange géant diaphane qui se décompose au contact d’une substance noire et liquide, désintégrant jusqu’à son ADN, permet à Scott de déployer une certaine maestria visuelle. Quand le film s’envole dans l’espace avec une troupe de scientifiques et de grouillots au panel très Benetton, on y croit encore. Scott glisse par exemple une idée étonnante : l’androïde David, interprété par Michael Fassbender (curieux, tout de même, d’avoir confié à l’acteur le plus physique et sexuel du moment un personnage robotisé et désincarné), choisit son look en référence à Peter O’Toole dans Lawrence d’Arabie. Comme si, autant que d’expliquer les fondements de la

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Pixels, codes et signes

ECRANS | Livre / Le titre du court essai (93 pages) de Guillaume Orignac en dit déjà long sur sa thèse : David Fincher ou l’heure numérique. Pas «à» l’heure numérique, (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 12 janvier 2012

Pixels, codes et signes

Livre / Le titre du court essai (93 pages) de Guillaume Orignac en dit déjà long sur sa thèse : David Fincher ou l’heure numérique. Pas «à» l’heure numérique, mais bien «ou» ; pour l’auteur, Fincher a défini les modalités de ce changement de paradigme où le numérique a remplacé l’argentique et l’analogique, et en a fait la matière de ses films sinon leur sujet. Reprenant le cinéma qui l’a marqué, celui des années 70 (Butch Cassidy et le kid, Les Trois jours du Condor, À cause d’un assassinat), il le met à jour grâce aux techniques contemporaines. Pour Fincher, «représenter un monde numérisé, c’est avant tout numériser sa représentation». L’interprétation des signes, grand enjeu du Nouvel Hollywood, devient alors leur simple reproduction (les pages de codes de Zuckerberg, les rébus du Zodiac ou l’appartement Ikea de Fight club). «Fincher ne filme pas les machines, rejetées dans le capharnaüm des technologies passées. Il s’intéresse à la langue qu’elles produisent et au bourdonnement des signes informatiques», écrit Orignac. Fincher utilise ainsi les possibilités offertes par le numérique (notamment e

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Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

ECRANS | Avec cette version frénétique du best-seller de Stieg Larsson, David Fincher réussit un thriller parfait, trépidant et stylisé, et poursuit son exploration d’un monde en mutation, où la civilisation de l’image numérique se heurte à celle du photogramme et du récit. Critique et retour sur le premier livre consacré à ce cinéaste majeur. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 11 janvier 2012

Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Avant de voir Millénium, il faut d’abord oublier le médiocre (télé)film suédois sorti en 2009, première adaptation du best-seller de Stieg Larsson. Ce n’est pas difficile, tant la mise en scène de David Fincher, impressionnante de fluidité et de rapidité, laisse loin derrière les laborieuses velléités illustratives de Niels Arden Oplev. Mais il faut aussi oublier le livre lui-même, et se comporter comme Fincher et son scénariste Steven Zaillan l’ont fait : doubler le plaisir feuilletonesque créé par une intrigue aux ramifications multiples d’un autre récit, purement cinématographique, qui n’aurait été qu’esquissé par l’auteur entre les lignes de son propre roman. De fait, si on a pu s’interroger un temps sur l’intérêt que Fincher portait à Millénium, et se demander s’il n’allait pas, comme à l’époque de Panic room, s’offrir un exercice de style récréatif avec cette nouvelle version, le générique (comme souvent chez lui) dissipe immédiatement les soupçons : sur une musique hardcore de Trent Reznor, Atticus Ross et Karen O., des corps noirs et liquides comme du p

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Fincher, 10 ans d’histoire

ECRANS | Analyse / Vilipendé à la sortie de Fight club, David Fincher est dix ans plus tard acclamé pour les mêmes raisons : sa capacité à créer des héros ambivalents synchrones avec l’ère numérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 8 octobre 2010

Fincher, 10 ans d’histoire

Dans Fight club, Edward Norton se retrouvait piégé dans un environnement aseptisé, reflet d’une société de consommation standardisée, made in Ikea, qu’il pulvérisera en s’inventant un double anarchiste et punk ; dans The Social Network, Mark Zuckerberg crée un site à travers lequel chacun peut se créer une identité virtuelle, dans laquelle on raconte sa vie, réelle ou fantasmée. Comme une parenthèse ouverte à l’aune des années 2000 et close quelques mois après leur fin, David Fincher a tourné deux films, l’un visionnaire, l’autre récapitulatif, sur le bouleversement majeur de la décennie : l’irruption du virtuel et du numérique comme un événement fondamental. Des rides et des pixels Cinématographiquement pourtant, tout a changé. La furia visuelle de Fight club, avec ses images subliminales, ses plans impossibles qui traversent les corps et les murs, ses décors qui s’animent comme un catalogue vivant, a laissé la place à un cinéma de la parole et des visages, où la direction artistique est toujours aussi remarquable mais nettement moins ostentatoire. Par ailleurs, les effets numériques de Fight club s

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"The Social Network" : quand David Fincher conte la naissance de Facebook

Biopic | David Fincher et Aaron Sorkin retracent l’ascension de Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, de ses années à Harvard jusqu’aux deux procès intentés contre lui, dans un film passionnant et d’une folle ambition sur la naissance d’une nouvelle forme de capitaliste.

Christophe Chabert | Mercredi 6 octobre 2010

Première séquence de The Social Network : Mark Zuckerberg et sa petite amie Erica discutent autour d’une bière. Il lui explique avec arrogance l’intérêt d’entrer dans les clubs selects de Harvard, et qu’elle n’y parviendra pas sans lui ; en retour, elle le plaque sèchement, ce qui trouble à peine sa détermination. Prologue brillant où s’épanouit la verve inimitable d’Aaron Sorkin ; le créateur d’À la maison blanche retrouve ici son terrain de prédilection : les coulisses de l’Histoire racontées comme des marivaudages quotidiens, au plus près de la parole et des problèmes personnels de ses protagonistes. Restait à savoir comment le texte de ce virtuose allait être interprété par un cinéaste qu’on qualifie, par paresse, de "visuel" : David Fincher. Plus que jamais proche de l’intelligence cinématographique d’un Kubrick, Fincher a choisi d’adapter sa mise en scène à ce matériau scénaristique, ne cherchant ni à l’aérer, ni à l’agiter gratuitement, sans pour autant refuser d’y apposer une vision personnelle. C’est la première et immense qualité de The Social Network : la rencontre

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L’invasion 3D

ECRANS | Business / La sortie d’Avatar marque un pas décisif pour l’exploitation vers le numérique et la 3D. CC

Dorotée Aznar | Samedi 12 décembre 2009

L’invasion 3D

Avatar sera-t-il une révolution cinématographique ? On ne le saura que dans quelques mois, sinon quelques années, quand d’autres cinéastes et d’autres films auront recyclé les techniques et la grammaire inventées par Cameron… En revanche, le film est d’ores et déjà un événement pour l’exploitation mondiale, puisque sa sortie en 3D est sans précédent. En France, sur les 500 cinémas qui vont programmer Avatar, plus de la moitié le feront en numérique 3D. Certaines salles se sont équipées spécifiquement pour l’occasion, d’autres en ont profité pour remplacer un ou plusieurs de leurs projecteurs 35 mm par des projecteurs numériques — le Pathé Bellecour possède désormais trois salles équipées. Il s’en est même fallu de peu pour que les copies 35 mm bénéficient elles aussi de l’effet 3D, un tout nouveau système venant d’être breveté en la matière — les délais étaient toutefois un peu courts pour tenter l’expérience… Les conséquences sont importantes : à court terme, une augmentation du prix du billet, le tarif de location des lunettes 3D étant de 2 ou 3 euros, ce qui porte parfois le fauteuil aux alentours de 12 euros ! À moyen terme, ces équipements numériques risquent de rester un t

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Un cinéaste technophile

ECRANS | Analyse / Pour Avatar, James Cameron a forgé des outils technologiques susceptibles de retranscrire sa vision de cet univers futuriste sorti entièrement (...)

Dorotée Aznar | Samedi 12 décembre 2009

Un cinéaste technophile

Analyse / Pour Avatar, James Cameron a forgé des outils technologiques susceptibles de retranscrire sa vision de cet univers futuriste sorti entièrement de son esprit. La motion capture développée par Robert Zemeckis montrait quelques limites ? Qu’importe ! Cameron s’en saisit, et perfectionne le procédé en créant une «caméra virtuelle» : en fait, un logiciel qui enregistre les gestes et expressions des acteurs dans un immense caisson et les intègre immédiatement à une première version des décors, dans lesquels le cinéaste se déplace à travers une multitude d’angles et de mouvements. Il n’y a donc plus de caméra au sens propre du terme, mais la rencontre entre un environnement factice et une réalité organique totalement retravaillée. Depuis ses débuts chez Roger Corman, Cameron a lié son destin à l’évolution des effets visuels, provoquant les révolutions au lieu de les attendre. La scène de la colonne d’eau dans Abyss est la première véritable utilisation du morphing, et elle servira de matrice à la création du T1000 en azote liquide de Terminator 2 ; c’est l’acte de naissance des effets spéciaux générés par ordinateur, et le moment initial du basculement numérique qui occupe en

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Avatar

ECRANS | Annoncé comme une révolution technologique et esthétique, "Avatar" est avant tout un superbe film de science-fiction et d’action à la portée symbolique bienvenue, qui marque le grand retour d’un metteur en scène de génie : James Cameron. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 11 décembre 2009

Avatar

Immersif. C’est ce qu’Avatar promettait d’être, en créant un monde entièrement neuf avec des techniques révolutionnaires inventées pour l’occasion. Immersif, Avatar l’est en définitive, mais ni plus ni moins que les précédents chefs-d’œuvre de James Cameron. Ça s’appelle la mise en scène, et ça n’est pas donné au premier pékin venu, surtout s’il s’appelle Michael Bay ou Roland Emerich, dont les héros décérébrés aux envies de destruction massive soulignées par un montage épileptique sont renvoyés par ce grand film de SF là où ils n’auraient jamais dû sortir : à la poubelle. L’œil de Cameron fait mouche dans Avatar, et ce n’est pas pour rien s’il est au centre du film (qui commence et se termine sur un œil qui s’ouvre, tandis que «can you see ?» est une phrase récurrente du dialogue). Telle était la dernière frontière à explorer pour le cinéaste. Non pas cette planète Pandora créée ex nihilo, avec sa faune et sa flore délirantes, ses indigènes bleus filiformes, ses décors majestueux ; mais ce regard que la motion capture n’arrivait pas à reproduire, et sur lequel Cameron a braqué tous ses efforts pour en faire sortir des émotions aussi

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Micmacs à tire-larigot

ECRANS | De Jean-Pierre Jeunet (Fr, 1h45) avec Dany Boon, Jean-Pierre Marielle, Dominique Pinon…

Christophe Chabert | Jeudi 22 octobre 2009

Micmacs à tire-larigot

Malgré ses évidentes qualités de fabrication, quelque chose ne tourne pas rond dans la mécanique bien huilée de Micmacs à tire-larigot. Faire une comédie des David artisans et semi-clodos contre les Goliath cravatés de l’armement n’est pas un mauvais point de départ. Le film a même, dans sa première partie, de bonnes idées visuelles, notamment dans son mélange baroque de décors allant de la ferraille rétro à la moderne boîte à cons de TF1, en passant par l’architecture soviétique et l’urbanisme vert d’un tramway contemporain. Mais tout cela donne surtout un sentiment de déjà-vu, chez Jeunet beaucoup, ailleurs un peu aussi. Le souffle romanesque qui portait 'Un long dimanche de fiançailles' (son meilleur film) laisse la place à une nouvelle galerie de trognes bricolant des inventions qui deviennent assez vite le seul carburant scénaristique du récit. Une scène pour poser les éléments et les participants à la farce à venir, une autre pour mettre le piège en place et une dernière pour le regarder se refermer ; et hop ! on recommence. Jeunet revient ainsi à la case départ, celle de Delicatessen, avec sa naïveté surjouée (Dany Boon, à ce niveau, est un pléonasme amb

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Reprises à l’italienne

ECRANS | Même si l’été cinématographique sera sans doute un des plus riches en nouveautés excitantes, le programme des rééditions en copies neuves n’est pas mal non plus, et sera placé sous le signe de l’Italie. CC

Christophe Chabert | Vendredi 10 juillet 2009

Reprises à l’italienne

Pendant longtemps, l’été au cinéma était l’occasion de revoir ses classiques, les distributeurs n’osant pas déranger les vacanciers avec des nouveautés tapageuses (par crainte, aussi, de les envoyer au casse-pipe commercial). Les mœurs ont changé, la tradition s’est perdue, avant de revenir en force durant les années 2000. Maintenant, films anciens et films récents coexistent harmonieusement sur les écrans ; certaines salles en font même un pilier de leur programmation estivale. Exemple lyonnais : le Comœdia qui, après avoir vaillamment labouré le sillon du cinéma américain des années 70, change de destination cette saison et se tourne vers l’Italie. En point d’orgue, la rétrospective des premiers films signés Nanni Moretti (lire portrait en page 20) ; autour, une série de films rares ou bien connus, mais toujours bienvenus (de nouveau) sur un grand écran. Noir, c’est noir (mais ça peut être drôle, aussi) Ça commence fort avec Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini. Fort, c’est le moins qu’on puisse dire concernant cette adaptation de Sade transposée dans la République fasciste de Salo, où des notables décaden

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Zodiac, director’s cut

ECRANS | David Fincher Warner home vidéo

Christophe Chabert | Jeudi 26 février 2009

Zodiac, director’s cut

Sortie discrètement en DVD et en Blu-Ray, cette édition director’s cut du Zodiac de David Fincher ne vaut pas tellement pour les quelques modifications, assez subliminales, apportées par le cinéaste au montage salles. Elle mérite en revanche que l’on se penche sur les boni, tous passionnants, à commencer par le patient travail documentaire sur les faits d’origine, notamment avec les témoins de l’époque encore vivants. Où l’on comprend que Fincher et son scénariste ont cherché un maximum de réalisme dans leur approche, même si le cinéaste souligne aussi dans son commentaire audio pourquoi, à cette authenticité avérée, il a parfois donné des ajustements plus cinégéniques. Fincher, comme à son habitude, est beaucoup plus prolixe face à ses images que face à ceux qui l’interviewent : on a donc affaire à un pur auteur hollywoodien, à la fois bosseur et réfléchi, dans le faire mais aussi, quand même, dans la pensée. La grande surprise provient du second commentaire audio : les acteurs Jake Gyllenhaal, Robert Downey Jr, le scénariste James Van Der Bilt et le producteur Brad Fischer sont rejoints par le maître James Ellroy, intarissable d’éloges sur ce qu’il considère comme «

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Classique, tendance muet

ECRANS | Portrait / David Fincher, réalisateur de Benjamin Button, adopte de plus en plus le «Eastwood style» face aux journalistes, résumable par : je fais ce que j’ai à faire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2009

Classique, tendance muet

À l’époque de Fight Club, David Fincher s’était battu comme un beau diable pour imposer à la Fox sa vision sans concession du roman de Chuck Palahniuk. Dix ans plus tard et malgré l’échec commercial aux Etats-Unis de Zodiac, sa crédibilité semble avoir atteint des sommets dans l’industrie hollywoodienne, au point de livrer aujourd’hui avec Benjamin Button un film audacieusement classique, long et lent, plutôt bizarre derrière ses apparences consensuelles. Devant le parterre de journalistes qui s’intéressent à autre chose qu’à la paternité de Brad Pitt, Fincher s’emploie à dédramatiser le challenge. Difficile à tourner, Benjamin Button ? «Nous avons eu cinq ans avant de tourner le film, cinq années de préparation. Du coup, ça n’a pas été si dur que ça de le réaliser.» Du même ordre : «Le gros du travail a été de réunir les personnes les plus à même de contribuer à la réussite du film». Bref, si Benjamin Button est ce qu’il est, c’est autant grâce à lui que grâce à l’équipe costumes ! De la nouvelle de Fitzgerrald qui a servi de base au scénario, Fincher fait peu de cas : «J’ai signé pour un scénario d’Éric Roth, e

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L'Étrange histoire de Benjamin Button

ECRANS | Avec "L’Étrange histoire de Benjamin Button", David Fincher confirme le virage «classique» amorcé avec "Zodiac". Derrière le beau catalogue d’images numériques et les grands sentiments, le film surprend par son obsession à raconter le temps qui passe et la mort au travail. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2009

L'Étrange histoire de Benjamin Button

Ne nous leurrons pas : beaucoup verront Benjamin Button pour ce qu’il est principalement, à savoir un film «comme on n’en fait plus», une fresque majestueuse et romanesque qui accompagne le destin extraordinaire d’un personnage hors du commun. Benjamin Button est né vieux et frippé, et son corps va se transformer à rebours de la flèche du temps. Il grandit certes, mais il rajeunit aussi. Le vieillard paraplégique devient un sexagénaire encore vert, puis un quadra charmant, et enfin un jeune homme irrésistible. Conçu en Louisiane après la première guerre mondiale, Benjamin n’est plus qu’un long souvenir inscrit dans un carnet intime lorsque l’ouragan Katrina dévaste la région, engloutissant l’horloge forgée par un artisan aveugle qui a choisi de la faire tourner à l’envers, révolté par la mort de son fils au front. Entre les deux s’intercale son histoire d’amour avec Daisy, qui voit son corps se flétrir jusqu’à n’être plus qu’une trace livide, dévorée par le cancer sur un lit d’hôpital. Le beau livre d’images maniaquement composées par David Fincher n’a donc paradoxalement qu’un objectif : percer le lissé numérique et l’enchantement suranné par un regard sans co

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Mensonges d’état

ECRANS | À travers une complexe histoire d’espionnage au Moyen-Orient, Ridley Scott tente d’analyser le cynisme de la CIA dans sa lutte contre le terrorisme. Mouais… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 novembre 2008

Mensonges d’état

Ridley Scott enchaîne à une vitesse fulgurante les films, passant sans transition d’une épopée médiévale (Kingdom of heaven) à une comédie légère (Une grande année) puis à une fresque sur le gangstérisme (American gangster). À la vision de ce Mensonges d’état, on serait tenté de lui dire de calmer le jeu, tant il donne l’impression de manquer de recul, hésitant entre blockbuster d’espionnage et réflexion politique, perdant sur les deux tableaux de la clarté et de l’efficacité. Le film montre comment un agent de la CIA piste à travers le Moyen-Orient un djihadiste responsable d’une vague d’attentats en Europe. La première partie le montre au cœur d’une action qu’il tente de maîtriser, épié dans ses moindres faits et gestes par un supérieur pratiquant un trouble jeu. C’est la meilleure piste du début : le grand écart entre la confusion que vit Ferris sur le terrain et la froide machinerie des écrans de surveillance, à la précision millimétrée comme un wargame sur Playstation. Duplicité redoublée par l’opposition entre Di Caprio, qui abîme à nouveau sa gueule d’ange à coups d’hématomes, de cicatrices et de plaies,

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